XII PRÉFACE
Associés dangereux que vous dirigez tant bien que mal, comme on dirige un incendie, en faisant la part du feu, mais dont vous ne serez
jamais les maîtres.
— Ces bêtes sont nécessaires à l’heure qu'il est, car il faut bien aller
le train de tout le monde.
— Je l’admets, quoique à regret. Permettez-moi du moins de regretter le temps où les chevaux marchaient leur pas et les hommes aussi, où le monde n’était pas une usine, l'art un produit, l'âme une bêtise ct
Ja vitesse l'unique vertu.
— Les chevaux vites, me dites -vous encore, ne sont pas seulement utiles, ils sont agréables, puisqu’à la chasse même vous ne pouvez vous
en passer, el...
— N’achevez pas : vos tendances m'inquiètent. Vos bêtes sans souplesse, toujours en avant de la main et en dehors du cavalier, ont tué du même coup la chasse et l'équitation. Aussi bien l’un n'allait pas sans
l’autre.
Forcer un cerf en trente-cinq minutes, humilier un chevreuil ou un renard, dévorer l’espace en soufflant dans les petites trompettes du marchand de robinets qui ont remplacé la noble Dampierre de la vieille vénerie, ce n'est pas ce qu'on appelle chasser; c’est courir très-vite, rien de plus. Les chemins de fer et les autruches vont encore plus rapi-
dement.
L’hallali n'est pas un but, mais une fin, négligeable d’ailleurs. Chasser, c'est lire posément les ruses du gibier, c’est dénouer un écheveau sans effort ni violence, c’est trouver sur l'heure des expédients, c’est mettre à profit une expérience longuement acquise, une science qui veut de
l'étude, du temps, et ne s’improvise pas.