II\' JOI'R DE VENTE CHEZ CHÉRI
— Kt f e rhesîl iju'oQ dit recmniiaiidable?
— Parfait... pour belle-mère.
— La bête qae je viens d'acbeter sort de cbez vous?
— Kt elle peut compter qu'elle o y rentrRra jamaiB.
— C'est bien vu, bien eoleadu, je vais adjuger. — On n'a riea dit à j]anche, non. Une fois, deui fois; à 325 le cheval n'est {■lus k moi.
PARIS A r.HI'.VAI,.
près, kl déprécialioa que leni subira la iiiarcliandise le lait d'avoir cessé de plaire dans un délai plus ou moins court. — Ils connaissent tous les tics des clievaux amenés, et peuvent prévoir à «picl coin de rue les démêlés probables entre tel cavalier et sa monture auront leurs résultats définitifs.
Les habitués de chez Chéri sont d'une fidélité complète à leur établissement de prédilection. — Ils peuvent suivre les autres ventes, mais ils n'achètent ipie là. — Chasseurs pour la plupart, ils tiennent essentiellemen! à se remonter en chevaux ayant subi les épreuves du laisser-courre, et ils son! sûrs de voir |)asser rue de Ponlbieu tout l'effectif mobile des grands équipages.
oi\s vaste que le Tattcrsall, l'établissement Chéri est plus pittoresque, et présente, aux beaux jours du printemps, un spectacle très-suflisamment attrayant pour attirer des curieux qui n'ont aucune arrière-pensée d'achat.
Les élégants gentlemen, montés sur la terrasse qui domine l'allée où l'on présente les chevaux, accoudés aux fenêtres du salon de madame Lyon -Chéri, assis sous les galeries qui bordent la cour, forment des groupes intimes autour desquels rôdent les quelques courtiers désireux de leur recommander un cheval cpi'iis sont chargés de placer, et les marchands de chiens ambulants qui transportent, sous l'un et l'antre bras , dans tous les endroits où ils ont chance de rencontrer un amateur, les plus séduisants spécimens de leur fonds de connnerce : disséminez dans ces groupes quelques femmes élégantes auxquelles un ami complaisant a voulu montrer un cheval digne de les porter au Bois le malin, et vous aurez un tableau très-capable de tenter le pinceau d'un Détaille ou le crayon d'un antre. .
VElahlisscmenl Hipp/fjtie, situé aux Cliam|)s- Klysécs, compli'lo la liste des ciulroils oii se font les vcutes publiques. Là, comme ailleurs, riiomme heureux peut rencontrer le cheval idéal, mais l'houmie sage n'y doit pas compter.
lENXEXT ensuite les innombrables marchands dont l'énuméralion seule remplirait tout un volume, mais qu'où peut réduire a deux catégories : le marchand à la mode,
— Anglais ou simulant l'Anglais , — à l'instar anglais,
— comme disent nos voisins de Bruxelles, et le marchand français, à la bonne franquette, qui est resté de sa province, Normand ou Picard, Poitevin ou Morvandiau, selon que l'a décidé le Dieu qui a présidé au hasard de sa naissance.
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r^ XTRONS tout d'abord chez le premier, — le marduind chic. — L'entrée monumentale est aux Champs-Elysées, ou tout au moins dans l'une des avenues élégantes qui y accèdent. — Allée sablée. Ion sur ton, sable jaune fonce sur les côtés, sable jaune lavé au milieu, cour :;:■ carrée, avec bordure de pavés; à droite, le bureau; au fond et sur les côtés, écuries et boxes; peu de chevaux, uglaine au plus; mais quelle mise en scène! quelle tenue d'écurie ! brin de paille en dehors des stalles, pas une souillure sur la litière.
Des mains invisibles escamotent au passage tout ce qui pourrait laisser comprendre aux .visiteurs que les lois communes de la vie s'appliquent
aux animaux exceplionnels appelés à l'honneur de leur cire cédés contre un |)rix exorbitant. Ce prix, qui semble avoir définitivement adopté la devise de
L l'furie d'un marcband cliic — yeurt.' et prix UDglaîa.
l'intendant Fouquot : (Juo non asccn/lani? est toujours énoncé en livres. Le louis, qui avait dès longtemps remplacé le franc, est maintenant oublié... — On ne chiffre plus que par livres sterling, — c'est l'usage anglais, et tout marchand chic, fùl-ij originaire de Tarascon, suit l'usage anglais. — L'usage
susdit veut encore que le piqueur soit également .'\nglais, avec cette différence que, s'il suffît au patron de paraître Anglais, il faut que le piqueur le soit réellement, — qu'il monte de telle façon que, sous lui, le premier cheval venu — ait l'air d'être admirablement mis , et
Le niiiueur du marchiul ;truri- aunlais- î*i • j i • * r 1 ■ ~
■^ qu il ait un physique qui lasse valoir sa
monture. Le problème cherché par le marchand chic est moins de vendre
beaucoup que de vendre très-cher. — il l'a résolu. — C'est chez lui qu'on trouve, de temps à autre, et pour la bagatelle d'une cinquantaine de mille francs, un attelage à quatre tout prêt.
PARIS A CHKVAr,.
Oiiaïul on va clii-z lui j)ay(M- un |)('lil cfiival de ne vois |)as d'aulre manière d'orliiographier la laron dont il |)rononoc l'oi^jet de son conuiiercc), qu'on a eu l'imprudence de lui aclioler la veille, on a l'air d'aller traiter une affaire indusliielle en 'l'unisie, tant on est surcliaryé de sacs d'écus et de porlefcuilles gonflés à liiirc éclater leur marocain. On ne voit pareilles sommes qu'entre les mains de joueurs lieuieuv après une banque phénoménale ou celles de caissiers en déj)lacemenl |)our la IJelyiqne.
iiEz le mareliaml français, la mise en scène est aussi primitive qu'elle est raffinée chez son confrère à la mode. — 11 s'est installé sur un terrain non encore construit, reste des jardins d'un ancien hôtel coupé par le percement de quelque rue nouvelle; les écuries, très-vastes, ne sont qu'une façon de hangar où se trouvent alignés une quantité de chevaux médiocrement pansés et absolument mal nourris.
Le luxe de couvertures déployé par son voisin lui est absolument
inconnu , et il se soucie aussi peu de la tenue de ses hommes que de l'état
de la litière de ses aiiiminx.
Y^ns 1 ÔAt^i^eT. ic ,
liC seul point conuuun à tous les marchands de chevaux est la richesse d'imagination, qui leur permet d'attribuer à chacun des animaux qu'ils
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possèdent des qnalilés adiiiira!)les. — Tous oui une merveilleuse origine : leur père a ffagné cent mille francs de prix en steepic-cbase, et leur mère a l'ail dans les courses au trol des prodiges de vitesse. — Connue caractère (et ils jugent tout de suite si vous êtes désireux d'acquérir un animal d'une réelle douceur), on voudrait en trouver l'équivalent chez sa femme ou chez sa bellemère; une égalité parfaite, jamais un luouvemcnt nerveux, aucune défense. Ils en sont à chercher ce (|ui pourrait bien l'elfrayer. En nu mot, on peut le donner à conduire à un enfant et le faire monter par un notaire.
pour pour
^— i A vérité est que le cheval est arrivé l'avanl-veille de Xormaudie, qu'il ne l'a pas encore attelé, et que l'homme d'écurie qui le monte pour vous le présenter éprouve les plus grandes difficultés à le faire sortir de la cour. — El, si l'on allait au fond des choses et qu'on se lixràt à une enquête extraparlementaire un peu sérieuse, il n'y aurait rien
, -,^^r:-~ de surprenant qu'on apprit sur le coiupte de cet
animal tant vanté une série d'anecdotes terriliautes
la sécurité probable de son futur propriétaire et absolument inquiétantes
l'avenir.
j^ I vous hésitez deux jours à prendre un cheval qu'il vous aura chaleureusement recommandé, et que vous vous décidiez au bout de quarante-huit heures, vous avez grande chance de ne pas le retrouver; bien plus, le marchand ne saura plus de quel cheval il s'agit. — La question pour lui est de vendre toujours et quand même; son écurie est un passage, une sorte d'hôtellerie où les chevaux ne doivent pas séjourner.
PARIS A CIIKVAL.
Ce {{0 lire (le inarcliand est géiiéralemont le fournisseur altitré d'une grande compagnie, compagnie de chemin de fer, entreprise de voilures, à moins qu'il n'ait la remonte de [a garde républicaine ou des grands magasins du Mauvais Marché, ce qui l'oblige à des approvisionnements considérables, et par conséquent à une vente perpétuelle, sous peine de voir absorber en frais d'entretien les bénéfices possibles.
la suite de ces grands marchands, viennent une myriade de petits formant une seconde catégorie réunie sous le nom générique de marchands de cheval.
L'installation de ceux-ci est d'autant plus sommaire que la plupart du temps la marchandise qu'ils vous pioposent est encore entre les mains des particuliers qui cherchent à s'en délaire. Plus courtiers que marchands, leur écurie, située dans quelque luelle du vieux Chaillot, est presque toujours déserte. — Ils n'achètent eux-mêmes que dans un cas pressant, à la suite d'un départ précipité ou d'un accident tel que le propriétaire précédent ne \eut plus ni voir ni eutendi'c parler de l'animal qui l'a causé, et veut s'en défaire iumiédiatement et à tout prix.
Dans les cas ordinaires, ils se contentent du rôle d'entremetteur, et louchent à la fois la remise du vendeur et la commission de l'acheteur. —
QUELQUES EFI'ETS DU GIXGEMBUE.
CE QU'ON ATTE^fD DE SON EMPLOI. — CE QU'IL PRODUIT.
L'emploi du ^iDtfpmbre a pou r ,bu de décider l'aDÎmal aiii{uel on ra{i|>li|iii à développer tous ^es moyens.
Parfois, il produit sur uu animal npneui nn effet absolument contraire au résullat espère.
'i!i!i'i!liiiWihi
âimimm
n'aulres fois, il depiisse le but |i(iur- Ruivi et doDue au patient des altitutlp: inquiétantes pour l'acquéreur.
Kt dépare rtiuimal dont on a uuulu reb.TUBser l'uspect.
Soit qu'il eiagère d'une façon disprt pirlionnée son purt de queue.
Soil qu'il le coutracle jusqu'à la paralysie.
PAIUS A CHEVAL.
Le Hiarcliaiid de rlicval accomplit presque toutes ses opérations en plein air, guettant j'auialeur au\ abords des élublisscnienls de vente, aux portes des grands marchands.
InslalUlion d'uD luartliaiir! de clieial (quarlier du vieux Chaillnl .
Si vous avez j)assé huit jours à chercher sans le trouver, dans le (piartier
des Cliamps-Elysjes, un cheval de scllc dans les prix abordables, vous êtes tout étonné de voir arriver chez vous un matin l'un de ces industriels qui, parfaitement au courant de ce qu'il vous faut, vient vous proposer un animal que son propriétaire cherche à placer.
Comment a-t-il su votre adresse? qui lui a dit ce que \ous cherchez? il ne vous le dira pas, mais il est facile de reconstituer la manière dont il a opéré son enquête. — Comme il connaît de vue tout ce qui monte on attelle dans Paris, il sait
le genre de chevaux que vous préférez; en
vous voyant entrer chez les marchands et
suivre les ventes, il a compris que vous
étiez en remonte; aux enchères, il a vu sur
quels chevaux vous aviez mis, et, par le
chilfre au(piel vous vous êtes arrêté , il a
su le prix que vous consentiez à mettre à
votre acquisition. Ainsi renseigné, il en sait autant que vous sur l'objet de
;î(i l'A ris a cheval.
vos fli'sirs, cl fomnu', d'aiilrc! p;ut, il cniinait par les lioinincs d'écuiio
doiil il fréciueiilo les caburcls allilrcs loiil ce qui
se trouve à veiulre chez
les parliculiers, il vienl
vous relancer jusqu'à
(loniicih; pour vous of-
lir la ])ic au nid. —
H seud)le qu'en ell'el
il la Irouve (pielquel'ois , puisqu'il tout prendre le
métier nourrit son homme tant bien que mal, mais plutôt mal que bien.
D'autres marchands, généralement installés dans le voisinage des barrières, intra ou extra miiros, et que nous désignerons sous le nom de marcliands
suburbains, sont de véritables cntrepositaires, sorte d'intermédiaires entre les éleveurs et l'acheteur.
Les chevaux leur arrivent par véritables convois, cl sortent de chez eux j)ar bandes, pour aller remonter les conqjagnies d'omnibus, de tramways, de transport quelconque.
Quoique la plupart des animaux qui leur sont confiés soient des chevaux connnuus chez lesquels on recherche seulement la force, et dont le dressage laisse toujours énormément à désirer, le particulier peut trouver là de véritables occasions; les entrepreneurs qui s'y approvisionnent repoussent en effet de |)arli pris tous les
Tas rxreplionnel où le marcbrind iIp cheval, (cnlé [lar l'occasion . conBCnl à faire une acquisiliun directe.
produits qui ne leur paraissent pas avoir une puissance musculaire en rapport avec les travaux auxquels ils les destinent, négligeant les animaux plus légers exceptionnellement joints au convoi, (pii, s'ils londjent ,-.
entre des mains soiyneuses et expérimentées, peuvent former d'excellents attelages de chevaux de service, durs au travail, résistants à la fatigue et d'un caractère aussi doux que leur tempérament est rustique.
Convoi en route sur Paris,
Ajoutons à cette longue nomenclature des moyens d'approvisionnement que possède Paris, le concours hippique, dont nous aurons à parler en détail dans l'un des chapitres suivants, et signalons enfin, pour ne rien ouhlier, les annonces faites à la quatrième page des journaux par les particuliers qui redoutent les ventes puhliques et s'intéressent assez aux animaux auxquels ils renoncent, pour vouloir savoir à qui ils les cèdent.
Inutile de faire remarquer que les animaux ainsi recommandés aux amateurs par la voie de la presse sont généralement doués de toutes les qualités imaginables; " bon cheval de service, très-sage et très-brillant; se monte et s'attelle, a chassé; mis pour dame " : telle est la formule la moins enthousiaste généralement adoptée.
D'autres vont plus loin : s'il s'agit de vanter la douceur de la monture dont ils veulent se défaire, la dame (pii la montait habituellement est remplacée par un enfant de sept ans. — Si au contraire on veut faire valoir l'énergie dn cheval eu ([ueslion , la l'ornude " a chassé « fait place à
PARIS A CIIKVAI,.
celle do li a eoiirii n. Alallicureusciiioiit, " (|ui veut liop prouver, dit le i)ioverbe, ne prouve rien » .
Ce qni faisait dire à un sce|)tiquc de ma eoimaissarice auc|iR'l on olfrait une de ces prétendues merveilles pour un huit prlit pri\ : a Ouel dommage qu'il ne saelie |)as un peu de cuisine! moi (pii clierclio un servitcui' à liiut iaire. "