XV- SIÈCLE
Yanfois ■«. — L'entrie du roi. — Collège de la Merci. — Ëgliie Saint-Benott. — Saiot-Ëtienne du Hont. — La aa* blonniïre dea Tuileries. — Les premières reutea de l'Hôtel da Ville. — La peste. — La basoche. — Le comte de Saint-Vallier. — Après Pavie.
^ RAHçois I", après s'être fait sacrer à t Reims, Ie25 janvier 151S, vint pren- ! dre la couronne k Saint-Denis et fit ï son entrée solennelle à Paris le fS '' février.
Dès le jeudi 18 janvier, le lieutenant de la ;ompa(;Die de •> monsieur le grand escuyer » 'était rendu auprès de messieurs du bureau de a ville pour les informer qu'il avait plu au roi ui donner charge do faire dresser et ordonner les joutes pour le jour de son entrée et, à ces auses, il venait les prier de faire diligence.
A quoi il lui fut répondu que l'on ferait son devoir ; « et incontinent mandèrent les maitres des œuvres de la ville et leur ordonnèrent de ce faire, n
Le lundi 23, les conseillers, quarteniers et nombre de bourgeois s'assemblèrent pour aviser ce qu'il serait boo de faire pour la réception du roi H et du mieux qui se pourra, combien que la ville ait eu par cy-devant à supporter beaucoup de chargea, au moyen de quoy, elle est en grans restes M ce qui voulait dire qu'on n'avait pas beaucoup d'argent disponible; cependant, malgré
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Tétat des finances, il fut convenu qu'on ne diminuerait rien des solennités et préparatifs accoutumés, « tant d'aller au-devant dudit seigneur (le roi) en honnorables habits et livrées comme de porter le ciel (le dais) sur ledict seigneur, faire dresser lisses pour les joustes, tendre et nettoyer les rues et y mettre barrière ez carrefour, et finalement faire toutes choses requises et accoustumées par cy-devant par le faict des rois et roines et quant au don jusqu'à dix mil francs ou environ.
« Et le jeudi quinzième^jour du mois de febvrier ensuivant, le roy fîst son entrée àParis environ trois heures après midy, laquelle fut moult honnorable et triomphante, plus que de longtemps n'avoit esté veu, tant de la part des communaultez de la ville qui alloient au-devant en honnorables habits de livrée dont mes dits sieurs prévost des marchands et eschevins et clerc de ladite ville vestus de robbes my-parties de velours cramoisy et tanné fourrées de martres, jusques à la chapelle Saint-Denis faire audict seigneur la révérence que de luy qui estoit vestu tout de blanc d'argent traict par -dessus son harnois et faisoit continuellement saults et penades, en sorte que chacuns s'en émerveilloit comme des princes et seigneurs qui l'accompagnoient en gros nombre et multitude de gens grandement accoustrez d'orfaveries à leurs devises. Et en bel ordre marcha ledict seigneur et sa compagnie jusques à Notre- Dame de Paris, et delà au Palais, où fut faict de par ledict seigneur en la manière accoustumée un gros et somptueux souper auxdicts princes et seigneurs. Et y soupèrent et eurent leur table ledicts prévost et échevins et ceux qui avoient porté le ciel de par les communaultez de la ville sur ledict seigneur à ladicte entrée et aucuns autres notables personnages de la ville. Et après le souper se relira ledict seigneur et sa compagnie chacun en son quartier. »
A ce procès-verbal officiel de l'entrée du roi il faut ajouter celui qui a trait au don de joyeux avènement que les rois de France avaient coutume de recevoir et dont Louis XII, son prédécesseur, avait fait remise à ses sujets.
« Et le dimanche, unzième jour de mars en suivant audict an, fut par mesdits sieurs prévost des marchands et eschevins accompagnez de plusieurs conseillers et bourgeois de la ville présenté au roy en don de par la ville, à cause de son entrée et joyeux avènement à la couronne, le don qui avoit esté pieça advisé et ordonné : c'est à savoir un ymage de saint François assis sur un pied double à quatre pilliers; entre les- (juels pilliers a une salemande (salamandre) couronnée, tenant en sa gueule un escripteau esmaillé (le rouge et blanc auquel a en escript Nutriscor et extinguo et au-dessus d'icelle couronne, un petit ange tenant une cordelière, en laquelle estoit assise une grande table d'esmeraulde car-
rée, iceluy image portant de hault, compris le dict pied et le chérubin deux pieds et demy ou environ, le tout d'or pesant 43 marcs 4 onces 3 gros, touché et prisé par le maistre de la monnoye de bon or d'escus à 23 carats, lequel don el présent fut par ledict seigneur en la présence de plusieurs princes et seigneurs receu et accepté joyeusement, en remerciant la ville, et s'offraot avoir les affaires d'icelle en bonne recommandation. Et au présent faire estoient présens deai notaires que la ville y avoit menez pour en aroir acte. »
Pendant les premiers jours qui suivirent Teatrée « triomphante »> , il y eut des joutes el des tournois dans la rue Saint-Antoine, devant Thùtd des Tournelles. Un des jouteurs, Saml-Aubin, j fut tué. Le roi fut un de ceux qui signalèrent li plus leur adresse. Il resta à Paris jusqn'aprti Pâques et tint un lit de justice le 14 et le 29 mais. La ville fit encore un don à Louise de Savoie, mère du roi, qui se composa de vûsselle d'argeot pour le prix de 2,500 livres. De son côté, le roi donna au chancelier Antoine Duprat l'hôtri de Piennes ou d'Hercule, situé auprès de» Grands Augustins et que le chancelier occupiit déjà et fit « nombre de présents » aux prmca et seigneurs de son sang et aux nobles de n
cour.
« Si l'avènemement de François I" fut nnbcao jour pour les hommes, a dit M. de Lescure, ilfnl encore plus beau pour les daines. On peut di» qu'elles montèrent sur le trône avec le nouveau roi. Admises pour la première fois aux banquets des tournois de Thôtel des Tournelles, cette haidie innovation donnait la mesure de leurs nouvelles destinées et du crédit réservé par le plus galant des rois à la plus belle partie du genre humain. i
En effet, ce fut à partir de cette époque qw Paris, lumineux foyer de la Renaissance, deyinlle paradis des femmes, sous le règne d'un roi qui, loin d'imiter ses prédécesseurs constamment préoccupés du soin de refréner le libertinage, le mit à la mode et ne craignit pas d'attacher à sa cour une troupe de filles de joie sous la direction d'uDe dame, ainsi que le démontre cet ordre signé de François P' :
« François, par la grâce de Dieu , roy de France, à notre amé et féal trésorier de notre épargne, maître Jehan Du val, salut et dilection. Nous voo- Ions et nous vous mandons, que des deniers d« notre dite épargne vous payez, baillez étdélinw comptant à Cécile de Viefville, dame des Gllesde joye, suivant nostre cour, la somme de 43 livre tournois, faisant la valeur de 20 écus d'or sel i 45 sols pièce, dont nous lui avons fait et faison* don par ces présentes, tant pour elle que pour le* autres femmes et filles de sa vocation, à déparlir entr'elles ainsi qu'elles aviseront, et cepourleur droit du mois de may passé.... »
Dos la première année du nouveau règne Pi»
commença à s'entretenir d«s équipées amoureuses de son roi.
En avril 1515, un prêtre poète qui se faisait appeler M. Cruche, fît jouer publiquement à la place Maubert une farce dans laquelle on voyait une poule qui se nourrissait sous une salamandre. « laquelle poulie portoit sur elle une chose qui ^stoit assez pour faire mourir dix hommes, laquelle chose estoit à interpréter que le roy aimoyt -et joyssoit d'une femme de Paris, qui estoit fille d'un conseiller à la cour du parlement, nommé M. Lecoq. Et icelle estoit mariée à un advocat au parlement, très habile homme qui avoit tout plein de biens dont le roy se saisit. »
François !•' fut informé de celte représentation, il prit avec lui huit ou dix de ses gentilshommes et ils allèrent souper à la taverne du château, rue de la Juiverie. Le repas terminé, on envoya prier Cruche de venir à la taverne pour y jouer sa farce, inais dès qu'il y eut mis le piçd, il fut immédiatement dépouillé de ses vêtements, battu à Taide de fortes sangles, et il allait être, à demi mort, mis dans un sac et jeté à la rivière, s'il n'eût au milieu de ses cris indiqué, en montrant sa tonsure, qu'il était prêtre ; cette qualité le sauva, le roi et des courtisans se retirèrent lui lai.ssrmt la vie. -' Quelques jours avant cette scène, dont le récit ^gaya fort les Parisiens, les ambassadeurs de la république de Venise étaient venus à Paris, et le roi les avait reçus (le 25 mars). La cérémonie fut imposante. Les évêques d'Angoulême et de Coutances et le sénéchal de Toulouse étaient allés chercher les envoyés et les avaient amenés devant le roi fort richement vêtu de brocart blanc; lorsqu'il les vit entrer il se leva, tenant sa toque à la main et les embrassa avec effusion, en les assurant qu'il se disposait à partir pour l'Italie avec une puissante armée. Le 30, ces ambassadeurs vinrent prendre congé du roi et repartirent.
Ce fut peu de temps après que fut fondé à Paris le petit collège de la Merci, par Nicolas Barrière, procureur général dé Tordre de la Merci, qui acheta à Alain d'^Albret, comte de Dreux, une place et -uiie masure près l'église Saint-Hilaire pour y faire construire ce collège, et une chapelle attenante. En 1750,1e collège servait d'hospice aux religieux de l'ordre. Supprimé au commencement de la Révolution, il devint propriété nationale, et fut vendu le 23 septembre 1793. Une petite cour placée au-dessous du collège exista longtemps sous le nom de cour d'Albret.
Le 2 avril 1516, il y eut grande procession; le parlement se rendit à Notre-Dame avee le clergé de la Sainte-Chapelle et les quatre ordres mendiants. On y porta la vraie croix, et Ton fit des prières pour que le roi, qui était dans le Milanais, revint victorieux.
Quelques jours après, Fleurant Texécuteur de ta justice, coupait, aux Halles, le cou à un gentilhomme; mais il prit mal ses mesures et ne fit que
blesser le condamné. La foule qui entourait Téchafaud se rua alors sur le bourreau qui, éperdu, fit un effort pour se dégager et parvint à fuir à toutes jambes, poursuivi par des furieux qui l'aocablaient de coups de pierre, il se réfugia dans une cave, mais cela ne le sauva pas. Le peuple jeta du bois enflammé dans la cave, et le malheureux Fleurant mourut étouffé par la fumée. Deux de ses plus acharnés persécuteurs furent annotés et fouettés sur la place du Pilori,
La mort de Louis XII avait empêché les clercs de la Basoche déjouer et de danser comme ils se proposaient de le faire le jour des Rois. Ils adressèrent une requête à la cour le 1" février suivant pour demander que le receveur des amendes leur délivrât une somme de 60 livres pour les indemniser des préparatifs qu'ils étaient entrain de faire lorsque le décès du roi était venu soudain les rendre inutiles. La cour reconnut le bien fondé de cette réclamation et accorda les 60 livres. Mais les écoliers des divers collèges qui, eux aussi, aimaient à jouer des farces, n'étaient pas en même faveur auprès du parlement, car, en 1516, le 5 janvier, la cour manda devant elle Jehan Bolù, principal des grammairiens du collège de Navarre, Bernard Roillet, principal du collège de Bourgogne, Jacques du Molin, principal du collège des Bons-Enfants et plusieurs autres appartenant aux divers collèges de Paris auxquels elle fit défense « déjouer, faire ou permettre déjouer en leurs collèges aucunes farces, soties et autres jeux contre Thonneur du roy, de la royne, de M"^* la duchesse d'Angoulême, mère dudict seigneur, des seigneurs du sang ne autres personnages estans autour de la personne dudit seigneur, sur peine de punition contre ceux qui feraient le contraire, telle que la cour verra estre à faire. »
Le vendredi 19 février, Pierre Legendre, trésorier de France, remontra à la cour que plusieurs habitants du Pont-au-Change avaient fait élever sur le milieu et derrière leurs maisons de petites loges et chambrettes, ce qui devait nuire à la solidité du pont, et la cour faisant droit à cette sage observation, ordonna que les orfèvres et changeurs demeurant sur ledit pont députeraient trois ou quatre d'entr'eux afin de s'entendre avec les maîtres des œuvres de Paris, au sujet du danger que les constructions qu'ils avaient fait élever pouvaient présenter. Il faut croire que les maîtres des œuvres ne se montrèrent pas très sévères et n'ordonnèrent pas la démolition des logettes. Cependant au mois de mars, la cour s'émut de nouveau des bruits qui couraient sur le peu de solidité du pont, manda devant elle le seigneur de Saint-Blancey et messire Thomas Boyer, général de Normandie auxquels elle rr porK ce qu'elle tenait du trésorier Legendre et de la nécessité dans laquelle on se trouvait de consolider le pont, et pour mieux les convaincre, elle envoya
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chercher le trésorier qui répéta en leur présence que le Pont-au-Ghange était en imminent péril, que depuis trois jours il lé faisait visiter par des charpentiers jurés et gens a s*y connaissant, et que si on n'y remédiait promptement avant peu le pont s'écroulerait, mais que lui, Legendre, n'y pouvait rien faire, attendu qu'on prend tous les deniers qu'on peut trouver sur le fait du domaine et que c'était au seigneur de Boissy, grand maître de France d'aviser. » L'affaire en resta là, et le Pont-au-Chànge demeura en l'état juisqu'en 1621.
Deux entrées solennelles eurent lieu en 1517 : celle du cardinal de Luxembourg, en qualité de légat et celle de la reine Claude de France. La première se fit le 29 janvier et celle de la reine s'effectua le mardi 12 mai, c'est-à-dire le surlendemain du jour de son couronnement à Saint- Dénis. Le pariement et les autres corps de la ville allèrent, selon la coutume, jusqu'au village de la Chapelle pour la recevoir, et de là elle fit son entrée à Paris dans une litière magnifique, suivie de trois chariots superbement ornés et contenant les daines de sa suite. Les échevins lui présentèrent le dais à la jporte Saint-Denis.
Toute l'élite de la noblesse de France et de Bretagne se trouva à cette entrée. Les rues étaient tendues de tapisseries, et d'espace en espace il y avait des amphithéâtres et des spectacles.
Après avoir fait ses dévotions à Notre-Dame, elle remonta en litière pour se rendre au Palais où il y eut festin dans la grande salle. Le lendemain il y eut un tournoi célèbre, composé de deux bandés l'une blanche, menée par le roi, l'autre noire, conduite par le comte de Saint-Paul. On y rompit jusqu'à 600 lances et le tournoi finit par un combat de piques et d'épées à la barrière.
Ce fut en cette année 1517, que l'église Saint- Benoît de la rue Saint-Jacques fut rebâtie; la nef et les bas côtés furent achevés. Au xvii* siècle on reconstruisit le sanctuaire sur les dessins de Claude Perrault, qui y fut enterré, ainsi que le poète Dorât, René Chopin, grand jurisconsulte, le comédien Michel Baron et l'abbé René Pucelle.
On admirait sur l'autel de la chapelle de la paroisse une belle descente de croix de Bourdon.
En 1813, cette église fut fermée, et depuis elle servit de dépôt aux farines, à un théâtre et à plusieurs autres destinations.
Ce fut en 1854 que la démolition de l'église Saint-Benoit fut décidée pour le passage de la rue des Écoles, et c'est alors que son portail du XIV* siècle, qui se compose d'un grand arc ogival enrichi de sculptures de haut relief d'une belle exécution, et flanqué de deux niches que surmontent de riches dais d'architecture, fut démonté pierre par pierre et transporté au palais des Thermes.
De 1517 à 1624, c'est-à-dire pendant plus d'un siècle, on travailla à la reconstruction de l'église Saint-Étienne du Mont, un des plus curieux mo-
nument de Paris, qui offi'e un mélange heureoi des deux styles gothique et de la Rencdâsanoe. On commença par élever les parties orientales, le chœur fut terminé en 1538, en 1588 on bâtit l'aile et les chapelles méridionales ; enfin, sous les règnes de Henri II et de Charles IX on construisit les parties occidentales de l'édifice, mais Tarchitecte gêné par le portail de Sainte-Geneviève (car cette paroisse resta longtemps sous la dépendancé de Sainte-Geneviève, et il fallait traverser un passage pratiqué dans cette église, pour entrer dans Saint-Etienne du Mont), fut obligé de donner à la nef de Saint-Étienne un axe différent de celui du chœiir.
Malgré les irrégularités de son architeciare, et peutrètre même à cause de ces irrégularités Saiot- Ëtienne du Mont séduit par le charme de son ensemble et la variété de ses détails.
. Trois étages se dessinent au dehors, les chapelles, les collatéraux et le grand vaiaseaa surmonté d'une toiture aiguë qui en augmente encore la hauteur; Fédifice est soutenu par des contre-forts surmontés de clochetons et de pyramides; des chimères et d'autres animaux fantastiques servent de gargouilles et rayonnent tout autour de la toiture. Une triple rangée de feoètres'garnies de meneaux, les unes en ogive, les autres en plein cintre, percent les murs des chapelles, des collatéraux et de la nef principale. Sur le côté septentrional de la nef s*élève une tour légère, coquette, svelte, percée de longues baies, les unes ogivales, les autres cintrées et flanquée à Touest d'une tourelle ronde. Une lanterne octogone domine la plate-formé.
Le grand portail occidental, qui date du xTn*aiècle, se distingue par l'originalité de sa forme et par la belle exécution de sa sculpture, c II a perdu, dit M. Guilbermy, les statuettes de ses niches, les figures et les armoiries des tympan» et des frontons. Les balles ne l'ont pas épargné non plus dans les dernières années de nos lutt^ civiles. Au premier ordre, quatre colonnes composites soutiennent un fronton triangulaire; les fûts sont cannelés et coupés de distance en distance par des banderoUes historiées de rosaces et de palmettes, comme on en voit aux colonnes de l'ordre inférieur du dôme des Tuileries. La facture des chapiteaux est excellente* Les guiriandes qui accompagnent les colonnes, les rinceaux des frises et des encadrements, les modillons et les rosaces du fronton sont remarquables par l'ampleur du style et par le fini du travail. Dans la région supérieure de la façade, une rose à compartiments s'inscrit sous un fronton demicirculaire; une seconde rose est percée dans le pignon dont la décoration comprend aussi des pilastres cannelés et des vases richement ciselés. Deux petites portes et des fenêtres à meneaux s'ouvrent dans les parties latérales, n Ce portail a été complètement restauré de nos
SslQt-Etieane du UoDt. — Vue prise de la nie de la Uontagne-Sûate-GensTièTe.
jours soua la direction de M. Victor Baltard. Bien qae la façade de cette église ait à peine deux liècles et demi d'existence, la pierre était rongée en divers endroits et le ciment des jointa avait fait place à des mousses parasites. 11 est orné aujourd'hui de statues de MM. Valette, Vital, Dubray, Michel Pascal, Debay, Pelon, Thomas, Hillet, Ramus, etc.
A l'intérieur, d'importantes restaurations ont aussi eu lieu. Ce qui frappe surtout, lorsqu'on entre à Saint-Etienne du Mont, c'est le jubé, qui est un véritable chef-d'œuvre. L'arc très surbaissé de ce jubé, jeté avec une légèreté extraordinaire au travers du chœur, les tourelles à jour
qui coatieiment les escaliers en spirale, les rampes suspendues, sont dessinés et sculptés avec un art parfait et une délicatesse exquise. Ce jubé est pour ainsi dire une dentelle de pierre ; c'est du reste, le seul qui existe encore h Paris. Le crucifix qui le décore fut longtemps attribué à Jean Goi^on ; il est réellement de Biart père ; la chaire, une des plus belles que nous ayons, a été sculptée par Claude Lestocard d'Arraa, sur les dessins de Laurent de La Hire. Le buffet d'orgues est aussi' très remarquable; c'est une immense et monumentale boiserie du xvn* siècle.
Des vitraux d'un coloris puissant décorent Saint^Etienne du Mont; les plus beaux sont dûs
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à Nicolas Pinaîgrier, verrier du xvi* siècle. Le vitrail de la première chapelle du chœur représente Tallégorie du pressoir mystique, et contient les portraits très exacts du pape Paul III, de Gharles-Quint, de François P', de Henri VIII, du cardinal de Ghàtillon et d'autres personnages historiques.
11 faut aussi signaler le grand vitrail de l'apocalypse placé dans le collatéral nord de la nef, et les verrières des cinq fenêtres hautes de Tahside, qui sont les plus anciennes.
Jean Cousin, Claude Henriet, Leprince, Michu, François Périez, Desengives, Nicolas Levasseur, et Jean Mouriér ont travaillé à ces vitraux.
On conserve dans une des chapelles absidales de cette église le cercueil de pierre dans lequel le corps de sainte Geneviève avait été déposé. Ce cercueil qui était demeuré vide quand les restes de la sainte furent placés dans une ch&sse, fut retrouvé lors des fouilles faites en 1801 dans la crypte de Téglise abbatiale de Sainte-Geneviève, avant la démolition de cet antique édifice. Le tombeau de lapatrone de Paris, seule relique qui reste d'elle, est le but d'un pèlerinage très suivi ; il est sans cesse entouré de cierges allumés et de nombreux ex-voto couvrent les murs de la chapelle où ils sont déposés.
Le style de cette chapelle est le gothique flamboyant ; la statue qui orne Tautel est une copie de celle qui existait dans Tancienne abbaye, et qu'on a retrouvée sans tête.
La chapelle de la Vierge à Tabside a été décorée par M. Gaminade; celle des fonts baptismaux (la première à droite en entrant) est ornée de deux tableaux de M. Aligny; enfin, la troisième est consacrée à la commémoration des morts illustres inhumés dans les églises et les oimetières supprimés de Sainte-Geneviève, Saint- Etienne des Grès, Saint-Hilaire, Saint-Benoît, les Jacobins, Saint- Victor, les Carmes et le collège de Navarre.
Dans une autre chapelle de droite se voit un magnifique Christ au tombeau, groupe de huit personnes en terre cuite, « venant de l'ancienne église Saint-Benoît et qu'on attribua longtemps, à tort, à Gci main Pilon. »
Enfin une chapelle, dite du catéchisme, fut bâtie en 1856 sous la direction de M. Baltard, elle occupe l'emplacement d'une tourelle qui formait bastion à l'un des angles de l'enceinte fortifiée de l'abbaye. La voûte de celte chapelle fut, sous la Commune de 1871, percée par deux obus qui, heureusement, en tombant, n'éclatèrent pas à rinlérieur, elle fut réparée depuis.
Outre les peintures de M. Gaminade, rAnnondation y F Adoration des mages, la Visitation, et la Fille de Jaîre et celles de M. Aligny, la Persécution de saint Jean-Baptiste et le Baptême du Christ, il faut encore citer la Lapidation de saint Etienne par Abel de Pujol, le Vœu des échevins de Paris
par Largillière, le Martyre de saint Etienne par Antoine Goypel et le Saint Vincent-de-Paul deSébastien Bourdon.
Parmi les morts célèbres dont les restes so^ inhumés à Saint-Etienne du Mont, il faut mentionner le philosophe Pascal, le poète Jean Racine, Antoine et Isaac Lemaitre de Sacy, Eastacbe Lesueur, Pitton de Tournefort, Ch. Perrault, RoUin, sainte Clotilde, Clovis P' et leur fille dotilde, mariée à Amalaric.
Derrière la chapelle de la Vierge était jadis on petit cimetière.
Le charnier, qui embrasse Féglise an nord, est bâti en forme de cloître avec pilastres doriques, arcades cintrées et voûtes en berceau, aatour d'une cour étroite qui formait autrefois le petit cimetière dont nous venons de parler. On n'j arrive que par l'intérieur de l'église.
En 1790, le curé de Saint-Etienne n*avaît poor revenu qu'un casuelquine dépassait pas 6,000 livres. En 1793, les élèves des écoles se réunissaient dans l'église tous les quintidis et les décadis poor chanter des hymnes patriotiques. £n 1795, ce furent les théophilanthropes qui en firent le temple de la piété filiale.
Le 3 janvier 1857, à l'ouverture de la neuvaioe de sainte Geneviève, l'archevêque de Paris Sibour fut assassiné dans l'intérieur de réglise, ce qui occasionna sa fermeture pendant quelque jours; elle fut purifiée solennellement, et une inscription latine gravée en caractères du xin* siècle (pourquoi? on l'ignore) rappelle cet événe-
Nous avons dit qu'en 1871, la voûte de la chapelle du catéchisme avait reçu deux obus, deux autres tombèrent au-dessus du buffet du grand orgue, où ils firent de grands ravages ; le portail fut aussi criblé de balles ; mais là se bornèrent les dégâts, dont la réparation occasionna une dépense de 12,000 francs.
L'église Saint-Etienne du Mont est église paroissiale de première classe.
Avant la guerre de 1870 les revenus de la fabrique dépassaient 45,000 francs, mais ils scot moindres aujourd'hui.
Avons-nous besoin d'ajouter que le nom de Saint-Etienne du Mont vient de la situation su le haut de la montagne Sainte-Geneviève.
Une question religieuse agita Paris en 1518. Le concile de Latran,qui avait confirmé le concordat de Léon X avec François I*'', venait de finir, et les deux parties contractantes trouvaient chacune leur avantage dans les termes du nouveau traité qui abrogeait la pragmatique sanction. Mais le clergé, le parlement et l'Université de Pari* étaient d'accord pour y faire opposition. Tontefois, le roi passa outre et ordonna la publication et l'enregistrement du concordat.
Nouvelles protestations de la part des trob corps, et l'Université fit afficher un décret portant
défense à toas imprimeurs jurés d'imprimer le concordat, sous peine de se voir exclus du corps universitaire ; il y eut des processions d'opposants et les prédicateurs qui, pour la plupart appartenaient à Tuniversité, ne se génèrent pas pour déclamer contre le roi, mais celui-ci irrité de ces façons d'agir, ordonna de faire cesser ce mouvement séditieux et de sévir contre les coupables : déjà les écoliers commençaient à s'agiter; on emprisonna les plus mutins. L'université, fidèle à ses traditions, envoya aussitôt des députés pour demander l'élargissement des prisonniers, mais les députés furent éconduits et prêtres, docteurs et écoliers furent obligés de se soumettre ; l'agitation se calma et le concordat imprimé et enregistré, il n'en fut plus question.
Une exécution capitale réclama d'ailleurs l'attention des Parisiens. Le 19 août 1518, fut décapité par arrêt du parlement, maître Christophe Legon avocat, demeurant à Angers; il fut mis à mort « pour ses démérites et falsifications » on lui reprochait entre autres méfaits, des faux commis « mesmement pour la dernière foys contre un gentilhomme du pays nommé M. du Boys Daulphin, pour et à la faveur d'un reliigieux de l'ordre de Premontret, abbé de l'abbaye, pour raison du droict de chasse de quelques boys prétendu par ledict seigneur du Boys Daulphin contre ledict abbé, pour lequel il avoit falsifié aucunes lettres par les avoyr frottées d'eau-forte en aucuns lieux d'escripture pour y mettre quelque chose contre vérité. »
Après l'exécution, son corps fut pendu au gibet de Paris. Six faux témoins qu'il avait subornés furent battus de verges par les carrefours de Paris, et au Pilori en présence de l'avocat criminel, l'un d'eux fut même marqué au front d'un fer chaud.
Depuis qutîlque temps Louise de Savoie, mère «du roi, se plaignait du mauvais état de sa santé et •en attribuait la faute à l'insalubrité du palais des Tournelles qu'elle habitait. Ce palais bâti sur un fonds marécageux était entouré d'égouts et environné des immondices de la ville qui croupissaient le long des murs ; elle supplia le roi de lui donner une demeure plus saioe, et François I" jeta son dévolu sur Thahitation que Nicolas de Neuville, chevalier, secrétaire des finances et trésorier de France, possédait au faubourg Saint- Honoré au lieu appelé la Sablonnière où se trouvaient des tuileries, c'était auprès de la porte Saint-Honoré et des fossés de la ville, proche la Seine et sur le chemin qui allait de la porte Saint-Honoré au bois de Boulogne.
Il fit visiter les bâtiments, cours et jardins, clos de murs, qui formaient la propriété, la trouva de son goût et proposa au chevalier de Neuville de lui donner en échange le château et le parc ^e Ghantelou, situés auprès de Chartres.
L'échange se fit et Louise de Savoie alla s'ins-
taller à la Sablonnière. Mais, soit que sa santé altérée n'y devint pas meilleure, soit tout autre motif, elle ne tarda pas à s'ennuyer dans cette maison de campagne, et elle la céda par donation viagère à un officier de la cour, qui la revendit plus tard à Catherine de Médicis, qui y fit bâtir le château des Tuileries.
Une maladie contagieuse qui avait toutes les apparences de la peste s'abattit sur Paris. En 1519, les administrateurs de THÔtel-Dieu résolurent de faire bâtir une maison près de l'abbaye de Saint- Germain des Prés, à l'efiet d'y mettre les pestiférés, mais les religieux, craignant la contagion, formèrent opposition à ce dessein et obtinrent de la cour un arrêt de défense.
Toutefois, cette maladie disparut tout à coup, comme elle était venue.
Une maison qu'on appela plus tard, sans qu'on sût pourquoi, la maison de la reine Blanche, fut construite en 1519, rue du Foin-Saint-Jacques à l'angle de la rue Boutebrie; elle avait une très , jolie porte donnant accès dans les bâtiments, situés au fond d'une cour ouvrant à l'angle des deux rues; elle possédait en outre, dans son jajv din, trois colonnes destinées à supporter un étage en bois.
Elle fut démolie en 1858, pour l'ouverture du boulevard Saint-Germain et le dégagement du musée des Thermes; sa charmante porte d'entrée flanquée de deux colonnes corinthiennes ornées de cannelures, et dont la décoration se compose d'entrelacs, de cartouches, de figures de génies d'une excellente exécution du xvi** siècle fut démontée et transportée à l'hôtel de Cluny où elle a été réédifîée, et elle donne passage de la cour du musée dans les jardins qui l'entourent, o
En 1521, la guerre fut déclarée entre François P' et Tempère ur Charles-Quint ; la ville de Paris accorda au roi 1000 hommes de guerre à pied ; pour aider à payer la solde de ces troupes, le roi donna des lettres patentes le 15 février, contenant la permission de lever certaines aides, et la ville en demanda l'enregistrement à la cour qui les enregistra à la condition que, si les corps des marchands qui avaient spontanément offert certaines sommes étaient ponctuels à les payer mensuellement, ainsi qu'ils s'y étaient volontairement engagés, ils ne seraient point compris dans la levée de ces aides. Les drapiers avaient ofl'ert 12,000 livres, les merciers même somme, les épiciers et apothicaires 3,500 livres, les pelletiers 500 livres, les bonnetiers 800, les teinturiers 600, les tanneurs 100, les baudoyers 200, les corroyeurs 100, les mégissiers 300, les marchands de merrain 200, les orfèvres et affineurs 400, les changeurs 150, les chapeliers et plumassiers 100, les armuriers et fourbisseurs 10 », les potiers d'étain 50 et enfin les marchands de laine 500.
On voit que le commerce parisien n'hésitait pas à s'imposer des sacrifices quand il s'agissait
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de soutenir le pays, même dans des guerres qu'ils eût bien souvent déconseillé de faire, si on lui eût demandé son avis — mais on ne lui demandait pas, il payait de lourds impôts, et le seul droit qu'on lui reconnût était celui d'offrir son argent au roi, quand le rendement des impôts ordinaires n'était pas suffisant.
Or, à ce miment, François I" avait un tel besoin d'argent, qu'il vendit à Nicolas de Neuville, seigneur de Villeroy, à rachat perpétuel, les greffes de la vicomte de Paris pour lui et ses successeurs, moyennant la somme 50,000 livres, et le parlement enregistra les lettres de vente, mais cela ne suffisait pas encore; le roi, qui était homme d'initiative, pour se procurer des ressources, imagina de créer des rentes sur l'Hôtel de ville de Paris. G'est-à-dire qu'il vendit et aliéna au prévôt des marchands et aux échevins de la ville, des sommes de deniers de rente annuelle et perpétuelle, à prendre sur certains revenus de l'Etat, avec pouvoir aux concessionnaires de revendre ces mêmes rentes aux particuliers et de leur en passer contrat de constitution pour leur servir de titre.
La première aliénation qui fut ainsi faite à l'Hôtel de ville de Paris est du 27 septembre 1522, elle était de 16,666 livres 13 sous de rente à prendre sur les fermes du bétail à pied fourché vendu en la ville, faubourgs et marchés de Paris, y compris celui de Saint-Laurent, et sur l'impôt du vin vendu au quartier de la Grève.
Cette rente émise au denier 12, c'estrà-dire à 8,33 pour cent, représentait la somme capitale de 200,000 livres payée au roi.
Ces rentes furent facilement placées, les bourgeois de Paris ^trouvant cette nouvelle valeur d'autant plus excellente, que le paiement en était régulièrement fait par le receveur de la ville. Aussi, lorsqu*en 1533, le roi se vit de nouveau dans la nécessité de faire un emprunt, les bourgeois remirent-ils d'eux-mêmes entre les mains de Jean Tronchon, prévôt des marchands, une somme de d 00 ,000 livres que le roi accepta pour 8,333 livres 6 sous 8 deniers de rente, à prendre sur son domaine, au choix du prévôt des marchands et des échevins; contrat qui fut confirmé par lettres patentes du 20 décembre 1536, enreislrées au parlement.
On sait combien de fois depuis on eut recours i ce genre d'opérations; en 1562, c'est-à-dire quarante ans environ après la création des premières rentes sur l'Hôtel de ville, ces rentes se montaient à 1,938,000 livres!
La peste dont on se croyait débarrassée, reparut tout à coup en 1522, mais cette fois avec un caractère beaucoup plus grave, elle frappait avec une telle rigueur les Parisiens, que le roi signa des lettres patentes le 10 septembre, ordonnant que le parlement tiendrait ses séances à Melun, mais le parlement écrivit le 23 au roi que la peste
se visant aussi bien à Melun qu'à Heaux, SeDik, Ëtampes, Gorbeil et dans tous les autres environ de Paris, la continuation des séances devenaitiA. possible ;~la plupart des officiers, des procureon et des avocats s'étant sauvés en province en toate hâte, pour être à l'abri du danger.
Le roi qui était à Saint-Cermain vint à Paris à l'effet de rassurer les habitants par sa préseneeet se logea au palais des Toumelles, le 30. Quatre médecins. Le Girier, de Ruel, Braithon et de Gommois assurèrent le parlement que jamabils n'avaient vu plus grand danger pour la vie des habitants, qu'il n'y avait nulle me qui ne fût ravagée par le fléau. Les curés et vicaires de Saint- Germain-l'Auxerrois, de Saint-Etienne da Mont, de Saint-Sè vérin et de Saint- Eustache tinrent le même langage, et de nouveau, le parlementsapplia le roi de le dispenser de siéger. Le 7 novembre, il se tint au palais une assemblée générale où furent obligés d'assister les lieutenants civil etcriminel du prévôt de Paris, le doyen et le chantre de l'église cathédrale, les gens des comptes, le prévôt des marchands, les échevins et 1^ médecins de la ville ; et le 8 on dressa au parlement une ordonnance aux termes de laquelle il fut défendu à tous hôteliers, taverniers, rôtisseurs, p&tissiers, charcutiers, poissonniers, fruitiers eti tous ceux qui logeaient et vendaient des vivres dans les maisons où il y avait eu des pestiférés depuis le 1*' octobre et où il pourrait en survenir jusqu'au i*' janvier de loger « aucuns passansoo survenans, et de vendre ou distribuer aocons vivres. » Il fut aussi défendu à tout fripier, regntier ou autre personne « que se mesloient de vendre des meubles, lits ou habits, d'en acheter ou d'en vendre aucuns qui fussent venus delieox suspects de contagion. »
Défense encore fut faite à tous ceux quidemenraient dans des maisons où il n*y avait pas de <( cloaques et de privés » de jetter les inunondicei dans les rues; ordre aux propriétaires de ces maisons d'y faire creuser incessamment des décharges pour ces sortes d'immondices, avec défense de nourrir des pourceaux et autres animaux dans l'intérieur de la ville pour les vendre, le tout sous peine d'amende arbitraire et de prison. « Ordonné, de plus, que toutes les maisons où il y a eu par le passé où dans lesquelles il J aurait dans la suite danger de peste, seraient marquées d'une croix rouge, afin qu'on évitât d'y entrer et de servir de rien qui en ^ sorti. »
Le roi, par un édit de 1523, sépara de la juridiction du prévôt et du Ghàtelet de Paris toota les causes et matières dont il connaissait, en qualité de conservateur des privilèges de l'Université, et pour le jugement de ces causes, il établit os bailliage nouveau dont le siège fut à l'Hôtel de Nesles ; il y créa un bailli, un lieutenant, ai avocat, un procureur du roi, douze conseilleri,Qa
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PARIS A TRAVEnS LES SIÈCLES
Arcadet du portsil de ,régliK Sùot-Beuolt, exposies au musée de CIudj.
ludiencier, un soua-audiencier et douze sergents.
Mais cette organisation déplut h ceux du parement, qui ne pouvaient souffrir que leur pou- 'oirfût diminué ou réglenaenté, et le 9 mars, le irév6t de Paris, ses lieutenants civil et criminel, es conseillers du Cb&telet, les gens du roi et les ;refliers du mâme siège, les sergents à la douzaine et les 220 sergents à cheval, les S20 sergents i verge du Ch&telet, les huissiers du parlement et e greffier notaire des privilèges royaux de l'Unirersité, donnèrent au parlement leurs causes l'opposition à la mesure édictée par le roi ; l'Uni- 'ersilé même se joignit à eux.
Or, le roi François I°* n'aimait pas qu'on se Dit en travers de ses volontés. Lorsqu'il apprit ce {ui se passait, il envoya au parlement le sieur de a Barre, gentilhomme ordinaire de sa chambre, e prévenir qu'une fois pour toutes, il entendait, juaiid il donnait des lettres palenLes, qu'elles dussent, enregistrées nonobstant les oppositions de ;ui que ce Tùl.
Le parlement essaya de traîner les choses en longueur en ordonnant une enquête sur la nécessité de l'établissement d'un bailliage, en faisant connaître au roi qu'il informerait. Toutes ces lenteurs ne Tirent qu'irriter le roi; le i7 mars il envoya au parlement le comte de Saint-Paul porteur d'un ordre exigeant l'enregistrement immédiat de son édit; le comte avait mission d'assister à la délibération, defa^onàfaire connaître au roi le nom de ceux qui se permettaient de n'être pas de son avis.
Le parlement délibéra et enregistra : le 30 avril, le chevalier Jean de la Barre parut au parlement, avec le titre et la qualité de Bailli de Paris.
Toutefois, cet office ne dura que quatre ans, et au mois de mai 1936 le bailliage, fut supprimé et sa juridiclion réunie à la prévAté et au Chàtelet de Paris. Comme par le passé, le parlement enregistra les lettres de suppression, comme il avait enregistrer celle de création.
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A propos du Ghâtelet, un auditeur de ses basses, audictoires, M* Jean Frolo, fut condamné pour meurtre à faire amende honorable sur la place du dhâtelet, à avoir le poing coupé devant la demeure •de sa victime, à être traîné sur une claie jusqu'à la place du pilori des halles, où on lui trancha la tête, après quoi il fut pendu en effigie à Montfaucon. On trouve dans Sauvai cette mention relative à la pendïdson par figure. «A Etienne Lefebvre pour avoir fait ladite figure quatre livres 8 sols parisis. Pour une torche pesant deux livres de cire, 12 sols parisis. Pour une chemise froncée pour mettre sur ladite figure; 8 sols parisis. Pour une paire de chausses noires pour mettre sur la dite ûgure, 20 sols parisis. Pour le louage d'une robe de drap noir doublée, pour les parements de demie ostade et bordée à l'entour d'avocat, avec wn pourpoint de velours noir, 12 sols parisis. »
Nous avons vu les basochiens demander une indemnité pour le préjudice causé à leurs jeux par la mort de Louis XII; les confrères de la passion furent moins heureux. Quand la peste éclata à Paris, la cour fit défense aux maîtres de la passion de jouer leur mystère, sous peine de mille livres parisis d'amende et de la prison, mais en 1521 Ja même cour du parlement ordonna à « Hervé de Kaerqueûnen, receveur des exploits et amendes d'icelle cour, de bailler et délivrer aux receveurs de la bazoche 60 livres parisis pour leur aider à supporter les frais et mises qu'il leur ■convient faire pour les monstres et jeux qu'ils ont faits en ce mois de May. »
« Nous avons omis de noter que le 14 novembre ioii, le roi avait nommé Pierre Filloti, archevêque d'Aix, gouverneur de Paris en l'absence du comte de Saint Paul. Le 10 janvier 1523, les lettres qui Tavestissaient de cette fonction furent enregistrées au parlement, mais à certaines conditions restrictives, dues à la qualité d archevêque <lu nouveau gouverneur qui informa contre elles, -et il fallut qu'un nouvel enregistrement du 7 février, vint confirmer ses pouvoirs.
Au mois de juin, le 30, le roi s'était rendu au palais pour y tenir un lit de justice; et cette cérémonie fut le prétexte de troubles; il y avait force mécontenlsparmi les Parisiens, qui se plaignaient de la dureté des temps, et quelques collisions s'étaient élevées aux environs du palais, entre les sergents et les gens du peuple, qui depuis quelques jours marchaient armés dans les rues; quelques-uns furent tués. Le bailli du palais, mis en demeure de prendre des mesures de précaution, fit planter des potences à lentrée du palais ; une d'elles fut enlevée, l'effervescence se calma en apparence; mais il y avait dans les esprits le germe des idées nouvelles qui allaient bientôt diviser le pays en deux partis ennemis.
Louis de Berquin, gentilhomme amiénois, qui fut l'un des premiers à distribuer les écrits de Luther, était l'objet de poursuites; le parlement
avait fait saisir ses livres et ses papiers, et le procès qu'on lui intentait commençait à passion* ner les Parisiens. Le 1*' août il fut décrété d'arrestation et écrdué à la Tour Carrée de la conciergerie ; pendant ce temps, le connétable de Bourbon, qui venait d'être débouté des droits qu'il faisait valoir à la succession de Charles P', due de Bourbon, s'était allié à Charles-Quint et au roi d'Angleterre pour faire la guerre au roi de France, et menaçait de marcher sur Paris, —ou plutôt on le craignait. François P', pour rassurer les Parisiens, envoya vers eux le sire de firion, qui les assura que le roi avait tant de considération pour la ville de Paris, qu'il se perdrait plutôt lui-même que de la laisser prendre, qu'il voulait exposer sa vie pour la défendre, vivre et mourir avec les Parisiens, et que, s'il ne pouvait y venir en personne, il y enverrait sa femme, ses enfants et sa mère et tout ce qu'il avait et possédait, persuadé que lorsqu'il aurait perdu le reste du royaume, il viendrait bien à bout de recouvrer ses pertes s'il pouvait conserver Paris; qu'il était dans le dessein d'y amener 10,000 Suisses, qu'il connaissait l'affection et l'attachement que portaient à sa personne le parlement et la ville, qu'il les en remerciait et les exhortait à lui continuer une fidélité qui lui était si utile.
Ces belles paroles firent grand plaisir aui bourgeois. Le parlement ouvrit ses séances le 3 novembre, par un ordre particuU er du roi, et y enregistra des lettres royales qui nommaient le duc de Vendôme lieutenant général.
Celui-ci se hâta de visiter aussitôt les fortifications de Paris, et fit commencer des tranchées autour des faubourgs qui existaient entre la Porte Saint-Honoré et celle Saint-Martin; mais huit jours après elles furent abandonnées à cause de leur peu d'utihté et de la longueur de l'ouvrage; au printemps suivant on éleva de petits bastion? pour y placer de rarlillerie.
Afin de seconder le duc de Vendôme dans ses préparatifs de défense, le parlement et la ville résolurent de lever 2,000 hommes de pied et de les solder pour un mois. On ajouta à cette troupe un certain nombre de pionniers chargés de nettoyer et de relever les fossés.
Il fut arrêté dans une assemblée tenue au Palais le 5 novembre, que pour les frais de cette levée d'hommes on imposerait par les quartiers la somme de 16,000 livres. Le parlement paya sa part.
Malgré la fidélité et l'attachement des Parisien? dont se félicitait le roi, il faut croire qu'il y avait à Paris des gens sur lesquels il eût été dangereux de compter d'une façon absolue, car au mois de décembre, nous voyons une seconde fois le parlement mander les principaux des collèges de Navarre, de Sainte-Barbe, de Fortet, du cardinal Lemoine, de la Marche, de Cocquercl, de Reims, le procureur de l'Université de Paris et le député par la faculté de médecine, pour leur renouveler
la défense de laisser jouer dans leurs collèges aucunes farces ou jeux scandaleux contre le roi. D'ailiei]!^, le connétable de Bourbon avait des partisaiR; quelques-uns furent arrêtés et emprisonnés, parmi lesquels des personnages^ tels que Tévèque du Puy en Auvergne et messire Marc de Brie, qui furent amenés à Paris et écroués à la Bastille.
Messire Jean de Poitiers, seigneur de Saint- Vallier, capitaine des cent lances de la maison du roi, fut aussi appréhendé au corps et conduit à la Conciergerie. Il fut jugé le 16 janvier suivant et, par arrêt du parlement, déclaré criminel de lèsemajesté et, comme tel, privé de tous honneurs et de toutes dignités et condamné à être décapité, après avoir subi la torture pour déclarer ses complices.
Le jugement comportait en même temps confiscation de tous les biens du criminel au profit du roi. L'exécution en fut fixée au 17 février, à la place de Grève ; ce jour-là, à huitheures dumatin, on entra dans la prison où se trouvait le comte et on lui retira le collier de Tordre qu'il portait, puis à trois heures de Taprès-midi on le mena sur la grande table de marbre du Palais où il fut proclamé traître au roi. On le fit monter ensuite, tête nue, sur un cheval, et un archer de la ville monta en croupe derrière lui; le bourreau menait le cheval par la bride ; un chanoine de Notre- Dame, Incelin, curé de la Madeleine, se tenait à sa gauche et le lieutenant criminel était à sa droite. Ce fut en cet équipage qu'il fut conduit à la Grève. Arrivé sur cette place, deux aides-bourreaux le montèrent sur un échafaud.
Il y était à genoux en attendant le coup qui devait le frapper, lorsque des cris inusités frappèrent son oreille : le mot grâce venait d'être prononcé et volait de bouche en bouche ; un courrier venant de Blois à franc étrier, arriva sur la place, tenant à la main un pli scellé aux armes du roi.
C'était la commutation de peine du condamné en celle de la prison perpétuelle.
Il fut aussitôt sursis à Texécution, le comte de Saint-Yallier fut ramené à la Conciergerie sur une mule et l'on procéda à la vérification des lettres au parlement. Le 1" avril suivant, le comte était conduit à Loches.
Au mois de mars, le roi, de retour à Paris, assista à une procession qui eut lieu de Saint-Germain TAuxerrois à Notre-Dame, et il s'éleva pour cette procession une vive discussion, au sujet du rang que les différentes personnes tenues d'y assister devaient y prendre. La question de préséance était alors une grosse affaire et il fallut que le roi interposât son autorité pour assigner les places. Voici comment fut réglé l'ordre des processions. Les églises marchaient les premières, suivies des évêques et autres prélats ; venaient ensuite les chevaliers de l'ordrp, pni? los ducs d'Alençon,
de Vendôme et de Longueville, et le roi après, immédiatement suivi du chancelier. Le cortège se partageait alors en deux groupes, l'.un à droite, l'autre à gauche. A droite, c'était le parlement, le prévôt des marchands, les échevins et bourgeois de Paris, à gauche ; la chambre des comptes et les gentilshommes de la maison du roi.
Nous avons vu deux fois, pendant les années qui précédèrent Tan 1000, et en 1179, de sinistres prophéties annoncer la fin du monde et nombre de gens crédules se désoler par avance à propres de l'événement qu'ils se gardaient bien de mettre en doute. En 1524, l'astrologue allemand Stoffler ayant prédit un déluge qui devait arriver cette année le bruit s'en répandit à Paris et les églises s'emplirent de fidèles qui venaient se prosterner au pied des autels pour demander à Dieu qu'il ne déchaîna pas ce funestre fléau. Beaucoup de dons furent à cette occasion faits aux établissements religieux. — Ce ne fut pas l'eau qui fut à craindre mais le feu.
A la faveur des troubles occasi onnéspar le connétable de Bourbon et qui ne faisaient que s'accroître, des incendies furent allumés sur divers points de l'Ile-de-France; plusieurs incendiaires furent arrêtés ; parmi e ux se trouvaient de jeunes enfants de huit à dix ans, et bien que ces malheureux enfants ne f ussent que les instruments inconscients des véritables criminels, ils furent brûlés vifs. Le 2 juillet 1524, une femme et un enfant de quinze ans périrent sur le bûcher, place Maubert; au mois d'octobre fut aussi brûlé en Grève un vieillard accusé du m ême crime.
Ces incendies jetaient la terreur dans la population et, pour mettre Paris à l'abri de toute tentative de ce genre, le parlement ordonna aux habitants de faire le guet de nuit à partu* de neuf heures du soir, et personne n'en fut exempt; chacun devait se trouver prêt dans son quartier, suivant les ordres du prévôt des marchands, des échevins et des autres officiers de la ville préposés à cet effet. « Ordonné à ceux qui ne pourroient aller au guet eux-mêmes, d'y mettre à leur place des personnes capables dont ils répondroient, sinon, permis aux officiers de la ville d'en mettre aux despens des deffaillans. »
Commandement fut fait à tous les habitants de mettre chacun aux fenêtres de leur logement donnant sur la rue une lanterne garnie d'une chandelle qui devait être allum(^e à neuf heures, et de se fournir d'eau en quantité suffisante pour pouvoir prendre part à l'extinction d'un feu qui serait signalé. De plus, il fut publié que si dans le délai de huit jours, quelque conspirateur affilié à des gens ayant dessein de mettre le feu dans la ville de Paris voulait faire avorter l'entreprise en dénonçant ses complices soit au prévôt des marchands, soit à Jean Croquet, l'un des échevins, le parlement lai promettait abolition et seize livrespari»sis de récompense.
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Celte ordonnance fut publiée le 7 juin, et le même jour les Parisiens firent tous boucher les soupiraux de leurs caves.
Grâce à toutes ces précautions, on n'eut aucun sinistre à déplorer à Paris, mais ]a misère était grande, Thiver avait été rude, les blés et les légumes avaient été gelés ; il avait fallu au commencement de Tannée labourer les terres de nouveau et les ensemencer de sorte qu'à la mi-août, les blés ni aucun autre grain n'étaient mûrs, ce qui fit prodigieusement augmenter les vivres.
Le 25 octobre, on reçut dans Paris la nouvelle de la prise de Milan par le roi et un Te Deum fut chanté solennellement à Notre-Dame le même jour; on fit des feux de joie par toute la ville et ceux-là qui souffraient le plus dé la cherté des subsistances se prirent à espérer que cette victoire allait peut-être apporter un peu de bien-être au peuple. L'illusionne fut pas longue; quoiqu'il en soit, le lendemain on fit une procession générale, où l'on porta la croix de victoire de la Sainte- Chapelle à Notre-Dame. Les rues furent tendues; i'évêque de Tournai officia et le parlement assista en robes rouges à la procession, ayant à sa gauche le prévôt des marchands, les échevins, les marchands, les archers, les arbalétriers et les arquebusiers de la ville.
Le dimanche 6 novembre, nouvelle procession où le chapitre de Notre-Dame porta l'image de saint Sébastien; les rues étaient pareillement tendues et le même prélat officia, mais l'Hôtel de Ville seul, sans le parlement, assista à la cérémonie.
L'année 1524 s'écoula de la sorte; une lettre, écrite de la chartreuse de Pavie le 28 octobre, avait fait espérer que le roi serait bientôt maître de cette ville dont, était-il dit dans cette lettre, les commandants avaient déjà capitulé. On était donc sans inquiétude sur le résultat de la lutte lorsque tout à coup une nouvelle reçue le 7 mars 1525, jeta la consternation dans Paris.
Le roi de France était prisonnier !
On apporta au parlement des lettres de la reinemère, régente du royaume, qui mandaient la prise du roi à la suite de la bataille de Pavie et sa détention, et dans lesquelles, cette princesse priait la cour de s'employer à tout ce qu'elle jugerait nécessaire pour le bien et la conservation du royaume.
Ce fut une désolation générale. Huit mille soldats avaient été tués sur le champ de bataille, et un nombre considérable étaient prisonniers ; les Parisiens n'aimaient pas la régente, et des conciliabules se tinrent pour produire un mouvement destiné à retirer la régence à la reine-mère pour l'off'rir au duc de Bourbon-Vendôme, le seul prince du sang qui fût resté en France ; mais le parlement prit aussitôt toutes les mesures nécessaires pour assurer la sûreté de la ville. Il en fit fermer toutes les portes; les ponts furent levés et les clefs
portées à l'Hôtel de Ville, excepté celles des porta Saint-Antoine, Saint-Denis, Saiot-Honoré, Jacques et Saint-Victor, qui devaient ouvertes ; mais, dans la crainte qu'il ne s'iiil slt par ces portes des gens suspects , la gas^ia fut confiée aux présidents et conseillers dafs*lement, aux officiers de la chambre des conplei, aux généraux de justice et aux pins notabln bourgeois delà ville qui devaient se releva àtov de rôle et examiner soigneusement tonsçen^ se présentaient pour entrer. Un grand, otfpfhi d'archers, d'arbalétriers et d'arqueba»ent^li ville étaient à leur disposition à chaciutfti||MMi portes. ■ '\
Il fut en outre prescrit de tendre les la rivière et de tenir toutes prêtes à être. celles des rues, de renforcer le guet, dejj les maisons de lanternes, de n'ouvrir les la ville qu'à six heures du matin et de. à huit heures du soir, d'en confier les seuls quarteniers. Ordre fut donné aa, du guet de mener régulièrement le gnel. toutes les nuits, afin d'empêcher que les et les bateliers ne passassent personne par la rivière «t qu'ils tinssent leurs bat chaînés et cadenassés.
Le prévôt des marchands et les éche^rôSi tenus d'aller loger à l'Hôtel de Ville et dyj tenir un nombre de gens armés 8uffî$ai4: assurer le bon ordre.
Toutes ces prescriptions furent religieui observées; la population tout entière compKnait combien il était urgent de ne pas se laisser surprendre par l'ennemi, et ce fut à qui se signalerait par l'observation du devoir. Afin de donner l'exemple de l'obéissance aux ordres du parlement, Jean de Selve, premier président, et Antoise Le Viste, président, furent les premiers qui vinrent s'ofiPrir pour monter la garde aux portes.
La surveillance fut complète et incessante; il fut enjoint au prévôt des marchands et au Iieat^ nant criminel d'envoyer défendre à tous les hôteliers de lo^er qui que ce fût sans en avertir U cour, l'archevêque d'Aix, gouverneur eipieutenant général de Paris, ou le prévôt des marchands, et d'ordonner aux quarteniers de faire le rele^ quotidien des gens de chaque maison.
Il fut aussi réglé que chacun des conunissaira serait accompagné de dix sergents pour emp^ cher toute tentative d'émeute, et on ordonna as prévôt de mettre l'artillerie de la ville en état Ua conseil spécial d'administration intérieure devenait indispensable pour veiller à l'exécutioa de toutes ces mesures de détail ; une assemblée fut convoquée pour le nommer, et le parlement j députa ses présidents, un maître des requête, dix conseillers,et ordonna qu'on y mandat l'évègoe de Paris ou ses vicaires, le chapitre de Notre4>aise, la cour des comptes, le prévôt des marchands et les échevins, les quarteniers, les généraox
Dès qu'il ftvait touché U chasse, le boiteux jetait ses béquillei, et le peuple criait aa miracle. (Page 364. col. 2.)
lux de la justice et une douzaine des bourgeois ;s plue notables.
ËnCn il Tut commandé à Nicolas d'Origny, l'un es conseillers de la cour, d'aller aux monastères es Carmes, des Jacobins, des Augustins et des lordeliers et aux diflêrenta collèges de l'univerité, pour faire établir les râles des religieux et coliers étrangers qui s'y trouvaient et défendre ux prieurs de ces couvents et aux principaux es collèges, de laisser sortir de la ville ou de ecevoir aucun étranger, sans prévenir la cour, B gouverneur ou le prévôt.
L'assemblée eut lieu dans l'après-midi au ^alais; on confirma tout ce qui avait été prescrit e malin, et le prévAt des marchands demanda |ne des patrouilles de trente à quarante homaes fissent pendant la nuit le tour des murailles, « qui fut accordé.
L'évèque de Paris fut invité à ordonner des >rières publiques et des processions en faveur de a délivrance du roi et des autres prisonnierset >our la conservation du royaume.
On convint de choisir vingt personnes qui se- Liv. 46
ratent chargées de la direction des affaires publiques et de les engager à prendre connaissance des ordonnances qui avaient été r;endues à l'occasion de la dernière venue des Anglais et de s'en inspirer pour en rendre dans le même sens; on fut d'avis en outre, d'envoyer deux ou trois députés au seigneur de Montmorency, pour )e prier de venir à Paris et d'y amener quinze ou vingt gentilshommes, sur lesquels on put compter en cas d'attaque.
Le parlement se chargea de son cdté d'écrire au duc de Vendôme, au comte de Guise et au grand sénéchal de Normandie, qui se trouvaient sur les frontières, pour les avertir de toutes les mesures qu'on avait prises et pour les prier de faire savoir à Paris ce qui se passait dans leurs quartiers.
Le 9 mars, le prévôt des marchands fil son rapport aux vingt-quatre conseillers de la ville assemblés; les chaînes étaient dressées, l'artillerie mise en ordre et les réparations commencées. On procéda aussitôt à la nomination de six personnes qui devaient être prises dans le corps de
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ville pour assister à rassemblée des vingt. On nomma le prévôt des marchands avec Tun des échevins, puis Louis de Harlay et Jérôme de Marie, comme gens de robe courte, et Robert Le Lieur et Nicolas Hennequin, marchands. Le lendemain, il fut réglé au parlement qu'on députerait en outre à cette assemblée les présidents avec sept conseillers de la cour et que le reste de rassemblée serait composé de trois officiers de la chambre des comptes, de l'évêque de Paris, d'un chanoine de Notre-Dame, d'un abbé et de deux docteurs de l'université.
Pendant que tout ceci se passait à Paris, la régente envoyait des courriers porteurs de missives aux différents souverains, afin de les consulter sur la meilleure façon à employer pour rendre la liberté à son fils.
Quelques-uns de ses courriers durent passer par la capitale et se trouvèrent retardés dans leur marche par Tenquête dont ils furent Tobjet ; le parlement ordonna que tous ceux qui arriveraient à Paris, seraient introduits à toute heure de jour et de nuit et seraient incontinent menés à l'Hôtel de Ville pour être, de là, conduits au premier président qui les interrogerait. Le seigneur de Montmorency arriva le 11 et se mit à la disposition du gouvernement, ainsi que les gentilshommes qu'il avait amenés avec lui, en assurant qu'il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour la sûreté et la tranquillité de la ville; le 11, il se présenta des gens de la campagne qui se plaignirent qu'aux environs d'Athis et de Vitry 1,900 cavaliers environ et un certain nombre de gens de pied ravageaient tout. Montmorenc}envoya des hommes d'armes et bientôt on apprit que dans plusieurs autres villages aux environs de Paris, des soldats du duc de Guise bataillaient au cri de ; « Vive Bourbon I » contre les paysans, et, comme toujours, rien n'égalait les violences et . les déprédations de ces partisans qui se conduisaient comme des ennemis en pays conquis.
Le premier président ordonna aussitôt un [recensement des forces parisiennes, hommes, armes et munitions, et fit immédiatement mettre des portes à quelques hôtels abandonnés, tels que l'hôtel de Rouen, celui de la reine et celui de Nevers, qui pouvaient servir d'asile aux vagabonds, et ordonna qu'on les tînt fermées.
Il y avait un autre danger qu'il était urgent de conjurer, c'était le zèle des prédicateurs, toujours disposés, à exciter les esprits, sous prétexte de les apaiser^ le premier président y songea; il fît venir chez lui tous les prédicateurs de la ville et leur recommanda « de prêcher sagement et discrètement et de s'abstenir de parler de ceux qui avoient eu ou qui avoient encore l'administration des affaires du royaume » . Mais si lesprédicateurs jBe conformèrent à ces instructions, on vit circuler dans les églises de Paris des billets anonymes exhortant le peuple à chasser le chancelier.
Il fallait couper court à ces manifestatioQt; le 17, dans une assemblée tenue àl'HôteldeTiile. on nomma trois personnes pour aller trouver li régente à Lyon et s'entendre avec elle sor la conduite à tenir; mais, le 21, cette princesse fil connaître qu'en attendant qu'elle vint à Pahi avec les enfants du roi, elle était absolument dans l'intention de. suivre les avis du parlemcDl; qu'elle avait donné les ordres nécessaires poork paiement de la solde des gens de guerre, des cours souveraines et des autres officiers du royaume, et qu'elle demandait qu'on mit en liberté tous h prisonniers détenus par ordre du roi, tantàk conciergerie du Palais qu'ailleurs, à l'eiceptiai de ceux qui avaient été arrêtés comme complice^ du connétable : — ce qui fut exécuté.
Le prévôt des marchands réclama le rétablissement des ponts-levis qui existaient auipcsil} deSaint-Cloud, Saint-Maur, Poissy, Pontoisc,€te., et Jean Briçonnet, président à la chambre dr^ comptes, fît prendre un arrêté conceraaDlle voiries dont la hauteur démesurée commaodail la ville. Ces voiries étaient des dépôts d'immosdices qui, en se grossissant sans cesse, avaieai fini par devenir de véritables collines dontroccBpation par l'ennemi pouvait être fort prédense pour lui. Il fut décidé qu'on les raserait.
Cependant rien ne paraissait devoir justifier un tel luxe de précautions et, le 7 avril, JeanRoK^ avocat du roi^ et le prévôt des marchandsséoiirentdes dépenses considérables qu'elles occaào»naient à la ville, et ils prièrent le parlement (Tj mettre ordre ; on commença par réduire le noabre des archers et des bourgeois préposés aoi diverses portes ; par défendre aux bourgeois de garde de faire « aucuns festins ou banquets « ei de dépenser chacun plus de quinze sous par jor, on contraignit les mendiants valides des dm sexes, dont le nombre était considérable, à tnvailler aux fortifications de la ville moyennaBî un prix modique, et on enferma les autres dis; les hôpitaux.
Malgré ces dispositions, on avait peine à Injaver l'argent nécessaire pour payer les panvre gens qu'on faisait travailler, et la misère M toujours en augmentant ; ce n'était, par les ne, que malheureux en haillons, au teint hâve, iiaploran t de la charité publique un peu de pain po^ subsister ; des femmes avec leurs enfants, mtfquant d'ab/i, en étaient réduites à coucher sffi^ pavé; l'assemblée, informée de ce fai)t,essapiie remédier au mal en envoyant les femmes el i^ enfants loger à l'hôpital Saint-Gervais, et en obligeant l'établissement de Saint-Jacques l'HôpiU^ destiné aux pèlerins, à recevoir et hébergtfî* hommes qui n'avaient pas d'asile; les p^^ murmurèrent bien un peu, mais l'évêque ^ Paris invoqua son autorité, et les pauvres p!^ eurent un gîte.
La régente, pour venir au secours des P«fr
^ens pauvres, n*avaît rien trouvé de mieux que le décréter une loi somptuaire bannissant toute
iperfluité, tant dans la toilette que dans la nouriture ; mais le parlement refusa de s'y prêter, et |pn se contenta d'engager les gens à renoncer à l'usage du drap de soie et à apporter la plus jurande économie dans les dépenses de bouche. l6es membres donnèrent Texemple des réformes ; les conseillers de la cour n'eurent plus que trois chevaux, les maîtres des requêtes quatre, et les présidents cinq. Les femmes furent exhortées à renoncer aux litières, et durent se borner aux simples haquenées; les prélats eurent aussi à modifier leur mise, et tous les fonctionnaires furent formellement invités à se conformer à ces idées de réforme.
Hélas 1 tout cela ne donnait pas de pain ni de travail à ceux qui en manquaient, et, le mal s'aggravant au lieu de cesser, le parlement écrivit le 10 mai, à la régente pour la prier de faire faire les mêmes remontrances aux nobles, aux officiers du roi, aux avocats et aux procureurs des divers bailliages, et pour qu'elle voulût bien défendre à perpétuité rentrée en France des draps de soie, d'or ou d'argent, des satins brochés, velours et satins cramoisis, des fourrures et de toutes les peaux qui venaient des pays ennemis.
Cinq cents pauvres furent de nouveau employés aux travaux de fortification, moyennant un salaire de 20 deniers par jour.
Depuis quelque temps, on voyait dans les rues de Paris errer des individus portant de longues Ijarbes et armés de bâtons. L'état de crainte perpétuelle dans lequel on vivait, appela Tattention ^»ur ces gens qu'on soupçonnait être étrangers et une ordonnance fut rendue contre le port des l)âtons; elle interdisait également les grandes barbes, « qui sembloient cacher quelques desseins [lernicieux contre le repos de l'Estat. »
On avait résolu de refondre l'artillerie, mais ou manquait de métal, et il fut question de se servir des cloches ; elles étaient si nombreuses à Paris que cec^o^ins couvents en possédaient sept ou huit, bien qu'ils ne dussent en avoir qu'une; mais le parlement n'osa les employer. Il craignit que cette mesure jetât l'alarme partout; toutefois, afin de ne pas exciter le mécontentement public, les couvents et les églises furent invités à modérer leurs sonneries, et défense fut faite aux paroissiens de fabriquer aucune nouvelle cloche.
On avait tout fait pour opposer une défense sérieuse aux attaques des ennemis du dehors ; mais il était beaucoup plus difficile de se mettre en garde contre les entreprises de ceux du dedans; des réunions de mécontents se tenaient nuitamment et des gens de sac et de corde s'empres* saient, aussitôt les portes ouvertes, d'aller ravager la banlieue de Paris, et ils revenaient le soir se cachei dans les quartiers où on n'osait guère les aller chercher; la cour des Miracles était le
refuge ordinaire de tous les misérables qui venaient cacher dans ce coin de Paris sombre, sale, boueux et tortueux leurs prétendues infirmités et leurs criminelles souillures.
La cour des Miracles s'étendait entre l'impasse de la Gorderie (sur l'emplacement de laquelle une partie de la rue Thévenot fut ouverte) et les rues de Damiette et des Forges ; son entrée était dans la rue Saint-Sauveur. Elle existait depuis le xup siècle. Victor Hugo en a laissé une superbe description dans sa Notre- Dame de Paris,
Plusieurs autres repaires du même genre se voyaient dans Paris, et Dulaure prétend que sous Louis XIY on comptait encore : la cour des Miracles, dont nous allons parler ; la cour du Roi- François, située rue Saint-Denis ; la cour Sainte- Catherine, dans la même rue ; la cour Brisset, rue de la Mortellerie; la cour Gentien, rue des Goquilles; la cour de la Jussienne, dans la rue du même nom ; la cour Saint-Honoré, entre les rues Saint-Nicaise, Saint-Honoré et de l'Échelle; la cour des Miracles, rue du Bac; la cour des Miracles, rue de Reuilly, et encore une cour des Miracles, rue Jean Beausire.
Mais celle qui, au xvi® siècle, formait un véritable quartier de la ville, était la cour des Miracles de la rue Saint-Sauveur, qui servait de refuge aux gueux et aux vagabonds.
« Elle consistait, lisons-nous dans les Antiquités de Sauvai, en une place d'une grandeur très considérable et en un très grand cul-de-sac puant, boueux, irrégulier, qui n'est point pavé. Autrefois il confinait aux dernières extrémités de Paris. A présent il est situé dans l'un des quartiers les plus mal bâtis, les plus sales et les plus reculés de la ville, entre la rue Montorgueil, le couvent des Filles-Dieu et la rue Neuve-Saint- Sauveur, comme dans un autre monde. Pour y venir, il se faut souvent égarer dans de petites rues, vilaines, puantes, détournées; pour y entrer, il faut descendre une assez longue pente tortue, raboteuse, inégale. J'y ai vu une maison de boue à demi enterrée, toute chancelante de vieillesse et de pourriture, qui n'a pas quatre toises en carré et où logent néanmoins plus de cinquante ménages chargés d'une infinité de petits enfants, légitimes, naturels, ou dérobés. On m'a assuré que dans ce petit logis et dans les autres habitaient plus de cinq cents grosses familles entassées les unes sur les autres. Quelque grande que soit cette cour, elle l'était autrefois encore davantage. De toutes parts elle était environnée de logis bas, enfoncés, obscurs, diff'ormes, faits de terre et de boue et tous pleins de mauvais pauvres. »
En efl'et, sous François I", la cour des Miracles avait une physionomie bien plus caractérisée encore que sous Louis XIV. Des ruelles étroites et fangeuses, se glissant à travers des masures en bois écloppées et boiteuses, tournaient et rêve-
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naientsur elles-mêmes pour aboutir à un cloaque repoussant. Ni Tair ni le soleil ne pénétraient jamais dans ces venelles infâmes, d*où s'échapi aient en toute saison des odeurs nauséabondes et, trop souvent aussi, des miasmes pestilentiels. Là, végétaient, dans la plus sordide malpropreté, les sujets du royaume de la gueuserie. Tout ce que Paris recelait de gueux, faux boiteux, faux aveugles, faux lépreux horribles à voir, couverts d'ulcères, se vautraient là dans Torgie, la ripaille effrénée, le jeu... Mais laissons la parole à Victor Hugo ; une page de lui en dira plus que toutes les descriptions :
i( Telle était cette redoutable cour des Miracles où jamais honnête homme n'a pénétré, cercle magique où les officiers du Ghàtelet et les sergents de la prévôté qui s'y aventuraient disparaissaient en miettes; cité des voleurs, hideuse verrue à la face de Paris, égout d'où s'échappait chaque matin et où revenait croupir chaque nuit ce ruisseau de vices, de mendicité, de vagabondage, toujours débordé dans les rues des capitales, ruche monstrueuse où rentraient le soir avec leur butin, tous les frelons de' Tordre social, hôpital menteur où le bohémien, le moine défroqué, Técolier perdu, les vauriens de toutes les nations. Espagnols, Italiens, Allemands ; de toutes les religions, juifs, chrétiens, mahométans, idolâtres, couverts de plaies fardées, mendiant le jour, se transfigurant la nuit en brigands, immense vestiaire en un mot, où s'habillaient et se déshabillaient à cette époque tous les acteurs de cette comédie éternelle que le vol, la prostitution et le meurtre jouent sur le pavé de Paris. C'était une vaste place irrégulière et mal pavée, comme toutes les places de Paris alors. Des feux, autour desquels fourmillaient des groupes étranges, y brillaient çà et là. Tout cela allait, venait, criait. On entendait des rires aigus, des vagissements d'enfants, des voix de femmes. Ees mains, les tètes de cette foule, noires sur le fond lumineux, y découpaient mille gestes bizarres. Par moments, sur le sol où tremblait la clarté des feux mêlée à de grandes ombres indéfinies, on pouvait voir passer un chien qui ressemblait à un homme et un homme qui ressemblait à un chien. Les limites des races et des espèces semblaient s'effacer dans cette cité comme dans un pandémonium. Hommes, femmes, bêtes, âge, sexe, santé, maladies, tout semblait être commun parmi ce peuple, tout allait ensemble, mêlé, confondu, superposé; chacun y participait de tout. »
Ajoutons à cette peinture réaliste, que tous ces truands reconnaissaient une véritable hiérarchie, qu'on distinguait chez eux trois catégories distinctes : les capons ou voleurs, les francsmitous ou mendiants, et les rifodes ou vagabonds. L'ensemble ' formait un royaume dont le chef s'appelait le grand Coësre ; il portait une bannière sur laquelle était figuré un chien mort et,
tout comme son collègue le roi de France, il avait une cour et des courtisans.
C'était le royaume de l'argot, dont le codeoB formulaire prescrivait le vol et le brigandage.
Son enceinte, limitée à la cour des Mirael^^ était lieu d'asile, tous les historiens l'ont répété; mais nous ne pensons pas que ce droit eût jamak été officiellement reconnu, et il existait bien pistôt par la force des choses, en ce sens que, lorsqu'un voleur ou un assassin se réfugiait dans l'un des bouges dont nous avons parlé, on préférait l'y laisser en paix que de s'exposer à Teo tirer. Quoi qu'il en soit, les argotiers étaient bien maîtres chez eux et jouissaient en toute liberté du droit de vivre comme bon leur semblait Afin de ne pas permettre qu'on les accusât de maaquer de religion, ils avaient volé une statue du Père éternel dans l'église Saint Pierre au Bœufs et l'avaient placée dans une niche devast laquelle ils se signaient volontiers.
D'ailleurs, il faut remarquer que les moines et les gens de la cour des Miracles vivaient en aseï bonne intelligence, et il ne serait pas impossible que le nom donné à cet enclos vint de l'empressement avec lequel les argotiers criaient an miracle chaque fois qu'il s'en manifestait on dafi§ les rues de Paris ; et disons en passant qae les miracles s'opéraient souvent sn leur faveur. Lorsque les moines faisaient quelque procession soleanelle, en promenant par les rues les reliques don saint, il n'était pas rare de voir un franc-miîoa paralysé, boiteux ou épileptique chercher à toucher la châsse ; en vain on voulait l'éloigner, il redoublait d'efforts, et à peine était il paryenD à coller ses lèvres sur le coffre sacré, qu'aussitôt le boiteux jetait sa béquille, l'épileptique casait d'écumer et le peuple émerveillé criait : Miraclel
On dit même qu'on vit plusieurs fois des moines pénétrer la nuit dans la fameuse cour et en ressortir sans avoir reçu le moindre mauvais traitement.
Pendant bien des années^ cette société de voleurs mendiants subsista, et son important augmenta sans cesse. Sous Louis XIY, ses noisbreux membres étaient divisés en cagoux, en orphelins, en marcandiers, en rifodes, en malingreux et capons, en piètres, en polissons, es francs-mitous. en callots, en sabouleux,] en hobains, en coquiUards, en courtaux de bontaoge et en drilles.
Les cagoux, qui tenaient le premier rang daos cette singulière association de malfaiteurs, étaleot pour ainsi dire les professeurs des nouveanx admis ; ils enseignaient l'art de couper les bourses, la recette propre à se procurer des pto factices, en un mot, tous les moyens propres à solliciter la charité publique et au besoin à forcer les gens à la faire à leur insu.
Les orphelins étaient de jeunes garçons qai jouaient le rôle d'enfants abandonnés et se gli^
La Cour des Miraclea était le repaire sumbre et torlueiii de tooB lea miEérable».
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Baient dans les maisons pour s'emparer de tout ce qui leur tombait sods la main.
Les marcandiers se donnaient pour des marchands ruinés pai les guerres et demandaient une aumfine qu'ils exigeaient quand, la nuit venue, un bon bourgeois tombait entre leurs mains.
Les rifodes mendiaient à l'aide de faux certificats.
Les malingreux contrefaisaient les malades, en simulant les plus dégoûtantes affections ; ils fréquentaient de préférence les églises et imploraient des secours pour s'en aller en pèlerinage.
Les capons mendiaient dans les rues et les cabarets.
Les piètres étaient de faux estropiés, marchant avec des potences ou contrefaisant les culs-dejalte.
Les polissons étaient une variété des capons et procédaient par intimidation.
Les francs-mitous, soit disant mourant de faim, tombaient en défaillance au milieu des rues et parvenaient de la sorte à récolter de fructueuses aumônes.
Les callots se disaient récemment guéris de la teigne et prétendaient arriver de Sainte-Reine,
Si l'on manquait d'arfcent poor payer les soldats, on leur permettait d
r le peuple. (Page 367, col. t.
ib ils avaient été miraculeusement délivrés de eur mal.
Les bubaios exhibaient un certincat attestant |ue, mordus par un chien enragé, ils avaient été ;uéris par l'intercession de saint Hubert.
Lies saboulenx étaient de faux épilepUques qui e procuraient de prétendues crises au moyen l'un morceau de savon placé dans leur bouche tqui simulait l'écume.
Les coquillards représentaient des pèlerins >enant de Saint-Jacques ou d'autres lieux de .èlerinage.
Les courlaux de boulange, mendiants d'hiver, jeloltuent de froid sous leurs haillons.
Les drilles ou narquois mendiaient en uniormes militaires et disaient avoir reçu des blesures qui les empêchaient de travailler.
Le nombre de tous ces misérables était devenu
si grand et leurs mauvais coups étaient si fréquents dans la ville, qu'on se résolut à sévir vigoureusement; en 1656, une armée véritable d'archers et d'exempts envahit la cour des Miracles sous la conduite de plusieurs commissaires. Les mendiants et truands voulurent fuir, mais le quartier était cerné.
Voleurs, mendiants et vagabonds furent arrêtés; puis on fit un tri, quelques-uns furent relâchés, les autres demeurèrent en prison, oa furent envoyés k l'hApital.
La cour des Miracles avait vécu. Cependant elle conserva longtemps encore sa mauvaise renommée, et peu à peu, les gens de mauvaise vie y avaient reparu, bien que la rue Thévenot eût été ouverte sur une partie de Bon emplacement en 1676. Le U mai 1716, un arrêt du conseil d'État porta ce qui suit : « Le ray ayant esté in-
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formé que le cul-de-sac de Tétoile au quartier Montorgueil, près la ville neuve, servait de retraite presque toutes les nuits à toutes sortes de gens de mauvaise vie, et qu'il s'y commettoit quantité de désordres au préjudice de la sûreté publique et des bourgeois qui y ont leurs entrées et issues, et qu*il seroit très facile d*y remédier en l'élargissant pour y mettre une porte de fer à son entrée, dont les propriétaires qui y ont des maisons auroient chacun une clef ; à quoy voulant remédier, le roy étant en son conseil, etc., ordonna qu'il serait avisé aux fins ci-dessus. »
En 1784, des lettres patentes du 21 août ordonnèrent la construction d'une nouvelle halle à la marée et à la saline sur le terrain appelé la cour des Miracles. Enfin le 8 prairial an YIII, le conseil des bâtiments civils ordonna le dégagement de remplacement sur lequel avait été établi le marché dit du Petit-Carreay, et ordonna l'ouverture des deux rues de Damiette et des Forges.
Ce fut dans un local de la cour des Miracles, que vers 1840, des Templiers ou tout au moins des prétendus membres de cet ordre célèbre, se réunirent pour essayer de galvaniser une institution depuis longtemps ensevelie sous les ruines du passé, mais cette tentative échoua, et aujourd'hui ce qui reste de la cour des Miracles est devenu le centre d'un quartier de fabricants, dont les mœurs et les usages ne rappellent en aucune façon ceux des truands de jadis.
Mais sous François lo"*, et alors que le roi chevalier expiait à Madrid la perte de la bataille de Pavie, la cour de^^ Miracles était dans toute sa splendeur, et ceux qui l'habitaient causaient une assez vive inquiétude au prévôt des marchands et à l'évêque gouverneur.
Le 22 mai 1525, l'assemblée des Vingt prit une résolution tendant à arrêter un certain nombre de faux mendiants qu'on soupçonnait fort être des maraudeurs de la pire espèce, mais avertis à temps, ils décampèrent. Pendant ce temps, le chiffre des mécontents grossissait toujours, et c'était suEtout au sujet des portes de la ville qu'on murmurait; certains bourgeois prétendaient qu'il n'y en avait pas assez d'ouvertes, d'autres au contraire qui craignaient toujours une attaque inopinée, soutenaient qu'on donnait aux gens trop de moyens d'entrer dans la ville, puis c'était à qui se plaindrait de la fatigue qu'occasionnait la garde de ces portes. On décida que les portes seraient ouvertes à quatre heures du matin et fermées entre neuf et dix heures du soir, que la porte Saint-Martin demeurerait ouverte pendant tout le temps du Landit, et qu'on y entretiendrait pareil nombre de gardes qu'à celle Saint-Denis.
Les entreprises des vauriens, des pillards et des « mauvais garçons » devenaient de plus en plus audacieuses ; ils avaient pour chefs trois bandits : Esclaireau, Barbiton et Jean de Mets, qui produisaient une telle terreur, que les archers
qu'on envoya contre eux pour les arrêter priférèrent leur conseiller de fuir, dans la crainte d'être tués par eux; cependant des bateaux de sel ayant été volés le 7 juin auprès des Gélestins, le prévôt des marchands mena le guet contre eux; ils se défendirent à coups d'arquebuse, repoussèrent le guet jusqu'au port SaintrLandry et faillirent tuer le prévôt.
Le 14, une troupe de ces coquins parcourut la ville en criant u Vive Bourgogne 1 A sac, à sac ! i»
Aussitôt le guet fut sur pied, on se battit, et une trentaine d'hommes furent tués ou blessés des deux côtés. Bientôt, des soldats débandés et des routiers, venus on ne sait d'où, se joignirent aux truands et jetèrent l'épouvante parmi les habitants. L'un des quarteniers chargés de procéder contre eux affirma qu'il y en avait quatrevingt qui fréquentaient l'hôtellerie de la Coquille, située rue Saint-Martin, et qu'il y en avait un plus grand nombre au faubourg Saint-Denis. On demeura persuadé que tous ces vagabonds étaient des gens de guerre qui n'avaient pas été payés de leur solde, et il fut résolu qu'on enverrait soixante personnes honorables et de diverses conditions (un président de la cour en était une), avec vingt sergents pour se saisir de tous ces aventuriers et en faire justice.
C'était une mission assez désagréable à remplir et qui n'était pas exempte de danger; les vagabonds prévenus se joignirent aux bandes italiennes et corses, commandées par le comte de Belle joyeuse, qui avaient été autorisées par la régente « à vivre sur le peuple » et se livrèrent à tous les excès que comportait une pareille autorisation qui était dans les mœurs d'alors; lorsqu'on voulait mettre des soldats en campagne et qu'on n'avait pas d'argent pour les payer, on leur pe^ mettait de vivre sur le peuple, c'est-à-dire d'exiger des malheureux habitants de la ville ou de la campagne tout ce qui leur plaisait, de les rançonner, de les voler, de les piller, quitte à les rouer de coups ou à les embrocher comme des poulets, s'ils s'avisaient de se plaindre. C'était ce qu'on appelait les nécessités des gens de guerre.
Bientôt, aventuriers français ou étrangers formèrent un effectif de 4,000 hommes.
Qu'on se figure ces 4,000 bandits armés tombant à l'improviste sur les habitants de Saint- Cloud, de Sèvres, de Montreuil, ravageant, brisant, volant tout, rançonnant les religieuses de Longchamps, menaçant de venir piller le Landit^ ce qui avait si fort inquiété les marchands, qu'ils s'étaient hâtés de placer leurs marchandises sur des chariots et de s'en fuir avec.
U y avait certes là de quoi effrayer les Parisiens»
Ambroise de Ville, prévôt du comte de Bellejoyeuse, fut enfin mis en demeure de faire cesser ce désordre ; il ordonna sous peine de la hart, a tous ceux qui ne faisaient pas partie des contingents italien et corse, de se séparer des bandes^
ce qui fut exécuté ; mais tandis qu*on rejetait assez loin de Paris ces malfaiteurs, les gendarmes eu. comte de Saint-Paul se mirent aussi, faute de paiement, à vivre sur le peuple; bientôt, les gendarmes du seigneur d'AIigre, sans les imiter, causèrent aussi un certain émoi, à propos de difficultés qui s'élevèrent pour leur logement qu'ils voulaient prendre à Paris, alors qu'on voulait les envoyer en Brie.
Bref, la situation était chaque jour plus tendue dans la capitale et le malheureux prévôt des marchands, Jean Morin, avait toutes les peines du monde à assurer la paix. Au reste, lui-même était en guerre avec l'archevêque d'Aix, qui gouvernait Paris en attendant l'arrivée du comte de Saint-Paul qui était impatiemment attendu ; il arriva le 24; il était temps; les lansquenets s'étaient présentés dans la matinée pour réclamer impérieusement leur solde et menaçaient de se payer eux-mêmes.
Leurs capitaines, qui étaient venus tout exprès à cet effet en députation, furent conduits hors Paris et accompagnés par des commissaires ; ils emportaient l'assurance de voir leurs réclamations bien accueillies. Cependant, le surlendemain le prévôt des marchands vint se plaindre au parlement que les lansquenets s'approchaient de Paris après avoir pillé et détruit tout à Choisy et autres villages voisins; bientôt 3,000 d'entre eux se glissèrent dans la ville, le parlement s'émut, le prévôt de Paris et celui des marchands firent des efforts surhumains pour se procurer de l'argent, et parvinrent enfin à payer les lansquenets qui s'en retournèrent et les autres -bandés de mercenaires dont la présence autour de Paris était une menace perpétuelle.
La cour négociait la paix avec l'empereur et le roi d'Angleterre. Les craintes d'invasion qu'on avait pu concevoir devaient en conséquence disparaître. Le parlement, par un arrêt du 16 août, ordonqa que les gardes extraordinaires mises aux portes Saint-Antoine, Saint-Denis, Saint- Honoré et Saint-Yictor seraient supprimées et que toutes les portes seraient ouvertes et gardées comme elles l'étaient en temps ordinaire.
Le traité de paix fut signé, et trois lettres en forme de chartes contenant ce traité, datées de Lyon du 25 septembre et scellées du grand sceau de la régente, furent reçues au parlement pour être enregistrées. Le 10 octobre, une procession solennelle fut ordonnée.
Cette année 1525 avait été funeste à la France, et c'eût été insulter à la misère publique que de tolérer les jeux qui signalaient habituellement le commencement de l'année ; cependant l'Epiphanie approchait et les écoliers se préparaient à jouer leur farces, mais le parlement le leur interdit, <c tant par rapport à l'affliction générale, que pour éviter que la malignité n'abusât de la liberté de ces jeux pour semer quelques discours qui
auraient de mauvaises suites. » On appela les principaux des collèges au parlement le 29 décembre, et le président Guillard leur notifia la défense. Us promirent de s'y conformer.
Le jeudi !•' février 1526, une procession se fit de la Sainte-Chapelle à Notre-Dame pour demander à Dieu la délivrance du roi et, le 16 avril, il y en eut une seconde pour célébrer sa mise en liberté.
Quelque temps après, fut fondé le collège du Mans; le cardinal Philippe de Luxembourg, évêque du Mans et de Thérouanne, avait eu l'intention d'ouvrir ce collège à douze pauvres écoliers de son diocèse, mais la mort ne lui permit pas de réaliser ce dessein, et ce fut Christophe de Ghauvigné, chanoine du Mans, son exécuteur testamentaire, qui choisit l'ancien hôtel des évêques du Mans, situé dans la riie de Reims, pour y établir le collège projeté. Le cardinal Louis de Bourbon, successeur de Philippe de Luxembourg, lui donna l'hôtel, contre le paiement d'une rente annuelle de 25 livres. Le collège coûta environ 15,000 livres à établir; le bâtiment contenait 36 chambres pour loger les boursiers, les régents et les pensionnaires, sans compter les salles d'étude.
Les boursiers ne pouvaient parler qu'en langue latine, et défense leur était faite de porter l'épée ou aucune autre arme.
En 1613, les revenus de ce collège étaient si diminués, qu'ils ne pouvaient suffire aux charges; on loua les chambres et on n'enseigna plus que la philosophie ; bientôt ce dernier cours disparut et les jésuites du collège de Glermont achetèrent celui du Mans moyennant la somme de 53,156 livres que le roi Louis XIV paya pour eux sur son trésor; ils en prirent possession en 1682 et le firent abattre en 1683, pour élever à la place de nouveaux édifices. Transféré rue d'Enfer sur l'emplacement de l'hôtel de Marillac, le collège du Mans fut réuni à l'université en 1764. Les bâtiments servirent à un hôtel meublé.
A propos de collège, il fut opéré dans celui des Lombards une arrestalion qui fit grand bruit, voici à quelle occasion : un gentilhomme du Nivernais, François Andras, sieur de Changy, venait de gagner un procès au parlement de Paris contre ses trois beaux-frères qui lui disputaient la possession d'une terre; charmé d'avoir obtenu gain de cause, il résolut d'aller entendpe la messe, et il allait entrer dans l'église Saint-Jean en Grève, lorsqu'il fut abordé par un de ses anciens domestiques, François Yssot, qui le salua et
lui dit :
— Monsieur, Dieu vous garde! je m'en vais au pays, mon maître m'a*donné congé ; vous plaît-il y rien mander?
— Je te remercie, François, répondit le sieur de Ghangy, viens t'en dîner à mon logis avec moi, ensuite j'écrirai, et tu porteras les lettres à ma
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femme, que je veux informer du succès de mon procès.
Et il ajouta qu'il demeurait à renseigne du Grand Cornet, près l'église Saint-Gervais.
C'était du reste tout ce que voulait savoir le domestique i qui se hâta d'aller informer immédiatement les trois beaux-frères de Ghangy : François, Joàchim et Charles Duchastel. Ceux-ci ne perdirent pas de temps ; accompagnés d'Yssot et d'un dé leurs domestiques nommé Guillaume Ciuseau, ils allèrent attendre le sieur de Changy et dès que celui-ci sortit de Saint- Jean en Grève pour regagner l'auberge du Grand Cornet, tous cinq bien armés fondirent sur lui.
Surpris par cette brusque agression, il se défendit vaillamment l'épée à la main, mais accablé par le nombre il finUt par succomber et tomba mort sur la place ; mais attirées par le bruit, quelques personnes s'avançaient ; les assassins s'enfuirent en toute hâte, passèrent la rivière et coururent se cacher dans le collège des Lombards ; ils avaient probablement cru se réfugier dans un lieu d'asile, mais ils s'étaient trompés, et bientôt, plus de quarante sergents à verge envahirent le collège et arrêtèrent les cinq meurtriers qui furent conduits au Châtelet.
Leur procès ne fut pas long; l'enquête en fut confié au lieutenant criminel Guillaume Maillard.
Le 28 juillet 1526, ils sortirent tous les cinq du Châtelet pour aller en place de Grève subir le dernier supplice. Les trois gentilshommes, tête nue, furent d'abord menés devant l'église Saint- Gervais où avait été enterrée leur victime, et là, après avoir crié à Dieu : « Merci I » ils firent amende honorable et déclarèrent fonder une messe quotidienne pendant un an pour le repos de l'âme du sieur de Changy; ensuite ils furent conduits à la Grève pour y être décapités. La tête de François Duchastel fut plantée sur un pieu dressé sur la place de Grève, celle de Joachim orna un pieu de la porte Saint-Jacques et celle de Charles fut placée hors la porte Saint-Antoine.
Guillaume Ciuseau, qui n'était pas gentilhomme fut pendu et François Yssot fut brûlé vif.
Les corps des suppliciés furent traînés sur une claie jusqu'à Montfaucon, et y demeurèrent suspendus par les aisselles.
Les biens des trois frères avaient été confisqués au profit du roi, sauf 6,000 livres qui furent données à la veuve de Changy et à ses enfants et l'argent nécessaire à la fondation de la messe à Saint- Gervais et à une autre fondation semblable en Nivernais.
La confiscation des biens qui était toujours prononcée en pareil cas enrichissait le roi, mais réduisait à la misère les femmes et les enfants des condamnés, victimes d'un crime qu'un autre avait commis à leur insu et dont elles supportaient les peines.
Une autre exécution capitale euTlieu le 28 septembre 1526 ; ce fut celle d'un jeune écolier de l'université de Paris, Allemand de naissance, nommé Gasper Gosse, âgé de vingt-deux ans, et qui avait tué un sieur de Selve, neveu du premier président de Paris. Son père mit tout en œuvre pour le tirer d'afi'aire ; mais il ne put y parvenir, et Gosse fut pendu et étranglé au gibet de Paris.
Jean de La Barre fut créé prévôt de Paris en 1526, ou plutôt garde de la prévôté de Paris, car le titre de prévôt était devenu de pure courtoisie; le même Jean de La Barre fut en outre recoona en qualité de lieutenant du roi à Paris et dans rile- de -France, en l'absence du marquis de Saluées, gouverneur.
Le 6 novembre eut lieu la translation du corps de la reine Claude, décédée à Blois le 26 juillet 1524; le roi ordonna qu'elle fût inhumée à Saint Denis; le corps arriva de Blois à Notre-Dame, et le lendemain il fut conduit en grande pompe à la basilique de Saint-Denis, et pour la première fois on vit l'université perdre dans un cortège public la place occupée par son recteur, qui d'ordinaire marchait à côté de l'évèque de Paris et qui, cette fois, fut relégué derrière le chapitre de la cathédrale.
Les processions et les cérémonies ne ramenaient toujours pas la prospérité à Paris où Ton continuait à souffrir; aussi la ville n'était* elle pas absolument tranquille; les attaques contre la propriété et contre les personnes étaient extrêmement fréquentes et, aussitôt le soir venu, nul ne se fût hasardé dans les rues de Paris, sillonnées par les truands et toutes les variétés de voleors et de filous dont nous avons fait plus haut l'énomération. Le prévôt des marchands Germain de Marie vint au parlement le 11 novembre, exposer qu'il serait utile de remettre sur pied le guet bourgeois et de rétablir l'obligation d'allumer des lanternes à chaque maison.
Le parlement fit droit à cette demande, et décida que l'ordonnance concernant le guet et l'allumage des lanternes devait être publiée de nouveau à son de trompe dans les carrefours, et que nul ne serait dispensé de s*y conformer, pas même les gens des comptes, les généraux de justice et des monnaies, ni ceux du corps de ville.
Le prévôt de Paris fut aussi mis en demeure de commettre un lieutenant lai de robe courte qui, accompagné de vingt archers, visiterait chaque jour les rues, carrefours, tavernes, cabarets et maisons de débauche « où avaient coutume de se retirer les vagabonds, gens oisifs et sans aven, mal vivants, joueurs de cartes et de dés, quiUes^ autres jeux défendus, blasphémateurs, ruffians, mendiants valides et gens qui seraient fronvés en flagrant délit, pour les prendre et les mener dans les prisons du Châtelet, afin que leur procès fût fait par le prévôt de Paris et son lieutenant
«riminel » à la charge par ledil lieutenant de mettre aux mains de la justice les archers qui as trouveraient avoir commis quelqu'abus ou excès de pouvoir dans l'exercice de leurs mandats.
On voit que déjà à cette époque, les agents chargés d'assurer l'ordre public ne se gênaient pas pour outre-passer la limite de leurs attributions.
Q *e défendit vailUmment, l'épée ils main) md*, accablé par le nombre, U Bnitpar 8uccomber.(PBge3fîg, col. 1.)
Rentrée du roi. — Let proteetantg ; pereécuttone et eupplices. — Eiécutîon du surintendaDt dea finances. — Le brieenr* d'imagée. — La proceBûon. — Le pendn reiBuscrté. — Le Collège de Frunce. — Pootalari et le curA. - Lee Ktes de la me. — Saint-Enatache. — La peete. — L'bApital des Enfanta-IKeu.
I EHDANT que tout ceci se passait, le ^ roi habitait Saint-Germain-en-Laye r oiiil s'était rendu en quittant Madrid; j- il se décida à revenir à Paris. Son ) entrée eut lieu le 14 avril 1527 et on t une sorte d'entrée triomphale, bien que la 4:irconstance ne le comport&t guère ; quoi qu'il en soit, il fut ordonné au prévôt des marchands, aux échevins et aux maîtres d'écoles de faire tenir aux barrières du boulevard de la porte âaint-Denis devant les églises de la Trinité, du
Saint-Sépulcre, des Innocents, del'bdpital Sainte- Catherine, de Saint- Barthélémy, de l'Hôtel- Dicu, au parvis Notre-Dame, devant l'hôpital de Saint-Gervais, de Saint-Antoine et de Sainte- Catherine du "Val des Écoliers, des groupes de quatre vingts à cent enfants qui crieraient à haute voix : r Vive le roîlii sur le passage du monarque.
C'était de l'enthousiasme populaire officiel.
Le roi dîna à la Ghapelte-Saint-Denis. Les religieux des ordres mendiants et les ecclésias-
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIEiNS
tiques des églises et des paroisses de Paris se rendirent à pied jusqu'à Saint-Lazare, le recteur et les docteurs de l'université allèrent se placer à la fausse porte Saint-Martin où s'arrêtèrent les membres du chapitre de Notre-Dame et des principales églises de Paris.
Les prévôts, les échevins, les conseillers et autres officiers de la ville, suivis d'un grand nombre de bourgeois et précédés de leurs archers, arbalétriers et arquebusiers, se dirigèrent vers la Chapelle.
Le parlement, qui s'était massé à la porte Saint- Denis, monta à cheval et alla présenter ses respects au roi, qui était accompagné des princes du sang et des principaux personnages de la cour.
Le roi entra dans Paris en longeant la rue Saint-Denis jusqu'au Châtelet; arrivé là, il prit la rue de la Coutellerie et la porte Baudet et se rendit au palais des Tournelles.
Mais alors le parlement, qui suivait le roi, fut averti que la duchesse d'Angoulème venait derrière le roi, accompagnée de la reine de Navarre et de plusieurs autres princesses et dames de la cour
La situation était extrêmement délicate; le parlement devait-il fausser compagnie au roi ou laisser la reine-mère entrera Paris sans escorte?
On sait combien François P' tenait à ce que les dames fussent honorées ; messieurs du parlement n'hésitèrent pas, ils tournèrent bride et s'en allèrent au-devant des princesses qui, justement, arrivèrent en môme temps qu'eux à la Chapelle.
Ce fut le premier président Jean de Selve qui débita la harangue à la mère du roi.
Naturellement, des processions terminèrent cette cérémonie ; elles eurent lieu le mardi suivant, mais le roi indisposé ne put y assister.
Le 8 juin, autre entrée — celle des ambassadeurs d'Angleterre, de Portugal et de Venise. Le roi les « régala » splendidement dans la salle Saint-Louis au Palais et partit le 27 juillet pour Amiens, afin d'y conférer avec le cardinal d'York.
Le 23 septembre, la chambre des comptes vérifia les lettres patentes du 1" novembre 1525, par lesquelles la duchesse d'Angoulôme avait fait don de sa maison des Tuileries à Jean Tiercelin maître d'hôtel du dauphin, et à Julie du Trot, sa femme, pour la durée de leur vie, et les deux époux furent autorisés à l'habiter à la charge d'y faire les réparations nécessaires et de payer les rentes et autres droits qui pourraient être dus.
Jusqu'alors, les bourgeois de Paris s'étaient félicités du retour de leur roi et ne s'étaient point enquis de savoir à quelles conditions sa liberté avait été consentie; ils allaient bientôt l'apprendre. Le roi étant revenu à Paris au mois de novembre convoqua le 16 une assemblée de prélats, de princes, de gens de justice et de nota-
bles et lui exposa qu'il avait recouvré sa liberté i la condition de remettre à l'empereor le daeiié de Bourgogne etqu'il avait laisséen otage sesde!!i fils aînés, que son conseil n'ayant pas étédaiit qu'il abandonnât ce duché, il avait fait offrv une somme d'argent en échange, avec ordre, ea cas de refus, de déclarer la guerre à l'empereor. mais que cette somme il ne l'avait pas.
L'assemblée avait donc à délibérer sur m questions : devait-on faire la guerre à l'empereur pour l'obliger à rendre la liberté aax oUges? — Ce n'était pas d'une honnêteté absolue.
Fallait-il, au contraire, abandonner les princt$ prisonniers et les laisser en Espagne? (TéUii facile, mais peu chevaleresque.
Enfin François P' devait-il se sacrifier et rtourner en captivité pour faire délivrer ses enfants? Comme père, c'était digne, maisconiiK roi, c'était triste.
L'assemblée fut d'un avis unanime pour troaver ces trois solutions détestables, et comme ell; jugeait que l'empereur ne demeurerait pas iisensible à la réception d*une grosse somme, elk s'arrêta à l'hypothèse de payer une forte rançon; c'était assez l'avis de François P' , malhearensement, c'était l'argent qui lui manquait.
L'assemblée fixa même le prix de cette raoçoo. elle déclara que le roi devait offrir jusqu'à deai millions d'or, somme énorme pour l'époque.
La ville de Paris émit le même avis et offrit de contribuer au paiement de cette somme, ainsi que les prélats, les membres de la noblesse et les Lourgeois.
Le roi tint un lit de justice au parlement le 20 décembre. Là, le cardinal de Bourbon, parlant au nom de l'Église, ofi'rit 1,300,000 francs; If duc de Vendôme, au nom des princes et gentîlihommes présents, ne s'engagea pour aoeanê somme déterminée, mais offrit la totalité de ce que possédaient les uns et les autres. Le préTût des marchands à genoux, ainsi que les écheTisi tint le même langage, en assurant le roi que la ville de Paris était disposée à tout donner, eorfié et biens.
Le roi remercia et demanda à la ville dePaib de vouloir bien verser 100,000 écus ; une assemblée générale fut tenue à cet effet où furent appelée tous les officiers de justice, parlement, uaiveràtCr clergé, etc., et six notables de chaque quartier, etc. La somme était forte (elle représentas 200,000 francs). L'assemblée fut d'avis qu'il J avait lieu de prier le roi de vouloir bien modéitf quelque peu sa demande, tout en arrêtant qn» verserait la somme entière s'il refusait del* réduire; le roi accorda la remise du quart; c'était donc 150,000 livres qu'il fallait trouver au plis vite et on s'occupa aussitôt d'établir des wdtrain tes pour ceux qui différeraient de payer.
Le tiers du loyer des maisons de Paris ne ©testait alors qu'à 312,000 livres (deux siècles pifô
tard (1725) ces locations atteignaient le chiffre de vingt millions) .
Nous avons dit que le nombre des mécontents était grand à Paris ; la division amenée par la <]uerelle de Luther avec le pape avait considérablement augmenté ce nombre en enflammant les -esprits; bien que tout le monde connaisse Tori- ^îne du protestantisme, il occasionna de si graves •événements à Paris que nous sommes obligé de la rappeler pour Tintelligence des faits qui suivront.
En 1515, le pape Léon X avait publié une bulle qui accordait la rémission de tous les péchés aux fidèles qui achèteraient des indulgences, et des prédicateurs furent envoyés partout pour ■annoncer cette libéralité du saint-siège et engager les gens à en profiter. Ce fut alors qu'un moine augustin de la ville de Wittemberg, en Saxe, s'éleva publiquement contre la bulle papale et soutint que le souverain pontife n^avait pas le droit de vendre des indulgences.
Une seconde bulle, datée de 1518^ répondit à Luther en condamnant ses opinions. Luther, protégé par l'électeur de Saxe, accepta la lutte •et entreprit de ruiner par sa parole l'autorité des papes.
Le 15 juin 1520, nouvelle bulle contre Luther. — Celui-ci en appela au futur concile et la fit brûler. Le pape à son tour fulmina le 3 janvier 1521, son anathème contre Luther et ses partisans qui furent déclarés hérétiques.
C'était une guerre religieuse qui s'allumait et allait incendier l'Europe.
La doctrine de Luther fit de grands progrès et la Suisse l'adopta.
En France, quelques luthériens essayèrent de faire de la propagande, mais le chancelier Duprat assembla à la Sorbonne les docteurs en théologie •qui, le 15 avril 1521, rendirent un décret condamnant la nouvelle doctrine, ce qui n'empêcha pas qu'elle se répandît et fît de nombreux prosélytes dans les dilTérentes classes. Des émissaires venus de Suisse expliquaient la réforme tentée par Luther en battant en brèche les fêtes de l'Église, les jeûnes, les pèlerinages, le culte des saints, le <;élibat des prêtres, les vœux monastiques, et réclamaient surtout que les Livres saints fussent imprimés en langue française.
En 1525, Pierre Gringoire sollicita la permission d'imprimer les Heures de Notre-Dame en français; mais la Sorbonne, consultée par le parlement, décréta que de pareilles traductions « tant de la Bible que d'autres livres de religion étaient pernicieuses et dangereuses, parce que les livres ont été approuvés en latin et doivent ainsi demeurer ».
La persécution dirigée contre les novateurs allait bientôt donner à la Réforme une puissance et une force contre lesquelles devaient se briser tous les efl'orts tentés contre elle.
Le premier acte de sévérité exercé à Paris contre les protestants s'appliqua à un certain Jean Le Clerc, peigneur de laine, qui dans Ja ville de Meaux avait lacéré une bulle relative à la vente des indulgences et qui était affichée à la porte de l'église ; non seulement il avait déchiré cette bulle, mais il l'avait remplacée par une autre, écrite dans l'esprit de la Réforme.
Arrêté pour ce fait, ainsi que quelques autres de ses complices, ils furent conduits à Paris et fouettés dans les carrefours par la main du bourreau pendant trois jours consécutifs, après quoi on les renvoya à Meaux, où ils subirent le même traitement et furent en outre marqués au front d'un fer chaud.
Un second, Jacques de Pavané, qui afficha publiquement ses nouvelles idées religieuses, fut condamné, par arrêt du parlement du 29 mars 1525, à être brûlé vif sur la place de Grève, ce qui eut lieu au milieu d'une foule énorme de spectateurs.
Jean L'H ermite, natif de Livry, fut, à peu près à la même époque, brûlé vif sur la place du Parvis- Notre-Dame, et pendant son supplice toutes les cloches des églises de Paris furent mises en branle.
La Sorbonne avait ordonné que tous les livres de Luther fussent brûlés publiquement au parvis. Il fut en outre enjoint de par le roi, à toute personne, d'apporter et mettre au grefle lesdits livres hérétiques, sous peine pour ceux qui les garderaient d'être bannis du royaume avec confiscation de leurs biens.
A la fin de 152(5, le jour de saint Nicolas, les enfants de chœur de Notre-Dame avaient organisé une mascarade composée de gens qui menaient une femme montée à cheval et figurée traînée par des diables qui la harcelaient et l'injuriaient; des personnages représentant des docteurs en théologie portaient devant et derrière une inscriplion contenant le nom de Luther. La femme personnifiait la religion tourmentée par les savants et par les diables.
Le roi se plaignit, et défense fut faite de promener de semblables mascarades.
On a vu dans le cours de cette histoire que plusieurs surintendants des finances avaient payé de leur vie le dangereux honneur d'être comptables des fonds de l'État. Jacques de Beaune, seigneur de Semblançay, allait à son tour l'expier chèrement.
Il avait succédé à son père à la trésorerie générale, et le roi Louis XII, tout comme François I", n'avait eu qu'à se louer de l'administration habile et de l'honnêteté de sonvti'ésorier; mais au fur et à mesure qu'il remplissait les caisses du Trésor, Louise de Savoie et François 1" s'empressaient de les vider. Un beau ipur, il lui fallut trouver 400,000 écus pour les eîivoyer à Lautrec, qui eut besoin de cette somme en 1521
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
pour payer les troupes suisses; or la caisse était à peu près vide, Sembiançay ayant consenti, par une faiblesse due à son dévouement pour Louise de Savoie, à remettre à celle-ci tout l'argent dont il était détenteur contre ses simples reçus, et Lautrec ne put payer les Suisses et perdit le Milanais par suite de sa défaite à la Bicoque. Aussi, François !•' lui fit-il d'amers reproches, auxquels Lautrec, répondit que s'il avait reçu les 400,000 écus qu'il avait demandés, les choses se fussent passées autrement.
(c Sur ce propos, raconte Martin du Bellay, le seigneur de Sembiançay, surintendant des finances de France, fut mandé, lequel advoua en avoir eu le commandement, mais qu'estant la dite somme preste à envoyer, madame la régente, mère de Sa Majesté^ avait prins ladite somme de 400,000 écus et qu'il en feroit foi sur-le-champ. »
La reine-mère convint du fait, meus soutint que les 400,000 écus provenaient de son épargne personnelle, qu'elle avait confiée à Sembiançay.
Un procès fut intenté au surintendant, d'abord au civil en 1524, et Sembiançay put établir que, loin de devoir au roi, il lui était dû 300,000 livres, et les juges le reconnurent; mais alors, pour ne pas lui rembourser cette somme, on le poursuivit au criminel sous Tinculpation de péculat. Le roi était alors prisonnier à Madrid. Louise de Savoie fit voler au trésorier, par l'un de ses commis, les quittances qu'elle lui avait données et le fit jeter h la Bastille, en recommandant au chancelier Duprat de faire condamner Sembiançay quand même. *-
Duprat était son ennemi : il fit la chose en conscience. Il réunit un tribunal spécial, qu'il composa de gens à lui dévoués, choisis dans les parlements de Paris, de Toulouse et de Bordeaux, et ce tribunal jugea que c'était Sembiançay qui devait 300,000 livres au roi et rendit cet arrêt en 1527,c'est-à-dire au bout de deux ans de procédure.
(c Jacques de Qeaune, atteint et convaincu de larcins, faussetés, abus, malversations et maie administration des finances du roi, pour réparation de*dits crimes et délits, est déclaré déchu de tous honneurs et estât et en outre condamné à être pendu et étranglé à Montfaucon, tous ses biens, meubles et héritages confisqués, sur lesquels biens sera prise la somme de 300,000 livres parisis pour restitution des sommes par ses faussetés mal prises, par ledit Jacques de Beaune sur les finances du roi, et ce, sans préjudice de la dette prétendue par Madame, mère du roi. o
Ce jugement inique reçut son exécution le 12 août 1527 ; à une heure après midi, on vit un vieillard sortir de la Bastille au milieu d'une troupe d'archers et de sergents. C'était Jacques de Beaune de Sembiançay, âgé de soixante-douze ans, et qu'en raison de son grand âge, on avait autorisé à monter une mule pour être mené au gibet de Montfaucon.
Il était tête nue et tenait à la main une croix de bois peinte en rouge.
il II avoit vestu une robbe do drap frisé couleur tannée, obscur, enfumé, un saye de veloux noir Son cry lui fut faict en trois lieux, c'est assavoir porte Bauldetz, devant (le] Ghastelet et au gibet.» Là on lui fit attendre le supplice jusqu'à sept heures du soir, non par cruauté, mais parce qu'on compta jusqu'au dernier moment sur la clémence royale, qui ne se manifesta pas.
Le vieillard conserva une contenance ferme, et voyant enfin que tout espoir était bien perdu, il s'écria :
— J'ai bien mérité la mort, pour avoir plus servi les hommes que Dieu !
Le bourreau s'empara alors de lui et bientôt son corps se balança aux piliers du lugubre gibet.
Malgré la défaveur qui entourait d'ordinaire les surintendants des finances, toujours soupçonnés de faire leurs propres afi'aires au détrinaent de celles de l'État, Sembiançay était sympathique au peuple, et peu s'en fallut que son supplice n'amenât une sédition. Une foule énorme s'était portée sur le lieu de l'exécution, et seule, la présence du grand nombre d'hommes d'armes qui entouraient le gibet empêcha une manifestation hostile. Clément Marot composa à ce sujet l'épigramme suivante :
Lorsque Maillart, juge d^enfer, menoit
A Moutfaacon Semblaoçay TAme rendre,
A Tostre advis, lequel des deux tenoit
Meilleur maintien? Pour tous le faire entendre.
Maillard sembloit homme que mort va prendre.
Et Sembiançay fût si ferme vieillart
Que Ton cuydoit pour Tray qu'il menast pendre
A Montfaucon le lieutenant Maillart.
Plusieurs autres pièces de vers satiriques coururent Paris, mais ce fut tout.
Deux ans après le supplice infligé à Tinfortuné surintendant des finances; on réhabilita à demi sa mémoire ; le commis qui avait volé les quittancesde la reine-mère ayant été découvert et pendu, l'arrêt de conûscation fut annulé et les biens du trésorier furent rendus à son petit Qls, Jacques de Beaune.
Revenons aux protestants, qui parfois s'en pre* naient aux statues et auximages, qu'ils mutilaient et brisaient sans s'arrêter ni à la valeur artistique ni aux souvenirs qui pouvaient être attachés à ces objets; ce fut ainsi que le 31 mai 1528, on' de ces iconoclastes abattit la tête d'une statue de la Vierge qui décorait la niche d'une maison de la rue des Rosiers qui faisait le coûi de la rue des Juifs; ils brisèrent aussi la tête de l'enfant Jésus qu'elle tenait entre ses bras et les jetèrent derrière des pierres; ils donnèrent aussi quelques coups de poignard dans la robe et la mutilèrent.
Le roi, informé de ce fait, donna des ordres pour la recherche active des coupables et promit
f. Boy, éditeur. — 47.
Le bourreau s'empara de Samblancey, el bientôt son corps se balança aux piliers du sinistre gibet.
Inp. Cbanire et flW.
FraDjoU I" moata les degréi de l'estride el mit la nouvelle itatoe doni la uichBi aprèi l'avoir baisie. (Page 374, coL 1.)
aille écus à ceux qui tes feraient découvrir ; de i]u9, il ordonna qu'on refit en argent la statue ui avait été mutilée et qu'une grille de fer ta Totégeàt.
Le 9 juin, le recteur et l'université firent une rocesslon à laquelle assista le clergé de Saint- Icrvalâ en chape, avec les religieux porteurs de ïrches. On avait tiré de chaque collège une ingtaJue d'écoliers appartenant à de riches imilles, ce qui forma un groupe d'environ cinq ents garçons qui portèrent chacun un cierge Humé; la procession partit dea Matburins et se endit à la rue des Rosiers, où elle s'arrêta à un utel érigé devant la statue.
CLacun y fit don de son cierge, puis de là, on lia à l'église Sainte-Catherine oil une messe oleanelle fut chantée. Le lendemain, jour delà
Féle-Dieu, eut lieu la cérémonie de la pose de la statue d'argent par le roi Françob !•' en personne; elle est. trop curieuse pour n'être pas racontée en détail. Donc ce jour-là, dès le matin, les membres du parlement montèrent à cheval et se rendirent à Sainte- Catherine du Val des Écoliers et, ayant mis pied à terre, ils attendirent le roi; mais à peine étaient-ils là, qu'un capitaine de la garde écossaise apporta un ordre royal réglant que le parlement marcherait seul et après lui la chambre des comptes et le corps de ville sur le même rang. Les membres de ta chambre des comptes exhalèrent leur mécontentement et protestèrent, l'usage étant qu'ils marchassent à la gauche du parlement.
Le roi retira alors son ordre et le remplaça par un autre qui autorisait la cour des comptes k coa-
HISTOIRE NATIONALE DE 1>ARIS ET DES PARISIENS
server sa place et qui, pour cette fois seulement, commandait au prévôt des marchands et aux échevins de marcher à la suite de la chamhredes comptes.
Ces puériles questions de préséance qui avaient alors une importance extrême, produisirent une émotion qui ne se calma que lorsque le roi arriva vers onze heures à Sainte-Catherine. L'évêque de Paris dit la messe, et aussitôt défilèrent les religieux, les ordres mendiants, le clergé des paroisses, puis après la messe dite, le chapitre de Notre-Dame et celui de la Sainte-Chapelle se mirent en marche suivis des abbés de Saint-Magloire, de Saint-Euvert d'Orléans, du prieur de Saint-Martin des Champs, des évoques de Saintes, de Vabres, de Bazas, d'Auxerre, de Soissons, etc. marchant deux par deux.
Venaient ensuite les trompettes du roi et les hérauts d'armes suivis de deux maîtres des requêtes. Le prévôt de Paris marchait après, tenant de la main droite un bâton blanc, symbole de son autorité et de la gauche un cierge de deux livres; il était suivi de Louis de Nevers, chevalier de Tordre, du grand maître de Montmorency, du duc de Longueville et de Maximilien Sforce, des ducs de Vendôme et de Ferrare, tous un cierge à la main. L'évêque de Lisieux, grand aumônier de France, en habits sacerdotaux, qui venait après, portait la statue d'argent. Le roi avec un grand cierge à la main marchait seul à pas comptés. A une certaine distance, suivaient le roi de Navarre et le cardinal de Lorraine, les ambassadeurs d'Angleterre, de Venise, de Florence de Bar, de la Suisse et de Gênes, précédant immédiatement les présidents et conseillers du parlement, et après eux marchaient les greffiers et notaires de la cour. A la gauche du parlement allaient les officiers de la chambre des comptes et à leur suite, le prévôt des marchands et les échevins et conseillers de la ville accompagnés de quelques notables bourgeois.
Enfin, marchaient après, les gentilshommes et maîtres d'hôtel de la maison du roi, suivis des capitaines des 400 archers des gardes, avec la plupart de ces archers et une grande multitude de peuple.
On arriva à la rue des Rosiers par la rue Saint- Antoine; le roi avait fait élever un pilier de pierre supportant une niche grillée, destinée à recevoir la statue d'argent, devant ce pilier était une estrade recouverte d'un tapis de Turquie et à côté un autel sur lequel l'évêque de Lisieux posa la Vierge d'argent.
Le roi se mit à genoux et tout le monde l'imita, les musiciens de sa chapelle entonnèrent Tantienne AveRegina cœlorum et Tévôque de Lisieux dit une oraison,*- après quoi le roi monta les degrés de l'estrade, retira la statuette mutilée et prit la nouvelle qu'il plaça dans la niche après l'avoir baisée, il ferma ensuite la grille de fer.
descendit les degrés et alla se remettre à genoux, tandis qu'on plaçait dans un flambeau le cierge qu'il avait apporté afin qu'il brûlât devant la statue.
Il remonta à cheval et s'en alla dîner chez le trésorier Nicolas de Neuville.
Les minimes de Nigeon vinrent en procession à la nouvelle Vierge le mardi suivant, puis ce fut le tour des quinze-vingt; bref, ce fut à qui irait offrir son cierge à « la belle dame » . Ce qui n'empêcha pas qu'elle fut volée en 1545, et qu'on la remplaça alors par une Vierge de bois que lea huguenots brûlèrent en 1551.
Après avoir été successivement en pierre, en argent et en bois, la Vierge de la rue des Rosiers fut refaite en marbre et posée solennellement par Tévêque de Paris à la fin de 1551.
Le roi François aimait fort les cérémonies publiques. La veille de la Saint- Jean de cette année 1528, il alluma le feu de la Grève avec une torche de cire blanche garnie de velours cramoisi; il était accompagné du cardinal de Lorraine, du jeune duc d'Angoulême et du duc de Ferrare, tous ces princes avaient aussi une torche à la main; la duchesse d'Angoulême regardait ce spectacle par les fenêtres de l'Hôtel de Ville, en compagnie d'autres princesses et de dames de la cour. Douze pièces de grosse artillerie furent tirées aussitôt, le feu mis, et des vivats de joie répondirent au bruit de leur détonation.
Le 19 septembre, on pendit à la place Maubert un garçon de vingt et un ans, et cette pendaison fut l'occasion d'un fait qu'on ne manqua pas do convertir en miracle.
Il y avait environ une demi-heure que ce jeune homme était pendu, lorsque le valet du bourreau le descendit de la potence au moyen d'une corde et le mit dans une charrette pour le mener au gibet de Montfaucon où il devait être accroché ; mais à peine le pendu fut-il dans la charrette qu'il leva la jambe et poussa un soupir, ce que voyant, le valet qui avait mission de le tuer, lui décocha un énorme coup de pied dans la poitrine pour l'achever, puis, craignant que cela ne suffît pas, il prit son couteau et se mil en devoir de lui couper la gorge, mais une bonne femme qui se trouvait là, prit à partie [l'aidcbourreau en lui criant :
— Ah! traître, le tueras-tu? Vois-tu pas que c'est un miracle?
Il n'en fallut pas davantage pour que quelques autres personnes intervinssent en même temps et le pendu tirant proût de l'occasion, se hâta de dire qu'il était bien mort, mais qu'avant de mourir, comme il avait eu le soin de se recommander à Dieu et à la Vierge Marie Notre-Dame de Recouvrance des Carmes, il avait senti qu'on le ressuscitait.
Personne ne douta de ces paroles; ce fut à qui, au contraire, crierait miracle et se porterait au
secours du pendu, qui fut mené dans Téglise des Carmes devant la statue de la Vierge. Puis il fut transporté dans une chambre dépendante d*une maison voisine, mis sur un bon lit devant le feu ; on lui fit prendre un cordial, on le soigna tant et si bien, qu'au bout de deux jours il ne se ressentait plus de sa pendaison.
Mais pendant que s*opérait cette guérison miraculeuse, le parlement avait commis à la garde du pendu un huissier et un sergent; de son côté le bourreau réclamait impérieusement son corps mort ou vif, peu lui importait, il lui fallait son pendu. Les religieux carmes allèrent alors trouver le roi pour solliciter sa grâce, et comme après tout, François I" ne pouvait pas se montrer plus sévère que Notre-Dame de Recouvrance, il lui accorda sa grâce.
Or, le pauvre diable la méritait, car il avait été condamné à la potence^ accusé d'avoir, â Tuide de deux autres domestiques comme lui, enterré le corps de son maître assassiné, et Tuo de ses complices avait été huit jours auparavant pendu à cette même potence de la place Mauberl, et soudain on découvrit que c'était la veuve de l'homme assassiné qui Tavait tué et qu'elle s'était servie de ses domestiques pour faire disparaître le cadavre de son mari, en prétendant iju'il était mort subitement.
On expliqua alors tout naturellement l'intervention de la Vierge qui avait ressuscité Tinnocent. Mais quelques huguenots endurcis firent observer que la Vierge n'aurait pas dû faire les r*hoses à demi, et qu'elle eût dû commencer par ressusciter le premier domestique qui avait été pendu et qui n'était pas plus coupable que l'autre.
Des hérétiques seuls pouvaient tenir un semi>lable langage ! Les catholiques les laissèrent dire et furent plus que jamais convaincus de l'existence du miracle.
Un hérétique qu'on poursuivit rigoureusement fut Louis de Berquin, gentilhomme du diocèse d'Amiens, dont le procès avait commencé en 1523; on avait trouvé chez lui des livres de Luther, et il avait offert de confesser ses erreurs, mais il ne tint pas psurole, et par arrêt du 1" août, i I avait été ordonné qu'il serait incarcéré à la tour carrée de la Conciergerie. Par un second arrêt du 5 août, il fut livré â l'évèque de Paris avec ses livres, à la condition que pour le juger, Tévêque s'adjoindrait deux conseillers de la cour et quelques docteurs en théologie. Le procès traîna en longueur, et le roi donna ordre au parlement, au mois de juillet 1526, d'élargir le prisonnier, mais le parlement ne tint aucun compte de l'ordre. Enfin, par lettres du 21 novembre, François I*'. exigea que Berquin serait remis entre les mains du prévôt de Paris pour être par lui confié à la garde du bâtard de Saint-Amadour, lieutenant des gardes, et de quatre archers qui
l'enfermeraient au Louvre, en répondant de lui sur leur tète.
Mais le président Guillard répondit que Berquin appartenait au bras séculier qui l'ayant trouvé relaps et hérétique obstiné, l'avait condamné comme tel et confié à la cour, et qu'en conséquence, le parlement refusait de le rendre. Le prêvût passa outre^ et le tirant de la Conciergerie, le remit au bâtard de Saint-Âmadour qui l'emmena au Louvre. A peine y était-il que le roi irrité par la conduite de quelques protestants, retira tout à coup à Berquin la protection dont il le couvrait, et le fit juger par des juges délégués par le saint-siège, à la requête du promoteur de la foi. Par sentence du 15 août 1529, Berquin fut dégradé de sa qualité de docteur en théologie, condamné à voir brûler en sa présence les livre» de Luther qu'il avait traduits, à faire amende honorable au parvis Notre-Dame et à être exposé au pilori, puis à avoir la langue percée et le front marqué d'une fleur de lis.
Le malheureux Berquin eut la malencontreuse idée de protester contre cette sentence et de demander qu'il en fût appelé en cour de Rome, mais le parlement, voyant dans cette attitude une aggravation de culpabilité, ordonna qu'on le mettrait dans un tombereau et qu'il serait conduit à la place de Grève pour y être brûlé vif.
Il ne se trouva personne pour prendre la défense de cet infortuné, et le jour même son supplice eut lieu sans autre formalité 1
Voilà comment procédaient à cette époque les magistrats chargés de rendre la justice I
Berquin était considéré par ses contemporains comme « le plus savant de la noblesse » et selon Bèze « il eût été en France un autre Luther, si le roi ne l'eût abandonné )>.
Il avait quarante-quatre an 5, lorsqu'il fut ijrûlé : il se signala par son héroïque fermeté dans le supplice.
Clément Marot, le poète de cour et Erasme furent aussi bien près d'éprouver le même sort. Plus heureux que Berquin, la protection du roi les sauva I
Bien que les progrès des protestants nuisissent â la reprise des affaires à Paris, quelques grands travaux furent entrepris. Le roi ordonna en 1527 la démolition de la grosse tour du Louvre qui jetait dans tout le château une grande obscurité et lui donnait l'aspect d'une prison, et en même temps il fit commencer le quai du Louvre, ainsi que le constatent ces lettres missives, qu'il adressa le 15 mars 1527 aux prévôt des marchands et échevins : « De par le roy... Très chers et bien amez, pour ce que nostre intention est de doresnavant faire la plus part de nostre demeure et séjour en nostre bonne ville et cité de Pai'is et alentour plus qu'en aultre lieu du royaulme; cognaissant nostre chastel du Louvre estre le lieu le plus commode et à propos pour nous loger, à
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIEN^
ceste causé avons délibéré, faire réparer et mettre en ordre ledit chastel et faire clore la place estant devant iceluy, pour nous en aider et jouir; nous avons bien voulu advertir à ce que advisiez un chemyn le long de la tour respondant sur la rivière près la fausse porte par où Ton a accoustume passer les chevaulz tirant les basteaux, afin que trente chevaulx puissent doresnavant par ledit chemyn avoir leur passage, etc. »
On voit par les registres de THôtel de Ville que les constructions de ce quai avaient déjà occasionné, en 1537, une dépense de 10,000 écus, et qu'il était nécessaire d'employer encore une somme semblable pour les terminer.
£n vertu d'une ordonnance du bureau de la ville du 8 août 1622, ce quai fut élargi pour les besoins de la navigation. A la fin du xviiP siècle on rappela" quai du Muséum; au xix®, il prit le nom de quai du Louvre parce qu'il longe la grande galerie du palais. Il fut reconstruit en 1810. Le long du quai du Louvre s'étend l'ancien port au bois. Le quai du Louvre englobant l'ancien quai de l'École, va aujourd'hui du Pont-Neuf au pont des Saints-Pères. .
Quant aux travaux de reconstruction du Louvre, ils ne commencèrent qu'en 1541 ; nous en reparlerons à cette date.
De 1300 à 1313, une voie publique appelée rue d'Osteriche (d'Autriche) régnait le long de l'ancien Louvre et aboutissait au quai, ce fut là que sous Philippe-Auguste fut bâti l'hôtel du Petit-Bourbon, ainsi nommé parce qu'il servait de demeure aux ducs de Bourbon; il avait été réparé sous les règnes de Charles V et de Charles YI.
Lorsque le connétable de Bourbon se fut retiré en Italie et que François I" eut fait saisir ses biens, une partie de l'hôtel du Petit-Bourbon fut démolie ; en 1527, on sema du sel sur le terrain et la couverture et les moulures de la porte principale furent peintes en jaune par la main du bourreau. Sauvai rapporte que de son temps on voyait encore des armoiries brisées et à demi effacées sur les bâtiments demeurés debout et parmi lesquels se trouvait une longue galerie dans laquelle on tint en 1614 et 1615 l'assemblée des États.
Plus tard elle servit de théâtre, et la cour y donnait des fêtes. En 1658 ce théâtre fut accordé à la troupe de Molière; en 1665, ce qui restait de l'hôtel du Petit-Bourbon fut démoli, et sur ce terrain on construisit la colonnade du Louvre.
La plus importante fondation que fit François !•* en cette année fut celle du collège de France. Il y avait déjà plusieurs années qu'il avait le dessein de créer à Paris un nouveau collège où il espérait attirer les hommes les plus éminents dans les sciences et les lettres. « Ce grand roy, dit Belleforest, avoit entreprit, si la mortne Teust sitôt assailli, de dresser un collège où toutes les sciences et les langues eussent été gratuitement
enseignées et auquel il est donné cinquante milk éscus de revenu annuel pour là nourriture de six cents escoiiers et entretiens de professeurs choisii d'entre les plus doctes hommes qu^on est sen trouver en la chrestienté. »
Si François P' ne put réaliser ce grand projd dans tout son ensemble, il parvint tout au moio; à faire une fondation durable en instituant le Collège de France avec le concours du saTaot Guillaume Budéetde son confesseur GuillaniEt Parvi. Son premier soin avait été de proposer ea 1517 au célèbre Érasme de venir enseigner dasâ cet établissement, et il lui fit bfi'rir mille livres de traitement et chargea Guillaume Gope, son médecin, et l'évèque de Paris, Etienne Poncher, de joindre leurs sollicitations aux siennes pourengigér Érasme à accepter; mais celui-ci ne pot quitter le service de l'Empereur, auquel il était attaché. François P' dut attendre douze années avant de s'occuper de son collège ; enfin en 139 il commença par instituer des professeurs royaoi de langue grecque et hébraïque aux àppoiIlt^ ments de 200 écus d'or ; les deux premiers pourle grec furent Pierre Danez, né à Paris, et Jac^es Toussaint originaire de Champagne. Les profe?^ seurs de langue hébraïque furent Paul leCanosse, Israélite et Guidacerius, Espagnol, et les mathématiques furent enseignées par Martin Problatiao^ Espagnol, et Oronce Fine, Dauphinois.
Bientôt d'autres professeurs rétribués de la même façon leur furent adjoints; ce furent poor Téloquence et la langue latine , Barthélémy Massoa pour la médecine, Yidius de Florence (On ajouta plus tard à cette faculté deux autres chaires, iuae de chirurgie, érigée par Charles IX, et l'antre d'anatomie et de botanique, fondée par Henri FV]. La chaire de philosophie ne fut occupée que sons Henri II par François Yicomercut de Milan (prédécesseur du fameux La Ramée, dit Ramos}. & 1587, Henri III fonda une chaire de langue arabe en faveur d'Arnoul de Lisle. Louis XIII en fonda une seconde et une autre de droit canon ; enfin Louis Xiy en établit une pour la langue syriaque et une seconde de droit canon.
Revenons aux commencements de ce GoU^ qui ne furent pas tout d'abord aussi brillants qae Teût désiré le roi, qui avait voulu primitivemeat le placer à rh6tel de Nesle et y faire bâtir une chapelle qui eût été desservie par quatre chanoines et quatre chapelains.
Le manque de fonds nécesssdres ne permettait pas que les choses allassent si vite^ et ce fut seulement le 19 décembre 1539, que la commisâoa suivante fut expédiée pour le paiement des sommes à employer pour la construction. « Yoo* lant donner toutes les commodités nécessaires an lecteurs et aux professeurs pour vaquer à leurs lectures, avons résolu de leur construire en notre logis et place de Nesle, à Paris et autres pla^s qui sont à Tentour, un beau et grand collège de
PoQtal^ exupéré MUiit la caliie effondrée et en coiffa le pauvre curi. (Page 3B1, col. i.)
[ttùi langues, accompagné d'une belle et sompliea» église avec autres édiQcea dont les itisiia oDt été faits. Avons commis Audebert ChUd pour tenir le compte et faire les paiements it la dépense nécessaire pour les susdits b&tijBeQts, voulant que lesdits paiements soient pas- L»és et alloués par nos amis et féaux les gens le- '■Ml nos comptes. »
I Mais le cardinal Duprat n'était pas favorable à il» création du collège ; il fit tous ses efforts pour iuire échouer l'entreprise et les professeurs Ifoyaux, en attendant la construction des bàli- Inents qui ne marchait pas, furent longtemps lobligés d'enseigner dans les salles du collège de :«inbrai et de Tréguier.
I Aussi le roi, très satisfait du zèle qu'ils mon- :t>^Dt, leur accorda-t-il une distinction hono- Uv. tS
rifique : il leur donna par lettres patentes du mois de mars 1545, la qualité de conseillers du roi et le droit de commitlimut. 11 les fit en outre porter sur les rôles des commensaux de sa maison ; à ce titre, ils prêtaient serment de fidélité entre les mains du grand aumAnler; à la (in du xvi* siècle, 4 à 500 élèves suivaient leurs leçons.
Les guerres civiles qui survinrent après la mort de François 1" ne permirent pas qa'on travaillât à la construction du collège royal avant 1609; à cette époque, le cardinal du Perron, aidé du duc de Sully, surintendant des finances et du président de Thou, persuada au roi Henri IV d'abattre le collège de Tréguier dont les bâtiments tombaient en ruines et d'en b&tir un autre, sous le titre de Collège royal de France.
La mort du roi ne permit pas de donner snito
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i ce projet, mais Louis XIII ou plutôt Marie de Médicis, sa mère, le reprit Tannée suivante et le 18 août 1610, le jeune roi posa la première pierre du nouvel édifice, mais on ne Tacheva pas; une aile seulement fut bâtie, et il fut entièrement reconstruit en 1774 ; le 22 mars, le duc de La Vrillière posa la première pierre du bâtiment définitif qui s'éleva sur l'emplacement des collèges de Tréguier, de Cambrai et de Léon, d'après les dessins de rarchitecte Ghalgrin.
Lors de la Révolution de 1789, on avait distrait de l'ensemble des bâtiments la partie appelée le petit h6tel de Cambrai, pour la ranger dans la catégorie des domaines à aliéner. Le 11 thermidor, an XIÏ, Napoléon rendit un décret qui mettait cet hôtel à la^disposition du ministre de l'intérieur, chargé de le réunir au Collège de France, dont il avait été indûment séparé.
Le 30 avril 1831, le ministre du commerce et des travaux publics approuva un plan qui lui fut soumis pour l'agrandissement du collège de France : une maison située place Cambrai et trois autres dans la rue Saint-Jacques furent expropriées en 1834, et aussitôt qu'elles furent démolie?, M. Leratouilly, architecte, construisit les nouveaux bâtiments qui étendirent le collège jusqu à la rue Saint-Jacques. Il avait son entrée principale sur la place Cambrai, qui n'était qu'un élargissement de la rue Saint-Hilaire. Vis-à-vis de la façade s'élevaient les maisons dépendant de l'enclos de la commanderie de Saint-Jean-de Latran. Cet enclos fut détruit en 1853, pour l'ouverture de la rue des Écoles, dont le percement a dégagé la façade du Collège de France.
La cour d'honneur (sur la rue des Écoles) est entourée de trois corps de bâtiments ; l'aile gauche contient des laboratoires de chimie et des salles de cours. L'aile (droite renferme des salles d'étude et un vestibule décoré des bustes de Rémusat, Vauquelin, Ampère, Sacy, Daunou, Portai et Jouffroy. L'entrée (rue Saint-Jacques) est entourée des bustes de la science et de la littérature. On remarque dans la salle de physique deux tableaux de Lethiere et de Thévenin, représentant François /" signant tacte éC établissement du collège de France^ l'autre Henri IV dotant les chaudes et le collège. Dans la salle des langues orientales, est aussi placé un tableau qui n'est pas sans mérite. la mort de «/. Delille par Camus. L'attique est occupé par les cabinets de minéralogie et d'histoire naturelle et par la bibliothèque.
Sous Louis XIY, ou vit mettre au concours la chaire de philosophie; treize juges furent choisis parmi les savants, et. pour la première fois, ce fut le candidat qui montra, aux yeux de tous, le plus de capacité pour la remplir qui en devint titulaire; malheureusement, cet exemple de justice, triomphant du favoritisme, ne devait pas durer; le roi exerça de nouveau le droit de nommer aux chaires vacantes sur la présentation du gentil-
homme qui dirigeait le GoHège, et la protedion remplaça trop souvent le savoir.
Louis XV apporta dans l'enseignement da collège de France d'importantes modifications.il ordonna, par arrêt du conseil du 20 juin 1773, que les fonds appliqués à la chaire de philosophie grecque et latine seraient reportés â l'entretien d'une chaire de littérature française, et que ceux de la chaire de langue syriaque seraient consacrés à l'établissement d'une chaire de mécanique. Enfîn, la deuxième chaire de langue arabe fut convertie en une chaire de langue turque et persane, tandis que l'une des deux chaires de droit canon \ devenait une chaire de droit de la nature et des gens, et que l'une des chaires de médecine se changea en chaire d'histoire naturelle. A cette époque, on comptait dix-neuf chaires de fonda- ' tion royale. i
Sous la révolution, le Collège de France s'appela Collège national et ne fut pas inquiété. Un ; décret de la Convention du 25 messidor, an III, éleva à 1000 écus le traitement des professeurs.
En l'an XII, Napoléon créa au Collège national la chaire de turc et Tannée suivante il lui donna le nom de Collège impérial. |
La Restauration lui rendit le nom de Collège i royal de France.
Louis XVIII le dota de deux nouvelles chaires, celles de sanscrit et de chinois.
En 1831 fut fondé le cours d'économie politique.
En 1848, la république y plaça le cours de Técole d'administration, qui fut supprimé après i quelques années.
Dans l'origine, les professeurs et lecteurs foyaui du collège de France dépendaient de l'Université comme tous les docteurs des autres collèges; plus tard, ils en furent séparés ; mais en 1626, un arrêt du parlement, sollicité par le recteur, o^ donna qu'ils y rentrassent; le grand aumônier qui dirigeait alors le collège et jouissait d'une grande influence sur l'esprit du roi, obtint de lai que l'arrêt fût cassé. L'Université ne renouvela plus ses prétentions.
On comptait sous Louis XYI an collège de France vingt-un professeurs. Aujourd'hui, il y » trente et une chaires : mécanique céleste, mathématiques, physique générale et mathématique, physique générale et expérimentale, chimie, médecine, histoire naturelle des corps inorganiques, histoire naturelle des corps organiques, embryogénie comparée, droit naturel et droit des gens, histoire des législations comparées, économie politique, histoire des faits et des doctrines économiques, histoire et morale, épigraphie et antiquités romaines, philologie et archéologie égyptienne, langues hébraïque, chaldaïque et syriaque, arabe, persane, turque, langues et littérature chinoises et tartares , mandchoues, langue et littérature sanscrites, langue et littérature grecques,
quence latine, philosophie grecque et latine, gue et littérature françaises du moyen âge, gue et littérature françaises modernes, langues littératures étrangères de l'Europe moderne, gués et littérature slaves, grammaire com- ^réo. Dés cours supplémentaires, tels que This- ► ire des faits et doctrines économiques, This- ^ire de la médecine, etc., y sont joints.
IjCs cours sont publics et gratuits. Ils se divisent r& deux semestres : du premier lundi de décembre ui. samedi qui précède la quinzaine de Pâques, et «Ji lundi qui suit cette quinzaine au 31 juillet. *es affiches apposées aux portes du Collège font iDnnaitre les jours et heures des cours, les noms os professeurs et les matières qu'ils doivent trai- 2r. Les élèves sont libres et ne reçoivent aucun iplôme.
C*est dans le jardin du Collège de France que Lit construit un aquarium destiné aux expériences e pisciculture faites par M. Coste, et à Télevage .es huîtres.
c< L'éclat du Collège de France, a dit M. Milielet, fut incomparable aux dernières années de a Restauration : Ampère, Savart, Magendie, Vautre part Champollion, l'avaient glorifié de eurs découvertes. Biot, Rémusat,Sacy,Letronne 'Jionoraient devant l'Europe. Cuvier enseignait encore dans sa suprême autorité. Jamsds aucune icole au monde ne présenta un tel ensemble. »
De nos jours la réputation du Collège de France sst universelle.
Nous avons vu précédemment les grandes ibbayesde Saint-Laurent et de Saint-Martin-des. Ilhamps dériver, pour leur usage et celui des habinations qui les avoisinaient, les eaux venant des lauteurs de Romainviile, des Prés Saint-Gervais $t celles des coteaux de Belleville et de Ménilmontant. Philippe-Auguste, en étabhssant les tialles, y avait amené une partie de ces eaux pour ]ilinienter la fontaine des Innocents qui rendit un immense service à ce quartier populeux.
Les fontaines publiques étaient encore rares jous François !•', et ce fut pour remédier à cet &lat de choses qu'il ordonna en 1529 l'établisseoient d'une fontaine dans la rue de l' Arbre-Sec [|ui prit le nom de Fontaine de la Croix-du-Trahoir; elle était placée auprès de la croix, c'est-à. dire au milieu de la rue, sur une place où la tra. dition voulait à tort que la reine Brunehaut eut été gcartelée. Cette fontaine, qui n'était nullement monumentale, gênait considérablement la circu-' laiton, et en 1606, messire François Miron^ prévôt de Paris, la fit transporter à l'angle de la rue de l'Arbre-Sec et de la rue Saint-Honoré.
Elle tirait ses eaux de la tour ou réservoir des halles et on croit que, tout en paraissant exaucer les vœux des habitants du quartier qui réclamaient une fontaine, François 1*' avait eu surtout le dessein, en la faisant établir, de procurer aux ouvriers l'eau nécessaire aux nouveaux bâtiments
du Louvre, dont ce prince méditait Tenlière reconstruction.
Quoi qu'il en soit, elle rendit de grands services^ et en 1775, l'architecte Soufflot fut chargé de la , reconstruire. 11 imagina une fontaine à l'ordonnancement simple, sans toutefois manquer de grâce; elle fut ornée de pilastres paraissant formés de stalactites. La nymphe qui eut pour mission de verser de l'eau dans la vasque fut faite par Jean Goujon ; elle était déjà le principal ornement de la fontaine primitive, construite sous François 1".
Ce fut le 26 mars 1529, que fut consacrée la chapelle de Monceaux par Guy, évoque in partibus de Migare. Cette chapelle, qui dépendait de la paroisse de Clichy, fut placée sous le vocable de saint Etienne ; elle existait presque à l'angle de la rue de TocqueviUe et de celle de la Terrasse.
Le quartier de Monceaux (17* arrondissement) formait alors un fiefappartenant à Etienne des Friches, seigneur de Monceaux, il le vendit en 1569; à Jean de Charon, valet de chambre du roi, dont les héritiers le possédèrent jusqu'en 1746, époque à laquelle il fut vendu avec la seigneurie de Clichy, à Gaspard Grimod de la Reynière, fermier général.
L'hiver de 1529 fut remarquable par son extrême douceur; non seulement il n'y eut aucune gelée, mais chose plus extraordinaire, il fît aussi chaud au mois de mars 1530 qu'il fait habituellement au mois de juin ; de sorte que la plus grande partie des seigles étaient déjà en épis en mars et qu'on y vendit à Paris des amandes fraîches.
Cette température singulière étonna les Parisiens, on ne manqua pas d'y voir l'indice de quelque prochain événement surnr.furel, mais dès le mois d'avril, une gelée excessive et persistante succéda à la chaleur et aussitôt des processions de nuit et de jour furent ordonnées. Les prêtres de Notre-Dame commencèrent par une procession générale à Saint-Martin-des-Champs le 5 avril, et tout le reste du mois les autres paroisses processionnèrent, avec le concours d'une multitude de personnes. Ënfm, la gelée se changea en pluie et les processions s'arrêtèrent.
Un crime, qui fit sensation, fut commis à Paris dans la nuit du jeudi 21 août 1530 : un prêtre nommé Pierre du Poncet , sous-vicaire dans la paroisse de Méru (Oise), tua dans le collège d'Autun le curé de Méru et son valet qui y étaient descendus et qu'il avait suivis dans ce dessein. Il fut aussitôt arrêté et mené à la prison du ForrÉvêque; on lui ôta ses vêtements ecclésiastiques qui furent remplacés par une casaque rouge bordée de jaune et déchiquetée; on lui tondit leg cheveux et on lui couvrit la tête d'un bonnet rouge, orné d'un bouquet de sainfoin. En cet état, il fut livré au lieutenant criminel qui le condamna le lendemain à payer cinquante livres
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paiiflis pour les services des deux morts, et deux cents livres de dommages-intérêts envers les héritiers, puis à être traîné sur une claie , attaché à un tombereau, jusqu'à la porte du collège d'Autun, pour y faire amende honorable , la corde au cou, et la main dont il s'était servi pour frapper ses victimes coupée et pendue à une potence devant le nième collège. •
Tout ceci fut exécuté, et après qû*on eut pendu sa main, on le hissa dans le tombereau, et on le mena à la place de Grève où il fut brûlé vif.
Le crime, la condamnation et l'exécution, tout cela fut rafifairé de trois jours. . .
La justice de nos pères était barbare, mais elle était expéditivel Quant au moyen qu'elle employait pour rechercher les coupables, il ne demandait pas beaucoup de frais d'imagination : on se bornait généralement à offrir une prime plus ou moins élevée , selon la gravité du crime et surtout selon l'importance des victimes , et on attendait patiemment que quelqu'un dénonçât les criminels , ce qui avait lieu souvent , l'absence d'éducation chez un grand nombre d'individus n'éveillant en eux aucune idée de répugnance à essayer de gagner quelque argent, en livrant un homme poursuivi par les exempts.
Cependant, malgré dix écus de récompense offerts à qui ferait découvrir ceux qui, dans la nuit du 21 mai suivant , avaient profané les portraits de la Vierge, de saint Roch,, et de saint Fiacre, qui ornaient le coin de la rue Saint-Martin et de la rue Aubry-le-Boucher, en leur crevant les yeux et fendant la bouche , on ne put les trouver, et on dut se borner à processionnér en grande pompe à cette occasion ; le clergé de la Sainte-Chapelle, le parlement, assistèrent et prirent part à la cérémonie ; on porta les reliques de la vraie croix sous un dais , on teiidit les rues, on chanta une antienne de la Sain te- Vierge devant un autel qui fut élevé pour la circonstance devant les peintures endommagées; et ce fut depuis ce moment que le tableau restauré devint le portrait d'une vierge qu'on nomma Notre-Dame de Patience. Et tout bon catholique qui passait devant la sainte portraiture s'inclinait respectueusement et murmurait un Ave; slu reste , ces images reUgieuses étaient fréquentes ; à chaque coin de rue et de carrefour, des niches grillagées entourées de sculptures, abritaient une madone, une vierge , une Notre-Dame de Pitié , de Bon- Secours, des Douleurs, etc. A chaque solennité, surtout à la Fête - Dieu, on les ornait de fleurs , et nombre de mendiants, pour la plupart sortis de la Cour des Miracles , venaient s'agenouiller devant, et provoquaient la générosité et la charité des âmes secourables, par le récit de leurs malheurs , la promesse de leurs prières et le nasillement de quelque complainte, bien faite pour toucher les moins pitoyables.
Les protestants qui regardaient toutes ces dé-
votions exagérées comme des superflnités, s'ils ne
brisaient pas les images de la vierge et des saints,
passaient, par bravade, devant elles, le feutre sur
l'oreille et l'air méprisant, de façon à bien laisser
voir le peu de cas qu'ils en faisaient , mais aussi
parfois les catholiques , furieux , les obligeaient à
s'incliner, et alors le sang coulait au-dessous de
ces petits autels élevés par la ferveur populaire.
La haine allait toujours grandissant contre tonl
ce qui était huguenot, et après le couvre-feu, les
catholiques chantaient :
' ■ ■ » ■'..-.. Nos capitaines corporiaux
Ont des corselets tous nouviaaz,
Doux et beaax,
Et des couteaux '.
Aussi longs comme un youlge,
Pour huguenots égorgetter,
Et une écharpe rouge
Que tous voulons porter.
. Les moines, montés sur la borne des carrefours, ameutaient la foule contre les protestants, en tonnant contreLuther et ses propositions ; etles joyeux enfants SansrSouci , ainsi que les clercs du Ghàtelet, les criblaient de leurs traits acérés, car les farces et les comédies étaient, chaque jour, de plus en plus, en vogue, et le théâtre des Halles était fort goûté du populaire. Ce théâtre était sous la direction de Jean de Pontalais, qui s'intitulait chef et maître des joueurs de moralités et farces à Paris ; c'était sa bande (troupe) qui, le mardi gras de l'an 1511 avait représenté une sotie dirigée contre Jules II, et intitulée : Le jeu du Prince des sots et de Mère sotte ; dans cette œuvre dramatique rudimentaire, le pape est pris à partie et on remarque un personnage représentant le peuple français, et qu'on appelle la Commune; il se plaint que :
Les marchands et gens de métier N'ont plus rien : tout va à Téglise.
Le pape , sous le nom de Mère sotte , déclare qu'il aspire à la puissance temporelle et qu'il la disputera au besoin au roi de France.
La punition divine , autre personnage de la pièce, termine par des menaces à la cour de Rome et exhorte les peuples et les prêtres à renoncer à leurs habitudes vicieuses. .
A toutes les époques , le. théâtre a reflété le sentiment public, et en 1511, il y avait dans l'air des signes précurseursde la tempête contre Rome; un vent d'opposition contre les exigences du clergé soufflait sans qu'on sût exactement d'où il venait; naturellement, le théâtre suivit le mouvement et même l'exagéra; mais quinze ans plus tard l'opposition avait pris un corps , les protêt tants avaient formulé leurs vœux, montré leurs désirs, exprimé leurs espérances, et une réaction, chauffée à blanc par les moines et le clergé, s'était formée à Paris; les catholiques avaient tourné l'opinion de leur côté, et tous les gueux, les