‹ Paris à travers les sièclesChapitre 9 sur 32 · XIII' SIÈCLE · texte numérisé non relu

XIII' SIÈCLE

Ils s'insurgèrent et s'en prirent de nouveau aux Armagnacs.

Le 20 aoQt, les cabochiens, qui menaient tous les mouvements populaires, prirent les armes et tuèrent sans miséricorde tous ceux qui avaient échappé au précédent massacre.

11 restait une vingtaine de prisonniers à la Bastille et au château de Vincennes; ils les voulurent ; on les leur donna, ils les tuèrent tous.

Le duc de Bourgogne, révolté par celte cruauté.

sévit enQn contre Caboche et son ami Capeluche, bourreau de Paris, et ces deux meurtriers eurent le poing coupé aux halles de Paris, le 26 août. Us furent ensuite décapités et pendus par les aisselles au gibet, en compagnie d'un troisième tueur, et, afin qu'il ne ae produisit aucune manifestation en leur faveur on eut soin de garnir les carrefours et autres endroits fréquentés, d'un nombre sufûsant de gens de guerre et de bourgeois armés.

Le bâtard de Bois-Bourdon lut eonan daiu un sac etjeté i. Is riTièr«.

Capeluche ét^t un bourreau expérimenté, mais son valet était loin de savoir comme lui trancher une tète d'un seul coup ; peut-être aussi était-il impressionné par l'obligation dans laquelle il se trouvait de décapiter son patron.

Toujours est-il qu'il fallut lui enseigner la manière dont il devait s'y prendre pour couper ie cou à Capeluche.

Quant à la manifestation redoutée, elle n'eut pas lieu; depuis longtemps, on ne supportait que par la crainte qu'ils inspiraient les meurtres de Caboche, et son supphce fut un soulagement pour tous ceux qui craignaient un jour ou l'autre de s'attirer la haine du farouche tueur, dont le nom seul faisait trembler les honnêtes bourgeois de Paris.

Le duc de Bourgogne, parvenu à ses fins, jura de servir fidèlement le roi, et de concourir avec

les bourgeois de Paria au maintien du bon ordre.

Afin de purger la ville des séditieux qui formaient l'appoint des cabochiens dans les troubles, on lea envoya au siège de Montlhéry, occupé par les gens du parti du comte d'Armagnac, mais ils firent de mauvais soldats et les Armagnacs poussèrent une pointe dans Paris le 13 septembre jusqu'au faubourg Saint-Germain, où ils brûlèrent plusieurs maisons.

A peu près vers le même temps, une maladie contagieuse sévit dans Paria avec une telle violence que le journal du règne de Charles VI porte qu'il mourut en moins de cinq semaines 50,000 personnes. Monstrelet estime la perte totale des gens atteints par la contagion à 80,000, mais un autre écrivain du même temps, Lefèvro de Sainl-Rémy, la réduit à 40,000.

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En s'arrêtant à ce dernier chiffre, il est facile de se rendre compte de la tristesse qui régnait dans la capitale; où nombre de gens souffraient en outre d'une disette affreuse, amenée par les ravages des troupes qui campaient autour de Paris et interceptaient à leur profit les approvisionnements de vivres.

Le prévôt de Paris fut invité à prendre 200 hommes d'armes et à les employer à escorter les marchands qui venaient apporter des provisions.

Chaque jour, le' prévôt des marchands et les échevins devaient s'assembler à THôtel de Ville et s'entendre avec les conseillers au parlement et les bourgeois notables pour aviser au moyen d'approvisionner Paris.

La gravité des événements politiques nous a fait passer sous silence la consécration de l'église Saint-Jacques -la- Boucherie, qui eut lieu le 24 mars 1414, par l'évèque de Turin, Gérard de Montaigu, qui, à cette occasion, fut invité par ses paroissiens à un dîner qui ne coûta que 70 sous parisis.

Parmi eux se trouvait un des bienfaiteurs de l'église dont le nom a conservé une grande célébrité. Nous voulons parler de Nicolas Flamel, qui fit bâtir à ses frais, en 1399, le petit portail de Saint-Jacques-la-Boucherie qui se trouvait du côté de la rue des Écrivains (appelée originairement rue Pierre-au-Lait, et qui prit le nom de rue des Écrivains en raison des écrivains qui s'établirent, vers la fin du xiv° siècle, dans de petites échoppes près de l'église. Elle commençait à la rue des Arcis et finissait à celle de la Vieille-Monnaie, et fut supprimée en 1854).

Nicolas Flamel était un de ces écrivains, et son échoppe était des plus fréquentées, car il était, en même temps que calligraphe, dessinateur, enlumineur et peintre.

Il était né à Pontoise vers 1340, et épousa une digne femme, « non seulement douée de raison, dit d'elle son mari, mais aussi capable de faire ce qui était raisonnable et plus discrète et secrète que le commun des autres femmes; » on la nommait Pernelle, et ce nom est aussi connu que celui de Nicolas Flamel.

C'est qu'à eux deux, dans cette échoppe, au bas de l'église, ils devinrent riches et qu'ils en profitèrent pour faire tout le bien imaginable. Ils dotèrent quatorze hôpitaux, ils fondèrent des hospices, ils rebâtirent trois chapelles, ils rentèrent sept églises et réparèrent trois cimetières.

« Nicolas Flamel, dit un auteur du temps, avait des maisons en lesquelles des gens de métier étaient logés en payant dans les boutiques et autres retraits du rez-de-chaussée, et du produit de ces loyers de pauvres laboureurs et ouvriers avaient un asile gratuit dans les étages supérieurs. ))

Flamel acheta des terrains avoisinant l'église, et s'y fit bâtir une maison tout enjolivée à l'exté-

rieur « d'histoires et devises peintes et dorées s ; ce fut l'hôtel Flamel.

Il fit construire deux arcades au charnier des Innocents, et un grand édifice appelée la mai?on du Grand-Pignon. Le grand pignon n'existe plus, mais le vieux logis existe encore rue Montmorency.

A la hauteur du premier étage courait une longue frise représentant Jésus-Christ ayant à côté de lui Nicolas Flamel, et tous deux entourés par des laboureurs à genoux; au-dessous était cette inscription dont les caractères gothiques peuvent encore se lire : « Nous, hommes et femmes laboureurs, demourant au porche, sur le devant de ceste maison, qui fut faicte en Tan 1407, sommes tenus chacun en droit de soy dire tous les jours un patenostre et un Jésus- Ave-Maria, en priant Dieu que de sa grâce face pardon aux povres pescheurs trépassez. Amen. »

La grande fortune dont jouissait Flamel étonnait ses contemporains qui l'expliquèrent cependant par la possession du secret de la pierre philosophale, que l'écrivain aurait découvert; il passa pour le premier alchimiste de son temps; la vérité est qu'à son art de calligraphe il joignait le métier de libraire, qu'il s'occupait de science hermétique et de médecine , et qu'il faisait des opérations de vente et d'achat d'immeubles qui lui procurèrent d'assez gros bénéfices. Quoi qu'il en soit, son capital eût produit au xvii* siècle 5,000 livres de rentes, ainsi qu'à cette époque la prouvé l'abbé Vilain, en s'appuyant sur des titres exacts et sur son testament daté du 22 novembre 1416, qui existe aux Archives.

Avant de mourir (22 mars 1417), il avait acheté dans l'église Saint-Jacques-la-Boucherie un emplacement pour son tombeau; etcomme il n'avait pas eu d'enfant de sa femme Pernelle, il légua tous ses biens à l'église, à la charge par le chapitre de dire pour lui un certain nombre de messes. Tous deux furent enterrés à Saint- Jacques.

Il avait lui-même composé son épitaphe qull grava sur une pierre qui, après la démolition de l'église (an Y), arriva, on ne sait comment, chez une fruitière qui s'en servait pour hacher dessus des herbes cuites. Elle fut transférée plus tard au musée de Gluny.

Revenons à l'église.

Cet édifice avait droit d'asile ; en 1405, on y fit même construire une chambre qu'on réserva à ceux qui venaient s'y mettre en franchise.

Au commencement du xvi^ siècle, Saint- Jacques-la-Boucherie n'avait encore qu'un très médiocre clocher ; en 1507, Jacques de Thoyne, chanoine de Montmorency, ofi'rit deux maisons adossées à l'église, et qui lui appartenaient, pour élever une tour sur leur emplacement.

Dans l'année 1508, les fondements furent jetés et la tour commença à monter à l'angle

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sud-ouest de la façade occidentale. En 1510, la construction arrivait au premier étage ; en 1522, elle avait 50 mètres de haut, et entre ses parois, douze cloclies appelaient les fidèles aux cérémonies du culte. Sauvai en déclarait la sonnerie harmonieuse et son carillon « fort musical ».

Lorsqu'elle fut terminée, le sculpteur Rault, <c tailleur d'images, » fut chargé, moyennant la somme de vingt livres tournois, de sculpter les statues «dlées des quatre animaux mystiques, Taigle, le lion, le bœuf et Thomme-ange, qui, selon Texpression de Victor Hugo , semblent quatre sphinx qui donnent à deviner Paris ancien au Paris nouveau.

Au-dessus de la figure de saint Mathieu, l'artiste sculpta la colossale statue de saint Jacques le Majeur.

Un des caveaux de l'église Saint-Jacquesla- Boucherie renfermait les restes de Jean Fernel, médecin de Henri H et accoucheur de la reine Catherine de Médicis qui lui donnait à chaque couche douze mille écus d'or. L'église Saint-Jacques-la-Boucherie , qui n'avait été achevée que sous le règne de François P', fut supprimée en 1790 et devint propriété nationale ; en 1793, le comité révolutionnaire du quartier des Lombards y installa ses séances. Elle fut vendue le 11 floréal an V, et démolie peu de temps après, à l'exception de la tour, devenue le centre d'un marché de friperie appelé la cour du Commerce. Cette tour devint la propriété de M. Dubois qui y établit une fonderie de plomb de chasse; elle se dégradait peu à peu, lorsqu'en 1835 le conseil muninicipal de Paris arrêta que la ville achèterait la tour Saint -Jacques. La vente fut consentie par les héritiers Dubois le 29 août 1836, au prix de 250,100 francs.

La restauration en fut ordonnée en 1853 et confiée aux soins de MM. Balu et Roguet. Toutes les masures qui l'environnaient disparurent et sa structure élégante et fine émergea d'une place entièrement dégagée. Les animaux sculptés par Rault, et dont le temps avait profondément altéré les formes, furent déposés au musée de Cluny et des copies fidèles occupent leur place. Il en fut de même pour la statue de saint Jacques le Majeur, qui avait été renversée en 1793 et que le sculpteur Chenillon a parfaitement remplacée.

Les cloches ayant disparu du clocher, des vitraux peints ont rempli les hautes travées, et la cage grandiose a été fermée aux engouffrements du vent.

Dans les niches creusées à même des épais contreforts qui forment les angles de la tour, dix-neuf statues nouvelles ont repris la place des anciennes, ce sont : saint Christophe par M.Pascal, saint Augustin par M. Loison, saint Pierre par M. Courlelt saint Jacques le Mineur par M. Arnaud, saint Léonard par M. Duseigneuri

saint Roch par M. Desprez, saint [Georges par M. Protat, saint Laurent par M. Perraud, saint Clément par M. Calmels, saint Michel archange par M. Froger, saint Quentin par M. Talluet, saint Jean-Baptiste par M. Cordier, sainte Marguerite par M. Villain, saint Jean par M. Diébolt, saint Paul par M. Chambard, sainte Catherine par M. Bonassieux, sainte Geneviève par M. Gruyère, et saint Louis par M. Dantan atné.

Au centre inférieur, sous une voûte ogivale, se trouve la statue de Biaise Pascal par M. Cavelier. Cette statue fut élevée au grand philosophe chrétien, en raison de ce [qu'on prétendit que ce fut à la tour Saint-Jacques qu'il fît, en 1653, des expériences sur l'impossibilité du vide et la pesanteur de l'air ; mais nous pensons que cette tradition est erronée et que les expériences de Pascal eurent lieu à la tour Saint- Jacques -du -Haut -Pas, qui était la paroisse de Pascal; ce qui a pu occasionner l'erreur, c'est que tous les écrits du temps disent la tour Saint-Jacques, sans ajouter du Haut-Pas ; et un annaliste ayant écrit sans réflexion la tour Saint- Jacques-la-Boucherie, tous les autres l'ont répété.

La tour se trouve aujourd'hui consolidée à sa base par l'établissement d'un terre -plein en pierres de taille que surmonte une balustrade, et un square l'entoure de ses frais gazons et de ses massifs de fleurs et de Verdure.

Plusieurs historiens du temps, entre autres Corrozet et Lemaire, placent au 3 juillet 1418 un fait plus que douteux, mais dont la tradition s'enracina si bien, qu'il passa à l'état de légende sacrée ; le voici :

On prétend que ce jour-là un soldat, du nom de Suisse, ou Suisse d'origine, sortant d'un cabaret où il avait laissé son argent au jeu et aussi un peu sa raison au fond du verre , s'en prit de sa déveine à une statue de la Vierge qui était au coin de la rue aux Oûes (aux Ours), et s'oublia jusqu'à la frapper de plusieurs coups de couteau, ce qui fit jaillir le sang.

Le coupable fut immédiatement arrêté et on le brûla, à l'endroit même où le sacrilège avait été commis, après l'avoir lardé de coups de couteau et lui avoir percé la langue avec un fer rougi au feu.

Puis la statue fut transportée dans l'église Saint- Martin-des-Champs, où on la vénéra sous le nom de Notre-Dame-de-la-Carole.

Toutes ces circonstances furent en outre représentées dans un tableau qui existait dans la chapelle de la Vierge y derrière le chœur de cette église.

Le Journal de Charles Vly la Vie de ce prince, par Jean Juvénal des Ursins, sont muets à cet égard, et on est fondé à croire que tout ceci n'est qu'une de ces fables comme les amateurs de merveilleux en ont tant semé dans l'histoire du moyen âge.

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Toutefois, ce qui est certain, c'est qu'autrefois on tirait tous les ans, le 3 juillet, dans la rue aux Oùes ou aux. Ours , un feu d'artifice en commémoration de cet événement, et le même soir, au milieu d'un grand concours de population, on brûlait un géant d'osier, habillé en soldat suisse. C'était le roi de la confrérie de la Vierge de la rue aux Ours qui allumait le bûcher.

Le gouvernement suisse réclama contre cet usage, d'autant plus injurieux pour cette nation qu'en 1418 les Suisses ne servaient pas encore dans l'armée française, et que rien ne prouvait môme que le prétendu sacrilège eût jamais été commis.

Louis XY fit droit à ces justes plaintes, mais il ne parvint pas à supprimer la cérémonie du mannequin, à laquelle les Parisiens tenaient singulièrement.

« On ôta, dit l'auteur du Tableau de Paris, l'habit suisse, qu'on remplaça par une mauvaise souquenille. Ne dirait- on pas qu'on ajoute foi à ce miracle d'après ce bûcher qui se renouvelle chaque année? Tout le monde rit en voyant passer ce colosse d'osier qu'un homme porte sur ses épaules et auquel il fait faire des révérences et des courbettes devant toutes les Vierges de plâtre qu'il rencontre. Le tambour l'annonce, et dès qu'on met le nez à la fenêtre ce colosse se trouve de niveau avec l'œil des curieux. Il a de grandes manchettes, une longue perruque à bourse, un long poignard de bois teint en rouge dans sa dextre, et les soubresauts qu'on imprime au mannequin sont tout à fait plaisants , si l'on considère que c'est un sacrilège qu'on fait danser ainsi. »

Une aventure assez désagréable arriva au grammairien du Marsais, â l'occasion de cette fête; il passait rue aux Ours au moment où l'on brûlait le géant d'osier; il s'arrêta pour voir la cérémonie ; une femme, désireuse de mieux voir, en poussa une autre qui lui dit :

— Si vous voulez prier, mettez-vous à genoux où vous êtes ; est-ce que la Vierge n'est pas partout?

— C'est le bon Dieu qui est partout et non pas la Vierge, observa du Marsais qui avait entendu le propos.

— Voyez donc, s'écria alors la femme en montrant du Marsais, ce vieux coquin , ce huguenot, ce parpaillot, qui ne croit pas que la Vierge soit partout I

Ces mots furent le signal d'une véritable émeute contre du Marsais, qui eût été mis en pièces, s'il ne se fût réfugié dans une allée ouverte.

Mais alors le peuple furieux voulut faire le siège de la maison, en demandant qu'on lui livrât le blasphémateur. Il fallut que la garde vînt le délivrer, et encore n'osa-t-on le laisser sortir que de nuit.

M. Edouard Fournier raconte que Jean-Jacques

Rousseau , dans le temps de ses manies les plus soupçonneuses , se trouvant à Paris le jour de l'autodafé du Suisse, s'imagina que c'était lui qu'on avait brûlé en effigie, et que, pour comble de mystification, on était exprès venu mettre en station le mannequin devant sa fenêtre.

L'un des premiers actes de la Révolution fut de supprimer cette cérémonie ridicule; elle n*eat pas lieu en 1789; un arrêté du 27 juin est ainsi conçu : « Département de la police. Le département de la police vient de faire afficher qu'instruit que le 3 juillet une confrérie promène et brûle aux pieds de la Vierge, appelée Notre-Dame de-la~Carole , la représentation d'un prétendu Suisse, qui frappa, dit-on, dans son ivresse, cette Vierge faisant le coin de la rue aux Ours et Salle-au- Comte ; ouï et ce consentant, le procureur-syndic de la commune , supprime et défend cette cérémonie qui, quoique se renouvelant chaque année depuis plusieurs siècles , n'en est pas moins indécente. »

Rouen se rendit au roi d'Angleterre dans les premiers jours de 1419, et Paris fut très alarmé par cette reddition, surtout en l'absence du roi, qui était à Lagny. On députa vers lui plusieurs membres du parlement, le président en tête, pour le supplier de rentrer dans sa capitale. Le duc de Bourgogne, le 19 janvier (jour de l'entrée solennelle d'Henri V à Rouen), leur promit de venir défendre Paris et d'y ramener le roi , dès que la ville serait fournie de vivres et mise en état de défense.

La moitié des revenus municipaux fut employée à organiser cette défense, et le comte de Saint- Paul fut nommé capitaine-gouverneur.

Dans une assemblée du parlement . tenue le 3 février, il fut proposé de procéder à l'élection d'un prévôt de Paris ; ce fut Gilles de Clamecy qui fut élu et installé au Chàtelet par le premier président. Le 21 février, dans l'assemblée tenue au parlement, il fut résolu que pour défendre et ravitailler Ja ville on lèverait 200 hommes d'armes et 200 hommes de trait , à la solde desquels on emploierait une aide de 6,000 livres par mois, imposée par le prévôt des marchands, les échevins et les bourgeois.

Tout l'hiver se passa en petites escarmouches, tant de la part des Anglais que de celle des Français des deux partis ; enfin la reine et le duc de Bourgogne se résolurent à traiter avec le roi d'Angleterre ou avec le dauphin, et, le 30 mai, le dauphin reçut le baiser de paix du duc de Bourgogne, et Paris témoigna de la joie que lui causait cette réconciliation, mais le 10 septembre de la même année le duc de Bourgogne fut assassiné en présence du dauphin, et de nouveau Paris fut en proie à la guerre civile.

Le dauphin écrivit de suite à la ville pour se disculper de l'assassinat, mais les Parisiens n'eurent aucun égard à ses lettres, et, le 11 septembre, le

AnciBDDe égliae SBJat-Jacqnei-l4- Boucherie, démolie, à ('«xcepUon de la tour, le 11 floréal a:

chancelier, le prévôt de Paris, celui des marchands, les conseillers et of&ciers du roi, une partie de la noblesse et les plus notables bourgeois s'assemblèrent et jurèrent de venger la mort du dac de Bourgogne.

Id fureur du peuple fut telle qu'il était prêt à massacrer tous les partisans du dauphin et il fallut qu'on publi&t, par ordre du roi, la défense de faire violence à personne, sous peine de mort. Un second édit prescrivit à tous les Parisiens de porter la croix de Saint-André sur leurs vêtements.

Toute la ville en deuil témoigna de son extrême douleur de la perte du duc de Bourgogne, et un service solennel fut célébré à Notre-Dame. Il y avait un luminaire de 3,000 livres de cire.

Toutes les autres paroisses de Paria célébrèrent ansû un service les unes après les autres. Uv. 33

Ces malbeureuses dissensions arrêtaient les travaux, nuisaientconsidérablement au commerce de la ville, et la misère fut excessive pendant l'année 1419.

Dès le mois de mars, le blé était monté à un prix si excessif (11 et 12 francs d'or le setier) que le menu peuple se vit dans l'obligation de manger du pain de noix. A la cherté du blé s'était jointe celle du bois; l'hiver était rigoureux et, pour se chaulTer, on br61a les arbres fruitiers et jusqu'aux solives des maisons;

Voici au reste le tableau que fit de la misère publique un historien du temps :

« On entendait continuellement à Paria piteux

plains, piteux crys, piteuaea lamentations et

pelita enfans crier : Je me meura de faim I Sur

les fumiers, parmi Paris, pussiez trouver, cy 10,

cy 20 ou 30 enfants fils et filles, qui là mouroient de faim et de froit; et n'estoit si dur cœur, qui par nuyt les ouist crier : Hélas ! je meurs de faim! etc. A Pasques, ung bon bœuf coustoit 200 francs ou plus, ung bon veel (veau) 12 francs; ung pourcel 16 ou 20 francs, ung cent d'eufs coustoit 16 sousparisis... Il fit le plus long hiver que homme eust vu passé avoit quarante ans; car les foiries de Pasques il négeoit, il geloit et faisoit toute la douleur de froit que on pouvoit penser. Et en vérité, quand ce vint sur les doux temps comme en avril, ceux qui avoient fait leurs buvaiges comme dépences de pommes ou de prunelles, quand plus n'y en avoit, ils vuidoient leurs pommes ou leurs prunelles en my la rue en intention que les porcs de SaintrAntoine les mangeassent; mais les porcs n'y venoient pas à temps, car aussitôt qu'elles estoient gettées, ils estoient prinses des povres gens de femme et d'enfans, qui les mangeoient par grand saveur. Ils mangeoient ce que les pourceaux ne daignoient manger, trongnons de choux sans pain ni sans cuire, les herbettes des champs sans pain et sans sel. »

Les exactions, les barbaries des gens de guerre s'ajoutaient à ces malheurs ; les Anglais maîtres de Pontoise tenaient Paris dans de continuelles alarmes et n'y laissaient entrer aucun approvisionnement.

^ Des troupes anglaises étaient logées à Argenteuil, à Saint-Ouen, et, conduites par le duc de Clarence, elles venaient jusqu'aux portes de la capitale faire des courses et enlever tout ce qu'elles rencontraient.

Pendant ce temps, le roi était à Troyes, où il attendait le résultat des négociations.

Le jeune duc de Bourgogne, Philippe le Bon, résolu à venger la mort de son père, à quelque prix que ce fût, ne craignit pas de s'allier avec les Anglais, et de faire entrer dans cette alliance le roi et la reine par le mariage de Catherine, leur fille, avec Henri V, roi d'Angleterre, qui, par le traité ratifié le 20 mai 1420, fut déclaré régent et héritier delà couronne de France, à l'exclusion du dauphin.

Toutes les conditions de ce traité furent lues publiquement, dans une assemblée générale tenue au parlement le 29 avril.

Gouverneur de Paris, chancelier, prévôt, présidents, conseillers, écbevins, marchands, bourgeois, tous furent unanimes à accepter ce traité.

Le lendemain, le chancelier, le premier président et Guillaume Le Clerc, par ordre des gens du conseil du roi, allèrent en informer le roi d'Angleterre.

Le 9 mai, il passa devant la porte Saint-Martin de Paris pour se rendre à Troyes.

On portait devant lui un casque surmonté d'une couronne d'or.

Le traité de Troyes, dûment signé et paraphé par les parties, fut de nouveau lu publiquement ;

dans une assembalée générale tenue au parlement le 30 mai, il fut juré à haute voix par tous les assistants, et le prévôt de Paris reçut Tordre de le faire publier à l'auditoire du Châtelet le jour suivant, et de le faire jurer partons les officiers, avocats, procureurs, praticiens et autres qui s'y trouveraient lors de la publication.

Le roi de France et le roi d'Angleterre arrivèrent à Paris le 1^' décembre et les bourgeois allèrent en grand nombre au-devant d'eux et leur firent une entrée des plus magnifiques. Ils n'envisageaient que la cessation des troubles et ne songeaient pas que Paris aUait se trouver sous la domination anglaise 1

Les rues furent richement tendues, depuis la porte Saint-Denis jusqu'à Notre-Dame, « et tout le peuple criait Noël pour montrer sa joie ».

Les deux rois marchaient à côté l'un de Tautre, Charles VI ayant la droite.

Ensuite venaient les ducs de Clarence et de Bedford, frères du roi d'Angleterre, et le duc de Bourgogne vêtu de deuil. Ils étaient suivis d'un nombreux cortège de princes, de chevaliers et d'écuyers à cheval. Arrivés à la cathédrale, l& deux rois firent leurs prières, puis ils remontèrent à cheval et se séparèrent, le roi de France pour se rendre à l'hôtel Saint-Paul, et celui d'Angleterre pour aller, avec ses deux frères, loger au Louvre. Le duc de Bourgogne, après avoir accompagna Charles VI, se retira en son hôtel d'Artois.

Le lendemain les deux reines firent leur entrée par la porte Saint-Antoine et les rues furent tendues de tapisseries comme la veille.

Toute cette journée et la nuit qui suivit se passèrent en festins et en divertissements.

Dans plusieurs quartiers de Paris, il y eut des fontaines qui laissèrent couler du vin.

Le 23, le duc de Bourgogne demanda justice au roi de l'assassinat de son père. Le conseil fut assemblé à l'hôtel Saint-Paul , et il fut décidé qu'on sévirait contre les meurtriers.

En conséquence, le dauphin fut cité à la table de marbre et condamné par contumace à être banni du royaume ; il fut déclaré incapable de succéder à la couronne de France, sentence dont il appela à la pointe de son épée.

A partir de ce moment, tout fut double en France ; il y eut deux rois, deux régents, deux conseils et deux parlements, sans parler des grands officiers que chaque parti créa suivant sa volonté.

Aprèsles fêtes deNoël,leroi d'Angleterre quitta Paris pour aller à Rouen ; il y laissa pour le représenter le duc d'Exester, son oncle, qui fît arrêter le maréchal de TIsle-Adam. Celui-ci était fort aimé à Paris; un millier d'hommes se dbposèrent à l'enlever des mains du duc d'Exester qui le faisait conduire à la Bastille.

Le duc, escorté de cent vingt archers anglais, fit pleuvoir une gêrle de flèches sur la populace.

t>ARIS A TRAVERS LES SIECLES

garda son prisonnier, et le fit écrouer à la Bastille.

Les Parisiens commencèrent à s'apercevoir que le traité de Troyes ne les rendait pas plus heureux ; la cherté des vivres devint telle que les riches seuls purent s'en procurer; des bandes d'affamés suivaient les écorcheurs de chiens dans la campagne pour manger les chairs et les tripes de ces animaux.

On trouva dans Paris une femme morte de faim qui avait encore son enfant vivant pendu au sein. Quelques personnes charitables, touchées de compassion, achetèrent trois ou quatre maisons qu'elles transformèrent en hôpitaux pour les enfants. En moins de trois mois, chaque hôpital fut garni de plus de quarante lits.

Le roi d'Angleterre fit le siège de Meaux en 1422 ; les habitants se rendirent le 29 mai; une partie de la garnison prisonnière fut envoyée à Paris. Henri V y rentra ainsi que Charles VI et les deux reines, puis, après les fêtes de la Pentecôte, le roi d'Angleterre repartit pour soumettre la Picardie. Mais, arrivé à Compiègne, il reçut une dépèche qui le rappela en toute hâte. Un complot était tramé par le dauphin, à l'effet de s'emparer de la ville de Paris.

La conspiration avait été découverte au moyen de lettres interceptées sur une femme.

Le roi d'Angleterre l'interrogea et, convaincu de sa culpabilité, il la fit, sans autre forme de procès, jeter à l'eau avec ses complices, puis s'en retourna pour combattre le dauphin.

La mort l'arrêta en chemin; il mourut le 31 août àVincennes ; son corps y resta jusqu'au 15 septembre; on le porta alors en grande pompe à Saint- Denis, mais sans passer par Paris, où du reste sa mort ne changea rien.

On renouvela l'alliance faite avec l'Angleterre et les deux partis du roi et du dauphin continuèrent à se combattre.

Ce fut au milieu de cette guerre civile, qui ruinait le pays, que Charles VI mourut à Paris le 21 octobre, dans la 43* année de son règne, et la 54"^ de son âge.

Paris n'était pas délivré de ses maux et tous ceux qui gardaient au fond du cœur un peu de patriotisme se demandaient avec terreur quel était l'avenir réservé à la malheureuse capitale de la France, devenue ville anglaise !

Nous n'avons guère à récapituler, à la fin de ce règne calamiteux, les accroissements et les fondations d'établissements utiles. Nous avons mentionné à leur ordre chronologique quelques créations de collèges et de maisons hospitalières : ce fut tout. Paris, tout entier aux luttes des Bourguignons et des Armagnacs, ne s'occupait que de batailler.

Les sc'.ôrtces, les lettres, les arts, ne pouvaient guère progresser au milieu des troubles et des dis-

cordes des grands, auxquels se trouvaient forcément mêlés les petits, obligés de se ranger tantôt sous la bannière des uns, tantôt sous celle des autres.

Une science cependant fut en honneur, la science surnaturelle; les sorciers, les alchimistes, les magiciens jouirent d'un grand crédit à cette époque, malgré les dangers auxquels l^s vouait leur dangereuse profession. Jean de Bar, nécromancien et invocateur du diable, créature du duc de Bourgogne, offrit aux princes de leur faire voirie diable, et, assisté d'un prêtre, et d'un clerc, il commença ses conjurations et offrit un sacrifice infernal, mais le diable demeura invisible et Jean de Bar, livré au bras séculier, expira dans les flammes.

Les sorciers, pour leurs opérations magiques, dépendaient parfois les cadavres attachés aux gibets et achetaient les enfants mort-nés. Le 10 février 1407, le prévôt de Paris déclara au parlement i( que des personnes avaient dépouillé certaines fourches ou gibets patibulaires des environs de Paris, des charognes de ceux qui y avaient été exécutés et si avoient tant fait par certains moyens de femmes ou autres , qu'ils avoient eu certains enfants mort-nés, et estoit grande et vraisemblable présomption qu'ils ne fussent gens crimineux et sorciers » .

Le parlement, en présence de l'évêque de Paris, ordonna au prévôt de procéder aux informations.

Les modes non plus n'arrêtèrent point leur marche pendant ces temps troublés. « D'extravagances en extravagances, dit l'auteur des Mémoires du peuple français^ sous Charles VI, oCu la houppelande fut la toilette fondamentale des femmes, celles-ci en arrivèrent au point d'adopter la fantaisie la plus bizarre. « Elles faisaient valoir le ventre et semblaient toutes enceintes (admirable moyen de cacher les grossesses). Elles y tinrent, cette mode dura quarante années. » L'usage des bracelets et des colliers remonte à ce règne pendant lequel Isabeau développa la mode des robes très longues, à queue, et des manteaux à queue que portaient aussi des suivantes et des pages. Cette mode n'a point disparu à la cour, non plus que celle des livrées ou couleurs distinctives signalant tous les gens attachées à un puissant seigneur. Les livrées existant depuis plusieurs siècles se répandirent singulièrement sous le règne de Charles VI, époque où, malgré les défenses, peu de femmes et de filles abandonnèrent « grand foison de leurs pompes ».

Leur cotte hardie était traînante et flottante ; seulement elle ceignait le milieu du corps et, rétrécissant, elle en marquait quelque peu le contour. Une riche fourrure la doublait comme le surcot cachait partout la cotte, excepté aux manches; les femmes retroussaient excessivement ces manches pour laisser voir leur cotte hardie d'étoffe précieuse; elles fendaient le surcot pour lais-

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

fler voir aussi leur ceinture, el ces fentes, les prédicateurs les appelaient a fenêtres d'enfer n.

Pendant tout le moyen âge, le clergé, de même que la noblesse, se servit de gants, et les moines, à l'exception de ceux de Fontevrault, avaient les mains gantées même aux principales fêtes de l'église.

En facç Saint-Martial existait uneimpasse qui aboutissait & la rue aux Fèves; on l'appelait la

Philippe le Bon, duc de Bourgogne,

ruelle de la Ganterie; c'était là que les gantiers tenaient leurs ouvroirs.

Les rois et les seigneurs envoyaient, un de leurs gants en signe d'acquiescement et le don d'une paire de ganta valant un sou ou deux deniers était le gage d'un marché conclu.

D'après un vieux coutumier « à chacune vente soit de maison soit de terre, il y a un gant, n

Jean de Sens, ménestrel du roi en 1417, acquit une lie de la Marne pour une rente de gants fauves « rendus chacun an à la ri'coUe de Paris à Saint-Rémi ».

Au XV* siècle, d'après Olivier de la Marche,

les Parisiennes qui, jusqu'alors, n'avaient porté que des mitaines, couvrirent leurs mains de gant; parfumés à la violette qui venaient d'Espagne. Ce fut à la même époque que les gantiers abandonnant la ruelle de la Ganterie allèrent se fixer dans le quartier des Halles, rue de la Lingerie.

Isabeau de Bavière, arbitre souveraine de la mode, imposa successivement aux Parisiens les tripes, toques très légères, faites d'une espèce de tricot de soie; les atouri, bourrés de filas3e,etdeï coiffures si élevées qu'on dut rehausser les portes des appartements du château de Vincennea pour qu'elles pussent passer, o Le costume de la folie devint celui de la cour. »

Folie, en effet, la vie dissipée de cette reine dont les amours adultérins causaient un scandale perpétuel.

FoUe, celle qui frappant le malheureux roi, ne lui laissait que de courts instants de boa sens, insuffisants pour qu'il pût se rendre compte de l'ambition effrénée de tous ceux qui l'enlourment et ne songeaient qu'à lui arracher son pouvoir souverain par lambeaux.

Folie, la lutte que se livraient ces princes qui ne voyaient dans la patrie déchirée qu'une proie offerte au plus habile.

Foliesde tous genres, qui eurent pour résulut de plonger les Parisiens dans la plus affreuse misère, de donner à l'étranger le droit de commander ea maître en France, et de mettre le paya à deux doigts de sa perte totale.

« Au château de Vincennes, où Isabeau tenait son état, se faisoient, disait-on, maintes choses déshonnestes et y fréquentoient les seigneurs de La Trémouille, de Giac, Bourrodon (Boift-Bourdon)... Les dames et daœoiselles menoient grands et excessifs estais et portoient cornes merveilleuses, hautes et larges, et avoient de chacnn côté, en lieu de bourrelets, deux grandes oreilles si larges que quand elles vouloient passer Thuis d'une chambre il falloit qu'elles se tournassent de côté et se baissassent : la chose déplaisoit fort aux gens de bien. «

Malheureusement, les gens de bien n'y poovaient rien et les bourgeoises de Paris, se modelant comme toujours, sur les grandes dames, se livrèrent à toutes les excentricités vestimenUires. Et plus la misère croissait, plus le luxe augmentait ; à l'hôtel de Bohème, habité par Louis d'Orléans, il existait des chambres tendues de drap d'or à roses, brodé de velours vermeil, de satin vermeil brodé d'arbalètes, de drap d'or brodé de moulins...

Et, pendant ce temps, l'herbe poussait dans les rues, disent les historiens de l'époque, les loups entraient la nuit dans la ville par la rivière; les imaginations frappées voyaient déjà dans Paris une nouvelle Babylone, dont les débris deviendraient bientôt le repaire des bétes de proie. En attendant, on terminait la construction de

'église de SainUGervais et l'inscription suivante, ^avéesurune pierresceiléedanale muràgauche, rappela la datede ta dédicace :

u Bonnes gens, jlaisevousscavoir ]ue cette présente Sglise de messeîpieurs saint Gerrais et saint Proais fut dédiée, le lim anche devant a feste de saint Mmon saint Jude 'an 1420, par le ■évéren^ père en !)ieu maître Gooi- )ault,évéque d'Ai;rence, et sera à «ujours la feste le l'annualité de lédicace, le dinanche devant la lile feste de saint iimon saint Jude, ni vous plaît y 'enir y recom manier vos maux et )rier pour les bien* aileurs de cette iglise et aussi pour es trépassés, faernotler, Ave Varia, s

Cette église, ]u'au VI' siècle ''ortunat appelait a basilique des aints Gervasti et ?rolasii, apparlclait, au XI* siècle, lux comtes de ifeutan, qui en 11- 'cntdonau prieuré lo Saint- Nicaise,

Cette basilique, lévastée . par les formands , puis ans doute répa- •6e, dura jusqu'au ■oi Robert. L'édi-

ice qui la rem- -■t—

>laça fut com-

nencé en <2B.

'ut-il achevé? on

'ignore; en tout

as, lui ou un autre pour le remplacer fut Icr-

niné, comme on l'a vu, en 14S0.

L'ensemble des constructions de l'église qui ubsiste toujoui-s atoute la délicatesse qui caracérisc l'architecture du xv» siècle.

Les sorcière, pour laura opérali

mort-Dis. (Page

n Leportailde Saint-Gervais, dit le Dictionnaire des rues de Paris, ouvrage de Jacques de Brosse, est remarquable par sa belle ordonnance.

« La première pierrfi en fut posée par Louis \11I, le 24 juillet 1616. 11 est composé de trois ordres disposés suivant l'usage observé par les anciens architectes , c'est-à-dire l'ordre ionique sur le dorique et le coi'inthiensurriotiiqiic.

Les deux premiers ordres sont de huit colonnes et le dernier de quatre.

Les colonnes de l'ordre dorique sont engagées d'un tiers dans lo vif du bâtiment et unies jusqu'à la troisième partie de leur fût, mais le reste est cannelé à côtes. Les colonnes des autres ordres sont î 'Olées. »

Mal ;ré la beauté de ce portail, on doit reconnaître qu'il s'accorde fort mal avec le reste de l'édifice, purement ogival ; il a 90 mètres de hauteur et est décoré, au second étage, de deux statues moderne :

Saint Protais d'A.

Moine et Saint Gervais d'A.

Préault.

On a ajouté, dans ces derniers temps, à la décoration de ia famngiques, achetaient de» enfduU çade.deuxgroupcs 359, col. 2). de dimensions co-

lossales placés à la base et de chaque côté de l'ordre corinthien et dus au ciseau de M. Jouffroy et de M. Dantan aine.

L'église est cruciforme, ses croisillons servent de chapelles et n'ont pas de portails; elle prend

HISTOIRE NATIONALE DÉ PARIS Et DES PARISIENS

jour par de nombreuses fenêtres à meneaux. Chaque bras de la croix est coupé dans sa hauteur par une voûte qui forme tribune.

Une tour ogivale est placée dans Tangle du croisillon du nord et du chœur.

« A rintérieur, lisons-nous dans Parh illustré Tédiflce se compose d'une nef avec collatéraux simples bordés de chapelles qui communiquent entre elles. Il compte quatre travées à la nef, deux au chœur et cinq en pourtour à Tabside. Saint- Gervais a perdu la meilleure partie des beaux vitraux exécutés par Jean Cousin et Robert Pinaigrier. Le mieux conservé, le Jugement de Salomony du premier de ces artistes, éclaire la seconde chapelle à droite du chœur. »>

La chapelle de la Vierge placée au fond de l'édifice passe pour un morceau d'architecture du style le plus gracieux. La voûte est ornée d'une couronne de pierre en clef pendante. Cet ouvrage, d'une hardiesse surprenante, passe pour le chefd'œuvre des frères Jacquet.

Les vitraux de cette chapelle furent habilement restaurés en 1846 par M. Grell.

La seconde chapelle de gauche a été décorée en 1864 de fresques de M. Gigoux. La chapelle de Sainte-Anne, qui a conservé un grand rétable de la Renaissance, a aussi des fresque récentes.

Les six chandeliers et la croix de bronze doré du mattre-autel sont des chefs-d'œuvre du xvin* siècle ; ils ont appartenu à l'église abbatiale de Sainte- Geneviève.

De fort belles peintures ornent cette église; d'abord un tableau sur bois à plusieurs compartiments, peint par Albert Durer ou plutôt à lui attribué, car certains experts nient qu'il soit de Diirer : toutefois, c'est une œuvre du xv* siècle. M. Heim, Guichard, Caminade, Rouget et Couder ont signé quelques autres tableaux; il convient encore de signaler les trois grandes fresques de la chapelle de Saint-Gervais peintes par M. Hesse, les fresques de M. Glaize représentant Sainte Geneviève jrréservant Paris de l'invasion d'Attilay et celle de M. Brune, la Prédication et le Martyre de saint Jean-Baptiste^ qui ont été exécutées en 1868.

Le mausolée du chancelier Michel Letellier occupe l'immense chapelle de Saint-Gervais et de Saint-Protais, à droite de celle de la Vierge. Il est représenté en marbre blanc à demi couché ; un Génie en pleurs est à ses pieds; les figures de la Prudence et de la Justice sont sur l'archivolte ; la Religion et la Force, sur les bases des pilastres. Mazeline et Hurtrelle sont les auteurs de ce monument d'après les dessins de Philippe de Champagne. (Il fut conservé pendant la Révolution au musée des Petits-Augustins). Les chanceliers Bouchcrat etCharlesVoysin, Philippe de Champagne, Ducange et Crébillon furent inhumés dans cette église, qui, en 1793, porta le nom de temple de la

Jeuiiesse. En 1802, elle devint seconde succursale de Notre-Dame.*

En parlant de son portail, Voltaire a dit : «C'est un chef-d'œuvre auquel il ne manque qu'une place pour contenir ses admirateurs. » Âujonrd'hui la place est faite, et l'église est isolée an milieu des rues Jacques de Brosse, François- Miron, des Barres et de l'Hôtel-de-Ville,

Il y avait autrefois, en face de l'église, un orme sous lequel se rendait la justice et s'accomplissaient certains actes civils. On l'appelait l'orme Saint-Gervais. Il a été abattu vers Î811.

Nous avons vu que Charles VI avait rendu à la ville de Paris la prévôté des marchands et l'échevinage : avant de passer au règne de Charles VU, nous croyons devoir donner au lecteur les lettres patentes en forme d'édit, datées du 27 janvier 141 1, qui rétablissent l'administratipn municipale et la liste entière des prévôts des marchands; ces documents sont d'une importance considérable :

« Charles, par la grâce de Dieu, etc.. que comme nostre bonne ville de Paris et qui est la principale ville capitale de nostre royaume ail esté de toute ancienneté décorée de plusieurs grands et notables droits, noblesse, prérogatives, prévillèges, libertez, franchises, possessions, rentes et revenus, et pour le bon gouvernement d'icelle y ait eu de tout temps prévost des marchands et eschevins, clergie, maison appelée la maison de ville, parlouer aux bourgeois et plusieurs autres officiers pertinents au fait de la ditte prévosté et eschevinage, par les quels nostre ditte bonne ville et les manants et habitants d'icelle ont été anciennement bien gardez et maintenu! en bonne paix et seuretez et le fait de la marchandise d'icelle estre grandement et noblement soustenu. Depuis aucun temps, en ça pour aucunes causes à ce tous mouvants, nous eussions et ayons pris en nostre main les dittes prévosté, eschevinage, maison de la ville et clergie d'icelle, prévosté des marchands, ensemble la uridictioh, coertion, congnoissance, rent es, revenus et autres droits quelconques appartenant à icelle prévosté, etc..

« Nous, les choses dessus considérées pour le bien, prouffit et seuretez de nostre ditte ville et pour autres causes et considérations à ce nous mouvants, eu sur ce grand et meure délibération de conseil avec plusieurs de nostre sang et lignage et aultres de nostre grand conseil ; l'empeschenient et main mise ainsi que dit est par nous es ditles prévosté des marchands, eschevinage, clergie, maison de la ville, parlouer aux bourgeois, jurisdiction, coertion, prévillèges, rentes, revenus et droits appartcnans d'ancienneté à icelle prévosté des marchands, eschevinage et clergie de nostre ditte bonne ville de Paris, avons levé et osté, levons et ostons à plein de nostre certaine science et propre mouvement, et voulons que nos dits bourgeois, manants et habitante en icelle

ostre dite ville des prévoslé des dits marchaads t eschevinage; clergie, maison de la ville, par- >uer aux bourgeois, jurisdiction, coertion, connoissance, rentes, revenus, possessions quelcon ues, droits, honneurs, noblesses, prérogatives, ^anchises, ILbertez et prévillèges,joyssententièemeat et paisiblement, perpétuellement à tou- )urs pareillement qu'ils faisoient paravant, etc.

<c Donné à Paris, le vingt-septième jour de janier 1411 et de nostre règne le trente-deuxième, dnsi signé par le roy en son conseil, auquel le oy de Sicile, le duc de Bourgogne et plusieurs ultres estoient. »

Prévôts des marchands: 1411, Pierre Gentien, Lndré d'Ëspernon. — 1413, Pierre Gentien.

— 1415 , Philippe de Brébant. — 1417, Guilaume Kiriasse. — 1418, Noë Prévost. — 1419, iugues Lecoq. — 1420, Guillaume Sanguin. — 421, Hugues Rapioult. — (1422 à 1436, occupation knglaise). — 1436, Micbel Laillier. — 1438, Pierre les Landes. — 1444, Jean Baillet. — 1450, Jean îureau. — 1452 , Dreux-Budé. — 1456, Jean de ^an terre. — 1460, Henri de Livres. — 1466, tfichel de La Grange, seigneur de Trianon. — 1468, Nicolas de Louviers. — 1470, Denis Hesîelin, écuyer. — 1474 , Guillaume Le Comte. — 1476 , Henri de Livres. — 1484 , Guillaume de La Haye. — 1486, Jean du Drac. — 1490, Pierre Poignant. — 1492 , Jacques Piédefer. — 1494, Nicolas Viole. — 1496 , Jean de Montmiral. — 1498, Jacques Piédefer. — 1500, Nicolas Potier,

— 1502, Germain de Marie. — 1504, Eustache Luillier. — 1506, DreuxrRaguier , écuyer, seigneur de Tummelle. — 1508, Pierre Le Gendre. — 1510, Robert Turquant. — J512, Roger Barme.

— 1514, Jean Boulart. — 1515, Pierre Clutin. — 1518, Pierre Lescot , seigneur de Lissy. — 1520, Antoine Le Yiste. — 1522, Guillaume Budé, seigneur de Marly-la-Ville. — 1524 , Jean Morin. — 1526, Germain de Marie. — 1528, Gaillard Spifame , seigneur de Pisseaux. — 1530, Jean Luillier.—1532, Pierre Violle.— 1534, Jean Tronçon.

— 1538, Augustin de Thou. — 1540, Etienne de Montmiral. — 1542, André Guillard. -^1544, Jean Morin. — 1546, Louis Gayant. — 1548, Claude Guyot. — 1552, Christophe de Thou. — 1554, Nicole de Livres. — 1556, Nicolas Perrot. — 1558, Martin de Bragelongne. — 1560, Guillaume de Marie, seigneur de Versigny, — 1564, Guillaume Guyot, seigneur de Charmeaux. — 1566, Nicolas le Gendre, seigneur de Villeroy. — 1570, Claude Marcel, général des Monnaies. — 1572, Jean Le Charron. — 1576, Nicolas Luillier. — 1578, Claude Daubray. — 1580, Augustin de Thou. — 1582, Etienne de Neully. — 1586, Nicolas Hector, seigneur de Pereuse et de Beaubourg. — 1588, Michel Marteau, sieur de la Chapelle. — 1590, Charles Boucher, sieur d'Orsay. — 1592, Jean Luillier, sieur d'Orville et de Visseau. — 1594, Martin Langlois, sieur de Beaurepaire. — 1598,

Jacques Danès, seigneur de Marly. — 1600, Antoine Guyot , seigneur de Charmeaux. — 1602 , Martin de Bragelongne , sieur de Charonne. — 1604, François Myron, seigneur du Tremblay. — 1606, Jacques Sanguin. — 1612, Gaston de Grieu, sieur de Saint- Aubin. — 1614, Robert Myron, seigneur du Tremblay. — 1616 , Antoine Bouchot , seigneur de Bouville. — 1618, Henri de Mesmes, chevalier, seigneur dlrval. — 1622, Nicolas de Bailleul, seigneur de Watrelos-sur-Mer et de Choisy. — 1628, Christophe Sanguin. — 1632, Michel Maureau. — 1637, Oudard Le Féron. — 1641, Christophe Perrot, seigneur de la Malmaison, et Macé le Boulanger. — 1644, Jean Scarron, seigneur de Mendiné. — 1646, Hiérome Le Féron, seigneur d'Orville et de Louvre-en-Parisis. — 1650, Antoine Lefebvre. — 1654, Alexandre de Sève, chevalier , seigneur de Chastignonville. — 1662, Daniel Voisin, chevalier, seigneur de Cerisay. — 1668, Claude Le Peletier. — 1676, Auguste Robert de Pommereu, seigneur de la Bretèche. — 1684, Henri de Fourcy, chevalier, seigneur de Chessy. — 1692, Claude Bosc, seigneur dlvry-sur- Seine. — 1700 , Charles Boucher, chevalier, seigneur d'Orsay. — 1708, Jérôme Bignon. — 1716, Charles Trudaine. — 1720, Pierre-Antoine de Castagnère, chevalier, marquis de Châteauneuf. — 1725, Nicolas Lambert. — 1729, Etienne Turgot, chevalier , marquis de Sousmons. — 1740 , Félix Aubery, chevalier, marquis de Vaslan. — 1743, Louis-Basile de Bernage, chevalier, seigneur de Saint-Maurice. — 1758, Camus de Pontcarré, seigneur de Yiarmes. — 1764, Armand-Jérôme Bignon, seigneur de Meaufle. — 1772, Jean-Baptiste deLaMichodière, chevalier, comte d'Hauteville. — 1778, Antoine - Louis Lefebvre de Caumartin, chevalier, marquis de Saint- Ange. — 1784, Louis Le Peletier, chevalier, marquis de Montmélian. -^ 1789, Jacques de Flesselles, che* valier.

ÉGHEVINS (de 1411 à 1500). — 1411, Jean de Troys, Jean de Lolive, Denis de Saint-Yon, Robert de Belloy. — 1412, Pierre Augier, Guillaume Kiriasse. — 1413, G. I^iriasse, Jean Marceau. —

1414, André d'Ëspernon, Pierre de Grandrues. —

1415, Jean de Louviers (le jeune) , Regnault Pisdoé. — 1416, Estienne de Bonpuis, Jean du Pré. — 1417, Simon de Terrennes, Henri Moloue. — 1418, Pierre Voyer, Michel Thibert, Marcelet Testart , Jean de Louviers. — 1419 , Imbert des Champs , Jean de Saint - Yon. — 1420, Jean de Lolive, Jean de Dammartin. — 1421, Jean de Cerisy , Jean de Compans. — 1422 , Garnier de Saint-Yon, Jean de Belloy. — 1423, Raoul Dourdin, Jean de la Poterne. — 1429, Imbert des Champs, Jean de Dampierre, Raymond Marc, Nicolas de Neufville. — 1430, Marcelet Testart, Guillaume de Troyes. — 1431, Robert Climent, Henri Aufroy. — 1432, Louis Gobert, Jacques de Roye. — 1433, Garnier de Saint-Yon, Jean de La

HISTOIRE natio;ïale de paris et des parisiens

Poterne. — 1434, Louis Gellée, Luques Dupleis.

— 1436, Jean de Belloy , Nicolas de Neufville, Pierre des Landes, Jean de Grandrues. — 1437, Simon du Martray , Jean Luillier. — 1438 , Jean de Grandrues, Jean Augier, Jean Tlieissac, Jacques de La Fontaine. — 1439, Nicolas Bailly, Jean de La Porte. — 1440, Michel Culdoé, Jean de Calais. — 1441, Guillaume Nicolas , Jean de Livres.

— 1442, Nicolas de Neufville , Jean de Marie. — 1443, JeanLuillier,JacquesdeLaFontaine.— 1444, Nicolas de Louviers , Jean de Chanteprime. — 1445, J. Luillier, J. de La Fontaine. — 1446 , Pierre de Yaudetart, Jacques de Gamlers. — 1447, J. Luillier, Michel de Gamlers, Germain de Braque. — 1448 , Guillaume Nicolas, Enguerrand de Thumery. — 1449, Jean de Marie, Nicolas de Louviers. — 1450, Nicolas Bailly, Jean Ghesnard.

— 1451 , Germain de Braque, Henri de La Cloche.

— 1452 , Hugues Ferre t, Jean le Riche. — 1453, Henri de La Cloche, Arnault de Luillier. —1454, Hugues Ferret, de Cherbourg. — 1455 , Pierre Gallié, Philippe Lallement. — 1456 , Jacques de Hacqueville, Michel de La Grange. — 1457, Pierre Gallié, Michel Laisié. — 1458, Guillaume Le Maçon, Jacq. d'Erpy. — 1459, J. de Clerbourg, Pierre Mesnard. — 1460, Jacq. de La Fontaine, Ant. de Vauboulon. — 1461. Hug. Ferret, Henry de Paris. — 1462, Ger. de Braque, Guill. de Longuejoue. — 1463, Jean de Clerbourg, André d'Azy. — 1464, J. de Harlay, Denis Gilbert. — 1466, Nicolas Po-

lier, Gérard de Vauboulon. — 1467 , P. Gallié, Jacq! de Hacqueville. — 1468, P. Mesnard, Daus Le Breton. — 1469, J. de Harlay, Arnault de Cambray. — 1470, Denis Le Breton , Simon de Gré*}. — 1471 , Jean CoUetier, Jean des Portes. — 147i, J. de Brebant, Gaucher Hébert. — 1473. J. CoUetier, Jacq. Le Maire. — 1474, Germ. de Marie. Guill. Le Jay. — 1475, J. Colletier, J. des Perles. — 1476, Germ. de Marie, J. des Vignes. — 14T7, J. Colletier. H. Le Breton. — 1478, Germ. de Marie, J. des Vignes. — 1479, J. Colletier , Simoa de Neufville. — 1480, J. des Vignes, Imbert Luillier. — 1481 , J. Colletier, S. de Neufville. — 1482, Imb. Luillier, Nie. du Hamel. — 1483 , J. Colletier, S. de Neufville. — 1484, Gaucher Hébert, Jacq. Nicolas. — 1485, J. de Harlay, J. de Ruel. ~

1486. Guill. de Hacqueville, Jacq. Vaulquier.-

1487, Denis Thumery, Nie. Perret.— 1488, Jacq, Testes, L. de Montmiral. — 1489, G. Hébert, Jacq. Vaulquier. — 1490, Simon Malingre, Gh.Lecoq^. — 1491, P. de La Poterne, J. Lelièvre. - 149â, Jacq. Vaulquier, Raoul de Hacqueville.- 1493. Pierre Raoulin, J. Brulart. — 1494, P. de Ruel, Jacq. Nicolas. — 1495, J. des Landes, Àndry Guyart. — 1496 , Jean Le Jay, Mich. Le Riche. — 1497, Et. Boucher, Simon Aimé. — 1498, Antoine Malingre, L. du Harlay. — 1499, P. Turquant, Bernard Ripault. — 1500, J. de La Pile, J, de Marie, J. Lelièvre, J. de Lolive.

PARIS A TRAVEnS LES SIÈCLES

— Eatrée du roi Charlea VII. — Le parlement. — Lei priiideoU. —Le* ftugiuUna. — Lu reclnaet.— Lea Saiota-InnoceaU. — La proceisiOD in entuiU. — La bataille dei icolien. — Le budget de* augoatinet. — Le duc d'Aleaçoo. — Le collige Sainte- Barbe.— La préTAtA et ae* officiert. — Le* ribaudea. — Les poète».

. HABLES VI luort, le trésorier et les I chaDoines de la Sainte-Chapelle allèrent aussitôt à l'hôtel Saint-Paul \ dire les prières des morts devant le corpsqiii reslaexposé pendanivingt jours, mais un seul jour seulement à visage découvert; le 9 novembre, l'évëque de Paris, ac- Liv. 34.

compagne des processions, alla lever le corps pour le conduire à Notre-Dame.

A la tète du convoi marchaient dis-huit crieurs, suivis de deux cent cinquante pauvres vêtus de noir portant des torches; ensuite venaient le clergé et rUoiversité partagés eu deux ailes. A droite étaient les évêques de Paris (Jean d»

HfSTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Rochelaillée), de Chartres, de Thérouanne, les abbés de Saint-Magloire, de Saint-Germain -des- Prés, de Saint-Maur et de Sainte-Geneviève, précédés des mendiants des paroisses et des collégiales ; à gauche étaient le recteur et les docteurs de l'Université.

« Ensuite venoit le corps porté sur une litière couverte d'un drap d'or, sur laquelle éloitTeffigie du roy, couchée avec une couronne d'or sur la teste et un sceptre royal en main. Au-dessus du lit de Teffigie estoit un riche dais soustenu de -quatre lances portées par les eschevins de Paris. Les présidens du parlement qui esloient autour •du corps soustenoient les quatre coins du poésie *ou drap mortuaire qui couvroit le cercueil. Im- •médiatement devant, marchoient les escuiers du roy d'un coslé, et de Tautre les prévosts de Paris et des marchands, les sergens d'armes entre deux. Le corps estoit suivi des pages; après lesquels, à ^quelque distance, marchoit seul à cheval le duc de Bedfort, suivi du chancelier, des maistres des requestes de la chambre des comptes, du Chastelet et de la ville, n

Le corps fut conduit en cet ordre à la cathédrale tendue de noir avec des écus aux armes de France (d'azur, à trois fleurs de lis d'or) et éclairée par un luminaire de 12,000 livres de cire.

Dans l'après-midi, le corps fut conduit à Saint- Denis, et le jour suivant eurent lieu les obsèques avec toute la solennité voulue.

Après l'enterrement, un héraut d'armes recommanda l'âme du défunt aux prières de l'assemblée, et cria ensuite : Vive Henri deLancastre, roi de France et d'Angleterre!

A ce cri, tous les officiers tournèrent sens •dessus dessous leurs masses, verges et épées, pour signifier qu'il se considéraient comme n'exerçant plus leurs offices.

On estima que ce jour-là 18,000 pauvres étaient sortis de Paris pour se rendre à Saint-Denis où chacun d'eux reçut huit doubles, c'est-à-dire quatre deniers tournois.

Au retour de Saint-Denis, le duc de Bedford fit porter devant lui l'épée royale en qualité de régent du royaume, au grand mécontentement du peuple, fort surpris qu'aucun prince de la maison de France n'eût assisté aux funérailles du roi.

Le 19 novembre, le duc de Bedford fît assembler au parlement les présidents et conseillers de la cour, l'évèque, les maîtres des requêtes de l'hôtel, les maîtres des comptes, le recteur et les députés de l'Université, les chefs et députés des chapitres, monastères et collèges, les prévôts de Paris et des marchands, les échevins, les avocats, les procureurs, les quarteniers, cinquanteniers, dizeniers et les notables bourgeois, et se fit prêter, par eux tous, serment de fidélité.

Le dauphin, retiré au delà de la Loire, avait, de son côté, pris le titre de roi de France.

Mais Paris était tout à l'Anglais.

Le besoin de paix et de tranquillité, après lesquelles chacun soupirait, fit qu'on se remit à travailler, à commercer et àvivre comme par le passé.

Un nouveau collège fut fondé en 1422 : Jean de La Marche avait, en 1362, loué, rue Sans-Bout, près la place Maubert, les bâtiments d'un ancien collège dit de Gonstantinople, pour en faire le collège de la Petite-Marche ; son neveu Guillaume de la Marche, légua une partie de ce qu'il possédait pour l'agrandissement de ce collège ; lorsqu'il mourut, en 1420, son exécuteur testamentaire, Beuve de Vinville, maître es arts, acheta des abbé et religieux de Saint-Yincent de Senlls des maisons qu'ils possédaient dans la me de la Monlagne-Sainte-Geneviève; et, en 1422, il y installa un collège qui fut appelé collège de la Marche-Yinville, du nom du donateur des fonds et de celui du fondateur. Six écoliers y étaient entretenus ; ils devaient être originaires : quatre de La Marche et deux de Rosières-aux-Salines en Lorraine. Par la suite, le nombre des boursiers fut élevé à 21 .

Ce collège qui avait acquis une certaine célébrité fut supprimé en 1790- et devint propriété nationale. En exécution d'un décret impérial du 11 décembre 1808, l'Université fut mise en possession du collège de La Marche. Plus tard, les bâtiments furent occupés par une caserne.

En 1424, le duc de Bedford qui venait d'épouser, à Amiens, la princesse Anne, sœur du duc de Bourgogne, revint à Paris le 8 septembre, et on lui fit une entrée solennelle; le corps de ville alla au-devant de lui avec les processions des églises jusqu'au delà de la chapelle sur la route de Saint-Denis. Toutes les rues par où il passa furent tapissées, et, devant le Chàtelet, il y eut une représentation de mystères joués par les enfants de la ville.

Le duc et la duchesse vinrent à Notre-Dame, où les chanoines les reçurent avec les honneurs réservés aux souverains. Le soir, il y eut des feux de joie dans tout Paris.

A propos de représentations théâtrales^ nous devons mentionner ici un lugubre divertissement dramatique, qui eut lieu aussi en 1424, et qui dura environ six mois, (d'août 1424 au Carême de 1425) : nous voulons parler de la danse macabre qui eut lieu au milieu des charniers du cimetière des Innocents ; chaque dimanche et jour de fête, le peuple s'assemblait aux charniers, et, à l'aide de travestissements bizarres, formait une sorte de branle, dans lequel entraient tous ceux qui voulaient y prendre part.

Celui qui le menait représentait la Mort, et des gens costumés en personnages de toute condition le suivaient en gesticulant *et en grimaç^mt.

La procession grotesque faisait plusieurs fois le tour des charniers, et formait un spectacle qui fut retracé par la peinture. Une fresque, qui s'étendait sur une longueur de quinze arcades, décorait

PARIS A TRAVERS LES SlâGLES

les charniers, et était ornée d'inscriptions faites tt pour émouvoir les gens à dévotion ».

On croit que ce fut le duc de Berry qui fit peindre cette fresque, après l'assassinat du duc d'Orléans; les vers écrits sous chaque personnage, attribués à Jean Gefson, auraient été inspirés par la pensée profonde de moraliser par le. saisissant enseignement de la mort les contemporains de ce XV* siècle si fertile en calamités de toute nature.

Danse et peinture n'étaient, du reste, que l'imitation de celles qu'on remarquait en Suisse au xiv« siècle; la danse macabre de Bàle date de

A Paris, il serait difficile de préciser si la danse à laquelle on se livra dans le cimetière des Innocents était antérieure ou postérieure à la peinture de la fresque ; ce qui est certain, c'est qu'elle eut plus de succès que ne le pense M. de Yilleneuve- Bargemont lorsqu'il écrit dans son Histoire de René d'Anjou: « Ce spectacle repoussant, mélange odieux de deuil et de joie, inconnu jusqu'alors, n'eut guère pour témoins que des soldats étrangers et quelques malheureux échappés à tous les fléaux réunis, et qui avaient vu descendre tous leurs parents et leurs amis dans ces sépulcres qu'on dépouillait alors de leurs ossements. »

S'il y avait peu de témoins, il y avait nombre d'acteurs, et c'était à qui s'ingénierait à ridiculiser un religieux, un procureur, un bourgeois, un écuyer, un sergent, etc., en l'introduisant dans la ronde infernale, cette fameuse procession qu'on vit défiler dans les rues de Paris sous le nom de danse macabre ou infernale, épouvantable divertissement auquel présidait un squelette ceint du diadème royal et assis sur un trône resplendissant de pierreries.

La danse macabre s'appelle Que chascun à danser apprcnt A rhomme et femme est naturelle :

Mort n'épargne petit ne grant.

Au moyen âge, la mort joue un grand rôle; dans les arts, les jeux et l'ornementation, son image est partout. Les églises, les cimetières et les charniers sont couverts d'épitaphes et de sentences sinistres, parlant de mort et de paraphrases du De profundis et du Dies iras,

A chaque pas, dit l'auteur de la Légende des trépassés^ la pensée de la vie éternelle se dressait, sombre et terrible : les chants plaintifs et les lamentations gémissant sous les voûtes tendues de noir des églises, les tintements précipités de la cloche des morts qui semblaient appeler au secours et sonner le tocsin de l'éternité, les processions lentes et solennelles des moines et des pénitents qui psalmodiaient dans les carrefours les sept psaumes de la pénitence, la grande danse macabre dansée dans les cimetières et sur les places publi-

ques, les représentations du Jugement dernier par les confrères de la Passion... le clocheteurdes trépassés faisant sa ronde nocturne, tout cela formait un ensemble de tableaux lugubres, bien propres à détacher les vivants des fragihtés de ce monde.

M. Victor Poumel {les Spectacles populaires) n'est pas éloigné de croire que c'étaient les confrères de la Passion qui représentaient la danse macabre aux charniers; nous ne le pensons pas, et tout paraît indiquer que c'était le peuple luimême qui cherchait à oublier ses tristes préoccupations, en se moquant de la mort qu'il ne craignait guère, car elle était, à cette époque désastreuse, bien souvent une déUvrance pour lui.

Le duc de Bedford habitait l'hôtel de la Rivière, rue de Paradis, et rue du Chaume (aujourd'hui rue des Francs-Bourgeois et rue des Archives), près l'hôtel Soubise. Il le quitta pour aller demeurer au palais de la Cité.

Il signala le commencement de sa régence par des mesures de rigueur qu'il prit contre certains personnages qui tenaient pour le dauphin ; ce fut ainsi qu'il confisqua l'hôtel de Langres, appartenant à Henri de La Tour, pour le donner à Charles de Poitiers, la maison que Simon de Cramault possédait rue Poupée, l'hôtel de Galeran de Montigny, l'hôtel de Çlisson, une maison que le comte de Thorigny possédait rue Vieille-du- Temple, et plusieurs autres ; en même temps, et pour compenser le mauvais efl^et que produisaient sur les Parisiens ces confiscations arbitraires, il signait, le 17 mai 1424, deux ordonnances en faveur des bourgeois : elles étaient relatives à des rentes immobilières.

Nous trouvons trace, en 1425, de la fondation de deux maisons de refuge pour les femmes âgées, établies, l'une rue Saint-Sauveur, l'autre rue de Grenelle, par un garde de la Monnaie de Paris du nom de Qhesnard, et par Catherine du Homme, veuve de Barthélémy, maître des requêtes.

En 1425, le duc de Bedford, qui comptait bien demeurer longtemps en France, fit acheter par la ville aux religieux de la culture Sainte-Catherine douze arpents de terre qui faisaient partie de leur culture, moyennant un cens de 200 livres 16 sous, afin d'augmenter et embellir le palais des Tournelles.

Ce palais, qui devait son nom aux nombreuses tours qui l'environnaient, était situé rue Saint- Antoine , en face l'hôtel Saint - Paul , et peu à peu il occupa tout l'emplacement aujourd'hui limité par les rues des Tournelles, Saint-Gilles, Turenne et Saint-Antoine.

Originairement, c'était un hôtel appartenant à Pierre d'Orgemont, seigneur de Chantilly, chancelier de France , qui le fit rebâtir en 1390. Son fils le vendit le 16 mai 1402 au duc de Berry, moyennant 14,000 écus d'or. Le 22 juin 1404, le duc de Berry le céda au duc d'Orléans contre

268 HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

l'hûtel Aubryot,rue de Jouy, près Saint-Paul, i dessinées lesarmesdarégenl (d'argent, au lion de Il aDoarlint ensuite au roi Charles VI, et en !4n | gueules, au chef de sable, chargé de trois coquil-

Jeanne d'Arc combattant devant la porte SaîDt-Uonoré.

jnrayder i eBlablir les maoafactures des draps I soye et loger les ouvrien que nous voulions iirer en ce royaume le plus qu'il se pourra et u-meamemoyen puisse servir de proumenoiranx ibitants de nostre ville , lesquels sont fort presiz en leurs maisons, à cause de la multitude du gnpie |qui y afllue de tous costet , comme aussy )x jours de resjouissances , lorsqu'il se faict de randes assemblées et à plusieurs autres occa- ODS qui 86 rencontrent auxquelles telles places mt du tout nécessaires, nous avons résolu en Mire conseil, auquel estoient plusieurs princes fficiers de nostre couronne et autres de nostre ktconseil de destiner àcestefTect le lieu ft pré-

sent appelé le Marché aux Ghevaulx, anciennement le pare des Tonmelles, et que nous voulions estre doresnavant nomma la place Royale... »

C'était la première fois qu'un roi de France songeait il créer une promenade aux Parisiens ; ceuxci furent enchantés de pouvoir s'ébattre dans un espace bordé de belles habitations dont la vue réjouissait le regard.

Sous le ministère de Richelieu, la place Royale reçut un nouvel embellissement; le 27 novembre 1659, le cardinal fit poser solennellement au milieu de cette place la statue équestre du roi Louis XIII. Cette statue , de Daniel Ricciarelli , était en bronze , et sur le piédestal on lisait :

Le palais des Touraellet était gitni rae Ssiat-Antoina, «a tocs l'hAtel Salnt-PsuL (Page 261, coL 2.)

« A la glorieuse et immortelle mémoire du très ^and et très invincible Louis le Juste, treizième lu nom, roi de France et de Navarre, Armand, :ardinal et duc de Richelieu , son premier milistre dans tous ses illustres et généreux deswùis, comblé d'honneurs et de bienfaits par un si wn maître, lui a fait élever cette statue, en ténoignage de son zèle, de son obéissance et de sa idélité. n

Le 18 avril 1682 , le roi permit au prévôt des aarchands et aux échevins de faire entourer la ilace d'une grille en fer. Cette grille, sur laquelle m voyait, à deux de ses entrées, le portrait en aidaillon de Louis XIV, coûta 33,000 livres.

Le 23 avril 1783 , un arrêt du conseil du roi kcUra qu'il serait planté deux rangées d'arbres lang l'intérieur des grilles.

La Révolution de 1789 amena la démolition de la statue équestre et le bris des médaillons.

Le 19 août 1792, la Commune de Paris arrêta que la place Royale serait appelée place des Fédérés.

Le 4 juillet 1793, la Convention nationale décréta que cette place prendrait le nom de place de l'Indivisibilité.

Le 26 fructidor an VIII, un arrêté préfectoral changea ce nom en celui de place des Vosges.

Le 27 avril 1814, la place reprit le nom de place Royale.

Une ordonnance royale du 14 février 1816 prescrivit le rétablissement de la statue équestre, et en marbre, de Louis XIII. Elle ne fut réinstallée qu'en 1828 (elle est de Dupaty et Cortot).

Après la Révolution de 18^, la place reprit le

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

nom de place des Vosges; enfin elle est redevenae aujourd'hui la place Royale.

De grands événements se sont passés sur cette promenade entourée de larges maisons aux briques rouges et aux vastes toits d'ardoise; on en lira le récit dans le cours de cet ouvrage.

Revenons à Tannée 1425.

Un jour du mob de septembre, on coupa la tôte à un chevalier « mauvais brigand », messire Etienne de Favières, et plusieurs de ses complices furent pendus au gibet de Paris.

Le 24 juin 1426, jour de la Saint-Jean , le peupie, qui passait volontiers son temps à regarder couler Teau, s'était amusé à contempler la Seine qui descendait avec force; puis, le soir venu, il s*était rendu en foule à la place de Grève, où, selon l'usage , on avait dressé un énorme bûcher pour le feu de la Saint-Jean.

M. le prévôt des marchands et MM. les échevins, en grand costume et chaperon en tète, étaient descendus de THÔtel de Ville ; les archers maintenaient à grand' peine les curieux qui se poussaient les uns contre les autres pour mieux voir; on entendait le miaulement des chats emprisonnés dans le grand panier où ils devaient être brûlés; déjà la torche prévôtale avait été solennellement approchée 4es sarments , la flambée conmiençait , le peuple criait : « Noël 1 Noël 1 » quand tout à coup un grand mouvement se fît dans la partie de la foule qui se trouvait le plus près du fleuve; « elle s'agita comme une mer houleuse et se précipita comme un flot ».

C'est qu'un autre flot la poussait. La Seine avait tout à coup monté , couvert la berge , du reste, fort basse, et, rien ne l'arrêtant, ni quai, ni parapet, elle envahissait la place. Le peuple n'eut que le temps de fuir comme devant une marée montante. MM. les échevins et M. le prévôt, tout en désordre , se réfugièrent à l'Hôtel de Ville, et le bûcher, flambant resta seul au milieu de la Grève , à se débattre avec l'eau qui ne tarda pas à être la plus forte.

Les habitants des environs de la place de Grève avaient considérablement à soufl'rir de ces inondations qui venaient ensabler la place presque tous les hivers.

Que de fois l'eau vint jusqu'à la hauteur de la rue de la Tixeranderie ! Dans la rue du Coq, dans la rue du Mouton, sous l'arcade Saint-Jean et autour de la fameuse tourelle du Pet-au-Diable , derrière l'Hôtel de Ville, on vit les bateaux porter les gens d'une maison à l'autre.

£It cependant la place de Grève et les Halles furent, au moyen âge, les grands centres des afi*aires, des plaisirs et aussi des expiations. Chose étrange I le pilori des Halles et l'échafaud de la Grève étaient de sinistres fanaux qui, dans ces siècles de ténèbres et de sombre ignorance , attiraient les Parisiens qui se plaisaient au spectacle des tortures et des gémissements , et songeaient

à peine qu'ils étaient sans cesse exposés à être roués ou pendus !

Une pendaison accompagnée de circonstanoei assez curieuses fut celle d'un écuyer nommé Sauvage de Fromonville, qui était accusé d'avoir toé un évéque. Après une résistance désespérée, il avait été pris au château de l'Ile-Adam et amené à Paris le 15 décembre 1427, pour être peodu. Il était accompagné du prévôt de Paris et du grand trésorier du Maine, Pierre Baille.

Sauvage demanda à se confesser, mais il faut croire qu'il avait à s'accuser de beaucoup de méfaits, car la confession fut longue ; et Pierre Baille s'impatientait en attendant qu'il eût terminé ; aussi, perdant patience, il le força à monter vivement à l'échelle, et monta après lui quelques échelons, en le poursuivant de ses injures.

Sauvage ne s'en préoccupait guère ; il songeait au saut qu'il allait faire dans le vide. Pierre Baille, de plus en plus colère, lui asséna un vigoureux coup de bâton sur les épaules; et comme le bourreau se récriait sur cette façon d'escorter les gens au gibet, Baille lui en appliqua aussi dnq ou six coups.

Alors le bourreau, pour arrêter ce flux de coups de bâton, se dépêcha de pendre le malheureux, mais il mit tant d'ardeur dans aa besogne que la corde cassa et que le pauvre Sauvage tomba en se meurtrissant les reins et se cassant une jambe.

Naturellement, cela le gênait pour remonter à l'échelle ; pour en finir, le bourreau prit le parti de l'étrangler et de le pendre ensuite.

Pierre Baille fut alors satisfait.

Cette année 1437 fut celle de la fondation du collège de Séez, rue de la Harpe, par Grégoire Langlois, évéque de Séez, en faveur de huit écoliers dont quatre devaient être du diocèse de Séez et quatre de celui du Mans. Au commencement du xv!!!"* siècle, les bourses valaient 2S0 livres. On reconstruisit les bâtiments en 1730. Et en 1763 il fut réuni à l'Université.

Vers la même époque on travaillait activement à la reconstruction de l'église Saint-Germain- TAuxerrois qui avait commencé en 1433.

Nulle églbe ne fut,plus que celle-ci, reconstruite, restaurée, modifiée dans ses différentes parties; tous les styles d'architecture s*y trouvent réunis et donnent de curieux spécimens de l'art de bâtir à toutes les époques.

La base du clocher est du xu* siècle ; la porte principale et le chœur du xui* ; la chapelle de la nef du XI V*; la nef, les croisillons, les chapelles absidiales, la façade et le porche occidental do xv*. Un jubé de la Renaissance, dû à Pierre Lescot et Jean Goujon, fut abattu en 1745. L'architecte Bacarit, qui le fit disparaître, arrondit en plein ceintre les ogives du chœur, transforma les vieux piliers en colonnes cannelées et exhaussa leur chapiteaux.

Oq ne cessa jamais dé faire des changements lans la disposition oa rornementation de Saint- Sermain-i'Anxerrois.

Sa façade se compose aujourd'hui d'un porche m quel on arrive par plusieurs degrés et percé de tinq arcades ogivales indiquant les cinq nefs. jes trois arcades du milieu sont de semblable lauteur, les deux autres sont moins élevées; aulessus du porche règne urne éli^gante balustrade |uî se continue tout autour de Tédifice. De chaque ïôté du porche deux fenêtres ogivales indiquent a place des chapelles; la façade se termine par m pignon aigu en retraite, percé d'une ogive m cadrant une rose et flanqué de deux élégantes ourelles. Au sommet de ce pignon est la statue le Fange du Jugement dernier due à M. Marothetti. — Un campanile a été élevé en 1860 pour 'elier l'église à la mairie du V arrondissement.

A l'extérieur, la nef et ses accessoires sont décorés, suivant le goût du xv siècle, d'une |uantité de balustrades à jour, pignons, consoles listoriées, gargouilles, corniches feuillagées et >euplées de petites bétes, grandes fenêtres à meleaux avec tympans à compartiments multipliés ; les arcs-boutants contrebutent la maîtresseroute.

« Les contreforts, dit M. de Guilhermy dans sa Description archéologique^ se terminent par des clochetons auxquels se tiennent suspendus des inîmaux de toute sorte, oiseaux fantastiques; ^ffons, singes, loups, chiens de plusieurs varié- ;és, ours muselés et bien d'autres. »

Cette église fut dévastée en 1831, ainsi qn*on e verra plus loin ; et, à la suite des excès qui y urent commis, elle demeura fermée jusqu'en 1837, époque à laquelle une décision ministérielle lu 12 mai^ approuvée le même jour par le roi ;x>uis-Philippe, la rendit au culte, et la restauraion du monument fut confiée à M. Godde, archiecte. La dépense totale s'éleva à 260,499 fr. 25.

Le portail fut réparé avec soin, puis entouré Pane grille de fer; M. Mottez peignit, de 1846 à 1864, une série de tableaux à fresque sous le porche. Cette composition sur fond d'or, quoique àîsant rétrograder l'art même par ses procédés natériels jusqu'aux maîtres du xiv* et du cv^ siècles, est parfaitement entendue au point le vue décoratif; des peintures à la cire furent LQSsi exécutées dans la chapelle de la Vierge par éIM. Amaury Duval, Jean Gigoux et Gouderc; les vitraux de M. Maréchal alternent avec quel- |ues-uns des siècles passés ; un beau bénitier en narbre blanc, exécuté par M. JoufTroy, sur les lessins de M"* de Lamartine, attire le regard.

On voyait autrefois dans cette église, paroisse lu Louvre et des Tuileries, les tombeaux d'un l^and nombre de personnages. Là furent inhunés le poète Malherbe, Guy-Patin, le peintre [k>3n[>el, le sculpteur Goysevox, le graveur Sylvestre, le comte de Gaylus, le chancelier Pom-

ponne de Bellièvre, etc. De ces tombeaux, il ne reste plus que quelques statues et quelques dalles de marbre chargées d'inscriptions.

L'auteur du Journal de Charles VII nous apprend qu'au mois de juin 1427 la Seine crût si démesurément que toute l'île Notre-Dame (Ile Saint-Louis) fut entièrement couverte d'eau ; et les maisons, aux environs de Saint-Paul, furent inondées jusqu'au premier étage; ce qui provenait des pluies continuelles qui n'avaient cessé de tomber depuis le mois d'avril jusqu'au 9 juin. La veille de la Saint-Jean il plut avec tant d'abondance que, dans la crainte que le feu de Saint-Jean qu*on avait coutume d'allumer sur la place de Grève ne s'éteignit, le peuple en emporta le bois. Le lendemain, la rivière augmenta encore de quatre pieds; quelques jours après elle dépassait la croix qui était au milieu de la place de Grève; elle noya les marais, pourrit les blés^ entraîna toutes les provisions qui se trouvaient sur les ports.

On fit une procession générale, on s'assembla dans l'Ile Notre-Dame pour aller implorer la miséricorde divine à Saint-Germain-l'Auxerrois.

Enfin, la pluie cessa; mais, l'année suivante, la crue de la Seine revint à peu près à la même époque et l'on promena la châsse de Sainte- Geneviève, ce qui n'empêcha pas que l'eau montât jusqu'aux premiers étages des maisons du port Saint-Paul, et lavât le sixièmedegré du perron de la croix de la Grève ; bref elle monta à deux pieds de hauteur de plus que l'année précédente.

Cependant la recolle et la vendange furent excellentes, mais les Anglais profitaient seuls de l'abondance et de la fertilité de la France ; et le peuple était si malheureux qu'au mois de juin 1428 on vit arriver à Paris nombre de gens de Yillejuif et des villages environnants, deman* dant aide et protection aux Parisiens contre les insultes et les exactions des gens de guerre qui les ruinaient.

Ce fut en 1427 qu'on vit apparaître à Paris, pour la première fois, une troupe, de bohémiens (qu'on croyait alors' des Hussites chassés de leur patrie) et qui disaient venir de la Basse-Egypte pour accomplir une pénitence que leur avait imposée le pape, en leur ordonnant de vaguer par le monde pendant sept ans sans se coucher.

« Ils arrivèrent à Paris un dimanche 17 août 1427, disent les auteurs de YHistoire de Paris, au nombre de douze, un duc, un comte et dix hommes à cheval. Le reste de la troupe qui estoit d'environ six vingt (cent vingt), hommes, femmes et enfants^ n'arriva que douze jours après. Les magistrats deffendirent l'entrée de la ville à ces derniers venus, qui furent logez au village de la Chapelle, sur le chemin de Saint-Denis. Leur figure et leurs habillements estoient tout singuliers. Les hommes avoient le teint noir, les cheveux crespus et les oreilles percées et garnies d'une ou deux boucles d'argent. Les femmes

n'estoient pas laides. Leur visage noir se montroit tout à descouvert, avec deux longues tresses de cheveux qui retomboiént sur leurs espaniesl Pour tout vêtement, elles portoient une mêschante robe liée avec une cordé, et, pâr-déssus, un roquet, où corset d'étoffe la plus grossièrel Jamais on ne vit à Paris une troupe en plus mauvèds équipage ».'

La nouveauté du spectacle piqua la curiosité publique, et comme les bohémiens faisaient métier de dire la bonne aventure, en examinant les. mains, nombre de gens allaient les consulter <( Les femmes surtout èstbient les plus hardies à deviner. Elles disoient au mari : Ta femme t*a fait coux ; et à la femme : Ton mari t*a fait cousse, et jetoient par ce moien la division dans les ménages. ».

L^évèque de Paris, Jacques du Ghastelier, voulut faire cesser ce scandale; il alla à la chapelle et y fit prêcher un religieux qui, par son ordre, excommunia tous ceux qui avaient montré leurs mains à ces vagabonds qui, ne gagnant plus rien, quittèrent leur campement, après un séjour d'une dizaine de jours.

Les Parisiens s*en consolèrent bientôt en considérant les apprêts d*une fête somptueuse, qui fut donnée à Paris par le duc et la duchesse de Bedford, le 21 juin 1428. Le festin se fit au Palais. Le clergé, le parlement, les cours, TUniversité, le Ghàtelet, les corps de ville et de métiers y furent invités, et les convives furent au nombre de 8,000. On y but quarante muids de vin (11,500 litres).

L'année suivante, un cordelier, nommé frère Richard; entreprit de prêcher une réforme dans leâ mœurs des Parisiens; une estrade de trois mètres de hauteur fut élevée aux Innocents, et, sur cette estrade, il prêcha tous les jours depuis cinq heures du matin jusqu'à dix heures, pendant tout le mois d'avril.

Son auditoire se composait, disent les historiens d'alors, toujours exagérateurs, de 5 à 6,000 personnes.

Le frère Richard, 'terrible antagoniste du luxe et de la galanterie, ne cherchait point à convertir ses auditeurs par l'onction d'une parole douce et persuasive ; c'était par d'horribles imprécations qu'il attaquait le vice; il le montrait à nu, il détaillait par des mots grossiers les scandales du temps et critiquait en termes violents la toilette des femmes, la nudité de leurs seins, les échancrures de leurs robes, et on vit à la an de ses sermons plus d'une d'elles jeter au feu les ajustements de leurs têtes, les pièces de cuir et de baleine dont elles se servaient pour leurs chaperons ; elles abandonnaient leurs cornes ou hennins, retranchaient la queue de leurs robes et renonçaient à la superfluité de leurs ornements mondains. -

Frère Richard devait prêcher son dernier ser-

mon à Montmartre un dimanche, et dès, lésa* medi soir, un nombre prodigieux d'hommes et de femmes sortirent de Paris et couchèrent à la belle étoile, dans la crainte de manquer de place si on arrivait trop tard; mais le sermon fat empêché et le prédicateur alla prêcher dans la province.

a Gela fit cesser à Paris le fruit des prédications du cordelier; on reprit les bourreaux et les truffe$^ les longues queues, les cornes et toutes les auU^s marques du luxe. »

Nous avons déjà parlé de l'église Saint-Laurent (boulevard dé Strasbourg), qui avait été érigée en paroisse en 1280. Elle tombait en ruines lorsqu'elle fut rebâtie au commencement du xy* siècle.

Les travaux furent terminés en 1429 et le 19 juin l'évêque de Paris Jacques du Ghastelier la dédia.

Elle fut agrandie de nouveau en 1548, en 1595, et restaurée en 1622 par Lepautre qui la dota d'un très beau portail et en décora l'autel. Ce portail fut démoli en 1865 et on y substitua à cette époque une façade mieux assortie au style de l'église. On a en même temps ajouté deux travées à la nef, afin que l'église se trouvât à Talignement des maisons du boulevard. On remarque, dans une des premières chapelles â droite, un tableau.de Greuze, le Martyre de saint Laurent. Il ne répond nullement à la réputation du grand artiste qui fit là un malheureux essai dans un genre qui ne lui était point familier. On voit aussi dans l'église un tableau de M. Trézel, placé dans le transept de gauche, et des peintures de M. Brémond dans la troisième chapelle de côté représentant le Martyre de saint Pierre et Saint Laurent au milieu des pauvres.

Le chœur a été décoré par Blondel, les vitraux ont été peints par H. Galimard.

En 1790, la cure de Saint-Laurent rapportait 13,970 francs et ne supportait que 920 livres de charges.

La fabrique possédait 28,521 livres de revenu, mais elle avait à en dépenser 31 ,759, étant tenue de payer le clergé paroissial. La maison de charité de la paroisse recevait annuellement environ 12,000 livres.

En 1795, Saint-Laurent fut concédé aux théophilanthropes, qui en firent le temple delà Vieillesse»

En 1793, c'était le temple de l'Hymen et delà Fidélité.

Lorsqu'elle fut rendue au culte, elle devint la paroisse du V* arrondissement (aujourd'hui X*)-

Tandis que le duc de Bedford gourvernait à Paris, le dauphin ou plutôt Charles VII, retiré soit à Ghinon, soit à Bourges, vivait indolemment, sans rien faire pour reconquérir son royaume; on sait comment une humble paysanne, Jeanne d'Arc, parvint à relever son courage abattu , et, après

iglite Saint- GennAÏD-l'Auxerroii.

une suite de suecèa extraordinaires, fit lever le siège d'Orléans et conduisit Charles k Reims, où U fut sacré le 17 juillet 14â0.

La vierge de Domremy, l'héroïqae Pucelle, n'aspirait plus qu'au désir de regagner son village, mais tous comprenaient que ce qu'il fallait au roi de France, ^c'était Paris; et, alors, elle fut la {»%mière & conseiller de marcher an plus vits & l'assaut de la capitale ; mais les vaiaqaeurs d'Or< léans hésitèrent, perdirent leur temps à déloger les garnisons anglaises de Soissons, de Comptègne, deBeauvais, cequipennitanducdeBedford de rassembler des forces à peu près égales à ceN les du roi.

Enfin, après s'être emparées de Saint-Denis et de la Chapelle, les troupes royales arrivèrent le 36 aoùtsous les murs de la capitale.

On avait mis Irente-neuf jours pour vçnir de Reims à Paris!

Charles VII établit son quartier général i Montmartre et perdit encore deux semaines à faire ses préparatifs de siège.

• 11 n'existait alors sur la rive gauche de la Seine, dit l'auteur des Sièges de Paru, que des faubourgs protégés par les fortifications et surtout par le pieux respect dont les abbayes de Sûnte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés

étaient entourées. D'ailleurs, la ville, de ce c&té, avait pour défense la Seine, qui reliait entre elles les forteresses de la Tournelle, du petit Chàtelet et de la porte de Nesle. Sur la rive droite, oit s'étendaient les quartiers Saint-Paul, Saint-Martin, Saint-Denis et Saint-Honoré, la partie à l'orient et au nord était sous la protection de la BastiHe, du Temple et du Chàtelet; le cbié le plus faible était celui de la porte Saint-Honoré, située alors à l'endroit oCi est aujourd'hui la place du Tbé&tre-Français. Ce fut donc vers ce point qu'on résolut de diriger l'attaque. »

Jeanne d'Arc, toujours animée d'une ardeur impatiente, pressait vivement le roi d'ordonner l'assaut.

— Gentil dauphin, lui disait-elle, il n'est plus temps de délibérer, mais d'agir.

Son désir fut enfin satisfait.

« Le 8 septembre, un corps d'armée, sous les ordres du duc d'Alençon, se présenta au nord de la ville, k la barrière Saint-Denis, afin d'opérer une diversion, tandis que Jeanne d'Arc, avec une troupe de chevaliers, dirigeait l'assaut du côté de la porte Saint-Honoré. Armée de pied en cap, tenant k la main son étendard fleurdelisé, elle franchit un boulevard, premier retranchement construit en avant du marché aux

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

pourceaux, où se trouvait la butte des Moulins, supprimée par lé percement de Tavenue de rOpéra. Elle fit placer les coulevrines sur cette hauteur pour battre les murailles; et à la tête d'une troupe de gens de pied elle marcha vers la brèche, chassant devant elle les Anglais^ que sa vue frappait d'épouvante. La lutte était acharnée. « Ghacung faisoit de son mieulx et, par espescial, le seigneur de Sainct-yallier,Dalphinois, fist tant que luy et ses gens allèrent bouter le feu au boulevard et à la barrière Sainct-Honoré. »

Jeanne, qui s'était avancée jusqu'à la seconde ligne de fossés, dont les eaux baignaient les remparts, voulut les combler.

Après en avoir sondé la profondeur avec la hampe de sa bannière :

— Des fagots, des fascines! demanda-t-elle à grands cris.

On lui obéit, et on lui apporta tout ce qu'on put trouver; elle en forma une 0orte de pont sur lequel elle n'hésita pas à se hasarder presque seule, car ses compagnons ne paraissaient nullement disposés à la suivre sur ce passage périlleux.

Quant au a gentil dauphin » il se tenait en arrière.

Jeanne marcha toujours, sans plus s'inquiéter si on la suivait.

— Rendez-vous! cria-t-elle aux Parisiens, car, se ne vous rendez avant qu'il soict la nuit, nous y entrerons par force, veuillez ou non ; et tous serez mis à mort sans mercy.

« A cette injonction, rapporte M. Borel d'Hauterive, les assiégés répondent par de grossières injures. Un trait d'arbalète lui perce la cuisse et la renverse baignée de sang sur le talus, à l'endroit où ont été bâties depuis les maisons aujourd'hui démolies, entre la rue des Frondeurs et la rue du Rempart, en face de l'entrée du Théâtre-Français.

n Malgré sa douloureuse blessure, qui l'empêche de se tenir debout, elle agite «on étendard et cherche à rcdlier les siens. Mais les chefs euxmêmes, jaloux peut-être de sa gloire, restent sourds à sa voix. »

Obligée par la douleur et par la quantité de sang qu'elle répandait de se coucher derrière le revers d'une petite éminence, elle y resta jusqu'au soir où le duc d'Alençon vint la relever et la conduire à Saint-Denis — où elle déposa son armure sur la châsse du saint.

Cette version, reproduite par nombre d'historiens, est contredite par d'autres qui soutiennent que, loin de l'abandonner, La Hire, Dunois, Xaintrailles et l'élite des chevaliers qui combattaient avec elle luttèrent avec acharnement pour l'empêcher de tomber aux mains des Anglais.

Pour l'honneur de ceux que nous venons de nommer, nous voulons nous en tenir à cette dernière relation.

Quoi qu'il en soit, cet échec répandit la consternation et le découragement parmi les troupes royales, et quatre jours après l'assai't de la porte Saint-Honoré elles levèrent \e siège,^après avoir mis le feu à la grange des Mathurins.

Dans l'attaque de la ville, il y eut beaucoup de blessés de part et d'autre, mais peu de tués.

Les esprits étaient très partagés à Paris. Une partie des habitants était partisan des Anglais et l'autre toute acquise à Charles VII; en 1430, plusieurs chevaliers, quelques conseillers du parlement et du Ghâtelet et un certain nombre de notables bourgeois s'entendirent pour tenter de secouerlejoug de la domination anglaise. La ville devait être livrée à l'armée royale qui serait entrée et aurait fait prisonniers tous ceux qui n'auraient pas été porteurs d'une marque convenue à l'avance.

Un carme nommé Pierre Ballée, qui se trouvait porteur de lettres émanant des principaux conjurés, fut pris et mis â la question; il dévoila le plan et cent cinquante personnes furent arrêtées.

Deux d'entre elles, Jean de La Chapelle, clerc des comptes, et Jean Le François, dit Baudran, eurent la tête coupée, puis ensuite leur corps fut écartelé; Renaud Savin et Pierre Morand, procureurs au Ghâtelet, Guillaume Perdriau, conseiller, et Jean le Bigueùx, boulanger, furent décapités. Quelques-uns moururent à la torture et d'autres purent se racheter moyennant finances.

En cette année 1430, la misère était si grande que les vagabonds se réunissaient par bandes, pillant et dévastant les environs de Paris ; on fit contre eux une expédition et on en peuditonzele 2 janvier. — On devait en pendre douze, mais le douzième, jeune homme d'environ vingt>quatre ans, bien fait de sa personne, était déjà dépouilléde ses vêtements et allait avoir le sort de ses compagnons, lorsqu'une jeune fille des Hal les le demanda pour époux ; selon la coutume, on sursit à l'exécution ; Û fut ramené au Ghâtelet, puis marié, et i) devint libre.

L'année suivant, on fut obligé d'aller à Ghevreuse faire le siège d'une vieille maison forte appelée Darmette, dans laquelle s'étaient réfugiés une quarantaine de pillards ; ils furent pris et amenés à Paris ; le plus vieux n'avait pas trentesix ans. Treize purent s'échapper, deux furentpendus devant Darmette et treize au gibet de Paris ; le 22 avril, une nouvelle expédition amena la capture d'une centaine de ces misérables ; six furent pendus immédiatement; les autres, tousacoouplés et liés de cordes, furent dirigés sur Paris; et le lundi suivant on en pendit trente-deux à Montfaucon, et le 4 mai trente autres.

Le roi d'Angleterre — et de France — ayant quitté Rouen fit son entrée solemieUe à Paris le 2 décembre 1431, par la porte Saint-Denis; le prévôt des marchands Guillaume Sanguin et les échevins allèrent au-devant de lui en habits de

cérémonie, et lai présentèrent le dais semé de fleurs de lis' d*or sur fond d'azur. Le roi était précédé du cardinal de Wincester et accompagné de nombreux seigneurs anglais , de Tévèque de Paris et de quelques autres, d'un grand cortège de noblesse et des principaux officiers de toutes les compagnies de la ville. A la tète du cortège marchaient vingt-cinq hérauts d*armes et vingtcinq trompettes.

Le peuple cria Noël dans les rues.

Une estrade était dressée entre les deux anciennes portes Saint-Denis; d'autres avaient été élevées devant les Saints- Innocents, au Ghâtelet et «n divers endroits du parcours ; on y représenta des mystères.

Henri YI se rendit au palais, puis à la Sainte- Chapelle ; et de là il fut conduit au palais des Tournelles où il devait loger. En passant devant l'hôtel Saint-Paul, il apçrçut la reine Isabeau de Bavière qu'il salua en abattant son chaperon. La reine lui rendît son salut, puis fondit en larmes.

Elle songeait probablement à son fils exilé par •a faute.

Après diner, Henri alla faire visite à Isabeau, et le lendemain il se retira au château de Yinoennes où il resta jusqu'au 15 décembre. Le 17, il fut sacré et couronné roi de France dans l'église Notre- Dame.

Le lendemain, il y eut un tournoi à l'hôtel Sainte Paul.

Bien que le nouveau roi n*eùt pas fait les libéralités de joyeux avènement en usage, il voulut se concilier la sympathie des Parisiens en leur accordant ou en confirmant des privilèges, leur donnant le droit d'acquérir la noblesse, et une infinité d'autres relatifs à l'exercice de leur profession ou industrie, etc.

Tout cela n'empêcha pas que les partisans de Charles VII ne conservassent l'espoir de voir revenir le roi; Tabbesse de Saint-Antoine et quelques unes de ses religieuses qui faisaient de grands «Obrts dans ce but furent suspectées, etl'abbesse, tirée de son abbaye, fut enfermée au Ghâtelet le 3 septembre.

La duchesse de Bedford mourut en 1433 et le duc son époux partit pour Calais.

Cette mort fut le prélude d'une maladie épidé- 4axique qui désola Paris; elle commença dès le jnois de mars 1433 et dura jusqu'à l'année sui- Tante ; après quoi survint un hiver des plus terribles'qu'on eût jamais eus. Le 7 octobre, il s'éleva un vent formidable qui souffla pendant neuf heures consécutives et renversa nombre de maisons de Paris. 300 arbres furent déracinés dans le bois de Yincennes.

La gelée commença le 31 décembre et continua pendant quatre-vingt jours.

Il neiga pendant quarante jours sans discontinuer nuit et jour.

La gelée recommença vers la fin de mars et dura jusqu'à Pâques (17 avril).

Dans un seul tronc d'arbre , on trouva 140Joiseaux morts de froid.

Le 14 avril 1435, le duc de Bourgogne arriva à Paris accompagné de sa famille, dans trois chars magnifiques, couverts de drap d'or, et une litière suivie de plus de deux cents chariots contenant de l'artillerie et des provisions de toute espèce.

La paix d'Arras fut signée peu de temps après entre lui et Charles YII (septembre 1435).

Le 31 septembre mourut à l'hôtel Saint-Paul la reine Isabeau de Bavière, peu regrettée des Parisiens.

Son corps fut porté à Notre-Dame le 13 octobre. Les présidents et conseillers an parlement assistèrent en chaperons fourrés à la levée du corps et au convoi, et les présidents portèrent les quatre coins du poêle qui était sur une litière entourée des conseillers de la cour.

Le service funèbre eut lieu le lendemain, et le corps fut embarqué au port Saint-Landry pour être conduit par eau à Saint-Denis, afin d'éviter qu'il tombât au milieu d'une escarmouche occà« sionnée par les courses continuelles que les trou^ pes de Charles YII faisaient entre Saint-Denis et Paris, ce qui agaçait considérablement les Anglais, dont les partisans diminuaient chaque jour, surtout depuis la réconciliation du duc de Bourgogne avec le roi de France.

Nombre de petites villes avoisinant Paris étaient rentrées sous l^obéissance de Charles YII et interceptaient rentrée de^ vivres dans la capitale.

Les Anglais commencèrent à s'inquiéter; des mesures de haute précaution furent prises : aucun habitant de Paris ne put sortir de la ville sans passeport, ni se montrer sur les remparts, à peine d'être pendu.

La prise du château de Yincennes et du pont de Charenton acheva de resserrer le cercle de fer qui entourait Paris, complètement investi.

Le prévôt des marchands, les échevins et les principaux magistrats 8*assemblèrent chaque jour à l'Hôtel de Yille, à Tefiet d'aviser à pourvoir à la sûreté de la ville ; mais on sentait vaguement que l'opinion se modifiait de plus en plus en faveur du roi. En vain on fit jurer à tout le monde le traité de Troyes; en vain on ordonna que tous les habitants, sans exception, militaires, civils ou religieux, porteraient la croix rouge sur leurs vêtements, il était facile de s'apercevoir que les Parisiens, fatigués de subir lé joug d'un gouvernement tyrannique, en proie à toutes les privations, soupiraient après le moment de leur délivrance.

Mais la crainte les rendait prudents. Quiconque était soupçonné d'entretenir des intelligences avec les gens du roi était dénoncé et livré au supplice ; ce fut ainsi qu'on mit à mort plusieurs bourgeois suspectés de royalisme, et que d'autres

HISTOIRE NATIONALE DE PAB15 UT DES PARISIENS

furent fourrés dans des sacs et jetés pendant la nuit à la Seine.

Malgré tout, les plus hardis avaient traité secrètement avec le parti du roi et s'étaient assurés ' d'une amnistie générale pour tout le passé; les lettres royales qui l'accordaient avaient été signées à Poitieis le 27 février IA3&.

Le nom de ceux qui exposèrent leur vie pour soustraire Paris au joug de l'étranger doit être connu; ces patriotes furent Micbel Latllier, Jean de La Fontaine, Pierre de Lancras, Thomas Bi-

cache, Nicolas de Louvlers et Jacques de Berbères.

Ces six hommes résolus convinrent secrètement avec Arthur de Bretagne, comte de Ricbemont, connétable de France, des moyens de 11»troduire dans Paris; et, au jour dit, le vendredi 13 avril 1436, le connétable etlecomtedeDuaoû s'avancèrent, dès l'aube, jusque derrière le couvent des Chartreux de la rue d'Enfer; quelques soldats vinrent i la porte Sûnt-Mtchel, où un homme gagné leur répondit d'aller vite à la

porte Saint-Jacques, u car on besoignalt pour eux dans le quartier des Halles. » Henri de Villeblaache, gentilhomme breton, qui portait la bannière royale, y courut aussit&t suivi de quelques compagnons et du connétable quiassura les bourgeois, préposés & la garde de la porte, qu'Us pouvaient compter sur l'amnistie promise.

Aussitôt une poterne s'ouvrit et un gros de soldats s'introduisit dans la place pour briser les ferrures du pont-levis et l'abattre, de sorte que le connétable, le comte de Dunois et deux mille chevalière et écuyers entrèrent dans la ville

avec toute la cavalerie, sans trouver la moindrs résistance.

Alors le maréchal delTsle-Adam, montésurla muraille, arbora la bannière de France encrianti «ViUe gagnée !•

I^ connétable avec toute sa suite passa par la rue Saint-Jacques, marcha droit au pont Notre- Dame, puis à la Grève, ensuite aux Halles, et, revenant sur ses pas, il alla à l'église- cathédrale, où il entendit la messe tout armé.

L'alarmerépandue par tout e la ville fit courir les Anglais aux armes. Le c^itaine Willougbby

fiK

IQt les commandait essaya de soulever le peuple lans le quartier des Halles.

— Saint-Georges I Saint-Georges! susauxFran- ^! criaient les soldats de Henri VI.

Hais les Parisiens n'avaient pas oublié que les Français c'étaient eux, et ils forcèrent les Anglaise se replier de me en roedu cdté du quartier

Saint-Antoine. Ils les poursuivirent et les écrasèrent par des pavés et des meubles qu'on leur jetait du haut des maisons.

Le peuple, dirigé par les capitaines de qoartier, avait arboré la croix blanche et le nombre des royalistes augmentait sans cesse ; ils s'emparèrent de quatre ou cinq pièces de canon du rempartde

Le* Pariiiuu b^cirent lei Anglftli k h replier de rue en rue et 1m icruèreot «tk dw pavta «t des menblei. (Page 271, col. i.)

la porte Sainl-Denis et en lâchèrent quelques volées aux Anglais.

On tendit des chaînes dans les rues.

Wiltoughby, retiré vers la porte Baudet avec tout ce qu'il avait pu ramasser des siens, comprit qu'il aurait grand'peine & lutter contre tant d'hoDuues; il prit le parti de seréfugier à la Bastille avec mille à douze cents soldats.

De son cAté, le connétable, après s'être assuré

de divers quartiers et y avoir placé des corps de garde, fit faire défense à son de trompe k ses soldats d'entrer sous peine de mort dans la maison d'aucun bourgeois pour lui fùre insulte ou violence.

La Iranquîllilé se trouva donc rétablie immédiatement, et dès le lendemain on put ouvrir le vieux marché devant ta Madeleine, qui depuis vingt ans était fermé et l'abondance des mar-

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chaftdises y fut telle que le blé. qui le mercredi précédent se vendait 50 sons s'y donna pour 20.

Le même jourfurent publiées àNotre-Dame, en présence dû connétable, dn bâtard d'Orléans, du seigneur de TIsle-Adam et de quantité d'autres, les lettres d'abolition du.roi Charles VU, par les* qudles il pardonnait aux habitants de Paris tout ce qui s'était passé et les maintenait dans leurs privilèges. Les mêmes lettres furent ensuite publiées à THôtel de Ville et dans les carrefours.

Le seigneur de Ternant fut établi prévôt de Paris ; et Michel Laillier fut fait prévôt des marchands. Les échevins Louis Gadet, Luguin du Plez, Jean de Dampierre et Thomas Le Blanc furent remplacés par Jean de Bellon, Pierre des Landes, Jean de Grandrues etNicolas de Neufville.

Il ne restait plus qu'à assiéger la Bastille pour en déloger les Anglais, et le connétable s'y préparait, lorsqu'on vint l'informer qu'ils demandaient à capituler.

On assembla le conseil et il fut convenu qu'on leur permettrait de se retirer à Rouen.

On fit sortir la garnison par les dehors de la ville, du côté du nord, pour la soustraire aux in-» suites de la populace; néanmoins, comme ils passaient devant la porte Saint-Denis, ils ne purent échapper aux cris et aux huées, surtout l'évêque de Théroùane, chancelier pour le compte de l'Angleterre, après qui le peuple cria : « Au renard, au renard ! »

Aussitôt après leur départ, le connétable s'empressa de prendre toutes les mesures nécesaires pour assurer le fonctionnement de tous les offices et huit jours après l'Université remercia Dieu d'avoir délivré Paris, en organisant une procession solennelle à Sainte-Galherîne-du-Val-des-Écoliers. Tous ceux qui y prirent part avaient un cierge à la main. On compta environ 4,000 personnes, prêtres et écoliers.

Le dimanche suivant, il y eut procession générale avec les châsses de Sainte-Geneviève et de Saint-Marcel portées publiquement.

Lorsque tout cela fut terminé, le roi, qui avait repris aux Anglais GhàteauLandon, Nemours et Montereau, se décida à faire son entrée dans sa bonne ville de Paris, le 12 novembre.

Il trouva & la Chapellè-Saint-Denis le prévôt de Paris, celui des marchands et les échevins en riches habits de cérémonie, qui lui présentèrent les clefs de la ville.

Tout le chemin jusqu'à Notre-Dame était bordé par la population, et, d'espace en espace, on avait élevé des fontaines où le vin coulait et des théâtres sur lesquels on représentait des mystères.

En tête du cortège marchaient cent archers précédés du héraut d'armes et du grand écuyer qui portait au bout d'une lance le casque du roi.

Le roi d'armes, qui suivait immédiatement, portait la^cotte d'armes et un autre écuyer tenait l'épée royale.

Puis venait le roi armé de toutes pièces^ sauf le casque. Il était monté sur un cheval caparaçonné de velours bleu semé de fleurs de lis d'or.

A sa droite était le eonnétable^ à sa gauche le comte de Vendôme.

Après le roi venait le dauphin Louis, son fils, aussi armé dé toutes pièces, bien qu'il n'eût que dix ans.

Une foule de barons, de gentilshommes, de pages et d'officiers escortaient le roi.

Le comte de Dunois, armé de toutes pièces, à la tête de huit cents lances, fermait la marche.

A la porte Saint-Denis, les quatre échevins ee présentèrent avec le dais sous lequel le roi ma^ cha, aux acclamations du peuple qui criait: « Noël et vive le roi ! »

Tontes les rues étaient tendues à ciel depuis la ! porte aux Peintres jusqu'à Notre-Dame, à l'excep* ' tion du grand Pont.

{ Lorsque le roi arriva devant le parvis Notre- Dame, il fut harangué parle recteur de l'Université en présence des évoques, et le roi fit serment entre les mains de l'évêque de Paris, sur les évangiles, qull « tiendroit loyaument d bonnement tout ce que bon roy faire devoil ».

Étant ensuite entré dans l'église, il fut conduit au grand autel où il fit ses prières, après quoi, il remonta à cheval et alla sovper et coucher aa palais.

Toute la nuit se passa en festins, feux de joie et divertissements.

Le lendemain, le roi entendit la messe à la Sainte-Chapelle et se rendit à cheval par la rue Saint- Antoine à l'hôtel Saint-Paul, où il s'installa et reçut* les députations.

Le 3 décembre, il partit pour le Berry.

Le prévôt de Parîs fut changé; cette charge fut confiée à Ambroise de Loré.

La satisfaction eût été générale à Paris, si la peste et la famine, deux terribles fléaux qui revenaient souvent, n'avaient désolé la ville pendant Tété et l'automne de 1438.

On compte qu'il y mourut 50,000 personnes.

Les courtisans et les gens fortunés sortirent de la ville pour fuir le mauvais air.

Les gens de commence et de métiers furent obligés d'y demeurer et aux maux qu'Us souffraient s'ajouta la^ crainte de voir les Anglais profiter de l'absence de toute l'aristocraUe militaire pour tenter de reprendre Paris.

Adam de Cambrai, premier président, Ambroise dé Lpré, prévôt, etSimonCharles, président à la chambre des comptes, rassurèrent les bourgeois, en promettant de ne pas quitter la ville et de la défendre si elle était attaquée.

Déjà la famine éUit grande; elle le devint plu» encore par l'arrivée des habitants des village» environnants, qui, en butte aux vexations et aux entreprises des soldats anglais, bourguignons et même français, vinrent se réfugier dans la capi-

PARIS A TilAVBRS LES SIÈCLES

ile où le setier de blé valut jué^n'à neuf francs. Le6 octobre 1437, le prévôt de Parb fiitdélégué tr le roi pour informer oontre plusieurs a lar- >ns, mendiants espieux de chemins , ravisseurs i femmes , violeurs d'églises, tireurs à Toye, lueurs de faux dez, trompeurs, faux-mon- )yeurs, malfaicteurs et autres associez récepmrs et complices. y>

La campagne, dans un rayon de plusieurs mes, se trouva totalement déserte.

Pour comble de malheur, une troupe de loups Damés ravagea les environs et étrangla 60 à (personnes. Ces animaux pénétrèrent par la rière jusque dans Paris où ils firent le même vage.

La frayeur était telle qu*on n'osait plus sortir chez soi.

Le Journal de Pai^ des règnes de Charles YI Charles YII raconte comment ces caiiiassiers eottlumés à se nourrir de eadavres humains, 6 les meurtres coatinuels faisaient abonder rtout, s'étaient effrofyablement multipliés, in octobre 1437, les loups s'introduisoient dans iris par la rivière et prenoient les chiens et si mgèrent un enfant, de nuiet, en la place aux ats derrière les Innocents... En celui temps )écialement tant comme le roi fat à Paris, loups étoient si enragés de manger chair lommes, de femmes et d'enfants que, en la rnière semaine de septembre, estranglèrent et ingèrent quatorze personnes, que grands et lits, entre Montmartre et la porte Saint-Anne, dans les vignes et marais. Et s'ils trouent un troupeau de bestes, i^s assailloient le *ger et laissoient les bestes, »

je même journal fait aussi mention d'un loup ^nstrueux, le plus terrible de tous, qu'on apait le Courtaud , parce qu'il n'avait pas de me. U était un objet d'effroi pour tout le ade. On disait à ceux qui sortaient de la ville : ardez- vous de Courtaud I » On en parloit comme fait du larron des bois ou d'ung cruel capile. »

)n s'arma contre lui et on finit par le tuer et i corps promené dans Paris devint un objet curiosité et d'étonnement pour les habitants» n'avaient jamais vu loup plus gros et d'un ectplus redoutable.

In décembre 1438, U parait que les loups se ntrèrent à nouveau; le 16, ils pénétrèrent ore dans Paris a et vinrent soudainement et étranglèrent quatre femmes mesnagères et le dredi ils en affolèrent (mordirent) dix-sept 3ur de Paris dont il en mourut onze de leurs psures. »

Mais les loups, pour les Pcurisiens, ajoute aure, étaient moins redoutables que les seiurs et les brigands appelés escorcheurs qui rchaient à leur suite. »

1 est certain que les bandes de pillards que les

chefs de parti traînaient avec eux, les soldats dé toute nationalité, mercenaires avides qui ne s'enrôlaient sous une bannière quelconque que pour se livrer à leurs instincts de vol et de déprédation de toute nature, ruinaient les malheureux habitants des environs de Paris, et plus d'un ces derniers, n'ayant plus le moyen de vivre soit en cultivant son champ, soit en commerçant du produit des denrées qu'il récoltait jadis, laissait là cette terre ravagée par les bandits et allait grossir à son tour les rangs des pillards.

C'était une misère et une désolation générales.

Toutefois les craintes qu'on avait touchant quelque surprise de la part des Anglais ne se réalisèrent pas et peu à peu, grâce aux efforts de tous, onparvintà remettre un peu d'ordre dans les affaires publiques et à faire face aux plus pressantes nécessités.

L'évêque était mort de la contagion, le 2 novembre ; on lui donna pour successeur Denis du Moulin, l'un des principaux conseillers du roi.

Le parlement pourvut à tout et son action fut des plus actives.

Nous avons parlé assez sommairement de l'institution de ce parlement, dont la première orga-^ nisation date de l'ordonnance du 11 mars 1344, par laquelle Philippe de Valois fixa le personnel de ses membres à 3 présidents et à 78 conseillers appointés (dont 44 ecclésiastiques et 34 laïques).

Le récit des événements politiques dont Paris fut le théâtre ne nous a pas permis de compléter les renseignements nécessaires à la connaissance' du fonctionnement de cette cour souveraine ; le rétablissement du gouvernement régulier nous donne l'occasion d'y revenir. Le parlement fut successivement divisé en sept chambres, la grand' chambre, la chambre criminelle ou la Tournelie, trois chambres des enquêtes et deux chambre», des requêtes. La grand'chambre se coi^posait d'un premier président et de 9 présidents à mortier (nom donné à leur cpiffjure), de 21 conseillers laïques, de 12 ecclésiastiques et de conseillers d'honneurs (conseillers en retraite) ; cette chambre connaissait des grandes causes qui intéressaient l'État, la ville, les communautés.

La chambre criminelle était composée de 4 présidents à mortier, 6 conseillers laïques de la grand'chambre, 10 pris dans les chambres des enquêtes; elle révisait par voie d'appel les jugements rendus au criminel (à partir de 1515, sa compétence devint générale).

Les trois chambres des enquêtes prononçaient sur la validité des demandes en appel adressées au parlement et jugeaient en dernier ressort, dans les proche entraînant jugement à peine pécuniaire ; chacune d'elles était composée de 3 présidents et 30 à 32 conseillers.

La chambres des requêtes jugeait en première instance les causes personnelles entre les offi-

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

ciers de la maison du roi et autres qui, par leur sitùatipn, avaient le droit d*ètre jugés parle parlement. Ce fut en 1580 que la seconde chainbre des requêtes fut instituée; ces deux chambres furent supprimées lors de rétablissement du parlement Maupeou (on le verra plus loin) ; lorsque Louis XIV rappela le parlement, il ne rétablit qu'une seule chambre d*enquèté qui comptait â présidents et 44 conseillers.

Le parlement a joué un grand rôle dans Thistoire de Paris.

Sous Louis XI, le parlement décida, sous Tinfluence du roi, que les évèques n'entreraient point au conseil sans le congé des chambres ou si mandés n*y étaient, excepté les pairs de France et ceux qui, par privilège ancien, «doivent et ont accoustumé y entrer » (1462).

En 1546, ses membres jouirent du privilège de la noblesse héréditaire.

Le parlement avait la préséance sur toutes les autorités constituées.

Voici la liste de tous les premiers présidents de Paris depuis le 11 mars 1344, jusqu'à la suppression des parlements.

Simon de Buci, chevalier, honoré de la dignité de premier président par ordonnance du 11 mars 1344 jusqu'en 1371.

Guillaume de Sens, chevalier, premier président, 17 juin 1371 jusqu'en 1373, mort en 1373.

Pierre d'Orgemont, chevalier, premier président, là novembre 1371 jusqu'en 1373, mort le 2 janvier 1374.

Arnould de Gorbie, premier président, S janvier 1374 jusqu'en 1388, mort en 1413.

Guillaume de Sens, premier président en 1388 jusqu'en 1399, mort en 1399.

Jean dePopincourt, premier président en 1399, installé en 1400 jusqu'en 1403, mort en 1403.

Henri de Marie, premier président en 1403 jusqu'en 1413, mort en 1418.

Robert Mauger, premier président en 1413 jusqu'en 1418, mort en 1418.

Philippe de Morvilliers, premier président en 1418 jusqu'en 1436, mort en 1438.

Adam de Cambrai, premier président en 1436 jusqu'en 1456, mort le 15 mars 1456.

Yves de Scepeaux, premier président en 1457 jusqu'en 1461, mort en 1461.

Hélies de Torrettes, premier président le 11 septembre 1461, mort la même année.

Mathieu de Nan terre, premier président en 1461 jusqu'en 1465, mort en 1487.

Jean Dauvet, premier président en 1466 jusqu'en 1471, mort le 23 novembre 1471.

Jean de Montigni, dit le Boulanger, premier président en 1471 jusqu'en 1481, mort le 24 février

Jean de La Vacquerie, premier président en 1481 jusqu'en 1497, mort en 1497.

Pierre Gothardi, premier président en iW jusqu'en 1505, présumé mort en 1505.

Jean de Gannac, premier prérident en iSOi jusqu'en 1507, mort en 1512.

Antoine du Prat, seigneur de Nantooillet, premier président en 1507 jusqu'en 1514, mort le 9 juillet 1535.

Mondot de La Harthonie, premier président» 1514 jusqu'en 1517, mort en 1519.

JacquesOllivier,chevalier,8rigneardeLeafflle, premier président en 1517, mort le 20 novembre

Jean de Selve, chevalier, seigneur deCromien; premier président en 1521 jusqu'en 1529, mort en 1529.

Pierre izet, premier président en 1529jiisqD a 1550, mort en 1554.

Jean Bertrand, premier président en 15% jusqu'en 1551, mort le 4 décembre 1560.

Gilles Le Maître, chevalier, seigneur de Gasthour, premier président en 1551 jusqu'en 1S62, mort le 5 décembre 1562.

Christophe de Thou, chevalier, seigneur deBœneuil et de Geli, premier président en 156â joiqu'en 1582, mort le 1*' novembre 1582.

Achille du Harlay, chevalier, comte de Betimont, premier président en 1582 jusqu'en 1611^ mort le 23 octobre 1616.

Nicolas de Verdun, premier président en i^i jusqu'en 1627, mort le 16 mars 1627.

Jérôme de Hacqueville, premier président es 1627 jusqu'en 1628, mort le 4 novembre 162ft.

Jean Bochart de Ghampigny, premier pitadent en 1628 jusqu'en 1630, mort le 27 avril 16XL

Nicolas Le Jay, premier président en 1630 je?qu'en 1640, mort en 1640.

Mathieu Mole, premier président en 1641 je* qu'en 1651, mort le 3 janvier 1656.

Pompone de Bellièvre, seigneur de Griguo^ premier président en 1653 jusqu'en 1657, moii le 13 mars 1657.

Guillaume de Lamoignon, seigneur de Bàv3kt premier président en 1658 jusqu'en 1677, mortli 9 décembre 1677. j

Nicolas Potier, seigneur de Noviou, premkr président en 1678 jusqu'en 1689, mort le 1" tembre 1693.

Achille de Harlay, comte de Beaumont, président, en 1689 jusqu'en 1707, mort le 2i j^ let 1712.

Louis Le Pelletier, seigneur de ViUeneiiie4e* Roi, premier président en 1707 jusqu'en 1711

Jean-Antoine de Mesme, marquis de Gramii premier président le 5 janvier 1712, mort 23 août 1723.

André Potier, seigneur de Novion, marqois Grignon, premier président en décembre T jusqu'en septembre 1724.

Antoine Portail, seigneur de VaudreuU, p président le 24 septembre 1724.

Ce tut l'évfque ûe Parjs qui enrermiL lui-mâme la recluse, après lui avoir Tuit un senuon. (Page 382, col. i.)

LoDÏs Le Pelletier, premier président le 20 mai 1736 jusqu'en 1743, mort le 20 janvier 1770.

René-Ctiarles de Maupeou, premier président en 1753 jusqu'en 1757, mort en 1775.

Mathieu-François Mole, premier président en 1757 jusqu'en 1763, mort en 1793.

Henë-Nicol as-Augustin de Maupeou, premier président en 1763 jusqu'en 1768, mort le 29 juillet 1792.

Etienne-François d'Aligre, premier président en 1768 jusqu'en 1788, mort en 1798.

Louis- François de Paule Lefèvre d'Ormeason, premier président en 1788, mort le 26 janvier

Jean-Baptiste Gaspard Bochart de Saron, premier président en 1789, guillotiné le 20 avril 1794.

A peine la tranquillité publique était-elle rétablie à Paris que le couvent des Augustins devint le tbé&tre d'aa conflit : des huissiers au Cbàtelet s'étant présentés au monastère pour instrumenter furent assez mal reçus par les religieux; une querelle s'éleva et le maître de théologie, Nicolas Aimery, fut expulsé violemment du cloître Liv. 36.

par les huissiers. Des voies de fait suivirent, et dans la lutte UD des religieux, Pierre Gougis, fut tué.

Le recteur de l'université et le procureur du roi portèrent plainte au prévôt de Paris, et ce magistrat, par sentence du 13 septembre 1440, condamna les huissiers à faire trois amendes honorables, l'une au Ch&telet, en présence du procureur du roi, la seconde, au lieu où le meurtre avait été commis et la troisième à la place Maubert.

La sentence portait que les huissiers feraient les amendessanschaperon et nu-pieds, tenant chacun une torche ardente du poids de quatre livres et demandant à tous pardon et miséricorde.

Une grande quantité de personnes assistèrent k cette exécution pénale; déjà, à cette époque, les huissiers n'étaient pas bien vus par le populaire et personne ne les plaignît. An coin de la rue des Grands^Augustins et du quai, les religieux firent placer un bas-relier qui retraçait la scène des amendes honorables infligées aux huissiers; ce bas-relief, qu'on voyait encore lors de la Révolution de 1789, fut, par la suite, déposé dans

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS Eï DES PARISIENS

la cour du musée des monuments français, devenu le palais des Beaux- Arts.

En 1440, le cimetière des Innocents fut fermé pendant quatre mois par ordre de Tévêque de Paris; on. n'y enterrait personne « petit ni grand, on n'y faisait ni procession ni recommandation pour personne; Tévêque, pour en permettre Tusage, voulait avoir trop grande somme d'argent et Téglise était trop pauvre ».

L'église elle-même avait été fermée pendant vingt-deux jours à la fin de juin 1437 ; il s'y était iHevé une querelle entre un homme et une femme, celle-ci avait d'un coup de quenouille, fait une légère égratignure au visage de l'homme, et le sang ayant coulé, bien qu'en très petite quantité, l'entrée de l'église dut être interdite. Pendant vingt-deux jours toutes cérémonies religieuses y furent suspendues, et les portes de l'église et du cimetière closes. Aucun mort ne put y être enterré, l'évéque ayant exigé, pour réconcilier le lieu saint, une forte somme d'argent, et, en attendant qu'elle fût payée, les paroissiens et les membres des confréries durent aller prier à l'église de Saint-Josse.

Tandis que nous sommes aux Innocents, notons en passant que le H octobre 1442 une femme, appelée Jeanne La Vadrière, vint volontairement se clôturer dans une cellule qu'elle avait fait bâtir dans le cimetière ; cette claustration se fit avec cérémonie ; ce fut l'évéque de Paris qui enferma lui-même la recluse, après lui avoir fait un sermon en présence d'une foule de personnes accourues pour la voir.

Cette réclusion perpétuelle était dans les mœurs de l'époque, elle avait lieu par dévotion ; dès que la recluse était enfermée dans sa logette, on en murait la porte et elle ne recevait d'air que par une petite fenêtre par laquelle on lui passait des aliments.

Elle croupissait ainsi dans l'ordure pendant des années.

Une seconde recluse prit sa place plus tard ; ce fut Alix, dite la Bougote ; l'histoire pnâtend qu'elle vécut si saintement dans son trou qu'après sa mort, survenue le 29 juin 1466, Louis XI lui fit élever un tombeau de marbre supporté par quatre lions de cuivre.

Parfois on logeait en cellule une recluse forcée : telle fut Renée de Vendômois, accusée du meurtre de son mari Margueritte de Saint-Barthélémy, seigneur de Souldai ; elle avait été condamnée à mort; le roi lui fit grâce de la vie et le parlement la condamna « à demourer perpétuellement recluse et emmurée au cimetière des Saints-Innocents, à Paris, en une petite maison qui lui sera faicte à ses dépens et des premiers deniers venant de ses biens, joignant l'église ainsi que anciennement elle estoit ».

Dans une partie du charnier, proche de l'église, était un tombeau couvert d'une table sur laquelle

était représenté un squelette en marbre blanc, sculpté par Germain Pilon. Ce monument fut, à la suite de la Révolution de 1789, transporté au musée de la rue des Grands-Augustins.

Non loin de là, en face de la première arcade et sur la rue Saint-Denis, se voyait aussi un monument qu'on appelait la Croix-Gastines, à cause de sa forme et parce qu'il avait été posé d'abord sur l'emplacement de la maison de Philippe de Gastines, « pendu pour avoir fait prêcher et fait la cène au dit logis». Cette croix, qu'on attribuait à Jean Goujon, fut enlevée au cimetière des Innocents lorsqu'on le supprima et portée à la Tombe-îssoire pour orner l'entrée des Catacombes.

Sur les tombes qui tapissaient les charniers des Innocents, on lisait plusieurs épitaphcs ; on remarquait celle-ci : « Ci gist Yollande Bailly, qui trépassa l'an 1514, la S2^ année de son âge et la 42* de son veuvage, laquelle a vu ou a pu voir deux cent quatre-vingt-treize enfanta issus d'elle » .

Parmi les morts illustres enterrés là, on citait : Jean Le Boulanger, premier président au parlement, le critique Nicolas Lefèvre et Eudes de Mézeray, l'historien.

Le cimetière des Innocents était celui de plusieurs paroisses. Au centre était un lourd pilier en pierre de la hauteur d'environ cinq mètres, supportant une lanterne qui, pendant la nuit, éclairait tant bien que mal ce séjour des morts.

Depuis longtemps on se plaignait que les odeurs méphitiques qui s'en exhalaient nuisaient à la santé publique, lorsqu'un arrêt du conseil du roi, en date du 9 novembre 1785, signé Hue de Miroménil et de Galonné, ordonna le transfert du marché aux herbes et du marché aux légumes, qui se tenaient dans les rues adjacentes et notamment dans celles Saint- Denis et de la Ferronnerie, dans le terrain connu sous le nom de cimetière des Saints-Innocents, déclaré domanial par arrêt du 25 octobre 1785.

En 1786, les charniers des Innocents furent détruits; on enleva les ossements et plusieurs pieds de terrain de ce cimetière qu'on transporta hors de la barrière Saint-Jacques, dans les carrièi'es voisines de la maison dite de la Tombe- Issoire, et on établit le marché aux herbes et aux légumes.

£n 1813, on construisit autour du marché des galeries en bois où les marchands trouvaient un abri.

Le marché des Innocents fut cédé à la ville de Paris par décret impérial du 30 janvier 1811 : les étalages pittoresques, les tentes grossières et les immenses parapluies sous lesquels se tenaient des commères marchandes de choux ou de carottes à la langue trop bien affilée formaient un spectacle des plus curieux et des plus mouirementes.

« Lorsque le marché des Inaocenls fut établi, dit M. Touchard-Lafosse, plus d'une marchande de poisson, plus d'une bouquetière de la pointe Saint-Eustache se souvenait d'avoir disputé en langage poissard avec ce joyeux Vadé, qui avait fait de la halle son véritable Parnasse. On se rappelait son habit d'écariate, sa veste brodée, sa culotte noire, ses bas de soie blancs respectés paries balais les plus mal appris de Tendroit ; les balayeuses admiraient Térudition locale du poète, qu'elles surnommaient un petit Jésus. »

Plus d'une fois, avant la Révolution de 89, les parapluies-modèles du marché des Innocents durent servir de salles de conseil, de collèges électoraux en plein vent, pour le choix de cette fameuse députation de poissardes qui avait le privilège de slntroduire dans les appartements de Versailles et de fêter avec des bouquets « Sa Majesté la reine de France. »

La reconstruction des Halles, dont la première pierre fut posée en 1852, a fait disparaître ce marché.

Quant à l'église des Saints-Innocents, ce fut « l'an de grâce 1445^ le jour de la chaire saint Pierre apôtre, 22 du mois de février, »> qu'elle fut consacrée et dédiée par l'évèque de Paris.

Le maitre-autel était orné d'un tableau de Corneille représentant le massacre des Innocents.

Les Potier de Groslay et les Potier de Blancmesnil étaient enterrés dans cette église, qui contenait en outre les sépultures de Jean Sanguin, maître de la chambre des comptes du roi, et de Guillaume Sanguin, échanson de Charles YI.

Louis XI institua six enfants de chœur en cette église en 1474 et donna pour leur entretien la place qui lui appartenait sur la voirie de la rue de la Charonnerie (plus tard rue de la Ferronnerie). Elle possédait de nombreuses reliques ; toutefois, au dire de Félibien, « elle était tombée dans une malpropreté indécente, » lorsque vers 1750 on la fît réparer; mais en 1786 elle fut démolie.

Les Anglais se consolaient difficilement d'avoir perdu Paris, et au mois de février 1441 ils firent une tentative pour s'en emparer. 150 à 160 hommes tant piétons que cavaliers s'approchèrent du côté de la porte Saint-Jacques qu'ils essayèrent d'enlever; mais le connétable, prévenu, envoya contre eux Gilles de Saint-Simon, Jean de Malestroit et Geoffroi de Couvran avec quatre à cinq cents cavaliers qui allèrent passer la Seine au pont de Saint-Cloud et vinrent tomber sur les Anglais qui furent massacrés ou faits prisonniers.

Le roi voulut en finir avec les Anglais qui occupaient encore les environs de la capitale; mais pour lever des troupes il lui fallait de l'argent et on fit un emprunt sur le parlement et les autres cours de justice; ce ne fut pas suffisant; alors on imposa un subside général dont personne ne fut exempt, et ceux qui ne pouvaient pas payer étaient jetés en prison, puis on vendait

leurs meubles à l'encan ; malgré ces mesures de rigueur, le roi dut s'adresser aux bourgeois de Paris pour leur demander 20,000 écus et s'emparer de la moitié des fonds appartenant aux diverses confréries, ce qui excita un vif mécontentement.

Grâce à ces diverses ressources, Charles Vil put reprendre Pontoise après trois mois de siège, et rentrer triomphant à Paris, où il fut reçu au bruit des acclamations du peuple qui le suivit en foule à Notre-Dame.

Toutes les bombardes et les divers engins de guerre qui avaientservi au siège furent amenés à Paris en même temps qu'un grand nombre de prisonniers qui arrivèrent dans un piteux équipage, liés deux à deux, tètes nues, sans chausses et sans souliers. Ceux qui ne purent payer leur rançon furent menés à la Grève, vers le port au foin, et là, pieds et mains liés, jetés dans la rivière en présence du peuple qui applaudissait à cet acte de sauvagerie; les autres furent envoyés dans différents lieux, et un certain nombre s'échappa.

A la suite de plusieurs conférences qui eurent lieu à Tours, une trêve avait été conclue entre la France et l'Angleterre, et le 15 mai 1444 une procession solennelle eut lieu à Paris pour la .paix ; l'évèque de Paris, celui de Beauvais et deux abbés portèrent le Saint-Sacrement sur leurs épaules depuis l'église de Saint-Jean-en-Grève jusqu'àcelle des Billeltes,où l'on prit le fameux canif dont un juif s'était servi pour percer la sainte hostie, et la procession alla à l'église Sainte-Catherine-dû-Valdes-Écoliers. Cinq cents torches étaient portées devant les reliques qui furent promenées; et on comptait, à la suite de cetteprocession,huitàdix mille personnes, sans parler des ecclésiastiques.

On représenta sur son parcours la scène du sacrilège du juif, et toutes les rues étaient tapissées.

Ce fut peu de temps après que se rouvrit la foire du Landit, qui ne s'était pas tenue pendant toute la durée de l'occupation anglaise ; seulement on la changea de place, et ce fut dans la ville de Saint-Denis qu'elle fut transférée, ce qui occasionna un conflit entre l'évèque de Saint-Denis et celui de Paris, qui prétendait avoir le droit de bénir la foire en quelque lieu qu'elle se tint, tandis que l'évèque de Saint-Denis revendiquait ce droit, en raison du transfert opéré.

L'évèque de Paris imagina alors de se transporter dans un coin de la foire, qu'il fit bénir par un docteur de Paris nommé Jean de L'Olive.

On discuta longuement à ce propos et les vieilles querelles de l'université et de l'Eglise se ravivèrent; depuis le 4 septembre jusqu'au 14 mars, il ne fut fait aucune prédication, et un maître ès-arts, nommé Jean Gouda, ayant été emprisonné avec quelques autres écoliers, l'évèque demanda qu'ils fussent transférés en leur qualité de clercs

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dans ses prisons ; de son côté Tuniversité voulait que, comme écoliers, ils fussent jugés par le recteur. Grand débat à ce propos, et le roi Charles Vn renvoya le procès au parlement.

Chacun réclamait les prisonniers avec la même ardeur, et l'université menaça, si elle n'obtenait satisfaction, de fermer ses cours; mais, le roi, passant outre, ordonna au parlement de juger les écoliers et les différends qui pouvaient désormais s'élever entre l'université et tous autres, et de plus il ordonna qu'il serait informé contre les docteurs qui cesseraient leurs cours et qu'on les punirait d'une façon exemplaire.

L'affaire prit alors des proportions nouvelles. L'université réclamal'appuidu duc de Bourgogne, en le priant de remettre au roi un mémoire demandant la tenue d'un concile, ce qui ne lui fut pas accordé; toutefois elle obtint une demi-satisfaction : les écoliers furent condamnés par le parlement, mais il fut stipulé que c'était l'université qui commettait elle-même .le parlement pour juger en son lieu et place les gens dont elle avait à se plaindre.

L'année suivante (1446) mourut, au mois de mai, le prévôt de Paris, Ambroise de Loré ; ce fut Jean d'Ëstouteville, baron d'Ivry, qui lui succéda en 1447. Ce fut en cette même année 1447, le 15 septembre, que mourut aussi l'évêquede Paris, Denis du Moulin ; Guillaume Cbartier, chanoine de Notre-Dame, fut élu à sa place le 6 décembre et sacré dans l'église de Saint-Yictor le 22 juillet 1448. Le 4 août, il partit de Saint-Victor, monté sur un cheval blanc, pour aller àSainte-Geneviève; et delàil fut porté, suivant la coutume, à la cathédrale où il fit son entrée solennelle.

La guerre entre la France et l'Angleterre ayant recommencé en 1449, la bataille de Formigny fut gagnée le 15 avril 1450. Pour célébrer cette victoire, l'évoque de Paris ordonna une procession uniquement composée des enfants des deux sexes, qui étudiaient aux écoles de la ville hors la cité, et âgés de sept à dix ans.

Quatorze mille enfants furent assemblés à l'église des Saint-Innocents; ils en partirent, deux par deux, tenant un cierge allumé à la main, et allèrent ainsi processionnellement à Notre-Dame, où fut chantée une messe solennelle d'actions de grâces, après laquelle les enfants retournèrent dans le même ordre aux Saintinnocents, afin d'y reconduire les chapelains qui les avaient accompagnés portant des reliques.

Les maux qui avaient désolé la France avaient forcément mis fin aux disputes et aux voies de fait qui se produisaient précédemment entre les bourgeois et les écoliers; mais n'ayant plus à échanger des horions, sous prétexte qu'on était Armagnac ou Bourguignon, il fallut bien que les écoliers s'en prissent de nouveau aux bourgeois, leurs étemels ennemis, pour calmer leur fièvre belliqueuse

Le 9 mai 1453, une quarantaine d'écoliers, qm avaient maltraité de bons bourgeois de Paris, furent, par ordre du lieutenant cnminel, jetés dans les prisons du Ghâtelet. Selon la traûdition en semblable occurrence, l'université dépêcha le recteur vers le prévôt de Paris pour lui demander compte de la conduite de son Ûeutenant. Le prévôt ordonna de rel âcher les prisonniers ; le recteur, à la tète de ceux-ci et d'environ huit cents maîtres et écoliers, alla faire visite au prévôt pour le remercier ; mais, au retour, cette troupe fut rencontrée dans la rue Saint-Antoine par un conmiissaire escorté de huit agents qui commirent l'imprudence d'insulter les écoliers, qu'ils voyaient avec déplaisir rendus k la liberté, alors qalis eussent dû être dans les prisons de la ville.

Naturellement, quelques paroles mal sonnantes furent échangées, et des passants prirent le parti du commissaire et de ses agents ; les bourgeois, qui détestaient les écoliers, virent là une occasioD favorable de se venger des mauvais tours dont ils étaient souvent victimes, et on commença par se gratifier mutuellement de quelques coups de poing, mai9 bientôt la mêlée devint générale : un bachelier en droit, Raimond de Mauregard, fot tué sur place, deux prêtres furent mortellement blessés, ainsi qu'une quinzaine d'écoliers.

Le recteur lui-môme faillit être percé d*ane flèche.

Il s'éleva une telle rumeur dans le quartier que, ne sachant exactement ce qui se passait, on cria : « Aux armes ! » on tendit les chaînes et on se battit sans savoir pourquoi; les bourgeois frappaient tous ceux qu'ils reconnaissaient par leor costume appartenir à l'université; et lesécoli^^, furieux d'avoir été attaqués, frappaient iudistînetement sur tout le monde ; mais ils n'étaient pas en force suffisante pour résister aux bourgeois dont le nombre grossissait sans cesse. Après s*étre défendus du mieux qu'ils purent, ils prirent la fuite, laissant bon nombre des leurs sur le carreau, ou aux mains des soldats qui, accourus sur le lieu du combat, avaient pris parti pour les bourgeois.

Le recteur n'avait pu se sauver ({u'à grand' peine.

Le lendemain, il convoqua l'université anx Bernardins, exposa ce qui s'était passé, et après mûre délibération il fut décidé que toutes les classes seraient fermées u tant en deçà qu'an delà des ponts » ; après quoi, la plupart de ceux qui avaient assisté à l'assemblée allèrent aux obsèques de Mauregard, qui fut inhumé le jour même à Saint-Germain-le-Vieux.

Instruits de la décision prise par l'université, le président delà chambre des comptes, le prévôt de Paris et quelques autres personnes de marque se transportèrent auprès du corps enseignant pour le prier de revenir sur sa détermination et de reprendre ses cours, mais il ne voulut rien

C'ix

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