‹ Paris à chevalChapitre 37 sur 98 · L'ANCIEN CONCOURS. — UN CARROUSEL · texte numérisé non relu

L'ANCIEN CONCOURS. — UN CARROUSEL

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Lu lance. — Encore une arme à laquelle la stratégie moderne a renoncé, mais dont l'emploi peut encore servir aux officiers qui y excellent à récolter dans les fêtes foraines un nombre incalculable de macarons.

Le javelot. — Exercice aussi peu pratique qu'il pourrait être élégant. Le malheur est que le but est généralement l'objet le moins atteint,

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surtout, aux officiers et aux gentlemen, un parallèle curieux à faire pour un professeur de rhétorique. Dans le premier cas, en effet, on applaudit un homme qui poursuit un but utile et cherche à se perfectionner dans un art dont les lois trouvent dans les obligations de sa profession une application quotidienne. Le second, au contraire, ne cherche et ne peut trouver dans cette périlleuse gymnastique qu’une distraction ou une satisfaction d’amourpropre.

Ici se trouverait l’occasion toute naturelle de placer une bonne philippique contre les hommes de loisir, groupe inutile dont le luxe, l’oisiveté brillante, spectacle permanent de la foule, ne peuvent que surexciter les appélits de jouissance déjà trop éveillés en elle. Vous voyez la thèse! bien développée, elle peut servir de point de départ à la fortune d’un lauréat de l’Académie des sciences morales et politiques.

Pour moi, l’accueil fait aux militaires dans ces « luttes pacifiques » est dù tout simplement au prestige de l'uniforme.

S'il n’y avait pas à cette admiration cent raisons meilleures les unes que les autres, la supériorité des cavaliers par exemple, les côtés avantageux du costume en constitueraient une très-suffisante. Il ne suffit pas, quand on affronte les regards du public, d’être bon cavalier, il faut encore être beau cavalier, et, il est inutile de ne pas en convenir spontanément, nous autres, simples laïques, nous sommes vilains, horriblement vilains, — Si au chapeau

haute forme et à la redingote nous ajoutons la botte molle, à revers, ou Chantilly, on peut à vingt pas nous prendre indifféremment pour un M. Loyal quelconque ou pour un groom dans l’exercice de ses fonctions. Si nous portons le simple pantalon, c’est d’un fantassin outrecuidant que nous prenons l'apparence. Sous un képi, avec une tunique de dragon ou une veste de chasseur, l’homme reste appréciable, et, ma foi, ceux qui sont bien découplés obtiennent leur succès personnel.

La coquetterie y trouve aussi son compte. Une femme correctement mise, causant avec un officier légèrement incliné sur l’encolure de son cheval, qu’il calme en le flattant de la main, sait parfaitement qu'elle forme avec son interlocuteur un charmant motif à aquarelle. La même femme félici-

tant un vainqueur bourgeois n’offre plus le même côté pittoresque. Elle le sait et elle s’abstient. Les nombreux encouragements donnés à Mars par Vénus me portent à penser que dès cette époque lointaine les hommes adonnés aux professions dites libérales se faisaient déjà remarquer par leur aspect antiplastique. Si vous en doutez, allez passer une heure au Palais, ou regardez un séminaire en promenade ; c’est horrible à voir.

Les habitudes d'abandon contractées dans la pratique du steeple-chase et de la chasse à courre nuisent peut-être encore davantage à l’apparence de nos gentlemen que l'insuffisance du costume actuel; en outre, la plupart des chevaux amenés par eux au manége sont habitués à aborder l’obstacle dans le train. Le public se trouve de la sorte appelé à se prononcer entre deux systèmes d’équitation sinon opposés, du moins complétement différents, et c’est précisément celui pratiqué par les militaires qui s'applique dans son vrai milieu. Hommes et chevaux ont l’habitude du manége et de l’obstacle dans un espace restreint; tels chevaux de chasse qui, en pleine campagne, passeront le plus sûrement les obstacles naturels les plus compliqués et le plus difficiles à juger, frôleront du sabot la moindre barre placée dans un manége. Souvent les plus adroits sont ceux qui, pour le saut, ne déploient que la force indispensable, et plusieurs qui au premier tour auront jugé du

peu de solidité des obstacles, les passeront au second tour avec la volonté de les renverser, car ils ont appris à leurs dépens que dans un long parcours il faut éviter tout effort inutile.

Pour ce qui est des positions excentriques adoptées par les steeplechasers, tous les officiers n’en sont pas exempts. Quelques-uns d’entre eux portent le corps aussi penché en avant.que des jockeys de profession, et ce que cette façon de se tenir a de disgracieux s’accuse encore davantage sous l'uniforme, qui dessine le cavalier d’une façon pour ainsi dire plus intime que

les habits bourgeois.

Eux-mêmes ne peuvent pas se douter de l’air contracté, affecté, que cette position leur donne, car il est rare qu’on monte à cheval devant son armoire à glace.

C’est à leurs camarades, à leurs amis véritables, de leur signaler le travers dans lequel ils tombent, et qui leur enlève auprès du public le bénéfice de leur situation d'officiers; ils se classent volontairement dans la catégorie des gommeux, des snobs militaires. Si la foule n’apprécie pas toujours les qualités solides qui ne sont pas mises en évidence par un côté saillant, un cachet personnel, elle saisit toujours en effet du premier coup d’œil les côtés comiques d’une attitude, tout ce qui, comme on dit, prête à rire. Il ne faut pas oublier que le public francais est toujours un public caricaluriste.

Avez-vous cherché à saisir, à analyser les intonations diverses qui nuancent le grondement que pousse la foule à toute chute? Le commencement de ce grand murmure est toujours gouailleur ; il ne devient poignant que quand l'accident est consommé.

La raison en est simple.

Si rapide que soit une chute, elle se décompose pour le moins en deux

temps.

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