‹ Paris à cheval (volume 2)Chapitre 6 sur 43 · CHAPITRE 11. — Daxs Paris · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11. — Daxs Paris

De la circiilalion en général. — Conseils |)rati(|ncs. — De l'omnibus ri de ses rapports avec les éijiiipajjcs parliculicrs. — Les Iramways. — Voiliircs-réclaincs. — Old Englaiid and C". — Arlires ambulants. — Fers et moellons. — Anecdote rétrospective. — Les camionneurs. — \L\r. les boucliers, laitiers, niaraicbcrs, cochers de liacre et maraudeurs. — L'art d'accrocher. — Les ordinaires de la Compagnie générale.

i A\D, à force de leciierches, de sacriflces de temps et d'ai-gent, un particulier est arrivé à s'outiller d'une façon qui le satisfait, qu'il s'est procuré des clievaux marchant au train qui lui convient et des voitures dans lesquelles il se trouve à son gré, la difficulté pour lui est de conserver le tout intact au milieu d'une circulation aussi active que mal dirigée.

Il faut avoir conduit soi-même pour savoir combien Paris renferme de cochers improvises, ignorant de la façon la plus absolue les principes élémentaires de la profession qu'ils exercent, et conij)létement incapables de distinguer leur droite de leur gauche, notion qui constitue cependant la base de

— T'es pressé? qn'esl-ce que ça me fait? je ne le suis pas!

toute conduite, puisque c'est toujours sa droite qu'on doit prendre, soit qu'il faille foire place à une voiture venant en sens inverse, soit qu'on doive livrer passage à une voiture qui vous dépasse.

Un cocher qui néglige ce principe fondamental fait sur la chaussée les mêmes vis-à-vis interminables que les provinciaux en rupture de chef-lieu d'arrondissement exécutent sur les trottoirs, quand le hasard les met en présence d'un homme aussi peu au courant qu'eux-mêmes des difficultés de la circulation dans les rues de la capitale.

.^joutez à la maladresse d'un nombre incalculable de cochers la quantité effrayante des véhicules et le j)oids exagéré de certains d'entre eux, et vous aurez les données essentielles d'un problème dont la solution vous mettra en mesure d'apprécier les dangers sans cesse renaissants auxquels s'expose le malheureux imprudent qui se lance assis dans un léger boggy au milieu de cette bagarre.

Le plus grand danger qui menace incessamment les voitures de j)etil poids et de mince volume est sans contredit la rencontre des omnibus; pour elles, leplusléger contact avec ces maisons ambulantes, dont le volume et la pesanteur augmentent de minute en minute, est presque toujours fatal. Le lourd véhicule du prolétariat, dont la largeur toujours croissante occuj)e aujour-

d'hui la plus grande partie de la chaussée, serre impiloyableineut coiilrc les trotloirs tout ce qu'il rencontre sur sa route, accrochant de droite et de

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gauche les moyeux des voitures arrêtées aux portes, entraînant en arrière celles qui marchent en sens inverse de sa direction, et culbutant les imprudenis qui, torts de leur droit, persistent à vouloir garder leur part de la voie publique.

Dans les rues en pente, les évolutions des onmibus sont absolument terrifiantes. — Dans la rue Notre - Dame - de - Lorette comme dans celle des Martyrs, la descente est tellement rapide que, malgré les freins les plus puissants , les énormes voitures à trois chevaux exécutent de véritables dégringolades , chassant du train de derrière le long des trottoirs don t elles déracinent les becs de gaz aussi facilement que vous cueilleriez un œillet dans votre jardin, et menaçant ù chaque instant de se renverser sur les passants, qu'elles aplatiraient sans miséricorde si cette

tiilluilc, toujours imminente, venait à se réaliser. — Par bonheur, il arrive que les accidents les plus vraisemblables ne se produisent pas, et celui-là ne s'est pas encore produit : louons-en le Seigneur.

Jusqu'à présent, l'omnibus est seul à exercer ses sévices dans les rues étroites. — Dans les voies dites de grande communication, il est activement secondé dans son œuvre de destruction par le tramway, dont la marche implacable impose aux conducteurs des autres voitures toutes sortes d'humiliations, en les obligeant quand même à lui faire place.

1 les allures tyranniques du tramway ne justifiaient pas l'aniniosité qu'il inspire à toutes les personnes qui ont à conduire dans Paris des chevaux un peu difficiles, les bruits étranges qu'il produit sous prétexte d'avertir de son passage suffiraient à motiver surabondamment leur exaspération.

Les sons enroués qu'il émet incessamment sont tellement discordants, que, comparativement, les grognements du cornet à bouquin en paraissent harmonieux et font penser aux concerts sérapliiques qu'espèrent entendre dans un monde meilleur les abonnés du Conservatoire.

Tellemeat absorbé par le feo de la conversation . qu'il est seul à ne pas 6'apercevoir qu'il est en train d'écraser un passant.

Ces avertissements assourdissants, dont le plus clair résultat est d'affoler tout animal un peu vigoureux, ne sont rien encore auprès des effets produits par Taspect des tramways à vapeur.

Le fait d'avoir autorisé en plein quartier civilise la circulation de ces étranges appareils équivaut à un véritable attentat contre la sécurité des citoyens, et je ne crois pas qu'il existe un statisticien assez statistiquant pour chiffrer le nombre des cavaliers désarçonnés et des cochers versés pour s'être trouvés inopinément face à face avec ces lourds mastodontes qui produisent ù la fois, au miheu des avenues les plus fréquentées, un bruit assourdissant, des torrents de feu et des flots de fumée.

Après le passage d'un Iramwaf à vapeur. Croquis d'Après ualure.

Quand on pense à l'effarement qu'une semblable apparition doit causer dans l'intelligence d'un animal qui sort de sa prairie, habitué au calme des champs, dont l'oreille n'a jamais entendu que le bruissement des feuilles, le murmure des eau.x et les concerts des oiseaux, on est en droit de s'étonner que le chiffre des accidents ne soit pas encore plus considérable, et que les vétérinaires ne soient pas ap])elés à constater un plus grand nombre de cas de folie subite parmi les clienls qui leur sont journellement amenés.

11 faut avouer, pour rester dans la justice, que les grandes compagnies publiques de transport ne sont pas seules à multiplier dans Paris les causes d'accident. — Connue si leurs inventions multipliées ne suffisaient pas à maintenir en état permanent de danger mortel tout promeneur inoffensif, cavalier, voiturier ou piéton, les particuliers ont réuni les efforts de leur imagination pour multiplier ce que l'on me permettra d'-appeler les écueils de la navigation parisienne.

l'AIUS A CHEVAL.

Au premier rang des élueiibralions prodiiilcs par la dciiicnce privée, il convient de citer les véhicules bizarres dans lesquels la maison de OUI EiKjland transporte ses produits.

n I l 'llljlii:

Ces voitures, qui participent de la carapace et du hangar ambulant, constituent de véritables épouvantails pour les animaux un peu impressionnables , et déterminent notamment les chevaux de selle, qui conservent une plus grande hberté de mouvement que les chevaux attelés, à envahir les voies de coniniuuicatiou habituellement réservées aux piétons, ce qui est aussi préjudiciable à la sécurité de ces derniers qu'à l'équilibre des cavaliers qui montent les premiers.

J'ai vu, de mes yeux vu, de malheureux chevaux, affolés par l'aspect de ces homards artificiels, chercher un refuge jusque dans l'intérieur des magasins, causant ainsi le plus grand préjudice à la symétrie des articles de Paris, et le plus grand effroi fiux nombreux clients de la classe aussi laborieuse qu'intéressante de nos commerçants au détail.

Quoiqu'un axiome de droit naturel proclame que la liberté de chacun flnit où commence la liberté d'autrui, et que je considère que la liberté du particulier veut qu'il puisse monter à cheval sans être menacé dans son existence par les réclames

de SCS contemporains , je ne demande pas plus la suppression des boites écarlate consacrées au transport des productions d'outre-Manche que celle des cHpiipagcs de forme extraordinaire et de coloration invraisemblable jetés dans la circulation pour faire connaître aux foules l'existence de l'oignon brûlé, de l'insecticide Bornibus ou de l'eau de mélisse.

"y«/;i tr'âM/^A.'i'r. i, —

RéclamcB ambalaotes.

Non, le ressentiment que j'éprouve au souvenir des mécomptes personnels que la rencontre de ces divers objets inqualiflables dans toutes les langues connues a pu me causer, ue me pousse pas à cet excès de sévérité. — Qu'il me soit seulement permis d'exprimer un vœu. Id est, disaient les anciens; à savoir, disent encore les huissiers, qu'il soit interdit, par une loi s'il est nécessaire, par une ordonnance de police si cela suffit, à toute compagnie d'assurances contre les accidents de consentir une police au propriétaire de pareilles machines infernales, de façon que celui-ci reste toujours directement et pleinement responsable des désastres causés par les promenades carnavalesques exécutées à son profit.

L'administration municipale , ne voulant sans doute pas rester en arrière des grandes compagnies et des commerçants parisiens, a dû aller chercher jusque dans Shakespeare l'idée qu'elle a mise en pratique pour épouvanter les chevaux tant soit peu nerveux. — Là où tous les directeurs de l'Odéou ont misérablement échoué, elle a pleinement réussi, et grâce à elle, la foret qui marche a passé du domaine de l'imagination dans celui de la réalité. — A l'heure qu'il est, les arbres se promènent aussi facilement que le ])remier goutteux venu. — Quelqu'un , un poëte suffisamment au courant du langage sylvestre, pourrait recueillir dans nos squares des dialogues équivalents à celui-ci :

l'AUlS A CHKIAL.

— Ne trouvez-vous pas, uiou cher congénère, que l'air devient bien malsain clans le quartier que nous habitons?

— Vous êtes peut-èlre souffrant...

— Pas le moins du monde; mais en tout cas, je vais demander ma voiture pour aller au IJois.

Le résultat de ces fantaisies de locomotion, aujourd'hui permises ;i la majorité des arbres numicipaux, est qu'au tournant d'une rue l'on se trouve nez à feuilles avec un platane en déplacement.

et ceux général

Le cheval que vous conduisez, s'il est moins philosophe que le sage dont parle Horace, s'en étonne et fait volte-face ; s'il a opéré sa brusque manœuvre sur quelqu'une des bandes d'asphalte que multiplie sans relâche une administration prodigue, il s'abat. S'il a accompli sans accident personnel le bond en arrière que la terreur, cette mauvaise conseillère, lui a inspiré, il verse la voilure dans laquelle vous vous trouvez.

Dans l'un comme dans l'autre cas, votre sort est digne de connnisération et mériterait des dommages et intérêts. — Mais à qui les demander? — L'arbre ne voyage pas pour son plaisir, qui ont ordonné sa mise en circulation l'ont prescrite dans un intérêt

La for^t qui marche.

Une situation non moins pénible est celle du particulier que l'accumulation des voitures retient derrière un camion chargé de traverses de fer. Jadis , on exigeait que chacune des pièces ainsi transportées fût entourée de faron a

adoucir le bruit; mais je ne sais pourquoi l'on a renoncé à celte prescription, |)eut-èlrc voxaloire pour les entrepreneurs de transports, mais certainement protectrice pour les oreilles des passants. Outre que le malheureux ainsi confiné est personnellement assourdi, le cheval ou les chevaux qu'il conduit, absolument exaspérés par le tapage persistant qui leur assassine le tympan, ne tardent pas à s'animer de façon inquiétante, pointant sur place, à moins qu'ils ne cherchent à fuir le vacarme qui les énerve, en se précipitant dans le premier interstice qu'ils aperçoivent, au risque de laisser derrière eux la voiture qu'ils ont mission de traîner.

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Cavalerie métallargique.

Joignez à cela les cris .des conducteurs des voitures qui suivent, les claquements de fouet, et vous aurez une idée juste de l'agrément ressenti par le promeneur bénévole que les hasards de la sortie ont placé dans ces conditions.

Les voitures à moellons et à pierres de taille , dont les allures lentes et le volume sont également cause de fréquents encombrements, ont au moins

PARIS A CHEVAÎ..

j)oiir elles d'être rekilivcmeut silencieuses, et si leur contact est dangereux, du moins leur voisinage ne l'est pas. — C'est déjà quelque chose, et, à moins qu'elles ne soient conduites par d'aimables entêtés qui s'obstinent à suivre le milieu des chaussées pour le seul plaisir d'arrêter la circulation, ou agitent perpétuellement des fouets dont les claquements équivalent à l'explosion de véritables pétards, il n'y aurait réellement pas trop à dire contre la tolérance en vertu de laquelle on permet leur passage à toute heure du jour à travers les Champs-Elysées, l'avenue du Bois, et autres lieux autrefois réservés aux gens désireux de jouir en paix des plaisirs de la promenade et des bienfaits de l'exercice de l'équitation.

Facéties démocratiqups.

Le malheur est qu'elles sont le plus souvent conduites par des butors qui semblent considérer comme un plaisir divin le fait d'avoir effrayé iln cheval de sang par un bruyant coup de fouet inutilement donné, ou forcé un équipage lancé aux allures vives à s'arrêter brusquement, en changeant tout à coup et sans raison la direction de leur encombrant attelage, taquineries qui, pour être d'un goùl douteux, n'en sont pas moins exaspérantes, et peuvent en certains cas tourner au tragique, si elles s'adressent par exenqjle au cavalier d'un cheval difficile déjà excité, et n'attendant qu'une occasion de s'emporter.

J'ai dans mes souvenirs personnels une anecdote déjà ancienne, mais authentique, et dont la divulgation peut être utile aux cavaliers qui se trouveraient dans la même situation.

Qi!H'fii

Un très-jeune homme, un peu rageur, comme on l'est encore souvent au sortir du collège, assez bon cavalier d'ailleurs,

- ' '^~ s'était charge d'habituer à la jupe le

cheval d'un ami chez lequel il se trouvait en villégiature, et qui souhaitait que l'animal fût assez familiarisé avec cet appendice pour être monté par une des feauues de sa famille.

\otrc jeune homme, accoutré d'une jupe, assis de côté sur une selle de femme, s'escrimait de son mieux, sur une route isolée, fréquentée par les charretiers d'une carrière en pleine exploitation. — Le cheval, d'un caractère habituellement placide, se tourmentait cependant quelque peu sous l'inûuence d'un harnachement nouveau pour lui et des différentes manœuvres que son cavalier, désireux de s'acquitter consciencieusement du mandat dont il s'était chargé, voulait lui faire exécuter. — Bref, l'animal était un peu en l'air. — Au moment où l'amazone improvisée et le cheval imparfaitement mis pour dame dépassaient une voiture de pierres, le charretier développa entre les quatre jambes de l'animal un formidable coup de fouet. — li'elfet désiré ne se fit pas attendre, et le groupe complètement emballé partit dans la direction d'Argenteuil à un galop vertigineux, pour la plus grande jubilation du facétieux charretier.

Comment tirer vengeance d'une aussi stupide agression? Telle fut la première question que se posa notre mâle amazone aussitôt qu'il, ou elle, eut arrêté la course endiablée de sa monture.

La solution n'en était pas Hicile. — Charger le brutal? il n'y fallait pas songer. — Le terrible fouet se serait remis en mouvement, de façon à rendre l'approche impossible. Descendre de cheval? tactique aussi mauvaise qu'imprudente; au premier geste un peu vif, le cheval, tenu en main, se serait échappé, et notre homme se serait trouvé, tout enjuponné, aux prises avec un gaillard robuste dont les dispositions ne lui paraissaient nullement pacifiques.

PARIS A CHKVAL.

— Amené par ces réflexions à renoncer, comme le jeune Roseinberg de Barberine, à l'emploi de la seule force, notre cavalier résolut de recourir à la ruse.

Comme il faisait déjà partie de la conférence Mole, à moins qu'il ne fût membre de la conférence Tocqueville, il pensa à utiliser les ressources de sa jeune éloquence, et dès qu'il fut arrive à portée de la voix, il entama un petit discours où, sous une forme conciliatrice et bénévole, il chercha à faire toucher du doigt à son interlocuteur les résultats fâcheux que son maître coup de fouet aurait pu occasionner; il ajouta qu'il aurait pu être désarçonné et dans la chute se rompre les os; qu'un aussi triste accident n'était certainement pas ce qu'un collègue en travaux hippiques avait voulu chercher. Il dit qu'il était convaincu que ledit charretier avait agi non par malveillance, mais par légèreté. — Celui-ci ne répondait ni oui ni non, se contentant de ricaner tout en rangeant son attelage.

La tactique du jeune orateur avait réussi; il avait rejoint son fouailleur : « Voilà pour conclure " , s'écria-t-il; et le cheval, entendant siffler au-dessus des oreilles la cravache qui venait de couper la figure du charretier, partit pour la seconde fois au même galop furibond.

Est-ce à dire qu'il faille couramment enq)loyer ce procédé? Non, pour deux raisons : la première est que le mode de correction peut paraître excessif à des âmes tendres, n'ayant jamais été victimes de semblables agressions; la seconde, que pour essayer de le mettre en pratique, il tant être sur d'en réussir l'exécution.

PARIS A r.HEVAI, 57

Mais revenons à nos moutons, c'est-à-dire aux dangers spéciaux de la circulation dans Paris.

MM. leB camioDDeurii.

Toute une catégorie de conducteurs de voitures à éviter à l'égal de la peste est celle des camionneurs. Leurs voitures, chargées de véritables échafaudages de malles, de caisses de toutes dimensions dépassant plus ou moins les moyeux, froissent au passage le vernis d'autrui.

MM.*Ies boacbers.

MM. les bouchers, dont la spécialité est de marcher un train d'enfer, ne sont pas moins redoutables; — profltant de la facilité avec laquelle pivotent les voitures à deux roues, ils tournent court en pleine allure, au risque de broyer les passants pris à l'improviste par leurs brusques changements de direction.

l'.AUIS A CHEVAL

Viennent eiisiiile les laitiers, dont les voilures non moins pesantes évoluent avec une égale célérité; puis les maraîchers, ([ni marchent habituellement à des allures plus pacifiques , et par conséquent moins inquiétantes pour la sécurité publique.

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MM. les laitiers.

On pourrait même considérer ces estimables cultivateurs comme complètement innoffensifs , s'ils n'avaient la funeste habitude de succomber au sommeil dans les carrefours les plus fréquentés , se liant à l'instinct de leurs chevaux pour retourner à leur domicile.

MM. les maraicliers.

Il en résulte que ceux-ci, absolument libres, suivent imperturbablement le chemin le plus court, qui, comme chacun sait, est la ligne droite, et obligent tout le monde à leur faire place, sous peine d'accrocs et de bousculades que leur poids rend redoutables.

l'AUlS A CHEVAL.

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Quoi qu'il en soit, el malgré sou culte pour Morphée, le maraîcher reste moins malfaisant qu'utile, et l'on peut lui pardonner d'errer à l'état de somnambule au milieu des équipages parisiens, à raison de la lenteur de sa démarclie. — Une autre raison, qui mérite au maraîcher l'indulgence des gens de chevaux, c'est qu'il n'est sportsman que par nécessité, non par goùl, et qu'il renoncerait volontiers à ses promenades en voiture, si on lui fournissait un autre moyen de transporter ses légumes à la halle.

Le reloar au bercail.

Si ces cochers par nécessité ont droit à toutes les indulgences, il en est qui, par contre, sont indignes d'obtenir aucune circonstance atténuante.

Je veux parler de ceux qui, ne sachant absolument pas ce qu'est un cheval , ignorant d'une façon complète la topographie de Paris, choisissent spontanément entre mille la profession de cocher, et s'installent insolemment sur le siège d'un fiacre, sans paraître comprendre qu'ils assument charge d'âme, et que leur maladresse peut causer la mort du premier passant qui aura l'inconsciente audace de monter dans leur voilure.

S'il réfléchissait à quels dangers il s'expose , en se confiant ainsi aux mains du premier maladroit venu, aucun Parisien ne serait assez follement téméraire pour oser monter en fiacre. Quel homme de sang-froid et de sens rassis oserait en effet soutenir qu'en agissant de la sorte il fait acte de raison? — Il sait que le métier de cocher est un art difficile, qui demande à la lois de la présence d'esprit, de la décision, du sang-froid et de la prudence,

toutes qualités de premier ordre qu'il serait heureux de rencontrer chez un prélendu, s'il avait à (iiire choix d'un gendre, ou chez un chargé d'affaires, s'il était dans la nécessité de se décharger sur autrui d'une part de responsahilité.

Il n'a sur l'iionniie deriière lequel il va s'enfermer dans une boîte hermétiquement close aucun renseignement d'aucune espèce ; et cependant il lui confie sans hésitation le plus précieux des biens qu'il possède, sa piopre existence. — Il s'agirait de lui donner en dépôt le portemonnaie le plus mal garni, — il n'aurait j)as un moment de doute, — il refuserait catégoriquement de le lui confier ; — mais il s'agit de sa sécurité personnelle, de celle de sa femme, de ses enfants; il les fait monter devant lui, et s'installe à leurs côtés dans une parfaite quiétude. Il suffit que le cocher qu'il a choisi ait le goiit de passer trop près des timons des omnibus, pour que sa femme (et il l'a épousée par amour) soit défigurée par les éclats d'une vitre; il n'y pense même pas! Un faux pas du cheval, qu'il n'a même pas regardé en montant, peut être cause que le brancard de la voiture qui suit la sienne lui cassera l'épine dorsale. Il ne croit j)as que la chose soit possible! bien plus, pour peu que la course se prolonge, et que les ressorts de la voiture soient à peu près doux, il s'endormira. — Est-ce là, je vous le demande, la conduite d'unhonnne sage, prudent, réfléchi, ou celle d'un fou?

Il est un cas où l'insouciance du preneur de fiacres dépasse les bornes permises et touche à la démence coupable : c'est quand, ayant le choix entre une voiture d'une des grandes compagnies et celle d'un maraudeur, il prend la dernière, renonçant ainsi de gaieté de cœur à tout recours judiciaire ellicace en cas d'accident.

C'est une triste consoliition, mais c'en csl une lorsqu'on a en une jambe ou deux broyées, par la faute d'un eoeiier imbécile, de penser que les membres ainsi avariés seront estimés à leur juste valeur; encore faut-il, pour qu'une pareille |)cnsée soit réellement bienfaisante et consolatrice,

Spécimeo d'accident mofen.

avoir la certitude que l'indemnité fixée sera réellement déboursée par les gens déclarés responsables , — et comment espérer être convenablement indemnisé de désagréments aussi sérieux, si toute la fortune de celui qui les a causés consiste en un étiquc et unique cbeval, et une voiture désarticulée par un usage séculaire? — Si au contraire vous avez eu la cbauce d'être estropié par un agent d'une société millionnaire, comme la Compagnie générale par exenij)le, quelle inquiétude pouvez-vous avoir?

OG l'AllIS A CHEVAL.

Axiome. — « Etant donné que toute course faite clans Paris constitue un « danger capital, ne jamais monter dans une voilure dont le propriétaire ne « parait pas être en mesure de solder la valeur totale du dépôt qui lui est « conlié. ))

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La façon pleine de laisser-aller avec laquelle la |)luparl des cochers se comportent dans Paris, a donné à bon nondire de yentlemen qui conduisent eux-mêmes, l'idée de mettre à l'étude un art nouveau, fondé sur le principe de la légitime défense, et dont un de nos amis a bien voulu indiquer dans les notes suivantes les données fondamentales :

L'art d'accrocher.

I. — Hien accrocher s'aj)prend à tout âge, mais plus spécialement en commençant à mener un peu tard. Il y a des aptitudes naturelles, telles que la distraction, la myopie, qu'on peut augmenter par des moyens artificiels, — la lecture, qui double la distraction, et le port de certains appareils d'optique, tels que monocles, lunettes et pince-nez, qui placent les gens qui en font usage dans un état voisin de la cécité.

Ajriome. Toute femme qui se conduit cHe-mèiiie se conduit mal.

Conseil. Se méfier des cochers russes, ou tout au moins babilles eu Russes.

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'f'y'ti K. Surfi->r:^^

Autre conseil. Kviter de se laisser rattraper par des voitures de dresseurs.

PARIS A CHEVAI,

H. — En dog-cart, avoir assez de coup d'œil pour mesurer la force de rosislancc de la voiture qu'on doit accrocher, par conséquent ne s'en prendre qu'aux voilures à deux roues; un peu avant le choc, se soulever du siège délicatement, afin d'éviter toute commotion; après le choc, filer vivement sans se retourner, laissant au groom le soin d'apostropher le maladroit que vous avez accroché.

m. — Dans le cas où, étant en phaéton, vous accrochez un fiacre et lui faites de grosses avaries, descendre vivement, passer les rênes au valet de pied et vous précipiter à la tête du cheval de fiacre en appelant à grands cris un agent. Celui-ci arrive au hout d'iui hon quart d'heure, vous mettez tous les torts sur le dos de l'aulomédon, et de plus vous réclamez de la Compagnie des dommages-intérêts pour interruption momentanée de votre promenade; il est rare que l'autorité ne fasse pas droit à une aussi juste réclamation.

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PARIS A CHF.VAr,.

lU. — Ali retour des courses, quand on marche sur cinq ou six (iles de voilures, un bon accrocheur a tout le loisir de déployer ses talents. Tantôt il dlleure le moyeu des roues, enlevant la couleur et le rechampis; tantôt il emboîte complètement sa roue de derrière entre les deux roues d'un landau ; dans cette circonstance, loin de se troubler, comme tout le monde va dans le

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même sens, il continue sa route avec insouciance, n'ayant qu'une préoccupation : celle de régler son allure sur celle de la voiture qu'il emboîte. Ce mode d'accrocher présente plusieurs avantages : d'abord rien ne vous est plus facile que de lier conversation avec les gens qui vous emboîleut, à plus forte raison si vous avez affaire à quelque jolie femme ; ensuite vous fatiguez moins \otre cheval, puisque ceux delà voiture voisine font la moitié de la besogne. Pour vous dégager, prier simplement le cocher d'obliquer légèrement à droite ou à gauche.

V. — Si vous voyez arriver sur vous une voiture lancée à fond de train, sans pouvoir l'éviter, pousser vigoureusement en avant; celle des deux voilures allant le plus vite sera certaine d'être la moins éprouvée dans la collision.

VI. — Si la curiosité chez vous est assez développée pour vous faire endommager voire voilure, u'iiésitez ])as à vous ruer vigoureusement de laeon à casser ime roue sur le fiacre dont les stores sont baissés. Il est rare que vous n'en soyez pas récompensé par un spectacle sinon imprévu, du moins quelque peu piquant.

l'II. — Si un camion, un tramway ou autre grosse machine de guerre fait mine de vouloir vous accrocher, gardez-vous bien de vous laisser attaquer, mais filez vivement le long de la voiture, et une fois h. la hauteur des chevaux, appuyez légèrement de leur côté; le moyeu de votre roue effleurera leurs jambes, et le cocher du tramway, pour éviter un accident plus grave, jettera ses chevaux de côté, ce qui fera dérailler ledit tramway. Inutile de vous recommander le plus grand sérieux, etc., etc., etc.

On voit par ces courts extraits d'un ouvrage très-étendu et très-sérieux (auquel travaille assidûment Kwick , mon excellent collaborateur à la Vie parisienne), qu'il s'agit d'une véritable révolution, grâce à laquelle on uUliserait la vitesse des animaux de sang pour se soustraire au despotisme

7i PARIS A CHEVAL.

(les voiliiriers do jjros poids o( do proporlioiis encombrantes. — V parviendra-l-(in ? II est permis d'on doiilcr.

En attendant que cet heureux résultat soit obtenu , et rien ne fait prévoir (pi'on l'obtioiiiio jamais, bon nombre do «cens ont définilivrement renoncé non-scuioniontau plaisir de conduire eux-mêmes, mais encore au luxe d'avoir des voitures et des chevaux leur appartenant en propre.

I,as do voir leurs chevaux abîmés par la maladresse d'aulrui, écœurés par l'oblijjation d'envoyer constamment chez le carrossier leurs voitures éralléos, détériorées, brisées par la brutalité de leurs contemporains, ils

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ont pris le seul parti qu'il y ait à prendre pour se soustraire h ces ennuis multipliés. — Us se sont adressés à un tiers qui endosse la responsabilité des accidents , et s'engage moyennant une indemnité déterminée à les transporter jour et nuit sans qu'ils aient à se préoccuper de savoir si le cocher est disposé à sortir, si les chevaux sont reposés et si des réparations urgentes à la voiture permettent ou non d'atteler.

Us ont un fiacre attitré constamment à leur tlisposition, qui les conduit où bon leur semble, aussi vivement que pourrait le faire une voiture à eux, et cela sans aucun des ennuis que causent l'administration d'une écurie et la direction do son personnel. — Ces sages sont ce qu'on appelle des abonnés à l'ordinaire. — L'ordinaire appartient à un loueur quelconque, plus habituellement à la Compagnie générale. — Il est attelé le plus souveut de deux chevaux de taille moyenne, ni beaux ni laids, mais durs à la fatigue, qui

eu

inarclioiit du malin au soir sans inlcrruplion, et sont relayes sans que rahoiiiié à la Iraelion duquel ils sont destines ait besoin de le demander. —

Le seul Inconvénient de cette mode, qui tend malheureusement à so généraliser, est d'enlever au spectacle fourni gratuitement an flâneur par nos promenades publiques la variété qu'elles présentaient autrefois.

...peut ctre ÎDdéÛDimeDt proIoDgc.

Quelque agréable que soit à regarder un modèle de voiture, la vue en devient forcément monotone s'il est indéfiniment reproduit , — et c'est ce qui résulte de la nuiltiplication toujours croissante des ordinaii-es : — c'est propre, correct, suffisanmient attelé, mais c'est par trop uniforme.

Pour se rendre compte de l'envahissement accompli par ce véhicule aussi pratique que peu élégant, il suffit de comparer ce qu'était, il y a une douzaine d'années, le passage des équipages se rendant à l'une des grandes courses de Longchanq)s, et ce qu'il est aujourd'hui.

Du dog-cart à la grande daumont à quatre chevaux, tous les spécimens de carrosserie y étaient représentés par les échantillons les plus pittoresquemcnt variés; aujourd'hui, le même défile a l'aspect d'une interminable

80 PARIS A f.HEVAF,.

slalion (le (iacrcs inopinément mise en moiivemenl, — h celle différence près, qu'il manque à un certain nombre de lanternes le numéro obligatoire et matriculaire.

Le niveau démocratique fait son œuvre, et le jour n'est peut-être pas très-cloignc où le suprême du genre consistera pour nos élégantes à se rendre à I,ongcliamps sur l'impériale d'un tramway.

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