CHAPITRE III
Aux Champs-Elysées.
Le public (lu matin. — Balayeurs et retardataires. — • Coupés de nuit. — Marchands et dresseurs.
— Rélli'xions sur le coslumc. — MM. les arroseurs municipaux. — Cochers d'omnibus. — Ue l'utilité des pharmaciens dans les quartiers i\ marchands de chevaux. — Professeurs de guides.
— Les Champs-Elysées le soir. — Croquis d'été.
Aux premières lueurs du jour, alors que le soleil levant frappe l'Arc de triomphe et rejette sur l'avenue de la Grande-.Année l'ombre portée par le gigantesque monument, la longue chausstîe s'embrasse d'un coup d'oeil, et les
l'.AKlS A CHEVAL.
([uclqucs points noirs qui s'a<[itenl sur la nappe jaune bislre du macadam ne méritenl guère une descripliou particulière. Ce sont les balayeurs, types connus de tous les l'arisiens assez Parisiens pour s'être laissé surprendre par l'aurore, ou assez bien portants i)Our l'avoir quelquefois devancée.
Les autres humains qui sillouncut lus Irutloirs ou débouchent des portes
cochères ont le chapeau trop rabattu sur les yeux, le col du pardessus trop
rigoureusement levé, pour qu'il n'y ait pas indiscrétion à chercher à voir
quels visages se cachent sous ces obstacles amoncelés ; ce n'est pas nous qui
chercherons à savoir quels ont été les luMes ou plutôt les hôtesses de ces
discrets attardés.
— Portées. V.P.!
Un coupé noir, un cocher couleur de muraille, un grand cheval bai, qui conserve de beaux restes, mais dont les jambes, quelque peu attaquées , attestent les longs et pénibles services, viennent de s'engoufi'rer sous la voûte de rhô tel de ***. Le travail a été dur cette nuit au petit club, car il n'est pas dans les habitudes de Z... de
s'attarder à ce point quand la partie n'atteint pas des proportions cxcej)-
lionnelles.
La chance lui a été favorable, car j'ai constaté, à son passage, qu'il dormait avec le calme de l'innocence, qui ne peut être égalé que par la tranquillité du ponte satisfait.
Voici qui est plus grave, et le gros X... me fait l'effet d'avoir soupe outre mesure, car il parait avoir |dus chaud que ne le comporte l'heure matinale. 11 est assis sur les coussins d'un maraudeur, et son cha[)eau siège à côte de lui ,
ce qui dénote une certaine pesanlcur à !a (rie. C'est en outre un indice certain qu'on a festoyé longuement au Café /hnjlais. et il y a gros à parier que son coIj restera à l'écurie ce matin.
Si j'avais un conseil à vous donner, cher monsieur, je vous ferais observer qu'avec l'embonpoint dont vous jouissez, vous jouez un jeu dangereux,
et que les explosions se produisent la plupart du temps au moment le plus impi'évu. Mais après tout, c'est votre affaire, et je craindrais en insistant
O/i ! oh! HoppII ! — Ce sont les marchands qui exécutent leur entrée en scène. — La journée d'hier est bien finie; plus l'ombre d'un relardataire, et le vrai personnel du matin commence ses exercices.
cx.
Les portes cochères sont grandes ouvertes, et de chacune d'elles sort une voiture ou un cavalier, escortés d'hommes à pied prêts à intervenir si les élèves se montraient par trop récalcitrants.
8i PARIS A CHEVAL.
0 futurs acheteurs! si vous tenez h coiiuaitre le vrai caractère des auiuiaux auxquels vous confierez, dans l'avenir, le soin de transporter votre précieuse personne; si vous voulez savoir de quels écarts, de quelles ruades, de
quelles reculades , de quels bonds sont capables ces estimables quadrupèdes que l'âge et l'éducation rendront rapidement inoffensifs, prenez siuvous de vous lever, ne fùt-cc qu'un jour, de grand matin : chassez du même coup le respect humain qui pourrait vous empêcher de vous asseoir sur un des bancs de la partie haute des Champs-Elysées; restez pendant une heure sur ce siège démocratique, et regardez le spectacle varié qui va se dérouler sous vos yeux.
Voici déjà un rassemblement formé autour d'un squelette arrêté au beau milieu de l'avenue. Le cheval qu'on dresse a, de prime abord, enfourché le timon : il faut dételer. Son camarade, vieux routier qui en a vu bien d'autres, et qui est là à titre de maître d'école, est aussi paisible que si rien ne s'était passé; quant au coupable, il est aussi étonné qu'inquiet de sa situation. Le morceau de bois qui lui passe entre les deux cuisses lui parait un support anormal, et il a l'air d'avoir grande envie de s'en aller : bonne leçon pour qui
l'AUlS A CHEVAL
sait comprendre! De même qu'il est imprudent, pour la raison (pie l'on sali, de cracher en l'air, de même il est bon de savoir oîi l'on rue.
Doubles paires de rênes, plate-longe, martingales, genouillères, palefreniers trottant à l'épaule du cheval, tout ici dénote un animal d'un caractère peu commode, et toutes les précautions sont prises en vue d'une lutte sérieuse.
— Ce qui m'étonne toujours en pareil cas, c'est que les dresseurs ne soient pas capitonnés. On met bien des plastrons quand on fait des armes ou de la canne ; pourquoi ne chercherait-on pas des préservatifs aux horions qui résultent d'une chute de voiture?
Voyez plutôt! Voilà deux hommes qu'on ramasse : le tilbury est sur le côté, et le cheval sur le flanc. A. en juger par la vitesse dont la roue qui est en l'air continue de tourner, la chute a dû être plus que sévère, car elle a eu lieu à une rude allure. Quand on est exposé à de pareilles culbutes, je ne vois pas ce qu'il y aurait d'humiliant à se matelasser quelque peu ; on économiserait quelques côtes et quelques clavicules bien inutilement sacrifiées.
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l'ARlS A CHliVAI,.
Le syslènic prolcctciir que je me pcniicls de reconimaniler aux dresseurs de chevaux allelés ne saurait cire euijiloyépar les écuyers, qui ont besoin de toute leur sou])lesse pour résister aux défenses de leur mouture.
Ceux-ci ont le costume qui convient à leur travail, sauf la coiffure qui ne garantit pas suffisamment la tète en cas de chute : le pantalon, serré dans la yuctre ou entré dans la botte, laisse à la jambe la liberté et la précision de mouvement dont elle a besoin, et le veston que portent la plupart d'entre eux est cgalement bien approprié à la gymnastique qu'ils doivent faire.
L'absence de basques est une excellente condition , et tous les cavaliers savent combien peut être gênante l'iiilroduction entre la selle et la cuisse d'un vêtement flottait! qui forme des plis et gène souvent des mouvements nécessaires.
La coupe d'un vêtement destiné à un cavalier n'admet pas d'ailleurs de demi-mesure :
il doit être ou très-court ou très-long, et il n'y a pas à chercher dejusle milieu entre le veston contemporain et l'antique redingote de nos pères, dont les pans couvraient les flancs du cheval .
Disons en passant que c'est dans l'intérêt de la conservation des doublures des susdits pans que l'usage du tapis, dépassant la selle, s'est intro-
PAUIS A CIIKVAF,.
diiit chez nous : bon nombre de cavaliers ont conserve le tapis cl supprimé la redinfjotc, ol présentent ainsi l'aspect d'un contemporain monté sur un cheval qui n'aurait pas été dessellé depuis 1830.
Aphorisme. — Quand un cheval monté par un amateur fait ime faute, le châtiment arrive toujours en retard : toute correction doit être infligée pendant que le délit se commet. Un coup de cravache lardif perd toute utilité et doit être supprimé. Un vrai cavalier doit l'avoir appliqué pendant que sa monture est encore en l'air. (Voir la figure cicontre, et suivre l'exemple donné par l'homme d'écurie y représenté.)
Les balayeurs ont terminé leurs opérations, les arroseurs leur succèdent : au lieu des demi-cercles décrits par les seigneurs du balai jusque dans les
jambes de votre cheval, vous avez les arcs-en-ciel portatifs que dirigent sous ou même sur son nez les subordonnés de M. Floquet.
Certains animaux prennent assez philosophiquement cette facétie admi-
l'ARIS A CHEVAL.
nisiralive; d'aulrcs au contraire se cabrent, s'emportent ou se jettent de côte avec une instaiitancilé que peuvent seuls a|)précier ceux qui en ont été victimes. — Si vous avez à la main une cravaclie un peu plombée, n'iiésitez pas à vous en servir, une bonne tape ayant toujours fait plus d'impression sur une nature peu cultivée que l'observation la plus mesurée et la mieux fondée.
L'apparition des tuyaux irrijjatcurs est bientôt suivie de celle des omnibus, qui marque buit heures du malin.
Les automédons de ces mastodontes, qui sur ce point et par faveur spéciale sont attelés de cinq chevaux, prennent à cœur de troubler à coups de fouet le silence matinal, et choisissent à l'ordinaire le moment où un cheval un peu chaud donne les premiers symptômes d'une vive frayeur, pour exécuter les claqneinents les plus brillants.
Je voudrais , si j'étais quelque chose dans l'Etat, que toute manifestation de ce genre donnât lieu à une poursuite pour tentative préméditée d'homicide. — Il n'est pas douteux que ces virtuoses du fouet n'ont d'autre mobile, en agissant de la sorte, que le désir de voir un de leurs frères — tous les hommes sont-ils frères ou ne le sont-ils pas? — mais un de leurs frères plus fortunés, un frère suspect de s'être engraissé de cette horrible substance qu'on appelle la sueur du peuple, piquer une tète sur le macadam. — Que ce geste obtenu pour leur plus grande satisfaction ait des résultats funestes, ils s'en soucient peu, et, comme ils sont sûrs de rinq)unité, ils ne négligent aucune occasion d'amener un accident qui rompt, aux frais d'autrui, la monotonie de leur existence.
C'est également à cette heure matinale qu'ont lieu les promenades d'essai que le marchand faitfaireau client sur le cheval que celui-ci a ou l'imprudence de remarquer la veille.
Voici de quelle façon elle s'opère généralement. — I/amateur part accompagné (lu pifjueur de l'établissement vendeur.
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Au pas d'abord — tout va bien. Le futur acquéreur ne demande rien à sa monture, qui suit tranquillement son camarade d'écurie.
Du pas, on passe au /^^ trot, et l'ordre continue à régner; mais, comme tout acheteur désire que son acquisition possède les trois allures, il embarque au galop l'animal qu'il essaye. C'est alors que souvent tout se gâte.
Le cheval part un peu vivement, le cavalier se cramponne, et l'emballage commence.
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Dix minutes après , le piqueur rentre au bercail, ramenant les deux chevaux : si on lui demande ce qu'est devenu sou client : « II est chez le pharmacien i^ , répond-il avec une tranquillité qui montre quelle habitude il a de pareille aventure, et combien est justilié le nombre des pharmacies accumulées aux
difCcrenls coins des nombreuses rues perpendiculaires îi l'avenue des Cliamps- Eiysées.
Les heures iiialinalcs sont les heures propices aux premières tenlatives des fjcns désireux d'approfondir l'art dilTicile de conduire à quatre : on a plus d'espace devant soi et moins de public en cas d'insuccès.
La meilleure préparation pour bien mener quatre chevaux est d'apprendre à en bien conduire deux, de même que, pour bien mener deux chevaux, le meilleur apprentissage consiste à savoir en faire valoir un, en vertu de cet axiome que celui qui peut le moins arrive à pouvoir le plus, et que, en fait de conduite, il n'y a que le premier cheval qui coûte.
Admettons que les deux premiers échelons de cette marche ascendante aient été franchis, et que le néophyte en matière de conduite à quatre con-
naisse toutes les finesses de l'art de mener à deux : la seule difficulté nouvelle pour lui, l'inconnu , sera la mobilité extrême des deux chevaux de volée, excessivement sensibles au moindre ajipel des rênes.
On comprend aisément, en cITet, que deux chevaux pour ainsi dire libres soient ])lus disposés à s'écarter de la ligne droite que les deux chevaux maintenus par un limon rigide, ou encadrés dans le brancard. C'est la première et la principale difficulté.
l'iifl leçon de guidps.
Il en est bien une autre qui rentre dans la catégorie de celles signalées par Cham dans cette courte légende, à propos des steeple chases : Prix d'entrée : 20 francs, premier obstacle! — et qui consiste à se procurer l'attelage pour s'exercer.
Mais qu'importe!
Si tout le monde ne peut se procurer en propre propriété le four in Iiand
nécessaire, on a des amis, et à défaut d'amis, les établissements publics
institués à l'effet de transporter aux coursée les amateurs de sport, ont à leur
disposition le matériel indispensable,
Les quatre animaux réunis sous prétexte d'attelage n'ont le plus souvent rien de commun conmie modèle, comme moyens, comme action, mais enfin ce sont quatre chevaux ; ils sont mis aux places qu'au véritable attelage occuperait , et les rênes qui servent à les conduire sont distribuées de la même façon qu'elles le seraient pour le quadrige le plus correct et le plus luxueux.
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Leçon de guides. — Préparalifs,
L'homme n'ayant reçu à sa naissance, de la libéralité du Créateur, que deux mains, et tout cocher devant en réserver une pour le maniement du fouet et les manœuvres imprévues, il en résulte pour lui, dans le cas dont i! s'agit, J'obligation de réunir les quatre rênes dans la main gauche.
Comme il importe qu'il n'y ait pas de confusion possible entre celles des chevaux de volée et celles des chevaux attelés, le meilleur procédé de groupement consiste, à mon avis, à tenir les premières avec les deux doigts, le pouce rabattu sur la rêne de droite, taudis que le poing fermé tient à un j)oint fixe les rênes des chevaux du timon.
Ces derniers, en effet, doivent être constamment maintenus, tandis que
QIJF.LQUES ATTKLAGES A QUATRE.
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seil.
— Le de
part d'un four in
hatul doj
louj
lursBp faire avec une exlrèaie
Icnleur, -
faut que
les fjuatre chciam
parlent en mr
me temps
et uua l'un après
l'autre et
par
secuus&es
, coniine ci-deesus.
les premiers sont appeli's à donner à l'ensemble de l'attelage la direction et le train.
Il en résulte que c'est à eux que s'adressent tout d'abord toutes les indications du cocher, tandis que les chevaux du second ne font que reproduire leurs évolutions.