‹ Paris à chevalChapitre 4 sur 98 · PRÉFACE. XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIII

On ne joue pas aux échecs sur un cheval lancé comme un boulet.

Courir vite n’est donc pas chasser; souffler fort dans des appareils étonnants n’est pas faire de la musique; casser les vitres et brûler les maisons n’est pas conquérir son indépendance; et c'est merveille en vérité que l’aisance avec laquelle nous saisissons d’abord le côté brutal

et sot de toute chose.

Partout on s’épuise à trouver des moyens surhumains, et de ces efforts il est résulté un outillage formidable qui ne peut servir qu'à une société de Titans. Mais est-il bien sûr que nous ferons souche de demi-dieux ; est-il bien sûr que les idées deviennent d'autant plus belles et nombreuses que se font plus puissants les moyens de les répandre; est-il bien certain qu'en triplant la portée des canons on ait aussi triplé la vue des artilleurs, et que notre faculté de jouir ait augmenté avec les moyens de jouissance?

Hélas! notre société ressemble pas mal à ces vieillards qui font construire une annexe à leur cuisine le jour où ils ne digèrent plus.

Il n’y a pas que le cheval où l'équilibre soit rompu : je vois des bras partout et de tête nulle part.

Ne serions-nous pas, mon ami, de très-petits hommes en train d'être mangés par leurs engins?

Je vous serre les deux mains.

GUSTAVE DROZ

La Vauguyon, 30 septembre 1882.

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