‹ Paris à cheval (volume 2)Chapitre 31 sur 43 · CL · texte numérisé non relu

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La daumonl de miss Kissmiwith. — Chevaux fatigués; jockey trop âgé; Victoria ordinaire, à flèche droite. Miss Kissmiwith, qui, chaque fois qu'elle sort en voiture découverte, souffre de terribles névralgies, voudrait bien s'en tenir aux voitures fermées; mais elle a constaté qu'on la voit moins, et elle va courageusement au-devant des fluxions et des rages de dents. Au retour, elle trouvera son lit bassiné, sa boule d'eau chaude et une infusion de bourrache. Il vient un jour où les précautions inconnues au temps de la première jeunesse sont indispensables.

Le mail du club. — S'est mis à la bonne place pour voir la course. Les grooms de toutes les voitures voisines l'ont envahi. Ce qui manque, ce son! les lorgnettes. Mais ce détail u'enipcche pas ces messieurs, qui d'ailleurs connaissent le programme, de parier avec frénésie.

PARIS A CHKVAL

Le doq-carl poney. — Appartienl à un membre de la haute gomme;

joueur de polo, membre du Pelit Cercle, du Tir au pigeon , du Cercle d'escrime, du Sporting, du Mirlifou, des Pommes de terre, fondateur de ^ -^ laSociélc hippique, membre du Betliug, du Cercle des joueurs de paume, etc., etc.

Le tandem. — Appartient à un amateur de difficultés. Rival heureux d'Hippolyte, il excelle à conduire un cheval dans la carrière, et profite du

jour où toutes les routes du Bois sont encombrées, pour montrer qu'on se tire des embarras les plus compliqués avec un peu de présence d'esprit et la manière de s'en servir.

U inévilahle shetlandnis,

ou l'injustice du sort. —

Une malheureuse petite

bêle pas plus haute que ça,

qui traîne pendant toute la

journée du dimanche un

ménage considérable, et

pendant toute la semaine une voiture de vinaigrier. Ouand on pense que

tous ces malheurs sont le résultat de la sobriété de ce petit animal, et que

la sobriété passe pour une vertu ! Jolie récompense !

PARIS A r.IlKVAI,,

Le fjrand phaélon /mil ressorts. — Ce qu'on fait encore de mieux pour hommes fails. Equipage de rigueur pour les propriétaires d'écuries de courses : grands financiers, hommes poUtiquos, hauts fonctionnaires. Une femme élégante y fait très-bon clfct, une fois installée; mais l'ascension et la descente ne s'opèrent pas toujours facilement.

Puisque nous sommes à l'une des portes du pesage, entrons-y : nous irons plus tard passer l'inspection des voitures qui stationnent sur la piste.

^}rMêiè^^

ex.

Pour toute une catégorie de personnes excessivement élégantes, le pesage avait autrefois une assez grande analogie avec le Paradis terrestre; non qu'elles espérassent y goûter des jouissances inconnues, mais par cette

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PARIS A r.HKVAL.

unique raison qur Fcnlréc leur en étail aussi radicalement inlcrdite que si elle eût été gardée par l'Archange armé de son traditionnel glaive de feu. Elles y ont aujourd'hui lihre accès, et les amateurs de jolies toilettes ne s'en plaignent pas. 11 eût été d'ailleurs difficile, maintenant que les femmes qui sont du monde et celles qui n'en sont pas adoj)tent les mêmes modes, de maintenir une consigne qui aurait pu donner lien aux plus fâcheuses méprises. Ces demoiselles méritent du reste par leur excellente tenue l'indulgence dont ou a fait preuve à leur égard, et leurs conversations n'ont rien qui puisse blesser les oreilles ou effaroucher la pudeur des autres habituées du pesage.

Att surplus, les membres de la Société d'encouragement n'avaient pas lieu de se préoccuper plus que de raison des conséquences que pouvait avoir la tolérance à lacjiielle ils se sont résignés, puisqu'ils avaient et ont encore des tribunes spéciales, dans lesquelles leurs femmes, leurs sœurs et leurs filles n'ont à redouter aucun contact avec le public payant. De cette l;içon, tout est pour le mieux, et les plus rigoristes ne sauraient trouver l'occasion de se scandaliser de la présence aux courses des mêmes personnes qu'ils coudoient chaque soir dans les couloirs de tous les théâtres.

L'extension qn'ont prise les paris a amené dans la moyenne du public masculin nn abaissement

Ce n'est plus seulement le dessus du panier, mais encore les couclies intermédiaires, et même le dessous du panier qui paye les vingt francs d'entrée nécessaires pour pouvoir aborder les bookmakers sérieux.

La phi])art des louis qu'on jette ainsi au «juicbct ne représentent plus la cotisation volontaire de gens qui prennent leur part d'un plaisir, mais la contribution exigée des gens qui veulent tenter la fortune.

Cette sonune est la première mise de fonds des courtiers marrons du pari, et ligure dans leur budget à l'article des frais généraux, tout comme la Victoria obligatoire daus celui du dernier des agioteurs.

Le Derby a sur le Grand Prix l'avantage d'être couru sur un hippodrome beaucoup plus éloigné de Paris.

Une grande partie des sportsmen par spéculation, j'entends la petite spéculation, qui ne manquent aucune des réunions de Longchamps, reculent encore devant le voyage de Chantilly.

Le public qui aime les courses pour elles-mêmes y gagne de coudoyer une foule plus élégante et moins compacte, et de pouvoir y considérer de plus près les véritables notabilités du sport.

Costa Clianlilly (jii'il faut aller, si Fou veut coiiiiailre les propiiélaircs des grandes écuries, les entraineurs, les geiitlemen-riders

A Longcliaiiips, dans la cohue ([ui encombre le pesage, on ne peut que les apercevoir.

A Chantilly, on les voit, et d'assez près pour que leurs trails restent graves daus la nicmoirc, si l'on est quelque peu physiono- c niiste.

C'est d'ailleurs leur centre d'opérations, et beaucoup d'entre eux qui se montrent rarement à Paris n'ont pas manqué un seul Derby.

L'hippodrome lui-même a un aspect incomparablement moins banal que celui de Longchamps. Il a ses souvenirs et ses monuments. C'est, au surplus,

le berceau des courses, et c'est sur la pelouse même où se - disputent les prix que la Société d'encouragement a été fondée, en même temps que le Jockey-Club.

Sur ce terrain où tous les chevaux célèbres ont galopé depuis un demisiècle, les véritables sportsmen sont envahis par une émotion pour ainsi dire religieuse, au souvenir des exploits que leurs prédécesseurs y ont accomplis. Toutes les traditions d'élégance et d'audace de leurs devanciers leur reviennent involontairement à la mémoire, et la lutte à laquelle ils vont assister prend dans leur esprit un caractère solennel qu'elle ne saurait avoir sur un hipjjodrome auquel le temps n'a pu former sa légende. Les lieux comme les hommes ont huir prestige, et Chantilly, avec ses souvenirs historiques, ses monuments [)rincicrs, ses écuries gigantesques, possède au |)lus haut degré la qualité qui faisait, parait-il, si conqilétement défaut à M. Bourbeau et ù tant d'autres.

En dehors des avantages qui résultent d'im passé glorieux, le terrain

affiTlc' aux courses, à Chanlilly, a ceci de iiierveilloux qu'il ppnnet au spccla- Icui- inslallé dans les tribunes de suivre lous les incidents de la lutte.

OucI que soit le parcours à l'ournii-, aucun obstacle n'intercepte ses regards, et du départ à l'arrivée, il |)cut couq)ter les foulées des chevaux et voir chaque YyX geste des cavaliers.

Le parieur, car le dessus du panier parie avec la même frénésie que le dessous, voit alors toutes les péripéties ])ar les([uelles passe son argent : c'est ce qu'on appelle surveiller sa chance : surveillance bien inutile au point de vue du résultat, mais qui permet aux perdants de se consoler de leur défaite, en critiquant la manière dont a été conduit leur favori.

On lui a fait faire son effort trop tôt; à l'arrivée, son jockey n'a pas su çn tirer ce qu'il avait encore dans le ventre ; d'ailleurs, il a été coupé à tel tournant, et à la distance ses concurrents lui ont de parti pris bouché le passage. La plupart du temps, tous ces incidents ne se sont passés que dans l'imagination de celui qui les raconte; mais pour peu qu'il les ait répétés à plusieurs personnes, il finit par y croire fermement. Ces prétextes trouvés pour justifier un pari qui constituait une imprudence, deviennent pour lui des raisons qui la lui feront renouveler la première fois que le cheval battu recommencera réj)reuve : il doublera alors sa mise, pour rattraper d'un coup la perle déjà subie, et jouera d'autant plus cher que son cheval aura perdu plus souvent, imitant en cela le joueur qui s'obstine à ponter contre une série.

Il résulte de cette façon de jouer que si le personnel des bookmakers reste immuable, celui des parieurs se renouvelle incessamment, comme le blé dans les moulins, le charbon dans les locomotives, ou les cailloux sous les machines à macadam. Ils sont broyés, concassés, piles en un tour de roue; mais l'exemple de leur malheureux sort ne préserve aucun de ceux que leur tempérament porte h se jet'jr dans le même engrenage.

.Au retour, les physionomies du public indiquent, de façon à ne jamais se tromper, la gravité des pertes subies. Si les viagons sont peuplés de gens silencieux, on peut être sûr que la journée a été désastreuse pour les pontes. Si au contraire la majorité des voyageurs se montre expansivc, on peut

allirmer que les sacoches des bookmakers ont subi de vigoureux assauts et ont clé forcées de boucher bien des brèclies. Ces derniers jours sont rares ; mais enfin il s'en produit quelques-uns, et c'est ce qui explique la conlinuation d'un jeu dans lequel l'un des partners fait toutes les conditions que l'autre est oblige d'accepter; car, une fois sur le terrain des courses, la cote ne se discute même pas. Les bookmikers la fixent à leur fantaisie, et les |xiricurs doivent la subir, ou s'abstenir de jouer. Il est inutile de dire qu'ils la subissent.

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