‹ Paris à travers les sièclesChapitre 10 sur 32 · GEOLIER (U · texte numérisé non relu

GEOLIER (U

i-uBUC UBtlARY

La foire du Landit se mavrit bu xt* liècle, aprte roceupation anglaise. (Page 2B3, col. 3.)

entendre et résolut au contraire de ae rendre auprès de l'évêque de Paris pour lui demander de prononcer l'inlerdit sur toute la ville.

De plus, le recteur alla en personne se plaindre au parlement et demander justice et réparation de l'injure faite ti l'université; la cour répondit qu'elle ferait son devoir et exhorta le recteur à ordonner la réouverture des cours.

Cela ne satisfit pas le recteur qui en appela au roi ; celui-ci ordonna au parlement de juger l'affaire sans désemparer. Un arrêt fut rendu le 20 juin contre huit personnes convaincues d'avoir commencé les hostilités contre les écoliers; ces huit coupables furent conduits devant la porte du collège de Saint-Bernard, savoir : six en chemise et une torche à la main, les deux autres vêtus et sans torche, mais sans chaperon et sans ceinture. Là ils firent amende honorable et l'un d'eux nommé Charpentier, qui avait osé porter la main sur le recteur, eut le poing coupé.

L'université n'était pas satisfaite, et il est impossible de raconter toute la suite de cette alTaire Interminable : poursuites contre le prévôt de Paris, tan lieutenant et le commissaire, à la requête de

l'université, — refus de l'évêque de prononcer l'interdit et blâme de sa part contre l'université, — menaces de poursuites contre l'évêque — dissensions entre les quatre facultés. — Enfin l'université se décida à reprendre ses leçons, et, de guerre lasse, on finit par laisser tout cela de cAté; l'afTaire s'était tellement compliquée, embrouillée, par le nombre des instances engages, qu'il fut impossible de l'éclaircir; les ordres mendiants s'en étaient mêlés et il faudrait des volumes pour consigner les enquêtes, ies rapports, les mémoires, les requêtes, les arrêts qui surgirent à cette occasion.

Le président du parlement était tellement occupé qu'il faillit oublier, le dimanche gras, de manger les beignets qu'il reçut des augusUnes. — Mais ceci a besoin d'explication.

Au moyen âge, il y avait à Paris, on le sait, des hôpitaux annexés à la plupart des monastères ; les religieuses augustines avaient le leur; malheureusement, elles n'étaient pas riches et ne négligeaient aucun moyen de se procurer de l'argent pour donner à leurs malades ce qui leur était nécessaire. Or ces religieuses s'entendaient

merveilleusement à préparer les beignets au sucre et au citron; elles imaginèrent d'aller chez le premier président le jour du dimanche gras, pour lui faire hommage de deux bassines d'étain remplies de beignets. L'officier de bouche plaçait les bassines sur la table du président et celui-ci faisait en retour une aumône aux augustines.

En 1452, Adam de Cambray, alors président, fit mettre ces bassines sur une console à la sortie de son réfectoire, et, tout à côté, une escarcelle ouverte, sollicitant les aumônes de ses convives, qui étaient toujours nombreux en ce jour de liesse.

Ces pâtisseries eurent un grand succès et devinrent une ressource réelle pour les malades, car plusieurs personnes de distinction acceptèrent les beignets des religieuses qui en avaient multiplié Toffrande.

Toiite la nuit du samedi au dimanche gras, elles étaient occupées à la confection d'une si grande quantité de beignets qu'en 1561 ils rapportèrent au couvent 7,000 écus!

Cet usage se continua jusqu'à la Révolution de 1789.

Un événement important occupa Paris en 1456 r le duc d'Alençon était alors soupçonné d'entretenir des intelligences secrètes avec les Anglais ; il vînt à Paris en mai ; ordre fut donné au prévôt de Paris de procéder à son arrestation. Il alla le trouver à son hôtel, causa un moment avec lui, puis lui dit :

— Monseigneur, pardonnez-moi, le roy m'a envoyé par devers vous et m'a baillé charge de vous faire son prisonnier. Je ne sçai proprement les causes pourquoi.

Puis, lui mettant la main sur l'épaule, il ajouta :

— Et pour lui obéir je vous fais prisonnier du roy.

Aussitôt les archers s'emparèrent des portes de l'hôtel et le duc fut obligé de se soumettre.

On lui fît seller des chevaux pour lui et quelques personnes de sa suite, et le comte de Dunois le conduisit avec son escorte hors de Paris par la porte Saint-Antoine ; le bailli de Vermandois, à la tête de quarante lances et d'un bon nombre d'archers, le reçut des mains du comte et l'emmena à Melun,d'où il fut conduit en Bourbonnais pour y être jugé; le 10 octobre 1458, il fut-condamné à mort; cette peine fut commuée par le roi en un emprisonnement perpétuel.

En 1458, on vit à Paris une ambassade hongroise, composée d'un archevêque, d'un évêque, de comtes et de plusieurs seigneurs envoyés auprès de Charles VII par Lancelot, roi de Hongrie et de Bohême, à l'elTet de lui demander en mariage Madeleine de France, sa fille.

Malheureusement, tandis qu'ils étaient en route, le roi Lancelot mourut, ce qui mettait fin à l'ambassade.

Ces étrangers arrivèrent à Paris le samedi

8 janvier, et excitèrent une vive curiosité ; iUea repartirent le mercredi 12.

Le prévôt Robert d'Estouteville était \m résolu à purger Paris de tous les malfaiteon qui l'infestaient, tant homme que femmes, cir nombre de larronnesses étaient journelleiDeul arrêtées par le guet; il en envoya une quantiti au gibet, et, comme il voulait que la vue d'un supplice plus terrible frappât l'esprit des a larrooi, filoux et autres malfaiteurs », il ordonna parfois qu'au lieu de pendre les femmes elles fusseot enterrées vives.

On trouve trace de ces exécutions en 1440, 1451 et 1460.

Jeannette la Bonne-Valette, Marion Bonn^ cosle, Ermine Valancienne et Louise Chaussier subirent cet hQrrible supplice pour leurs « démérites », et furent enfouies dans une fosse de sept pieds de long.

En 1460, Perrette Mauger, larronnesse et receleuse pubUque, fut condamnée par sentent du prévôt « à souffrir mort et estre enterrée toute vive devant le gibet ».

Elle en appela au parlement qui confirma la sentence du prévôt.

Lorsqu'on lui signifia l'arrêt de confirmation, « elle déclara lors qu'elle estoit grosse, parquoy fut de rechef différé de l'exécuter. Et fut fail visiter par ventrières et matrones qui rapportèrent à justice qu'elle n'estoit point grosse ».

La malheureuse avait imaginé ce moyen pour gagner du temps : il ne lui réussit pas, et elle fut livrée à l'exécuteur des hautes- œuvres, Henri Cousin, qui l'entraîna malgré ses cris et ses k* mes au supplice.

Antoine, bâtard de Bourgogne, étant venu sou5 des habits d'emprunt passer un jour et une nuità Paris, le roi en fut informé et conçut quelques soupçons touchant la fidélité des Parisiens qoi tramaient peut-être quelque dessein secret en faveur d'un parti de Bourgogne; mais cette supposition n'avait rien de fondé, et les Parisiens envoyèrent au roi une députation composée des principaux bourgeois et de Jean de L'Olive, docteur en théologie et chancelier de TÉglise de Paris, pour qu'il fût bien persuadé que nul ne désirait à Paris faire naître de nouveaux troubles. Le roi fit un excellent accueil aux députa, et on se sépara dans les meilleurs tenues.

Peu de fondations utiles pendant ce règne de Charles VII. Cependant nous trouvons en 1460 la création du collège Sainte-Barbe. Félibien, Piganiol de La Force et d'autres historiens ont attribué l'établissement de cette maison à un docteur et professeur de droit canon, Jean Hubert, qui, le 30 mai 1430, aurait acheté des religieux de Sainte-Geneviève un terrain, alors planté de vignes, joignant une ancienne chapelle de Sainl- Symphorien, pour y bâtir, en face du collège de Reims, dans la rue de ce nom, un autre collège

lit de Sainte-Barbe, du nom de sa mère, et qui ut loué à des principaux amovibles.

Cette version, qui a été admise et répétée par a plupart des historiens d'autrefois, a été réfutée )ar M. Jules Quicherat dans son Histoire de 9 ointe-Barbe, et il établit d'une façon péremptoire lue ce collège a été fondé en 1460 par Geoffroy ^enormant, un prêtre professeur qui jouissait i'une grande réputation sous Charles VIL II lirigeait la section de grammaire au collège de Navarre.

Quant au nom de Sainte-Barbe, voici ce que dit VL. Quicherat à ce propos , après avoir fait remarjucr qu'il n'était pas d'usage alors à Paris que es collèges fussent placés sous l'invocation des saintes : « Barbe, c'est-à-dire Barbara dans sa 'orme latine et universitaire, n'était pas seule- Tient le nom d'une sainte, ce fut aussi le terme lui, dans le langage des écoles, signifiait Targunent élémentaire, le syllogisme articulé par najeure, mineure et conséquences sur desgénérailés positives. L'exposition de la logique comnençait par la définition de Barbara^ et la plupart des grandes vérités morales se résolvaient 3n Barbara. N'y aurait-il pa» là, à cause de la iouble entente, un motif pour notre fondateur l'avoir préféré le vocable de sainte Barbe? »>

Tout cela est un peu arbitraire. Quoiqu'il en ïOÎt, la date de i460 est inscrite au-dessus de la porte du collège, avec le nom de Sainte-Barbe. 11 l'y a donc rien à ajouter à ce propos.

La maison fut d'abord un établissement libre appartenant soit au principal qui la gouvernait, soit à des particuliers qui en confiaient la direction à un principal de leur choix, agréé par l'Université.

Les élèves étaient désignés sous le nom de Barbarains^ de Barbarini et quelquefois de Barbaristœ^ d'où dériva plus tard la dénomination de Barbistes.

En 4556, Robert Dugart, docteur régent en la faculté de droit canon et ancien curé de Saint- Hilaire, donna au collège une existence indépendante, en lui constituant une donation; Un principal, un procureur et un chapelain, nés dans les diocèses d'Évreux, Rouen, Paris, ou Autun, devaient être entretenus à perpétuité au moyen de cette donation passée àParis par-devant MM. François Cressan et Pasquier Valée, notaires au Châtelel, le 19 novembre 1556.

Elle comprenait le fonds même de Sainte-Barbe, des maisons dans la rue d'Ecosse, au faubourg Saint-Marceau et à Vitry-sur-Seine, de plus une rente sur l'Hôtel de Ville.

Les troubles de la Ligue amenèrent la dispersion des écoliers, et le collège fut fermé en 1589; il rouvrit en 1595.

Yers 1636, Henri Berthou, chefcier de Saint- Élienne-des-Grès, chanoine de Saint-Benoit et principal du collège, Vagrandit en faisant bâtir

trois corps de logis sur des masures qui étaient situées derrière le collège de Reims.

En 1679, l'étude du droit civil ayant été rétablie à Paris, la faculté demanda au conseil du roi la suppression du collège Sainte-Barbe ou Bourgogne pour le transformer en école de droit ; un arrêt du conseil ordonna la vente du collège Sainte-Barbe et des maisons qui en dépendaient a pour, des deniers à provenir, bâtir des écoles de droit dans un lieu plus convenable ».Les officiers du collège appelèrent de cet arrêt, et le roi maintint l'existence de Sainte-Barbe.

L'université lui donna, par contrat du 21 juin 1683, 48,750 livres, tant pour payer ses dettes que pour réparer les anciens édifices etériger une chapelle, qui ne fut bâtie qu'en 1691 et bénite le 2 décembre 1695.

De son côté, le collège céda à l'université quelques bâtiments.

Un docteur de Sorbonne, Germain Gillot, établit, dans une partie des corps de logis affectés à la dotation de Sainte-Barbe, rue des Chiens et rue de Reims, environ deux cents écoliers, qu'on appela des gilotins; un autre docteur, Thomas Durieux, les dirigea et en forma la communauté de Sainte- Barbe.

Il y eut donc, à partir de 1691, un collège de Sainte-Barbe avec trois dignitaires et quatre boursiers et la communauté qui occupa tous les bâtiments, lorsqu'en 1764,1e collège de Sainte-Barbe fut transféré au collège Louis-le-Grand avec sa dotation.

Lorsque survint la Révolution de 1789, le P. Baduel était supérieur de la communauté; voulant se soustraire aux persécutions dirigées contre les ecclésiastiques, il cherchait à sortir de Paris, emportant ce qu'il avait pu réunir d'argent ; mais il fut attaqué, volé et assassiné la nuit sur le cours la Reine, aux Champs-Elysées.

Le collège resta fermé pendant sept années.

L'an VII (1798), Victor deLanneau, sous-directeur du Prytanée, loua les bâtiments de Sainte- Barbe et reconstitua le collège, sous le nom de Collège des sciences et des arts, ci-devant collège Sainte-Barbe, et bientôt après cette dernière partie de dénomination demeura seule.

Aujourd'hui le collège Sainte-Barbe (rue Cujas, à l'angle de la place du Panthéon et près la bibliothèque Sainte-Geneviève) possède à Fontenayaux-Roses une succursale pour les enfants de six à onze ans.

Nous arrivons à l'année de la mort du roi (1461) sans avoir à signaler d'autres travaux d'édilité. De 1458 à 1460, on restaura et agrandit la petite église de Saint-Germain-le-Vieux, et on travailla aussi à la reconstruction de l'église Sainte-tlroix, située rue de la Vieille-Draperie. Les travaux avaient été ordonnés et avaient reçu un commencement d'exécution en 1450; mais ils nefurent achevés qu'en 1529. On voit que, sous ce règne,

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

les embellissements de la ville tinrent peu de place dans les préoccupations des édiles.

La politique fut le grand souci de tous; le XY* siècle est Tépoque critique de la formation de notre nationalité : toutes les classes de la société ont concouru à la lutte, et Thistoire nous a légué le nom des personnages célèbres par le rôle important qu'ils remplirent en ces temps de désastres, de troubles et de grandes actions; à côté de Jeanne d*Arc, la vierge populaire, Jacques Cœur, Targentier du roi que Charles VII mit à la tête de la Monnaie de Paris et qu'il anoblit en 1440. Il prêta généreusement au roi les fonds nécessaires pour délivrer la France du joug anglais, et fut condamné à mort pour prix de ses services, tout comme Jeanne d'Arc fut brûlée vive pour avoir versé son sang au service de sa patrie.

Au reste, Charles VII ne savait pas récompenser avec discernement : il distribua avec profusion l'ordre de l'Étoile (fondé par son prédécesseur Jean le Bon) à ses officiers, et permit au capitaine du guet de Paris de le conférer à ses archers.

On ne peut méconnaître que, malgré les malheurs qui fondirent sur les Parisiens pendant les règnes de Charles VI et Charles VII, des améliorations sensibles furent apportées dans la législation générale qui les régissait.

La prévôté qui ressortait du parlement avait acquis une force et une autorité qui lui donnaient le moyen de faire respecter ses décisions. Charles V, par lettres-patentes de février 1368, avait reconnu que le prévôt de Paris était compétent pour toutes les difficultés relatives aux actes marqués de - son sceau. Charles VI voulut (mars 1388) que ses sentences fussent exécutoires dans toute l'étendue du royaume, et qu'il eût le pouvoir d'y poursuivre les malfaiteurs. Ce pouvoir fut confirmé par Charles VII en 1447. Les ordonnances prévôtales relatives à l'approvisionnement de Paris furent aussi exécutoires partout, ce qui créa l'autorité centrale supérieure de la police parisienne.

Le prévôt nouvellement installé donnait un cheval au président du parlement qui avait procédé à sa réception. Son costume consistait en une robe courte avec manteau, col rabattu, épée, chapeau à plumes, bâton de commandement entouré d'étoffe d'argent.

Il assistait aux séances royales et avait sa place au-dessous du grand chambellan.

Il marchait à la tète de la noblesse, jouissait du privilège de se couvrir après l'appel de la première cause , privilège réservé aux ducs et pairs. Enfin ii assignait les pairs dans les procès criminels, 'et possédait, nous l'avons dit déjà, douze gardes nommés sergents à la douzaine.

Voici la liste complète de ceux qui exercèrent ces importantes fonctions :

1060 , Etienne.

1192, Anselme de Garlande.

1196, Hugues de Moulant.

1200, Thomas.

1202, Robert de Meulant.

1217, Philippe Hamelin. — Nicolas Harrode.

1227, Jean Des vignes.

1229, ThiUoy.

1235, Etienne Boilève ou Boileau.

1245, Guernesde Verberie. — Gaultier Le Mailre.

1256, Henri Dyerres. — Eudes Le Roux.

1258, Etienne Boileau.

1260, Pierre Gontier.

1261, Etienne Boileau.

1270, Renau Barbon.

1277, Marc de Morées. — Eudes Le Roux. — Henri Dyerres. — Guy Dumex.

1283, Gilles de Compiègne.

1285, Oudard de La Neuville.

1287, Pierre Sayneau. — Jean de Monligny. 1291, Jean de Marie. — Guillaume d'Hangest.

1296, Jean de Saint-Léonard.

1297, Robert Mauger.

1298, Guillaume Thiboust.

1302, Pierre de Dicy.

1304, Pierre Jumeau.

1308, Firmin Coquerel.

1310, Jean Ploibaut.

1316, Henri Tapperel.

1320, Gilles Hacquin.

1321, Jean Robert.

1322, Jean Loncle.

1325, Hugues de Crusy.

1330, Jean Milon.

1334, Pierre Belagent.

1339, Guillaume Gormont.

1348, Alexandre de Crèvecœur.

1353, Guillaume Staize,

1358, Jean Le Bascle de Meudon , chevalier. 1361, Jean Bemier.

1367, Hugues Aubriot.

1381, Audouin Chauveron ou Chameron, docteur es lois.

1388, Jean de FoUeville , chevalier.

1401, Guillaume de Tignonville.

1408, Pierre des Essarts.

1412, Robert de La Heuse, dit le Borgne

1413, Tanneguy Duchâtel, chambellan du roi Charles VI. — Robert de La Heuse. — André Marchant.

1414, Tanneguy Duchâtel. — André Marchant

— Tanneguy Duchâtel.

1418, Guy de Bar. — Gilles de Glamecy, sire de Prouvaire.

1420, Jean Dumesnii, — Jean de Labeaume.

1421, Pierre de Marigny. — Pieire de Leverral.

— Simon de Champluisant. — Jeaa Double.

1422, Simon de Champluisant — Simon Morbier.

1432, Gilles de Glamecy.

PARIS A THAVBRS LES SIECLISS

CAtait Louis XI qui a^ftil amoyi c

coDtn lei Beigaeun. (Page SSt, col. 1.}

1436. PhlLlppe de Ternant. — Boulainvilliera. — Ambroise de Loré. — Jean d'EstoutevUle, 1446, Robert d'Estouteville , chevalier.

1461, Jacques de VilUers.

1465, Robert d'Estouteville.

1479, Jacques d'Estouteville , fils de Robert.

1509, Jacques de Coligny, ctievalier.

1513, Gabriel d'Alègre, baroQ.

1522, Jean de La Barre, chevalier.

1533, Jeao d'Estouteville, sire de Villebon-Ia- Gastine.

1510, Antoine Duprat, chevalier, sire de Nanlouillet et de Précy.

1553, Antoine Duprat, fils du précédent.

1592, Charles de Neuville.

1593, Jacques d'Aumont , baron de Ghappes , sire de Dun-Ie-Paleteau.

1611, Louis Séguier, chevalier.

1653, Pierre Séguier, marquis de Saint-Brisson. 1670, Armand du Camhoust.

1685, Charles- Denis de Bullion.

1723, Gabriel-Gér6me de Bullion.

1755, Alexandre de Ségur.

Xiv. 37

1766, Anne- Gabriel-Henri-Bernard de Bonlainvilliers (jusqu'en 1792).

Nous avons vu qu'en 1382 l'administration mu< nicipale de la ville , jusque-là conflée au prévût des marchands , avait élé remise aux mains du prévôt de Paris, et que les Parisiens avaient grandement souCTert de cette mesure ; les rues pleines d'immondices étaient devenues de véritables cloaques ; les ponts, les quais avaient cessé d'être entretenus; les édifices inachevés se détérioraient; les bourgeois humiliés, en cessant de payer les nouveaux impôts, suscitaient au gouvernement des embarras continuels; le désordre était devenu si grand que le roi, on l'a vu, fut obligé de réta. blir cette importante ma^strature.

Ajoutons que le prévôt de Paris était le conservateur des privilèges de l'université , et c'était pour cette raison qu'il prétait serment entre les mains du recteur de l'université (ordonnance de lâOO). Les prévôts se sont conformés aux prescriptions de cette ordonnance royale jusqu'au commencement du xvii' siècle, époque â laquelle Louis Séguier, invité par le proviseur du collège

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mitre de papier sar la tète, couvert d'ane dalmatique noire, ou en chemise, avec une torche à la main , suivi et hué par la populace.

Les cérémonies fanèbres offraient elles-mêmes une occasion de se divertir en buvant; si par exemple un juré crieur de vin venait à mourir, tous ses confrères assistaient à ses obsèques revêtus de leur costume officiel. Le corps était porté par quatre d*entre eux ; deux suivaient par derrière, Tun tenant un hanap et Tautre un pot rempli de vin ; les autres marchaient devant eux en agitant leurs sonnettes.

Et chacun de sortir de sa maison et de se joindre au cortège, car à chaque carrefour il s*arrê« tait; on déposait le corps sur des tréteaux, puis le hanap était rempli jusqu'au bord, les porteurs buvaient les premiers , et Ton offrait ensuite à boire à tous les assistants.

Quiconque voulait vider le hanap n'avait qu'à s'approcher.

On juge si le nombre des altérés était grand I

Dès que le pot était vide , on remplissait au premier cabaret, et le cortège se remettait en route pour s'arrêter un peu plus loin , jusqu'à sa destination.

A propos d'enterrement, disons qu'il était d'usage à Paris de porter en cérémonie le viatique aux mourants : le prêtre se plaçait sous un dais que précédaient un porte-lanterne, un portesonnette et un bedeau, et, si le mourant était un personnage, toute la maison , maîtres et valets, se tenait sur le seuil, flambeaux en main, pour receevoir le prêtre.

Lorsque le guet croisait le cortège, au retour,

il était tenu de l'accompagner jusqu'à l'église. Ge fut sous le règne de Charles VU que naqoît à Paris un poète estimé, François Villon, écolier tapageur, tout adonné à ce qu'on appellerait aujourd'hui la vie de bohème. Villon se fit connaître comme poète au moment où la littérature fraoçaise subissait une période de transformation. De la poésie générale , a dit M. de Montaiglon , elle passait à la poésie personnelle. Villon fut an des maîtres du genre; malheureusement, il le dit lui-même :

Hô -Dieu I si j>u88e étudié Au temps de ma jeunesse folle.

Et à bonnes mœurs dédié, J*euBse maison et couche moUo; Mais quoyl je lùyois Vescole Comme fait le maurais enfanU En escrivant cette parole, A peu que le cueur ne me fend.

Il s'exerça , selon Texpression de Clément Marot, «dans Tart de la pince et du crocq » . Gondamoc d'abord au fouet, puis à la potence , sa peine fat commuée en celle du bannissement. Quoiqu*ilca soit, François Villon fut un enfant de la vieille école /s^auloise, dont les vers charmèrent ses contemporains, et ne cesseront d*être admirés par les lettrés, et il a formé, avec Alain Ghartier, Charles d'Orléans, René d'Anjou, Guillaume Goquillart , Henri Baude et Martial de Paris dit d'Auvergne, cette pléiade de poètes dont les œovres furent l'aube naissante de cette époque de lumière et d'efDorescence qu'on appelle la Ra* naissance.

Louis XI ; son entrée à Paris. — La ligue du Bien public. — La granae revue. — Les prisons de Paris. — La Tnà

qui file, — Le frère assassin. — Les oiseaux séditieux. — Le traité de Péronne.

E roi Charles VII était mort à son château de Meun-sur-Yèvre, le 22 juillet 1461 ; son corps ne fut apporté à Paris que le 5 août; les coins du poêle furent tenus par le président Robert Thiboust , Jean Le Damoisel, Jean de Sanzay et Pierre Crolavoine, conseillers, tous vêtus du manteau vermeil fourré de menu*vair et coiffés du chaperon de même couleur fourré.

Le corps fut déposé dans l'église du prieuré de Notre-Dame-des-Champs, au faubourg Saint-Jac-

ques, à la lumière de deux cents torches, dont cent soixante fournies par la ville, pesaient chacune trois livres.

Le lendemain matin, un grand service fut célébré en présence du duc d'Orléans, accompagné des principaux personnages de la cour et de la ville, des communautés, des ordres mendiants et des pauvres.

A cinq heures du soir, toutes les processions sortirent de l'église pour aller à la cathédrale.

Les cordeliers commencèrent , puis les jacobins , les augustins, les carmes , les bernardins,

e IS juillet, une batailli! fut livrée sans résultat dêcisir k Montlbiry.

let croisés de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, les natharins, et après euxle clergé des paroisses et descoUégîales. Oa y compta treize crosses d'arcberéques, évoques ou abbés. — Le patriarche d'An- (iocheetle recteurde l'univereité venaient après.

L'évËque de Paris était au milieu des seigneurs et des priocipaux officiers du roi.

Le pariement venait ensuite avec la chambre

des comptes et les autres cours,- qui précédaient le corps et le lit de l'efllgle.

Entre eux marchaient à cheval « les quatre princes qui faisoient le deuil » , suivis du chancelier, du grand écuyer et des chambellans, aussi i cheval.

L'église était tendue : la nef, d'ane toile bleue semée de fleurs de lis d'or; et le chœur, de satin

esl > On teDdit \aa chalnet, i

r pourquoi. (Page 284, coL ï.)

et velours ooirA frange noire. Au milieu du|chœur Uail la chapelle ardente, ornée d'écus aux armes de France. On chanta les vigiles des morts.

Le lendemain vendredi, on célébra la messe solennelle ; l'oraison funèbre fut prononcée par Jetn de Chàteaufort, et les mêmes personnages y ftssUtèrent ; k l'issue du service, le convoi se mit n marche pour Saint -Denis , en passant par le Pont-an-Change et la rue Saint-Denis.

Lorsqu'on fut arrivé à La Chapelle, on s'arrêta, et l'abbesse de Montmartre arriva avec ses reli- Sicnses pour faire leurs prières devant le corps du nu.

I4 cortège se remit en marche Jusqu'à la Croix-

aux-Frèrei , appelée aussi la Croix-Penchée , où se trouvaient réunis tous les religieux de Saint- Denis, en chappes. Tandis que ceux-ci conduis!- ' rent le corps & Saint -Denis , les processions et l'université rentrèrent à Paris.

Le 31 août, le dauphin, devenu le roi Louis XI, fit son entrée solennelle à Paris.

Il était veto d'une robe de satin blanc et d'un pardessus violet sans manches, coifl'é « d'un petit chaperon loqueté m, et monté sur un cheval blanc richement harnaché.

Tous'Ies corps constitués sortirent pour l'aller recevoir.

Leprév6tdes marchands, Henri de livres, lui

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présenta les clefs de la ville et les échevins ; le dais, qu'ils donnèrent à porter aux épiciers d'abord, ensuite aux bourgeois, puis aux orfèvres et aux changeurs.

Le duc de Bourgogne suivait le roi , ayant à ses côtés le duc de Bourbon à droite , et le duc de Charolais à gauche.

Sur la porte Saint-Denis était représenté un navire, emblème des armes de Paris (qui sont de gueules, au navire équipé d'argent, sur une onde du même; au chef cousu d'azur, semé de fleurs de lis d'or). De ce navire, descendirent deux I)etits anges qui posèrent une couronne sur la tète du roi.

De la fontaine du Ponceau coulait du vin; et, à cette fontaine, trois belles filles toutes nues représentaient des syrènes « et ce estoit chose bien plaisante, ajoute le chroniqueur Jean de Troyes, elles disoient de petits motets et bergerettes ».

Dans les autres quartiers, on donnait, pour la circonstance, diverses représentations dans le [joût du temps.

Toutes les rues par où le roi passa étaient tendues de riches tapisseries, et, lorsqu'il fut sur le Pont-au-Change, les oiseliers de Paris lâchèrent plus de deux cents douzaines d'oiseaux de toute espèce.

Le roi alla descendre à Notre-Dame, où il fut reçu par l'évêque et son clergé, et par l'université.

11 fit ses prières, remonta à cheval et se rendit au palais où il soupa; le lendemain, il alla loger à riiôtel des Toumelles.

Paris manifesta s'a joie par des fêtes dans les- (juelles le vieux duc de Bourgogne se fit remarquer par son luxe et sa magnificence.

Il y eut même tournoi près Thôlel des Tournelles, mais le roi n'y parut pas; caché à Tune des fenêtres, derrière certaines dames de Paris, il laissa briller dahs la joule les Bourguignoni? et • toute la haute seigneurie flamande et waHonnei,,.

Le fils du duc de Bourgogne (le comte de Charolais) et les grands vassaux s'escrimèrent de leur mieux; leurs habits étaient magnifiques, leurs panaches flottaient au vent , leurs chaînes d'or reluisaient au soleil. Soudain un champion s'élança dans la lice; il était couvert de peaux de bètes fauves, son cheval avait un accoutrement •semblable. Et voilà que cet inconnu culbuta tous les jouteurs les uns après les autres.

C'était Louis XI qui avait envoyé ce nouveau venu se mesurer contre les seigneurs.

« L'absence du roi, dit l'historien Michelet, devait étonner d'autant plus que le tournoi se donnait à sa porte, contre les Tournelles, où il résidait. Apparemment, le triste hôtel s'égayait peu du bruit de ces fêles. Le roi y vivait seul et chichement. Il avait eu la bizarrerie de s'en tenir à quelques serviteurs qu'il amenait de Brabant^ il vivait là comme en exil... A peine roi, il prit

rhabit de pèlerin, la cape de gros drap gris, ayet ' les housseaux de voyage, et il ne les àlsL qa^àli mort...

« S'il sortait des Tournelles, c'était le aoir, ea hibou dans sa triste cape grise. Son c i>mpèfe, compagnon et ami (il avait un ami) était on certain Bische, qu'il avait mis jadis <yimme espion auprès de son père Charles YII et qu^alors il tenait auprès du comte de Charolais, pour loi faire trahir son père, le duc de Bourgogne. »

Aussitôt arrivé à Paris, le nouveau roi destitua Guillaume Juvénal des Ursins de sa charge et chancelier, pour la donner à Pierre de MorvUliers et Jacques de Villiers devint prévôt de Paris à la place de Robert d'Ëstouteville.

Lé prévôt des marchands, les échevins, le greffier et le procureur de l'Hôtel de Ville avaient obtenu des lettres patentes de Charles YII, leor accordant un setier de sel par an, pour leur consommation, à prendre au grenier à sel, au prix marchand. On réduisit le setier à une mine; îk se plaignirent à Louis XI qui leur rendit ie droit à un setier, par lettres du 16 septembre.

Le il janvier 1462, le roi étant à la Rochell« confia la garde de Paris à Bertrand de BeauTaa, seigneur dePrécigny, président des comptes, età Charles de Melun, bailli de Sens (ce dernier obtiot de la faveur royale, le 16 août 1643, le don de l'hôtel de la Reine, dit de la Pissotte, situé me Saint-Antoine, près du cimetière Saint-Paul; et, le 8 mars 1464, il fut nommé gouverneur et lientenant général de Paris et de l'Ile-de-France).

Il éloigna de lui l'amiral, le grand chambellan, des maréchaux de France et les prlncipaoi régisseurs des finances et choisit de préférence ses conseillers parmi les hommes du tiers état, et souvent môme parmi les gens de basse extraction.

Le comte de Ûammartin avait été disgracié; après s'être caché, il revint, fort de son innocence, se présenter devant le roi à qui il demanda d*élre jugé; il )fut condamné à mort, mais Louis XI commua sa peine en l'exilant dans l'Ile de Rhodes, puis, changeant d'avis, il le Ot enfermer à la Bastille. Tous ses biens furent confisqués et doDoé? à ceux qui avaient été dépouillés sous le règne précédent. Par contre, il réhabilita le comte d'Armagnac, tira le duc d'Alençonde sa prison et les rétablit l'un et l'autre dans tous leurs biens, titres, honneurs et dignités.

Le 27 novembre 1461, Louis XI abolit la Pragmatique Sanction (ordonnance qui reconnaissait la suprématie des conciles œcumé^iiques sur le» papes) ; les écoliers de l'université de Paris s'avisèrent de jouer publiquement « un jeu à perso]}nages, contenant comment les rata avaient man^ Los sceaux de la Pragmatique Sanction, et comment les rats qui en avaient mangé eurent rou^e tète » (allusion à l'évêque d'Arras qui avait obtenu le chapeau de cardinal).

On s'irrita dans les hautes classes des tendances [ae Louis XI montrait à abaisser la noblesse, et, tn décembre 1464, il se forma à Paris, entre les irinces et plusieurs seigneurs, une ligue dite du iien public^ qui avait pour objet ou tout au moins >our prétexte « de mettre le royaume en ordre tt justice »; les ducs de Berry, de Bretagne, de k>urbon, de Dunois, le comte de Gharolais et plusieurs autres entrèrent dans cette ligue, dont es membres se reconnaissaient à une aiguillette le soie verte qu^ils portaient à la ceinture.

En 1464, Louis XI, sur la proposition de Tunirersité, fonda ce qui devait être plus tard la poste ittx lettres, en établissant 230 courriers qui furent chargés de transporter ses lettres et dépèches lans toutes les directions, mais ce ne fut qu'en [630 que les particuliers purent bénéficier du Iroît de se servir de la postC; jusque-là uniquement ■éservée à Tusage de la cour.

Le roi assura le service des courriers, en donlant au maître de poste le prix, alors énorme, de lix sols par cheval pour une course de quatre ieues.

Charles de Melun^ gouverneur de Paris, ayant •eçu des bourgeois un nouveau serment de fidélité )t les plus vives protestations d'attachement, leur donna des armes, augmenta le guet, rétablit les chaînes au coin des rues, mura les portes, à l'exception de deux, assigna aux milices leurs portes et fit entrer dans la ville des provisions pour plusieurs mois.

Toutes ces mesures étaient prises en précision des événements qu'on redoutait de la part les chefs de la ligue du Bien public.

Une compagnie d'hommes d'armes, sous les 3rdres du maréchal Rohault de Gamaches, vint renforcer la garnison. Pour montrer aux Pariûens combien il était satisfait de leur zèle, Louis XI leur envoya une députation de quatre le ses principaux officiers chargés par lui de les 20mplimenter et de leur annoncer que la reine (Tiendrait faire ses couches à Paris, « la ville du (nonde qu il aimait le plus » .

Les bourgeois, pour mieux se défendre contre x)ute attaque, établirent un nouveau guet de nuit k cheval^ auquel présidait toujours l'un des capitaines delà ville. L'évèque d'Évreux^ JeanBalue, par zèle ou par fanfaronnade, fit lui-même le guet pendant une nuit et conduisit sur les remparts et par les rues la compagnie des lanciers du maréchal de Gamaches, au son des trompettes et des clairons.

« Le comte de Gharolais, dit l'auteur des Sièges ie Paris j avait été le premier des princes rebelles , )rèt à entrer en campagne. Au mois de juillet 1465, 1 s'avança à la tète de 60,000 combattants, trairersa la Somme, se rendit maître de Roye, de tf ontdidier, de Pont-Sainte-Maxence, et, de là, il ie répandit dans l'Ile-de-France. Il établit son quartier général à Saint-Denis, où il avait donné

rendez-vous aux autres confédérés. Il les y attendit une quinzaine de jours, se bornant, comme distraction, guerrière, à quelques escarmouches, que des enfants perdus (c'est ainsi qu'on appelait alors des éclaireurs envoyés en avant des armées), engagèrent du côté du faubourg Saint-Denis et de la porte Montmartre. Il espérait qu'une partie de la population se déclarerait en sa faveur et lui ouvrirait les barrières. Mais il n'y eut pas le moindre mouvement dans l'intérieur, et il n'arrivait aucune nouvelle de l'approche des autres chefs de la Ligue. »

On annonçait au contraire que l'armée royale venait des bords de la Loire au secours de la capitale.

<c Li comte (de Gharolais) fit ruer sur la chaude (chaussée) deux ou troys serpentines qui effrayèrent ceulx de la ville, combien qu'ils ne blesscierent personne qu'on sceust. Li comte s'estoit mys deva^it toute la bataille et alla jusqu à ung molin assez près de la ville de Paris, lesquels ceulx de Paris se attendoient qu'on deubt les assaillir.

« A la rentrée que li maréchal (Rohault de Gamaches) fîst dedans Paris, il rencontra ung homme d'église, chanoine d'Arras, qui avoit eu affaires à Paris et qui retournoit en Picardie, auquel chanoine iceluy mareschal fist jurer qu'il diroit au comte, de Gharollois, qu'il avoit prestement reçeu lectresdu roy de Franche, que on dedans quatre jours ou environ il se trouveroit à Paris , et iroit où 11 comte seroit et verroit qui seroit le plus fort. Auxquelles paroles li comte répondit qu'il ne croyoit pour ce que paravant lui avoit mandé plusieurs choses qui n'estoient point vrayes. Après ce que li comte de Gharollois eust fait sa monstrée devant Paris, lui et son ost se retirèrent au Lendit entre Paris et Sainct-Denys, où estoient encore loges et maisons de la feste. »

Tout cela n'avançait pas les choses, le comte voulut en finir, il envoya des parlementaires à La porte Saint-Denis réclamer l'ouverture des portes et des vivres, menaçant de tout saccager si on ne lui donnait pas satisfaction.

On leur répondit par un refus formel, et les parlementaires se retirèrent.

Alors le comte lança contre le faubourg Saint- Lazare ses arquebusiers qui furent sur le point de se rendre maîtres des barrières.

Mais, de leur côté, les milices bourgeoises accoururent; elles soutinrent le choc avec énergie, et repoussèrent les assaillants qui, foudroyés par les couleuvrines des remparts, se replièrent en désordre sur la Ghapelle et la Yillette.

Quelques bourgeois s'aventurèrent à les poursuivre, mal leur en prit; ils tombèrent aux mains des gens d'armes qui les pendirent haut et court au gibet de Montfaucon.

Bientôt le maréchal de Gamaches repoussa les assiégeants jusque dans leurs retranchements.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

CSeux-ci songèrent à la retraite, et le comte de Gharolais abandonna Paris pour aller au-devant des troupes bretonnes qu'il attendait.

Le comte de Saint-Pol, qui menait Tavantgarde entre Paris et Saint-Gloud, trouva un grand bateau chargé de foin que Ton menait à Paris ; il s*en empara, vida le foin qu'il contenait, et, s'y embarquant avec son avant-garde, il gagna Saint- Gloud, <x auquel lieu y avoit moult gens de guerre, lesquels se rendirent ».

« Le quinziesme jour de juillet mil quatre cent soixante cinq, le comte de Gharollois et toute son armée qui s'estoit parti du pont Saint-Gloud pour tirer vers Étampes et aller à Tincontre des ducs de Berry et de Bretaigne, lesquels ne pooient passer pour l'armée du roy de Franche, qui les empeschoit, arrivèrent àMontlehery et environ; et alla li comte de SaintrPol, qui menoit l'avantgarde jusques à Montiehery et se logea lui et ses gens en la ville, sur le dit mont, sans entrer au château».

On sait que, le 16 juillet, les deux armées se rencontrèrent et qu'une bataille fut livrée sans résultat décisif à Montlhéry.

Le roi fit un coude vers Gorbeil et descendit en suivant les rives de la Seine jusqu'à Paris, où il ^upa en compagnie des principales dames de la ville, afin de gagner les cœurs des Parisiens «par le moyen de ce sexe insinuant » .

Ge repas eut lieu dans la maison de Gharles de Melun, et le roi raconta d'une manière si touchante les dangers qu'il avait courus que son récit fit pleurer toutes les dames bourgeoises.

Quinze jours plus tard, le comte de Gharolais se mit de nouveau en marche sur Paris.

Pendant ce temps, on poursuivait criminellement à Paris tous ceux qui étaient soupçonnés d'avoir entretenu des intelligences avec les ligués.

Un gentilhomme du nom de Laurent de Mory, enfermé à la Bastille pour avoir favorisé les Bourguignons et pillé des bourgeois, fut déclaré coupable de haule trahison, et comme tel condamné à être écartelé aux Halles de Paris et ses biens confisqués.

Le parlement, usant de clémence, se contenta de le faire pendre.

Il fut pendu le 20 juillet au gibet de Montfaucon.

Huit jours après, Jean de Bourges, clerc de Jean Bérard, conseiller au parlement, fut condamné à être noyé dans la Seine par sentence du prévôt, avec François Mériodeau, son complice ; tous deux furent jetés à l'eau.

Le 30 du même mois, Gratien Mériodeau, frère de François, notaire au Ghàtelet^ subit le même supplice. Un manœuvre, qui avait porté des lettres à Eudes de Bucy, fut aussi noyé devant la tour de Billy, où avaient lieu ces exécutions par la main du bourreau.

Quelques jours après, un jeune homme appelé Pierre de Guéroult fut écartelé aux Halles pour la même cause.

Mais reprenons le récit du siège.

L'armée des assiégeants se montait à 100,000 chevaux (cavaliers).

Le comte de Gharolais fit construire des ponU de bateaux, après avoir repris le pont de Saint- Gloud, dont les Parisiens s'étaient emparés.

U voulait avant de tenter un assaut général affamer Paris et l'obliger à capituler.

i Louis XI était parti le 10 août pour Rouen, lais* sant la garde de la ville à quelques compagnies ! de francs-archers de Normandie, et environ 400 lances sous la conduite de Gharles de Helun.Les francs-archers furent tous logés dans le Temple. et il en vint 200 autres à cheval, quatre jours après le départ du roi.

La nouvelle arriva à Paris qu'une partie de l'armée des princes campait dans le parc de Tiocennes; en même temps on annonça la venue de quatre hérauts du duc de Berry apportant une lettre adressée au clergé, une autre au parle* ment, une troisième à la ville de Paris et la quatrième à l'université.

Elles contenaient que les princes n*avaient pris les armes que pour le bien général et qu'ils demandaient à conférer avec des députés, afin de s'entendre ensemble.

Le jeudi 22 août, une grande assemblée eut lieu à l'Hôtel de Ville pour délibérer sur ce sujet. L'évèque de Paris et plusieurs autres personnages furent envoyés le même jour vers les princes, et le lendemain il y eut de nouveau séance à l'Hêtel de Ville pour entendre le rapport des députés nommés.

On avait eu soin, pour prévenir tout tumulte, de garnir les portes de l'Hôtel de Ville et les environs d'un bon nombre d'archers et d'arbalétriers.

L'évèque et ses collègues déclarèrent que 1^ princes demandaient la tenue des États pour arriver à une réformation générale, et qu'en attendant il leur fût permis d'entrer dans Paris avec peu de suite pour conférer, et d'y acheter des vivres.

L'assemblée se montra toute disposée à accueillir ces ouvertures, pourvu toutefois que les troupes princières n'entrassent qu'à la file et en petite quantité; mais Louis XI, informé de ce qui se passait, revînt en toute hâte, accompagné des troupes de sa maison et de 2,000 hommesd'annes qui furent suivis de la noblesse de Normandie et d'un grand nombre de francs-archers.

Sa présence changea immédiatement la disposition des esprits.

On le reçut avec acclamation, aux cris de NoèU Noël!

Louis XI fit connaître le mécontentement que lui causait la démarche faite par les députés ;

Le petit gibet de Moutign; était une Buccursule du gibet de MonlTeucon, en If 16. (Page SOQ, col. 1.)

quelques-uns d'enlre eux furent privés de leur charge, et cinq furent exilés.

Les hostilités recommencèrent, et on se cb< noDDadu c6té do la porte Saint-Antoine pendant trois ou quatre jours, puis on reparla de paix.

De nouveaux députés des deux parUs s'abouchèrent.

Le dimanche suivant, le roi sortit de son hûtel des Tournelles pour aller faire ses dévotions à Notre-Dame, et en même temps 11 alla s'inscrire à la Madeleine dans la grande confrërie des bourgeois de Paris, ce que firent aussi Tévêque d'Évreux et plusieurs seigneurs de la suite du roi.

Une sorte de trêve tacite avait été conclue pour permettre aux députés de négocier; mais, malgré cela, les Bourguignons allèrent fourrager et piller les vignes de Glignancourt, de Montmartre et de la Courtille ; le peu de vin de ces terroirs que récoltèrent les Parisiens fut si mauvais qu'on l^sppela k vin de Cannée des Bourguignons.

L'armée du roi s'était fortifiée de quelques Liv. 38.

compagnies de noblesse normande ; on les logea au faubourg Saint-Marceau : deux de ces nobles pillèrent les bourgeois qui voulurent les mettre à la porte et leur interdire l'entrée delà ville; alors les Normands ne craignirent pas d'injurier grossièrement les Parisiens, en les appelant « traîtres Bourguignons » . Les bourgeois se plaignirent ; information fut ordonnée, et les deux Normands furent condamnés à faire amende honorable devant l'Hôtel de Ville au procureur du roi, tête nue, sans ceinture et une torche au poing.

En outre, on leur perça la langue et ils furent bannis du royaume.

La trêve fut prolongée jusqu'au 18 septembre, jour où toute conférence fut rompue.

On n'avait pu s'entendre.

Le roi fit retirer ses troupes et son artillerie de devant Gharenton, et logea six cents hommes de sa cavalerie avec leurs chevaux chez les Chartreux, ce qui obligea ces religieux & quitter leurs cellules.

HISTOIRE NATIONALE DE PAllIS ET DES PARISIENS

La lutte reprit plus vive que jamais; Bretons et Bourguignons passèrent la Seine et vinrent attaquer les troupes royales du faubourg Saint- Marceau, de Saint-Victor et des Chartreux, et on se tua du monde des deux côtés.

Cela dura plusieurs jours, au grand désespoir des marchands et de tous ceux qui avaient besoin de travailler pour vivre, et que ces escarmouches continuelles plongeaient dans la misère.

Enfin, le roi, ayant appris qu'une nuit la porte de la Bastille était demeurée ouverte du côté de la campagne et qu'on avait trouvé plusieurs de ses canons encloués, comprit que la Ligue avait des partisans dans Paris et que le plus sage était de la dissiper, sauf plus tard à prendre d'autres mesures ; le lendemain il reprit lui-même Finitiative d'une conférence, qui fut suivie d'une paix signée à Conflans le 29 octobre 1465.

Il accorda au comte de Charolais les villes de la Somme qu'il demandait, donna à son frère, le duc de Berry, la Normandie en apanage.

Trois jours de réjouissances ratifièrent le traité de paix et un grand repas de « chair et poisson, » fut donné à FHôtel de Ville. Avant de se mettre à table le roi remercia les bourgeois de leur zèle, et leur annonça l'abolition de quelques impôts ; Robert d'Estouteville fut réintégré dans ses fonctions de prévôt, Jean-Juvénal des Ursins reprit sa place .^e chancelier, et, sauf le» gens qui avaient trouvé la mort dans cette guerre civile qui n'avait servi à rien qu'à les faire tuer, tout le monde fut satisfait; pour témoigner son conten* tement, Louis XI alla à Saint-Denis rendre à Dieu ses actions de grâces, et y fit un présent de cent écus d'or qu'il déposa lui-même sur l'autel.

Les Parisiens se félicitaient de cette paix lorsque tout à coup on les vit courir par les rues pleins d'épouvante : le 19 novembre, à six heures du matin, une comète venait d'apparaître à Paris « en resplendisseur de feu qui dura longuement, et estoit telle qu'il sembloit que toute la dicte ville feust en feu et en flambe. Et de ceste épouvantable et merveilleuse chose ung homme en la place de Grève que à la dicte heure, aloit ouyr messe au Saint Esprit fut de ce si très espouvanté, qu'il en devint fol et perdit son sens et entendement ».

Les comètes annonçaient; selon la croyance populaire, un événement malheureux, et tout le monde se rappelait qu'il en avait été vu une très peu de temps avant que Charles VU expirât, et celle-là aussi avait une telle « splendeur et em* brasement qu'on en dict que toute la ville estoit en feu et flammes. »

Rien pourtant, cette fois* ne vint donner raison à la croyance populaire.

« L'année 1466 fut marquée par une grande mortalité, qu'on attribua à la chaleur excessive des Riois d'août et septembre. « Les maladies causèrent une telle désolation dans la prévôté et la vi*

comté de Paris que l'on compta plus de 40,OOQ morts, entre lesquels il y eut plusieurs personnes de distinction, « entre autres, maistre Arnoul, astrologue du roi ».

Il eût été bien extraordinaire que ces 40,OOQ personnes se composassent uniquement de vilains et de manants !

Le cimetière des Innocents, tout spacieux qnH était, ne put suffire aux inhumations, et il fallot enterrer au cimetière de la Trinité, qui appartenait à l'Hôtel de ViUe.

Pour faire cesser le fléau, on eut recours aux prières publiques; on ordonna des processions où furent portées les châsses de sainte Genevière et des autres saints en vénération.

Pendant cette mortalité, qui dura plus de trois mois, le roi se tint avec son conseil à Orléans et dans plusieurs autres villes, après avoir institoé 1« maréchal de Lohéac lieutenant-général de Paris et de l'Ile de France.

L'année suivante, et dans le but de fayoriser le repeuplement de la ville, dont le nombre des ha* bitants était fort diminué par suite des guerres et de la mortalité récente, une ordonnance fut rendue qui permettait à tous étrangers, de quelque nation qu'ils fussent, de s'établir dans la ville et les faubourgs de Paris.

Pour les y attirer davantage, on leur accorda b droit de bourgeoisie et l'impunité pour tous les crimes qu'ils pouvaient avoir commis, à l'exception de celui de lèse-Majesté.

Louis XI rentra à Paris le 18 août 1467, et It reine l'y rejoignit le 1*' septembre : elle airivait par la Seine, en bateau ; les principaux officiers de ville et nombre de bourgeois allèrent audevant d'elle, montés sur des embarcations pavoisées dont les unes étaient chargées de musiciens et les autres de confitures, de dra^^ées, et de tout ce qu'on appelait alors des épices.

La reine fut conduite au son des instruments jusqu'au terrain de Notre-Dame où elle fut reçue par l'évéque et par le parlement. A.prè8 STOÎr fait ses dévotions dans la cathédrale, elle remonta en bateau et alla aborder près des Gélestîns.

Là, elle monta à cheval, ainsi que toutes les dames et les demoiselles de sa suite, et la cavalcade se dirigea vers le palais des Tournelles, oà toute la nuit se passa en réjouissances.

On alluma des feux de joie dans les rues, on y dressa des tables, sur lesquelles on donna i boire à tous ceux qui le désirèrent.

Ce fut peu de temps après, c'est-à-dire le 14 septembre, que Louis XI passa la revue de tous les Parisiens en état de porter les armes.

L'ordre avait été précédemment donné à tons les habitants de Paris, depuis Tàge de sdze ans jusqu'à soixante, de se tenir prêts ; il voulut qaiis fussent partagés en diverses brigades sous différentes bannièreSi et armés d'un objet de défense quelconque.

Le recteur de l'université, Guillaume Pichet, essaya de faire dispenser les écoliers âgés de plus de seize ans de s'armer, et encourut par ce fait la disgrâce du roi.

Ce fut un jeudi qu'on vit sortir de Paris tous ces soldats improvisés, au nombre de 60 à 80,000 hommes, disent les historiens du temps.

Ils furent rangés sous les remparts ; leur ligne de bataille commençait à la porte du Temple, longeait la grande voirie, les murs de Saint- An toine-des-Champs, la grange de Reuilly et aboutissait à Conflans; de là une autre ligne descendait la Seine jusqu'à la Bastille.

Le roi et la reine, suivis de toute la cour, prirent un vif plaisir à contempler cette armée.

<r Ils estoient tous en bataille, dit Jean de Troyes, c'estoit chose merveilleuse va voir le monde qui estoit en armes dehors Paris, et si maintenoient plusieurs qu'il en estoit à peu près demeuré autant dedans Paris, qu'il y en avoit dehors. »

On compta jusqu'à soixante sept bannières des seuls métiers, sans les étendards et les guidons de la cour, du parlement, de la chambre des comptes, du trésor, des généraux, des aides, des Monnaies, du Châtelet et de l'Hôtel de Ville.

Quoi qu'il en soit , le chiffre de 80,000 parait passablement exagéré, car en ajoutant à ce chiffre celui des vieillards , des femmes , des enfants et des très nombreux ecclésiastiques, moines, etc., on arriverait facilement à celui de 300,000, et la population de Paris était loin d'être aussi élevée. ^

Le roi déclara que jamais si belle armée n'était sortie d'aucune ville du monde , et il lit amener et défoncer une quantité considérable de tonneaux de vin pour rafraîchir cette milice.

C'était une si magnifique réserve qu'il avait là sous la main, pour châtier ces Bourguignons in** solents qui ne cessaient de batailler contre la France 1

H remercia ses Parisiens d'avoir sans cesse repoussé les propositions du duc de Bourgogne.

Le gibet de Montfaucon servait tant qu'il était « en ruyne et décadence», et, comme le nombre de gens à pendre augmentait toujours , on avait dû songer à édifier un petit gibet, une sorte de succursale du premier, qu'on appela le gibet de Montigny.

Il fut inauguré en 14G6, par la pendaison d'un certain nombre de « povres et indigentes créatures, comme : larrons, sacrilèges, pipeurs et crocheteurs. Quelques autres évitèrent la corde , mais ils furent fouettés au cul d'une charrette qui les promena dans tous les carrefours. »

Au mois de septembre de la même année, on pendit à Montfaucon un Normand du Cotentin , accusé d'inceste avec sa fille. Celle-ci fut brûlée à Magny, près Pontoise.

• Le 22 du même mois, le roi alla en pèlerinage

à Saint-Denis , et revint le lendemain au palais des Tournelles, d'où il sortit pour aller souper chez son panetier, Denis Hesselîn, qui, selon l'usage , lui avait fait préparer un bain au préalable.

Louis XI soupait volontiers en ville; il employait , pour gagner la sympathie des Parisiens, des façons populaires; il visitait familièrement les principaux bourgeois , s'asseyait à leur table ou les invitait à la sienne , et s'intéressait en ami à leurs afi'aîres privées.

Avec son pourpoint de futaine et son bonnet qui suintait la graisse , il apparaissait aux yeux des gens , en « bon homme » , et le rusé monarque pouvait , en causant avec eux , se rendre compte de la façon dont on appréciait sa politique et constater lui - môme l'obéissance que ses sujets montraient pour l'exécution des ordonnances.

De si peu d'importance qu'elles fussent, il exigeait que tous, grands et petits, s'y, conformassent.

Son prévôt avait publié qu' «en chascun hostel de Paris il y eust lanterne et une chandelle ardente dedans durant la nuit , et que chascun mesnaige qui auroit chien , l'enfermast en sa maison ».

La peine de la hart était appliquée à quiconque enfreignait ces dispositions.

Il fut ordonné aussi à chacun de tenir de jour, « devant son huys, ung seau d'eauë ». Celui qui s'en dispensait était passible de la prison et de soixante sous parisis d'amende.

Et malheur à ceux qui faisaient connaissance avec les prisons de Paris !

On ne se figure guère, de nos jours, ce qu'étaient alors ces horribles lieux de souffrances et de douleurs.

On en comptait plus de vingt -cinq légales, sans y comprendre celles particulières à certaines communautés ; au moyen âge , quiconque jouissait du droit de justice, avait naturellement une prison pour y enfermer ceux qu'elle condamnait.

Mais ne nous occupons que des prisons officiel» lement reconnues

En première ligne venait le Louvre : c'était , nous l'avons dit, un palais, une forteresse et une prison ; toutefois on n'y enfermait que des prisonniers d'État ; ce ne fut que sous Louis XII que les officiers de la prévôté de Paris obtinrent du roi la permission de transporter au Louvre leur tribunal et leurs prisons, tandis qu'on réparait le Châtelet qui menaçait ruine ; mais on leur fit défense expresse d'allumer du feu dans aucune cheminée, à cause des munitions de guerre et de la poudre que l'on gardait dans les caves et dans les salles basses.

Le Louvre cessa d'être prison en 1558, lorsque François I" fît abattre la grosse tour pour reconstruire le palais.

La Bastille était aussi réseçvée aux prison-

BlSTOlRPi NATIONALE DE PAR[8 ET DES PARISIENS

niera politiques; nous avons décrit ses lours. Ce fut dans l'une d'elles qu'en 1475, Louis XI nt construire la fameuse cage de bois destinée à renfermer Guillaume de Harancourt , évfique de Verdun. Cette cage était composée de gros madriers liés entre eux par des attaches de fer, ce qui la rendait d'une extrême solidité.

Elle était si lourde qu'il fallut reconstruire et consolider le plancher de la voûte qui devait la supporter.

Dix-neuf charpentiers furent occupés à ce travail pendant vingt jours consécutifs, et on trouve dans les comptes de la prévôté de Paris celui de celte cage, ayant 3 mètres de longueur sur S mètres 66 de largeur et S mètres 33 de hauteur, Il laquelle a été assise entre une chambre étant en l'une des tours de la Bastille Saint-Antoine , à Paris, en laquelle est mis et détenu prisonnier, par le commandement du roi, notre seigneur Guillaume (le Harancourt, *;véque de Verdun ».

Louis XI alla visiter le prisonnier, afin de s'assurer par luimme si la cage <Uait bien telle qu'il désirait qu'elle fût.

Les cachots s'enfonçaient jus* qu'à 6 mètres 66

sous terra, et n'avaient pour ouverture qu'une étroite barbacane donnant sur le fossé ; ces cachots étaients pleins d'un limon où pullulaient les crapauds , les rats et les araignées.

Quant aux oubliettes, H. Violiet-le-Duc, le savant archéologue , pense qu'elles pourraient bien n'avoir jamais existé, et que ce qu'on a pris pour elles, n'était peut-être qu'une glacière; en tout cas, ce qu'on appela, lorsdela prise de la Bastille, les oubliettes, était une salle voûtée à six pans , située dans le soubassement d'une des tours ; tout autour de cette salle était un trottoir d'un mètre de largeur, et au milieu, un trou ayant la forme d'un entonnoir ou d'un cône renversé, tenniné à la partie inférieure par un petit orifice destiné à entraîner les

Le prisonnier que l'on eût descendu dans cet entonnoir n'eût pu ni se tenir debout , ni s'as-

LouU XI TiBjtsDt Guillanme da Hanmcourt dans sa coga.

seoir ; il eût été là comme soumis à une sorte de question prolongée.

La prison de l'officialité, destinée aux ecclésiastiques , avait, elle , des oubliettes, ainsi qae celle du couvent des Capucins. Ces oubliettes » composaient de deux cachots étroits, pratiqués dans l'un des angles d'une pièce à demi souterraine et formés par une forte cloison composée de gros madriers de chêne unis entre eux par des liens de fer, le tout racouvert de maçonnerie. Li seule ouverture par laquelle les vivres et le joar pouvaient momentanément pénétrer dans ce achot avait environ 35 centimètres de haaUur sur 15 centimètres de largeur; cette ouverture était encadrée par des barres et plaques en fer et fermée par une petite porte aosa en fer. Le guichet par lequel on introduisait le prisonnier n'avait pas plus de 1 mètre 33 de haut et était garni d'énonnes serrures et verrous.

Lorsqu'un capucin était condamné à être jeté dans un de ces inpace , on le conduisait au chapitre, on le faisait asseoir sur la sellette , où il entendait la lecture de sa sentence; ensuite on le conduisait proceasionoellement avec la croix, les cierges , le bénitier et l'encensoir ; on chantait le Libetv, on l'aspergeait et on le descendait dans l'oobliette en lui donnant un pain, un pot à eau, uo chapelet et un cierge bénit.

La prison de l'ofTicinlité consistait en une hante tour enclavée entre le b&timent de la grande sacristie de Notre-Dame et l'ancienne chapelle du palais arahiépiscopal.

Elle fut démolie en 1795.

Les prisons du grand Chàtelet se divisaient ea neuf prisons particulières : le Berceau , le Paradis, la Gourdaine, la Grièche, le Puits, les Chaînes , la Boucherie, la Fosse et les Oubliettes; en 1423, ce nombre avait été augmeotéde celles de la Motte, de Beauvoir, delà Salle, de Beauvais, de Barbarie, de Gloriette et d'Entre-Deux-Huis. Les prisonniers étaient tenus de payer, tant à leur entrée qu'à leur sortie , un droit de gite ou de geôlage, dont l'importance variait selon ta

PARIS A TRAVEES LBB SIÈCLES

condition des personnes et pour le paiement duquel, suivant l'ordonnance du 9 mai 1425, le ge61ier pouvait retenir les prisonniers : ainsi, un Gomto devait dix livres de geôlase; un chev&lierbanneret et un écuyer, vingt sous; un simple noble, cinq sous; un lombard, vingt-deux deniers; un juif, onze sous, et tous autres prisonniers, boit deniers.

En outre, quatre deniers étaient exigés pour le lit , deux pour la place qu'il occupait.

Les prisonniers détenus dans les cacbots souterrains donnaient un denier par nuit.

De son câté, le geAlier fournissait gratuitement la nourriture : du pain et de l'eau.

Les riches pouvaient faire venir du dehors, dans certains cas, des mets tout préparés.

Un lit ne devait pas contenir plus de deux ou trois prisonniers.

11 y avait au grand Cbàtelet un cacbot appelé Chambre d'bypocras, dans lequel les prisonniers avaient constamment les pieds dans l'eau et ne pouvaient se tenir ni debout, ni coucbés.

Un autre cacbot, appelé Fin d'aise, était plein d'ordures et fourmillait de reptiles.

Aucun escalier n'aidait à descendre dans ce qu'on appelait la Fosse; on se servait d'une corde et d'une poulie, poury « dévaler les prisonniers ».

Une déclaration royale du S3 août 1780, ordonna la destruction de tous les cachots construits sous terre.

Le grand Ch&telet fut démoli en 1803, nous l'avons dit.

Par lettres du U décembre 1398, Charles Yl avaitordonné que les prisons du petitChàtelet serviraient de succursales à celles du grand Cbàtelet, devenues insuffisantes et trop pleines. Une visite y fut faite par des enquesteurs qui constatèrent qu'ils y avaient vu des Chartres basses , où les prisonniers privés d'air ne pouvaient vivre.

La Conciergerie figure pour la première fois comme prison sur les registres de la Tournelle, au 23 décembre 1391. C'était la prison du parlement. Ses cachots , construits au niveau de la Seine , étaient obscurs et malsains ; le jour n'y pénétrait jamais. Plusieurs contagions pestilentielles, causées par la malpropreté de la prison et la mauvaise nourriture des détenus, éclaté* rent à la Conciergerie.

Le 31 juillet 1543, sur le rapport de deux conseillers , on ordonna que des Uts seraient placés dans une salle qui prendrait le nom d'iniirmerie ; que les immondices des différentes prisons seraient enlevées et que le préau et les cachots seraient nettoyés. Il fut aussi enjoint aux geôliers de ne plus maltraiter les prisonniers, « de leur bailler paille et eau , et de les pourvoir de gens d'église ».

Malgré ces améliorations, la Conciergerie n'en demeura pas moins la prison la plus malsaine de la capitale.

' En 1776, le feu détruisit une grande partie des ! b&timents de la Conciergerie, qui ne fut relevée I que trois ans plus tard et dont il sera parlé plus ' loin.

Le For-l'Évéque était la prison de l'évéque de Paris, On sait qu'après la dévastation opérée par les Normands, et afin d'éviter qu'elle se renouvel&t , l'évéque avait fait entourer son église et le terrain qui l'avoisinait d'un mur, et que cette portion de Paris s'appelait le territoire de Saint- Germain -l'Auxerrois et se trouvait placée sous la domination de l'évéque , ainsi que la culture de l'évëché , le long de Saint-Germain.

L'évéque tenait sa cour de justice dans un bâtiment situé au centre de l'enclos , qu'on appelait Forum epûcopi; c'était là que résidait son prévôt, chargé de rendre la justice en son nom. Ce fut Maurice de Sully qui fit bâtir le Forum en 1161 , et malheur à quiconque et ait cité à

Instnimenta de torture au XV* BÎècle,

comparoir! il avait à craindre pour ses oreilles, en raison du droit qu'avait le prévôt de l'évéque de les faire couper aux gens sur la place du Trahoir, située rue de l'Arbre-Sec, à deux pas du For-l'Évëque. Le Forum était un lourd monument, ayant la forme d'un carré long ; à l'une des extrémités était la chapelle, surmontée d'une tour avec cloches.

La grande salle, dite des plaids, était réservée aux audiences ecclésiastiques; plusieurs pièces étaient occupées par le prévôt de l'évéque , les autres servaient de prisons, et de nombreux caveaux ménagéssous l'église formaient des cachots pour les criminels. Et il n'en manquait pas dans la bonne ville de Paris , le seigneur évéque ne se gênant en aucune façon pour citer devant son tribunal ceux-là même qui n'en étaient pas justiciable?.

On a vu que l'évéque Guillaume de Seignelay avait reconnu au roi le droit de justice sur ses terres pour les crimes de meurtre et de rapt ;

30^ HISTOIUE NATIONALE DE PARIS ET DBS Ï^ÀRISIENS

mais s'il avait promis solennellement de ne plus mettre à mort sur les terres épiscopales, il continua à emprisonner les gens dans son forum et À les faire exécuter^ avec cette différence, toutefois, qu'au lieu de les faire mettre à mort dans Tenceinte de sa justice, on les suppliciait dans la banlieue de Paris. De cette façon, il ne souillait pas de sang humain les terres de Téglise, et il restait en pleine possession du droit de tuer.

Philippe-Auguste trouva le moyen employé par révoque peu délicat, mais le texte était formel et le roi n'avait rien à dire; aussi, au lieu <l'ergoter à ce propos, les deux grands justiciers signèrent un accord en 1222 qu'on appela la charte de Melun, et aux termes de ce traité on •restreignit les limites des terres de l'évéque, à cause du château du Louvre et de ses dépendances. On réserva au roi la connaissance des rapts et des meurtres et on laissa à la justice de révèque celle de toutes les autres affaires criminelles ou civiles au bourg Saint-Germain et au clos Bruneau.

Les sentences de mort devaient être exécutées dans la banlieue de Paris et les autres peines 'Corporelles entraînant Teffusion du sang hors de la culture de Tévéque.

L'évéque avait vu son interprétation adoptée et <;onfîrmée.

On composa la juridiction temporelle d'un prévôt spécial et de plusieurs officiers de justice, et pour indemniser l'évéque et le chapitre métropo iitain — disait le traité — de leurs droits et prétentions, le roi accorda à l'évéque vingt livres parisis et au chapitre cinquante sols parisis, à prendre chaque an sur la prévôté de Paris,

Le For-l'Évêque chôma peu de prisonniers.

La porte principale de cette prison donnait sur la rue Saint-Germain-l'Auxerrois (en face la prison de l'officialité).

On y voyait en relief au-dessus, à l'extérieur, «n évéque et un roi face à face, agenouillés devant une Notre-Dame et surmontés des armes de France (qui, sous Philippe-Auguste, étaient d'aaur, semé de fleurs de lis sans nombre), mais traversées par une crosse droite, symbole de la puissance épiscopale.

Dans les angles, aussi en relief, un juge en robe et en capuchon, de« assesseurs et un greffier, vêtu comme un homme d'église.

Par cette alliance symbolique des armoiries royales et de la crosse épiscopale, Maurice de Sully avait voulu consacrer le principe d'égalité de puissance, et le traité de 1222 ne détruisit en rien le respect de ce principe ; au contraire, il le ■consacra.

Les peines infligées parle prévôt ne différaient guère de celles que prononçait la justice du roi; c'était toujours l'emprisonnement, et souvent rincarcéralion dans des cachots profondément creusés dans le sol, et où les malheureux au 'on

y renfermait, privés d'air et de lumière, ioqI: fraient toutes les tortures du froid, de l'hamidiii et du contact de la vermine, auxquelles parfog s^ajoutaient celles de la faim.

Il y avait au For l'Évèque une chambre de goe^ tion, où des tourmenteurs, savants dans l'art de torturer les patients, leur faisaient endarer allie morts anticipées.

Ces barbares exécutions étaient alors considérées comme très légitimes, et c'était an ooi d'un Dieu de paix et de miséricorde qu'elles avaient lieu et qu'elles continuèrent pendant da siècles.

En ^1622, Févèché de Paris, suffragaIltde]'a^ chevêche de Sens, fut érigé lui-même en archerèché et Jean François de Gondi, devena arcberè* que, dut se renfermer dans les strictes limita de sa puissance temporelle tant que vécat Ricb lieu ; mais à la mort de ce ministre, il commença par jeter bas les anciens bâtiments du Po^^ÉTè• que pour les rebâtir selon ses vues.

Cette reconstruction eut lieu en 1652; elle était d'ailleurs devenue nécessaire, les murs menaçaient ruine. En 1600, le tonnerre était tombé sur la toiture et l'avait fortement endommagée.

Un nouveau For-l'Évêque fut donc édifié avec des prisons plus nombreuses et plus solides encore; mais depuis longtemps, la centralisation de la justice s'effectuait à Paris ; il ne pouTail r avoir dans la capitale de Louis XIV qu'une juridiction : la sienne. Ge prince biffa d'un trait de plume la juridiction épiscopale de Paria, et, par un édit de février 1674, il la réunit au Ghàtelet, ainsi que les dix-sept autres justices abbatialef et particulières, qui se partageaient le droit de faire questionner et pendre dans la bonne tîIIi de Paris.

Et comme, privé du droit de justice, l'archevêque n'avait pas besoin de conserver uneprisoii,lê roi lui évita l'embarras d'un immeuble sans utilité en confisquant le For-l'Évéque, qu'il déclara prison séculière.

Mais l'archevêque jeta les hauts cris et suppiia le roi de lui rendre sa justice et sa prison; le roi garda la prison, mais en avril 1674, restitua le droit de haute et de basse justice dans les églises, les cloîtres et les cours de la résidence à ^arch^ vèque, à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés,à la comraanderie de Saint-Jean-de-Latran et an grand prieur du Temple.

Grâce à cet accord, Louis XIV put disposera son gré du For-l'Évèque, qui servit de succursaleà la Bastille, car, bien qu'elle fût réunie auChâtelet, elle demeura sans destination bien précise ni bien déterminée, à la disposition des personnage? de la cour qui n'avaient besoin que d'obtenir hd ordre du roi pour y faire enfermer quiconque 1« gênait et sans, le plus souvent, qu'il soit besoin d'aucune autre formalité que celle de l'écrou.,

Les auteurs des Prisons de F Europe ontreieîé

PARIS iV TRAVERS LBS SIÈCLES'

8Qâ

•Ànr le répertoire des ordres du roi un certain nombre de ceux qui envoyèrent les prisonniers au >For-rÉvéque. Parmi ces derniers, il faut citer les ieomédiens, qui en devinrent les h6tes habituels, et soit qu'ils se soient rendus coupables d'un manque de service» qu'ils aient refusé de jouer ou qu'ils se soient montrés irrespectueux envers le public, ils étaient envoyés au For l'évoque dont le régime était devenu aussi doux qu'il avait été rigoureux jadis; loin de gémir sur la paille humide des caohots, ils y donnaient à diner, faisaient de la musique et y recevaient qui bon leur semblait. Pour quelques-uns, une retraite au For-l'Èvéque équivalait à un temps de repos, dont la durée variait selon la gravité du délit.

Les prisonniers pour dettes étaient aussi détenus au For-l'Évêque.

En 1780, le ministre Necker engagea Louis XYI ù supprimer les prisons du For-l'Evèque et du petit Ghàtelet et une ordonnance du roi du 30 août de la même année accomplit cette suppression, en menliomiant que les prisonniers seraient transférés à la Force. — Toutefois, bien que sa démolition eût été ordonnée, le For-l'Évéque resta debout plusieurs années encore. Mais au commencement du XIX* siècle il n'existait plus.

La prison du Temple appartenait à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Après la condamnation des Templiers, Philippe le Bel avait donné aux religieux de cet ordre hospitalier les bâtiments du Temple et c'est là que s'était installé le grand prieuré de France.

Nous avons dit que l'entrée du Temple était située sur la rue. Une partie du bâtiment servait de ge61e au bailliage et la prison était composée de plusieurs pièces fortement murées et grillées à plusieurs rangs de barreaux.

Les casemates ou cachots s'étendaient jusque sous la grosse tour.

Une des salles servait de chapelle pour les prisonniers.

A partir du jour où la Bastille fut bâtie, la prison du Temple ne servit plus guère qu'aux membres de l'ordre qui avaient encouru des peines disciplinaires, et jusqu'à la Révolution de 1789 on vit peu de prisonniers d'importance enfermés au Temple.

L'ordre de Saint-Jean de Jérusalem avait droit de haute, moyenne et basse justice dans son enclos.

Philippe III, par ses lettres de iâ79, avait per* mis aux Templiers, qui jouissaient du même droit de rétendre dans leurs possessions hors la ville ; mais lorsque par la clôture ordonnée par Charles y le Temple se trouva enclavé dans la ville de Paris, le droit de haute justice fut restreint à l'enclos seulement, et pour qu'il n'y eût pas d'ambiguïté à cet égard, les grands prieurs firent placer sur la grande place et tout près de la prison un carcan aux armes de l'ordre.

Ce carcan demeura là jusqu*en 1750, époque à laquelle les bâtiments furent reconstruits.

Outre cette justice séculière, le grand prieur de France pouvait faire exclusivement le procès à ses religieux* ^

En 1674, le roi Louis XIV rendit un édit qui supprimait bon nombre de justices particulières fondées par divers seigneurs dans la ville, faubourgs et banlieue de Paris, mais par ses lettres du 20 mars 1678, il déclara n'avoir pas compris dans cette suppression la haute justice du grand prieuré du Temple et de la comn^nderie de Saint- Jean-de-Latran, pofur leur enclos seulement.

En conséquence, il maintint et garda l'ordre de Malte en cette possession et jouissance pour <( à l'avenir être exercée par un bailli et autres officiers nécessaires et continuer d'assujettir à la vente des gardes et jurés de la ville, les artisans et ouvriers qui y demeuraient n .

Le grand prieur fit peu usage de ce droit de haute justice.

L'enlèvement des cadavres, ainsi que toutes les procédures à fin de leur reconnaissance, appartenaient à l'ordre, qui avait fait bâtir une morgue auprès de son bailliage.

Cette morgue subsista jusqu'en 1620.

Un droit que les habitants de Paris connais*salent bien et dont ils usaient volontiers, c'était celui qu'ils avaient de se réfugier dans l'enclos du Temple, quand ils avaient commis quelque méfait, ou lorsqu'ils étaient poursuivis pour dettes.

Aux termes des balles accordées par les papes, l'enclos et tous ks bâtiments qu'il contenait, étaient lieu de refuge, d'asile et de franchise et quiconque se fût permis de porter la main sur telle personne qui s'y retirait, eut été immédiatement sinon frappé, du moins passible de l'ex* communication.

Criminels et dettiers élsient donc parfaitement en sûreté dans le Temple, u exempts de la juridiction, correction, visite, supériorité, impositions de tout prince ou puissance temporelle, même impériale, royale ou ducale ».

Cependant, si les voleurs et les assassins ne pouvaient être arrêtés dans l'enclos du Temple, sur la demande que l'on adressait à l'ordre, le grand prieur pouvait ordonner l'extradition du réfugié.

Mais c'était bien rare et il fallait pour cela que cette extradition fût sollicitée par un personnage bien puissant, et encore I

Les dettiers étaient plus sûrs de n'être jamais inquiétés; cependant un ordre du roi pouvait, obliger l'ordre à livrer le débiteur ; mais comme Tordre ne voulait jamais reconnaître que per-» sonne au monde eût le droit de lui commander quoi que ce fût , il avait soin, lorsqu'il craignait qu'on lui demandât de livrer quelqu'un, de notifier bien vite au réfugié un ordre d'expulsioil.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

De cette façon, lorsqu'on se présentait pour Tarréter, un frère répondait qu'on l'avait chassé et justifiait de la mesure prise. C'était au bailliage que toute personne poursuivie pour dette ou pour crime s'adressait pour obtenir le droit d'asile; elle était tenue de s'y présenter dans les vingt-quatre heures de son arrivée , et remettait au grand prieur un placet tendant à obtenir une permission de séjour qu'on lui accordait pour trois mois, sauf à la renouveler indéfiniment.

Ce nouvel hôte payait aux ofQciers de justice cinq livres et quelques sous; mais ce droit une fois acquitté, c'était toiit. La seule obligation qu'on lui imposait était de demeurer dans une chambre garnie, de façpn à être toujours sous la main de la police.

Ces chambres étaient louées par les habitants de l'enclos, qui en tiraient bénéfice en les faisant payer le plus cher possible, et selon la qualité et les moyens de celui qui demandait asile.

La première personne venue pouvait, en se présentant au grefi^e du bailliage, savoir si son débiteur logeait au Temple et quelle maison il habitait.

Celui-ci; gardé à vue, devait bien s'abstenir de sortir de l'enclos, car une fois dehors il retombait aux mains de ceux qui le poursuivaient et pouvait être arrêté, sans rémission aucune.

La juridiction du Temple se composait d'un bailli de justice, d'un lieutenant du bailli, d'un procureur fiscal, d un substitut, d'un greffier, d'un huissier audiencier, d'un huissier priseur, vendeur et d'un chirurgien assermenté.

Les scellés, inventaires et autres actes de justice ne pouvaient être faits que par ses officiers, à l'exclusion de tous autres.

La haute, moyenne et basse justice était rendue et la police était exercée, au nom du grand prieur, par le bailli de justice.

Vers 1650, on créa deux officiers nouveaux sous les titres de conseiller assesseur et de commissaire de police.

L'entrée du Temple était interdite au guet royal de la ville.

Depuis 1270, la garde en était spécialement confiée aux bourgeois, également chargés du service du guet.

Lorsqu'on amenait des prisonniers du dehors et que ces prisonniers étaient des personnages d'importance, on leur faisait l'honneur d'une garde spéciale ; mais il fallait encore que ce fût le bailliage qui en flt la demande, nul n'entrant en armes dans le Temple sans y être domicilié.

La garde de la geôle était confiée à un simple particulier et il n'y avait pas de commandant militaire. Ce ne fut qu'en 1780 que l'on mit au Temple un officier et quelques vétérans invalides, aux quels on accorda une haute paye.

Les jours de fête, un détachement de la garde de l'arsenal était ajouté à ces vétérans.

Les sentences rendues par le tribunal du Ten* pie ne recevaient leur exécution qu'après avoir été dûment vérifiées et enregistrées à son bailliage qui commettait son huissier pour asasterà l'opération, à peine de nullité.

Vers 1750, on comptait dans Tenclos du Temple 4,000 habitants.

Des artisans en formaient le nombre le plu considérable ; le reste était composé des gens qm jouissaient du droit d'asile.

Le Temple a été le dernier lieu d^asile ouvert aux criminels.

Ce droit a subsisté jusqu'au comaiencemeat de la Révolution.

Les gardes du commerce, les agents d'affaires et les huissiers se mettaient continuellement aoi aguets devant la porte.

Le dimanche, les dettiers pouvaient librement sortir sans crainte d'être arrêtés.

Nous parlerons du donjon du Temple, en racontant les événements de la Révolution de 1789.

Cette tour, qui servit de 'prison è Louis XYI et à sa famille, fut démolie en 1811.

L'ordre de Malte ayant été supprimé en 1790, la vaste propriété du Temple fut séqaestrée par la nation et sur l'emplacement de cet immense terrain, on construisit, en 1809, la Halle au vieux linge et aux vieux habits^ connue sous le nomda Temple, la place de la rotonde du Temple, les rues Caffarelli, duPetit-Thouars, Dupuis, Pcrrée et de la Petite-Corderie.

La prison du Temple servit aussi, en 1601 i détenir et enchaîner les prisonniers condamna aux galères.

La prison de Saint-Germain-des-Prés était celle des abbés de Saint-Germain-des-Prés ; elle était fortifiée et son principal cachot était creusé à dix mètres de profondeur ; la voûte en était si basse qu'un homme de moyenne taille ne poDvait s'y tenir debout, et l'humidité en était à grande, que l'eau soulevait la paille servant de lit aux prisonniers.

D'après l'avis des médecins, quiconque étatt enfermé dans ce cachot homicide ne pouvait y demeurer plus de vingt-quatre heures sans être exposé à périr.

Les abbés étaient en possession et jonissanee du droit de haute justice et elle était exercée par un bailli, un procureur fiscal, un greffier et deux huissiers. Cette juridiction, tant spirituelle que temporelle, s'étendait sur tout le faubourg Saint- Germain.

Plus tard (en 1669), elle fut restreinte ûi^claustra pour le spirituel, mais la temporelle continua à être exercée par l'abbé de Saint-Germain-des-Prés. Lorsqu'en 1674, le roi supprima les justices particulières pour les réunir au nonveau Chàtelet de Paris, celle de Saint-Germaindes-Prés n'en fut pas exceptée, pas même la geôle; l'économe, M. Pélisson, présenta ca

Crillet Soulard avait ànmé une truie & teair une queDouille d'nu pied et un fuseau de l'autre. (Page 306, col. î.)

mémoire au roi pour réclamer, et, par airftt du conseil du 21 janvier 1675, la haute justice fut continuée à l'abbaye dans l'enclos du monastère et du palais abbatial et dans les lieux occupés par les abbés, les religieux de l'abbaye et leurs domestiques.

Sa prison avait été reconstruite en 1522.

Son pilori existait encore à cette époque.

Elle fut convertie en une maison de détention militaire qu'on appela l'abbaye ; elle était située rue du Cberche-Midi, en face l'bôtel des conseils militaires.

Elle fut démolie en 1853.

La prison de Hesle était située dans l'hMel de Mesie, dentelle faisait partie.

La prison du prév6t des marchands était située rue de rE>:orcberie (depuis rue de la Tannerie et aujourd'hui supprimée) ; c'était une a logette de onze pieds de long sur sept de large ».

La prison du chapitre de Notre-Dame de Paris était voisine de la cathédrale; la juridiction de ce chapitre était exercée par un bailli, un lieutenant du bailliage, un procureur fiscal, et s'éten- Liv 39

dait sur le cloître Notre-Dame et dans la rue d'Arras.

La prison de Saint-Marltn-des-Champs était celle du monastère entouré de murailles et de tours; elle se composait de la ge61e qui tenait au bAliment principal et de la fosse du Vert-Bois : la première était à l'usage de tous les gens soumis 6 la juridiction de l'abbaye, la seconde était spécialement réservée aux religieux. » Les religieux de Saint-Martin y mettaient autrefois les moines convaincus de quelque crime; mais c'était sous terre, avec un peu de pain et d'eau, dans une basse-fosse, qu'on les laissait mourir misérablement. »

En 1712, la ge61e fut démolie, et reconstruite en 1720, puis supprimée à la Révolution.

La prison de Saint-Éloi était située auprès de l'église Saint-Paul, dans l'ancien bâtiment appelé la Grange-Saint-Éloi ; c'était la prison du prieur de Saint-Éloi.

La prison de Saint-Magloire servait à enfermer les criminels appartenant aux paroisses de Saint* l«u et de Saint-Gilles.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DBS PARISIENS

La prison de Sainte-Geneviève : la juridiction de cette abbaye s^exerçait par un bailli, un procureur fiscal, et tous les vassaux de Tabbé poursuivis pour crimes ou délits y étaient enfermés.

La prison de Saint-Victor était particulière aux vassaux de Tabbaye : quant aux religieux fautifs, ils étaient enfermés dans la tour d'Alexaï\dre, qui faisait le coin de la rue Saint- Victor. Selon Sauvai, cette tour prit le nom d'Alexandre, d'un religieux visionnaire qui y fut détenu pendant de longues années.

La prison de Saint-Benoît attenait au cloître de l'abbaye.

La prison de Tiron existait dès 1290 dans la rue Tiron.

La prison de Tabbesse de Montmartre était située dans la rue de la Heaumerie (qui commen çait rue de la Vieille-Monnaie et aboutissait rue Saint-Denis; elle est aujourd'hui supprimée) et au cul-de-sac For-aux-Dames . On y conservait une chaîne qu'on disait être celle qui avait servi à enchaîner saint Denis.

La prison de l'abbaye Saint-Antoine : son nom indique ce qu'elle était.

La prison du prieuré de Saint-Lazare (rebâtie en 1681, elle redevint prison en 1793; c'est aujourd'hui une maison de détention de femmes dont nous aurons à reparler.

La prison du prieuré de Saint-Denis-de-la- Chartre, rue du Haut-Moulin (dans la Cité). Là aussi on prétendit que Saint-Denis avait été emprisonné.

La prison du chapitre Saint-Marcel.

La prison du chapitre Saint-Merri.

La prison des Cordeliers, etc.

On voit que le nombre des prisons était plus que suffisant pour priver de leur liberté ceux qui attiraient sur eux les foudres de la justice préventive ou executive. Combien, hélas I furent enformés dans ces lieux affreux, de pauvres diables qui souvent n'étaient coupables que par ignorance, d'une simple contravention résultant de quelque bizarre ordonnance, rendue par un abbé jaloux de montrer son autorité absolue.

Ces prisons étaient presque toujours habitées ; comme il était d'usage d'exiger un droit de geôlage pour en sortir, tous ceux qui étaient trop pauvres pour l'acquitter, devaient rester emprisonnés jusqu'à ce qu'on voulût bien leur rendre la liberté.

Le parlement à plusieurs époques, et notamment le 9 avril 1540, ordonna aux geôliers et aux prévôts de faire vendre les biens meubles et immeubles des détenus, afin d'en appliquer le prix aux droits de geôlage et de débarrasser les prisons de ceux qui s'y trouvaient pour ce fait.

L'homme qui se rendait coupable du bris de prison était pendu. Puis la peine fut laissée à l'arbitraire du juge. La police des geôles se

modifia à mesure que le moyen âge adopta des mœurs plus douces, et par suite des visites fréquentes que les présidents du parlement faisaient au Châtelet. On avait commencé, dans quelques prisons, par séparer les sexes et les complices d'un même crime, afin d'éviter les réponses concertées, puis on confia la garde des femmes à d» geôlières. Ensuite il fut défendu aux chépier«, touriers ou chefs de geôle, de mettre les prisonniers au cachot, aux fers ou au cep (chaînes) sans ordre du juge, sauf dans certains cas déte^ minés.

Les femmes ne subissaient pas cette punition.

Mais il en était de terribles qui ne leur étaient pas épargnées, et plus d'une fut brûlée vive, nous l'avons vu.

En 1564, le parlement ordonna aux geôliers des prisons du Châtelet, de Saint-Victor, de Saint-Marcel et de Saint-Germain-des-Prés, de lui présenter quatre fois par an le rôle des prisonniers qu'ils détenaient.

Cette mesure avait pour but de faire procéder à l'élargissement de ceux qu'on oubliait en prison ; comme les emprisonnements avaient lien, pour ainsi dire sans aucune formalité, il arrivait parfois que, l'homme arrêté, on ne pensait pas même à l'interroger et qu'il restait des années en prison sans être jugé. Un certain Odo Honllet, rapporte Dulaure, demeura neuf ans dans la prison de Saint Martin, sans avoir été interrogé!

Le 31 mai 1675, Louis XIV réduisit le nombre des prisons de Paris et ne conserva que les suivantes : la Conciergerie, le grand et le petit Châtelet, le For-l'Évêque, Saint-Éloi, Saint-Martin et Saint-Germain-des-Prés; celle de l'Officialité fut réservée à la détention des enfants.

Il est temps de revenir à Louis XI, sous le règne de qui les prisons chômèrent rarement.

En 1466, un pauvre charlatan, nommé Grillet Soulard, donnait tous les jours sur la place de Grève des représentations burlesques qui attiraient tout le populaire de Paris, très ^'riand de ces sortes d'amusements.

Grillet Soulard portait la longue chevelure; il était coifl'é d'un couvre-chef plat, sans bord, de couleur jaune, habillé d'un pourpoint bleu recouvert d'un manteau écarlate^ sans manches, et de chausses et bas rouges.

Sa mallette, c'est-à-dire sa gibecière, pendait à sa ceinture en retombant sur son ventre prééminent comme celui d'un trésorier, car il pouvait faire bonne chère, grâce aux recettes qu'il réalisait. Il avait dressé une truie à s'asseoir sur son derrière, à tenir une quenouille d'un pied et à manier un fuseau de l'autre.

Ce jeu était accompagné par un air de baccine dont savait se servir admirablement le jongleur.

Mais de graves personnages, qui furent témoios de ce spectacle plaisant, ne purent s'empêcher de faire remarquer qu'un pareil tour d'adresse,

exécuté par un animal, ne pouvait être que Tceuvre du démon, sans Tintervention duquel un homme, quelque habile qu'il fût, ne serait jamais parvenu à le produire.

Plainte fut portée contre le charlatan Griilet Soulard.

Son procès fut vite instruit.

Les juges de la prév6té de Paris le condamnèrent à être brûlé vif avec sa truie sur la place de Grève, lieu ordinaire de ses représentations diaboliques, — ce qui fut exécuté en présence des spectateurs ordinaires de ses exercices.

La truie qui file devint l'enseigne de plusieurs tavemiers etcabaretiers.

En 1467, un crime commis par un religieux de L*ordre de Saint-Jean de Jérusalem, fit grand bruit à Paris ; en voici les détails, puisés dans la chronique de Monstrelet.

Le 3 août 1467, un religieux nommé Thomas Louecte, receveur du monastère, s'en revenait au Temple, son sacsurTépaule, lorsqu'il rencontra le frère Henri, avec-qui il avait eu une légère discussion quelques jours aupari^vant et qui lui tendit la main en signe de bonne amitié.

— Il aura reconnu ses torts, se dit Thomas ; à tout péché miséricorde.

Et il se hâta d'aller porter au bailliage le produit de sa recette.

Frère Henri l'attendait à la sortie pour causer et il le pria de vouloir bien l'accompagner jusqu'au bourg Thibout, où il devait aller voir un cheval malade.

Thomas accepta et les deux hommes partirent; ils portaient le costume des frères servants d'armes et d'office, qui consistait en une robe de laine noire, sur laquelle était attachée, du côté gauche, une croix de toile blanche à huit pointes.

Pour arriver au bourg Thibout, il fallait passer un ruisseau qui serpentait à travers les cultures et se confondait avec celui qui côtoyait les restes du bois Perrin. Il était profond à certains endroits et particulièrement là, où il était traversé par la passerelle de la Perrine.

La rive était semée çà et là d'arbrisseaux qui formaient une sorte d'ombrage, d'autant plus recherché dans le jour, que l'étroit sentier qui côtoyait le bord se trouvait en plein midi, et le soir on suivait encore ce chemin, de préférence à la voie plus large qui conduisait aux Gourtilles, en raison de la fraîcheur des eaux qui, une fois passées sous la rue Saint-Martin, où elles se confondaient avec celles de Tégout, devenaient infectes.

Frère Henri marchait le premier. Soudain il laissa passer devant lui son compagnon et, se jetant sur lui, il le précipita dans l'eau, après lui avoir plongé dans la poitrine un long coutelas qu'il avait sorti de dessous sa robe, et dont il se débarrassa en le jetant dans le ruisseau; ceci fait, il s'enfuit dans la direction du Temple.

Deux jours se passèrent, lorsque le bruit se répandit qu'on avait trouvé le cadavre d'un religieux de Saint-Jean de Jérusalem dans le ruisseau du Ménil-Montant; la main du mort tenait encore entre ses doigts crispés un lambeau de robe noire, — et la sienne était intacte.

£n apprenant cette nouvelle, le frère Henri ne douta pas qu'on l'accusât et, quittant le Temple au plus vite, il alla se réfugier à l'hôtel Saint-Paul. Sa fuite confirma les soupçons qu'on avait sur lui; les sergents se rendirent à l'hôtel Saint-Paul, on fouilla les caves, les greniers, les communs, et on ne trouva personne. On allait quitter l'hôtel, lorsqu'en visitant une chambre dans les combles on entendit un sourd gémissement sortir d'un placard qu'on ouvrit et on y trouva frère Henri, pâle, les traits décomposés et mourant de faim.

Il fut porté au Ghâtelet, mais il forma appel au parlement, se fondant sur sa qualité qui le rendait justiciable du grand prieuré de l'ordre.

Le parlement, avant de statuer, ordonna qu'il serait transféré à la Conciergerie.

Une fois là, le prieur et le chapitre de l'ordre réclamèrent avec tant d'insistance leur prisonnier qu'ils obtinrent gain de cause ; l'accusé fut donc ramené au Temple etimmédiatement incarcéré dans sa prison.

Un jugement le condamna à la prison perpétuelle dans un lieu ténébreux et à avoir pour toute pitance, « tant qu'il en pourrait vivre, le pain de douleur et l'eau de tristesse ».

Ce fut dans le cachot souterrain qui se trouvait creusé dans les fondations de la petite tour que le malheureux vécut pendant cinq années, rongé par la vermine et n'ayant d'autre nourriture que le pain et l'eau prescrits.

Le 16 février 1468, on menait par ordre du prévôt de Paris, de sa prison à la chambre de la question, un nommé Chariot Le Tonnelier, dit la Hôte Yarlet, chaussetier demeurant à Paris, lorsque tout à coup il ramassa sur son chemin un couteau et se coupa la langue.

On le ramena immédiatement dans sa prison, on le soigna et il guérit.

Ramené à la question, et malgré la difficulté qu'il avait à parler, il se décida à avouer ses crimes et indiqua comme complice, un de ses frères qu'on appelait le Gendarme, un serrurier, un orfèvre, un sergent nommé Pierre Moynel et un fripier du nom de Martin de Coulongne.

Le mardi de la semaine sainte, ils furent tous condamnés à être pendus.

Ils appelèrent de la sentence du prévôt au parlement qui confirma l'arrêt seulement à l'égard de quatre, qui furent pendus sous les yeux de Pierre Moynel et de Martin de Coulongne.

« Ceux-ci, dit l'auteur de la Chronique scandaleuse, furent ramenés en prison; ils allaient peutêtre tirer leur cou de cette affaire, lorsque « le

HISTOIilE NATIONALE DE PARIS ET DES PAl

va Aon, va; Perreltt sieura autres mots que dire et qu'on leur avo

En même temps, il vIvaDt « ne Teust si o; du roi feust de bouche ctures, rondeaulx, ba famatoires, chansons i

Il faut dire que Lou mille par ses ennemis maîtresse qui se non Parisiens, moqueurs partout ce nom de même aux oiseaux p:

l'accompagnant de q Hatteurs pourla maje pas un seul instant qi dirigés contre elle.

Il y avait eu le 1 l 'h A tel des Tourneilei de Paris et d'autres <i vaillants champions, quetonsbrochésd'or. ( ëchanson du roi, qui comporta si vaillamm sous les yeux des plus que le prix fut adjugé

Sur les quatre ger étaient venus tout exp furent blessés. " To demeura donc à ceux

Le 19 novembre, 1 amenait une nouvelle de BourgORne, fut lu les carrefours, et de furent ordonnées.

Grandes réjouissani l'occasion de la naisi (Charles VIII). Henri terre, venait de remp compétiteur Edouard Parisiens célébrassenl une cessation de travi rea publiques, de sort gagnaient leur pain croiser les bras en sig

Us étaient invités à lions de gr&ce ; mais les inviter aussi & dtn et plus d'un eût préféi plus de pain au logis.

Bible préwiitée à Louis SI o

pauis a travers les siècles

te feu de la Saint-Jeui lor la place de Grève, an it* aiècle.

.loiprimerie. — Le feu de la Saint-ieaD. — L'École de niédecine. — EiécotioD* capitale*. — Le connétable de Saint- Paul. — Jacques d'Armagnac. — Froidure et disette. — La foire 8aiitt-G«rniBin. — Les proeeisiont. — Uort de Louis XI. — Modes et coutumes. — La baioche.

, y eut encore un nouveau prétexte L chAmer.

La reine d'Angleterre, femme de I HenrlVl,arrivapeudetempsaprèaà Paris, avecleprincedeGallea son Blg.

Elle y fut regue par ordre du roi avec tous les lonneuradùsÀBonrang. L'évëquedeParis, l'Uniersité, le parlement, le ch&lelet, le prévôt des narchandg, les échevins, tous en habit de cérénonie, allèrent au-devant d'elle hors la ville.

Et selon l'usage, toutes les rues par où lareine laasa furent tapissées, depuis la porte Saint-Jacues jusqu'au palaÏB.

Le roi eût fait piètre mine parmi tous ces ofSiers de ville en si belle tenue; les registres de la hambre des comptes mentionnent à peu près

vers le même temps une dépense de vingt sols pour les manches neuves mises à an vieux pourpoint de Louis XL Hais hàtons-nous d'ajouter qu'il orna son bonnet d'une belle Notre-Dame de plomb, et que de temps à autre il la priait en l'appelant H ma bonne dame, ma petite maltresse, ma bonne amie. »

Malgré tout, la reine d'Angleterre fut dignement hébergée à Paris, elles dépenses débouche, qui la première année du règne n'avaient pas dépassé 12,000 Uvres, montèrent cett« année k plus de ^,000.

L'année 1470 est une année qu'il faut marquer à part dans l'histoire de Paris.

C'est la ligne de démarcation entre l'ancien monde et le nouveau.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

C'est un merveilleux jet de lumière apparaissant tout à coup dans les ténèbres.

C'est l'année où Ulric Gering, Michel Priburger et Martin Krantz établirent la première imprimerie typographique dans le collège de la Sorbonne et imprimèrent un livre : Epistolœ Gasparmi Pargamensts. (Lettres de Gasparin de Bergame).

D'autres livres parurent; ce fut d'abord la Bible offerte à Louis XI en cette année 1470, puis d'autres encore, et Dieu sait combien depuis ces quatre siècles l'œuvre typographique a produit de volumes!

Les premières éditions qui sortirent des presses des imprimeur» allemands furent impriméss en beaux caractères romains. Ce ne fut que vers 1480 que les caractères gothiques furent employés jusqu'au milieu du xvi* siècle, où les caractères romains furent repris et devinrent d'un usage général.

Dès 1473, il y avait déjà à Paris une seconde imprimerie établie encore par deux allemands, Pierre Gesaris, maître es arts, et Jean Stol. La même année Géring et ses associés quittèrent la Sorbonne et transportèrent leurs presses dans une maison de la rue Saint-Jacques, à l'enseigne du Soleti dor. A la fin de 1478, Michel Friburger et Martin Krantz retournèrent en Allemagne, et Gering établit son imprimerie rue de Sorbonne à l'enseigne du Buis, Gering mourut en 1510, le 13 août. Trois ans plus tard son associé Berthold Rembolt de Strasbourg, loua aux docteurs de la Sorbonne une maison de la rue Saint- Jacques, ayant pour enseigne & Coq et la Pie, et faisant face à la rue Fromentel; il y installa Timprimerie du Soleil (Toi* et mourut en 1518; sa veuve épousa Claude Chevallon, qui devint possesseur de l'imprimerie, et mourut en 1542 ; redevenue veuve, elle se fit imprimeur, etson premier ouvrier fut sa sœur Michelle Guillard, qui se maria à Guillaume du Bois. La maison du Soleil d'or demeura célèbre pendant toute la durée du xvi* siècle.

Avantl'invention de l'imprimerie, la librairie de Paris avait été érigée en corporation ; en 1275, elle était formée des copistes, des vendeurs de livres manuscrits, des relieurs, des enlumineurs et des parcheminiers; en 1292, elle comprenait 24 copi^ tes, 17 relieurs et 8 libraires.

Un règlement de 1342, soumit les libraires à une surveillance minutieuse, et le prix des livres était taxé par l'Université.

Ajoutons qu'à cette époque, l'acquisition d'un livre un peu considérable se traitait comme celle d'une terrre ou d'une maison; on en faisait le contrat par devant notaire, ainsi qu'on le voit par celui qui fut passé en 1332 entre Geofîroi de Saint-Léger, libraire, etGérardde Montagu, avocat au parlement, pour le livre intitulé Spéculum historiale in consueludines parisienses.

L'édit de Blois, du 9 avril 1513, accorda à l'imprimerie et à la librairie les mêmes privilège» qu'à l'université, et en 1515 François I«' dispensa les imprimeurs de tout service militaire.

Les imprimeurs et les libraires ne formèrent qu'une seule et même communauté sous le nom de Corps de la librairie, à laquelle demeurèrent unis les maîtres fondeurs de caractères d'imprimerie, par édit d'août 1686. Une déclaration da 23 octobre 1713, donnée en interprétation de cet édit, réglementa ce commerce en 69 articles.

Enfin un arrêt du conseil d'État du roi do 10 décembre 1725 porta que la communauté des libraires-imprimeurs de Paris prendrait, comme par le passé, le titre de Communauté des libraires et imprimeurs jurés de l'université de Paris.

Les libraires et imprimeurs devaient demeurer dans le ressort de l'université; les apprentis devaient être pourvus d'un certificat du recteor pour être reçus maîtres.

Les imprimeurs ne pouvaient être au delà de 36 à Paris ; chaque imprimerie devait être composée de quatre presses au moins et de neuf formes de caractères romains.

Le syndic et les adjoints devaient faire toos les trois mois la visite des imprinieries.

Lorsqu'un imprimeur décédait sans veuve on sans enfants qui aient qualité pour exercer Timprimerie, les vis de ses presses étaient transportées en la chambre de la Communauté pour j être déposées jusqu'à la vente de rimprimerîe.

Louis XI qui était absent de Paris depuis le mois de mars 1469, y revint en janvier 1471 avec! a reine et sa cour, mais il n'y resta que jusqu'au 26, et il s'en alla en Picardie faire la guerre au duc de Bourgogne.

Le 4 février, la reine fit faire des processions générales à Notre-Dame pour demander à Dieu le triomphe des armes du roi, elle y assista avee toutes les princesses. Une trêve d'un an fut conclue entre les belligérants, et le roi revint à Parii « où il fit l'honneur à cette ville de mettre lui mesme le feu dans la place de Grève, la veille de Saint-Jean-Baptistc » <

C'était une véritable solennité publique que ce feu.

On élevait un mat de 25 mètres de hauLioa sur la place de Grève, ce mat était hérissé de traverses de bois, aux quelles on attachait cinq cents bourrées, deux cents cotterets, dix voies de bois et une masse de boites de paille.

Celte montagne de combustibles était en outre couronnée et enguirlandée de bouquets que l'on distribuait au roi et aux personnages qui raccompagnaient, aussitôt leur arrivée sur la place.

Il y avait des fusées et des pétards dans le bûcher.

Les archers et les arquebusiers avaient grand peine à maintenir la foule qui faisait tous ses efforts pour approcher le plus possible et ne rieu

perdre da spectacle, mais ce qui la réjouissait surtout, c'était de voir suspendu à Tarbre, un grand panier contenant une douzaine de chats noirs et un renard, symboles du diable.

Aussitôt que la main royale avait mis le feu à cet amas de bois et de paille et que les flammes montaient, les malheureux chats faisaient retentir Tair de miaulements de douleur, auxquels répondaient les cris du renard.

Alors c'était à qui, parmi les nombreux spectateurs qui se poussaient pour mieux voir, témoignerait son enthousiasme par des acclamations bruyantes.

Plus les chatf grillés hurlaient, plus on riait.

Le roi allait ensuite à l'Hôtel de Ville où une collation était préparée, et les dames de sa cour, qui ne manquaient jamais d'assister à cette féte^ mangeaient des dragées, des confitures, des massepains, des crèmes, des cornichons, des tartes et autres friandises.

Quant au peuple, il se ruait sur le bûcher et tâchait de s'emparer d'un tison qu'il emportait, comme un talisman devant Importer bonheur.

Peu à peu, la fête de la Saint- Jean perdit de sa solennité ; au xvii* siècle, c'était le corps municipal qui mettait le feu au bûcher et se. retirait aussitôt.

La Révolution de 1789 le supprima.

Les Parisiens tremblèrent en 1472; le 3 février, il « advint sur le point de six heures du soir que le temps était fort doux et chault, qu'il descendit du ciel deux grans clartez comme deux chandelles passant devant les yeux des regardants qui semblaient être fort épouvantables^ et en yssait moult grande clarté, mais ce ne dura guères ; c'était une comète dont la vue donna de grand efîroi aux grands, lesquels n'ignorent point, écrit Belleforest, que ces comètes sont les verges menaçantes de Dieu pour estonner ceux qui ont commandement à bas, afin qu'ils se convertissent».

En 1472, Louis XI imagina l'institution de l'Are Maria; le 1«' mai, il fît déclarer à Notre- Dame, à l'issue d'une procession générale qui avait été faite pour la paix, que dorénavant on sonnerait à midi la grosse cloche de la cathédrale pour exciter le peuple de Paris, par ce signal, à réciter un Ave Maria.

Le même jour, Guillaume Ghartier, évèque de Paris, mourut, et aussitôtque le roi en fut instruit il écrivit au prévôt des marchands et aux échevins pour leur dire que, n'ayant pas eu à se louer de l'évêque, il ordonnait qu'on ornât sa tombe d'une épiiaphe dans laquelle on ferait connaître qu'il s'était montré traître envers lui et mauvais citoyen; c'était la première fois qu'un pareil éloge mortuaire était prescrit.

Le prévôt et les échevins n'osèrent pas élever un avis différent, mais ils gagnèrent du temps, de

façon qu'on ne mit d'épitaphe qu'après la mort du roi, et que rien alors n'empêcha qu'elle fût, selon l'usage, à la louange du défunt; elle était dans le chœur de Notre-Dame et existait encore au commencement du xviii" siècle.

Ge fut Louis de Beaumont qui fut nommé à la place de l'évêque Ghartier; il fît son entrée solennelle dans son église, le 7 février 1473.

« Après la cérémonie, rapporte Felibien, le nouvel évêque régala magnifîquement son clergé avec l'Université, le parlement, la chambre des comptes, plusieurs officiers des autres cours et les prévôts des marchands et eschevins de la ville. »

Ge fut aussi en 1472 qu'on commença la construction des bâtiments de l'école de médecine, dans la rue de la Bûcherie.

Jusqu'alors, les membres de l'Université qui enseignaient la médecine, tenaient leurs écoles dans la rue du Feurre (qu'on appelait en 1260 la rue des Écoliers; puis, en i264, rue des Écoles et qu'on surnomma la rue au Feurre (paille), en'rai- ?on de ce que les écoliers étaient assis sur la paille pour prendre leurs leçons et que la rue en était constamment jonchée. A partir de 1300, elle n'eut plus d'autre nom; il se modifia avec le temps et se transforma en rue du Fouarre, aujourd'hui du Fouare.

En 1358, l'Université s'était plaint au régent (depuis Gharles V), de ce que cette rue était chaque nuit encombrée d'immondices et d'ordures fétides apportées par des hommes malfaisants; que de plus, on enfonçait les portes de l'école pour y introduire des filles publiques qui y passaient la nuit et souillaient les lieux où se plaçaient les écoliers, ainsi que la chaire du professeur.

Sur cette plainte, le régent ordonna qu'il serait (Habli deux portes aux extrémités de la rue au Feurre, et que ces portes seraient fermées pendant la nuit.

Malgré cette précaution, la rue au Feurre avec ses quatre collèges était bruyante, mal tenue, peu favorable à l'étude et au travail, et le jeudi 26 novembre 1454, dans une assemblée de la Faculté tenue à l'église Notre-Dame autour d'un des bénitiers, il fut question de transférer les écoles de médecine dans une autre rue, mais quinze années se passèrent sans rien résoudre; enfin, le 20 mars 1469, il fut décidé qu'on achèterait aux chartreux une vieille maison de la rue de la Bûcherie qui avait appartenu à Guillaume de Ganteleu (la Faculté en possédait déjà une qui lui était mitoyenne et qui s'étendait jusqu'à la rue des Rats, aujourd'hui rue de l'Hôtel-Golbert). Le prix de l'acquisilion fut fixé à une rente de dix livres tournois, que la faculté fit aux chartreux et qui fut depuis rachetée en 1486, par Richard Hellain, doyen de la faculté, moyennant cent écus d'or.

3iî

Il s*agissait d'approprier ces deux bâtiments à Tusage qu*on leur deslinait.

Les travaux de reconstruction commencèrent en 1472; Le doyen paya aux religieux de Sainte- Geneviève 30 livres à titres d'indemnité et d'amortissement le 28 décembre 1473, et enfin les écoles furent achevées en 1477. L'ancien médecin de Charles YII, Jacques Dépars, avait fait don de 300 écus d'or^pour aider à l€ur construction.

La chapelle qui y était annexée fut commencée le 24 janvier 1499 et terminée en 1502.

En 1511 seulement, on commença à y célébrer le service divin.

En 1529, cette chapelle fut démolie et on en rebâtit une autre ainsi que le bureau des écoles qui furent augmentées par l'acquisition de la maison des Trois Rois, achetée en partie en 1519 par Nicolas l'Affilé, doyen. Le surplus fut acquis en 1520 par Michel de Monceaux.

Une autre maison, dit du Soufflet y qui faisait le coin de La rue des Rats, fut aussi achetée en 1568 par Jean Rochon, du diocèse d'Autun, aussi doyen, et l'on y installa un jardin des plantes.

Enfin, en 1608, Nicolas Jabot, doyen, acheta ]a maison de rimage-Sainte-Cathertne et une grande masure qui faisait le coin de la rue au Feurre, pour y bâtir a le théâtre Anatomique » c'est-à-dire un amphithéâtre.

Eu 1617, on reconstruisit cet^amphithéâtre qui fut plus solide et plus spacieux que le premier, les docteurs ayant acheté pour l'agrandir la maison du Cheval Blanc qui était mitoyenne.

En 1678, on réédifia les bâtiments de l'école et en 1774 on éleva un nouvel amphithéâtre, qui reçut le jour par les fenêtres d'un dôme.

Cet amphithéâtre fut aliéné par le domaine de l'État, en 1810.

Les assemblées de la faculté s*y tenaient dans une salle au premier étage, que décoraient les portraits des doyens et qui allait de plain-pied avec la chapelle où, tous les samedis, se célébrait une grand messe.

C'était là que se faisaient les élections, et le bonnet et la robe y étaient pris avec le cérémonial obligé.

On y reconnaissait les professeurs, et les examens s'y passaient à l'issue de l'office religieux du samedi.

Les cours de médecine avaient lieu dans les bâtiments de la rue du Fouare, qui finirent par devenir insuffisants; et en 1778, la faculté de médecine transféra sa bibliothèque dans l'ancienne école de droit, située alors dans la rue Saint-Jean-de-Beauvais.

On fit également plusieurs cours en cet endroit, mab les professeurs d'anatomie et d'accouchement fréquentèrent, ainsi que leurs élèves, pendant plusieurs années encore, l'ancien amphithéâtre de la rue de la Bùcherie.

En 1792, la faculté de médecine sombra avec toutes les institutions savantes ; les écoles spéciales des départements furent c^éès en 1795 pour la remplacer.

Enfin, le décret de 1808 qui établit l'UniversUé, donna en même temps à la Faculté de médecioe sa constitution définitive.

L'école actuelle se compose d'un corps principal de bâtiment qui renferme le grand amphithéâtre, et de deux ailes reliées entre elles par une galerie à jour, formée de deux rangs de colonnes ioniques et surmontée d'un premier étage.

Au-dessus de la porte principale, un bas-relief représente Louis XV entre la sagesse et la bienfaisance. L'ordre ionique de la galerie se continue tout autour de la cour, jusqu'à un portique de 6 colonnes corinthiennes formant avant-corps sur le bâtiment principal. Les sculptures du fronton de ce portique sont de Berruer, la frise intérieure supporte des médaillons renfermant les bustes de praticiens célèbres : Pitard, la Peyronnie, Paré, Petit, Maréchal.

En 1857, on a placé en avant du portique la statue de Bichat.

Le grand amphithéâtre, qui peut contenir 1400 auditeurs, est décoré des bustes de laMartinière et de la Peyronnie par Lemoine.

Vers la fin de l'année 1473, le bruit se répandit que le duc Bourgogne avait entrepris de faire empoisonner le roi par l'entremise d'un marchand, nommé Ytier, qui chargea son valet, Jean Hardi, de s'aboucher avec deux domestiques de la cuisine du rôi pour faire le coup ; mais ceux-ci, après avoir paru accepter la proposition, allèrent dénoncer Jean Hardi à Louis XI, qui le fit arrêter, et on l'envoya à Paris pour être mis sous la garde du prévôt des marchands et des échevins de la ville.

Il y arriva le jeudi 20 janvier 1474, et peu de jours après, le parlement rendit un arrêt qui le condamna à être traîné depuis la porte de la Conciergerie jusqu'à celle du Palais et de là, conduit dans un tombereau jusqu'à la . place de Grève pour y être écartelé.

Le jugement, en date du 30, portait que l'exécution aurait lieu le jour même, ce qui était au condamné tout moyen de se pourvoir ; au reste, on trouve dans le passé de nombreuses traces de ces exécutions à bref délai ; la justice se rendait en dernier ressort pour les affaires criminelles et s'il lui arrivait de condamner à tort, tant pis pour l'innocent.

On peut dire que tout homme accusé était a peu près sur d'être déclaré coupable.

Jean Hardi fut donc écartelé, ensuite on lui coupa la tête, on la ficha au bout d'une lance qm fut plantée devant l'Hôtel de ViUe et les quatre autres parties de son corps furent envoyées à quatre villes situées aux quatre coins de la I France.

Le coanétable de Sùnt-Paol pou u Ute sur le billot, (Page 31S, col. I.)

Qnantau tronc, il fut réduit euceadresaulieu du supplice, conformément à. l'arrêt.

Certes, le crime que méditait ce malheureux était punissable, mais il n'y avait eu aucun commencement d'exécution, et l'accusatioa n'était baaée que sur la déclar ition de deux complices repentants qui, eux. mreut richement récompensés.

Ce fut aussi cj janvier 1474 que les médecins et chirurgiens de Paris représentèrent au roi Louis XI que plusieurs personnes de considératiûn u étaient travaillées par la pierre, colique, passion et mal de calé, qu'il serait très utile d'examiner l'endroit où s'engendraient ces maladies, qu'on ne pouvait mieux s'éclairer qu'en opérant sur un homme vivant et qu'ainsi, ils demandaient qu'on leur livr&t un franc-archer qui venait d'être condamné à être pendu pour vol, et qui avait été souvent fort molesté desdits maux.»

Louis XJ accéda à leur demande, et la première

opération de la pierre se fit publiquement dans

le cimetière de Saint- Se venu. Après qu'on eut

examiné et travaillé, ajoute la chrosique, on re-

Liv. 40.

mit les entrailles dans le corps dudit franc-arcfaer, qui fut recousu, et par l'ordonnance du roi, très bien pansé, et tellement qu'en quinze jours il :^t guéri et eut rémission de ses crimes, sans dépens. — Et il lui fut donné de l'argent.

Une autre exécution eut lieu le 16 mars 1474; ce fut celle d'un Écossais du nom de Thomas Leclerc, compromis dans l'afTaire suivante : un certain Brigandinier, fils adoptif d'un marchand de poisson , sachant que celui-ci avait fait d'excellentes affaires pendant le carême, entreprit de le voler et s'entendit i cet effet avec deux larrons, Écossais l'un et l'autre : Mortemer, dit Lecuyer, et Thomas Leclerc.

Surpris au milieu de la perpétration du crime, ils se sauvèrent, mais Brigandinier, pris et amené auCh&telet, dénonça ses complices. Mortemer, confié à la surveillance de deux Écossais de la garde du roi, put facilement s'échapper ; quant à Thomas Leclerc, il se réfugia dans l'église de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, d'où il était difficile de t'exiraire, l'église étant lieu d'asile.

Toutefois , les religieux ne s'opposèrent pas & son extradition; mais Leclerc n'était nullement iO

d'avis de se laisser prendre et il fallut que le prévôt de Paris envoyât plusieurs sergents pour s'emparer de sa personne.

Mais alors une lutte s'engagea dans l'église , Leclerc s'y barricada et , s'armant de tout ce qui lui tombait sous la main, il blessa plusieurs des gens du prévôt, et ce ne fut qu'après avoir bataillé longtemps, qu'on parvint à se rendre maître de ce forcené qui fut condamné à être pendu ai> gibet de Montfaucon , le 16 mars.

Louis XI revint à Paris le 16 avril suivant, et le 20 il passa une seconde revue de la bourgeoisie, dont l'effectif se montait, on le sait, à 80,000 hommes.

Tous étaient armés et vêtus de hoquetons rouges, avec une croix blanche sur la poitrine.

Cette revue se fit hors la place Saint-Antoine, et le roi fut si satisfait de la tenue de cette milice bourgeoise, que peu de temps après, afin de témoigner son contentement aux bourgeois de Paris, il fit revivre l'ancien privilège de la ville , aux termes duquel toutes marchandises chargées pour être amenées par terre ou par eau à Paris, ne pouvaient être retardées pour quelque cause que ce fut. Louis XI, par édit perpétuel et irrévocable, abolit tous « truages, aides, subsides et autres impositions dont on pouvait avoir chargé depuis trente ans les marchandises destinées pour la ville de Paris ».

Quelques mouvements des Anglais s'étant produits dans le Soissonnais, la ville fournit au mois de juillet 1475, un corps de troupes de cavalerie qui se mirent en marche sous la conduite du prévôt de Paris ; mais la trêve conclue à Péquigny avec le roi d'Angleterre, le 29 août, fit revenir les troupes, et cette trêve de sept années, qui fut aussitôt publiée dans Paris, provoqua de vives acclamations de joie ; mais un événement important allait se produire, Louis XI songeait à se débarrasser du connétable de Saint-Paul qu'il accusait de trahison.

Celui-ci, averti de ce qui se tramait contre lui, 8*était réfugié en Hainaut où il croycdt trouver un asile auprès du duc de Bourgogne ; mais ce prince , qui avait des raisons particulières pour être agréable au roi de France, n'hésita nuUe^ ment à livrer le connétable entre les mains du bâtard de Bourbon, amiral de France, qui Ta* mena à Paris.

11 fut incarcéré à la Bastille, et la garde de sa personne fut spécialement confiée au capitaine Philippe Lui! lier.

Des commissaires furent nommés, entre autres le chancelier Pierre Doriole, ainsi que le premier et le second président du parlement, à l'effet de procéder à son interrogatoire.

Le 4 décembre ces commissaires exposèrent aux chambres assemblées qu'il était dans l'usage qu'on lût au criminel sa confession en présence de toute la cour et qu'il n'y avait personne en France, excepté le roi et le dauphin , qui pût

s'exempter de comparaître au parlement quand il l'ordonnait ; mais qu'on n'.osait .y faire venir le connétable, parce que .ceux qui le gardaient se chargeaient volontiers d6 l'amener de bon matin, mais qu'ils ne répondaient pas de pouvoir lui faire traverser la ville pour le reconduire après sa comparution, le peuple paraissant assez disposé à l'enlever, et les braves commissaires offrirent de se transporter à la Bastille, au lien d'en extraire le prisonnier. Ce qui fut accepté.

Toutefois , on prit moins de précautions lorsqu'il s'agit de prononcer la sentence ; on fit monter le connétable, vêtu d'une longue robe de deuil et chaperon de même , sur un mulet , pour le conduire de la Bastille au Palais, accompagné du prévôt de Paris, Robert d'Estouteville et do seigneur de Saint'Pierre.

On le fit entrer dans la Tour criminelle, où il trouva le chancelier qui lui demanda la remise du collier de l'ordre et de l'épée de connétable.

Il rendit le collier ; quant à l'épée , il répondit qu'elle lui avait été enlevée lorsquHl avait été arrêté à Mons.

Un moment après arriva Jean de Popaiûconrt, président du parlement, qui lui notifia qu*un arrêt le déclarait « criraineux du crime de lèsemajesté, et comme tel, condamné à perdre la tète dans la place de Grève ».

Il leva les yeux au ciel et dit en soupirant :

— 0 Dieu soit loué; veezci bien dure sentence: je lui supplie et requiers qu'il me donne la grâce de bien le connaître aujourd'hui, n

On plaça aussitôt le malheureux connétable entre les mains de quatre docteurs en théologie: un cordelier, un augustin , le pénitencier de Notre-Dame et le curé de Saint- André-des-Arts,

Il demanda à recevoir l'eucharistie , ce qui loi fut refusé ; on se contenta de dire une messe à laquelle il fut autorisé à assister. On lui donna aussi de l'eau bénite et du pain bénit qu'il mangea.

11 s'en revint avec ses confesseurs, jusqu'à une heure de l'après - midi , qu'il remonta à cheval pour se rendre au lieu de son supplice.

Arrivé sur la place de Grève, il monta à l'Hôtelde-Yille, où il resta plus de deux heures dans un des bureaux, en s'entretenant, soit avec ses confesseurs, soit avec Denis Hasselin, maître d'hôtel du roi, à qui il dicta son testament.

Enfin, sans donner la moindre marque de trouble, il prit congé d'Hasselin, passa dans une galerie de bois qui aboutissait à l'échafaud, richement tapissée de fleurs de lis , s'agenouilla, la face tournée du côté de Notre-Dame, détacha dé son cou une pierre à la(|uelle il attribuait une vertu particulière pour combattre les efi'ets du poison, et recommanda qu'on la donnât à son fils. (Le roi, instruit de la prétendue vertade cette pierre , la garda pour son usage. )

Ce soin terminé, il pria le chancelier de deman-

der pour lui pardon au' roi, se recommanda aux prières du peuple et posa sa tète sur le billot (ses eheveux avaient été coupés par Jehan Cousin, fils de Haitre Henri, bourreau de Paris).

Un coup de hache, sûrement appliqué, la détacha du tronc en présence de cent mille personnes, au dire de Jean Molinet, son contemporain.

Le corps fut immédiatement emporté par les eordelieirs , qui Finhumèrent dans leur église de Sainte-Glaire.

Ce fut le 19 décembre 1475 que cette exécution eut lieu , en présence du chancelier de France , du prévôt de Paris et de nombre d'autres officiers du roi.

Le 20 du mois précédent, un gentilhomme du Poitou nommé Regnault de Veloux « de la maison de monseigneur du Maine » avait aussi payé de sa vie le crime de haute trahison dont il était accusé.

On ne se tirait guère de ces sortes d'accusations!

Il fut écartelô aux halles, par arrêt du parle-

(c Et fut le dict Regnault par ordonnance de la dicte cour fort secouru, pour le fait de son âme et conscience. Car il luy fut baillé le curé de la Magdeleine, pénitencier de Paris et moult notable, clerc, docteur en théologie et deux grans clercs de Tordre des cordeliers, et furent pendus ses membres aux quatre portes de Paris et le corps au gibet. »

Le 23 décembre on alla chercher, avec la permission du roi^ les membres épars de ce malheureux ce et puis furent portez inhumer et enterrer au couvent desdits cordeliers de Paris, auquel lieu luy fut fait son service honorablement, pour le salut et remède de son àme, tout au coust, mises et dépens des parens et amis dudit deffunct Regnault de Yeloux ».

. En 1476, le roi de Portugal vint visiter Paris après avoir été trouver Louis XI à Tours, à Tefiet d'obtenir de lui qu'il le soutint dans ses prétentions sur l'Espagne.

Il y arriva le samedi 28 novembre. Le corps de ville, le parlement, le chancelier, les prélats et nombre des principaux personnages de la noblesse sortirent de Paris pour aller au-devant de lui et lui former cortège jusqu'à la porte Saint- Jacques, où le prévôt des marchands et les échevins lui présentèrent le dais sous lequel il continua sa marche.

Lorsqu'il passa devant l'église de Saint-Étiennedes-Grès, il se trouva en présence du recteur de l'Université, accompagné de ses suppôts, qui lui adressa un compliment de bienvenue.

Il fut reçu de même par l'évèque de Paris au seuil de la cathédrale.

Après y avoir fait une courte prière^ il alla descendre à l'hôtel de Laurent Herbelot, riche marchand de Paris, situé rue des Prouvaires.

Il reçut là force présents du corps de ville et de plusieurs particuliers, et les jours suivants il alla voir tout ce que Paris renfermait de curieux, toujours accompagné dans ses promenades par le seigneur de Gaucourt, lieutenant du roi, chez qui il fit un souper magnifique, auquel furent admises un certain nombre de dames et de demoiselles de Paris.

Tout semblait donc devoir offrir à ce souverain les éléments d'un séjour agréable, lorsque tout à coup, s'imaginant que Louis XI avait dessein de le faire arrêter pour le livrer à ses enne mis, il disparut sous des habits d'emprunt. 11 se disposait à partir pour Rome, lorsque, reconnu par Robinet le Bœuf de Normandie, il fut appréhendé au corps. Mais le roi, pour lui montrer combien ses soupçons étaient injustes et mal fondés, fit équiper à ses frais plusieurs vaisseaux qui le transportèrent avec sa suite dans ses États.

Ce fut pendant cette même année que, par suite d'un arrêt du parlement rendu le 23 août, le prévôt de Paris et ses lieutenants se décidèrent à nettoyer les rues de Paris en les débarrassant des boues et des immondices de toute nature qui y croupissaient.

Déjà, en 1473, le parlement avait ordonné que le lieutenant criminel se transporterait dans la rue de Bièvre pour faire enlever les ordures qui obstruaient l'entrée de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et le long du cours où passait jadis la rivière de Bièvre; mais cette fois la mesure fut générale. Les diverses rues de Paris devaient cesser d'être des cloaques impraticables ; cependant, il ne faudrait pas croire que du jour au lendemain la ville se trouvât appropriée ; il se passa du temps avant que MM. les échevins tinssent la main à l'exécution des ordonnances, et plus d'un quartier de Paris continua à demeurer un foyer d'infection, mais les grandes voies, les alentours du Palais, les rues fréquentées, furent soumis à une sorte d'entretien dont les frais furent supportés à l'aide d'une taxe, au paiement de laquelle furent soumis les habitants des points nettoyés.

L'aqueduc de Belleville avait été réparé en 1457 par les soins du prévôt des marchands. Des concessions d'eau furent faites à des particuliers. Il eût donc été fort possible de tenir les rues en bon état de propreté, mais l'esprit de routine, l'habitude que chacun avait de jeter sur la voie publique tout ce qui l'incommodait chez lui, furent plus forts que les exhortations du parlement et des échevins.

La fièvre et la peste avaient élu domicile dans ces rues longues, sombres,^ étroites où le soleil n'arrivait pas pendant une partie de l'année.

La cité et le quartier Saint-Jacques furent pendant des siècles deux goufi'res dont la gangrène gagnait chaque été les autres parties de la ville, et, malgré les diverses mesures sanitaires prises

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET BBS PARISIENS

par les édiles, ce ne fut que sous le règne de Henri lY qu'on résolut d'élargir les rues, afin de permettre à la noblesse et' à la bourgeoisie de pouvoir circuler en voiture.

Ce fut le commencement de Fassainissement de la ville.

Le 5 janvier 1477, le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, perdit la vie; peu de temps après, le roi ordonna aux gens tenant sa cour du parlement de Paris de se transporter à Noyon pour s'occuper du procès de Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, qui, détenu à la Bastille depuis un an, attendait impatiemment l'heure de son juge-

Revenus à Paris, les membres du parlement dépêchèrent le 4 août 1477 auprès du duc de Nemours, Jean Le Boulanger, premier président, accompagné du greffier criminel, de Denis Hasselin, maître d'hôtel du roi, et de quelques autres officiers, à l'effet de lui déclarer qu'il avait été jugé criminel de lèse-majesté, et comme tel condamné à être décapité aux halles le même jour, et ses biens confisqués au profit du roi.

La sentence fut exécutée à trois heures de l'après-midi.

c Cet infortuné seigneur, lisons-nous dans Piganiol de La Force, fut conduit de la Bastille aux halles, monté sur un chteval caparaçonné de noir. Étant arrivé, il fut mené aux chambres de la halle aux poissons, lesquelles, on avait exprès tendues de sarges de pers ; on les avoit ainsi arrosées de vinaigre et parfumées avec deux hommes de cheval de bourre de genièvre pour 6ter le goût de la marée, que lesditcs chambres et greniers sentaient. Ce fut là que le duc de Nemours se confessa, et pendant cet acte de religion, on servit une collation composée de douze pintes de vin, de pain blanc et de poires pour messieurs du parlement et officiers du roi. Pour cette collation on donna douze sous parisis à Jehan, marchand qui l'avait fournie. Le duc de Nemours s'étant confessé, fut conduit à l'échafaud par une galerie de charpentes qu'on avait pratiquée depuis lesdites chambres et greniers jusqu'à l'échafaud du pilori où il fut exécuté. »

Une légende que plusieurs historiens ont répétée, sans prendre la peine d'en vérifier l'exactitude (Anquetil entr'autres) raconte ceci : « Une autre circonstance excite encore le frémissement de l'indignation; au lieu de l'échafaud de pierre qui était permanent aux halles de Paris, le roi ordonna qu'il en fût dressé un autre qui fut couvert de planches mal jointes, et qu'on plaçât audessous ses jeunes orphelins, ses parents, afin que le sang de leur père ruisselât sur leurs têtes. »

Cette légende est absolument controuvée. « Le supplice du duc de Nemours, dit M. Edouard Fouririer, n'eut pas lieu comme on Ta décrit par tout^ les détails effrayants dont on s'est plu à lentoiirer, ces enfants à genoux sous l'échafaud, cette

rosée affreuse y comme dit Casimir Deiavigne, qui tombegoutte à goutte sur leur tête, sont un appareil mélodramatique, de mise tout au plus maintenant dans les Crimescélèbres, « Leseonieinporains, ditM. Michelet, n'en parlent point, même les plus hostiles. L'avocat Masselin qui, un peu après la mort de Louis XI, à la fin de 14B3, présenta requête aux États pour les pauvres enfants du duc de Nemours, dépouillés de tous lears biens et qui, dans cette cause, devait, par conséquent, exagérer la vérité de leur malheur, pour en accroître l'intérêt, ne dit pas un mot de celte barbarie perfectionnée. Donc, encore une fois, dans tout cela rien de vrai. »

M. E. Fournier cite Michelet. Voici ce que dit l'éminent historien, dans Louis XI et Charlet k Téméraire.

« L'histoire des enfants placés sous l'échafaud de leur père ne se trouve que chez les modernes; on n'en voit rien chez les contemporains, pas même dans les Etats de 1484, dont le procès-verbal peut passer pour un plaidoyer contre Louis XI. »

Le même historien ajoute : <c L'ordonnance du 22 décembre 1477 (calquée sur les anciennes lois impériales) par laquelle le roi déclara que la nonrévélation des conspirations, est crime de lèsemajesté ne fut point appliquée au duc de Nemours et, comme la date l'indique, ne fut rendue qu'après sa mort. » (Ordonn. XYIII, 315.)

Le crime de Jacques d'Armagnac fut de s^être trouvé dans toutes les factions depuis la guerre du bien public et de s'être mêlé, eu 1473, aux intrigues des ducs de Bourgogne et de Bretagne, qui rêvaient le retour des Anglais sur le territoire de la France.

Après sa décapitation, le corps du duc deN^ mours fut remis aux cordeliers qui, au nombre de cent cinquante, tenant tous une torche à la main, recueillirent ses restes sanglants et Tenterrèrrent dans leur église.

Peu de temps avant cette exécution, on avait pendu au gibet de Montfaucon un sieur Laurent Garnier, de Provins, convaincu d'avoir tué uo collecteur des tailles de cette ville, bien qu'il eût obtenu rémission de son crime, la grâce n'ayant point été entérinée par le parlement.

Dix-huit mois après^ sur les instances de son frère, le corps fut dépendu, enseveli, mis en bière et ramené dans Paris par la porte Saint-Denis.

(f Et devant icelle bière alloient quatre crieurs de ladite ville, sonnant de leurs clochettes et en leur poitrine les armes dudit Gàrnier; et autour d'iceile bière, y avoit quatre cierges et huict torches qui estoient portés par hommes vestus de deuil et arinoyez comme dit est. Et en tel état fut mené passant parmy ladite ville de Paris josques à la porte Sainct-Anthoine, où fut mis le corps en un chariot couvert de noir pour mener inbumer audit Provins. «

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