‹ Paris à chevalChapitre 14 sur 98 · CHAPITRE IL — Dans Paris · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL — Dans Paris

De la circulation en général. — Conseils pratiques. — De l’omnibus et de ses rapports avec les équipages particuliers. — Les tramways. — Voitures-réclames. — O!d England and C°. — Arbres ambulants. — Fers et moellons. — Anecdote rétrospective. — Les camionneurs. — MAI. les bouchers, laitiers, maraïîchers, cochers de fiacre et maraudeurs, — L’art d’accrocher. — Les ordinaires de la Compagnie générale.

uan», à force de recherches, de sacrifices de temps et d'argent, un particulier est arrivé à s’outiller d’une façon qui le satisfait,

qu'il s’est procuré des chevaux

marchant au train qui lui con-

vient et des voitures dans lesquelles il se trouve à son gré, la difficulté pour lui est de conserver le tout intact au milieu d’une cireulation aussi active que mal dirigée.

I faut avoir conduit soi-même pour savoir combien Paris renferme de cochers improvisés, ignorant de la facon la plus absolue les principes élémentaires de la profession qu’ils exercent, et complétement incapables de distinguer leur droite de leur gauche, nolion qui constitue cependant la base de

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— T'es pressé? qu'est-ce que ça me fait? je ne le suis pas!

toute conduite, puisque c’est toujours sa droite qu'on doit prendre, soit qu’il faille faire place à une voiture venant en sens inverse, soit qu'on doive livrer passage à une voiture qui vous dépasse.

Un cocher qui néglige ce principe fondamental fait sur la chaussée les mêmes vis-à-vis interminables que les provinciaux en rupture de chef-lieu d'arrondissement exécutent sur les trottoirs, quand le hasard les met en présence d’un homme aussi peu au courant qu'eux-mêmes des difficultés de la circulation dans les rues de la capitale.

Ajoutez à la maladresse d’un nombre incalculable de cochers la quantité effrayante des véhicules et le poids exagéré de certains d’entre eux, et vous aurez les données essentielles d’un problème dont la solution vous mettra en mesure d'apprécier les dangers sans cesse renaissants auxquels s’expose le malheureux imprudent qui se lance assis dans un léger boggy au milieu de cette bagarre.

Le plus grand danger qui menace incessamment les voilures de petit poids et de mince volume est sans contredit la rencontre des omnibus; pour elles, le plus léger contact avec ces maisons ambulantes, dont le volume et la pesanteur augmentent de minute en minute, est presque toujours fatal. Le lourd véhicule du prolétariat, dont la largeur toujours croissante occupe aujour-

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d’hui la plus grande partie de la chaussée, serre impitoyablement contre les trottoirs tout ce qu'il rencontre sur sa route, accrochant de droite et de

gauche les moyeux des voitures arrêtées aux portes, entrainant en arrière celles qui marchent en sens inverse de sa direction, et culbutant les imprudents qui, forts de leur droit, persistent à vouloir garder leur part de la voie publique.

Dans les rues en pente, les évolutions des omnibus sont absolument terrifiantes. — Dans la rue

Notre - Dame - de - Lorelte

comme dans celle des

Martyrs, la descente est tellement rapide que, mal-

gré les freins les plus

puissants, les énormes

voitures à trois chevaux

exécutent de véritables

dégringolades, chassant du train de derrière le long des trottoirs dontelles

Ç ÿ | déracinent les becs de gaz

aussi facilement que vous

cucilleriez un œillet dans votre jardin, et menaçant à chaque instant de se renverser sur les passants, qu’elles aplatiraient sans miséricorde si cette

culbule, toujours imminente, venait à se réaliser. — Par bonheur, il arrive que les accidents les plus vraisemblables ne se produisent pas, et celui-là ne s’est pas encore produit : louons-en le Seigneur.

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Jusqu'à présent, l’omnibus est seul à exercer ses sévices dans les rues

étroites. — Dans les voies dites de grande communication, il est activement secondé dans son œuvre de destruction par le tramway, dont la marche implacable impose aux conducteurs des autres voitures toutes sortes d’humiliations, en les obligeant quand même à lui faire place.

1 les allures tyranniques du tramway ne justifiaient pas l’animosité qu’il inspire à toutes les personnes qui ont à conduire dans Paris des chevaux un peu difficiles, les bruits étranges qu’il produit sous prétexte d’avertir de son passage suffiraient à motiver surabondamment leur exaspération.

Les sons enroués qu’il émet incessamment sont

tellement discordants, que, comparativement, les Tellement absorbé par le feu de la

conversation, qu'il est seul à ne pas grognements du cornet à bouquin en paraissent

s'apercevoir qu'il est en train d’écraser

PA Dean. harmonieux et font penser aux concerts séraphiques qu’espèrent entendre dans un monde meil-

leur les abonnés du Conservatoire.

Ces avertissements assourdissants, dont le plus clair résultat est d’affoler tout animal un peu vigoureux, ne sont rien encore auprès des effets produits par l'aspect des tramways à vapeur.

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Dans les voies à tramways, c'est maintenant tout tramways, exactement comme dans l'étang du Marseillais, où c'était « tout poisson ».

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Tramways à vapeur. — De leur influence sur la sécurité des cavaliers.

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Le fait d’avoir autorisé en plein quartier civilisé la circulation de ces étranges appareils équivaut à un véritable attentat contre la sécurité des citoyens, et je ne crois pas qu'il existe un stalisticien assez statistiquant pour chiffrer le nombre des cavaliers désarçonnés et des cochers versés pour s'être frouvés inopinément face à face avec ces lourds mastodontes qui produisent à la fois, au milieu des avenues les plus fréquentées, un bruit assourdissant, des torrents de feu et des flots de fumée.

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Après le passage d’un tramway à vapeur, Croquis d’après nature.

Quand on pense à l’effarement qu'une semblable apparition doit causer dans intelligence d’un animal qui sort de sa prairie, habitué au calme des champs, dont l'oreille n’a jamais entendu que le bruissement des feuilles, le murmure des eaux et les concerts des oiseaux, on est en droit de s’étonner que le chiffre des accidents ne soit pas encore plus considérable, et que les vétérinaires ne soient pas appelés à constater un plus grand nombre de cas de folie subite parmi les clients qui leur sont journellement amenés.

Il faut avouer, pour rester dans la justice, que les grandes compagnies publiques de transport ne sont pas seules à multiplier dans Paris les causes d'accident. — Comme si leurs inventions multipliées ne suflisaient pas à maintenir en état permanent de danger mortel tout promeneur inoffensif, cavalier, voiturier ou piéton, les particuliers ont réuni les efforts de leur

imagination pour multiplier ce que l’on me permettra d’appeler les écueils de la navigation parisienne.

Au premier rang des élucubrations produites par la démence privée, il convient de citer les véhicules bizarres dans lesquels la maison de Old England transporte ses produits.

Ces voitures, qui participent de la carapace et du hangar ambulant, constituent de véritables épouvantails pour les animaux un peu impressionnables, et déterminent notamment les chevaux de selle, qui conservent une plus grande liberté de mouvement que les chevaux attelés, à envahir les voies de communication habituellement réservées aux piétons, ce qui est aussi préjudiciable à la sécurité de ces derniers qu’à l'équilibre des cavaliers qui montent les premiers.

J'ai vu, de mes yeux vu, de

malheureux chevaux, affolés par l’aspect de ces homards artifi-

ciels, chercher un refuge jusque

dans l’intérieur des magasins,

causant ainsi le plus grand pré-

judice à la symétrie des articles

de Paris, et le plus grand effroi aux nombreux clients de la classe aussi laborieuse qu’intéressante de nos commerçants au détail.

Quoiqu'un axiome de droit naturel proclame que la liberté

de chacun finit où commence la liberté d'autrui, et que je considère que la liberté du particulier veut qu’il puisse monter à cheval sans être menacé dans son existence par les réclames

de ses contemporains, je ne demande pas plus la suppression des boites écarlate consacrées au transport des productions d’outre-Manche que celle des équipages de forme extraordinaire et de coloration invraisemblable jetés dans la circulation pour faire connaître aux foules l’existence de l'oignon brülé, de l’insecticide Bornibus ou de l’eau de mélisse.

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Réclames ambulantes.

Non, le ressentiment que j’éprouve au souvenir des mécomptes personnels que la rencontre de ces divers objets inqualifiables dans toutes les langues connues a pu me causer, ne me pousse pas à cel excès de sévérité. — Qu'il me soit seulement permis d'exprimer un vœu. /d est, disaient les anciens ; à savoir, disent encore les huissiers, qu’il soit interdit, par une loi s’il est nécessaire, par une ordonnance de police si cela suffit, à toute compagnie d'assurances contre les accidents de consentir une police au propriétaire de pareilles machines infernales, de façon que celui-ci reste toujours directement et pleinement responsable des désastres causés par les promenades carnavalesques exécutées à son profit,

L'administration municipale, ne voulant sans doute pas rester en arrière des grandes compagnies et des commerçants parisiens, a dù aller chercher Jusque dans Shakespeare l’idée qu’elle a mise en pratique pour épouvanter les chevaux tant soit peu nerveux. — Là où tous les directeurs de l’Odéon ont misérablement échoué, elle a pleinement réussi, et grâce à elle, la forêt qui marche à passé du domaine de l'imagination dans celui de la réalité. — À l'heure qu'il est, les arbres se promènent aussi facilement que le premier goutteux venu. — Quelqu'un, un poëte suffisamment au courant du langage

sylvestre, pourrait recueillir dans nos squares des dialogues équivalents à celui-ci :

— Ne trouvez-vous pas, mon cher congénère, que l’air devient bien malsain dans le quartier que nous habitons ?

— Vous êtes peut-être souffrant.

— Pas le moins du monde; mais en tout cas, je vais demander ma voiture pour aller au Bois.

Le résultat de ces fantaisies de locomotion, aujourd’hui permises à la majorité des arbres municipaux, est qu’au tournant d’une rue l’on se trouve nez à feuilles avec un platane en déplacement.

Le cheval que vous conduisez, s'il est moins philosophe que le sage dont parle Horace, s’en étonne et fait volte-face ; S'il a opéré sa brusque manœuvre sur quelqu'une des bandes d’asphalte que multiplie sans relâche une administration prodigue, ils’abat. S’il a accompli sans accident personnel le bond en arrière que la terreur, cette mauvaise conseillère, lui a inspiré, il verse la voiture dans laquelle vous vous trouvez.

Dans l’un comme dans l’autre cas, votre sort est digne de commisération et mériterait des

dommages et intérêts. — Mais à qui les demander? — L'arbre

La forêt qui marche.

ne voyage pas pour son plaisir, et ceux qui ont ordonné sa mise en cireulation Pont prescrite dans un intérêt général.

Une situation non moins pénible est celle du particulier que accumulation des voitures retient derrière un camion chargé de traverses de fer. Jadis, on exigeait que chacune des pièces ainsi transportées fût entourée de façon à

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