LES STEEPLES-CHASES
De la géuéralion spoiilaiice des liippodronies dans la banlieue parisienne. — Du steeple -cliase dans ses rapports avec l'art dranialiquc. — Du spectateur compatissant et du spectateur féroce. — De quels obstacles essentiels doit èlrc hérissée une piste de steepic-chasc. — Jockeys et amateurs. — Le club de la rue Royale. — Auteuil. — Réunions privées. — La Alarche. — La Groix-dc-Rcrny. — .^ller et retour.
Sans la culture maraîchère, qui ne peut rencontrer une prairie de quelque étendue sans la défricher ininiédiatement, la banlieue de Paris serait littéralement couverte d'hippodromes de sieeple-chases.
Les courses d'obstacles ont sur les courses plates l'avantage de n'avoir été monopolisées à leur ap|)arition par aucune société d'encouragement. De là la spontanéité de leur génération : il suffit qu'un chemin de fer contenant un spéculateur côtoie une clairière un peu vaste, pour que ce spéculateur aie
l'idée (l'uliliser en méuie temps le chemin de fer qui le Iranspoile el !e médiocre lorrain qu'il aj)erçnil : il achèle ou loue le terrain, obtient des administrateurs du clieniin de fer l'installation d'une station, fait construire des tribunes, creuse une rivière, élève un mur, plante des haies, dresse des barrières, trouve un nom euphonique et sonore pour désigner l'endroit qu'il a découvert, et couvre les murs de Paris d'affiches multicolores annonçant h la foule des parieurs que tels et tels prix seront courus tel ou tel jour à tel endroit.
Il n'en faut pas davantage pour que la France compte un nouveau champ de courses, dont rien ne faisait
soupçonner la nécessité , mais qui trouve cependant dès sa fondation les
chevaux nécessaires |)i)iir y clispuler les prix, et le public indispensable |)Our les voir courir.
Le nombre des gens (pii conslituent le public des steeple-chases auymente-t-il en même temps que les lieux de rendez-vous se nuiUiplient, ou bien, au contraire, ce public, demeurant tel quel, suffit-il à peupler tous les nouveaux hippodromes qu'on lui ouvre successivement?
Je crois que son activité croît en proportion du nombre des occasions qui lui sont offertes de jouir d'un spectacle bien autrement attrayant que celui présenté par les courses plates, dont tout l'intérêt apparent repose sur une question de train plus ou moins rapide.
La course au clocher, comme on disait autrefois, joint à cet attrait de la vitesse tout l'intérêt du drame.
Chaque obstacle à franchir est l'équivalent d'une scène plus ou moins bien combinée, et la lutte qui s'établit entre les chevaux se trouve ainsi naturellement divisée en plusieurs actes. La com-se plate correspondrait
donc au tliL'ùlre à la pièce cii un acte, tandis (juc le stoci)le-clia!^'e équivaudrait au drame en cinq actes.
La nature de l'émotion causée aux parieurs suit une progression analogue. Le départ une fois donné à Longcliamps ou à Cliantiliy, le joueur est dans la même position qu'à la roulelte; il n'a plus qu'à regarder tourner la bille, et, dans le cas fort rare oîi il est assez connaisseur pour juger la façon dont les concurrenls galopent, le résultat lui est à peu |)rès connu au bout d'une minute.
En steeple-chase, l'émotion est de plus longue durée; jusqu'au dernier moment l'incertitude demeure entière, et tant qu'il reste un obstacle à franchir, on doit craindre, ou l'on est en droit d'espérer, selon qu'on parie pour ou contre, que le cheval dont les chances paraissent le plus certaines attrapera la fâcheuse culbute ou feia le regrettable panache.
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Les âmes sensibles ont en outre l'apprélicnsion de voir les jockeys tomber malhenrcusement et se détériorer plus gravement qu'il ne convient.
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Cette éventualité, qui cause aux natures délicates une véritable terreur, constitue au contraire tout l'intérêt du spectacle pour certains tempéraments sanguinaires, qui ne demandent que plaies et bosses, et laissent éclater leur joie dès qu'ils voient arriver le brancard desliné au transport des concurrents hors d'clal de rentrer sur leurs jambes au pesage.
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Pour ces derniers, quand une course à long parcours, disputée par de nombreux concurrents, s'est terminée sans aucune chute, leur désappointement se laisse facilement deviner.
L'adresse demi les chevaux oui fait ])rcuve, l'Iiahileté déployée par les hommes ne leur donnent aucune salisfaclion cl n'ol)(ienncnt d'eux aucun témoignage d'admiration. Mais si (pielquc maladroit montant quelque rossard mal dressé cause (ouïe une série de culbutes, leur joie éclate, et,
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pendant que les spectateurs moins inhumains se demandent avec anxiété ce qui résultera de l'accident, ils exultent à la pensée que deux, trois ou quatre concurrents sont dès à présent hors de lutte.
Que ce carambolage entre hommes et chevaux ait occasionné fractures de bras ou de jambes, voii-e même de crânes, ils s'en soucient peu.
L'important est que les chutes aient été exceptionnelles et puissent donner matière à récits. — Ceux-là sont des amateurs de cinquième acte, — catégorie plus nombreuse qu'on ne pense , et qui sarrifierait volontiers père et mère, à la condition toutefois que la disparition de leurs ascendants s'accom- ])lit dans des circonstances véritablement dramatiques et capables d'inspiré]aux fournisseurs habituels de l'Ambigu un dénoùment absolument nouveau et imprévu.
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Lorsque ces iiiipiloyablos speclatciirs arrivent sur une piste avant (pie les épreuves soient commencées, ils vont s'assurer personnellement de la solidité et de la hauteur des obstacles, ils examinent la construction du mur, sondent avec leur canne la profondeur de la rivière, dont ils mesurent [a laryour en faisant des ])as démesurés ,
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et poussent de l'épaule la travée supérieure des barrières fixes, alin d'en éprouver la résistance.
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A leurs yeux, il ne suffit pas qu'un obstacle soit d'une certaine élévation, il faut encore qu'il soit incassable : ils ne sont pas gens à se contenter de barrières de carton, et, de même qu'ils tiennent à ce que les acteurs sur la scène mangent véritablement, ils désirent que les jockeys qui ont l'honneur de galoper devant eux aient sérieusement la possibilité de se rompre les os.
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Les doubles barrières iixes sont leurs obstacles préférés, non parce qu'elles exigent du cavalier plus d'iiabileté et plus de docilité de la part du cheval, mais par cette seule raison que les panaches y sont plus fréquents.
Four qu'ils se déclarent satisfaits d'une ])iste de sleeple-chase, il est esseiitiel qu'elle possède :
1° Une rivière d'une largeur respectable;
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2" Un nuu- en pierre d'une solidité reconnue;
.'$° Plusieurs barrières flxes d'une résistance incontestable ;
4° Un saut eu contre-bas aboutissant de préférence sur un terrain exceptionnellement dur;
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5° Une bantpiette irlandaise sulfisainment élevée ])Our que le meilleur sauteur ne puisse la francbir d'un bond, et assez étroite pour (pi'il ait cbance de ne pas y trouver un point d'appui suffisant;
PARIS A r.HKVAL.
Et pour terminer, une double barrière dont les deux parties soient suffisamment rapprocbccs pour qu'il soit possible, eu francbissant la première, de retomber sur la seconde.
Quand un champ de courses renferme tous ces casse-cou, toutes ces chausse -trapes, l'abonné féroce l'honore de sa faveur, et, pour peu que dans les réunions précédenles il se soif produit quelque grave accident, il se fera remarquer par une assiduité complète.
Les organisateurs de ce genre de fêtes le savent bien, et multiplient les plus formidables obstacles; ce qui d'ailleurs aboutit à un but absolument différent de celui qu'ils se proposent d'atteindre.
Neuf fois sur dix l'exagération du train est la seule cause des accidents dont les suites sont fatales, et les jockeys mènent toujours plus sagement quand ils savent qu'ils ont à Iranchir des obstacles vraiment sérieux.
Le jockey amateur, qui constitue à lui seul un danger plus redoutable que tous ceux auxquels s'exposent les steeple-chaseurs, se lient volontiers à l'écart des parcours trop sévères, et son abstention dans les épreuves vraiment difiiciles contribue pour beaucoup à la diminution des accidents.
Il en résulte que la luile se circonscrit entre des concurrents sachant ii fond leur métier, et rendus prudents par l'expérience; qui modèrent le train et abordent l'obstacle avec une sagesse égale à leur résolution.
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Conduils de la sorte, les chevaux tombent rarement; et si par hasard une chute se produit, elle se produit isolément, elle peut être plus ou moins dure, selon que le cheval a heurté plus ou moins violemment l'obstacle qu'il n'a pu franchir;
mais ses voisins ne lui retombent pas dessus, et l'accident ne ressemble en rien à ceux qui se produisent quand les cavaliers arrivent au hasard, pêlemêle, et à plein train sur des obstacles qu'ils croient faciles , qui le sont , en effet, et ne deviennent redoutables qu'à raison de la façon incohérente dont on les aborde.
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La fréquence et la gravité des chutes qui se produisent sur un hippodrome résultent peut-être plus directement encore de la façon dont sont organisées les courses que de la manière dont elles sont courues , et je ne crois pas qu'on puisse citer beaucoup d'accidents graves dont la responsabilité ne doive
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èlre rejetée sur les commissaires qui avaient désigné le parcours et réglé les conditions d'engagement, de poids et de surcharge; c'est pour celte raison que les stceple-cliaseurs, par goût ou par profession, dont la sécurité était journellement mise en péril par l'ignorance et l'insouciance des impresari suburbains, doivent savoir, à mon sens, un gré infini au\ membres du cercle de la rue Royale d'avoir enfin fondé la Société des steeple-chases d'Auteuil. Ce faisant, ils leur ont non-seulement ouvert un champ de courses savamment aménagé, mais ils leur ont apporté, en ce qui concerne leur sécurité personnelle, la garantie de programmes consciencieusement étudiés par des hommes à la fois désintéressés et corapéfents : deux qualités qu'ils n'avaient pas toujours l'espoir de rencontrer chez les industriels qui les convoquaient jusqu'alors à prendre part à des luttes organisées pour la satisfaction d'un intérêt exclusivement privé.
Et ce n'est pas là le seul avantage qu'ils aient gagné au patronage des clubsinen du petit cercle.
Tous les tripotages auxquels avaient donné lieu dans les hijjpodromes de spéculation l'absence de surveillance et le manque d'autorité chez les commissaires, souvent choisis à Favenlure, avaient fini par jeter sur les habitués de ces réunions, acteurs, propriétaires et simples spectateurs, un discrédit toujours croissant.
Le public en arrivait petit à petit à ne plus voir dans ces réunions qu'un appùt nécessaire à la réussite des combinaisons plus ou moins machiavéliques de tel ou tel bookmaker, cl, pour peu que cet élal de choses se fût
PARIS A CHEVAT,
prolongé, aucun individu tant soit peu soucieux de sa réputation n'aurait osé avouer qu'il fréquentait assidûment ces coupe-gorge où, sous prétexte de sport, le plus grand nombre s'appliquait à dévaliser correctement son prochain; pour tout dire, la mode qui avait accueilli avec un véritable enthousiasme l'apparition des premières courses d'obstacles à la Marche, à l'incennes, à Porchcfontainc, se refusait à adopter les nouveaux hippodromes, dont la plupart des organisateurs manquaient totalement de chic.
Depuis l'ouverture d'Auteuil , on peut dire que le steeple-chase, et tout le personnel qui y touche, est entré dans une période de régénération.
Le public élégant, qui s'en était insensiblement désintéressé, s'en préoccupe derechef, et consent à se déplacer de nouveau , maintenant qu'il a la certitude de voir autre chose que des chevaux et des spéculateurs également tarés; et il risque volontiers son argent en paris sur des courses dont le résultat n'est plus arrêté à l'avance entre quelques industriels en possession d'une sacoche, de deux ou trois chevaux étiques et d'un gazon pelé.
Il faut dire que le nouveau Comité des courses d'obstacles fait tout ce qu'il est humainement possible pour rendre la vogue à un spectacle pour lequel le tout Paris élégant s'était autrefois passionné, et dont il ne s'était dégoûté que par l'abus qu'on avait fait de sa bonne foi et de sa longanimité en lui présentant des chevaux dont la qualité eût suffi à lui faire comprendre qu'il était l'objet d'une véritable mystification, si le résultat des épreuves qui mettaient invariablement aux mains de quelques privilégiés le total des sommes engagées ne lui en eût donné une preuve encore plus certaine.
Il était élémentaire de réformer de pareils abus, et c'était indispensable pour qui voulait ressusciter l'ancien succès; mais réformer n'eût pas suffi : il fallait trouver un attrait nouveau pour réapprendre à la foule un cbeniin ^ju'elle avait oublié.
C'est alors cpi'on imagina les réunions privées, dont la première eut lieu à la Marche par un temps dont aucun sportsman n'a perdu le souvenir.
Ce fut une averse continuelle depuis le moment du départ, qui eut lieu derrière le palais de l'Industrie, jusqu'à la nuit tombante; la piste était un véritable lac.
Quels furent les gagnants de ces régates hippiquL's?
Je serais, à l'heure qu'il est, fort embarrassé de le dire ; mais ce que je sais, c'est que cette inondation ne découragea personne, et que jamais assistance plus élégante ne fut plus mouillée : les feumies surtout furent admirables de stoïcisme dans cette journée de pluie diluvienne; aucune d'elles n'abandonna l'impériale des drags pour chercher un refuge à l'intérieur.
Bref, malgré vent et marée, cette première tentative fut un succès complet, et les organisateurs de cette fête nautique, une fois rentrés chez eux pour soigner les coryzas plus ou moins graves qu'ils avaient recueillis dans l'exercice de leurs fonctions, durent se félicitera loisir du résultat de leurs
ell'orts. La preuve en est qu'ils ue les oui pas épargnés depuis pour renouveler l'expérience.
Ce qui donne à ces réunions un caractère essentiellement particulier, c'est qu'aucune des notabilités du sport ne croit pouvoir se dispenser d'y assister ; que tous les propriétaires d'équipages bien attelés et connus considèrent comme un devoir de les laire ligurer dans ces solennités. Il en résulte que le spectacle du défilé olfre un intérêt au moins égala celui des courses.
Que le départ s'eiiectue du palais de l'Industrie ou du Cercle même , la réunion des drags pi-éseute un couj) d'œil absolument cbarniant et de la plus grande élégance.
Cette accumulation de chevaux de sang, de toilettes claires, de harnais iirillants, les accrocs de lumière renvoyés par les caisses des voitures , les couleiu-s éclatantes des trains, les rellels des cuivres, forment un tableau d'une variété et d'une gaieté incomparables, tableau tout fait, qui a niallicureuscment le tort de ne pas poser assez longtemps pour que quelque véritable artiste ait le temps de le reproduire.
A un signal donné, cette masse d'équipages s'ébranle tout à coup. Ils semblaient être enchevêtrés d'une manière inextricable, et ils se détachent les nus des autres pour former un véritable cortège qui se déroule avec une régularité parfaite, semblable au fil qui se détache de la quenouille sous les doigts d'une habile fileuse.
Pour bien jouir du spectacle et profiter des aspects multiples que le changement de décors donne à chaque attelage, le meilleur procédé consiste à
suivre à cheval. On peut, de la sorte, les examiner tous successivement pendant la durée du trajet, après quoi l'on prend les devants de façon à assister à leur arrivée aux places qui leur sont réservées sur la pelouse. Rien de plus gracieux à voir que leur arrivée à Auleuil, précédés par les jiiqueurs charges de leur indiquer l'emplacement qu'ils doivent occuj)er. Quelle variété dans les mouvements des chevaux , dans la façon de prendre le tournant pour traverser le petit pont qui couj)e la rivière , et de s'arrêter à l'endroit précis assigné à chaque attelage!
SIR 1.A nOLTli DE lllillW.
— La poussière d'uoe esseoce ubsulumeut paitîctilirre qui lous ruvaLit peut spulc excuser le carrossier qui a eu le premier
l'idée d'emprisouner sous diàssis d'innocenls (uyageurs daus l'épuavaDlable voilure désiijocc par le doui de cab français.
S'il s'agit d'aller à Berny, la variété des tableaux qu'offrent l'aller et le retour est encore jtius grande. Le flot traverse de véritables villages, et le contraste formé par l'aspect des Parisiens regardés et des suburbaius qui regardent, donne au spectacle un nouvel intérêt. A Bourg-la-Reine, toutes les fenêtres sont garnies de têtes étonnées de voir une pareille affluence, et il n'est pas besoin d'être un profond observateur pour comprendre que ce défilé annuel constitue pour la majorité des speclaleurs un événement capital qui doit alimenter pendant de longs mois les conversations locales.
Lue fois sur le terrain des courses, les scènes digues d'être reproduites
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parle pinceau sont bien aiilremenl nombreuses. Rien do pittoresque comme celte accumulation en pleine campagne de citadins ultra-civilisés. Le fait seul de voir une véritable Parisienne , liabillce comme elles savent l'èlre , au beau milieu d'un champ labouré, parait tellement invraisemblable, que le plaisir qu'on éprouverait partout à considérer ladite Parisienne se trouve décuplé par la surprise qu'on éprouve, et pour peu que la Parisieune se trouve par hasard aux côtés d'une paysanne, votre surprise tournera on stupéfaction, si vous venez à penser que ces deux créatures si dissemblables appartiennent à la même espèce, et descendent aussi directement l'une que l'autre de notre mère Eve.
Ce contraste entre la rusticité du théâtre et le raffinement des personnages, répété à chaque instant, produit les effets les plus inattendus, et donne à la silhouette du gommeux le plus correct des aspects souvent absolument fantastiques, surtout si le vent s'en mêle. Ajoutez que, dans cette réunion essentiellement campagnarde, la fantaisie la plus complète préside au choix des costumes, qui vont, pour les hommes, du veston le plus étriqué à la gâteuse la plus étoffée. L'imagination des femmes, surexcitée par cette occasion unique dans l'année, se développe en toute liberté, et produit des combinaisons de toilette quelquefois étranges, mais souvent très-heureuses. Les chapeaux surtout y alfoitent les formes les plus invraisemblables, et mériteraient à eux seuls un chapitre spécial.
Devant un public aussi particulier, il est naturel que le traditionnel steeplechase modiiie également ses allures, et que devant des spectateurs exceptionnels on donne une représentation exiraordinairc; c'est ce qui arrive régulièrement depuis le retour à la Croix-de-l>erny, et le military constitue, avec le hunt steeple-chasc, le véritable attrait de la journée; l'exhibition des habits
rouges est révénemciit alteudu. Le public, qui s'est montré assez indifférent aux courses courues par les jockeys, déploie une activité dont on ne l'aurait pas cru capable pour voir franchir plusieurs obstacles dans cette même course. Après s'être posté de façon à voir passer la première rivière, il se porte en masse, et aux allures les plus vives, au passage de la route de Rungis, pour recourir à la rivière qui précède l'arrivée. Si les habitués des hippodromes appliquaient plus fréquemment le procédé qu'ils emploient en cette circonstance, il n'y aurait bientôt plus un seul parieur obèse, et plusieurs seraient rapidement en état de fournir le parcours entier aux côtés des chevaux. Malheureusement, ce qui semble tout naturel sur ce champ de courses improvisé paraîtrait d'un goût douteux sur un hijjpodrome où tout est artificiel, depuis les obstacles qu'on y franchit jusqu'à l'attitude des spectateurs. 11 est fâcheux que le respect humain s'oppose au fonctionnement régulier de ces steeple - chases parallèles entre hommes et chevaux, car en même temps que l'amélioration des quadrupèdes on obtiendrait celle des piétons, et, tout eu facilitant la remonte de notre cavalerie, on rendrait possible le recrutement de nos facteurs ruraux, ce qui rendrait à la fois à la France et à l'administration des postes un double service.
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FIAT DK l.\ TROISIKME l'ARTIE.