‹ Paris à travers les sièclesChapitre 15 sur 32 · SOLDAT AVENTURIER PILLARD · texte numérisé non relu

SOLDAT AVENTURIER PILLARD

(xvi- siècle)

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gàleaux chez les membres de la chsmbre des comptes. C'était ta chambre qui autorisait la fête et votait tes fonds nécessaires pour la célébrer et, parfois, connaissant sans doute la prodigalité des clercs, elle dut poser la condition « que les choses auraient lieu modestement» .

La fête comprenait des « danses morisques, mommeries, triomphes et autres joyeusetées accoutumés)). Henri m, en supprimant le roi de la

basoche, ne pouvait laisser subsister l'empereur de Galilée, qui fut remplacé par un simple chancelier. Cela n'empêcha pas que la basoche de la chambre des comptes traversa tes différents règnes qui se succédèrent en France, et arriva jusqu'à la Révolution, avec la jouissance d'à peuprèa tous ses privilèges. Elle futaupprimée par le décret qui atteignit les autres.

L'oJjbaye de Montmartre. — Les JéBuîtea. — La police. — Le Loavre. -~ Lee hAlels de Bourgogne et Caroavalet. — René Gentil pendu. — Le bureau des pauvres. — La rÊrorme dea couvents. — Les enfants biens et les enront* trouvés. — te tliéfllre. — Les persécutions. — Tableau des mœurs et des modes sous François I".

I H ISIO, la nouvelle circula dans ) Paris que Jeanne Le Lièvre, fille . d'un avocat au parlement, religieuse [de, l'abbaye de Montmartre, ayant I été choisie comme abbesse par le suffrage de ses compagnes, en avait éprouvé

une telle surprise qu'elle était morte de saisissement, tant son humilité, ajoutait-on, en avait été profondément blessée.

Nous avons indiqué la fondation de l'abbayo de Montmartre, lorsque nous avoDS eu à parler de l'église qui existe encore, et dont l'édiflcatioa

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remonte au xii* siècle. Cet incident nous fournit l'occasion de revenir sur ce couvent de bénédictines, qui fut le théâtre d'événements considérables. On sait que ce fut Louis le Gros et sa femme, Adélaïde ou Alix de Savoie, qui fondèrent, sur la butte, ce monastère, sur remplacement d'une ancienne église qui fut démolie en 944, et qu'il ne faut pas confondre avec la chapelle du mart3Te de saint Denis, dont la tradition faisait remonter l'origine à l'époque de la décollation de saint Denis.

Cette chapelle devint une dépendance de l'abbaye, et les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem y entretenaient, au xii^ siècle, un chapelain chargé de prier pour la famille royale et pour l'âme de Louis VII.

Hormer, seigneur de Montmartre, assigna plus tard 26 livres à l'entretien d'un second chapelain qui devait prier pour Philippe le Hardi et sa femme; des lettres royales (octobre 4304) autorisèrent cette donation. La nomination de ces chapelains appartenait à l'abbesse. Dès cette époque la communauté et la chapelle étaient en grande vénération, et le pape Jean XXII, ayant en 1320, accordé des indulgences à tous ceux qui visiteraient l'église de l'abbaye, on y venait de toutes parts.

Ce fut bientôt un lieu de pèlerinage, et, dans les grandes circonstances, les Parisiens ne manquaient jamais de gravir la colline qui conduisait au lieu saint, pour y implorer l'assistance divine. De nombreuses reliques étaient exposées à la vénération des fidèles.

L'abbaye ne tarda pas à s'enrichir; elle était en possession du droit de haute, basse et moyenne justice, qu'elle rendait dans un local spécial, situé rue de la Heaumerie, et qu'on appelait le for des dames. De nombreux privilèges, des concessions de tous genres ne cessèrent d'être prodigués aux bénédictines de Montmartre. GharlesY , par lettres de juin 1364, ordonna à ses officiers de protéger et défendre le monastère comme étant de fondation royale; l'année suivante, Urbain Y excommunia quiconque détiendrait à tort les biens de l'abbaye.

«Outre les jardins et les marais qu'elle possédait au bas de la butte, dit l'auteur du Nouveau PariSy et qui s'étendaient jusque sous les murs de Paris, l'abbaye avait des propriétés dans, les quartiers Saint-Denis et Saint-Martin. L'abbesse Jeanne II de Yalengomard, en 1330, en céda une partie pour l'établissement de l'hôpital de Saint- Julien des Ménétriers, mais elle eut soin de se réserver la justice, et elle stipula que les administrateurs de l'hôpital serviraient chaque année à l'abbaye une rente de 168 livres d'amendement dans six ans.' Des actes passés en 1290, par l'abbesse Adeline d'Antilles, prouvent que le couvent était propriétaire de pierres à poissons et de la maison où étaient établis les étaux de la grande

boucherie. Il avait des domaines en Gàtinais, des domaines à Chaumontel, à Ghelles, à Gompiëgne, des domaines au village des Menus, dont l'abbesse Jeanne de Repenti, élue en 1317, abandonna cinq arpents à des pèlerins, à la condition d'y bâtir une église.

«Sur la rivière d'Essonne était un moulin appelé le moulin des dames de Montmartre et dont la porte était surmontée de leur blason. »

Mais cet état florissant devait être altéré par les troubles politiques qui survinrent, et on lit dans un compte du monastère, de 1382 :

« Item, le vendredi 16 janvier, payé pour les dépenses de Gérard, chevaucheur du roi notre sire, et de plusieurs autres, pour défendre aux gens d'armes qu'ils ne fissent aucun mal à l'église, pour ce xii s. (sous) 4 d. (deniers).

En 1394, le mal était devenu si grand, que le procureur Jean Frogier rédigea un exposé de la triste situation de l'abbaye, et que l'abbesse Jeanne de Rieux donna sa démission.

En 1436, Agnès Desjardins, abbesse, fut poursuivie en paiement de ses dettes, et il fut établi que l'abbesse ne résidait pas au monastère, mais dans une maison de la rue Saint-Honoré, appelée le Plat-d'Étain, que le receveur des domaines du roi ne payait plus la rente de 35 livres qu'il devait annuellement à l'abbaye, qu'aucun revenu n'arrivait plus delà campagne, où les collecteurs de l'abbaye n'osaient plus s'aventurer pour les toucher, que toutes les terres du Gàtinais ne don: naient plus qu'un revenu de 26 livres, et encore qu'on ne le touchait point!...

Charles YII nomma Robert dEstouteville, prévôt de Paris, gardiateur de Tabbaye; enfin, en 1463, Pernelle la Hairasse, abbesse, afferma le droit de tirer des lapins sur la butte, et se procura ainsi quelqu'argent : mais à tous moments des soudards et des routiers venaient s'installer à l'abbaye et y prendre le peu qui s'y trouvait ; ce fut ainsi que le 9 septembre 1475, les Bretons et les Bourguignons envahirent Montmartre et y vendangèrent les raisins, bien qu'ils ne fussent pas mûrs.

u Par une ordonnance du 4 février 1468, Louis XI institua une commission chargée d'administrer le temporel de l'abbaye, d'interrompre les poursuites contre le monastère, de faire rentrer les revenus et les sommes dus. De toutes les receltes, elle devait former trois parts à employer, savoir : la première pour la nourriture et l'entretien de la communauté, la deuxième pour l'entretien des bâtiments et les frais de culture, la troisième pour l'acquittement des dettes. En 1493, à l'occasion de son avènement au trône pontifical, Alexandre YI conOrma et ratifia, par une bulle, non seulement toutes les immunités, franchises et privilèges accordés autrefois à l'abbaye par ses prédécesseurs, mais encore, toutes les donations qui lui avaient été faites, tant par les rois et les

princes que par les particuliers. La communauté des bénédictines de Montmartre commença à combler son déficit; on put assurer à chacune d'elles, outre la nourriture quotidienne, la somme de dix sols aux fêtes de Noël et de Pâques; aux fêtes de saint Denis, de la Toussaint, de la Dédicace (21 avril), de l'Ascension et de la Pentecôte, 6 francs; à la saint Remy, 4 francs; pour la quarantaine (le carême), 6 francs, deux boisseaux de pois, une pinte d'huile de noix, un quart de sel. »

Marguerite Langlois, qui devint abbesse en 1477, n'avait trouvé au couvent que sept religieuses peu observatrices de la clôture, et elle résolut de les réformer ; malheureusement, la mort la frappa avant qu'elle eut pu réaliser ce projet.

En 1503, l'évêque de Paris entreprit celte réforme et, pour commencer, il appela dans l'abbaye des religieuses de Pontevrault, qui furent soumises aune règle qu'il prescrivit avec l'assentiment du pape Jules II. Dans la première courdu couvent fut installée une communauté d'hommes désignés sous le nom de religieux de Montmartre ; elle se composait de prêtres desservant le couvent et de laïques serviteurs.

Depuis lors, l'abbaye retrouva toute sa splendeur passée; sa nouvelle abbesse, Antonie Auger, sut attirer à elle les jeunes filles appartenant aux familles les plus considérables, et la réputation du monastère était à son apogé lorsque Jeanne Le Lièvre mourut de confusion, en se voyant appelée au rang élevé que ses compagnes lui avaient assigné.

A cette époque, l'élection était libre et septennale. Mais en 1548, Henri II, à la sollicitation de Diane de Poitiers, réserva à l'autorité royale le droit de nommer les abbesses de Montmartre et donna le gouvernement de l'abbaye à Catherine de Glepmont, nièce de Diane. Elle demeura ab • hesse jusqu'à sa mort, survenue le 11 septembre 1589, et Claudine de Beauvilliers lui succéda — Puis ce fut Marie de Beauvilliers qui fut nommée abbesse par le roi en 1597 (elle n'entra en fonctions que le 7 février 1598).

Sauvai nous donne d'assez curieux renseignements sur la situation où se trouvait alors le monastère. « La communauté, dit-il, n'avait que 2,000 livres de rente, et en devait 10,000; le jardin était en friche et, le mur, par terre; le réfectoire, converti en bûcher ; le cloître, le dortoir et lechœur, en promenades. A l'égard des religieuses peu «chantaient à l'office; les moins déréglées travaillaient pour vivre, et mouraient presque de faim; les jeunes faisaient les coquettes, les vieilles allaient garder les vaches et servaient de confidentes aux jeunes».

Marie de Beauvilliers se mit courageusement à travailler à une réformation de tous ces abus.

C'était une tâclie difficile. Elle s'en acquitta du

mieux qu'elle put ; elle reçut du roi Henri IV une somme de 10,000 livres qui lui permit de faire d'importantes réparations au monastère et à la chapelle du martyre. Ce fut pendant ces travaux que, le 13 juillet 1611, les ouvriers mirent à jour un ancien souterrain, probablement creusé parles premiers chrétiens des Gaules.

Sous Louis XIV, le vieux couvent fut démoli, à l'exception des granges, du pressoir et de la maison du bailliage. L'église devint paroissiale, mais la galerie couverte fut conservée pour permettre aux religieuses de communiquer avec le chœur où étaient inhumées les abbesses. Un nouveau monastère fut élevé à l'endroit qu'occupent actuellement les rues des T rois-Frères et Gabrielle, et la chapelle du martyre disparut au milieu des nouvelles constructions, pour lesquelles le roi avait accordé une somme de 50^000 écus.

Henri de Gondi, évêque de Paris, avait fait de cette chapelle un prieuré dont la collation appartenait à l'abbaye, etdixreligieuses occupaient un logement séparé auprès de cette chapelle qu'elles desservaient. L'abbaye et le prieuré furent réunis le 12 août 1681.

« Ces constructions nouvelles, ajoute M. de la Bédollière, étaient habitables à cette époque, et toute la communauté en prit possession, mais leur inauguration solennelle n'eut lieu que le 8 décembre 1686.

« Bernardine-Thérèse Gigault de Bellefond fut abbesse le 24 décembre 1699. Ce fut Marguerite de Rochechouart qui lui succéda, puis Louise-Emilie de la Tour d'Auvergne, Catherine de la Rochechefoucauld et Marie-Louise de Lav€d duchesse de Montmorency. »

Les noms de ces cinq abbesses furent donnés à cinq rues de Paris: rue de Bellefond, rue Rochechouart, rue de la Tour-d'Auvergne, rue de la Rochefoucauld et rue de Laval (une autre rue, celle de la Tour des Dames, doit son nom à la tour du monastère, où se trouvait établi le colombier des dames de Montmartre. )

Marie-Louise de Laval fut la dernière abbesse ; elle fut condamnée à moi*t le 21 juillet 1794, et exécutée. Quant au couvent, il avait été supprimé par le décret du 13 février 1791 ; les religieuses en furent expulsées le 14 août suivant, et les bâtiments ne tardèrent pas à être démolis pour faire place à des rues nouvelles.

Revenons au règne de François I®'.

Ce fut dans la chapelle du martyre de Montmartre qu'Ignace de Loyola fonda, en 1534, l'ordre célèbre des jésuites qui devait plus tard envelopper le monde entier dans les mailles d'un invisible filet.

Ignace de Loyola, né au château de Loyola (Guipuscoa) Espagne, en 1491, appartenait aune famille de vieille noblesse biscayenne. Il avait été d'abord page du roi de Castille, Ferdinand, et

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avait mené la vie d'un gentilhomme mondain, parsemée de nombreuses galanteries.

Une blessure qu'il reçut au siège de Pampelune, en 1521, le rendit boiteux et Tobligea à rompre avec l'existence aventureuse et les habitudes de plaisir qui lui étaient chères ; il fut d'ailleurs porté à ce changement de vie jpar la lecture de livres ascétiques qu'il fit pendant sa longue convalescence.

Les méditations, des visions, des rêves exatiques lui révélèrent sa vocation. Il fît un pèlerinage à Notre-Dame-de-Monserrat, en Catalogne, et . 8*arma Chevalier de la Vierge, En cette qualité, il se mit à prêcher et à catéchiser le peuple dans les carrefours.

On l'emprisonna : il s'échappa et courut le monde, mendiant son pain de porte en porte, couvert de haillons, hideux de malpropreté et poursuivi par les huées des enfants, alla à Jérusalem en 1523 et communiqua aux franciscains le plan informe des vastes projets qu'il méditait, puis il revint en Espagne et, à l'âge de 32 ans, alla s'asseoir sur les bancs des écoles de Barcelone, d'Alcala et de Salamanque.

En 1528 il était à Paris et fut reçu maître es arts en 1534.

A ce moment, pendant que le flotdellslamisme qui avait menacé l'Europe était refoulé vers l'Afrique et vers l'Orient, le protestantisme se dressait terrible et menaçant dans le Nord, brisant l'antique discipline de l'Église, et proclamant l'affranchissement de la conscience humaine et le libre examen.

Ce fut alors que Loyola, se proclamant l'apôtre du catholicisme rigide et inflexible du temps passé, chercha et parvint à rassembler autour de lui quelques compagnons pour former le noyau de l'association qu'il voulait fonder ; en suivant les cours du collège Montaigu, il s'était lié avec avec Pierre Pabre de Savoie, François Xavier, Lainez, Salmeron, Bobadiila, et Rodriguez, étudiants comme lui, qui s'associèrent au dessein qu'il avait formé de créer une société de religieux qui, vivant au milieu du monde, se mêleraient aux affaires temporelles, pour assurer l'intégrité de la foi catholique et la prédominence de l'autorité pontificale.

Le 15 août 1534, Loyola mena ses compagnons à Montmartre. Pierre Fabre dit la messe dans la chapelle, donna la communion à ses associés et tous firent vœu d'aller convertir les infidèles et, préalablement, de se rendre à Rome afin de se mettre à l'entière disposition du Pape.

Ce fut en souvenir de cette cérémonie que fui scellée dans la chapelle une plaque de bronze doré avec ces mots :

Siste spectator, atque in hoc

Martymm sepulchro probati

Ordinis cunas lege

Societas Jesu

Quœ Banctum Igaatiam Loyolam,

Patrem agaoscit Latetiam matrem,

Ànno salutis HDXXXIV

Aug. XV

Hic nata es

Gam Ignatius ipse et socii

Voti8 sub sacra syoaxim

Religiose conceptis

Se Oeo iD perpetuum

Consecraverunt.

(( Arrête-toi, spectateur, et lis dans ce tombeau des martyrs quel fut le berceau d'un grand ordre religieux. La société de Jésus, qui reconnaît saiot Ignace de Loyola pour père, eut la ville de Paris pour mère, l'an du salut 1534, 15 août.

« Elle prit naissance, ici le jour qu'Ignace loimême et ses compagnons, mystiquement unis à Dieu par la sainte communion, se consacrèrent perpétuellement à son service par des vœux religieusement prononcés au pied de cet autel. »

Un tableau fut aussi placé dans la chapelle; il représentait la communion d'Ignace et de ses compagnons. Au bas de ce tableau on lisait :

Sacra et pia societatis Jesu Incunabuîa^ Parentibus optimis ûlii posuere.

« Saint et pieux commencement de la Société de Jésus. A d'excellents pères, leurs fils. »

Cette 'chapelle devint celle de la compagnie. En 1535 et 1536, Ignace et ses affiliés y renouvelèrent leurs vœux, et pendant l'octave de l'Assomption, un membre de la compagnie venait annuellement y prêcher. Le 15 août 1539, Loyola réunit de nouveau ses compagnons et forma une société réelle; chacun d'eux prononça, outre les vœux ordinaires de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, celui d'une soumissioD absolue au chef de l'ordre et au chef de l'Église.

En 1541, Ignace fut élu général de l'ordre pour trois ans, et le nombre des jésuites fut fixé à 60; le 14 mars 1543, leur nombre, par bulle du pape, put être illimité.

On sait s'ils profitèrent de la permission : à la mort de Loyola, survenue en 1556, l'ordre possédait douze provinces en Europe, trois en Amérique, une en Afrique et une en Asie, et on peut certainement affirmer qu'ayant une oreille et un œil dans toutes les cours, au milieu de tous les Conseils, il ne se faisait rien en politique, sans que les jésuites y fussent pour quelque chose.

Au mois de janvier 1550, les jésuites obtinrent des lettres patentes qui les autorisaient à bâtir un collège à Peuris, mais l'obtention de ces lettres fit naître une vive opposition de la part des gens du roi, et le parlement ordonna qu'elles seraient communiquées à l'évèque de Paris et à la Sorbonne.

L'évèque jugea que les bulles constitutives de la compagnie contenaient plusieurs choses V étranges et aliénées de raison et qui ne devaient

être tolérées ni reçues en la religion chrétienne. »

Quant à la Sorbonne, son avis fut que la société de Jésus était dangereuse pour la foi, qu'elle ne pouvait que troubler la pais de rÉglise et renverser l'ordre monastique : qu'elle était née pour la destruction et non pour l'édification.

Bref, l'évèque et la Sorbonne repoussèrent les bulles, et le parlement refusa d'enregistrer les lettres patentes. Les jésuites ne se tinrent pas pour battus. En 1559 et 1560 ils obtinrent de nouvelles lettres du roi, par lesquelles ils consentaient à n'être reçus qu'à la charge que leurs privilèges et constitutions ne seraient aucunement contre les lois du royaume, ni contre l'église gallicane, ni contre les droits des évéques, paroisses, chapitres, etc.

L'évèque de Paris consentît alors à permettre l'enregistrement, qui eut lieu à certaines conditions, entre autres que la société ne serait reçue que sous la forme de compagnie et de collège et non d'ordre religieux ; l'assemblée dite de Poissy donna un avis conforme le 13 septembre 1561, et «et avis fut homologué par arrêt sur requête du parlement du 13 février 1562.

Les jésuites ayant tenté, en 1564, de se faire agréger à l'Université, tous les ordres s'y opposèrent; l'évèque de Paris, le prévôt des marchands et les échevins, l'Université, le cardinal de Châtillon, conservateur des privilèges de l'Université, celui de Sainte-Geneviève, les curés, les administrateurs des hApitaux, tous s'enteadi- Ut. 53.

rent pour attaquer l'établissement des jésuites en raison du vice intérieur de sa constitution, et conclurent & ce qu'ils fussent congédiés.

La cause fut plaidée au parlement. M. du Hesnil, avocat général, adhéra aux conclusions des opposants et, par arrêt du 29 mars 1564, les parties furent appointées au Conseil et l'affaire en resta là. Elle revint eo 1394; l'Université sollicita de nouveau le renvoi des jésuites. La requête fut jointe à l'instance, toujours pendante depuis 30 années; elle y serait sans doute restée longtemps encore , si la tentative d'assassinat de Henri IV par Jean Chàtel n'était venue hâter la conclusion. Le 29 décembre 1594, un arrêt du parlement enjoignit aux jésuites de sortir sous trois jours de Paris et de toutes les autres villes du royaume, oii ils avaient une résidence, comme corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public et ennemis du roi et de l'Etat.

Au mois de septembre 1603, Henri IV, à la prière du Pape, leur accorda des lettres patentes autorisant leur rétablissement dans le royaume, mais l'enregistrement de ces lettres éprouva les plus grandes difficultés, et iorsqu'en 1609, ils obtinrent la permission de faire des lectures publiques do théologie à Paris et, en 1610, celle d'y faire des leçons publiques sur toutes les sciences, l'Université s'y opposa fortement, et elle fit la même résistance en 1643 et 1658, à l'occasion d'autres tentatives semblables faites par les jésuites.

Mais on connaît la persévérance des pères, et avant la fin du xvii* siècle ils avaient réussi 4

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être rétablis partout. Louis XIII, Marie deMédicis, le duc de Luynes, protégèrent les jésuites et leur permirent d'enseigner publiquement. Louis XIV ne cessa de les combler de faveurs. On peut considérer la seconde moitié du xvii° siècle comme l'époque où la puissance de l'ordre fut portée à son apogée.

Le xviu* siècle fut au contraire celle de sa décadence, et sa doctrine fut sans cesse combattue par plusieurs papes, par des archevêques, des évêques, des assemblées du clergé, les Universités, les curés, etc.

En 1761, l'abbé Ghauvelin dénonça leurs constitutions à l'assemblée des Chambres; elles furent déposées au greffe de la cour et examinées. On examina aussi leur doctrine, et le parlement fit, en exécution d'un arrêt du 5 mars 1762, un extrait des principaux ouvrages des jésuites contenant des assertions dangereuses et pernicieuses en tous genres soutenues par eux.

Un arrêt du parlement de Paris, du 6 août, déclara qu'il y avait abus dans l'institut de la société de Jésus; elle fut dissoute et ses membres sécularisés, avec défense à eux d'entretenir aucune correspondance avec le général de Tordre étant à Rome.

Les principaux motifs exprimés dans cet arrêt turent le vice de l'institut et celui de la doctrine des jésuites, comme contraire à la liberté natuturelle, à la religion, à la paix de l'Église et à la sûreté de 1 État. Par un édit du mois de novembre 1764, il fut dit que le roi s'étant fait rendre un compte exact de tout ce qui concernait la société de Jésus « Sa Majesté a résolu de faire usage du droit qui lui appartient essentiellement, en expliquant ses intentions à ce sujet : en conséquence, Sa Majesté ordonne qu'à l'avenir, la société des jésuites n'ait plus lieu dans son royaume, pays, terres et seigneuries de son obéissance ; permettant néanmoins à ceux qui étaient dans ladite société de vivre en particuliers dans les États de Sa Majesté, sous l'autorité spirituelle des ordinaires des lieux, en se conformant aux lois du royaume, et se comportant en toutes choses comme bons et fidèles sujets du roi. »

Cet édit fut enregistré au parlement de Pai*is le 1*' décembre de la même année et, successivement, par les autres parlements de France.

Un bref du pape GlémentXIV, daté du 21 juillet 1773, déclara la société des jésuites entièrement éteinte et supprimée, les pères furent expulsés de Paris et leur noviciat fut donné aux chanoines de Sainte-Catherine- du-Val-d es-Ecoliers, qui vinrent s'y installer. (Ces bâtiments sont aujourd'hui occupés par le lycée Gharlemagne, rue saint- Antoine).

Après l'Empire, les jésuites reparurent et s'établirent rue de Sèvres, à l'hôtel de l'Aubépine ; ils occupèrent aussi à Montrouge une maison qui fut célèbre :

G^est MoQtrouge; c'est là que la cité papale Fit par ses lieutenants fonder sa succursale; C'est là que de Fortis, les abbés recruteurs De jeunes chérubins, fougueux instituteurs. Du lèle qui dévore armant les plus timides. Au Vieux de la Montagne élèvent des séides.

Cette maison de Montrouge avait été fondée par eux en 1668, et elle fut pendant longtemps un des plus importants centres de l'ordre, en même temps qu'une de ses écoles les plus renommées; en 1773, ils l'avaient cédée à M. Parce val, fermier général, avec les parterres, bois et potagers en dépendant.

En 1830, les jésuites furent encore une fois chassés du séminaire de Montrouge, et leur établissement fut dévasté par l'émeute. Il s'y fonda depuis un collège, sous le nom de Saint-Joseph, dirigé par une congrégation religieuse, et dontl^ bâtiments furent entièrement ruinés lors du siège de Paris en 1870-71.

Les jésuites rentrèrent à Paris loi^sque la révolution de 1830 fut apaisée, mais en 1845 ils en furent bannis de nouveau, dans la crainte qu'ils ne s'emparassent, ainsi qu'ils en montraient Vintention, de l'enseignement.

Les événements politiques survenus en 1848 et 1852 rendirent aux pères jésuites la liberté de s'établir à Paris, où ils ont aujourd'hui Leur résidence rue de Sèvres; ils possèdent en outre une école préparatoire et un collège.

Nous avons vu précédemment qu*un hôpital pour les pauvres étudiants avait été édifié sous le nom de Saint-Nicolas, près l'église Saint- Thomas-du-Louvre; en 1541, le cardinal Jean du Bellay, évèque de Paris, supprima le maître de l'hôpital avec les boursiers, et mit à leur plac^ quinze chanoines et un prévôt. L'hôpital devint alors une collégiale qui subsista jusqu'à la chute de l'église Saint-Thomas, qui arriva en 1739: le 15 octobre, vers onze heures du matin, alors que les chanoines se réunissaient au chapitre, la voûte de cette église s'écroula ; trois chanoines furent écrasés; deux purent échapper au même sort par la fuite, et en sauvèrent un autre en le poussant dehors au moment où il se disposait à entrer.

Ge qui restait du chapitre fut réuni à celui de Saint-Nicolas, et de cette réunion se forma une seule collégiale, sous le nom de Saint-Louis-du- Louvre.

L'église SaintrNicolas , dès lors complètement abandonnée, fut fermée et démolie avant la Rt^ volution.

Plusieurs fois, nous avons eu à citer les dixaîniers, quarteniers et cinquanteniers de la \'ille de Paris, chargés, avec les sergents à verge et les commissaires du Chàtelet, de veiller aux ordonnances de police, et la façon dont ils remplissaient leur mission qui laissait beaucoup à désirer : nous avons dit aussi combien la police était mal faite; un règlement du 22 décembre 1541 vint

porter remède à cet étal de choses qui s*était considérablement aggravé depuis les derniers édits, si on en juge par les termes mêmes des considérants invoqués : « La Cour, ayant eu cy-devant infmies plaintes du désordre qui est de présent au fait de la police et des abus, fautes, insolences, rébellions, blasphèmes, larrecins, voler ies, meurtres et autres maux infinis qui de jour à autre se -commettent en ceste dite ville, fauxbourgs et èsenvirons d'icelle, par le peu de pouvoir et négligence d'aucuns officiers ayant la première intendance et cognoissance du fait de la police... i>

Suit le long règlement, qui ne contient pas moins de 33 articles très détaillés; nous citerons particulièrement le premier, en ce sens qu'il divise Paris en seize quartiers, dont il est bon de connaître les délimitations :

« Que les trente-deux commissaires du Chastelet de Paris garderont et observeront estroitement le département et distribution de seize -quartiers de cette dicte ville et fauxbourgs à eux assignez et distribuez en la forme et selon Taugmentation des retranchements qui s'ensuit, à sçavoir: le quartier de la Cité, à Maistre Raoul, le faire seul; le quartier de la Porte-de-Paris, à Maistres Germain Jauveau et J. Janotin ; le quartier de Saint-Merry et Sainte-Avoye, à Maistres J, Gohel et J. Galiot; le quartier de Saint-Gervais -et la Mortel lerie à Maistre J. Jossellin , qui sera tenu <ie résider près le port au Foin, en ladite rue de la Mortel lerie ; le quartier de la Porte Baudoyer et "Saint-Anthoine, à Maistres Jacques Hardy et Jean Voisin, lequel Voisin ira résider en la rue Saint* JVnthoine ; les quartiers de la Verrerie et Tisse- .landerie, à Maistres Pierre Thiersauxet Guillaume •du Chemin ; le quartier du Temple et rue Saint- Martin, à Maistres Nicolas Aubert et Anthoine Taure; les quartiers de la rue Saint-Denis et Saint- Josse, à Maistres Jean Loiichart ot Nicole de la Croix; le quartier des Halles, à Maistre Eustache de Saint-Yon et Jean Bernard ; le quartier Saint-Eus- 4ache, à Maistres Didier Ramera et Léon Corbye; le quartier Saint Honoré, à Maistres J. Tristand 'Gantien et Jean Bezanier, et ira, ledit Gantien, résider en la rue Saint-Honoré ; le quartier Saint- Germain-de-rAuxerrois, à Maistre Jacques de Sens, seul ; le quartier de la rue de la Harpe, à Maistres Nicole Martin, Loys Rigot, Thomas de Villemard et Grégoire Bacot, et ira, ledit Rigot, résider en son quartier, ledit Bacot près deSaint- •Cosme et ledit Villemard près de la porte Bussy ou celle de Saint-Germain-des-Prez ; le quartier de la place Maubert, à commencer au Petit-Pont, tirant contremont la rue Saint-Jacques du costé de la place Maubert, compris les fauxbourgs du- •dit Saint-Jacques, Saint-Marcel, Saint- Victor, avec tout le contenu dedans lesdits lieux, jusques à la rivière de Seine, à Maistres Jean Boulard, Jean Bouvot, Siméon Bruslô et Jean Paulmier,

au carrefour Sainte-Geneviève, tirant à la porte Bordelle. »

Les commissaires furent tenus de ne sortir de la ville (c de quartiers es quels il y en a quatre plus de deux à la fois, et ceux es quels il y en a deux, plus d'un à la fois et en quartiers es quels il n'y a qu'un commissaire, il ne partira de cette dite ville pour aller aux champs sans commettre sa charge au prochain commissaire de son dit quartier».

Afin qu'on put plus facilement avoir recours aux sergents à verge de la prévôté de Paris, on dressa trois barrières dans le quartier de l'Université, outre celle du Petit-Pont, savoir: une à la place Maubert, une au bout du pont Saint- Michel, et la troisième au carrefour Saint-GAme; trente sergents se tenaient à chacune d'elles, afin qu'on put avoir recours à eux en cas de besoin; au quartier de la Ville, on établit quatre autres barrières: une à la porte de Paris, une à la porte Baudoyer, une tenant à l'église Saint-Jacquesrilôpital, et enfin, une au carrefour de l'église Saint-Honoré.

Ges barrières étaient tout simplement des portes.

Le même règlement, après avoir minutieusement défini les devoirs de chacun des commissaires et des sergents, s'occupe aussi de ceux incombant aux habitants de Paris, et les articles qui leur sont consacrés ne sont pas les moins curieux :

C'est d'abord le reproche à eux adressé de continuer à blasphémer le nom de Dieu, malgré les défenses faites; en conséquence, la cour « a ordonné et enjoint au prévost de Paris et à ses iieutenans de faire de rechef publier à son de trompe et cry public, par les carrefours de ceste dite ville et fauxbourgs d'icelle, les édicts et ordonnances cy-devant faictes contre les dits blasphémateurs et contre ceux qui seront trouvez jurer, dépitans, maugréans et blasphémant détestablement le doux nom de Dieu, sa très glorieuse mère et saincts du Paradis, ils (les commissaires) ayent à procéder exemplairement selon les raulctes et peines portées par les dites ordonnances, n

Puis la Cour fait défense à toutes personnes, de quelque état ou condition qu'elles soient, demeurant dans Paris ou ses faubourgs, de porter « aucunes espées, poignars, dagues ou autres bâtons invasifs, » sous peine de punition corporelle. Il est enjoint à tous gens de métiers, artisans et à leurs serviteurs, de se retirer dans leurs maisons aussitôt la tombée de la nuit, et défense leur est faite de se trouver dans les carrefours ou autres lieux de la ville. Quant à ceux qu'une nécessité absolue appelait au dehors, ils ne devaient sortir que munis d'une chandelle allumée, sous peine d'être arrêtés et emprisonnés sur l'heure. Les maîtres des métiers et artisans étaient respon- I sables des gens de leur famille ou à leur service, ' en cas de contravention à cette défeoAe.

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« Défense à tous taverniers el cabaretiers de recevoir à table aucunes personnes, s'ils ne sont leurs domestiques, à heure de nuict, niais seulement le Jour, soua peine de punition corporelle. >■

Louvre restaura. — PsTillon Lesdigaieres.

Et pour supprimer tous lea gens « oiseux et vagabonds », les agents de l'autorité furent chargés de s'enquérir, dans chaque maison de Paris et des faubourgs, des gens qui y demeuraient, leur nombre, leurs qualités, leurs moyens d'existence, pour quelle cause ils demeuraient à Paris et à quiconque ne satisfaisait pas à ces diverses questions, il était enjoint de vider le ville ou ses faubourgs, sous peine de la bart.

Tous chirurgiens et barbiers étaient tenus d'inscrire les noms des gens qui s'adressaient k eux pour être soignés de leurs blessures, et les noms devaient être envoyés immôdiatement aa commissaire du quartier ou au lieutenant criminel, sous peine de punition corporelle et de «grosse amende ».

a Et d'autant que la plupart des maléûees se commettent de nuict et à l'obscur, est enjoint, à tous les propriétaires des maisons de ceste dite ville ou principaux locatifs d'icelle, d'attacher par chacun soir, devant l'heure de ùx, durant les mois de novembre, décembre et janvier, et mestre en chacun hostel, une lanterne au-dessous des fenêtres du premier étage, en liea coaunode et apparent, avec une chandelle ardente en icelle, pour donner lumière à la rue; et ce, sur peine de 20 sols parlsis d'amende qui sera levée sans déport surchacun défaillant et pour chacune faute, dont le tiers sera appliqué au dénonciateur. •>

Il fut aussi ordonné, toujours par ce règlement, que l'édit rendu par le roi en 1S34, condamnant les voleurs à la peine de mort sur la roue, serait de nouveau pubUé et « gardé et exécuté estroitement par les juges de ce ressort»; etàcettefîo, toos ceux qui avaient droit de haute justice en leur quartier, durent faire rechercher les vagabonds et délinquants dans les lieux dépendant du territoire soumis à leur justice, sons peine d'être réputés et déclarés inhabiles à tenir « offices de judicature ».

De plus, reconnaissant que a l'usage de porter b&tons et armes otfensives est parvenu en si grande licence et jusqu'aux laboureurs et gens rustiques, » la défense d'en porter fut étendue à tous gens de labeur, paysans, vignerons, etc.

Défenses encore furent faites à toute persontte habitant Paris et ses faubourgs de tenir breian et de laisser jouer chez elle aux dés, aux cartes, aux quilles et autres jeux prohibés et défendas, de tenir les jeux de paume ouverts les jours de fêtes et aux heures défendues, sous peine de punition corporelle et amende arbitraire.

Enfin, ledit arrêt et règlement défend aussi à toutes personnes, u tant propriétaires que loca- , tifs, qui ont coustume de retirer, loger et recevoir de nuict pour un liard, et au jour la journée les caymans (mendiants) valides et autres gens oisifs » , sous peine, quant aux propriétaires, de la confiscation de leur propriété, et aux locataires, de confiscation des lits, couches et paillasses, et d'amende arbitraire et punition corporelle.

Des articles spéciaux indiquaient les mesures de propreté et de salubrité qui devaient être observées pour la bonne tenue de iCvoie publique.

On voit par ce qui précède que, malgré les ordonnances et les édits, les gens de jusUm avaient grande peine^i faire de Paris un liea d«

Louvro lYBUiiré. Pavillon de Charlet IX.

sCtreté et à -veiller à l'exécution des prescripUoDs sans cesse renouvelées et toujours éludées.

Mata d'importants travaux d'édUité devaient peu à peu changer la physionomie de la capitale; de ce nombre était en première ligne la construction du Louvre.

Nous avons dit qu'en 1527, le roi avait fait abattre la grosse tour du Louvre qui occupait le centre de la vieille forteresse féodale; cette "besogne, confiée & Jean aux Bceufs, couvreur ordinaire du roi, demanda quatre mois et coûta 10,188 livres; débarrassés de cette grosse construction, les bâtiments furent, on l'a vu, restaurés, nettoyés et superbement décorés pour recevoir Gharles-Quint ; mais, tout en exécutant ces travaux, les architectes purent constater le mauvais état de l'ensemble du monument, et François I" se décida, en 1541, à remplacer l'édiQce féodal du Louvre par un palais élevé d'après le nouveau système d'architecture qui commençait alors à se répandre en France.

Mais avant de retracer l'historique du palais qu'on appellera plus tardleLouvre de Françoisl", il convient de jeter un rapide coup d'œil sur l'ancien, que nous avons vu élever par Philippe-Auguste, et que Charles V avait embelli et agrandi considérablement. C'était une construction haule de deux étages, flanquée aux quatre coins de tours rondes à grands toits pointus, et dont l'ensemble 'occupait enviroD un quart de la cour du Louvre actuelle; dea lignes en asphalte blanc ou en granit, tracées sur le pavé de cette cour en 1868, figurent exactement le plan de la forteresse de Philippe-Auguste.

Au milieu, une cour intérieure un peu sombre et humide, dans laquelle se dressait, entourée de son fossé profond, la grosse tour dont nous avons déjà parlé.

La partie du vieux cfa&teau qui regardait la rivière était sur l'emplacement de la façade actuelle.

Ce fut le roi Charles V, qui, de 1364 à 1380, ne cessa, sans rien changer au plan général, d'augmenter les b&tîmenta d'un étage (il n'y en avait qu'un à l'origine), d'y faire faire des travaux de toute sorte, d'y installer des Jardins décorés de pavillons, de préaux et de tonnelles. Ces pavillons, tressés en losange, ornés de fleurs de lis, étaient terminés en clocher, surmontés d'une boule dorée, et d'une girouette aux armes de France. Bancs de gazon, volière pleine de perroquets, viviers, petits bassins, petits Jets d'eau, tout élait réuni pour l'ornement de ces jardins, tandis que, longeant les fossés du cb&teau, se Irouvalent les dépendances ou basse-cours, renfermant l'épicerie, la boulangerie, la bouteillerie, l'artillerie et la ménagerie pour les lions du roi et autres animaux sauvages. CarCharlesVaimait les lions ; non seulement il en avait au Louvre, mais eocore dans l'hôtel Saint-Paul (et à l'endroit

où la ménagerie se trouvait, fut plus tard ouverte la rue des Lions-Saint-Paul).

I* ch&teau avait trois portes, toutes trois défendues par d«nx tours jumelles engagées. L'une

Louvre restauri. — Pavillon de la Biblîolhique.

des portes était au milieu de la façade qui regardait la Seine, l'autre s'ouvrait du cAté de Saiitt- Germain-l'Auxerrois, la troisième, du c6té des Tuileries.

Une autre tour intérieure, appuyée contre la façade parallèle A la rue de Rivoli, contenait la grande vis ou escalier du château à deux étages, muni de distance en distance de bancs de pierre où se reposait le roi. Cet escalier, construit par

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Raymond du Temple, passait pour une merveille.

Les salles de réception, les grands appartements du roi donnaient sur la rue Froidmontel; les appartements habités d'ordinaire parle roi et la reine donnaient sur la rivière.

Les salles les plus remarquables étaient la salle neuve du roi, la salle neuve de la reine, la salle de la trappe, la salle basse qui n'avait pas moins de 8 toises de longueur, et où se donnaient des festins splendides, où les plats étaient apportés par des pages à cheval. La salle de Saint- Louis, restaurée par Charles V servait aux réceptions d'ambassadeurs et aux cérémonies de l'hommage féodal. Cette salle surpassait en grandeur la salle basse, puisqu'elle avait 72 pieds de long et qu'elle occupait toute la hauteur de l'édifice. Les appartements, principalement ceux de la reine, étaient ornés de peintures, de sculptures, de tapisseries, de parquets de bois rares et des . vitraux exécutés sur les dessins de Jean de Saint- Romain. L'ameublement était magnifique et traité avec toute la délicatesse de l'art du temps. Boiseries et meubles étaient l'œuvre de Bernard et de Pierre Enguerrand.

Nous avons parlé des tours construites par Philippe-Auguste et dont le nombre avait été augmenté par Charles V : celle dite de la Librairie, où Charles V avait réuni une bibliothèque de 959 volumes, la tour de Wendal, la tour du Bois, la tour de l'Horloge, la tour du Fer à cheval, la tour de l'Artillerie, la tour de la grande Chapelle, la tour de la petite Chapelle, la tour de la Tournelle, etc. Tout cela était en assez piètre état lorsque François I«' se décida à faire reconstruire le Louvre sur un nouveau plan et à faire disparaître l'irrégularité des premières constructions, tout en lui conservant son étendue primitive. €e prince confia l'exécution de l'édifice à l'architecte italien Sébastien Serlio, mais cet habile artiste, ayant eu connaissance du plan proposé par Pierre Lescot, rendit justice au mérite de l'architecte français et avoua que son projet était supérieur au sien. Ce fut donc Pierre Lescot, qui, s'associant deux sculpteurs du plus grand talent, Jean Goujon et Paul Trebatti, conduisit l'important travail de cette réédification.

Le plan de Pierre Lescot comprenait quatre façades dont deux subsistent encore. L'aile occidentale entre le dôme de l'horloge et l'angle sudest de la cour, fut entreprise la première. Les tours rondes élevées par Raymond du Temple furent remplacées par des pavillons carrés. Cette façade, du côté de la Seine à son extrémité orientale, répondait à la moitié de celle d'à présent. Pierre Lescot ne termina que les deux ailes: ce corps de bâtiments, qu'on nomma longtemps le vieux Louvre, se compose de deux étages avec avant-corps garnis de colonnes et de pilastres et surmontés d'un attique orné lui-même de superbes sculptures de Jean Goujon.

M. Quatremère de Quincy s'exprime ainsi sur cette construction : « Il faut rendre à Lescot la justice de dire qu'il déploya dans son ordonnance autant de connaissance des principes de la belle architecture, qu'aucun de ses plus habiles prédécesseurs. » Et M. Yitet a dit de cette magnifique œuvre monumentale : c On rencontre sans doute, en parcourant lltalie, des monuments où les lois de l'artantiquesontcomprises et appliquées avec plus d'audace et de génie; on en peut voir aussi d'un fini plus précieux, d'une perfection plus délicate, mais où trouver cet ensemble harmonieux, cette richesse sans confusion, cette symétrie sans froideur, cette imagination abondante et tempérée, toujours maîtresse d'elle-même, unissant constamment aux plus ingénieuses saillies, la finesse du goût et la rectitude du bon sens? x> C'est là, nous pouvons le dire, le grand secret de cette Renaissance française, dont le Louvre est la plus complète expression.

Lorsque François I" mourut, en 1547, il n'y avait d'achevé que les bâtiments de dépendance situés au dehors du château, l'aile du vieux Louvre n'était pas encore terminée et, sur l'aile parallèle à la Seine, on avait tout au plus commencé les démolitions.

Les douze années du règne de Henri II furent employées par Pierre Lescot à terminer le corps de bâtiment qu'il avait entrepris et à conduire jusqu'aux deux tiers à peu près l'aile qui regarde le midi. Mais Henri II ne s'arrêta pas aux travaux des bâtiments de la cour, il fit construire au dehors le gros pavillon du roi, où se trouvait, avant l'achèvement du nouveau Louvre, l'entrée du musée; pavillon se rattachant au Louvre par une galerie, qui, agrandie, devint la salle du Candélabre. A la mort de Henri II, sa veuve, Catherine de Médicis, vint habiter le Louvre; et malheureusement, cette princesse ne permit pas à Lescot de continuer son œuve. François I**" avait été enthousiasmé de son travail et l'en avait récompensé en le faisant chanoine de l'église métropolitaine de Paris, abbé de Clermont et conseiller du roi; Catherine lui préféra un architecte qui lui était tout dévoué, Martin Cambiche, qui avait travaillé au portail de la cathédrale de Beauvais et qu'elle chargea d'élever, à l'angle du corps de logis primitif, une série de bâtiments en aile, se prolongeant jusqu'au bord de la Seine. — Ce fut ce qu'on nomma plus tard le logis de la Reine; c'était un rez-de-chaussée surmonté d'une terrasse.

C'est à l'extrémité de cette allée nouvelle que se trouve aujourd'hui le fameux balcon de Charles IX en face du quai. (On sait que la tradition veut que Charles IX ait tiré par celte fenêtre sur les huguenots ; or, en 1572, la fenêtre n'existait pas). La façade de ce logis ouvrait à l'est sur ce qu'on appela depuis le jardin de l'Infante ou le jardin de la Reine, (c'est-à-dire l'es-

pace entouré de grilles qui se trouve aujourd'hui entre la façade du Louvre et le quai).

Les bâtiments en retour sur le quai, et qui servent maintenant d'assises au grand salon, furent plus tard ajoutés par Tordre de Catherine de Médicis, qui avait dessein d'y établir un musée, et les constructions, qui ne dépassaient pas non plus la hauteur du rez-de-chaussée, s'étendaient presque jusqu'au pavillon de Lesdiguières.

Charles IX et Henri III laissèrent le Louvre presque tel qu'il était, et se contentèrent d'y faire quelques changements insignifiants; quant à Catherine de Médicis elle avait reporté toute son attention sur le palais des Tuileries^ un caprice qui lui fit suspendre pendant vingt années les travaux du Louvre.

Ce fut Henri IV qui, les Tuileries achevées, eût l'idée de les réunir au Louvre en faisant construire l'immense corps de bâtiments en façade sur la Seine.. C'est à lui aussi qu'on doit d'avoir fait ajouter un étage en galerie à l'aile bâtie par Catherine de Médicis. C'est à la place même de cette construction, détruite par un incendie, que Louis XIV fit élever plus tard la galerie d'Apollon, ainsi nommée à cause des peintures qui décorent le plafond.

La différence absolue de style d'architecture, entre les différentes parties dont ces bâtiments se composent, a été remarquée par tous les historiens et les critiques.

« Il résulte des derniers travaux sur le Louvre, dit M. Ferd. de Lasteyrie, et, particulièrement, du magnifique ouvrage récemment publié par M. Burty, sous les auspice de M. le préfet de la Seine, que la première idée de cette galerie et même le commencement de la construction remontent à l'époque de Charles IX seulement ; tout, y compris le caractère de l'architecture, semble prouver qu'il ne s'agissait dans le principe que d'une galerie basse, destinée à supporter une terrasse. Les travaux, du reste, ne paraissent pas avoir été poussés bien loin par Charles IX. Mais si peu qu'il y en eût, Henri IV voulut les utiliser. On continua donc dans le même style, l'étage inférieur de toute la partie qui avait été ainsi commencée, quitte à en modifier le caractère à l'étage supérieur, »

La moitié la plus rapprochée des Tuileries fut construite par l'architecte du Peirat; celle qui se rattache au vieux Louvre fut achevée par Metezeau, en 1608, et c'est un des édifices les plus pittoresques et les plus élégants de l'époque.

Richelieu, à peine arrivé au pouvoir, conçut le projet de terminer le Louvre, et, sous son inspiration, Louis XIII posa la première pierre des nouvelles fondations, le 28 juin 1624. Déjà, on avait jeté bas tout ce qui restait de l'ancien château féodal, c'est-à-dire la façade du nord et celle de Test. Le roi, ayant exprimé l'intention de donner un plus grand développement au palais,

l'architecte Lemercier, qui fut chargé des travaux, eut l'idée de considérer chacune des façades, élevées sur le plan de Pierre Lescot, comme la moitié d'une façade nouvelle, désorée d'un pavillon central. Deux façades parallèles aux premières devaient achever de faire de l«u cour un carré parfait.

Le premier pavillon seulement fut terminé par Lemercier; le pavillon de l'Horloge, dont le vestibule met en communication la cour du Louvre avec la partie de la place du Carrousel, désignée, sous le second empire, sous le nom de place Napoléon III.

Les trumeaux des trois grandes ouvertures furent décorés de cariatides réprésentant huit belles figures de femmes, dues au ciseau de Sarrazin. Depuis ce pavillon central jusqu'à l'extrémité nord-ouest de la façade, Lemercier reproduisit fidèlement le modèle que lui avait laissé Pierre Lescot, et, à l'angle de cette façade , il construisit un nouveau pavillon semblable à celui du roi, et il commença, sans l'achever, l'aiië en retour du côté du nord. La mort l'en empêcha. , '

Il y eut, sous la minorité de Louis XIV, une nouvelle interruption de travaux. En 1660, lé surintendant Fouquet désigna l'architecte Leveau pour continuer l'œuvre de Lemercier. Il acheva l'aile du nord et prolongea celle du midi, avec cette modifiation, toutefois, que, du côté de la Seine, six grandes colonnes corinthiennes, égales en hauteur aux deux premiers étages de l'édifice, furent appliquées contre le pavillon central. Aidé de son gendre François d'Orbay, Leveau venait de jeter les fondements de la façade de l'est, où devait s'ouvrir la principale entrée du palais, lorsqu'il reçut, au mois de mai 1664, Tordre de tout suspendre. Colbert, nommé surintendant des bâtiments royaux, n'approuvait pas le plan de Leveau : il trouvait que les dessins de cet architecte offraient d'heureux détails, mais que l'ensemble en était mesquin, et il imagina d'ouvrir un concours pour achever le Louvre de Henri II et de Pierre Lescot. Le modèle de Leveau fut exposé et condamné sans appel.

Or, parmi les projets envoyés, un, non signé, attira l'attention : c'était celui de Claude Perrault, un médecin qui, entre temps, faisait de l'architecture en amateur. Ce projet frappa Colbert ; il ne ressemblait à aucun autre, et consistait dans la fameuse colonnade qu'on admire universellement aujourd'hui.

Les architectes ne manquèrent pas de prétendre que, si ce plan était charmant en dessin, son exécution serait impossible. Colbert en référa aux architectes les plus renommés d'Italie. L'un d'eux, Bernini, envoya un projet de lui qui charma le roi. On le fit venir, mais on ne put s'entendre avec lui, et le plan de Perrault fut approuvé par le roi; toutefois, comme on craignait

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qu'un médecin fût inhabile à conduire les iravaux d*exécution, on lui adjoignit un conseil composé de Leveau, de d'Orbay et du peintre Lebrun , et on éleva la colonnade du Louvre.

La première pierre fut posée, par Louis XIV, le 17 octobre 1663, et Claude Perrault posa le couronnement de sa façade en 1670. Cette façade du Louvre (sur la rue du Louvre) « a 170 mètres 53 centimètres de longueur et 27 mètres 65 centimètres de hauteur. La partie inférieure, formant soubassement, offre un mur lissC; percé dé vingt-trois ouvertures, tandis que la partie supérieure est ornée de cinquante-deux colonnes et pilastres d'ordre corinthien, accouplées deux à deux. Le même ordre et la même disposition d'accouplement se répètent aux deux pavillons d'angle, ornés chacun de huit pilastres, et au pavillon du centre, surmonté d'un fronton reposant sur huit colonnes. Dans le soubassement de ce pavillon est la porte d'honneur du palais. D'un aspect monumental et imposant, cette colonnade est empreinte d'un véritable caractère de noblesse et de grandeur. Cependant, elle donne large prise à la critique. »

En effet, on lui reproche de ne nullement s'accorder^ quant au style, avec les autres parties du Louvre. D'autre part, il est difficile d'expliquer la situation de cet immense portique au premier étage. Malgré ces défauts et d'autres que les gens du métier, surtout, se sont appliqués à lui trouver, nous dirons, avec MM. Lazare : « Ce qui constitue les chefs-d'œuvre n'est point l'absence •des défauts, mais bien la présence des beautés de premier ordre placées par la main du génie, avec cette hardiesse qui commande l'admiration. » L'œuvre de Perrault est et restera comme une des conceptions les plus simples et en même temps les plus originales de l'architecture moderne.

Malheureusement, à l'époque où Perrault s'occupait de raccorder sa colonnade avec les constructions antérieures, s'exécutaient à grands frais les travaux de Versailles, et une mesure d'économie fit encore une fois suspendre ceux du Louvre.

On avait commencé parles ralentir; ils furent ■tout à fait abandonnés en 1680. En 1688, Perjrault mourut, et, pendant le règne de Louis XV, on se contenta de laisser les choses en l'état; puis, on établit des écuries dans une partie du rez-de-chaussée, et, s'inspirant sans doute de la pensée qu'avait eue Henri IV de disposer les bâtiments du Louvre de telle sorte qu'on pût y loger les meilleurs ouvriers « et les plus suffi- -sants maîtres qu'on pourrait rencontrer, » on distribua les étages supérieurs en logements, pour des artistes, et encore plus pour des gens de cour. « Pour décupler les logements, dit l'histotorien Vitet, il fallut entresoler presque toutes les grandes salles, les couper en deux ou trois cloi- .-80ns, ouvrir, dans l'épaisseur des murs, des cages

d'escalier, des gatnes de cheminée. C'était nne grande hôtellerie où chacun faisait son lit à sa façon et travaillait pour soi. »

Bientôt, ceux qui n'avaient pas de titres à invoquer pour demeurer au Louvre, imaginèrent d'en profiter en adossant à la colonnade des constructions, ou plutôt des barraques, qui semblaient d'ignobles verrues sur le corps de ce chef-d'œuvre de pierre.

En 1754, M. de Marigny, surintendant des beaux-arts, résolut de faire cesser tout cela, et, siiî* ses conseils, Louis XV se décida à ordonner l'achèvement du Louvre.

Lés travaux furent répris en février 1753, sous la direction successive des architectes GÏabriel et SoufQbt; il s'agissait de continuer l'œuvre de Perrault. On bâtit alors le troisième ordre de la façade intérieure, derrière la colonnade, le fronton du midi, celui du nord et le vestibule de la rue de Mareiigo.

On travailla encore bien lentement; car, lorsque Louis XVI parvint au trône, en 1774, le Louvre n'était pas achevé, et la cour contenait un tel amoncellement de gravois, qu'il s'élevait jusqu'au premier étage; l'architecte Brébion fut chargé dé poursuivre l'œuvre de ses prédécesseurs, mais ia Révolution vint, et on ne songea plus à achever le palais des rois ; mais nombre de gens s'y logèrent sans façon, et le désordre fut plus grand que jamais; cependant, le gouvernement républicain s'occupa de le faire cesser, et un décret ordonna que les salles du Louvre serviraient de musée. L'architecte Raymond dut les approprier à cet usage. Lorsque Napoléon devint empereur, il fit continuer l'ornementation des salies du musée, sous la direction de Percier et de Fontaine, et, de nouveau, travailler au Louvre.

N'est-ce pas le cas de rappeler ce que Dafresny dit à Louis XIV, en parlant de ce Louvre, toujours en construction et jamais fini :

« Sire, je ne regarde jamais le Louvre sans m'écrier : superbe monument de la magnificence du plus grand roi, palais digne de nos monarques, vous seriez achevé, si l'on vous eût donné à l'un des quatre ordres mendiants, pour tenir son chapitre et loger son générai I »

Sept rois, en se succédant, n'avaient pu parvenir à achever le Louvre ; la République ne pouvait entreprendre une pareille tâche ; Napoléon fit remettre à neuf la colonnade, sculpter la façade du bord de l'eau et disparaître la façade de Leveau ; puis, il ordonna l'achèvement de la partie supérieure des quatre façades de la cour, afin de la rendre régulière, et, malgré l'avis d'une commission d'artistes qui s'était prononcée pour la continuation de l'attique, il revint au plan de Perrault, et ordonna qu'à sa place on établit un troisième ordre. Ce fut de la sorte que .se trouva terminée la cour, qui a 122 mètres du nord au sud et 124 de l'est à l'ouest.

Tout le monde s'enfuyait éperdu, aans ■

r où il dsTait se retirer.

Pour arriver à ce résultat, 22,400,000 francs furent déposés jusqu'en 1813.

Napoléon, loi aussi, eut l'idée de réunir le Louvre au Tuileries, et MM. Percier et Fontaine firent un rapport sur ce projet. L'empereur décida que les deux palais seraient séparés par une ligne transversale, qui contiendrait, au premier, la bibliothèque nationale, et qui, au rez-de-chaussée, aurait un large portique traversant la place du Carrousel jusqu'au quai.

Une fontaine publique de forme ronde devait être placée au point d'intersection de l'axe des deux palais; l'aile de l'Horloge devait être précédée d'une avant>cour entourée de portiques et de bâtiments destinés aux assemblées des corps . savants: Université, Institut, corporations utiles, établissements ayant pour objet l'encouragel ment des arts et de l'industrie, etc., et«. La salle de thé&tre de l'opéra, b&tie isolément sur la place du Palais-Royal, devait communiquer à l'aile des fêtes par un arc couvert, et un pavillon semblable & celui de l'entrée du musée devait former, de l'autre c6té, le porche de l'église du Louvre.

Uv. S4.

Napoléon, pas plus que Louis XIV ou Fran çois I", ne devait mener son projet à bonne fin ; les événements de 1813 vinrent en empêcher la réalisation.

Sous le gouvernement de I<ouis XVIII, le Louvre fut regratté; les sculptures intérieures de la cour du Louvre furent terminées, et les salles des quatre ailes du premier étage furent préparées pour recevoir les décorations, qui ne furent exécutées que sous le règne de Charles X.

Sous Louis-Philippe, il fut encore question de l'achèvement du Louvre et de sa jonction au palais des Tuileries; deux projets de lois furent présentés aux Chambres dans ce sens, l'un le 27 juin 1833, l'autre en 1843. Tous deux eurent le même sort : ils furent rejetes.

La seconde République en faisant inscrire sur le palais du Louvre la formule ; Propriclé Nationale, songea vite à réaliser ce que tant de souverains n'avaient pu faire. Un décret du 28 février 1848 ordonna l'achèvement du Louvre, ditPalais du Peuple.

On se borna toutefois à restaurer deux grands salons et la galerie d'Apollon, sous la dire ction ar^

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tistique de M. Dauban. elle plan d'achèvement de M. Visconti fut ajourné.

Enûn, le 12 mars 1854, un décret impérial adopta ce plan et ordonna le commencement des travaux. Cette fois encore l'architecte qui l'avait conçu ne devait pas l'exécuter: M. Dauban mourut à la fin de 1854, et ce fut M. Lefuel qui eut définitivement la bonne fortune d'achever le Louvre et de le réunir aux Tuileries, dans l'espace de cinq années.

Le 25 juillet 1854, la première pierre des nouvelles constructions fut posée.

Le détail minutieux des travaux exécutés nous entraînerait trop loin; bornons-nous à emprunter l'excellent résumé que nous en trouvons dans le Grand Dictionnaire universel du XI X^ siècle:

« Pour réunir le Louvre aux Tuileries, on avait commencé par débarrasser le Carrousel de toutes les constructions parasites qui l'encombraient, puis on avait terminé l'aile du nord, longue de 435 mètres et qui n'était qu'à moitié faite. Mais on ne se borna point à réunir les deux palais (jlu côté du nord par une suite de constructions rappelant la grande galerie du bord de l'eau : Yisconti voulut élever, dans une partie de l'immense quadrilatère touchant au Louvre, des constructions encadrant quatre cours, latérales et destinées, dans sa pensée, à masquer le défaut de parallélisme des deux ailes principales. (( Ayant pris, dit M. Ferdinand de Lasteyrie, pour centre de son projet, la façade extérieure du vieux Louvre, qui, dans le principe, en formait les derrières, partie par conséquent moins ornée que le reste, le nouvel architecte du Louvre se trouva forcément amené dans les constructions neuves à surcharger cette donnée trop simple d'une foule d'ornements plus ou moins parasites ; et cela contrairement au principe qui veut que le point central de l'édifice soit plus richement décoré que ses accessoires ;mème faute pour les pavillons. Voulant à tout prix faire du grand, Yisconti ne sut malheureusement trouver la grandeur que dans la masse. Son point de départ se perd en quatre énormes pavillons encadrant des corps de logis immenses qui, tous, écrasent le vieux Louvre, surplombent la grande galerie et rapetissent ridiculement le château des Tuileries. » Les nouvelles constructions, qui s'étendent de la face occidentale du Louvre à la place du Carrousel, ont un développement de 220 mètres. Quant à l'ornementation, elle est tout à la fois maigre et banale sur certains points du monument, et sur d'autres, d'une ampleur et d'une exubérance qui dépassent toute imagination. Elle présente en général une décoration de théâtre sans accent, sans profondeur, un luxe sans raison, un défaut d'harmonie, une disproportion manifeste entre l'échelle de la parure et celle du monument.

a Les six pavillons énormes manquentde toute

proportion, de toute mesure. Ils sont couverts d'une incroyable profusion d'ornements, d'ao pèle-méle de fleurs, de fruits, de guirlandes, d'attributs, de figures, et présentent des baies immenses, des arcades démesurées, des couronnements gigantesques.

«Sur toute la façade intérieure règne une longue suite d'arcades surmontées de terrasses qd donnent un peu de légèreté, de pittoresque et de saillie aux constructions si massives. En face du Palais-Royal se trouve un long et beau vestibule donnant entrée à la bibliothèque précédemment située sous la grande galerie du bord de la Seine. Cette bibliothèque a été incendiée le 24 mai 1871. Outre la bibliothèque, ce côté du nouveau Louvre renfermait sous l'Empire le ministère d'État, le ministère de l'Intérieur et une caserne. Dans les bâtiments du côté opposé, c'est-à-dire adossés i la galerie du bord de l'eau, se trouvaient au reide-chaussée les éeuries de la cour. Au premier étage, on construisit une salle dite des États, particulièrement destinée aux séances d'ouverture des Chambres. De ce côté, à peine deux salles basses et trois où quatre salles hautes ont été ajoutées au musée, en compensation de la moitié de la grande galerie qu'on lui enlevait.

(( Dans la grande cour qui s'étend entre les deux ailes des nouvelles constructions, on a dessiné dessquares qui empêchent de voir l'absence de parallélisme entre le Louvre et les Tuileries. Pour compléter les embelhssements du Louvre, la façade orientale, entièrement dégagée et entoorée de grilles, se développe en face d'une place nouvelle, qu'embellit l'église Saint-Germain- TAuxerrois, ainsi que la mairie du i*' arrondissement.

i< Enfin, après l'achèvement du Louvre, on a entrepris de nouveaux travaux d'une gr <^«ide importance dans la suite des bâtiments qui bordent le quai et quirelient le Louvre aux Tuileries; en a jeté bas et reconstruit la partie de la galène construite par du Peirat, et on a complètement reconstruit le pavillon Lesdiguières.

(( Malgré ses défauts, tel qu'il existe aujourd'hui, le palais du Louvre est le plus vaste et le plus splendide palais de l'Europe. A l'intérieur, la beauté des distributions, l'élégance et la variété de l'architecture, la richesse de l'omemeotation, répondent à la magnificence du dehors.»

A ce jugement, joignons celui de M. de Lasteyrie, qui écrivait en 1867 : « Le nouveau Louvre e^ le plus grand monument du présent règne, un de ceux que la postérité admirera sans doute le plus. Quelques défauts qu'on puisse lui reprocher, ce magnifique ensemble de bâtiments, tu de la place du Carrousel avec l'oasis de verdure qui en occupe si heureusement le centre, impose par sa masse même, par le développement de ses lignes, et se recommande aux plus difficiles par une foule de détails habilement traités. Ou

eut pu niieuK faire sans doute. Mais quelles que soient ses imperfections, une aussi grande chose ne laisse jamais indifférent celui qui la contemple pour la première fois. »

Peu s'en fallut qu'en 1871, à la suite des événements de la Commune, dont on trouvera plus loin le récit^ le Louvre ne disparut par le feu. Le Journal officiel du 5 juin 1871 contenait une note sur les incendies allumés par la Commune, et on lit ce paragraphe : « Quand on apprit que les Tuileries brûlaient, ce ne fut partout qu'un cri d'effroi, à cause du Louvre. Les flammes vinrent bien près, puisqu'elles brûlèrent cette belle bibliothèque qui séparait l'ancien ministère d'État, de la caserne des zouaves de la garde. Grâce à Dieu, elles s'arrêtèrent au seuil du musée des Antiques. Nos beaux marbres, nos grandes toiles, sont préservés; nous n'avons rien perdu, absolument rien, si l'on en excepte un coin du plafond de la galerie d'Apollon ; tous les dommages du Louvre sont extérieurs , et ils sont médiocres. Unefemme, sculptée par Sarrazin, est à moitié détruite; la façade de la galerie de l'Infante a perdu une partie de son entablement, c'est presque tout, avec quelques traces d'obus et des traces plus nombreuses de balles. »

En effet, ces quelques dommages purent être facilement réparés, mais on ne put rien sauver des 80,000 volumes que contenait la bibliothèque. Nous avons sommairement indiqué l'origine et les transformations successives des bâtiments du Louvre; nous aurons plus tard, lorsque nous en serons à inventorier les richesses artistiques du Paris moderne, à parler du Louvre-Musée.

Retournons de trois siècles en arrière, à cette année*1541, où nous avons vu François !•' faire commencer les travaux de construction du palais que nous venons de décrire.

Cette année-là, il y eut à l'égard de la a baillée des roses » grande contestation sur la préséance entre le duc de Bourbon et le duc de Nevers, tous deux pairs de France; le parlement rendit, le 17 juin, un arrêt portant que la Cour, ayant égard à la qualité de prince du sang jointe avec la qualité de pair de France, le duc de Montpensier-Bourbon pourrait, le premier, « bailler les roses. »

Nous avons dit plus haut en quoi consistait cette cérémonie : ajoutons qu'outre la baillée des roses, le parlement de Paris avait aussi la baillée des noix. Les magistrats qui voulaient se marier, employaient le temps des vacances à faire leur cour à la fiancée qu'ils épousaient à la rentrée. A l'issue de la messe rouge, ils présentaient au premier président leur contrat de mariage à signer. En échange de cet honneur réservé aux magistrats du parlement etaux avocats, la fiancée offrait au président trois noix. M. Ch. Desmaze croit que cette coutume remontait aux noces romaines, où l'on disait aussi : Spargite nuces.

La guerre éclata entre François l" et Charles- Quint au mois de mai 1542, et pour subvenir aux frais des trois armées qu'il mît sur pied, le roi fit demander, par le cardinal de Bourbon à la ville de Paris, 200,000 écus, qu'il promit de rembourser. Il y eut à ce sujet une assemblée du prévôt des marchands, des échevins et des quarteniers à l'Hôtel de Ville le 7 juillet, et une seconde le lendemain, chez le cardinal, en son hôtel des Tournelles. Celui-ci, après avoir exposé aux magistrats municipaux les pressants besoins d'argent du roi, ordonna aux quarteniers de dresser le rôle de tous les chefs de famille par quartier, et d'indiquer la situation présumée de chacun d'eux, de façon à les imposer pour l'emprunt, selon qu'ils seraient en mesure de l'être; ce qui fut fait. Ce ne fut pas le seul secours que le roi tira de la ville de Paris pendant le cours de cette guerre, car, au mois de février 1544, il en obtînt encore 50,000 écus, et au mois d'avril suivant, 180,000 livres pour la solde de 7,500 hommes d'infanterie, que Paris s'était engagé d'entretenir ; seulement, la Ville fit remontrer à François que, pour lever des sommes aussi considérables, sans surcharger le peuple, le roi ne devait exempter personne de la taxe commune, pas même les privilégiés, c'est-à-dire les nobles et le clergé, et on projeta de nommer six ou huit notables bourgeois qui, avec l'aide des quarteniers, feraient de dénombrement de tous les hôtels et des maisons de leur quartier, mais les choses en restèrent là.

A propos d'hôtels, ce futle 20 septembre 1543, qu'un édit de François P' ordonna la démolition du vieil hôtel de Bourgogne, qui s'élevait rue Pavée- Saint-Sauveur (qui devînt la continuation de la rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur, et fut supprimée lors du percement de la rue Turbigo). Bâti par les comtes d'Artois, cet hôtel s'appela d'abord hôtel d'Artois ; il était situé non loin du mur d'enceinte élevé par Philippe -Auguste, et qui bornait l'espace où il était renfermé ; lorsque cette enceinte fut reculée, l'hôtel s'étendit dans la rue Mauconseil jusque vis-à-vis Saint-Jacques- THôpital. Marguerite, comtesse d'Artois, à qui il appartenait, l'apporta en dot à Philippe le Hardi, fils du roi Jean, tige de la maison de Bourgogne. Il fut habité par Jean sans Peur, qui augmentâtes constructions de Thôtel; et les autres ducs de Bourgogne s'y installèrent jusqu'en 1477, époque à laquelle l'hôtel fut réuni à la couronne, des logements y furent accordés par faveur royale à des particuliers ; des prélats mêmes y résidèrent, mais une grande partie était inhabitée, et souvent des rôdeurs de nuit venaient y chercher un refuge ; François P' ayant besoin d'argent pour la guerre, signa donc, en 1543, l'autorisation de vendre divers immeubles improductifs, .tels que le Petit-Bourbon, Thôtel de la Reine, l'hôtel de Flandre, Thôtel d'Étampes, l'hôtel de Tancarviile, et enfin l'hôtel de Bourgogne. Les confrères

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de la PassioD, qui donnaient alors des représentations à l'hÂtel de Flandre, rachetèrent un des lots de l'hôtel de Bourgogne pour en faire un théâtre, àunsieur Jean Bouvet, qui s'en était rendu acquéreur ; les b&timenta, qui tombaient en vétusté, furentdéniolis, àl'exception d'une grosse tour quadranguiaire qui subsiste encore. C'est un curieux échantiiloD de rarchitectui:e du temps passé. Ce fut Jean sans Peur qui la fit bâtir; ce prince, qui était loin de mériter le surnom qu'on lui donna, peut-être par dérision, était au contraire extrêmement prudent, et comme il était toujours dominé par la crainte de se voir attaqué à l'improviste, il avait fait ajouter à son hôtel une tour dans laquelle il couchait et dont les murs, en pierre de taille, lui paraissaient assez solides pour le mettre à l'abri d'un coup de main.

Tour de Jean »,

» Peur.

Cette tour énorme est percée de baies o^vales et couronnée de m&chicoulis. A l'intérieur, un large escalier à vis monte en serpentant, partant d'une haute salle voûtée en ogive qui, aujourd'hui, se divise en étages. Sur cet escalier s'ouvrent des portes carrées, bordéesde moulures, et des fenêtres de même forme ; les degrés, d'une seule pierre, tournent autour d'une colonne terminée par un chapiteau, mais de ce chapiteau, servant de support, part une caisse ronde en pierre, Cerclée d'un triple anneau double et de laquelle s'élance et serpente un curieux travail de sculpture : ce sont les tiges d'un chêne vigoureux; les branches en décrivent quatre travées d'ogives et le feuQlage couvre la voûte dans toute son étendue. C'est un monument unique dans l'art de l'ornementation.

Il est question de restaurer cette tour, située dans une cour de la rue Tiquetonne (dansla partie de cette rue autrefois rue du Petit-Lion- Saint- Sauveur) avec façade sur la rue aux Ours, et qui fait aujourd'hui partie du domaine de la ville de Paris et de l'entourer d'un square. A l'imitation de ce qu'on afait pour la tour Saint- Jacques, elle se trouve aujourd'hui dégagée des constructions

qui l'obstruaient, on l'eatoarv d'une clôture avee grilles, pilastres et candélabres sur les pilastres, aux armes de la ville alternant avec celles des ducs de Bourgogne.

Tandi» que l'on jetait à bas les murs de VhtAd de Bourgogne, Jacques de Ligneris, seigneur de Crosne, président an parlement de Paris, achetait un terrain & la culture Sainte -Catherine, et adoptant le plan qui lui avait été proposé, faisait b&tir rh6tel Carnavalet, on plutôt un hôtel qu'on appela d'abord l'hôtel de Crosne, du nom de son propriétaire; cet hôtel, qui existe encore, est situé à l'angle des mes Cultnre-Saînte-Catherine et Neuve-Sainte-Catheriae, deux me* qui ont changé de nom et qui se nommmt aujourd'hui me Sévigné et me des Francs- Bourgeois. A peine était-il achevé, que H. de Crosne mourut, le laissant à son fils qui l'occnpi de 1556 à 1578 ; ce fut à cette dernière date qu'il fut acheté par H" Françoise de la Beaune veuve de Kernevenoy, dont le nom se modifia en celoi de Carnavalet. L'édiSce se compose d'an bâtiment sur la rue, élevé d'un seul étage, avec cinq croisées de face, et il est Qan que de deux pavillons en avant-corps, surmontés de frontons.

Le rez-de-chaussée, orné de refends vermicolés, forme le soubassement d'un ordre de pilastres ioniques accouplés, qui décore le premier étage. La porte en plate-bande, dans une niche cintrée, est surmontée d'une corniche en forme de fronton. Jean BuUant qui avait complété le plan primitif de Pierre Lescot &t exécuter la porte qui est une œuvre du meilleur goAt. Ponce, un autre grand artiste, fit les ornements, entre autres, la gracieuse balustrade en pierre qui court an-dessus de la façade du fond. Enfin, Jean Goujon orna l'hôtel « des morceaux les plus délicats sortis de son ciseau », et Ducerceau vint après lui faire exécuter à l'aile gauche de la cour les figures des quatre éléments. En un mot, les plos célèbres artistes de l'époque s'entendû-ent pour créer un joyau qui est encore l'expression admirable de l'art au temps de la Renaissance. Noua citennu particulièrement, de Jean Goujon, trois petites figures sculptées en bas-relief sur le, fronton intérieur du portail. Deux de ces figures sont ccmchées et tiennent k la main une branche de laurier et une palme; la troisième est debont, au milieu, posée sur un globe et tient un arc et une flèche.

Des peintres italiens en renom furent chargés de décorer l'intérieur et peignirent des cabinets dans le genre léger, peut-être même un pen lascif, qui était de mode, maâs ces peintures étaient dignes des sculptures qui les avoisioaient.

En 1634, M. de Carnavalet fils vendit l'bôtel i un magistrat du Dauphiné. H. d'Agauri qui, es sa qualité de nouveau propriétaire, voulut embellir sa propriété, en chargeant Van Obstal de sculpter quatre fig:ureB représentant la Chasse, le

Tour lie Jean mdb Peur, «lue de Bourgogne.

La peate repaml & Paris à la fln de l'année KH ; le nombre des victimee fat grand. (Page tSS, col. 2.}

Plaisir, \'AboQdaDce et la libéralité ; malbeureusement, le ciaeaii un peu lourd de cet artiste, fut loin de rivaliser avec celui de Jean Goujon. Manwrd fut aussi appelé à modifier certaines dispositions des bâtiments; ce fut lui qui ajouta une ■île droite de l'édifice, chargea la façade intérieure d'un rang de pilastres ioniques accouplés, fit exécuter les bossages vermiculés de la porte, remplaça par une rampe en fer le bois sculpté qni bordait l'escalier d'honneur, et enfin, fit construire dans le Jardin unbeau bassin de pierre, dont le jet d'eau était alimenté par la fontaine de Birague.

Telle était l'babitation, lorsque Marie de Rabutin de Chantai, marquise de Sévigné en devint locataire en 1677; elle y vécut vingt années. Après sa mort, elle fut acquise par le fermier général Brunet deRancy; puis, successivement, par H. de la Briffe, intendant de Caen, et par la famille de Pommereul. Après la révolution, l'hûtel Carnavalet renferma les bureaux de la librairie, et une épaisse couche de badigeon masqua Ms beautés artistiques. L'empire y établit l'École des ponts et chaussées, dirigée par le baron de

Prony. En 1839, ce fut une institution qui s'y installa, puis un roulage; enfin pour la seconde fois, une institution, celle de H. Verdot, vint s'y établir jusqu'à ce que, vers 1867, la ville de Paris acquit l'bMel et le fit restaurer pour y placer le Musée municipal Carnavalet, dont nous aurons à parler plus tard.

Ce fut aussi en 1543 que les habitants de l'ancien fief de Savies(devenuBe)ieville, et qu'on appelait Poitronville sous Charles VI), adressèrent à i'évêque de Paris, Eustacbe de Bellay, une requête pour obtenir une chapelle. Cette permission leur fut accordée, et l'on y b&tit une église sous le vocable de saint Jean-Baptiste.

Cette première église fut reb&tle un siècle plus tard, et fut enfin remplacée, en 1853, par l'église Saint-Jean-Baptiste, dont nous aurons à parler.

A Belleville se trouvait le ch&teau des Savies, oii se célébrait la fête de la Rose nommée, instituée par Marie d'Angleterre, troisième femme de Louis XII. Chaque année, au printemps, la jeune fille reconnue pour être la plus vertueuse était désignée pour venir en grande pompe et dans un lieu spécialement consacré à cette cérémonie,

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planter un rosier auquel elle donnait son nom et que Ton cultivait avec soin. Le jardin où se trouvaient ces rosiers s'appelait le champ des Roses.

Ce fut Torigine de Tinstitution des rosières. La fête de la Rose nommée tomba en désuétude au XVIII* siècle.

Le quartier du Marais était habité par nombre de gens du parlement, graves personnages que leur qualité de conseillers ou de présidents faisait grandement considérer; cependant, parfois - mais rarement il est vrai — il se glissait parmi eux un criminel : tel fut le président René Gentil, qui fut pendu, le 2 septembre 1543, au gibet de Monfaucon, où dix ans auparavant il avait fait accrocher Jean Poncher, innocent.

Nous le répétons, c'était une exception, et le parlement était composé d'hommes méritant l'estime publique ; le 12 novembre 1543, il publia un nouveau règlement concernant les pauvres de Paris, afin de leur assurer la nourriture et des secours, et ce long travail élaboré avec soin, commençait par exhorter l'évèque de Paris, les curés, les ecclésiastiques et les notaires chargés de la rédaction des testaments, de s'employer dans l'exercice de leur ministère à procurer des soulagements aux pauvres ; puis il ordonnait que tous les spectacles de bateleurs, jongleurs et autres du même genre seraient interdits dans la ville de Paris, sous peine du fouet et du bannissement; défense était faite aux hauts justiciers de permettre aux bateleurs de jouer, à peine d'une amende de dix marcs. Tous les curés, prêtres et notaires qui avaient connaissance de legs faits aux pauvres devaient en donner immédiatement avis aux commissaires des pauvres, à peine de la même amende. Les collégiales et les monastères qui se refusaient à payer l'aumône à laquelle ils étaient taxés, devaient être poursuivis et contraints par la saisie de leur temporel. Dans chaque paroisse il fut prescrit de députer deux notables bourgeois pour quêter dans les maisons deux fois par semaine.

De plus, afin d'exciter la charité publique, il fut ordonné que les gouverneurs des pauvres et les curés et vicaires des paroisses mèneraient de temps à autre en procession les pauvres de l'aumône générale ; l'un de ces indigents portait la croix et les autres suivaient, chargés des instruments de la Passion^ et tous chantaient des litanies et autres prières. Chaque procession devait être accompagnée d'une messe solennelle et d'une prédication. On renouvela les ordonnances déjà publiées contre les mendiants valides et la défense de mendier dans les églises, par les rues et aux portes des maisons. «Le prévôt des marchands et les échevins avec leurs conseillers, et tel nombre de bourgeois qu'ils aviseront, choisiront chaque année un receveur et contrôleur des deniers des pauvres. Dans chaque paroisse on élira deux bourgeois qui visiteront les pauvres

une fois la semaine et mettront hors de Taumônp générale ceux qui seront en état de gagner leur vie par le travail. L'aumône sera distribuée en public une ou deux fois la semaine en chaqud paroisse, afin que chacun soit témoin du bon emploi des charités. On renouvelle aussi l'ordonnance faite pour mettre les petis enfants de l'aumône en métier. Enfin, les receveurs particuliers de la communauté des pauvres présenteront de trois mois en trois mois, l'état sommaire de leur recette et dépense aux commissaires de? pauvres, en présence du receveur général. »

Ce règlement qui témoignait de la sollicitude du parlement pour les malheureux dont le nombre était si considérable à Paris, ne fut que \e prélude d'une réforme générale due à rînîtiative du roi; le 13 novembre 1544, Jean Morin, lieutenant civil et prévôt des marchands, fit enregistrer à la cour, des lettres patentes en forme d'édil, données à Beynes, le 7 du même mois, par les quelles le roi attribuait au prévôt des marchands et aux échevins le soin général de l'entretien des pauvres de la ville, dont le parlement, ainsi qu*on vient de le voir, avait eu jusque-là la direction.

« Le roi veut que le prévôt et les eschevins, comme ils ont coustume de faire pour l'Hôstel- Dieu, députent aussi, en grand nombre, de notables bourgeois, tous les ans ou tous les deux ans pour avoir soin des pauvres ; que ces bourgeois soient présentez au parlement et y fassent sei ment d'exercer fidellement leur administration, quils tiennent leurs assemblées avec un bon nombre de conseillers de la ville et quelques-uns de ceux de la Cour; enfin, que ce qui sera réglé dans rassemblée soit exécuté nonobstant toutes appositions ou appellations. »

En exécution de cet édit, le prévôt et les échevins nommèrent treize personnes comme receveurs des deniers et bienfaits de la communauté des pauvres, et Jean Chopin marchand, en qualité de contrôleur. Tous prêtèrent serment à la cour le 19 novembre, et il fut ordonné que tous les ans six d'entre eux seraient renouvelés. Le parlement nomma de son côté quatre conseillers qui leur furentadjoints, et le 24 du même mois, la cour ordonna au prévôt des marchands et aux échevins démettre àla disposition des nouveaux gouverneurs de la communauté des pauvres, une des chambres de l'Hôtel de Ville, pour y tenir leur bureau, qui fut appelé le bureau des pauvres.

Ce bureau ne manqua pas d'occupation, car le grand hiver de 1544 fournit de nombreux pauvres. En cet hiver, le froid fut si grand, qu'on coupait le vin avec des haches et qu'on le vendait, par morceaux, à la livre.

Le 31 décembre, il fut ordonné par la cour qu'il serait enjoint, par cri public par les carrefours de la ville, aux commissaires, quarteniers, arquebusiers, chirurgiens, barbiers, gouverneurs des hôpitaux, etc., d'obéir incontinent aux man-

déments des commissaires pour le fait des pau- 'vres.et par arrêt du 2 janvier 1345, Taumône dut commencer à être distribuée le second dimanche du même mois aux pauvres mendiants invalides, selon les rôles dressés par les marguilliers des paroisses. Défense fut faite à tous pauvres, passé le 10, de mendier sous peine du fouet « ou même cle prison perpétuelle contre ceux que le fouet n'aurait pas corrigés.

« Quant à ceux que les malheurs de la guerre ont chassés de leur pays, et qui sont venus se réfugier en cette ville, ils se retireront le lendemain des Rois, à Theure de midi, à la place de Grève, par devant les commissaires du bureau des pauvres, qui apporteront le remède convenable à leur nécessité. »

Enfin, par un autre arrêt du 10 janvier, il fut ordonné aux maîtres des confréries, tant des sergenls à verge que de la douzaine du Ghâtelet, de fournir, à tour de rôle, chaque semaine, quatre sergeots pour faire les captures des pauvres qu'ils trouveraient mendiant dans les rues ; les valides devaient être enfermés, la nuit, à THÔtel de Ville, et enchaînés, le jour, pour être employés aux travaux pubUcs^ et les invalides mis en prison.

L'institution du bureau des pauvres fut une excellente mesure, et nous verrons plus tard Louis XIV s'en inspirer pour organiser Thôpital général, qui centralisa les cinq hôpitaux de Paris, dont la gestion fut définitivement attribuée à des administrateurs laïques.

Tandis que François I" s'occupait de purger Paris des mendiants vagabonds, l'armée impériale se dirigeait vers la capitale, et déjà on signalait son approche de Château- Thierry. On se hâta de mettre en état les fortifications et de pourvoir Paris de toutes espèces de provisions de bouches et de munitions de guerre, de façon à résister à un siège de six mois.

Cette perspective d'avoir à se défendre contre un ennemi puissant effraya fort les Parisiens ; c'était le cardinal de Meudon qui commandait alors pour le roi; on résolut, dans une assemblée qui fut tenue le 6 septembre, de publier que les bourgeois qui avaient des grains et des bestiaux à la campagne eussent à les faire amener à Paris dans le délaide quatre jours, sous peine de brûler les maisons et tout ce qu'elles contenaient, afin d'empêcher les impériaux de s'en emparer. Plusieurs des habitants furent si épouvantés, qu'ils se hâtèrent de sortir de Paris en emportant leurs effets les plus précieux. « Tout le monde, dit Mézeray, s'enfuyait éperdu et empressé, sans savoir où il devait se retirer, à Rouen ou à Orléans, les uns par eau, les autres par terre. C'était un déménagement génércd; la campagne était pleine de chariots et de chevaux, avec lesquels les Parisiens entraînaient les plus riches meubles, de femmes et d'enfants qui s'enfuyaient,

de bétail que les paysans chassaient devant eux. La rivière était couverte de bateaux où se jetaient en si grande fouie meubles et gens, qu'ils en firent aller plusieurs à fond, et les chemins tout pavés de diverses bardes qu'ils laissaient choir de trop de hâte de s'enfuir, et qui avaient été laissés par les voleurs et pillards, lesquels s'étant débandés de notre camp en grand nombre, couraient sur les pauvres gens et renversaient leur équipage pour y trouver de l'argent. »

Si les bourgeois s'empressaient de quitter la capitale, au contraire, les religieux de l'abbaye de Saint-Denis, pour mettre en sûreté le trésor de leur église, l'apportèrent à Paris, dans leur collège, derrière les Augustins. Le roi, informé de la panique qui s'était manifestée, se hâta de revenir à Paris pour rassurer les habitants, et manda au dauphin, qui commandait l'armée de Champagne, de la ramener dans les environs. Celui-ci commença par envoyer sept à huit mille hommes d'infanterie et quatre cents cavaliers, qu'il suivit lui-même de près avec le reste de ses troupes. L'arrivée des soldats pouvait bien garantir du danger, mais non délivrer de la peur, et l'on ne vint à bout de retenir les affolés de terreur, qu'en menaçant de confisquer les biens et les charges de ceux qui abandonneraient ou , ayant abandonné la ville, n'y reviendraient pas sous trois jours.

Le traité de Crespy-en-Valois, conclu le 18 septembre 1544, vint heureusement dissiper toutes les inquiétudes, et sa publication, qui eut lieu à Paris le 20, fut accueillie avec toutes les marques d'une joie universelle ; mais le roi d'Angleterre continua à faire la guerre à François, qui, ses finances épuisées, imposa les diverses villes de son royaume pour 800,000 livres; Paris en paya 80,000 pour sa part.

On sait que la paix fut conclue entre les deux souverains le 7 juin 1546.

Le roi, malgré ses démêlés avec Charles-Quint, ne perdait pas de vue les hérétiques; il vit avec surprise plusieurs prêtres ou rehgieux embrasser la doctrine nouvelle. De ce nombre était François Landry, curé de Sainte-Croix en la Cité, qui, sans s'être déclaré pour Luther, prêchait dans son église, sur le purgatoire, dans un sens que la Sorbonne condamnait, et ses sermons avaient le privilège d'attirer un grand nombre d'auditeurs. François I" voulut l'entendre, malgré les conseils du cardinal de Tournon, qui l'exhortait à ne pas commettre ce qu'il considérait comme une grave imprudence.

Le roi ne tint aucun compte de l'avis, et fit prévenir le curé, qui se hâta de se rendre à Saint- Germain -en- Laye, où se tenait la cour; mais avant d'arriver jusqu'au roi, des personnes qui, comme le cardinal, redoutaient le résultat de l'entrevue, l'arrêtèrent au passage et lui remontrèrent qu'il avait grand tort de se rendre a Tin-

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vitation du roi, qui était fort irrité contre lui, et tout disposé à le faire, sans autre forme de procès, appréhender au corps et jeter au feu. Epouvanté par cet avis, qu'il croyait sincère, le curé eut d'abord la pensée de rebrousser chemin et de s'enfuir au plus vite ; mais réfléchissant que désobéir au roi c'était plus encore exciter sa colère, il se risqua à paraître devant le roi, en ayant soin, non-seulement de ne pas lui parler du purgatoire, mais encore de garder le silence. Malgré tous les efforts que fit le monarque pour le rassurer et l'engager à parler, voyant qu'il ne pouvait y parvenir, il le renvoya en se contentant de lui ordonner que, s'il avait, dans ses sermons, avancé quelques hérésies, il eût à les rétracter. Le curé, heureux d'en être quitte à si bon compte, se hâta d'aller au parlement faire une rétractation solennelle (29 avril 1543).

Depuis une dizaine d'années, le parlement était souvent avisé que des désordres graves avaient lieu dans divers monastères de Paris. Sur la plainte du procureur général, il se décida enfin à ordonner, le 16 février 1544, qu'une réforme s'effectuerait au couvent des Augustins par les soins des prieurs de Saint-Yictor, de Saint-Lazare, des chartreux et des célestins, auxquels seraient adjoints deux commissaires nommés par la cour. Mais les augustins s'opposèrent très vivement à tout projet de réforme, et il fallut l'intervention de la force armée pour les obliger à obéir, et encore trouvèrent-ils le moyen de se soustraire à l'exécution des mesures ordonnées. Il en fut de même au monastère des cordeliers, où les commissaires chargés de la réforme furent en butte aux plus mauvais procédés; au l'esté, les cordeliers étaient en pleine révolution dans leur couvent. En 1542, Nicolas Grandis, gardien du monastère, avait exposé au parlement que Jean Calvi, général de l'ordre, lui avait envoyé des lettres par lesquelles il défendait, sous peine de désobéissance, qu'on procédât à l'élection d'un nouveau gardien de Paris, jusqu'à ce qu'il fût arrivé dans cette ville pour mettre ordre aux tumultes qui s'étaient produits depuis quelque temps dans le couvent. Le parlement, par arrêt du 7 juin, avait ordonné qu'on se conformât à ces lettres; mais, quelques jours plus tard, un second arrêt dit que le premier avait été rendu par surprise, et ordonna, en conséquence, qu'il serait procédé à l'élection selon l'usage de la maison ; mais il fut ordonné en même temps aux religieux, sous peine de privation de vote, et même de bannissement du royaume, « de se comporter modestement et sans tumulte. » Deux commissaires furent autorisés à se faire prêter mainforte par le lieutenant criminel et les sergents pour arrêter les séditieux et perturbateurs de la liberté du vote. L'élection eut lieu; personne ne fut arrêté; mais, lorsque le général Jean Calvi vint à Paris, il l'annula et fit incarcérer l'élu.

Le parlement se mêla de l'affaire, procès, requêtes, etc. Ce fut au milieu de tout ce tapage que le parlement ordonna qu'une réforme aurait lieu; on juge de la façon dont l'ordonnance fot accueillie 1 Partout, d'ailleurs, il fallut lutter vigoureusement pour obtenir qu'on se soumit, an monastère des Filles-Dieu, où la rébellion etlt désobéissance étaient à l'ordre du jour, à l'abbaye de Saint-Antoine, où la discipline monastique avait besoin d'être sévèrement appliquée; en somme, malgré leurs plaintes et leurs protestations, les intéressés durent se soumettre, oa tout au moins réformer ce qu'il y avait d'excessif dans le relâchement qui s'était peu à peu opéré partout.

L'abbaye de Saint-Germain des Prés possédait une maladrerie; en 1544, le parlement nomma quatre conseUlers pour visiter les hôpitaux et maladreries de la ville, examiner leurs revenus et voir de quelle manière ils étaient adminisirés; ces conseillers, après s'être livrés & une enquête minutieuse, trouvèrent que la maladrerie de Saint-Germain des Prés, située à Textrémité da faubourg, n'avait plus de revenus; que, cependant, elle était toujours remplie de ladres,* qui venaient des autres établissements similaires poqr pouvoir mendier plus facilement dans ParÈs.'Le parlement, sur le rapport qui lui fut fait, ordoona que la maladrerie de Saint-Germain serait détruite, et que les matériaux en seraient réservés pour servir à la construction d'un autre hôpital.

Le cardinal de Tournon, sans avoir égard à l'arrêt, vendit les matériaux et donna le terrain à Guillaume Gellinard, secrétaire du duc d'Orléans, moyennant une rente de 80 et quelques livres et 300 francs une fois payée.

Le prévôt des marchands et les échevins de Paris rachetèrent ce terrain en 1557, pour y construire l'hospice des Petites-Maisons, dans lequel on logea et nourrit des indigents dans de petits locaux séparés les uns des autres, des fous et des idiots. — Nous en parlerons plus loin.

La peste, qui semblait avoir fait élection de domicile à Paris, y reparut à la fin de Tannée 1544, et le nombre des victimes fut grand ; le clergé de Paris donna, en cette circonstance, une fâcheuse idée de la façon dont il comprenait ses devoirs. « On se plaignit au parlement que les curez des paroisses de la ville et leurs vicaires ne vouloient inhumer aucuns de ceux qui estoient morts de la peste, s'ils n'avoient point fait de testament, et qu'on avoit bien de la peine à les obliger à visiter les mourants pour leur administrer les sacrements de l'Église. » La cour manda le doyen de Paris, vicaire de l'évêque, pour lui remontrer le scandale et les dangereuses conséquences d une pareille conduite, et le prier d'y mettre ordre, ce qui fut fait. La peste continua jusqu'au mois de juillet de l'année suivante, ainsi que le constate un arrêt du parlement du 18 de ce mois, relatif

Ca rut pendant loa séjour à Paria qu'Audré Visale découvrit l'origiue des

sanguins. (Page 43S, col. 3.)

aux tueries etécorcberies des bouchers de Sainte- Geneviève.

Par arrêt du 21 janvier 1545, il fut défendu aux gouverneurs de l'Hôtel-Dieu de congédier aucun pauvre attaqué de la peste avant qu'il fût entièrement guéri et hors de tout danger, et par un eecond arrêt du 11 mars, il fut ordonné que deuit portiers seraU-at établis à chacune des portes de i'hApital pour empêcher de sortir ceux qui ne seraient pas munis d'un certificat, attestant que le porteur oe pouvait communiquer à personne le mal dont il avait été atteint.

Pendant le temps que dura la peste, le parlement défendit tout spectacle public; cette défense nous amène tout naturellement à parler du thé&tre, qui fut réglementé par lettres patentes du roi, données le 18 mars 1541, et vérifiées par le parlement, le vendredi 17 janvier 1542. Par ces lettres, le roi autorisait Charles Le Iloyer et ses consorts, maîtres entrepreneurs du jeu et mystère de l'Ancien Testament, k donner des représentations de ce spectacle, à la condition de n'y « commettre aucunes fraudes ou abus, soit pour

interposer aucunes choses prophanes, lascives ou ridicules, et à la charge que pour l'entrée au théâtre ils ne prendront et exigeront que deux sols tournois pour chaque personne, et ne tireront, pour le louage des loges estant à l'entour dudict ~ thé&tre, qui seront bien et deuement faites pour la seureté du peuple, que trente escus pour le plus de chacune d'icelles loges durant ledict mistère, leur deffend, ladicte cour, faire joiier ou procéder audict jeu k autres jours que de festes et seront iceux entrepreneurs dudict jeu et mistère tenus faire commencer ledict jeu et représentation incontinent & une heure après midy et icelle continuer jusques à cinq heures et sans in-

Ici apparaît pour la première fois le droit des pauvres, et les directeurs de théâtres de nos jours, qui se plaignent d'acquitter ce droit, à raison de 10 pour 100 sur la recette, ne sont pas plus k plaindre que ceux de cette époque, puisque le règlement que nous citons porte queMedit Le Royer et autres « entrepreneurs dudict miatère seront tenus de bailler et mettre es mains du tré-

HISTOIRE NATIONALE De PARIS ET DES PARISIENS

sorier desdîcts pauvres de cette ville de Paris, la somme de mil livres tournois, c'est à scavoir cinq cents livres au commencement et avant qu'entrer à Texécution dudict jeu et le surplus à la moitié dlceliuy, et sauf à ordonner par ladicte cour par cy après de plus grande somme envers lesdicts pauvres ou autrement, ainsi qu'il appartiendra ou verra estre à faire que de raison. »

Le théâtre et le jeu de paume étaient les deux plaisirs favoris des Parisiens ; la paume même remportait, car le 24 juillet 1543, la cour, avertie « du grand et effréné nombre de jeux de paume bâtis et édifiés es fauxbourgs de cette ville de Paris » et que chaque jour il s'en édifiait de nouveaux au grand préjudice des écoliers de FUniversité, qui y passaient une grande paiiie de leur temps, au lieu de le consacrer à Tétude, défendit d'en construire aucun, et d'achever ceux en construction. Quant à ceux existant, on en ordonna la fermeture, sous peine de cent livres d*amende.

Nous avons rapporté plusieurs édita et arrêts concernant le pavage des rues, ordonné depuis Philippe-Auguste, et qui s'opérait avec une telle lenteur qu'en i545, la plus grande partie du faubourg Saint-Germain n'était pas encore pavée ; ce fut le cardinal de Tournon, abbé de Sainte Germain des Prés , qui entreprit de remédier à cet état de chose, et un arrêt de la cour du 30 mars 1545, prescrivit de commencer le pavage de la rue de Seine ; le cardinal voulait non seulement faire paver les rues, mais encore, il résolut de les faire aligner ; il rencontra chez les habitants une vive opposition. A cette époque, chacun construisait selon sa fantaisie, et la plupart des rues de Paris offraient continuellement des retraits et des saillies qui, tantôt élargissaient la voie publique, et tantôt la rétrécissaient considérablement ; il fallut encore que le parlement s'en mêlât, et un arrêt du 2i octobre 1545, ordonna que dans les trois jours, tous ceux qui auraient à faire valoir des raisons sérieuses contre les alignements projetés, viendraient les exposer par l'intermédiaire d'un procureur.

On remarquera qu'en matière administrative, comme en matière civile ou criminelle, le parlement allait vite en besogne; l'exécution devait toujours suivre immédiatement l'arrêté ou le jugement. Le 10 février, il rendit un nouvel arrêt qui ordonna le pavage de la rue des Barres, auprès de la porte de Bussy.

Le pavage décrété, il fallut songer au nettoyage de certains quartiers, que la malpropreté rendait inabordables : ce fut encore le parlement qui statua sur ce fait par un arrêt du 13 mars, ordonnant « le nettoiement des rues du quartier Saint- Gervais, et particulièrement de celles de Garnier sur l'Eau (Grenier sur l'Eau) et Geofl'roy-Lasnier ».

Le voisinage de l'Hôtel de Ville dut certainement appeler spécialement l'attention sur ce quar-

tier, mais les autres continuèrent à être fort mal entretenus.

On a toujours vu que, dans les années de pestilence, la disette se faisait sentir ; ce fut ce qui arriva en 1545, où le pain manqua; l'avocat do roi, Gabriel Marlhac, représenta à la cour rextrême rareté du blé à Paris « même que les pauvres prisonniers enfermez n'avoient aucune distribution de pain » et que le peuple était en grand dang^ de tomber « en merveilleuse peine et nécessitez, non sans grande émotion et concitation du peuple >», et le parlement, par arrêt du 8 juin, commit Jacques Aubery, l'un des échevins, et Jacques de Maîlly, premier huissier de la cour, pour faire des perquisitions partout où ils supposeraient qu'il y avait du blé caché; ils avaient pouvoir de se faire ouvrir tous les greniers et de saisir tout le blé qu'ils y trouveraient

Le manque de pain ne pouvait qu'augmenter le nombre des mendiants, et malgré tous les règlements faits sur et contre la mendicité, elle était si grande, que lorsqu'on voulut sévir contre les pauvres valides, en les emprisonnant, une infinité d'enfants, privés de leurs soutiens naturels, devinrent une nouvelle charge pour la ville. La charité publique ne suffisait pas pour les assister; il fallut donc pourvoir â leurs besoins, et on les établit dans les deux grandes salles de l'hôpital de la Trinité : dans l'une on mit les petits garçons, dans l'autre les petites filles. Leur installation se fit le l" juillet 1545, et les commissaires du bureau des pauvres firent un règlement pour cet hôpital, qui fut enregistré au parlement le 29 juillet 1547. On donna aux enfants, pour gouverneurs, trois bourgeois de la ville « avec un conseiller de la cour, un homme d'Église et un officier du roi, chargé de veiller sur les trois goaverneurs.» 400 enfants furent primitivement rassemblés là.

L'hôpital n'eut d'abord que 300 livres de revenu : c'était peu ; le produit des quêtes fournissait le surplus. Lorsque les enfants étaient en âge d'apprendre un état, on les mettait en apprentissage, mais plusieurs quittèrent les maîtres qui les maltraitaient, et on se résolut à faire travailler les enfants dès l'âge de six à sept ans, dans Tintérieur de l'hôpital. Des métiers furent montés sur un terrain dépendant du cimetière de la Trinité.

Les premiers administrateurs de cet hôpital furent Jean Lecocq, curé de Saint-Eustaciie et quatre bourgeois, Guillaume de l'Arche, Joachîm Rolland, Nicolas Mathieu et Jean le Yasseur. Les religieux Norbertins qui desservaient la chapelle continuèrent à la desservir jusqu'en 1562.

Les enfants qui y étaient recueillis portaient des robes et des bonnets bleus, ce qui leur fit donner le nom d'Enfants bleus. Grâce au zèle de? administrateurs de cette maison, son enclos de\iiit bientôt un lieu privilégié. Les artisans qui s y

PARlô A. TRAVERS LES SIÈCLES

établissaient gagnaient la maîtrise. Cette faveur leur était accordée, à la charge par eux de montrer leur état aux enfants, qui devenaient fils de maîtres. Ce privilège excita la jalousie des maîtres de métiers de la ville, dont les apprentis ne manquaient pas d'insulter et battre les Enfaûts bleus lorsqu'ils les rencontraient, et il fallut que le parlement prît ceux-ci sous sa protection et rendît un arrêt, le 12 mars 1552, qui défendît, sous des peines sévères, de troubler les maîtres ou pensionnaires de rhôpital des Enfants bleus. Les rois Henri II et Henri III signèrent des lettres patentes, accordant des privilèges de diverse nature à Thôpital.

L'église fut rebâtie en 1598, par les libéralités du sieur Nicolas, secrétaire du roi, du président L'huillier et de Claude de Soûles, directeur des enfants de Thôpital. En 1671, le portail fut refait, ainsi que le témoignait une inscription en lettres d'or, sur une table de marbre noir, placée audessus de la porte de la rue Saint-Denis. Ce portail était l'œuvre de François Dorbay.

Les legs particuliers dotèrent l'hôpital. Guillemette de l'Arche, veuve de Jean Brice, marchand bourgeois de Paris, par son testament du 6 février 1546, lui donna deux muids de blé de rente pour être employés et convertis en pains affectés au déjeuner des enfants. Guillaume de l'Arche, son frère, fonda deux messes basses par chaque année, et prescrivit qu'on donnât à chaque enfant qui y assisterait un pâté de cinq deniers et à leurs maîtres un pâté de trois sous avec une pinte de vin. Les tailleurs faisaient célébrer dans l'église de l'hôpital les services et les metses de leur confrérie, moyennant une somme d'argent qu'ils avaient donnée. L'hôpital de la Trinité fut supprimé au commencement de la révolution de 1789, et l'église fut vendue le 20 novembre 1812 moyennant 63,000 francs par l'administration des hospices; elle fut abattue en 1817. Les propriétés formant l'enclos furent aliénées par la même administration. Le passage de la Trinité qui commence à la rue Greneta pour finir à la rue Saint-Denis, servait d'entrée à l'hôpital dont il a conservé le nom.

11 y avait une autre classe de malheureux enfants qui appelaient l'attention aussi bien que les enfants des pauvres, c'était les enfants abandonnés, et après avoir pensé aux premiers, on songea aux seconds. En 1546,1e procureur général sollicita la compassion du chapitre de Notre- Dame, les abbés et les religieux de Saint-Denis et des principales abbayes de Paris, les hauts justiciers, etc., mais tous montrèrent peu d'empressement à le seconder et prétendirent que le chapitre de Notre-Dame de Paris était tenu de pourvoir aux besoins des enfants trouvés. Cette prétention fut rejetée par un arrêt du parlement du 11 août 1552, qui ordonna qu'une somme de 970 livres serait levée chaque année sur les posses-

seurs de fiefs seigneuriaux àParis, et que les enfants seraient placés à l'hôpital de la Trinité, sous la direction d'une gouvernante. Le berceau et la boite qui existaient dans la cathédrale pour la réception des enfants furent conservés et la femme qui était préposée pour les recevoir, eut Tordre de les diriger immédiatement sur l'hôpital de la Trinité, où ils furent admis jusqu'en 1570, époque à laquelle, par un arrêt du 12 juillet, le parlement ordonna que les enfants trouvés seraient logés dans deux maisons, situées au port Saint-Landry, qui appartenaient au chapitre de Paris. En 1670, par déclaration royale^ l'hôpital des enfants trouvés, à la suite de circonstances dont le récit se trouve plus loin, fut transporté rue Saint-Antoine.

Tandis que d'utiles mesures étaient prises en faveur des indigents et des enfants abandonnés, les persécutions contre les protestants continuaient, et Antoine de Mouchi, docteur en Sorbonne, et qui présidait aux arrêts de la chambre ardente (c'est-à-dire qui condamnait les hérétiques au feu), s'acquitta de ses fonctions avec tant de zèle, que de son nom est venu, dit-on, l'odieux qualificatif de mouchard. Ce fut lui qui, en qualité d'inquisiteur général; présida le procès intenté en 1543, contre l'imprimeur libraire Etienne Doiet^ qui fut condamné au feu; François P' lui accorda des lettres de rémission, qui le sauvèrent du bûcher ; mais ce ne fut pas pour longtemps, car repris le 3 août 1546, il fut de nouveau condamné au feu et brûlé vif avec ses livres sur la place Maubert.

Henri Estienne, autre imprimeur érudit, s'est élevé avec force contre l'établissement de ce tribunal inique. « Que dira la postérité, s'écrie-t-ii avec indignation dans son livre : Hérodote^ quand elle entendra parler d'une chambre ardente. On persuadait au frère d'accuser le frère ; à la femme, d'accuser son mari; au mari d'accuser sa femme. Les pères et les mères étaient induits à déférer leurs propres enfants, voire à leur servir de bourreaux à faute d'autres. Ceux qui étaient appelés inquisiteurs avaient leurs espions de tous côtés, auxquels ils donnaient le mot du guet. Les témoins ne pouvaient être récusés, quelque voleurs, quelque meurtriers qu'ils fussent. On promettait la foi aux accusés pour les faire venir, mais on estimait péché de leur garder la foi promise en alléguant ce beau texte Hœreticis fides non servanda. Aucuns, avant que de venir entre les mains du bourreau, n'avaient plus que demi- vie, sortant des basses fosses où ils avaient été combattus par les crapauds et autres bêtes et quelques fois en sortaient vieux ceux qui y étaient entrés jeunes. On permettait aux personnes qui portaient des aumônes aux prisonniers, d'en donner à tous, hors à ceux qui étaient détenus pour le fait de la religion et étaient en grand danger ceux qui disaient en avoir pitié. »

HISTOIRE NATIONALE DE PAHIS ET DES PARISIENS

Armure de François 1«.

Hais nous avons hâte de nous éloigner de ces scènes révoltantes, flétries en termes énergiques par tous les historiens, et elles finirent par faire horreur au roi lui-même, qui, avant de mourir, recommanda, assure-t-on, & son fils Henri d'en faire rechercher et punir les auteurs.

Car l'heure de la mort avait sonné pour François, qui depuis 1538 à 1539 déclinait d'une façon visibte.par suite des excès d'une vie peu modérée et de préoccupations domestiques et politiques. Dès cette époque, les chroniqueurs, particulièrement Herbert, signalent le déclin de la santé du roi, sa mélancolie et l'impuissance où il était de s'exprimer avec facilité, par suite d'un mal qui, devenu chronique, avait fini par lui ronger la luette, et il mourut à Rambouillet, le 31 mars l!t47, d'une fistule au périnée (ainsi que l'atteste M, Cullerier, chirurgien à l'hApital du Midi, dans sa brochure : De quelle maladie est mort François I").

Son corps fut apporté à Paris le 31 mai. A trois heuresdel'après-midiil fut enlevé deSainl-Cloud, où il avait été transporté, pour être mené à l'église Notre-Dame des Champs, et voici dans quel ordre le convoi s'achemina vers Paris :

500 pauvres en habits de deuil ouvraient la marche et portaient chacun une torche de cire ds 4 livres; ils étaient précédés de 20 conducteurs, un bâton noir à la main, chargés de faire plaça au cortège ; 120 écuyers suivaient les deux {wévAts de rh6tel avec leurs archers, les gentilhoni' mes, les familles des cardinaux, princes et seigneurs, tout le monde à cheval, 100 suisses i pied, 200 gentilshommes de la maison do roi avec leurs becs de faucon, les menus officiers de la maison, les maîtres de la chambre aux deniers, contr61eurs et clercs d'office, valets de garde robe, chirurgiens, valets de chambre, médecins (tous à cheval], huissiers de la salle, gentilshommes servants, le premier maître d'hôtel, le premier écuyer tranchant portant le fanion de velours bleu, semé de fleurs de Us d'or et convert d'un crêpe, 12 pages en velours noir avec chaperons de drap, montés sur des chevaux cooverts et housses de velours avec de grandes croti de salin blanc, les écuyers d'écurie, 40 archevêques, évêques, et prélats, 2i archers du corps, la chevaucheur, 6 écuyers à cheval portant les éperons du roi dél'unt, son heaume, ses gantelets, l'éca de France, la cotte d'armes, le tout

Le Louvre bous François I" et Cbarlea IX.

Le Louvre bous Loui* XIII. (Façade oiienUle.)

Totsbean de Fran^i» l".

couvert de crêpe et conduisant le cheval de parade housse et couvert de velours bleu, semé de fleure de lis d'or, le grand écuyer sur un cheval caparaçonné de velours noir avec croix de satin blanc, les roi et hérauts d'armes, cotte d'armes et chaperon sur l'épaule, le char funèbre traînant le corps ; le drap mortuaire était tenu par quatre écuyers à pied, et quatre valets auprès d'eux, 24 archers de la garde du corps, 24 religieux mendiants, chantant les vigiles et tenant un cierge à la main. Après venaient l'amiral, la bannière de France portée par le comte de Yillars, six princes entourés de neuf cardinaux, les chevaliers de l'ordre et autres grands seigneurs, les gentilshommes de la chambre, les archers de la garde.

A l'approche de Vaugirard, le cortège se trouva en face des vingt-quatre crieurs de la ville de

Paris, qui prirent la tète, au-devant des pamTes. En arrivant aux Chartreux, les états de la ville, qui attendaient, savoir: deux présidents, quarante conseillers, la chambre des comptes et les généraux de Justice, ceux des monnaies, les élus et leurs officiers, le prévôt des marchands et les échevins, formèrent la haie jusqu'à l'église, où le corps du roi fut placé, et chacun s'en alla, pour revenir le lendemain à midi précise à la porte de l'église.

Les Jours précédents, par ordre du nouveau roi régnant, on avait apporté à Notre-Dame des Champs les corps de François, dauphin de Viennois et de Charles, duc d'Orléans, tous deux lils de François I", et qui étaient morts, l'un en 1536, l'autre en 1534, alin de célébrer les obsèques communes à tous trois, et le lendemain, qui était un dimanche, on en fit la levée pour les

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

conduire à la cathédrale. Le convoi fut des plus pompeux ; car, outre le parlement et les autres corps constitués , on y compta plusieurs cardinaux, quarante archevêques ou évèques en chapes et mitres, tous à cheval, les princes et les ambassadeurs des «ours étrangères. Devant chaque maison des mes par lesquelles passait le cortège, il y avait une torche aux armes de la ville. Les trois effigies du roi et de ses fils furent placées avec les trois corps sous une chapelle ardente, au milieu du chœur de la cathédrale, et, le lundi, le cardinal du Bellay officia à la messe solennelle, où il y eut offrande et oraison funèbre.

L'après-midi, l'assemblée se rendit au même lieu pour conduire le corps à Saint-Denis, où se termina la cérémonie.

Avant de continuer le récit des événements qui se passèrent à Paris, il est nécessaire de faire une halte qui nous permettra de jeter un coup d'œil rapide sur Tétat des sciences et des aits, à Paris, pendant la première moitié du xvi* siècle, et de constater les changements importants qui s'étaient opérés dans les mœurs, les coutumes des Parisiens, car on ne peut nier le progrès immense qui s'était accompli dans toutes les brsmches des connaissances humaines et surtout dans les arts. *

Ge fut un mouvement universel en avant, dont rimpulsion se fit sentir partout, une rénovation complète littéraire, artistique et scientifique, et une réforme dans les idées religieuses et dans la pratique du droit, qui formèrent une véritable révolution dans les esprits.

Jamais, au reste, aucune époque ne fut plus fertile en hommes supérieurs, et Paris devint le séjour de tous les savants et artistes, que le roi François P^ y fit venir, et qui formèrent cette pléiade dont les rayons lumineux furent si vifs et si pénétrants.

François I», en appelant d'Italie des architectes lombards et florentins, favorisa la transition de l'ancien style architectural en un nouveau qui procédait de l'architecture gothique et de celle italienne. Ge fut cet amalgame des deux systèmes qui produisit le genre particulier qu'on remarque dans les édifices construits, à Paris, dans la première partie du xvi* siècle ; l'alliance des vieilles et bonnes dispositions de l'architecture française, avec les formes nouvellement admises, eut pour résultat la construction de ces hôtels, de ces palais débarrassés de tours, de donjons et de créneaux; mais élevcmt leurs combles coniques surmontés de lanternes, de clochetons, d'immenses tuyaux de cheminées superbement sculptés, et les Jean BuUand, les Pierre Lescot, les Jean Goujon, les Vignole, les Germain Pilon, les Louis de Foix, ont laissé de magnifiques spécimens de leur indéniable talent.

Parmi les peintres étrangers qui vinrent rési-

der à Paris, Le Roux, de Florence, élève de Michel-Ange, François Primatrice, de' Boulogne, furent successivement créés surintendants des bâtiments et maisons royales de France ; et, parmi les peintres français, Jean Gousin illustrait son nom par les merveilleux vitraux qui décorent le château d'Anet et tant d'autres édifices; Bernard PaUssy, le célèbre émailleur, commençait à voir grandir sa renommée, et le futur inventeur des rustiques figulines du roy^ exécutait des chefsd'œuvre de céramique, tandis que Benvenuto Gellini, « célèbre joueur d'instruments à vent, orfèvre du plus haut mérite, excellent graveur en médailles, sculpteur peu ordinaire, architecte et fondeur en métaux, disciple de Michel- Ange, i entreprenait pour François P' des travaux de sculpture monumentale et fondait la magnifique statue de Jupiter tonnant.

A cette époque, Ambroise Paré, l'illustre chirurgien, se faisait admettre à l'Hôtel-Dieu en qualité d'infirmier. « Faut sçavoir, dit-il, dans un de ses livres, que, par l'espace de trois ans, j'ai résidé en l'Hôtel-Dieu de Paris, où j'ai eu le moyen de voir et cognoistre (eu égard à la grande diversité de malades y gisant ordinairement) tout ce qui peut être d'altération ou de maladie au corps humain. » En 1536, Paré quitta l'hôpital pour se faire recevoir mattre barbier-chirurgien, en attendant qu'il devint le père de la chirurgie moderne, ainsi qu'on l'ajustement nommé. André Yésale, le plus grand anatomiste du XVI* siècle, ou plutôt le créateur de l'anatomie, étudiait à Paris, sous Gunther d'Andernach, Sylvius et Fernel ; ce fut pendant son séjour à Paris, que Yésale découvrit l'origine des vaisseaux sanguins spermatiques; Pierre la Ramée, dit Ramus, grand mathématicien et grand géomètre, professait au Collège de France, ainsi que Denis Lambin, le célèbre philologue ; Claude Dumoulin, né à Paris en 1500, et Michel de Tllôpital avaient déjà la réputation d'éminents jurisconsultes.

Mais si, après avoir cité, parmi tant d'hommes illustres, quelques noms empruntés aux artistes et aux savants, nous abordons le domaine littéraire, que de noms se pressent sous notre plume. Notons seulement les plus connus: Rabelais, qui arrive à Paris pour voir le chancelier Duprat, qui lui ferme absolument sa porte; notre homme s'affuble d'une robe verte, d'une bonnet pointu, d'une barbe postiche, et, dans cet accoutrement, se promène avec des allures de fou sous les fenêtres du chancelier ; naturellement celui-ci s'informe de ce bizarre personnage : le fou répond an premier valet en langue latine ; on lui dépêche un latiniste auquel il répond en grec, un helléniste qu'il interpelle en hébreux, et riposte à chaque nouvel émissaire par une langue nouvelle.

Le chancelier, lassé, demande à le voir et à

l'interroger lui-même. C'était tout ce que désirait Rabelais, qui répondit dans ce bel et bon français du temps, qu'il connaissait si bien à fond. François P' aimait et protégeait Rabelais, ce qui n'empêcha pas qu'en 1535, après que six malheureux hérétiques furent condamnés à l'estrapade et au feu, l'auteur de Pantagruel ne se hâtât de reprendre la route de Rome.

Jean du Bellay, l'un des poètes les plus remarquables de son siècle, chanoine de l'église Notre- Dame, et qui mourut d'apoplexie à Paris ; il mérita le surnom de prince du sonnet, et il en laissa 47 sur les antiquités de Rome et 183 sous le titre de Regrets, Martin, son frère, a laissé des Mémoires très appréciés sur la période de 1512 à

Théodore de Bèze, qui appartient surtout à riiistoire religieuse et politique de son temps, mais qui occupe aussi une place distinguée parmi les historiens, les poètes et même les pamphlétaires d'alors, car il a traité avec succès tous les genres. Ses poésies latines, Juvenalia, sa traduction des Psaumes de David et son Histoire des Eglises réformées^ l'ont classé au rang des bojis écrivains.

Guillaume Budé, si connu par son fameux traité des monnaies et mesures anciennes, et par ses commentaires sur les Pandectes.

Lefèvre d'ÉtapIes, régent de littérature au collège de Goqueret.

Pierre Danès, régent au collège de Navare, Turnère, le savant philologue, Henri, Robert et autre Henri Estienne, tous trois de la famille de ces imprimeurs érudits, dont le nom est européen. Henri Estienne second du nom, est l'auteur de ce prodigieux monument d'érudition qu'on nomme le Thésaurus linguas grascx. Gilles Corozet, autre imprimeur, libraire, poète, et érudit, né à Paris en 1510, auteur d'un fameux ouvrage sur les antiquités de Paris.

Jacques Amyot, fils d'un pauvre artisan, et qui vint à Paris, animé d'une telle ardeur pour Tétude, qu'il se résigna à servir de domestique aux fils de famille qui suivaient les cours du Collège de France, afin de pouvoir profiter avec eux des leçons qu'on leur donnait. Il obtint par le crédit de la reine Marguerite une chaire de grec et de latin à l'Université. C'est à Amyot qu'on doit les Amours pastorales de Daphnis et Chloéy d'après Longus, livre qui est considéré « comme une des plus charmantes fleurs que le soleil printanier de la Renaissance ait fait éclore. »

Robert de la Mark, seigneur de Fleurange, si connu sous le nom du^etin^ adventureuxy qu'il s'est donné lui-même dans ses Mémoires, Fleurange araconté, avec beaucoup de sincérité et de finesse dcms son Histoire des choses mémorables, les guerres et les batailles auxquelles il prit une large part.

Biaise de Lassetan Massencome, dit Biaise de

Montluc, archer de la compagnie du duc de Lorraine, qui passa par tous les grades pour arriver à celui de maréchal de France et laissa des Commentaires qui peuvent être consultés comme un précieux document, lorsqu'on veut étudier l'organisation des armées et les progrès de la science militaire au xvi* siècle.

Marguerite de Valois, sœur de François 1", l'aimable auteur de ïHeptame7*on, recueil de contes libres imités du Décameron de Boccace.

Bonaventure Despériers, poète, littérateur d'un style des plus distingués, valet de chambre de la reine de Navarre, Marguerite de Valois. On lui attribua parfois à tort les contes de celle-ci : il a laissé un livre fort curieux Nouvelles récréations et joyeux devis.

Jehan du Pontalais, poète et bouffon, emprisonné par ordre de François i*% pour avoir raillé les gens de cour dans ses vers.

Jacques fiolin, lecteur et secrétaire de François P', qui laissa aussi d'agréables poésies.

Melin de Saint- Gelais, poète fort goûté à la cour de François, et dont le grand talent consistait dans l'art de rimer des épigrammes.

Mais le plus célèbre de tous les poètes est, sans contredit, Clément Marot, valet de chambre de François I" « Clément Marot, a dit M. VioUet- Le-Duc, est le seul poète de son temps qui n^ait jamais cessé d'être lu, et dont le nom est encore cité, même sur parole, comme le représentant de toute notre vieille poésie» . Marot n'est peut être pas le plus grand des poètes français du xvi^ siècle, mais il est celui qui s'est le moins écarté des traditions du génie national, et peut être aussi le plus naturel de tous.

Jean Parmentier, un poète qui mourut dans l'île de Tapiobane, sous le règne de François I"

Guillaume Crétin, pseudonyme de Du Bois, poète, chantre et chanoine de la Sainte-Chapelle. Clément Marot l'avait en haute estime ; ses œuvres furent publiées en 1525 par son ami François Charbonnier ; elles se composent des Chants royaux, Oraisons et autres petits Traités.

Pierre Gringoîre, qui composa un grand nombre d'ouvrages poétiques, de 1500 à 1544. On cite de lui le Casteau d^ amours, les folles Entreprises el les Faintises du monde.

Symphorien Champier, poète et littérateur, auteur de la nef des dames vertueuses, la Nef des princes, etc., Etienne Dolet, l'imprimeur poète dont nous avons raconté le supplice. — Henri de Valois, fils de François P' poète par goût. — Lemaire de Belges. — Jehan Divry, auteur des étrennes des filles de Paris, — Olivier de Magny, François Habert, — poètes, etc, etc.

On voit combien alors le séjour de Paris pouvait déjà être considéré comme le plus enviable par tous ceux qui aimaient la société des gens illustres ou célèbres. Aussi y accourait-on de partout, et lorsque François P' mourut, la popu-

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lation parisienne excédait 200,000 habitants.

Veut on savoir maintenant comme on s*habillait à Paris à cette époque? c'est Rabelais qui va nous rapprendre :

« Les hommes étaient habillés à leur mode : chausses pour les bas d'estame (étamine, étoffe de laine) ou de serge drapée en écarlate migraine, blanc ou noir, pour les hauts de velours des mêmes couleurs ou bien près approchant, brodés et déchicquetés selon leur invention. Le pourpoint de drap d'or, d'argent, de velours de satin, damas, taffetas des mêmes couleurs déchicqueté brodé et accoustré à Tavenant. Les aiguillettes de soie des mêmes couleurs avec les fers d*or bien émaillés. Les saies et chamarres de drap d'or, drap d'argent, velours pourfilé à plaisir. Les robes autant précieuses que celles des dames. Les ceintures de soie des couleurs du pourpoint. Et chacun, la belle épée au côté, la poignée dorée, le fourreau de velours de la couleur des chausses, le bout d'or et d'orfèvrerie. Le poignard de même. Le bonnet de velours noir, garni de force bagues (colliers) et boutons d'or; la plume blanche mignonnement partagée de paillettes d'or au bout des quelles pendaient en papillettes beaux rubis, émeraudes, etc. »

Voyons maintenant la toilette des femmes : les dames, portaient chausses (bas) d'écarlate ou de migraine (vermeil) et lesdites chausses montaient au-dessus du genou, juste de la hauteur de trois doigts et la lisière était de quelque belle broderie ou découpure. Les jarretières étaient de la couleur de leurs bracelets et serraient le genou par-dessus et par-dessous. Les souliers escarpins et pantoufles de velours cramoisi, rouge, ou violet étaient déchiquetés à barbe d'écrevisse. Par-dessus la chemise, elles vêtaient la belle vasquine (corset) de quelque beau camelot de soie, sur la vasquine vêtaient la vertugade de taffetas blanc, rouge, tanné (saumon) gris etc. Au dessus, la cotte de taffetas d'argent faite à la broderie de fin or entortillé à Taiguille ou bien, selon que bon leur semblait et conformément à la disposition de l'air, de satin, damas, velours orangé, tanné, vert, cendré, bleu, jaune clair, rouge èramoisi, blanc, de drap d'or, de toile d'argent, de cannetille, de broderie ; selon les fêtes. Les robes, selon la saison, de toile d'or à frisure d'argent, de satin rouge couvert de cannetille d'or, de taffetas blanc, bleu, noir, tanné, de serge de soie, camelot de soie, velours, drap d'argent, or tiré, velours ou satin pourfilé d'or en diverses portraitures. En été quelquefois, au lieu de robes, elles portaient belles marlottes (pardessus) des étoffes susdites ou des bernes (pardessus sans manches) à la moresque, de velours violet à frisure d'or sur cannetille d'argent ou à filet d'or garnis aux rencontres de petites perles indiennes. Et toujours le beau panache (bouquet de plumée) selon les couleurs des man-

chons, bien garni de papillettes d'or. £a hiver robes de taffetas de couleurs comme dessus fourrées de loup cervier, genette noire, martre de Galabre, zibeline et autres fourrures précieuses. Les patenôtres^ anneaux , jazerans, carcans, étaieot de fines pierreries, escarboucles, rubis-balais, diamants, saphirs, émeraudes, turquoises, grenats, agates, bérils, perles et unions d'excellence. L'accoutrement de la tête était selon le temps: en hiver, à la mode française, au printemps à l'espagnole, en été à la turque, excepté les fêtes et dimanches, où elles portaient accoutrement français, parce qu'il est plus honorable et sent plus sa pudicité nationale. »

L'auteur des Mémoires du Peupk français complète ces portraits, d'ailleurs exactement peints, en disant que sous François I*'^ la coiffare de§ hommes avait varié d'abord : des espèces de capotes ou calottes s'étaient logées sous le chaperon, ainsi que la barrette, le chapel de feutre on lecamail d'étoffe.

A ces diverses formes de coiffure, succédèrent deux bonnets plats de fourrure, velours on étoffe, posés l'un sur l'autre, et façonnés de la même manière. Celui du dessus était de la couleur etde l'étoffe du manteau. Les élégants aimaient le chapeau à larges bords ou à plumes ; ou bien iis enfermaient leurs cheveux dans une résille que surmontait une élégante toque à plume rejetée sur le côté, ayant les contours les plus bizarres et les plus gracieux. La Sorbonhe seule avait conservé les anciens bonnets et les chaperons.

Mais la loi ordonnait aux Juifs de porter d^ bonnets à la marabaise ou moresques, pour se ; distinguer des chrétiens , et les fous de coor avaient un bourlet, ou bonnet particulier, d'où i leur nom « Fous à bourlet o .

On portait toujours des souliers à boots allongés et armés de pointes de fer d*un pied de long, puis ces souliers disparurent pour faire place aui souliers « à la guimbarde » , dégagés, larges dn bout^ attachés par une bride au cou-de-pied; ceox des riches avaient des crevés de satin blanc.

« Les femmes, dit M. Â. Ghallamel, substituèrent aux anciens bonnets les petites coiffe! arrondies en satin ou en velours, encadrant harmonieusement le visage, ou les jolis turbans, dont la souplesse moelleuse se faisait sentir à travers un réseau de perles ou de pierreries. La coiffure à la « passe-filon », datant de Louis XI, se conserva. Parfois, les cheveux bouclés autour du visage retombèrent en anneaux sur le cou. Bien des dames pourtant imitèrent Marguerite de Navarre, frisèrent leurs cheveux sur les tempes en les relevant au-dessus du front. La grande innovation dans le costume féminin fut le « hocb^ plis » ou vertugadin, paru en 1530. Les robes s'étendaient sur de vastes jupes gommées, garnies de cerceaux de fer, de bois ou de baleine. »

Les femmes appartenant à la noblesse ayant

adopté celle mode excenlrique, il était tout naturel que les bourgeoises les imitassent: elles se firenl toutes confectionner des vertugadins, el ce fut à qui, parmi elles, se parerait du plus ample. Lia jupe de dessous, qui se voyait sous ta robe à corsage en pointe, largement ouverte par devant, pourvue de manches étroites aux épaules et aux bras, élargies brusquement à la saignée, et dont la dentelle ou la fourrure ornaient les bords. Le corsage de celte robe, assez décolletée, laissait apercevoir une collerette de toile Que brodée à jour, ou de dentelle.

Enfin, nou? apprend le livre où nous tiruDS ces

renseignements, les mancbons, tels qu'on les

porte de nos jours, étaient déjà connus des

femmes ; on les nommait des •> contenances* . De

Liv. 56.

longues ctiatnes d'or, ou cordelières, enlaçaient la ceinture et descendaient presque jusqu'aux pieds.

Il est bien permis de supposer qu'avec de si brillantes toilettes, les Parisiens ne sortaient qu'en voiture, surtout ayant égard à la malpropreté et à la mauvaise tenue des rues.

Erreur! sous François !■', il n'y avait à Paris que trois carrosses : celui de la reine, celui de Diane de Poitiers el celui de l'obèse René de Laval, lia étaient garnis de grandes portières en cuir qu'on abaissait pour y entrer : u c'étaient des voitures suspendues, perfectionnées, en forme de caisse ou de pelil cabinet. »

Quant au roi, il allait à cheval.

Marguerite de Valois, qui possédait déjà des

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litières « toutes dorées, toutes superbement couvertes et peintes de belles devises», se fit fair« des cocbeset des carrosses avec 1 agrément du roi, et la première femme non princesse qui eut la permission de posséder une voiture, fut la femme du premier président Gbristopbe de Thou.

Nous avons vu que pour plaire à sa jeune femme, Louis XII avaitcru de voir modifier rbeure habituelle des repas. Sous François I'*, Fusage s'établit de diner à neuf heures et de souper à cinq.

Lever à cinq, dîner à neuf.

Souper à cinq, coucher à neuf, Fait vivre d'ans nooante-neut

On vivait bien sous François P' : aux mets nationaux, étaient venus s'ajouter nombre d'autres qu'on avait rapportés d'Italie, ainsi que les pâtes, des fromages; quelques nouveaux fruits apparurent aussi à Paris: d'abord l'abricotier et le prunier, dont le fruit prit le nom de la fille, de Louis XII, la reine Claude.

Mais si on mangeait bien on buvait plus encore, et l'ivrognerie devint u»*e habitude qui se communiqua à tous, gens du peuple, bourgeois, cour* tisans et hommes de guerre ; ces derniers surtout s'enivra ' en t si fréquemment, que François I*' dut sévir et édicter des peines sévères contre ceux qui s'adonnaient à la boisson. Après Temprison-» nement, qui était le premier châtiment encouru, venait en cas de récidive, la flagellation à huis clos, puis la flagellation publique, et enfin l'ivrogne endurci courait le risque de se voir couper les oreilles, noté d'infamie et banni.

Est-il besoin d'ajouter que cette sévérité dans la répression n'empêcha personne de boire. Au reste il faut croire que sous ce rapport, nos aïeux avaient une capacité hors ligne, puisqu'on voit qu'à la suite d'une réforme qui fut opérée chez les religieux du couvent de Saint-Benigne, à l'efi'et de diminuer la contenance des pots de vin qu'on leur donnait à chaque repas, il fut réglé que chaque moine n'aurait par jour que quatre pintes et demi de vin, mesure de Paris.

11 est vrai que ce couvent était en Bourgogne, pays vinicole par excellence, et il est pr^sumaJ»k que les moines de Paris étaient plus sobres.

Du vin au jeu la transition est facile ; donc on buvait beaucoup sous François I*' et on jouait avec frénésie; on sait que le parlement avait ordonné la fermeture des jeux de paume, mais la mesure ne pouvait atteindre le jeu royal et Prançois et ses courtisans, qui ne voulaient pas que le peuple, et surtout les écoliers, perdissent leur temps à jouer à la paume, prenaient grand plai<sir à ce divertissement; un moine jouant un jour avec le roi de France contre plusieurs personnages de la cour, eut la bonne fortune, par un coup de merveilleuse adresse, de déterminer le gain de la partie.

— Voilà un- coup de moine, s'écria le rou

— Sire, ce sera un coup d'abbé quand il plaira à Votre Majesté.

François 1°' trouva le mot aussi heureux que le coup de main et il s'en souvint, en donnant au moine la première abbaye qui se trouva vacante.

Les Parisiens durent donc se contenter de tirer à l'arc où à l'arbalète, de jouer à la boule, aux quilles, tousjeux fort innocents; mais les joueurs proprement dits, ceux qui aimaient les émotions du jeu, basées sur le gain où la perte d'une certaine somme, préféraient de beaucoup les cartes et les dés, que la parlement avait sévèrement interdits. Des peines corporelles atteignaient ceux qui jouaient et ceux qui donnaient à jouer chez eux; ce qui n'empêcha pas que les cartes furent tellement cultivées, que du temps de Rabelais on comptait une quinzaine de façons de jouer ani cartes. A la cour on jouait à la prtme^ et Marguerite de Navarre mit à la mode la eondemnade; les soldats allemands avaient déjà introduit le kmiquenet^ qui s'est perpétué jusqu'à nos jours ; pois c'étaient la vole^ la piUe^ \^ picarde^ le cent au piquet^ le maucorUeni^ le cocu, la carte virade, la séquence t le reversis, le brelan, etc.,

Le XYie siècle, qui fut pour tous les arts une époque de perfectionnement et de progrès, communiqua une nouvelle impulsion au luxe des ameublements. De riches tapisseries représentant des sujets religieux, des chasses, etc., ornaient les parois des murs ; les grandes chambres des h6tels étaient amplement garnies de huches, de buffets, d'armoires, de coffres grands et petits, d'échiquiers, de tables à dés et de meubles dont les quelques échantillons qui sont parvenus jusqu'à nous, attestent à quel point de peifection et de recherche somptueuse, «ivaient atteint l'ébénisterie et la tabletterie.

« Élégance, dit M. Paul Lacroix, originalité de formes, incrustation des métaux, du jaspe, de la nacre, de l'ivoire, sculpture, placage varié, teinture des bois, tout est réuni dans les pièces, parfois d'une extrême délicatesse, restées inimitables, sinon par leurs détails d'exécution, ao moins par leur harmonieux et opulent ensemble. ■

Le luxe régnait en maître absolu sous le règne de François P' et, comme toujours, ceux qui n'avaient pas la fortune nécessaire pour se le procurer, se ruinaient pour suivre la mode quand même. Aussi, des lois somptuaires vinrent-elles à plusieurs reprises, défendre l'importation des riches étofi'es ; les chaînes d*or d'un trop grand poids furent proscrites pour les financiers et gens d'afl'aires par l'édit de 1538, et il leur fut intimé de ne pas u faire leurs filles trop belles et trop riches, lorsqu'ils les marieraient. » En 1540, les étofi'es de soie purent reparaître librement à Paris, mais en 1543, ce furent les tissus et les pasr sementeries d'or et d'argent qui furent interdites. Kédit atteignait les hommes de toutes coo-

d riions, à Texception des enfants de France. Les femmes n'ayant pas été désignées dans la défense de se vêtir d'habits avec passements d'or et d'argent, elles en profitèrent pour se parer comme des châsses jusqu'à ce qu'un nouvel édit, qu'on verra mentionné dans les commencements du règne de Henri, les obligeât à se soumettre à la loi générale.

Les parfums étaient d'un grand usage à Paris; la poudre de violette, celle de Chypre, la civette, le musc, l'ambre gris, les essences de fleur d'oranger, de romarin et de roses parfumaient les ^ants, les manchons, les collets, et les dames d'alors se couvraient le visage de poudre de fleur de fève, tout comme de nos jours elles emploient la poudre de riz.

Nous trouvons dans l'excellent travail de M. Quicherat {"histoire du costume en France, des documents précieux sur la tenue militaire à l'époque qui nous occupe ; nous allons y puiser quelques renseignements. Nous y voyons d'abord que sous François I"", tous les hommes placés sous un même commandement étaient dans l'obligation de se distinguer par un signe de reconnaissance; cette marque distinctive fut souvent la couleur de Thabit « la couleur toute seule et non pas la façon » .

Par une ordonnance de 1515, il fut statué que dans toute compagnie de gendarmerie, les hommes d'armes, pages, coustiliers et valets, outre qu'il* porteraient sur eux les armoiries de leur capitaine, seraient encore habillés à ses coiileurs.

Les suisses de- la garde du roi, qui recevaient leurs vêtements par livrées, portaient pour uniforme une toque rouge, et l'habillement aux trois couleurs blanc, noir et tanné.

Les écossais de la garde du roi, habillés d'une saie (cotte qu'on portait par-dessus l'armure) aux couleurs de François I", bleu, vermeil et tanné, mettaient pardessus le hoqueton blanc traditionnel.

Quant aux bandes d'aventuriers dont nous avons eu plusieurs fois à raconter les tristes exploits à Paris, Brantôme les dépeint comme devrais traineurs de guenilles, « plus habillés, dit-il, à la pendarde qu'à la propreté, portant des chemises à longues et grandes manches comme Bohèmes de jadis où Mores, qui leur duroient vestues plus

de deux ou trois mois sans changer, monstrant leurs pdîctrines velues, peines et toutes descouvertes, leurs chausses, bigarrées, découpées, déchiquetées et balafrées, et lapluspart monstroient la chair de la cuisse, voire des fesses. D'autres plus propres avoient du taff'etas si grand quantité qu'ils le doublo.ient et appellolent chausses boufl'antes; mais il fallait que la pluspart monstrassent la jambe nue, une ou deux, et portoient leurs bas de chausses pendus à la ceinture. »

Ce fut sous François P' que les troupes furent soumises à l'organisation qui était depuis Louis XI, celle du corps de l'infanterie picarde et celle aussi des n^ercenaires étrangers ; la base du système était l'enseigne, équivalent du bataillon actuel. Deux ou plusieurs enseignes réunies formaient une bande. Entre 1530 et 1540, tous les hommes des bandes furent coiffés de casques à jugulaires et à crête continue, qui, selon que les bords étaient retroussés ou rabattus au-dessus des yeux, furent distingués par les termes de cabasset et de morion. L'armure de corps fut le corselet; les piquiers et les hallebardiers eurent en outre des épaulières, harnais de bras et ganteletS; tandis que les arquebusiers s'en tinrent à des manches de buffle ou de maille, voire même aux simples manches de leur pourpoint.

La force à cheval était distribuée en compagnies ou cornettes représentant nos régiments actuels et en guidons ou escadrons. \fy^ cornettes de la cavalerie légère n'étaient composées que d'une «feule arme. La force de l'habitude fit conserver dans celles de la gendarmerie des hommes armés seulement d'un estoc et d'une masse, qui sous le nom traditionnel d'archers, formaient la fourniture de la lance. Les archers, par le costume, n'étaient qu'une répétition des chevau<' légers. Les gendarmes conservèrent l'arnmre chevaleresque.

Les panoplies du temps de François P' présentent une variété extrême comme façon et comme ornements. Des artistes éminents sont auteurs de dessins d'armures qui ont été exécutées par des ouvriers dignes du nom d'artistes. De là ces chefs d'œuvre qui font l'admiration de ceux qui les voient dans les collections publiques «t particulières.

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HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Henri II. — Rupture du pont Saint-Michel. — Llidtel d*Étampe3. — Les écoliers. — L'Arsenal. — Édits sompluaifa. —Les entrées royales. — Bûchers et processions. — Fontaine des Innocents. — Les Halles. — Le guet bonrgeoi!. — Encore la peste. — La vaisselle d'argent. — Magistrats fliux-monnayeurs. — L'hôtel de Guise. — Bataille ds bedeaux. — Troubles de l'Université. — Sa Réforme. — Les Petites-Maisons. — L'assemblée des États.— Encore les hérétiques. — Le dernier tournoi. — Mort de Henri II. — Industrie, arts, monnaies, modes.

OUT changeait et se modifiait par suite de Timpulsion donnée, nous l'avons dit; tout, hormis la condition du peuple, qui était toujours fort misérable et la grande querelle religieuse qui divisait le pays ne faisait qu'augmenter la difficulté que les gens de la classe inférieure avaient à trouver le moyen de vivre en travaillant. Malgré Tutile établissement du bureau des pauvres, malgré tous les édits et toutes les ordonnances rendus, sinon pour en diminuer le nombre, du moins pour empêcher qu'ils ne se répandissent par la ville, comme une nuée d'insectes malfaisants, ils refusaient de s'astreindre au travail et continuaient leur vie de vagabondage et d'aventures. Us en vinrent à un tel degré d'insolence et de hardiesse, qu'un cri général s'éleva contre eux. Us envahissaient plus que jamais les églises et les maisons particulières, beaucoup d'entre eux ne se gênaient pas le soir venu, pour demander l'aumône à main armée ; ils encombraient les places et les rues, et leurs méfaits épouvantaient la partie saine et laborieuse de la population.

Un des premiers soins du nouveau roi Henri II fut de remédier à cet état de choses. Par un édit du 9 juillet 1547, enregistré au parlement le 9 août, il fut ordonné au prévôt des marchands et aux échevins de dresser dans le délai de huit jours, un plan de travaux publics à exécuter sur divers points de la capitale jet de publier à cri public que les mendiants valides des deux sexes seraient tenus d'y être employés. Encore une fois, défense fut faite de mendier sous peine, pour les femmes, du foiiet et du bannissement, et, pour les hommes, sous peine des galères .Quant aux pauvres infirmes, il fut ordonné qu'ils seraient placés dans les divers hôpitaux de Paris ; ou assistés chez eux par le moyen de quêtes faites dans les diverses paroisses. Les abbayes, prieurés, collèges et autres établissements du même genre qui étaient dans l'obligation de faire des aumônes publiques durent les cesser, « parce que c'était une occasion d'attirer les fainéants et de les détourner du travail » mais ils furent astreints à verser les sommes qu'ils employaient à ces aumônes, aux paroisses chargées de les distribuer. Ces dispositions furent d'un assez heureux effet

pendant quelque temps, mais ce n'était toujours qu'une mesure palliative. Ce qu'on ne pouvait décréter, c'était la prospérité publique, la confiance chassée par la guerre acharnée, incessante, qu'on faisait aux protestants et les effets de cette intolérance absolue pour les idées religieuses ne devaient pas tarder à se manifester.

Nous aurons bientôt à raconter ce triste etdooloureux épisode de l'histoire parisienne ; au préalable, achevons le récit des principales fondatioDs qui signalèrent le commencement du nouTean règne. Dans les premiers mois de 1548, on proposa au roi le projet d'une banque. Quelques esprits novateurs avaient compris toute l'utilité d'un établissement de crédit public, mais le roi qui ne s'en rendait nullement compte, renvoya le projet à l'examen du corps de ville, qui délibéra longuement et finit par demander ce qu'en pensaient les théologiens qui décidèrent gravement qu'une banque était une œuvre contraire aux lois divines^ par la raison qu'elle autorisait l'usure, contre laquelle on n'avait cessé de séw; que, d'un autre côté, une banque permettrait à chacun d'emprunter de l'argent, en offrant dfô garanties, et que cette facilité donnée à tous, ruinerait la noblesse; que les marchands qui avaient peine à gagner cinq pour cent en commerçant, trouveraient plus de profit à confier leur argent à cette banque qu'à le faire valoir en opérations de négoce et par suite finiraient par abandonner leur commerce; enfin, qu'il était souverainement injuste de retirer aux parents l'administration du bien de leurs enfants, pour en faire profiter les administrateurs de la banque.

On voit que messieurs les théologiens ne manquaient pas de bonnes raisons à invoquer, quand il s'agissait de se montrer hostiles à une fondatioD qu'ils n'approuvaient pas. Naturellement, le roi, effrayé d'apprendre que le projet qui lui avait é\è soumis, contenait tant de dangers dont iJ ne soupçonnait pas l'existence, se hâta de le rejeter.

Le 10 décembre 1547, le pont Saint-Michel s'écroula, et nous trouvons la mention de ce grave événement inscrite dans le Calendrier hislorial de l'office de la vierge Marie dédié à Anne d'Autriche : {cité dans r excellente description des ltcr& de liturgie imprimés aux XV^ et XVh siècle, par Anatole Aies. 1878) «10 décembre. Ce jour envi-

iDlérienr de la ci

Vue delà Porte-NeuTe Mua HeDri IV et Loni» XIV.

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