I.fs Cli'iiiipa-Klysi'cs dp raiili ô drux lieurH
deux heures, la circulation se rétablit, le mouvement reprend peu à peu, mais tout différent de ce qu'il était avaut midi; — les fiacres constituent la majorité, et sont occupés par les habitants du quartier qui vont faire leurs courses utiles, visites, emplettes, etc. — Le courant général se dirige vers le centre de Paris.
De temps à autre, on entend le galop précipité d'un cheval : c'est un garde municipal qui porte en toute hâte un pli ministériel, revêtu de tous ses
cachets : P. 0. Urgent. — Confident ielle. — Cabinet du ministre. — Le brave cavalier a l'air iinporlaiit qui convieut au porteur d'une nouvelle olficielle, au messager chargé de faire parvenir d'urgence à qui de droit un secret d'État. — Il marche aussi vite qu'il peut, contourne vivement les voilures et crie gare avec l'accent d'autorité qui convient à un homme qui ne doit à aucun prix se laisser attarder.
S'il pouvait lire ces plis si noblement cachetés, il saurait que neuf fois sur dix ils émanent d'un des nombreux sous-secrétaires du secrétaire intime, et qu'ils sont libellés de la façon suivante :
« Ma petite vieille,
« Katincka dîne avec moi ce soir, et veut que tu sois de la fête. — Disperse la famille, fais signe à miss Kismiwick, et à son défaut à quelque autre, et sois très-exactement à sept heures et demie chez Ledoyen.
« Je le serre toutes les mains, y compris celles que je te souhaite au baccarat.
« AXATOLE. »
A partir de quatre heures, le couranl change couiplôleineiit de direclion, et les voilures de toutes sortes débouchant sur la place de la Concorde remontent rapidement vers l'Arc de triomphe pour gagner le Bois , oii nous les retrouverons, et pourrons les étudier par le menu, chose impossible ii faire dans ce mouvement torrentiel qui les porte toutes vers le même ])oinl, dans un fourmillement incessant qui empêche l'observitcur le plus allenlif de saisir aucun détail.
L'exemple grammatical invoqué par le digne Lhomond pour montrer que le substantif employé pour désigner une collection d'objets ou d'individus gouverne indifféremment le singulier ou le pluriel , peut seul donner une idée du spectacle tunmlluenx, de la course fuiibonde à laquelle on assiste; c'est le lurba mil ou rituut des anciens.
SorteDl pour montrer leurs clicvauji, leur loilure, leur liir<?e el leurs loiledes. ^OBlenlation ordinnire. )
C'est l'heure du public qui veut absolument cire vu et se croirait perdu de réputation s'il avait manqué à l'exliibilion quotidienne qui s'eifcclue autour du Lac. Pour les uns , ce besoin de se faire admirer n'est qu'une simple satisfaction d'amour-propre, mais pour les autres, el c'est peut-être le plus grand nombre, celle promenade circulaire fait partie de tout un système d'économie politique et privée en vertu duquel chacun de leurs pas, chacune de leurs démarches est une réclame en actions.
PARIS A CHKVAL.
lOD
Ce n'est pas le plaisir d'avoir des chevaux, de les conduire ou de les mouler, «pii fait que ceux là-supportent les frais d'inic écurie; c'est afin que tout Paris sache qu'ils ont tel ou lel nombre de chevaux, tant de voitures et tant de cochers.
,|nii;Tii;r,,:;^'Ç^r]"'^
1 V ( A \ \ I / / y \V * \ v'^ I 1 1 I I M ri /
Sort ptmr consorvor ei aiigniciilfr, si piissil)!*', sa clienli'Ip. (Osleritnlion commcrcijlo.)
Je sais bon nombre de gens qui parlent à tout propos des faits et gestes de leur second cocher, apparennnent pour que nul n'ignore qu'outre celui qu'on leur voit habituellement, ils en appointent un premier qui n'apparail que dans les grandes circonstances.
Tous ces promeneurs par devoir, par profession, font partie de la grande confrérie de la poudre aux yeux, dont chaque membre cherche plus ou moins, et dans un but quelconque, à aveugler son voisin.
Celui-ci désire qu'on oublie en vertu de quel miracle de génération spontanée sa fortune s'est élevée; celui-là cherche, à force de harnais élincelants, de livrées voyantes, de rechampis éclatants, à graver dans la mémoire de la foule un nom d'une consonnance tellement fréquente qu'elle lui constitue uns roture sj)éciale dans la roture la plus roturière; un troisième, qui veut se faufiler dans un monde auquel il n'appartient par quoi que ce soit, se fie à
beauté d'un attelage nouveau pour faire accepter le nom aristocraticpie qu'il a substitue sous sa seule responsabilité à son nom patronymique , qui a tout à coup cessé de lui plaire; tel autre cherche simplement à donner le
change sur l'étal de ses finances et à maintenir un crédit expirant. Il sait qu'on ne prête qu'aux riches, et dépense pour pouvoir emprunter. — Dans cette catégorie de prodigues par nécessité, le nombre des subdivisions est considérable et appartient aux deux sexes.
Sort pour enlrelenir et roviver on crédit eipirant. (OsleQlatioo oécessaire et obligatoire.)
Tous ces promeneurs, par goût, par habitude ou par calcul, redescendent l'avenue en même temps. C'est alors une dégringolade générale qui dure en moyenne une demi-heure , — après quoi la solitude redevient aussi absolue qu'elle l'était à midi : c'est le moment du deuxième repas.
Le soir, les Champs-Elysées sont , selon la saison, l'endroit le plus désert ou le plus peuplé de la capitale.
Pendant les soirées d'hiver, le piéton obligé de les parcourir pour regagner son domicile ne montre que de la sagesse en attendant le passage de deux sergents de ville en tournée, auxquels il emboîte le pas, de façon à ne point se trouver seul eu cas de fâcheuse rencontre.
L'été, au contraire, la difficulté pour le promeneur consiste à trouver un point du sol inoccupé oii il puisse mettre le pied. — Tous les malheureux que
LES CHAMPS-KLYSMES IJM SOIR D'ETE.
Déléaalion du quarlier latin. ■ — KtudianlB eu rupture de préparation d'esameus.
Délégalion du faubourg Saiut-fîermain.
— Vont le plus duucrmeut puBsible, parce qu'ils savent que le testament de iear maitreEse est déjà fait, et attendent un abaissement subit de la températore.
PARIS A CHEVAT,.
le devoir oblige au séjour de Paris dans la saison torridc , s'y précipitent à la rcclierehe d'un peu de fraîcheur, aussitôt leur journée de labeur terminée. Ils y trouvent une foule compacte, une poussière aveuglante et une quantité de becs de gaz dont la combustion augmente la température de plusieurs degrés; mais comme ils sont venus avec l'intention formelle de prendre le frais, ils se figurent qu'ils le trouvent, et reviennent le lendemain malgré les souffrances endurées la veille.
loe cuQtie-jlIéc des Cbaïupb-KIjsL'ee le suir.
Les moins fortunés ne dépassent pas le rond-point, s'installent sur les chaises de fer chauffées à blanc par le soleil de la journée, et s'y assoupissent sous l'influence d'un commencement d'asphyxie; les plus riches montent en voiture et gagnent le Bois, les uns tout seuls, les autres avec leurs femmes, comme dans la chanson de Marlborough.
Les ombres chinoises qu'ils dessinent sur le gris vert des massifs méritent l'e.xamen d'un observateur.
Il y a de tout dans ces véhicules : des hommes d'affaires éreintés par le travail de la journée; déjeunes ménages en reprise de lune de miel; des amoureux aussi amatturs d'obscurité que de fraîcheur; des étudiants en rupture de préparation d'examens; de bons bourgeois que le surcbauffe-
ment des entrc-sols a chassés de leur logis, et de secourables demoiselles qui ne savent pas encore à qui elles viendront en aide , mais sont décidées à ne pas rentrer chez elles avant d'avoir soulagé quelqu'un de leurs contemporains.
Le repos de l'homme iraffaires
La longue file des voitures meublées par ces représentants surchauffés de la population parisienne ressemble à un immense ver luisant rampant au milieu d'un gazon gigantesque dont les brins d'herbe seraient les futaies et les taillis du bois; les lanternes multicolores qui l'éclairent complètent l'illu-
m^ms
Promeaade d'fipluralioD.
sion, en donnant à cet interminable serpent l'aspect phosphorescent particulier aux insectes dont j'ignore le nom entomologique, mais que Victor Hugo
a appelôs les « étoiles de l'herbe « ; les clarlés incertaines et fugitives qu'elles répandent sur les voitures qu'elles croisent, provoquent à chaque instant de réelles surprises et font faire des découvertes qui auraient besoin, pour être
Uécoaveite iDopioée.
regardées comme certaines, d'un éclairage plus net, mais qui, même considérées comme douteuses, n'en restent pas moins intéressantes.
Ces jets de lumière instantanée, qui viennent frapper en plein visage les promeneurs les plus mystérieux, causent souvent à celui qui les observe des émotions absolument imprévues. Vous avez quitté une demi-heure auparavant madame X... en proie à une migraine qui exigeait impérieusement quelques heures de repos, et la projection de la lanterne de votre Victoria vous la montre en tète-à-tète avec M. Triple-Zed, dont le départ pour la campagne vous avait été annoncé comme effectué depuis quinze jours.
La métaphore du voile qui se déchire subitement vous paraissait être une figure de rhétorique quelque peu prétentieuse. Le spectacle auquel vous venez d'assister vous en fait apprécier l'admirable précision, et vous comprenez, grâce à l'apparition révélatrice qui vient de frapper vos regards, avec quelle justesse cette expression presque proverbiale résume vos impressions.
Si pareille découverte vous frappe directement, si vous y êtes personnel-
lia
PARIS A CHEVAF..
lemont intéressé, vous reprenez, danis un état voisin du marasme, le chemin (le votre domicile, e\])iant ainsi le plaisir qne vous avez jfoùlc à des constatations idenlitpies laites au détriment d'autrui.
— Il m'a semble reconnaître madame de Y...
— Moi aussi, mais je ne crois pas qu'elle fût avec son mari.
— Certainement non, puisque le voici dans la Victoria d'Anastasie Katincka. De tout cela on ne pourrait tester en justice, faute de preuves matérielles
suffisamment contrôlées, mais on en sait assez pour pouvoir polluer entre amis, et c'est tout ce qu'il faut.