DAME NOBLE EN DÉSHABILLÉ DU MATIN EN
(Dtprts «Kturi.) IVll* SIÈCLE
Le roi alluma le feu avec n
ron dix heures du matin, se rompit par le milieu tout le long du flanc le pont St-Michel à Paris et tombèrent les maisons dans la riuière du costé du Chastelet, l'an 1517. »
Cet événement, que rien ne faisait pressentir, causa une douloureuse impression dans Paris, et le bruit que fit le pont en tombant fut si considérable, que plusieurs vitres de l'hAtel d'Etampea en furent brisées ; cet hôtel était tout récemment b&ti dans la rue Gilles-Cœur (la rue Gilles-Cœur s'appela d'abord Gilles-Queux et Gui-le-Queus, probablement parce qu'un quenx, ou cuisinier de renom,' l'habitait. Un acte de 1397 l'appelle 'rue Gui-Ie-Comte. Enfin, elle prit le nom de Gilles- Cœur, puis enfin on la nomme aujourd'hui Gitle-Cœur). C'était le roi François l*' qui, après
avoir fait commencer les quais de la Grève et du port au Foin, réparer celui de l'arche Beau-Fils ou des Ormes, et construire sur une largeur de vingt toises le quai de la Saulnerie , appelé alors des Méglssiers, et le quai du Louvre, avait fait édifier, pour servir ses amours avec la belle Anne de Plsseleu, qui demeurait rue de l'Hirondelle, un véritable petit palais qui communiquait à la demeure de la belle duchesse. 11 se trouvait à l'angle de la me Glt-Ie-Cœur et de la rue du Hurepoix (cette rue disparue, bordait le quai des Augustins et aboutissait au pont Saint-Michel). Les peintures à fresque, les tableaux de prix, les riche3tapisseries,les salamandres (c'était le ;orps de la devise de François !•') accompagnés d'emblèmes et de tendres et ingénieuses devises, tout
HISTOIRE NATIONAL^: DE PARIS ET DES PARISIENS
annonçait dans ce « petit palais d'amour » le dieu et les plaisirs auxquels il était consacré. «De toutes ces devises, dit Sauvai, que j'aî vues, il n'y a pas encore longtemps, je n'ai pu me ressouvenir que de celle-ci: c'était un cœur enflammé, placé entre un alpha et un oméga, pour dire apparemment : « il brûlera toujours I » Le cabinet de la duchesse d'Etampes servit plus tard d'écurie à une auberge qu'on appelait VAube9*ge de la Salamandre. Un chapelier faisait sa cuisine dans la chambre du lever de François I®', et la femme d'un libraire était en couches dans son petit salon des Délices, lorsque l'historien Saint-Foix alla examiner les restes du palais, qui fut témoin d'un drame lugubre : François I»*", qui adorait la duchesse d'Etampes, s'en montrait fort jaloux, et une nuit de l'an de grâce 1531, un jeune homme fut tiré silencieusement de la tour de Billy, où il était emprisonné, et amené par quatre personnages à figure sinistre, au bord de la Seine; l'un de ces personnages était le greffier au parlement, qui ordonna que Je jeune homme s'agenouillât pour entendre la lecture d'un parchemin qu'il déroula à la lueur d'une torche que tenait un de ses compagnons. Or, voici ce qu'il lut:
K François I*', par la grâce de Dieu, etc., au prévôt de Paris : Gomme pour un certain crime qualifié et commis en notre hôtel par un nommé Olivier de Lannes, ledit de Lannes eût été constitué prisonnier, son procès fait et parfait par sentence et jugement, et condamné â être pendu et étranglé, savoir faisons : que pour aucune considération à ce nous mouvant et que ne voulons être exprimées, avons confirmé ledit jugement et néanmoins, voulons et ordonnons ladite exécution être transmuée. C'est à savoir que ledit Olivier soit jeté en un sac en la rivière de Seine, à telle heure que peu de gens puissent en avoir connaissance. 0
Cette exécution eut lieu, et la chronique rapporte que le crime qui la motiva consistait en la présence du jeune homme à l'hôtel de la rue Glt-le-Cœur, un soir que François I«' s'y était présenté. Accusé d'être l'amant d'Anne de Pisseleu, qui s'en était vivement défendue, le malheureux Olivier avait été saisi et emmené â la tour de Billy, d'où il ne sortit, comme on l'a vu, que pour mourir.
Un arrêt de la cour du 13 décembre 1547, ordonna au prévôt rie Paris et à ses lieutenants de procéder à une instruction sur les causes de l'écroulement du pont Saint-Michel ; Tenquête n'aboutit â aucun résultat, et on dut se contenter de faire reconstruire en bois le pont rompu ; il fut réparé en 1592, et presque entièrement emporté par les eaux en 1616.
En 1548, l'Université renouvela ses anciennes querelles contre l'abbaye de SaintrGermain des Prés, au sujet du Pré-aux-Clercs. Le cardinal de Tournon ayant fait bâtir depuis peu une infirme-
rie pour les religieux malades, l'architecte fit ouvrir quelques-unes des fenêtres du côté du Préaux* Clercs, afin de donner plus d'air au bâtiment et le rendre plus sain. Pierre la Ramée, principal du collège de Presles, excita un certain nombre d'écoliers à s'opposer aux prétendues entreprise» des religieux, qui n'avaient pas le droit de faire prendre des jours sur le Pré-aux-Clercs.
Il n'en fallut pas davantage pour réveiller les anciennes animosités ; plusieurs écoliers affichèrent des placards aux coins des rues de ITJniversité et aux portes des plus fameux collèges, pour donner avis à leurs camarades de se trouver le 4 juillet, vers deux heures de l'après-midi, bien armés, dans le Pré-aux-Clercs, ce qui fut ponctuellement exécuté.
Us assaillirent d'abord le grand clos de l'abbaye, en y pratiquant de larges brèches.
Une fois dans cette enceinte, ils y commirent un dégât considérable, rompant les arbres froitiers; arrachant les treilles et les ceps de vignes, et brisant tout ce qui se trouva à leur portée.
Ils se rendirent coupables des mêmes désordre dans le jardin de Charles Thomas, conseiller au grand conseil, et dans d'autres propriétés bâties sur la censive de l'abbaye. <
Les religieux, surpris par cette bnisqae agression , envoyèrent leurs serviteurs et quelques autres personnes du faubourg pour s'opposer aux violences des écoliers, mais ceux-ci se servirent de leurs armes, et il y eut des blessés.
L'expédition terminée, les écoliers se retirèrent dans la soirée, en ordre de bataille, emportant une quantité de branches d'arbres et des ceps de •vignes, comme trophées de leur victoire, qu'ils brûlèrent devant Sainte-Geneviève.
Les religieux portèrent plainte au parlement, qui, le 7 juillet, nomma deux conseillers, Martin ' Ruzé et Jacques le Roux, pour procéder à une enquête.
Gela n'arrêta pas les écoliers, qui s'assemblèrent le lendemain dans le Pré-aux-Clercs, en armes et bien décidés, cette fois, à tout casser dans l'abbaye et dans la maison du faubourg.
Le prévôt de Paris et le lieutenant criminel s y transportèrent aussitôt avec leurs sergents et leurs archers ; ils blessèrent quelques-uns des plus exaltés, arrêtèrent une partie des . autres et le reste prit la fuite.
La cour manda, le 9, le recteur de l'université, et lui défendit, ainsi qu'à tous les écoliers, sous peine do la hart, d'aller ce jour-là au Pré-aux- Clercs, et fixa les débats de l'afiaire au lendemain.
Ce jour-là, les religieux furent condamnés à éloigner la voirie des grand et petit Prés-aux- Clercs, à donner une autre place pour le marché aux chevaux, à rétablir le chemin qui existait autrefois derrière les murs de l'abbaye et qui conduisait droit à la Seine, enfin, que les vues
et fenêtres, tant du monastère que des maisons voisines qui donnaient sur les prés, seraient estoupées, c*est à-dire bouchées, et la porte de derrière Tabbaye fermée.
C'était bien plus qu'en demandaient les écoliers. Ceux-ci célébrèrent leur triomphe en produisant de nouveaux tumultes, et il fallut, pour tempérer leurs bruyantes démonstrations, qu'un arrêt, du 19 janvier 1549, leur enjoignit, toujours sous peine de la hart, « de faire des assemblées au Pré-aux- Clercs, des tumultes et des démolitions. » Les commissaires nommés s'occupaient de lever le plan des travaux à exécuter en conformité de Tarrét, mais les écoliers les en empêchèrent, et, le 21 janvier, un nouvel arrêt ordonna au prévôt des marchands et au lieutenant criminel d'assembler, le lendemain, dès 7 heures du matin, nombre de sergents et d'archers de la ville, pour accompagner les commissaires, leur prêter main-forte au besoin et arrêter tous les écoliers qui se trouveraient indûment sur le pré. Le procès dura longtemps ; les religieux ne s'y soumettaient qu'avec toute la mauvaise volonté possible, et ce ne fut qu'au mois de mai 1550, que les limites du territoh^e de l'abbaye furent enfin nettement déterminées, ainsi que celler du grand Pré-au-Clercs, dont l'entière propriété fut adjugée aux écoliers, avec défense à qui que ce fût de les troubler dans la possession de ce pré, à peine <( de cent marcs d'or et autre amende arbitraire. » Il fut , en outre, ordonné qu'on débarrasserait le pré de tous chemins, bâtiments, gravois, pierres, qui pouvaient s'y trouver, qu'on l'entourerait de tranchées, et qu'on y placerait des bornes. Défense fut faîte à tous les charretiers, voiturlers et conducteurs d'y passer, aux maquignons et à tous autres d'y promener leurs chevaux.
Les écoliers durent se trouver satisfaits; néanmoins, avant qu'on eût pu procéder à la complète exécution de tout ce qui était ordonné, ils se remirent à s'assembler en armes et à procéder à des voies de fait contre les religieux qu'ils rencontraient. Il fallut de nouveau faire intervenir les sergents, les archers, les arquebusiers, les arbalétriers, pour les faire tenir tranquilles, ce à quoi ils se décidèrent difficilement, car nous les retrouverons plus tard, recommençcmt la lutte avec plus d'âpreté que jamais.
Quoiqu'il en soit, l'arrêt rendu contre l'abbaye diminua son enclos de cinquante arpents, qui désormais firent partie de la censive de l'université.
L'espèce de peste qu'on désignait alors sous le singulier nom de trousse-galant menaça de se manifester de nouveau ; plusieurs prisonniers de la conciergerie du palais en furent atteints, et la cour, par son arrêt du 7 août 1548, ordonna qu'ils fussent transférés à l'H^tel-Dieu. Les autres prisonniers furent distribués dans les prisons du
Por-rÉvèque, de Saint-Magloire, de Saint- Martin-des- Champs, de Saint- Germain des -Prés, de Sainte-Geneviève, etc. Quant à ceux qui étaient simplement détenus pour dettes, ils furent placés chez un huissier, un commissaire, ou un sergent au Chàtelet, requis à cet effet, et qui devait conserver son prisonnier jusqu'à ce qu'il eût payé. Il est probable que ce qu'on prenait pour la peste était tout simplement une affection produite par l'état de malpropreté dans lequel était tenue la prison. On la fit nettoyer, et on en sortit plusieurs tombereaux d'ordures, qu'on chargea sur un bateau, pour les transporter au loin dans la campagne.
Le parlement, qui avait toujours montré une grande appréhension des maladies contagieuses, ne se trouva plus en sûreté au palais, et il décida que, jusqu'à l'entière disparition du mauvais air qui régnait, il se transporterait au couvent des Augustins.
Paris, enserré dans ses murailles, soumis, en ce qui concernait les gens de métier, aux exigences de la police des jurandes, commençait à se répandre au dehors, et de nombreuses constructions s'élevaient dans les faubourgs, où l'ouvrier, de même que dans les lieux privilégiés, travaillait en liberté, c'est-à-dire sans être astreint à obtenir la maîtrise, mais cette extension portait ombrage au pouvoir. On représenta au roi que « c'estoit le moyen de faire déserter la ville, d'y augmenter le prix des ouvrages, parce que la pluspart des apprentis, après avoir pris les premières teintures de leurs métiers, se retiraient dans les faubourgs, où ils travaillaient sans craindrela visite des jurez; de donner lieu à la jeunesse de se débaucher, dans ces lieux écartés, enfin, de favoriser les meurtres et les larcins. »
On est toujours surpris de voir, quand il s'agissait d'obtenir la suppression d'une liberté quelconque^ avec quelle adresse les conseillers du roi savaient entasser et grouper avec art les considérants les plus fantaisistes ; l'important était d'en accumuler le plus possible, de façon à frapper l'esprit du monarque par des phrases dont l'effet ne manquait jamais. Henri II, lorsqu'on lui représenta le tort immense que faisait à la capitale laccroissement de la population des faubourgs, rendit un édit (novembre 1548) défendant à qui que ce soit de rien bâtir de nouveau dans les faubourgs de Paris, sous peine de confiscation du terrain et des maisQns, qui seraient incontinent démolies par les maîtres des œuvres, aussitôt qu'ils en seraient requis par le voyer. « Fit aussi défense à tous maçons, tailleurs de pierres, charpentiers et couvreurs d^ travailler de leurs métiers aux faubourgs, si ce n'était pour les réparations et l'entretien des édifices déjà bâtis. » Encore, leur fut-il ordonné de ne rien entreprendre sans les avis du voyer et du maître des œuvres*
Ce fut à la même époque que Ton reconstruisit Farsenal en l'agrandissant. En 1533, François !•' avait emprunté une des granges servant à Tartillerie de la ville pour y fondre des canons; Henri II deitianda à la ville, en 1547, Tautré partie du bâtiment, pour y faire construire de nouveaux fourneaux, et proposa au prévôt des marchands et aux échevins de lui céder la totalité de l'emplacement, ce qui fut accepté. Devenu ûinî^i maître de tout l'arsenal, il y fît construire des logements pour les 'officiers et pour les ouvriers de Tartillerie. En 1560, on y établit deux vastes fonderies de canons, des moulins à poudre et deux grandes halles ou hangars. L'explosion d'un magasin à poudre, dont on lira les détails plus loin, détruisit ces bâtiments.
Nous avons dit qu'en 1543, François !•' avait rendu un édit contre l'emploi des étoffes d'or et d'argent ; il en fut do cet édit comme de beaucoup d'autres : il fut éludé, et, le 19 mai 1547, le roi Henri II en rendit un autre ainsi libellé : Considérant la grande et superflue despense du tout inutile qui s'est faicte jusqu'icy par les gentilshommes et autres personnes de notre royaume, en habillements de draps d'or et d'argent, pourfilés, passementés et brodés, où il s'en va et consume tout ou une grande partie dé leur bien et subsistance, auUeu de ce qu'ils le devraient employer au service de nous et de la chose publique en temps d'affaires, ou bien pour, leurs nécessités et particuliers négoces. Pour à quoi obvier et faire cesser telles super ûuités, nous voulons les défenses de défunct notre père estre réitérées, et en ce faisant, ordonn., prohibons et défend, à toutes personnes de nos royaume, païs, terr. et seign., soient hommes ou femmes, de quelque estât, quai, ou cond. qu'ils soient, réservé les princesses, dames et damoiselles estant à la suitte de la Royne et de nostre sœur, que d'oresn. ils n'aient à porter sur eux, en habillements ni en autre ornement, aucuns draps ne toilles d'or et d'argent pour fileures, passements, brodures, orfèvreries, cordons, caneliles, velours, satins, taffetas barrez d'or et d'argent, ny autres telles superfluités quelles qu'elles soient, sinon sur harnois sur peine de mil escus d'or soleil d'amende, à nous à appliquer, et confiscation desdits habillements, et d'estre punis comme infracteurs et transgresseurs de nos ordonnances et défenses. »
Ce nouvel édit fut-il mieux observé que les précédents ? Il est permis d'en douter, puisque le 12 juillet 1549, il en fut rendu un second dans les mêmes termes, mais cette fois, il ne se contenta pas de défendre l'emploi des étoffes d'or et d'argent, il entra dans les menus détails de la toilette des deux sexes ; il régla que les garnitures d'or et d'argent ne pourraient être employées que pour les boutons et les fers de lacets, que la soie ne serait permise que pour servir à faire les passementeries et broderies, et leur
place fut assignée le long des ouvertures da vêtement, sans en pouvoir envahir les pans et les faces. Il est .aisé de comprendre combien l'application de ces règles était difficile à observer dans la pratique.
- Les vêtements de couieur rouge cramoisi turem exclusivement réservés aux princes et princeases, et les gentilshommes et leurs femmes ne pouvaient porter en cette couleur qu'une des pièces de leur habit de dessoiis. Les princesses du sang et les dames de la compagnie de la reine pouvaient s'habiller de robes de velours de toutes couleurs, sauf, le rouge ; mais les suivantes des autres princesses ne pouvaient opter qu'entre le noir et le tanné; quant aux bourgeoises de Pari?. qui, elles aussi) s'étaient bravement mises à porter du velours, elles n'obtinrent de le conserver qu'à la condition qu'il serait employé en cottes ou en manches. Défense aux bourgeois de porter soie sur soie : si Thabit de dessus était de velours, celui dé dessous devait être en drap, et réciproquement. Les gens de métier ne pouvaient employer la soie en aucune façon, pa< même commie accessoire. Les bandes de velourg et les bouffants de soie furent réservés aux valetj de grande maison^ qui devaient s^habiller en drap.
« L'édit de 1549, dit M. Quicherat, rencontra beaucoup d'obstacles dans son . application. D était loin d'avoir atteint tous les détails de hè toilette. Comme on ne se prête pas volontiers à mettre aii rancart des objets qui vous ont coûté cher, chacun, épiloguant sur le texte de la loi, disputait pièce à pièce la parure dont on voulait le dépouiller. Il fallut qu'au bout, de deux moi» un rescrit impératif vint armer les agents de Tautorité contre les difficultés qui s'élevaient de toutes parts. On profita de la circonstance pour introduire quelques adoucissements par pitié pour les femmes, car elles étaient les plus maltraitées; et de toutes les classes de la société, comme de tous les points du royaume, ce n'était de leur part qu'un long cri de détresse. Les bandeaux d'orfèvrerie portés sur la tête, les chaînes d'or que l'on appliquait comme bordures aux robes de parade, celles qui se mettaient en ceinture oa au cou furent exceptées de la proscription. Go permit aussi aux femmes du peuple de porter la soie en bordure, en doublure et en fausses manches. Quant au bandes de velours employées comme ornement pour les hommes, le roi déclara qu'il n'entendait pas qu'on en mit aiUeurs que sur les hauts de chausse, ou bien aux fentes et ourlets des habits.
«La loi, éclaircie de la sorte, fut exécutée avec une rigueur extrême, au grand applaudissement des érudits et des poètes qui virent là l'inspiration d'un nouveau Lycurgue corrigeant les mœurs de sa République. »
En 1548, François de Lorraine duc de Guise et
Première tontaine des Innoceute.
(l'Aumale, grand veneur de France, épousa Anne d"Est, flUe du duc de Perrare, et cette princesse vint à Paris après la célébration de son mariage ; elle fut reçue cérémonieusement par la ville qui alla au devant d'elle le 4 décembre jusqu'au delà de la Bastille. Claude Guyot, prévôt des marchands, lui adressa un discours & sa louange, dans lequel il recommanda les Parisiens à sa protection, eu égard à la considération que le roi avait pour elle. Elle y répondit en remerciant le roi et la ville de l'honneur qu'on lui faisait, et assura le prévôt que dans toutes les occasions où elle pourrait être agréable aux habitants de Paris, elle le serait de bon cœur.
Les canons de la Bastille tosnèrent, et le cortège entra dans la ville. Les archers, les arquebusiers elles arbalétriers ouvraient la marche, suivis des princes, seigneurs et gentilshommes qui étaient allés au-devant de la princesse, et leur nombre était d'environ 5000. Les sergents, les «onseillers, quarteniers, échevins et le prévôt des marchands venaient ensuite et plusieurs princes et cardinaux marchaient derrière, précédant la nouvelle duchesse de Guise montée sur une haquenée blanche, accompagnée des cardinaux de Liv. 57.
Bourbon et de Ferrare'et suivie delà marquisedu Maine, des dames de Chàteauvilain, de Parroy et de plusieurs autres.
Elle alla descendre à l'hôtel de Reims, que le cardinal de Guise avait fait préparer pour la recevoir et te même jour, le prévôt des marchands et les échevins, vêtus de leurs robes mi-parties lui apportèrent les présents de la ville. C'était l'usage; à chaque entrée solennelle, il fallait que le corps de ville fit un cadeau proportionné au rang du personnage, et plusieurs fois l'importance du présent fut le sujet de vives discussions, certains échevins ne songeant qu'à faire montre d'une générosité qui n'était pas toujours en rapport avec l'état des finances de la ville.
Apeine eut-on fourni les fonds nécessaires pour gratifier la duchesse de Guise d'un cadeau digne d'elle, qu'il fallut songer à puiser de nouveau dans la caisse municipale, pour en offrir un au roi, qui fit son entrée solennelle dans sa bonne ville le 16 juin, après avoir assisté au sacre et au couronnement de la reine Catherine de Mêdicis, célébrés & Saint-Denis le 10 du même mois:.
Henri II se rendit dans ce but, à huit heures dn matin, au prieuré de Saint-Lazare, devant lequel
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
on aTait dressé une estrade supportant un dais i magnifiquement orné, et sous lequel il s'assit pour entendre les discours et recevoir riiommagc de tous les corps constitués de la ville, qui défilèrent devant lui, à commencer par les quatre ordres mendiants, les paroisses et l'Université^ puis venaient le corps de ville, environ trois mille hommes à pied, cent vingt enfants à cheval, le prévôt des marchands, les échevins, les conseillers, les quarteniers et les maîtres jurés des métitrs chargés de porter le dais.
Après ceux-ci, défilèrent les officiers du Ghâtelet, le prévôt à la tète de ses lieutenants civil, criminel et particulier, les cours des Monnaies et des Aides, la chambre des Comptes et le parlement. Chaque chef de groupe fit sa harangue au roi. Le prévôt des marchands lui présenta \ei elés de la ville, et le nouveau souverain descende de son estrade, et toujours sous le dais, fit son entrée sur un cheval blanc , accompagné des princes, des ambassadeurs étrangers, des maréchaux de France, des chevaliers de Tordre et des autres officiers de sa maison, tandis que 350 pièces d'artillerie faisaient retentir Tair du bruit de leurs détonations. Devant le roi marchait le chancelier avec la cassette qui contenait le sceau royal, et le connétable, portant Tépée nue. Ce fut dans cet ordre que le cortège passa dans les rues richement tapissées et ornées d'arcs de triomphe jusqu'à Notre-Dame, au bruit des acclamations et du canon. De l'église, il se rendit au palais, où le festin royal avait été préparé dans la grande salle. Xie roi séjourna au palais jusqu'après l'entrée solennelle de la reine, qui se fit le 18. Tout s'y passa dans le même ordre qu*à celle du roi. Même itinéraire, station à la cathédrale et festin suivi d'un bal dans lequel les enfants de la ville menèrent danser les dames de la cour. Le bal fut suivi d'une collation de confitures et de dragées, et ce fut alors que pour finir la fête, le prévôt des marchands et les échevins présentèrent à la reine un bufi'et complet de vaisselle d'argent « doré à deux couches » semé de fleurs de lis et de croissants. Le lendemain, les mêmes magistrats, accompagnés du greffier et des principaux efficiers de la ville, se rendirent au palais des Toumelles faire leur présent au roi. Il consistait 6A une pièce d'orfèvrerie artistique d*un grand prix; le roi le reçut avec joie; ce que voyant le prévôt des marchands, il le supplia de vouloir bien, à l'imitation de ses prédécesseurs, se trou- Ter à la Grève le dimanche suivant^ avec la reine , les princes et les princesses, afin d'allumer le feu de la Saint-Jean.
Le roi ayant accepté, il se rendit au jour indiqué sur la place, où le bûcher était préparé, et là, devant une foule compacte, il alluma le feu avec une torche de cire blanche, que le prévôt des marchands lui présenta.
A peine les premiers flocons de fumée s'éle-
vèrent-ils dans les airs, que des cris de joie retentirent. Aucun spectacle ne plaisait davantage aux Parisiens que la vue de ce brasier, et ils battirent des mains avec frénésie lorsque les flammes commencèrent à atteindre la cage dans laquelle se trouvaient les chats destinés à être brûlés vifs.
Bientôt le roi, qui ne songeait qu'à divertir son peuple, lui ofl'rit la représentation d'un bûcher sur lequel, au lieu de chaU, on fit griller des gens qui priaient Dieu autrement que les catholiques.
Mais, d'abord, achevons le récit des fêtes des entrées royales. Après que Henri II eut mit le feuàTamas de bois entassé sur la place de Grève, il monta avec la reine dans la grande salle de l'Hôtel de Ville, où il y eut repas de gala et bal ; après quoi, les deux époux s'en retournèrent à leur palais des Toumelles.
Pendant un mois, des réjouissances publiques se firent dans Paris ; des tournois se donnèrent dans la rue Saint-Antoine, et le prévôt, et les échevins imaginèrent d'oflrir au roi le spectacle d'un siège et d'un combat naval, en faisant élever dans l'île Louviers un simulacre de fort, un port et un havre, et en préparant un pont de bateaux qui reliait Tile Notre-Dame et l'île Louviers, et qui était destiné au passage des troupes qui attaquèrent et enlevèrent le fort.
Certes, le roi devait être satisfait, il le fut; aussi, afin de ne pas demeurer en reste avec les bons procédés du prévôt et des échevins, il imagina de faire précéder le supplice de plusieurs hérétiques condamnés au feu, qui se trouvaient à la conciergerie, d'une procession générale où le saint sacrement serait porté depuis Saint-Paul jusqu'à Notre-Dame.
La nouvelle de cette réjouissante cérémonie se répandit bien vite dans Paris, et chacun se promit bien de ne pas manquer d'assister à un si intéressant spectacle ; et lorsqu'on apprit qu'il y avait assez d'hérétiques condamnés pour qu'il fût possible d'en brûler sur plusieurs points à la fois, les moins bien disposés furent obligés de déclarer que jamais on n'aurait vu aussi belle fête.
Ce jour-là, les marchands laissèrent l'huis clos, les marteaux se turent, les métiers demeurèrent immobiles, et, dès le matin, ce fut à qui ferait toilette pour se rendre sur le parcours du cortège et courir ensuite aux endroits où les hérétiques devaient être brûlés.
Le parlement accompagna à pied les relique de la Sainte-Chapelle jusqu'à l'église Saintr-Paul, où le roi et la reine se rendirent à dix heures du matin. Toutes les croix et les bannières des paroisses marchèrent les premières, deux à deux, suivies d'une multitude de bourgeois, qui portaient chacun une torche allumée. Après eus, venaient les quatre ordres mendiants, avec les reliquaires de leurs églises, le clergé des paroisses et des églises collégiales, tous avec leurs corps
saints, des torches allumées et des bannières. Ensuite venaient les croix et les bannières de Notre-Dame et de Sainte-Geneviève, suivies de quelques archers tenant des torches blanches aux armes de la ville, et les châsses de saint Marcel et de sainte Geneviève, escortées du lieutenant criminel, vêtu d'une robe d'écarlate, et de plusieurs archers et officiers de la ville. Après, marchaient les religieux de Sainte-Geneviève, nu-pieds, et ceux de Saintr Victor à côté d'eux, suivis du chapitre de Notre-Dame et des églises, ses ûlles, à droite, et de Tuniversité à gauche.
Après cela, marchaient les suisses de la garde du roi, avec leurs fifres et tambours, puis les hautbois, les violons et les trompettes du roi, les musiciens de sa chapelle et ceux de la Sainte- Ghapelle, les aumôniers du roi, les hérauts d'armes en habits de cérémonie, les grandes reliques de la Sain^-Chapelle, portées par des religieux, une partie des gentilshommes de la maison du roi, portant leurs becs de faucon et des cierges, et une douzaine d'archevêques et d'évèques en habits pontificaux, portant des reliques et marchant deux à deux. Us étaient suivis du reste des gentilshommes de la maison du roi." Ensuite, venait lé saint sacrement porté par le doyen et l'archidiacre de Paris, et le cardinal de Guise officiant, sous un dais dont les bâtons de devant étaient portés par le prince de la Roche-sur-Yon et le duc de Nemours, et ceux de derrière par Louis de Vendôme et le duc de Moutpensier. Ensuite, marchaient d'autres principaux personnages de la cour et chevaliers de l'ordre, la reine, accompagnée de madame Marguerite de France, sœur du roi, et suivie d'un grand nombre de princesses, duchesses, comtessesetaulresdames. Après, marchaient le chancelier suivi des membres du parlement, de la <;our des com*ptes, les généraux des monnaies et les deux prévôts, etc. Les archers de la garde fermaient le cortège.
La messe solennelle fut célébrée à Notre- Dame par le cardinal de Guise. Elle fut suivie d'un repas que le roi et la reine prirent au palais épiscopal. Le cardinal harangua ensuite le roi au nom des prélats et de l'Église. Le premier président porta la parole pour le corps de la justice, et le prévôt des marchands parla au nom de la ville de Paris, qui, assura-t-il, avait eu toujours pour devise : « un Dieu, un roi, une foi, une loi, » et dont le zèle ardent pour la religion de ses pères la porterait toujours à s'opposer vigoureusement aux nouveautés pernicieuses qu'y voulaient introduire de mauvais et faux chré-. tiens que l'hérésie avait séduits.
Ce discours enflamma le zèle des assistants, et, dès que le diner fût achevé, on procéda sans tarder au supplice des hérétiques, qu'on avait fait sortir de prison et qu'on avait amenés, les uns au parvis Notre-Dame, les autres devant Sainte-
Catherine-du-Val-des-Écoliers, à la place Maubert, au cimetière Saint-Jean, et le reste dans la rue Saint-Antoine, tout près le palais des Tournelles, d'où le roi, qui avait voulu être spectateur de l'exécution, put voir les malheureux, kabillés d'une chemise soufrée, se tordre dans d'atroces convulsions au milieu des flammes.
Parmi ces infortunés, figurait un ouvrier tailleur qui avait été arrêté par ordre de Diane de Poitiers, maîtresse du roi et du cardinal de Guise ; mené devant Henri II, qui lui reprocha de prêter l'oreille aux exhortations des hérétiques, le tailleur, sans s'intimider, s'était borné à écouter silencieusement l'allocution du roi ; mais lorsque Diane de Poitiers, qui était présente à l'entretien, voulut aussi dire son mot, le tailleur, se tournant vers elle, l'arrêta court :
— « Madame, lui dit-il, contentez-vous d'avoir infesté la France, et ne mêlez pas votre ordure parmi chose si sacrée qu'est la vérité de Dieu ! »
Cette réponse hardie ne pouvait être tolérée; l'audacieux tailleur l'expia par une condamnation au feu, et il fut un des premiers désignés pour être rôti à l'issue de la grande procession. Lorsqu'il monta sur le bûcher de la rue Saint- Antoine, il aperçut le roi qui, d'une fenêtre de l'hôtel de la Roche-Pot, assistait au supplice, et fixant sur lui un regard obstiné, malgré les horribles soufl'rances qu*il endurait, il produisit sur le monarque une telle impression que%elui-ci s'éloigna, se promettant bien de ne plus voir brà- 1er d'hérétiques, ce qui ne voulait pas dire qu'il renonçât à ordonner des exécutions, loin de là.
Sur les bûchers préparés aux autres Ueux que nous avons cités, tandis que la chair des suppliciés crépitait sur des brasiers ardents, une foule d'hommes et de femmes, que les archers et les sergents avaient grand' peine à contenir, se repaissaient la vue de ce spectacle barbare, atroce, plus digne d'une tribu de cannibales que d'une nation policée; mais on se ferait difficilement, de nos jours, une idée exacte de la haine mortelle, soigneusement développée par la cour et le clergé, qui existait dans le peuple entre catholiques et huguenots; c'était à qui prodiguerait à ses adversaires, ou plutôt à ses ennemis, les épitbètes les plus injurieuses, et des rixes entre particuliers attisaient sans cesse la colère des uns et des autres.
Inutile d'ajouter que nombre de gens ne se faisaient nullement faute, pour se débarrasser d'un ennemi, de le signaler comme huguenot, anabaptiste ou avorton de Luther; d'autres se contentaient de soutenir que tels ou tels les avaient appelés papistes, papaux, idolâtres, impies, pauvres abrutis, tisons du purgatoire, maquereaux du pape, etc., et il n*en fallait pas davantage, pour que ceux qui avaient soi-disant prononcé de telles paroles, allassent tout droit en prison et n'en sortissent que pour monter sur le bûcher.
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Uarcbé dea IddomuU. — La (ontaine &
it «on dépUcameDt.
ï les plus violentes étaient sans cesse conseillées au roi, et les plus modérés disaient tout haut que pour extirper l'hérésie, il fallait trouver le moyen de se saisir en masse de tous les hérétiques et d'en débarrasser une bonne fois Paris.
Le roi Henri II n'alla pas jusque là; mais, animé d'un saint zèle, il défendit, par un arrêt de décembre 1S49, d'imprimer ou vendre aucuns livres sans qu'ils eussent été approuvés par la faculté de théologie de Paris, è. peine de punition corporelle et de confiscation, d'introduire eu France aucuns livres provenant de Genève ou d'autres lieux notoirement séparés de l'union de l'Église. — Défense k toutes personnes non lettrées de disputer sur les questions religieuses et les cérémonies du culte. Défense à tous de correspondre ou d'envoyer des fonds aux Français sortis du royaume pour résider à Genève ou en tous^ autres pays séparés de l'Église. Le même édit ordonnait que tous ceux qui seraient reconnus hérétiques n obstinés ■> ou relaps, qui au-
raient dogmatisé publiquement ou non, fait injure au saint sacrement ou aux saintes ifflages, soulevé le peuple ou fait des assemblées, seraient punis de mort sans miséricorde.
Malgré toutes ces sévérités, les protestants continuèrent, au péril de leur vie, à s'assembler, les uns dans la Petite rue du Marais, les autres dans la rue Saint-Jacques, à la place Maut>ert, dans la maison d'un avocat du nom de Bonlard, et aussi auprès du Pré-aux -Clercs, chez un gentilhomme du Maine, appelé La Ferrière. Ce fut dans celte dernière maison qu'ils élevèrent un jeune homme de vingtnieux ans, origiaaire d'Angers, nommé I^a Rivière, en qualité de miniatre, a ce qui fut, ajoute D. Félibien, comme l'origine de leurs ministres dans cette vlUe capitale. M
On a vu tout à l'heure avec queUe lil>ertâ de paroles un ouvrier tailleur avait répondu à la maîtresse du roi de France; le premier président du parlement de Paris donna aussi, dans le même temps, un grand exemple d'indépendance;
Henri II et Diane de Poitiere as»i>>taDt & une exfcntion d'hérélique*.
Les Piliers des Halles, rue de la Tooaellerie.
malheureusement, il fut suivi d'un honteux acte de recul dont s'égayèrent fort les Parisiens : ce premier président était Pierre Lizet, appelé au conseil privé du roi pour y donner son avis sur une question qui lui fut soumise, il refusa de se tenir debout et découvert, en alléguant qu'il ne voyait dans le conseil personne dont la présence CKJgeàt de lui une telle marque de respect. Déjà, en une autre circonstance, il avait interrompu l'avocat du duc de Guise, qui lui donnait la qua* lité de prince, pour lui faire observer que la cour ne connaissait d'autres princes que ceux du sang royal de France; or, comme le conseil privé était présidé par un Guise, le cardinal de Lorraine, celui-ci fut si blessé par l'attitude du président Lizet, qu'il le fit destituer. Ce fut alors que, sans souci de la fierté dont il avait fait preuve, il alla se jeter aux pieds du cardinal, pour implorer sa pitié, en lui remontrant qu'il était sans fortune, et que cette disgrâce le plongeait dans la misère ; le cardinal voulut bien se montrer compatissant, et obtint pour lui l'ab-
baye de Saint-Victor, dont il prit possession le {"septembre 1550; mais le bruit de son aventure se répandit dans tout Paris, et ce fut à qui exprimerait le mépris qu'une semblable conduite méritait. Ce fut Gilles Le Maistre qui le remplaça au parlement.
CetteannéelSSOvits'elTecluerplusieurstiavaux de construction assez importants. Au mois d'avril, le roi fit rouvrir les portes de Bussy et de Nesle, condamnées l'une et l'autre depuis plusieurs années; cette mesure fut bien accueillie par les habitants du faubourg Saint-Germain (ce quartier, qui commença à se rebâtir sous François I" , devenait un des plus beaux de Paria) ; ils se joignirent à. ceux des faubourgs Saint- Jacques et Saint-Marcel, pour obtenir qu'on les enserrât de murailles ; le roi était favorable au projet, mais le prévôt des marchands s'excusa de ne pouvoir l'entreprendre, la ville manquant des fonds nécessaires; toutefois, sur l'insistance de Henrilltil&tfaireleplaadecette clôture, et, en même temps, celuid'un pont qui devait mettre
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le faubourg Saiat-Gerinain en communication avec la rive droite de la Seine ; les frais considérables qu*eussent entraînés ces travaux les firent ajourner, et on se contenta de construire un bac pour passer la rivière en face du Louvre. Peu de temps après, on résolut de faire couler Teau de la Seine par les rues de la ville pour les nettoyer et les débarrasser des immondices qui les encombraient. Ge fut Gilles du Froissez^ maître de forges, qui fit cette proposition et trouva le premier, le moyen de faire venir le bois flotté à Paris.
On proposa aussi, à la même époque^ de rebâtir les maisons du Petit-Pont, du côté de THôtel- Dieu; mais les administrateurs de cet bôpital s'y opposèrent; le parlement fut saisi de Taffaire, et, sans rien préjuger au fond, il autorisa le prévôt des marebands à faire procéder à la démolition des maisons situées entre l'bôtel et le Petit-Pont, qui menaçaient ruine; on les rebâtit en 1603. Par un édit royal du même temps, Tbôlel de Nesle fut désigné comme devant servir à la fabrication des monnaies.
Ge fut en 1550, que la fontaine des Innocents fut reconstruite sur le plan de Pierre Lescot, et ornée de sculptures dues au ciseau de Jean Goujon. Lescot la composa de trois arcades dont deux sur la rue Saint-Denis et une sur la rue aux Fers (rue Berger), chaque arcade étant surmontée d'une frise, d'un entablement et d'un fronton triangulaire, le tout élevé sur un soubassement dont la partie supérieure était décorée de basreliefs et la partie inférieure munie de deux robinets par arcade pour la distribution de l'eau, (c Entre les pilastres corinthiens, séparant les arcades, lisons-nous dans Paris Guide, des figures de nymphes avaient été sculptées par Jean Goujon, à qui aussi l'on doit, sans doute, tout le reste de la décoration sculpturale, aussi riche qu'élégante de ce monument, regardé à bon droit comme un chef-d'œuvre. Au commencement du XVIII* siècle, la fontaine des Innocents était fort dégradée. On y fit alors quelques réparations. »
La fontaine n'était point isolée : elle se trouvait appliquée à l'église des Innocents. Lors de la démolition de cette église, on chercha les moyens de conserver ce précieux monument de la scuplture du XVI* siècle. Un ingénieur nommé Six proposa d'éiiger une fontaine au centre du marché des Innocents et de conserver pour la construction tous les éléments reproduits dans le gracieux monument de la rue aux Fers. Sa proposition fut adoptée; on démolit bientôt, ou plutôt on détacha lentement et avec soin toutes les parties qui formaient la décoration de la fontaine. « Mais, fait observer le Dieiionnaire des rues de Paris, les deux faces de la décoration ancienne étaient insuffisantes pour orner les quatre côîés de la nouvelle fontaine;
il fallut y suppléer par de nouveaux pilastres, ck ' nouveaux bas-reliefs, ajouter, et c'était là le plu difficile, aux cinq figures de naïades exécatéei avec tant de gr&ce par Jean Goujon, trois autres naïades dans le même style. Yoici de quelle m», nière on opéra : les pierres des deux faces anciennes furent employées à la construction des quatre ïaces ; on les mêla alternativement avec des pierres nouvelles et toutes préparées, on doimi aux unes et aux autres une teinte générale qui détruisit la difi'érence de leur couleur. Par cet amalgame de pierres, par cette teinte commooe qu'elles reçurent, 1 ensemble du monument fot en harmonie parfaite avec ses anciennes parties, et son architecture conserva son caractère primitif, sans qu'on put apercevoir aucun des doqveaux raccords. »
L'ensemble du monument perdit cependant a physionomie primitive; la partie du soubassement qui n'était pas décorée fut remplacée par trois bassins en retraite l'un sur Tautre et surmontés d'un quatrième bassin carré, au centre duquel une vasque répandait de l'eau qui retombait par nappes dans les bassins inférieurs. Aax quatre angles du bassin supérieur des lions coochés lançaient aussi de l'eau. Au-dessus du basgin carré on posa les trois arcades de P. Lescot, et les architectes Poyet et Molinos construisirent one quatrième arcade, ainsi que nous Tavons dit; « fut le sculpteur Sajou qui compléta le nombre des naïades.
Une calotte sphérique, recouverte de cmm découpé en écailles, surmonta le tout. MM. L*Hoillier, Mezières et Danjou sculptèrent les ornemeoU et les bas-reliefs qui restaient à faire. La fontaine demeura en cet état, fort admirée par les Parisienâ; mais en 1865, le marché des Innocents ayant été supprimé pour faire place aux Halles centrale, la fontaine fut transportée au milieu d'un square établi sur l'emplacement de l'ancien marché, mais la nouvelle restauration qu'on lui a fait subir n'a pas été heureuse, elle a alourdi le moaument et a changé son aspect si élégant et si gracieux, en lui imprimant une allure plus massive. On a vu précédemment que les orfèvres de Paris avaient bâti, en 1399, un hôpital et une chapelle sous l'invocation de saint EUoi, pour? retraiter leurs pauvres et y célébrer la messe; 1^ bâtiments ayant été construits en bois ne devaieat pas durer des siècles, et en 1549 ils étaient dam i un état de vétusté qui les rendait presque hors de service. Ge fut alors que le corps des orfèvres, assemblé, décida que les anciennes constructions seraient démolies et qu'on édifierait à la place une chapelle en pierres de taille, ornée de sculptures, et dans le style nouveau. Le devis fut arrêté par deux architectes, et le marché signé avec eux le 31 décembre 1550; les pauvres qui occupaient l'hôpital furent placés dans des chambres dépendantes des huit maisons que la coin-
niunauté des orfèvres possédait rue des Orfèvres et rue Jean-Lantier, et dont le revenu était assez considérable.
La chapolle ne fut complètement terminée qu*en 1566, sur les dessins de Philibert Delorme. On y remarquait les figures de Moïse, d'Aaron ejL des apôtres, dues au ciseau de Germain Pilon. Elle fut supprimée en 1790 et ses bâtiments furent vendus le 11 brumaire an vi; une partie de rhôpitai qui était restée debout servit quelque temps de grenier à sel ; devenue propriété de l'État on la vendit le 6 janvier 1818 à un particulier.
Nous venons de parler de la fontaine des Innocents, placée près des Halles centrales. Ce fut en 1551 que les halles de Paris furent, suivant Corrozet, Thistorien « entièrement baillées et rebasties de neuf, et furent dressés, bastis et continuez excellens édifices, hostels et maisons somptueuses par les bourgeois preneurs des willes places et ruynes. »
En effet, on élargit les anciennes voies publiques qui environnaient leurs abords^ on perça de nouvelles communications, et chaque corps de métiers eut^pour ainsi dire, une rue spécialement affectée à son commerce, telles furent: la rue de la Cordonnerie (originairement Cordouannerie, les premiers cuirs qu'on employa pour la chaussure venant de Cordouan. Cette rue a été supprimée hrsde la reconstruction des Halles centrales), les nies de la Petite et de la Grande-Friperie, (où demeuraient les fripiers, supprimée à la même é[>oque\ la rué delà Cossonnerie; (cette rue, qui existe toujours et qui date de 1183, s'appelait jadis viaCockonneria; Cossonniers et Cossonnerie signifiaient poulailliers et poulaillerie ; il s'y tint un marché aux cochons et à la volaille) ; lame de la fieaumerie (où travaillaient les heaumiers, fabricants de heaumes ou casques, supprimée) ; la rue de la Lingerie» elle doit son nom dit le Dictionnaire des rues de Paris aux lingères auxquelles saint Louis permit d'étaler leurs marchandises le long du cimetière des Innocents jusqu'au marché aux Poirées. Les gantiers étaient établis de l'autre côté de cette rue. Les boutiques des lingères subsistèrent en cet endroit jusqu'au règne de Henri U. Ce prince, ayant racheté toutes les halles, vendit cet emplacement à plusieurs particuliers, àla charge d'y construire desmaisons, qui ont formé une rue appelée de la Lingerie » , (elle existe toujours) ; la rue de la Chanvrerie (supprimée pour le percement de la rue Hambuteau), la rue de )a Tonnellerie. (Cette rue qui datait du xin* siècle fut appeléeplus tard, et jusqu'en 1551, rue des Toilières ; c'était la me des marchands de toiles; on la nommait aussi me des Grands- Piliers-des-Halles. Le 13 brumaire anviii,par les soins de Lenohr, conservateur du musée Français, il fut placé, au-dessus de la troisième boutique, à gauche, sous les piliers des halles, en entrant
par la me SainIrHonoré, un marbre blanc avec cette inscription :
C'est dans cette maison
Qu'est né
En 1620
JkAN-BaPTISTK POQUBUIf DB MOLI^M.
Cette inscription fut replacée sur la maison n^S, reconstruite en 1830. La me fut démolie lors du percement de lame Rambuteau; enfin la rue de la Poterie-des-Halles(où se trouvaient alors deux jeux de paume ; cette rue ne fut achevée qu'en 1556, elle s'appelad'abord me des Deux-Jeux-de- Paume, pour rappeler l'emplacement sur lequel elle fut ouverte. Plus tard elle prit le nom de la Poterie, en raison des potiers qui vinrent s'y établir, elle existe toujours).
Il faut croire que ceux qui achetèrent tous les terrains sur lesquels ils devaient bâtir, firent construire d'élégantes habitations ; car les Halles nouvelles ayant été entourées d'une galerie couverte qu'on appela les Piliers, Sauvai admirait encore un siècle plus tard, un bas-relief que Pierre et François Lheureux avaient sculpté aux piliers, sous l'appui de la croiséed'une maison, et sur lequel ils avaient représenté des enfants dormant au son delà flûte, un autre bas-relief sculpté par Martin Le Pavre, me de la Poterie, un escalier de charpente construit dans une petite maison de la rue de la Grande-Priperie, « de telle sorte que les deux personnes qui sont logées dans cette maison et qui se servent de ce seul escalier, le montent et le descendent sans pouvoir jamais se rencontrer, se voir ni se parler.» Enfin, sur une maison du marché aux Poirées, se trouvait une petite sculpture en pierre représentant une truie qui file, fameuse par les folies auxquelles les garçons de boutique des environs, les apprentis, les servantes et les portefaix des halles se livraient devant elle, le jour de la mi-caréme, sans doute, par un reste de paganisme. Rien cependant de ce qui restait des vieilles halles de Henri H, lorsqu'on reconstruisit les nouvelles en 1851 ; — c'est-à-dire juste trois siècles plus tard, ne donnait une haute idée des bâtiments anciens. Ce n'était qu'un amas de maisons hautes, noires, encaissées les unes auprès des autres, sans air et sans soleil, et exhalant des miasmes dus à la malpropreté perpétuelle qui régnait dans l'intérieur et à l'extérieur des halles.
Les changements qui s'opérèrent sous Henri TL n'amenèrent ni ke déplacement du pilori, où on continua à déposer le corps des suppliciés en place de Grève, avant d'être transportés à Mont* faucon, ni la croix en pierre, au pied de laquelle les débiteurs insolvables venaient faire publiquement leur cession de biens et recevoir le bonnet vert àes mains du bourreau. Cet usage fut modi* fié à la fin du xvii' siècle; le bourreau ayant affermé sa charge pour cette prérogative à un porte-
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faix des halles, les nobles obtinrent d^ètre dispensés de se rendre en personne au pied de la croix et de demander acte par écrit de la cession de leurs biens; les pauvres seuls furent tenus de s'y rendre.
Le loyer des boutiques attenant au pilori était acquis au bourreau. Pilori et croix des insolvables disparurent en 1786. Ce fut sur remplacement de ces deux monuments que fut établie, en 1822, la iiaile au beurre et au poisson. En 1786, on voyait encore, rue Saint-Denis, le cimetière et le charnier des Innocents dont nous avons parlé.
L'insuffisance de l'emplacement affecté aux halles commençait déjà à cette époque à se faire sentir. Le 14 février 18U , un décret impérial, relatif aux embellissements de Paris, portait a Tarticle 36. « Il sera construit une grande halle qui occupera tout le terrain de la halle actuelle, depuis le marché des Innocents jusqu'à la halle aux farines » Le 19 mai de la même année, un second décret, daté de Rambouillet, confirma les dispositions du premier et régla, à l'article 2, que l'Ilot de maisons, situé entre les rues du Four et des Prouvaires, comprenant : rue desProuvaires, depuis le n® 21 jiisqu^au n« 43; et rue du Pour, depuis le no 20 jusqu'au n® 44, serait acquis dans l'année courante par la ville de Paris. Cette acquisition eut lieu, et sur l'emplacement de ces maisons, fut construit le marché des Prouvaires (la rue des Prouvaires s'appelait, au xiii* siècle, la rue des Provpires, c'est-à-dire des prêtres ; c'est par une corruption de langage, que du mot prouvoires est^venu celui des prouvaires) qui fut démoli et remplacé par un pavillon dépendant aujourd'hui des Halles centrales.
En 1842, un arrêt du préfet de la Seine nomma une commission pour rechercher le moyen de jnettre les halles d'approvisionnement en rapport avec les besoins de la capitale. La commission après avoir, pendant une année, étudié la question, conclut au maintien du statu-quo. En 1843^ le préfet de police transmit au préfet de la Seine un projet de reconstruction complète sur un plan comprenant huit corps de halles, de forme et de grandeur variées, séparés par des boulevards. M. Baltard, architecte de la ville, fut chargé d'examiner ce nouveau projet et de voir si son exécution était possible ; c'était une lourde responsabilité à endosser : une commission lui fut adjointe, avec mission de se rendre en Angleterre, en Belgique, en Hollande et en Prusse, pour faire une étude comparative sur les halles et marchés à l'étranger, et voir si on n'y trouverait pas quelque idée utileet pratique. La commission revint, en 1846, avec un ensemble d'observations recueilUes en Angleterre, qui avait fourni d'excellentes données sur les innovations à apporter dans l'exécution projetée. La ville adjoignit alors M. Galletà M. Baltard, et les plans définitifs furent dressés; mais, quelques modifications proposées ayant né ;
I cessité de nouveaux examens, le temps pasn, et, i lorsque la révolution dé 1848 éclata, tootjr^taQ suspens. En 1850, on éleva, à titre de spédmei, tm pavillon en pierres auquel ses formes lourdes et massives donnaient un peu, à Textérienr, Tai- .pect d'une forteresse ; il fut démoli.
Bientôt, d'autres architectes présenterait <fei plans nouveaux; une douzaine de projets farcit! soumis à l'appréciation des édiles répnblicaii»; ^ il fallut choisir, discuter ; bref, après avoir lonçK> i ment élaboré ce qu'il pouvait y avoir de bot dans les nouveaux projets, on en revint pnnment et simplement au premier, et, le 1 i Juin ifêl, une délibération du conseil municipal remit estre les mains des architectes Baltard et CaUetb direction des travaux qui furent mis en adjadication publique, et le 15 septembre de la méine aniiée, le président de la République posait solennellement la première pierre deswilles €eBtrales.
V Le premier pavillon, lisons-nous dans le Grml dictionnaire universel^ construit rapidement, éta | presque achevé, quand tout à coup on ordre supérieur suspendit les travaux. On avait troiiTé ce pavillon lourd et mal agencé. Deplos, nue lutte s'étabUt entre la ville et la préfeetnre de police. Les concurents de MM. Baltard et Gallet, évincés par la délibération de 1851, crurent le moment venu de reparaître, et revinrent à k ! charge. Mais MM. Baltard et Gallet ne furent pas i moins actifs. L'usage du fer et de la^fonte dan j le bâtiment était en train de faire une révolatiot; : les architectes s'entendirent, étudièrent on nœ- ; veau plan, et présentèrent à Napoléon in \em derniers projets qui furent adoptés » Les Hallâ ; Centrales ne devaient d'abord comprendre (pt , dix pavillons contenus : six dans l'un des corps ; de bâtiments, et quatre dans l'autre; mais ce ^ nombre fut ensuite porté à douze, partagés ea deux groupes égaux. Il n'y a encore jusquld qu'un seul de ces groupes qui soit entièrement terminé; l'autre comprend quatre pavillons; ksj deux derniers ne sont pas encore commencés, îli , devront relier la halle aux blés aux Halles Gestrales, et par conséquent s'élever sur remplacement de la rue Yauvilliers.
Les deux groupes sont séparés par un boulerwl de 30 mètres de largeur, qui forme le prolong^ ment de la rue du Pont-Neuf et aboutit à la pointe Saint-Ëustache. «Ge qui frappe tout d'abord, dît l'auteur de Paris illustré^ dans la vue d'ensemlife c'est l'emploi heureux et presque exclusif qn^on a fait du fer et de la fonte. Sauf les assises delacoastruction qui sont en pierre brune des Vosges dim mur léger d'environ deux mètres de hauteor ea briques de couleur, qui dessinent une série de losanges rouges sur fond jaune, élevé sur ks deuxfaces extrêmes du bâtiment, afin de préserner les marchands de l'action directe du vent, tout le reste, colon n es d'appui reliées par une large arcade,
Radio fut priTé de »
1 otBce, coadamné k faire unecde honorable, e d'audience... (Page 463, col. 1.)
la chambre du coDaeil, uD Jour
tympan des arcades, ferrures el charpentes de la toiture, est en métal. Mais, par ses habiles dispositions et par ses dimensions, l'édifice, sans perdre le caractère d'abri temporaire qui doit former le trait essentiel d'un marché couvert, ne manque pas de cette pbysionomie monumentalequî devait signaler en même temps le principal centre d'approTisJonnement de la oepitate.
u L'intËrieur de l'édifice, ajoute M. Adolphe Joanne, où la circulation de l'air est largement établie à une hauteur suffisante pour ne pas g£ner les marchands, est parfaitement éclairé par les vastes baies qu'offre l'ouverture supérieure des arcades, garnies de persiennea fixes en verre dépoli, afin d'empêcher lapluie en toutes saisons> la neige pendant l'hiver, le soleil, pendant l'été, de pénétrer au dedans. Pour augmenter la masse de clarté nécessaire à cet immense emplacement, on a pratiqué dans la toiture de chaque pavillon un grand lantemon, également muni de persiennes en verre dépoli; de cette façon, non seulement la lumière venue de haut peut s'étendre et jouer avec facilité dans les cintres, mais l'air Ut. 68.
peut aussi se renouveler plus aisément. Le côté donnant sur la rue Rambuteau et celui qui se trouve vis-à-vis l'ancienne halle au drap n'ont pas lamurailleenbriques que présentent les deujL autres faces. Chaque travée y est fermée 5eu< lement par une grille qui part du sol et monte jusqu'à la naissance des cintres ; les baies formées par ceux-ci sont ouvertes et simplement défendues par de grands stores en toile. »
Terminons en disant que non seulement les halles de Paris se sont complètement métamorphosées physiquement, mais aussi moralement, et que les poissardes, qui, pendant si longtemps, ont été des compières /bWes en gueule, ont tout à fait changé d'allures, etquedenosjours, les dames delahal/e peuvent rivaliser, pour latenueet le langage, avec les marchandes des divers magasins de Paris, Nous auTQns du reste l'occasion de le démontrer dans le cours de cette histoire, dont il est temps de reprendre la suite où nous l'avons laissée, c'est-à-dire en 1550, où nous voyons apparaître une nouveUe ordonnance concernant l'organisation du guet de la ville. Il parait que lee mar-
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chands et les artisans^ commis pour faire le guet [ assis ou la patrouille, trouvaient bon de rester chez eux au coin du feu et d*envoyer, à leur place, patauger dans les rues boueuses^ de pauvres diables mal armés et qui ne songeaient nullement à empêcher les désordres qui se commettaient nuitamment dansla bonne ville ; de plus, c'était à qui invoquerait des raisons plus ou moins bonnes pour avoir le prétexte d'être exempté du guet : les prfèvres, les barbiers, les apothicaires, les tanneurs, les cordonniers, les mégissiers et beaucoup d'autres prétendaient ne pas devoir y être soumis ; bref, ce malheureux guet bourgeois se désorganisait de plus en plus, et le roi, qui n'ignorait pas que toutes les ordonnances qu'il rendrait seraient paralysées par la mauvaise volonté des bourgeois qui criaient volontiers à l'injustice, si on négligeait de les incorporer dans la milice municipale, et qui s'empressaient, dès qu'ils en faisaient partie, de tout faire pour être dispensés du service, le roi, disons-nous, proposa sagement de laisser les bourgeois tranquilles et d'augmenter le guet royal de 10 hommes à cheval et de 80 à pied. L'augmentation portait le nombre total des hommes à 150, dont 75 feraient le guet assis, et le reste irait par la ville à la recherche des malfaiteurs et au secours de ceux qui étaient victimes d'attaques nocturnes. Le roi fournissait pour le service du guet 2050 livres; on demandait pour le nouveau 8483 livres 15 sous dont la ville devait entrer pour 6300 livres; le bureau de la ville, après avoir longuement réfléchi, repoussa la pro- . position^ se fondant sur ce motif que si les bourgeois ne faisaient pas leur devoir, le guet royal n'avait pas lieu de s'en plaindre, puisqu'ayant droit de contrôle sur le guet bourgeois, c'était à lui d'imposer des amendes aux délinquants; il prétendit en outre que la nouvelle proposition n'était faite que dans l'intérêt du chevalier du guet, et que sa mise à exécution pourait donner lieu à quelque émotion populaire.
Le roi se contenta de créer une charge de capitaine général des trois compagnies d'archers, arbalétriers et arquebusiers de la ville, pour les commander, sous l'autorité des prévôts de Paris et des marchands et des échevins. Le sieur de Beloy en fut pourvu ; mais, à rassemblée du conseil de ville, qui eut lieu le 13 décembre, les trois compagnies formèrent opposition à la création du nouveau capitaine général, et, le lendemain, supplièrent le roi de ne rien innover à l'usage ancien. L'affaire traîna en longueur, et les officiers opposants ayanlfini par sedésister, le capitaine général f u t reçu dans l'exercice d e sa charge le 8 avril 1 554.
En 1552, on était en pleine guerre avec les impériaux, et l'ennemi, ravageant la Picardie, Paris s'effraya. Le roi fut obligé, pour rassurer les Parisiens, de leur permettre de se fortifier à leurs frais, du côté des portes Saint-Denis et Saint-Martin. Il fut aussi arrêté qu'on ferait en même temps
une plate-forme, entre Tendroit où se trouvait précédemment la tour de Billy et le boulevard qui longeait la Seine^ au-dessus de l'ile Louviers. Ces travaux eurent bien l'agrément du roi, mais on manquait d'argent pour les exécuter — ce qui arrivait souvent en pareille circonstance — et on ne trouva d'autre moyen pour y remédier, que de décider que les membres du bureau de la ville et le procureur du roi iraient voir les principaux personnages, les chefs des communautés, Tévêque, les abbés des grandes abbayes, tandis que les échevins convoqueraient les trois cours, de façon à former une assemblée, pour s'entendre à reiîel de trouver les fonds dont on avait besoin.
Cette assemblée eut lieu le 4 février 1553, et le prévôt des marchands y exposa plusieurs propositions : la première était de taxer toutes les maisons de la ville à cent sous. On comptait à cette époque 12,000 maisons à Paris, ce qui donnerait une somme de 60,000 livres ; la seconde consistait a à s'emparer de l'argent des boues et des mendiants valides»; enfin, la troisième était d'imposer une capitation sur les particuliers, de frapper le sel, les draps ou toute autre marchandise d un impôt. Tous ces moyens étaient fort discutables; ils furent examinés les uns après les autres, et on s'ajourna au lendemain pour prendre une décision. Deux bourgeois de chaque quartier assistaient à cette nouvelle réunion, où on résolut de demander au roi l'autorisation de frapper un impôt sur le sel du grenier de Paris et un autre sur les draps de soie et de laine, et si cela ne suffisait pas, de demander le surplus aux propriétaires et locataires des maisons de la ville et des faubourgs qui se trouvaient enfermées dans les nouvelles fortifications.
Le roi défendit qu'on frappât d*imp6t aucune marchandise et ordonna qu'on s'en tînt à taxer les maisons, sans aucune exemption pour pert^onne, à l'exception des quatre ordres mendiants, du couvent de l'Ave-Maria, de l'Hôtel Dieu, des Filles pénitentes, des Enfants rouges et de la Trinité; lui-même s'engagea à payer la taxe qui serait fixée. Nouvelle délibération dans laquelle on convint de remontrer au roi que le mo^'en indique par lui n'était pas le bon, mais que néanmoins, s'il continuait à le vouloir on lui obéirait, ce qu'on fit, Henri II ayant persisté dans son avis. On procéda donc au plus vite à la confection des rôles; la taxe donna 60,000 livres, et le bureau de la ville supplia le roi de vouloir bien se contenter de cette somme pour l'année coiu*ante.
Le recouvrement ne s'en fit pas sans difficulté. et les quarteniers de la ville, les échevins, les commissaires députés par le roi, lesreligieux non exemptés, et les imposés se démenèrent, à qui mieux mieux sans parvenir à s'entendre et des quantités d'ordonnances, de lettres, de délibération? et d'arrêts, prolongèrent la question tant et si bien que les fortifications marchèrent très lentement
et elles n'eussent guère servi à la défense de Paris si Tennenii Tavait assiégé. En 1554, les maisons furent de nouveau taxées à 24 livres, avec contrainte de payer dans la huitaine, sous peine de vente des meubles les garnissant; collèges, couvents, enclos du temple, tout fut taxé pour fournir 80,000 livres, et cette fois, ce fut un particulier qui fut chargé de la perception, moyennant un honoraire de 3,000 livres par an.
Pendant que tout ceci se passait, l'empereur avait levé le siège de Metz et le roi Henri II voulut rendre grâces à Dieu de cet événement, en faisant faire une procession générale de la Sainte Chapelle à Notre-Dame; il y assista le dimanche 8 janvier i553. Il portait le grand collier de l'ordre de Saint-Michel et tenait à la main par la poignée couverte de velours, un cierge de cire blanche. Dans cette procession, la grande croix de victoire de la Sainte Chapelle, était portée sous un dais, et la couronne d'épines sous un autre. L'archevêque de Vienne y assista avec les évêques de Clermont, de Chartres, de Troyes, etc. , les ambassadeurs du pape, du roi d'Angleterre, de Venise, de Perrare et de Mantoue; les cardinaux en chapes, les chevaliers de l'ordre de Saint-Michel avec leur nouveau costume que Henri II avait réglé en 1548, c*est-à dire le manteau en toile d'argent, brodé à l'entour de la devise savoir : trois croissants d'argent entrelacés de trophées, de langues et de flammes de feu, avec le chapeau de velours cramoisi couvert de la même broderie.
« Comme la procession passoit par la grande rue, la reine et Madame Marguerite de France qui estoient à une fenestrepourla voir, descendirent au moment que le roy parut et se mirent à la suite de la reine menée par le connétable de Montmorency et Madame Marguerite par le duc de Montpensier. L'Université ne se trouva point à cette cérémonie. L'évesque de Paris célébra la grande messe, après quoi le roy alla disner au palais épiscopal. »
Jamais roi de France n'avait abusé autant des processions que Henri II ; tous les événements heureux ou malheureux étaient pour lui prétexte à processionner.
Il était plus religieux que le pape lui-même; car, le pape Jules III ayant envoyé à Paris une bulle par laquelle il permettait aux Parisiens de manger du beurre, du fromage et des œufs pendant le prochain carême, il regarda cette permission comme un relâchement scandaleux, et le garde des sceaux ordonna au lieutenant criminel de faire crier et publier, par les carrefours, défense à tous libraires et imprimeurs de vendre cette bulle, ce qui fut exécuté le 7 février, et on ne s'en tînt pas là, puisque la bulle fut ensuite brûlée, à la requête des gens du roi, par ordre de Henri II et du parlement.
Rabelais mourut à Paris le 9 avril suivant; il
habitait une maison de la rue des Jardins-Saint Paul ; il fut enterré dans le cimetière de la paroisse Saint-Paul, laissant une réputation littéraire que la postérité a justement consacrée. Sa mort donna lieu à bien des versions contradictoires ; l'une d'elles raconte que peu de temps avant ses derniers moments, il reçut la visite d'un page du cardinal de Châtillon qui l'envoyait s'informer de ses nouvelles.
— Dis à Monseigneur, aurait-il répondu, en quelle galante humeur tu me vois. Je vais quérir un grand peut-être. Il est au nid de la pie : dislui qu'il s'y tienne, et pour toi, tu ne seras jamais qu'un fou.
Puis il rendit l'âme dans un grand éclat de rire accompagné de ces paroles :
— Tirez le rideau, la farce est jouée 1 Suivant d'autres témoignages, et particulièrement celui de Colletet, Rabelais serait mort avec plus de gravité et dans des sentiments chrétiens. Il est difficile de préciser le fait.
Dans cette même année 1553, un jeune homme qui avait été novice au couvent des bernardins, et qui avait le cerveau un peu troublé par l'examen des questions religieuses qui occupaient alors si fortement les esprits, était impatient de savoir s'il était vrai ou non que l'âme fut immortelle. Pour s'en assurer, il ne trouva rien de mieux que de se suicider, en se jetant dans un puits; on l'en retira malgré lui, mais son bain n'avait pas ramené le calme dans ses idées ; car, dans un moment d'exaltation, il se rendit à Sainte- Geneviève et arracha l'hostie des mains d'un prêtre qui célébrait la messe, et la mit en pièces. Arrêté sur-le-champ, il eut le poing coupé, puis on le pendit et on le brûla ensuite. On peut donc, avancer que ceux qui l'avaient tiré du puits lui avaient rendu un fort mauvais service.
Encore une fois, une maladie épidémique que les historiens du temps nomment toujours la peste, affligea Paris ; le parlement, par arrêt du 29 août 1553, ordonna que le prévôt des marchands et les échevins paieraient quatre médecins et six barbiers pour avoir soin des pestiférés. On s'étonnera sans doute de voir des barbiers chargés de guérir des malades; mais, dès le moyen âge, les barbiers s'étaient arrogés le droit de manier la lancette et le bistouri, les docteurs en médecine considérant alors la saignée comme une opération indigne d'eux, et dont les barbiers, sous le nom de fraters, pouvaient se charger. Tout en rasant les barbes et en coupant les cheveux, ceux-ci se faisaient volontiers appeler «mires», ce qui veut aussi bien dire médecin que chirurgien. (Le mire du roi était le chef de la communauté; c'était unefonction fort recherchée, les rapports journaliers du mire avec le roi lui donnant la facilité de demander une foule de faveurs). Au xvi* siècle, les barbiers avaient définitivement pris le titre de chirurgiens-barbiers,
mais une ordonnance du prévôt de Paris, rendue sous Henri III, et confirmée par le parlement, les condamna à remplacer ce titre par celui de maîtres-barbiers-chirurgiens, et à prendre, pour enseigne^ des bassins blancs, au lieu de bassins jaunes qu'ils avaient adoptés, et qui furent exclusivement réservés aux chirurgiens. Donc, Tarrèt du 29 août 1553, institua quatre médecins et six barbiers pour le service des pestiférés, et, afin qu'on pût s'adresser facilement à eux, il fut arrêté que leurs noms, prénoms et demeures seraient publiés et affichés aux carrefours et autres lieux publics.
Les habitants du pont Saint-Michel se plaignirent, peu de temps après, que les sergents venaient vendre au bout de ce pont des meubles qui avaient servi à des gens morts de la peste, et que le mauvais air qui s'échappait de ces meubles avait communiqué la contagion à trois maisons voisines. Un arrêt du 21 septembre, régla que, dorénavant, ces ventés auraient lieu devant les maisons d'où provenaient les meubles, et rappela l'obligation pour tous de marquer d'une croix toute habitation infectée de contagion par le séjour de pestiférés.
Depuis quelque temps, une sourde agitation régnait dans Paris ; un matin on trouva sur l'une des portes du cimetière des Innocents et au Chàtelet, des placards séditieux ; le parlement en envoya copie, le 26 septembre, à la reine qui se trouvait à Saint-Germain, avec un projet concernant les mesures à prendre^ pour réprimer toute tentative de désordre ; il s'agissait de faire crier, à son de trompe, que ceux qui étaient les auteurs des placards ou qui les avaient affichés, se révélassent sous peine de la hart, d'offrir 200 écus à quiconque les ferait découvrir, de publier de sévères défenses contre quiconque s'assemblerait en armes, d'exiger des habitants de Paris qu'ils missent des chandelles allumées et des lanternes aux fenêtres des maisons, de doubler le guet et de le faire marcher toute la nuit, de garder les portes du côté de rabbaye de Saint- Germain et de planter sur les murailles de cette abbaye quelques pièces de canon pour mitrailler toutes les assemblées séditieuses qui se tiendraient au Pré-aux-Clercs, d'ordonner aux archers et aux arbalétriers de la ville de se tenir prêts à marcher toutes les nuits pour accourir là où le danger rendrait leur présence nécessaire. Enfin, de défendre aux bateliers de passer personne sur la Seine, après six heures du soir. Le conseil du roi accepta ce projet, à l'exception, toutefois, de l'artillerie à placer sur les murs de l'abbaye, ce qui fut considéré comme inutile.
Devant l'exécution de ces mesures préventives, on n'eut aucun trouble à signaler, et les conseillers du roi purent se livrer de nouveau à la recherche des moyens propres à faire rentrer dans ses caisses l'argent qui s'en échappait si facile-
ment pour les besoins de la guerre, et ils imaginèrent d'ordonner à tous les habitants de Paris d'envoyer à la Chambre du Conseil la déelaratioD de ce qu'ils possédaient en vaisselle et autres objets d'argent ou de vermeil; on se conformai cette ordonnance, et l'estimation totale s'éleva à environ 350,000 livres; le roi proposa de s'emparer de toute cette argenterie et de la convertir en monnaie, à la condition de payer la renie à chacun, selon le montant du produit de ceqni lui appartenait.
Ce moyen facile de forcer les gens à se dessaisir de ce qu'ils possédaient fut mis en pratique. On nomma une commission composée de : Jean Luillier, président des comptes, de J. J. de Mesmes, maître des requêtes, de Jean Grollier, trésorier de France et général des finances, de Claude Marcel et Pierre Othenin, orfèvres, pour faire la prisée des apports de chacun ; et l'argenterie des Parisiens s'en alla à la Monnaie, au grand chagrin de quelques-uns qui se voyaient brutaI^ ment ravir soit des pièces d'argenterie qui lepr venaient de leur famille, soit des objets dont la valeur artistique centuplait celle de la matière. Mais chacun aimait mieux encore dissimuler sa peine que de tenter de se soustraire à l'obligation imposée, ce qui eût fait considélrer les réfractaires comme de mauvais citoyens, et il n'était pas prudent, par ces temps de délation et d'intolérance, de faire acte de désobéissance aux ordres du roi. Il n'en eut pas fallu davantage pour être suspecté d'hérésie et envoyé au bûcher.
Il y eut cependant un édit dont on observa peu les prescriptions : ce fut celui qui défendait de bâtir dans les faubourgs ; les agents de l'autorité fermaient volontiers les yeux lorsqu'on avait soin de leur faire un présent, et ce fut de la sorte que nombre de gens furent autorisés, sous prétexte de restaurer des bicoques, à élever à leur place des maisons nouvelles qui ne le cédaient en rien sous le rapport de l'importance avec celles qu'on bâtissait dans l'intérieur de Paris; l'édit défendait aussi d'embarrasser la circulation dans les rues de la capitale par des constructions en saillies; cela n'empêcha pas que des échoppes et des boutiques, de misérable apparence, ne fussent élevées, çà et là, particulièrement dans la rue de la Ferronnerie, qui était alors la rue la plus fréquentée de Paris. Par lettres du 14 mai 1554, le roi ordonna qu'elles fussent toutes démolies aux dépens de ceux qui les avaient fait construire. On en jeta bas quelquesunes, mais il s'éleva tant de réclamations de la part de ceux qui les habitaient, qu'on finit par ne plus s'en occuper, et que les choses restèrent à peu près en l'état.
L'exécution de l'ordonnance fut d'autant plus difficile^ que ces échoppes avaient été construites par autorisation de Louis XIj qui l'avait concédée aux marguilliers des SS, Innocents, et les inté-
Porte de llkAtel Soubiae, nie du Chanme,
' ressés ne manquèrent pas de faire valoir leurs droits; quoi qu'il en soit, lame demeura obstruée, et il fallut qu'un des embarras de voitures qui se produisaient sans cesse dans cette rue, servit les desseins de l'assassin d'Henri IV, pour que l'on se décidât & élargir la rue de la Ferronnerie (qui, avant saint Louis, se nommait rue de la Charronnerie, et qui changea de nom, lorsque saint Louis permit k de pauvres ferrons ou marchands de fer d'occuper les places qui régnaient le long des charniers).
Nous avons encore à citer deux arrêts importants rendus en 1SS6 contre les écoliers de l'Université. « Cette jeunesse, difficile d'ailleurs k contenir, dit un historien du niècle dernier, était quelquefois comme autorisée par ses propres régents et modérateurs, à commettre des excès qui la rendaient odieuse.
Le landit surtout était un temps où tout lui semblait permis. On voyait une multitude d'écoliers équipés d'une manière indécente, courir les champs et les villages le jour et la nuit, en armes et au bruit des tambours, conduits par leurs propres régents. » Le parlement fit donc dérense,le 14 juin, aux principaux et régents des collèges de les conduire au landit pour y faire tapage et de les y laisser aller, sous peine de prison, et en outre d'Être personnellement responsables des méfaits qu'ils ypourraienl commettre. Tout régent ou principal qui aurait connaissance de l'intention manifestée par des écoliers de se rendre au landit, était tenu d'en avertir fa justice, afin qu'elle pût sévir.
L'arrêt du 14 août était plus radical; il faisait défense , sous peine de la hart, à tous écoliers de porter des épées, « bâtons longs, pistolets à feu ou
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
autres armes et chemises de mailles. Enjoint au lieutenant criminel et aux commissaires de visiter chaque semaine les maisons où logent les écoliers et d'informer contre ceux qui portent des armes et de décréter contre les principaux et les autres qui leur donnent retraite. Ordonné à ôeux-ci de se saisir de leurs armes et de ne les leur rendre que quand ils quitteront la ville pour s'en retourner chez eux. Défendu à tous écoliers de porter des chapeaux bas, des ceintures et des chausses de couleur et déchiquetées, à peine d'être déclarés déchus de leurs privilèges. Et afm que les principaux et régents de l'Université soient connus et respectés, ils porteront en tout temps, au dedans comme au dehors, des robes longues, sans manches coupées, et leurs chaperons sur l'épaule. Défendu aux escrimeurs et maîtres en fait d'armes (professeurs d'escrime) de se tenir aux faubourgs, où les écoliers allaient prendre des leçons d'eux à la dérobée, et ordonné que ces sortes de maîtres se retireront dans la ville et s'établiront en lieux connus, où les écoliers n'oseront se glisser. Défense à tous cabaretiers de la ville et des faubourgs, de recevoir chez eux aucune personne de la ville passé 7 heures du soir, depuis la Saint-Remy jusqu'à Pâques, et passé 8 heures depuis Pâques jusqu'à la Saint- Remy. Défense pareillement à tous garçons chirurgiens de demeurer ailleurs que chez les maîtres, parceque les écoliers querelleurs blessés dans leurs courses de nuit, allaient se faire panser chez des garçons en ces lieux écartés ; défense pareillement à tous ces garçons de mettre le premier ou second appareil sans y appeler les maîtres du voisinage qui en feront leur rapport aux commissaires et à la police. Ordre aux femmes publiques et à celles qui font métier de les produire de vider incessamment la ville et les faubourgs, à peine du fouet et de la prison. »
On voit par ce luxe de précautions, combien l'autorité tenait à mettre les écoliers dans l'impossibilité de continuer leur vie d'aventures ; ce n'est pas tout : les commissaires du Ghâtelet furent chargés de faire de fréquentes visites, soir et matin, dans les lieux ordinairement fréquentés par les écoliers, d'en faire rapport tous les jeudis à la police, et afin de leur prêter main-forte, le prévôt des marchands, les échevins et le chevalier du guet furent tenus de leur fournir le nombre dont ils auraient besoin, de sergents, d'archers, d'arbalétriers et d'arquebusiers — C'était une véritable déclaration de guerre dirigée contre les écoliers, mais elle ne fit que les irriter et nous trouvons dans les registres du parlement la plainte suivante qui fut portée contre eux le 10 septembre.
« Cejour a esté faict plainte à la Cour, des excès qui se font ordinairement en assemblées de brigueurs vagabonds et gens débauchés en l'Université de Paris, mesme, de ceux qui ont
esté faicts depuis dix ou douze jours, car se som assemblés jusques au nombre de dix on douze. cens et aller jetter es vignes prochaines de celle ville de Paris, esquelles ils ont faict merveilleux dégasts, au moyen de quoy y en a eu de tuez. Sy l'on envoyé en l'Université des sergens pour faire quelques exploits, sont les sergens injuriez et blessez, de manière que nul n'ose y aller. Ces maux procèdent, ainsy que l'on dict, de ce que les fauxhourgs de cette ville y a un tas d'escrimeurs chez lesquels les dicts escolliers vont apprendre Tescrimerie; deindé aux dicts fauxhourgs il y a plusieurs jeus dressés, conmiede paulme et autres, plusieurs tavernes et bourdeaux, où les escolliers et autres se débauchent. Sont ces jeus de paulmes, tavernes et semblables lieux tenus et
occuppés par la plus part des p et paillardes
et par gens d'église tellement que, au lieu appelé les Champs-d'Albiac, il y a une rue nommée la rue aux Prêtres. En ces lieux suspects dient les commissaires du Ghâtelet qu'ils n'osent aller, pour le dangîer de leurs personnes et des sergens qu'ils pourroient mener. Quelques uns des dicts commissaires ont dressé quelques articles qui leur a semblé pouvoir prouffiter pour ester tous les inconvénients et dangers. Et a esté suppliée la Court les veoir et sur iceux pourveoir ainsi qu'elle verra estre à faire pour le mieux. »
Les écoliers se souciaient peu des mesura prises contre eux ; au mois de décembre de nouvelles plaintes arrivèrent encore à la Cour contre les désordres de tout genre qui se commettaient au Champ-Gaillard et au Champ-d'Albiac, « volleries, forces, (viols), violences, larcins et autres meschancetés » après avoir constaté que les locataires des maisons bâties là les avaient presque toutes converties en maisons de débauche on avertit la Cour que depuis un an seulement dixhuit ou vingt jeunes hommes « escoliers d'honnêtes familles ont été gâtés de ceilaine maladie (dont le nom figure tout au long) pour avoir hanté les dicts lieux, chose qui est fort pitoyable et requiert (mérite) bien qu'on y pourvoie » ; sur ce, nouveaux arrêts édictant des peines contre les contrevenants, mais tout cela ne remédiait pas à grand' chose ; d'un côté les écoliers, de Tautre, les truands, les voleurs de toute espèce continuaient à faire des rues de Paris, le soir, de véritables repaires de malfaiteurs.
Dans la nuit du 8 au 9 septembre, des hérétiques probablement, s'étant rendus dans le cimetière de Saint -Nicolas -des -Champs, brisèrent une statue de la Vierge qui se trouvait devant l'hôtel de Châlons et donnèrent des coups de poignard à une Notre-Dame de Pitié qui était auprès ; ils commirent en outre d'autres impiétés et l'évêque de Paris, Eustache de Bellay (sacré évêcpie le 15 novembre 1551), se plaignit au Parlement en demandant une répression exemplaire, mais comme jos gens qui s'étaient rendus coupables de ces
mutilations n'avaient pu être arrêtés, le Parlement dut se contenter d'ordonner une procession 'à laquelle la Cour assisterait en robes rouges et en chaperons à bourrelets et le remplacement des statues brisées par d'autres qu'on placerait si haut, que personne ne pût les atteindre. Le 13 septembre, la procession suivie du Parlement, alla d'abord au cimetière de Saint-Nicolas où Tévêque plaça une image de la sainte Vierge, de là elle se rendit à Saint-Martin-des- Champs, où Tévêque officia.
Bien qu'en 1554, l'épidémie qui s'était déclarée l'année précédente, fut tout à fait en voie de décroissance, il mourait encore plus de gens qu'en temps ordinaire et un arrêt du conseil avait ordonné qu'on enterrerait les morts de l'Hôtel- Dieu dans l'île Maquerelle (ancienne île de Grenelle), mais la Ville s'y opposa, en faisant observer qu'il était à craindre que les gens chargés de l'inhumation des corps, pour s'épargner la peine de creuser des fosses dans l'île, se contentassent de jeter les cadavres dans la rivière, ce qtd l'empesterait.
L'observation parut fondée puisqu'on abandonna le projet de transformer l'île Maquerelle en cimetière des pauvres.
Un procès scandaleux fit grand bruit à Paris, en Tan de grâce 1554. Le 20 septembre, le conseil privé du roi eut à juger Louis Vaschot, premier président en la cour des monnaies; Jacques Pinatol, notaire et secrétaire du roi, général de la cour des monnaies « naguères prisonnier es prisons de la tour quarrée du palais à Paris, absent et évadé » ; Chantier, général des monnaies ; Alexandre de la Lorette, second président; Guy de Bidan ; Alexandre Faucon ; Simon Radin, généraux de la même cour ; Antoine du Rien, maître particulier de la monnaie de Villefranche en Rouergue ; Pierre Coulon, dit le vieux marchand ; Jean Prévost, clerc de Pinatol, tous accusés des crimes de fausse monnaie, abus, malversations, faussetés, larcins, concussions, péculats, etc.
Le conseil rendit un arrêt qui condamnait Vaschot, Chantier et Pinatol, contumax, à être pendus et étranglés et le corps dudit Pinatol brûlé en la cour du palais devant la chambre des généraux des monnaies, à 117,000 livres d'amende et confiscation du reste de leurs biens ensemble, au profit du roi.
Radin fut privé de son office, condamné à faire amende honorable, tète nue, tenant une torche ardente du poids de deux livres en ses mains, en la salle du conseil, un jour d'audience, par devant ses anciens collègues les généraux des monnaies, et en criant : Merci à Dieu, au roi et à la justice; il fut en outre condamné à 4,000 livres (Vamende, au bannissement perpétuel et à la confiscation de ses biens. Rien fut condamné à être pendu et étranglé à une potence, puis son corps brûlé sur la place Saint-Jean-de-Grève;
Coulon a faire amende honorable, la corde au cou et ensuite à être envoyé aux galères à perpétuité, tous deux avec confiscation des biens. La Lorette et le Prévost furent acquittés. Quant à Guy de Bidan et Faucon, avant de statuer sur leur compte, le conseil ordonna qu'ils seraient mis et appliqués à la question.
Quelques-uns des condamnés subirent leur peine, d'autres purent s'évader; l'un d'eux, Pinatol, obtint en mars 1557, des lettres de rémission et d'abolition, il pouvait se croire sauvé, mais un second arrêt du conseil privé du roi, du 19 décembre 1559, sans avoir égard auxdites lettres d'abolition et de rémission, ordonna que l'arrêt du 20 septembre 1554 serait exécuté et condamna de nouveau Pinatol à être pendu et étranglé jusqu'à ce que mort s'en suivit, son corps brûlé et ses hier s confisqués au profit du roi. Ce qui eut lieu.
Lorsque les cadavres des suppliciés n'étaient pas brûlés, on les transportait à Montfaucon ; un chirurgien nommé Richard Hubert, présenta au roi une requête pour être autorisé à se faire délivrer, par le bourreau, les corps des suppliciés et ceux des morts à l'Hôtel-Dieu, afin de s'en servir pour faire des démonstrations anatomiques publiques. Le roi lui accorda cette permission par ses lettres du 24 août 1555 et le parlement, auquel il les présenta le 4 septembre, promit de lui abandonner les corps de ceux que la cour condamnerait à mort et le renvoya pour le surplus, se pourvoir auprès du prévôt de Paris et de ses lieutenants.
L'année 1555 ne présenta aucun événement saillant à Paris ; on se battit en France pendant toute cette année contre les impériaux et nous ne trouvons à mentionner que des lettres patentes du roi datées de mars et enregistrées au parlement le 25 mai, qui accordèrent aux religieux mathurins, l'autorisation de construire deux étaux de boucherie dans la rue portant leur nom et dans une maison qui leur appartenait et qui avait pour enseigne au Grand- Cornet, Ces étaux devaient être tenus par des maîtres bouchers jurés et les religieux s'engagèrent à payer à la recette du roi soixante sous parisis chaque année pour chacun d'eux. (On sait que personne ne pouvait établir dans la ville et ses faubourgs, de nouvelles boucheries sans lettres patentes du roi.)
Cependant ce fut en 1555 que Nicolas Durand de Villegagnon, amiral de Bretagne, sollicita du roi la permission d'aller fonder une colonie en Amérique et reçut à cet efl'et une subvention de Coligny.
Son voyage fut publié à Paris, à son de trompe, par les carrefours, « affin que s'il y avoit gens desbauchez ou esclaves fugitifs de leur pays, ou aultres qui eussent volonté d'aller veoir la mer et le pays, qu'ils allassent enroUer au logis dudit seigneur dedans Paris. Aulcuns curieux de veoir
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y allèrent; mais non en si grand nombre que le dict seigneur eust bien voulu. »
Yillëgagnon obtint du roi la permission de prendre des gens dans les prisons de Paris, prêtres,, moines, maçons, charpentiers, menuisiers, barbiers, laboureurs, vignerons, tanneurs, cordonniers, cardeùrs, drapiers, bonnetiers, chapeliers, etc.
Il emporta des ornements d'église pour dire la messe, avec des livres de toutes sciences, des outils et des graines pour ensemencer.
Une trêve conclue pour cinq ans avec les ennemis de la France semblait devoir procurer à Paris une reprise de travail et de commerce dont ses habitants avaient grandement besoin, mais cette trêve ne fut qu'un éclair. Elle avait été publiée à Paris en mars ; en juillet, elle fut rompue par le fait de Henri II, qui crut devoir soutenir les intérêts du pape Paul IV contre Philippe II, ce qui lui attira de nouveau TAngleterre sur les bras. La France, épuisée par tant de guerres, ne soupirait qu'après la paix, et, pour implorer le ciel afin de ToËtenir, les Parisiens descendirent la châsse de Sainte-Geneviève et la portèrent solennellement à Notre-Dame.. Dans cette procession générale, les abbés de Sainte-Geneviève et de Saint-Magloire marchèrent la mitre en tête et leur crosse portée devant eux. Le parlement suivait avec le prévôt des marchands, les échevins et les autres officiers de la ville.
Ce fut vers la même époque que François de Lorraine., duc de Guise, dit le Balafré, fit présent (le 7 octobre 1556) à son frère le cardinal de Lorraine, de rhôtel Glisson. Cet hôtel était situé sur l'emplacement de l'ancien grand chantier du Temple, et avait été bâti par le connétable Olivier de Glisson, après que les Parisiens lui eurent donné le grand chantier et l'épaisse construction qui s'y trouvait, en dédommagement de l'attentat dont il avait failli être victime, de la part du sire de Graon.
Après sa mort, l'hôtel fut possédé par le comte de Penthièvre. Les Anglais, ayant confisqué ses biens, louèrent son hôtel moyemiant dix livres parisis; en 1552, il passa aux mains de la famille Babou de la Bourdaisière ; son chef, par contrat du 15 juin 1553, le vendit moyennant 16,000 livres à Anne d'Est, épouse de François de Lorraine, qui en fit don, nous venons de le dire, à son frère le cardinal; mais celui-ci ne le conserva pas, car il le céda le 4 novembre suivant à Henri de îiorraine, prince de Joinville, son neveu. G'était une propriété bien modeste pour un Guise. Or^ du côté de la rue de Paradis, s'élevait l'hôtel des rois de Navarre de la maison d'Évreux. Cet hôtel avait appartenu au comte d'Armagnac, et était passé ensuite au comte de Laval, qui le vendit, en 1545, au conseiller Brisson, puis au cardinal Charles de Lorraine; celui-ci en fit cession à •on frère Françoisi le 11 juin 1566. L'année sui-
vante, le cardinal acquit de Louis de Doulcetk moitié d'une maison côtoyant l'hôtel Glisson; en
1561, il acheta l'autre moitié. D'autre part, Fran-
çois de Lorraine acheta, le 15 juin 1560, Thêtel de la Roche7Guypn qui appartenait à Louis de Rohan, comte de Montbazon (rue .YieiJle-da- Temple, en face de la rue Barbette). Cette propriété communiquait à celles des. autres princes de la maison de Lorraine, de façon qu'elles occih paient un quadrilatère irrégulier entre la rue des Quatre-Fils/la rue dû Ghaume (rue des Archives), la rue de Paradis (rue des Francs-Bourgeois), et l'emplacement de l'hôtel de BLohan, rue Yieilledu-Temple, aujourd'hui occupé par l'Imprimerie nationale. Les princes lorrains, ayant réuni tous ces bâtiments à la propriété de Louis de Doulcet, en formèrent une vaste, habitation qu'on appela rhôtel de Guise. Le principal corps de logis ipii s'étend de la rue des Archives au jardin et dont la façade donnait sur un passage, conduisant de cette rue à la rue Yieille-du-Temple, fut construit sur les dessins de l'architecte Lemaire. La porte d'entrée se présentait en pan coupé sur l'angle de la rue des Archives et de ce passage. (G'est la porte flanquée de tourelles qu'on voit encore aujourd'hui.) Derrière la porte, entre les tourelles, se trouvait la chapelle,, ornée de peintures à fresque, dues à Nicolo Abbate, peintre florentin. Les Guise firent aussi construire la rampe en fer et l'escalier par lèçjuel on montait dans les appartements donnant sur la rue des Archives; les bâtiments qui forment l'angle de cette rue et celle des Quatre-Fils, sont aussi dus aux princes lorrains.
En 1697, François de Rohan, prince de Soubise, acheta cette propriété aux héritiers de la duchesse de Guise.
Ge fut alors qu'il prit le nom d*hôtel Soubise qu'il a conservé depuis.
François de Rohan abandonnant l'ancienne façade, comme trop mesquine, ouvrit sur la rue Paradis (des Francs-Bourgeois), la magnifique porte qu'on admire. On retourna l'ancienne dans l'alignement de la rue des Archives, en face de lame de Braque et l'ancien passage dont le prince ne put, malgré son crédit, obtenir la suppression (il ne fut fermé qu'à la Révolution, il portait le nom de passage Soubise). La nouvelle porte fut décorée au dedans et au dehors de deux groupes de colonnes accouplées à Tintérieur, composites et corinthiennes à l'extérieur, formant de chaque côté avant-corps avec couronnements en ressanl sur lesquels furent posées la statue d'Hercule, par Goustou, et une de Pallas, par Bourdb. La façade de l'ancien bâtiment fut décorée au rez-dechaussée de 16 colonnes d'ordre composite aeconplées, dont 8 présentent au milieu un avantcorps surmonté d'un second ordre de colonnes corinthiennes que couronne un fronton. Les hait colonnes du rez-de-chaussée supportent quatre
Les loth^iâns mirent l'épée à la k
statues qui représentent les Quatre-Saison» ; elles sont dues au ciseau de Robert le Lorrain.
Au mUieu de l'attique se voyait, peu de temps avant la Révolution, les armes en sfdllie des Soubise ; et çà et là, sur les côtés, des trophées d'armes de distance en distance.
L'hôtel proprement dit s'élève au fond d'une cour immense (62 mètres de longueur sur 40 de largeur), affectant la forme elliptique dans l'extrémité qui fait face au bâtiment. Cette cour est entourée d'une galerie de S6 colonnes d'ordre composite accouplées, et d'un pareil nombre de pilastres correspondant aux colonnes. Sur cette galerie couverte en terrasse règne un pourtour. Le vestibule et l'escalier, d'un ensemble grandiose, furent décorés de peinturas de Brunetty. Uv. 69.
On y distingue encore une salle d'assemblée ornée de tableaux de Restout, et difTérentes pièces décorées par Boucher, Van Loo, Trémollière et Natoîre. Des boiseries finement sculptées se remarquaient dans les principales pièces ; l'architecte Lamer dirigea les travaux, de 1706 à 1735, et Germain Boffrand, qui lui succéda, les termina en 1740.
Après 1789, l'hôtel Soubise devint propriété nationale ; en 1808 on décida que les archives de France seraient transférées dans cet hfttel que l'État venait d'acquérir.
De 1838 à 1856, on ajouta aux bâtiments, du
côté de l'Imprimerie nationale et de la rue des
Quatre-Pils, des constructions nouvelles, d'un style
différent et on ne craignit pas de défigurer une
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DBS PARISIENS
partie de l'ancien hôtel pour la mettre d'accord avec les constructions récentes et de mauvais goût.
Les grands salons du premier étage ont été remis à neuf dans les dernières années du second Empire lorsqu'on y installa le musée paléographique et sigillographiquedont nous parlerons ultérieurement. Mais les constructions du xvi* siècle étaient dans un tel état de délabrement, qu'on avait dû les étayer de toutes parts, et on se vit dans la nécessité de les démolir; et l'administration résolut d'édifier le long de la rue des Archives, des galeries devant se prolonger jusqu'à la porte Glisson.
Cette entreprise fut commencée en 4876 et sera terminée en 1880. Au reste les démolitions qui ont été faites pendant l'hiver de 1878-1879 pour rétablissement des annexes du mont-depiété ont eu pour résultat le dégagement de la façade du palais des archives.
Le 6 septembre 1756, des voleurs entrés de nuit dans le cloître de Saint-Germain-des-Prés, parles fenêtres de la chapelle de Sainte-Marguerite, dérobèrent la ceinture de la sainte, vingt-quatre livres d'argent et una clef dite de saint Germain enrichie de pierreries.
Ils cachèrent cette fameuse clef dans un tas de fumier, où elle fut trouvée le lendemain par un particulier qui la rapporta à l'abbaye.
Quanta la ceinture de sainte Marguerite, on ne la retrouva pas; mais les moines ingénieux en montrèrent une autre aux visiteurs en affirmant que c'était un «fragment de la première qui était à part. »
Le 11 mars ]557, mourut à Paris le cardinal de Bourbon, fils du comte de Vendôme et de Marie de Luxembourg ; et le roi, par lettres données àÉcouen le 14, ordonna que ses obsèques eussent lieu avec toute la pompe que comportait le rang élevé du défunt. L« parlement, les autres cours, et l'hôtel de ville, se rendirent à cet effet le 21 à l'hôtel de Bourbon (près du Louvre), où se fit la levée du corps, qui devait être porté d'abord à Saint-Germain-l'Auxerrois avant que d'être conduit hors Paris. Mais comme les princes de la maison de France étaient venus à cheval à la cérémonie, dans l'intention de poursuivre ainsi leur route, le corps fut directement porté à Saint- Lazare, pour de là être dirigé le lendemain savoir : le cœur et les entrailles à Saint-Denis et le reste à Laon. Les gens du parlement et des autres corps étaient aussi à cheval, mais les 100 arquebusiers de la ville, ainsi que les 120 archers et les 60 arbalétriers, étaient à pied, et iJs s'en plaignirent fort, le convoi ayant lieu par une pluie persistante qui avait détrempé les chemins et rendu les rues si boueuses que c'était à peine si on y pouvait marcher. Gène fut pas la seule protestation qui se produisit, il y eut une altercation très vive entre les membres du parlement et
ceux de la cour des comptes. Les premiers, rendus probablement de méchante humeur par le mauvais temps, ne voulaient pas que les gens de la cour des comptes marchassent à leur gauche, et de plus, ils se plaignirent de ce que les huissiers de la cour des aides portaient leurs verges: de leur côté les gens d'églises ne furent pas plus conciliants. Les chanoines de Saint-Germain- TAuxerrois comme ayant procédé à la levée da corps, prétendaient avoir le droit de marcher immédiatement après, mais le chapitre de Notre- Dame ne l'entendit pas ainsi et voulut obliger les chanoines à marcher devant ; on discuta, puis la discussion dégénéra en dispute; on échangea des gros mots et le cortège menaçait de se dissoudre complètement, lorsqu'un chantre de Notre-Dame appelé Moreau, se précipita bravement suivi de ses bedeaux sur les chanoines et à grands coups de poings décida la question. Après avoir échangé un certain nombre de horions, les chanoines de Saint-Germain, qui n'étaient pas les plus forts, durent prendre la tête du cortège et psalmodier les prières des morts, tout en se retournant de temps à autre vers leurs adversaires pour leur lancer des regards furibonds et en montrant au peuple qui les regardait passer, celui-ci un œil poché, celui-là le nei écrasé, et tous, leurs habits fripés, déchirés et souillés de boue. Les gens de robes ne s^éiaient pas battus à coups de poing, mais ils ne s'étaient pas privés de s'invectiver réciproquement et personne n'ayant voulu céder, gens du parlement et membres de la Cour avaient fini par marcher pêle-mêle, sans ordre aucun et tout en se pressant les uns contre les autres comme des moutons en troupeau; le visage contracté par la colère, les regards enflammés, ils paraissaient plutôt courir à la bataille que suivre les restes mortels d'un dignitaire de l'église.
Le scandale fut si complet, que le roi se vit dans la nécessité de prévenir le retour de pareils écarts, en réglementant par un édit du mots d'Avril, le rang que chacun des corps constitués devait occuper dans les cérémonies publiques.
Au reste, des germes d'indiscipline se montraient partout, jusque dans les églises, où des prédicateurs ne craignirent pas non seulement de soutenir des propositions qui sentaient le fagot, mais encore qui se permirent de censurer les afl'aires de l'état avec un sans-gène qu'on ne pouvait tolérer, d'autant plus que les auditeurs, charmés d'entendre dauber sur ceux qui les gouvernaient, encourageaient fort par leur attitude, les prédicateurs à tout oser. Un de ceux qui malmenaient le plus les conseillers du roi était un cordelier nommé Melchior de Flavy, et chaque fois qu'il prêchait, l'église était trop étroite pour contenir le nombre de gens qui venaient Tentendre. Un arrêt du 9 avril rendu par la cour, ordonna d'informer contre ce cordelier et eu
même temps, porta que dorénavant les curéa, au cas qu*il3 ne prêchassent pas eux-mêmes dans leurs paroisses, seraient tenus, conjointement avec leurs marguiliiers, de présenter trois mois avant le temps de Tavent et du carême, ceux qu^ls voudraient employer à la prédication, afin que Tévêque s'informât de leur doctrine et de leurs capacités; après quoi il leur donnerait les pouvoirs nécessaires. Il fut aussi réglé que le salaire de ces prédicateurs serait aux frais des curés.
11 n'était pas inutile que les évêques s'assurassent du degré d'intelligence et d'instruction de ceux qui avaient mission d'éclairer les autres, car le parlement de Paris ayant eu dans cette même année 1557, à juger un prêtre nommé Jean Claveau^ accusé de fausse monnaie, l'interrogea en latin et en français sur la définition des mots prêtre, diacre, sous-diacre ; il ne put répondre. On lui demanda ce que signiGaient les mots presbytère et Salve, sancta parens, il ne put le dire, « Ne pouvant répondre ^ d'autres interrogatoires, lit-on dans un des registres criminels du parlement, se serait trouvé plein d'ignorance et d'insuffisance a ordonné et ordonne que remonstrances très humbles seront faites au roi sur l'ignorance, mauvaise et scandaleuse vie de plusieurs prêtres et clercs de ce royaume^ qui, sous ombre du dict titre de prêtre et de clerc, se veulent soustraire de son obéissance et juridiction, commettant plusieurs grands crimes^ sous espérance dlmpunité ou de punition légère. »
Mais, s'il était devenu nécessaire de sévir contre certains membres du clergé ; on ne tarda pas à reconnaître qu'il y avait aussi une réforme radicale à apporter dans le corps entier de l'Université dont les régents et les écoliers ne cessaient d'être mêlés aux désordres qui se commettaient journellement.
Un véritable mouvement populaire qu'ils soulevèrent, allait rendre cette réforme indispensable.
Le iâ mai 1557, un écolier, appartenant à la noblesse bretonne, était allé en compagnie d'un avocat de ses amis, se promener le soir au Préaux-Glercs, lorsque tous deux furent tués par des coups de fusil qu'on tira sur eux des maisons voisines.
En même temps, quelques autres écoliers qui se promenaient au même lieu furent blessés.
Ceux-ci s'empressèrent de porter plainte à l'autorité qui, immédiatement, fit arrêter un sieur Bailly, commissaire au Ch&telet, et propriétaire de la maison de laquelle les coups de feu étaient partis; mais comme cet homme prouva qu'il n'était pour rien dans ce lâche attentat et qu'il ne pouvait être rendu responsable des faits et gestes de ses locataires, on le relâcha.
Gela ne faisait pas l'affaire des écoliers qui, au ' lieu de laisser à la justice le soin de découvrir ' les coupables, se chargèrent oux-mêmes de tirer
vengeance de l'agression dont leurs camarades avaient été victimes, et ils ne trouvèrent rien de mieux que d'aller en masse, le lendemain, saccager et brûler trois maisons contiguës au Préaux-Clercs. ^
Le parlement, averti de ce qui se passait, invita le recteur et les députés de l'Université à tenir les écoliers enfermés dans leurs collèges respectifs ; ceux-ci obéirent à cette injonction autant que cela était possible, mais il leur était difficile, pour ne pas dire impossible, d'agir contre les écoliers qui demeuraient en ville, et ceux-ci ne manquèrent pas de continuer leurs violences le lendemain, ce qui obligea, le 17, le parlement, toutes chambres réunies, à ordonner au prévôt des marchands et aux échevins d'envoyer quarante archers et arquebusiers de la ville au Pré-aux- Clercs pour l'occuper et défendre à qui que ce soit d'y entrer. De plus, le prévôt de Paris et ses lieutenants furent requis de s'y transporter en personnes trois fois par jour, à l'effet de faire saisir par les commissaires toutes les armes, épécs, dagues et bâtons appartenant aux écoliers et de les porter à l'hôtel de ville.
L'arrêt fut lu à son de trompe parles carrefours et faubourgs.
Tout cela n'empêcha pas les écoliers ae poursuivre leur œuvre de vengeance, et de nouvelles tentatives de désordre so produisirent sous la conduite d'un certain Baptiste Coquatre dit Crococzon, é<*olier, natif d'Amiens, et âgé de vingt- deux ans.
Le parlement voulut alors faire un exemple, et condamna Coquatre à mort, nonobstant la requête présentée à la cour par l'évèque de Paris qui le réclamait en sa qualité de clerc.
La sentence fut exécutée le jour même qu'elle fut rendue.
On dressa une potence au milieu du Pré-aux- Ciercs, on y pendit Coquatre, puis lorsqu'il fut mort, on décrocha son corps qu'on brûla.
Les écoliers s'empressèrent d'aller ramasser ce qui restait de ses ossements et l'enterrèrent dans la chapelle de Saint-Pierre (aujourd'hui l'Académie de Médecine ; on rappelait aussi Saint- Père, et ce nom fut donné au chemin qui y conduisait, et devint peu â peu la rue Saint-Pierre, Saint-Père, et finalement des Saints-Pères), qui servait de paroisse aux domestiques et aux vassaux de l'abbaye de Sainl-Germain-des-Prés.
Puis, exaspérés par la sévérité de la punitioninfligée à leur camarade, ils affichèrent aux portes et aux carrefours de la ville des placards injurieux et menaçants; ils abattirent la barrière des sergents qui se trouvait près la croix des Carmes, insultèrent les officiers de justice qu'ils rencontrèrent, et se livrèrent à tous les excès imaginables.
Le parlement ne pouvait tolérer plus longtemps de pareils déportements : il rendit un qua-
HISTOIRE NATIONALE DE PAKIS ET DÈS PARISIENS
trième arrêt, aux termes duquel la cour ordonnait à tous les principaux des collèges de tenir les portes fermées dès six heures du soir, de désarmer les écoliers, de plâtrer ou de griller les fenêtres basses donnant sur les rues, et de dresser le rôle exact de tous les écoliers externes qui prenaient des leçons, en indiquant leur demeure, et de l'envoyer, dans les trois jours, signé de leur main, au procureur général.
Mais le 21, le recteur de TUniversité se présenta à la cour pour lui remontrer qu'il avait assemblé, selon ses ordres, les principaux, les maîtres et les régents des collèges, mais que ceux-ci avaient déclaré ne pouvoir se faire obéir. Quant au principal du collège de Plessis, il avait été obligé de prendre la fuite, sur les menaces que les écoliers lui avaient unanimement faites de mettre le feu au collège.
Le président Fexhorta à assembler de nouveau, le lendemain, ceux qu'il avait déjà convoqués, et rassura que, de son côté, la cour allait mettre en jugement Bailly et ses complices.
Les bourgeois qui demeuraient dans les environs du Pré-aux-Clercs, étaient fort inquiets de la tournure que prenaient les choses et quelquesuns, entr'autres un drapier, sollicitèrent et obtinrent du recteur des placards signés de lui et qui, affîchés sur leurs maisons, devaient les mettre à ràbri de là fureur des écoliers.
Ceux-ci, dans cette journée du 21, tuèrent un sergent.
Le roi commença à s'émouvoir de tout ce bruit et fit défendre aux écoliers, sous peine de mort, de se rendre au Pré-aux-Ciercs, de tenir aucune assemblée et de porter aucune arme.
L'Université nomma alors dix députés chargés d'aller trouver le roi et de lui témoigner du respect que <f sa fille aînée » (l'Université) ne cessait d'avoir poUr lui.
Le 25, le roi a attendu le peu de zèle du recteur et des principaux des collèges » ordonna de faire marcher dix enseignes de pied et 200 hommes d'armes pour se loger dans le quartier de l'Université et contenir les écoliers rebelles.
Tous les écoliers furent tenus de prendre pension dans les collèges fermés et ce, dans les six jours de la date de l'ordonnance royale, ou de sortir de Paris; quant aux étudiants étrangers, appartenant aux pays ennemis, ils devaient vider le royaume dans la quinzaine, sous peine d'être faits prisonniers de guerre.
Le soir, la lettre royale fut publiée par les carrefours, par les soins du lieutenant civil ; mais, dès le premier cri, au carrefour Saint-Cosme, et comme le lieutenant passait devant le? collèges de Narbonne, de Bayeux et de Justice, il fut assailli de pierres, lui et sa suite, et il dut se réfugier dans un des collèges, où il arrêta treize écoliers qu'il envoya coucher dans les prisons du Ghàtelet.
Il était alors neuf heures du soir ; le brave lieutenant songea qu*il n'avait avec lui qu'une vingtaine d'hommes et que s'il ne voulait pas courir Je risque d'être assommé, il était prudent de borner là la répression et de songer à la retraite, d'autant plus qu'au moment où il entrait dans le collège, deux gentilshommes à cheval, dont Tan était le comte.de Carmain, n'avaient pas craint de traverser sa. troupe et de lui adresser des propos, de nature à lui faire comprendre que û quelque bagarre s'élevait, il était tout disposé, ainsi que son compagnon, à soutenir les écoliers.
Le lieutenant civil avait bien pris la précaution de requérir Germain Boursier, l'un desécbevins et le chevalier du guet, Jean de Gabaston, afin qu'ils l'assistassent ayec leurs hommes, dans la publication de l'arrêt, mais Germain Boursier n'avait pu réunir à l'Hôtel-de-Ville que deux capitaines, deux archers et arbalétriers, einq arquebusiers et huit gardes des marchandises et ne voulant pas courir le risque de se faire casser les reins en compagnie de ces quelques hommes, il était tranquillement resté à l'Hôtel-de-Yille.
Quant au chevalier du guet, il s'excaaa de ne pas avoir assisté le lieutenant civil, parée qu'il avait craint d'être maltraité.
Ce vaillant chevalier fut envoyé eu prison à la Conciergerie.
Cependant, les députés de l'Université finirent par apaiser le roi qui, dans l'audience à eax accordée le 29, voulût bien signer l'élargiasement de tous les écoliers eniprisonnés, et ordonner que l'afifaire du Pré-aux-Clercs serait portée à soo conseil.
Grande joie dans l'Université qui, le il juio, alla en procession à Sainte-Geneviève pour rendre grâce à Dieu de l'issue de tout ceci.
Mais au retour de la procession, on recommença à démolir quelques maisons avoisinant le Pré-aux-Clercs, les écoliers se défendirent d^ètre pour quelque chose dans ces violences et pour le prouver, ils quittèrent la procession et tombèrent sur les démolisseurs qui se prétendaient écoliers et ils en arrêtèrent huit; sept étident artisans et le huitième, cuisinier du collège d'Arras.
On voulut bien ne pas pousser l'enquête plus loin, mais le 28 mai, le roi nomma quatre commissaires chargés de la réformation de ^UniTe^ site, or déjà, en ce temps là, les commtsaons servaient plutôt à enterrer les projets qu'à ea favoriser l'exécution et tout ce qui ressortit de ce beau plan de réforme, fut un arrêt du 26 juillet 1558, qui défendit de nouveau aux principaux et aux régents des collèges de mener les écoliers au landit avec armes, tambours et enseignes déployées a joint que le temps de la canicule était capable de leur causer de grandes maladies >».
Mais bien avant que cet arrêt fût rendu, ks écoliers avaient recommencé à faire tapage; les
Babelais, Jacques Aiiiyot, Mivliul MonUigue