FAMILLE GAULOISE, TEMPS PRIMITIFS
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l'on ne s'occupe qu'à chanter, boire et s'enivrer, et où on se livre à d'autres débauches. Nous enjoignons aussi aux femmes qui, le jour du dimanche parcourent les campagnes en dansant, de cesser cette pratique qui offense Dieu. »
On laissa dire le roi et on continua de Taire ripaille.
D'ailleurs, si le peuple aimait à festoyer, le roi et son entourage en donnaient l'exemple, et si les pauvres gens qui n'avaient que ce moyen d'égayer un peu leur triste conilition oubliaient la tempérance les jours de fête, c'est que souvent les autres jours ils ne mangeaient pas faute de pain.
Bruaeliaut fit placer l'enfant dans une corbeille d'osier qui fut descendue par ii le loofi des remparts. (Page 30.)
11 est bon d'ajouter que, dans certaines circonstances, les repas publics étaient gratuits.
Quand il s'agissait de quelque grande cérémonie religieuse, TévÉque faisait préparer des rafraîchissements pour tous les fidèles dans une salle dépendante ou voisine de la basilique; c'était son officier qui était chargé de ce soin et lorsqu'on
prévoyait que l'importance de la fête religieuse amènerait des fidèles de la campagne environnante, aux rafraîchissements étaient joints des aliments substantiels.
Il fallait voir tous les allâmes et les pauvres diables se ruer sur la mangeaille et s'en donner à bouche que veux-tu pour plusieurs joursl
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
Les assiettes étaient inconnues et dans les meilleures maisons, c'étaient les pains plats qui en tenaient lieu.
Humectés par la sauce et par le jus des viandes, on les mangeait ensuite en guise de gâteaux.
Le peuple ne se nourrissait que de légumes frais ou secs.
Les choux étaient cultivés dans tous les clos.
Les gens de métier s'habillaient d'étoffe grossière faite avec du poil de chameau et pour cela nommée camelotus (camelot) , les autres portaient le sayon rayé ou le sarrau avec le manteau, ils marchaient les jambes nues jusqu'aux genoux.
L'auteur des Mémoires du peuple français nous apprend que les femmes couvraient leur tète de coiffes ressemblant aux anciennes mitres, ou qu'elles l'enveloppaient d'un voile de toile de colon orné d'or et de pierres précieuses dont elles faisaient passer les extrémités du côté droit sur l'épaule gauche.
Elles aimaient les tuniques de plusieurs couleurs, les broderies, les robes à ramage et la pèlerine, consistant en un morceau d'étoffe rayée, taillée en rond à la partie inférieure, percée d'une ouverture pour la tète et de deux autres pour les bras, couvrant les épaules et la poitrine et s' attachant sur les reins par des cordons.
Les hommes de haut rang portaient leur chevelure longue et flottante *.
Les gens du peuple étaient tenus de les conserver à la taille voulue, selon leur degré d'affranchissement.
Les serfs avaient la tète rasée coniplètement.
Quant à la façon de porter la barbe, elle était facultative ; les Parisiens avaient peu h peu renoncé à se raser le visage; d'abord, ils conservèrent un petit bouquet de poils au menton, puis ils laissèrent le bouquet s'étendre ou grandir, si bien qu'aux VI* et vil* siècles, la plupart des hommes de condition libre portaient toute leur barbe.
Glotaire entrant par la mort de Ghildebert son frère, en possession de toute la France, accourut à Paris pour s'emparer des trésors que son prédécesseur avait amassés, mais il ne parait pas y avoir fait de longs séjours pendant les trois années que dura son règne au bout desquelles il mourut.
Ghilpéric, bien que le plus jeune de ses fils, commença par mettre la main sur l'héritage paternel, mais il fut chassé de Paris par son frère aînéCaribertetsesdeuxautresGontranetSigebert.
Garibert régna peu ; il mourut en 567 ou 570, et après sa mort ses frères convinrent que Paris resterait indivis mais qu'aucun des trois ne pourrait y entrer sans le consentement des deux au très.
Ils prêtèrent serment sur les reliques des saints
l. Voir les gravures authentiques en couleurs que nous publions à part.
que celui qui manquerait à sa parole perdrait par ce seul fait son droit à la part qu'il avait sur Paris qui demeura exposé aux entreprises que ne devaient pas manquer de tenter ses trois possesseurs.
Sigebert commença :
A la tète d'une armée d'Allemands, de Saxons et de Bavarois, il vint camper sur les bords de la Seine ; ces hordes barbares dévastèrent tout ; un armistice fut signé, mais presque aussitôt rompu. Sigebert revint mettre le siège devant Paris dont il incendia plusieurs quartiers, puis, craignant de ne pouvoir s'en rendre maître, il se relira pour aller assiéger dans Tournai, Ghilpéric et Frédégonde.
Gette dernière le fit assassiner et Ghilpéric usa de stratagème pour entrer dans Paris sans violer son serment et mécontenter son autre frère Contran. Il fit organiser, la veille de Pâques 583, une procession, spectacle dont les Parisiens se montrèrent toujours friands.
Les châsses des saints vénérés prirent les devants, le clergé vint ensuite, et Ghilpéric se mêlant à la foule de fidèles qui suivaient, entra avec sa femme Frédégonde.
Brunehaut, sa belle-sœur, femme de Sigebert, s'y trouvait déjà avec son enfant Ghildebert; sachant que Frédégonde avait dessein de s'emparer de cet enfant, elle le fit placer dans une corbeille d'osier qui fut descendue par une corde le long des remparts. Le comte Gondebaud qui loi était dévoué, était caché au fond du fossé, il prit le précieux fardeau dans ses bras et l'emporta à Metz à travers mille dangers.
Ghilpéric se saisit de la personne de Brunehaut et l'envoya à Rouen.
Nous avons omis de mentionner la mort de Tévèque de Paris, Germain, qui eut lieu en 576; il fut enterré dans la chapelle de Saint-Symphorien qu'il avait fait bâtir au bas de la basilique de Saint-Vincent. Lorsque son convoi passa devant les prisons, un en ouvrit les portes et les prisonnierSj rendus à la liberté, furent invités à se joindre au cortège.
£n 577 s'était tenu à Paris» dans l'église Sainte- Geneviève, un concile composé de 45 évêques, assemblés par ordre de Ghilpéric, pour juger l'évoque de Rouen, Prétextât, accusé du crime de trahison, bien que ce crime pût être considéré comme une habitude prise chez les grands qui trahissaient, volaient et assassinaient sans aucun scrupule.
Quoi qu'il en soit, le prélat accusé de vol, de parjure et d^homicide, se défendait énergîquement et paraissait devoir sortir indemne de l'accusation portée contre lui. Ghilpéric lui envoya alors un confident pour l'exhorter â s'avouer coupable, afin de ne pas contrarier la reine Frédégonde, et l'assurant qu'aussitôt après cet aven il était convenu que tous las membres du eoncila
9a jetteraient aux genoux du roi pour obtenir sa grâce qui serait accordée.
Prétextât suivit le conseil, et dès qu'il eut avoué, Chilpéric ordonna qu'on déchirât sa tunique, qu'il fût maudit et excommunié. Cet ordre fut exécuté et Prétextât arrêté sur l'heure. Blessé grièvement, il fut mis en prison, puis déporté à Jersey, d'où il revint après la mort de Chilpéric et reprit son siège épiscopal à Rouen.
Chilpéric avait parmi ses familiers le gouverneur de Tours, Leudaste, qui avait été excommunié par les évèques, pour avoir faussement accusé Grégoire de Tours d'avoir mal parlé de Frédégonde ; un dimanche que le roi et la reine étaient à Notre-Dame pour y entendre la messe, Leudaste eut la mauvaise idée de se jeter aux pieds de la reine pour lui demander pardon, mais celle-ci le repoussa avec horreur et pria son époux de la venger. Leudaste fut aussitôt chassé (Je l'église, mais il commit l'imprudence de ne pas s'éloigner et il entra chez un orfèvre pour acheter un présent qu'il destinait à Frédégonde ; à peine avait-il franchi le seuil de la boutique qu'il fut assailli par des gens de la reine. Il voulut se défendre et reçut un coup si violent sur la tête qu'il fut à demi assommé ; cependant il parvint à fuir jusqu'au Petit-Pont, mais là, son pied s'embarrassa entre deux solives et il se cassa la jambe.
On se saisit alors de sa personne et on le jeta eu prison, d'où il fut transféré dans une maison du domaine du roi située hors Paris ; Frédégonde lui envoya un émissaire qui le tira de son lit, le fit étendre à terre, la nuque appuyée contre une grosse traverse de fer, puis un homme armé d'une autre barre de fer lui frappa sur la tête jusqu'à ce que mort s'en suivit.
Telles étaient les mœura de l'époque. Un autre trait :
Chilpéric perdit son fils Thierry. Frédégonde prétendit que c'était des sorcières qui, par leurs sortilèges et maléfices, l'avaient fait mourir et elle fit immédiatement arrêter un certain nombre de femmes à Paris sous l'inculpation de sorcellerie.
On prétendit que plusieurs d'entre elles avaient avoué qu'elles avaient avancé les jours du jeune Thierry pour avancer ceux du préfet Mummolus, selon les pratiques de l'enchantement, et on les envoya toutes expier sur la roue et dans d'autres supplices le crime dont elles étaient accusées.
Quant à Mummolus, qui était gouverneur du palaiSy il fut chassé de Paris et se sauva à Bordeaux, où il mourut peu de temps après son arrivée.
La vie d'un homme était alors comptée pour si peu de chose que l'on ne s'inquiétait guère de savoir comment la mort était venue; au reste, Chilpéric allait en faire l'expérience à ses dépens. Un soir qu'il était allé à Chelles, près Paris, pour se livrer au plaisir de la chasse et qu'il rentrait
au logis, un assassin lui perça le côté et le ventre de deux coups de couteau, alors qu'il descendait de cheval; il tomba mort et nul ne songea à courir après le meurtrier.
Or, avant de partir pour la chasse, Chilpéric était entré dans la chambre de sa femme occupée à sa toilette et en plaisantant lui avait donné un léger coup de baguette sur l'épaule.
— Tout beau! Landry, s'écria Frédégonde sans se retourner, et dit la chronique, elle ajouta quelques paroles assez libres à celui qu'elle prenait pour son favori.
Lorsqu'enfîn elle tourna la tête elle s'aperçut de sa méprise, Chilpéric s'en allait furieux d'avoir appris ce dont il ne se doutait pas, et sans dire un mot.
Ce calme ne cachait rien de bon. Frédégonde songea que le meilleur moyen d'éviter la vengeance de son mari était de prendre l'avance.
Quelques heures plus tard, il était assassiné. Ce fut Matthieu, évêque de Senlis qui, se trouvant à Chelles, releva le corps, le fit laver et revêtir de ses habits les plus convenables et le conduisit par eau jusqu'à Paris, où il fut inhumé dans l'église de Sain t-Germain-des -Prés (584).
Ce roi n'avait été ni aimé ni estimé pendant sa vie, il ne fut nullement regretté après sa mort. Mais avant de raconter les événements qui suivirent, disons d'abord ce qui fut fait à Paris sous son règne.
En première ligne, se place la construction de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. Bien qu'on n'ait pas la preuve que ce fut Chilpéric qui la fit bâtir, on considère cependant comme tel le testament de Bertram, évêque du Mans, daté du 24 mars de la 22* année du règne de Clotaire, qui porte donation d'une somme d'argent pour desservir le lieu de la sépulture de l'évêque saint Germain dans l'église Saint- Vincent, où son corps était alors déposé, et ensuite dans la basilique nouvelle que le roi Chilpéric avait fait construire, si plus tard le corps y était transporté.
Toutefois celte église était sîmplenfient appelée église Saint-Germain; ce ne fut qu'à partir du IX® siècle qu'elle est désignée sous le nom de Saint- Germain-le-Rond, et sous le règne de Robert, elle fut reconstruite et nommée Saint-Germain-l'Auxerroia. Elle ne fut achevée qu'en 606.
Ce fut aussi sous le règne de Chilpéric que fui édifiée dans la Cité la petite église de Saint-Germain-le-Yieux, chapelle baptismale, sous la dépendance de Notre-Dame qui porta primitivement le titre de Saint-Jean-Baptiste. Elle servit d'asile aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, lors des incursions des Normands. En reconnaissance de rhospitalité qu'ils avaient reçue dans cet oratoire, ils y laissèrent à titre de don un bras de saint Germain, ce fut alors qu'on l'appela Saint- Germain- le- Vieil.
En 1368, l'abbaye de Saint-Germain-4es-Prés
HiSTOniK NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
céda à l'université les droits qu'elle possédait sur cette petite église qui fut agrandie en 143â. Le portail et le clocher ne dataient que de 1560.
Supprimée en 1"J90, elle fut vendue le 12 fructidor an IV et démolie peu de temp:i après; sur lion emplacement fut ouvert le passage Saint- Germain-le- Vieux, aujourd'hui supprimé.
Il existait encore une autre église appelée Saint- Julien située près du Petit-Pont et dédiée sous le litre de Saint-Julien-de-Brioude, martyr, et de Saiat-Julien, évêque du Mans. C'était dans les bâtiments qui en dépendaient que se logeait Grégoire de Tours lorsqu'il venait à Paris.
' A cette époque, les juifs établis dans Paris occupaient une rue tout entière qu'on' nommait la rue de la Juiverie ; la plus grande partie du commerce parisien se trouvait entre leurs mains et on les accusait déjà de profiter de leurs richesses pour se montrer insolents envers les chrétiens dont un grand nombre étaient leurs débiteurs. Ghildebert avait tentésanssuccèsdeles rendre plus humbles. Chilpéric voulut les obliger à se convertir au christianisme et il en tint lui-même plusieurs sur les fonts de baptême; l'un d'eux nommé Prisque déclara hautement qu'il était et voulait rester juif; le roi irrité Ir. fit emprisonner et Prisque, vivement sollicité, fmit par déclarer que si on voulait lui accorder quelque délai pour se préparer il Unirait peut-être par se convertir. On le fit sor-
tir de prison , mais un de ses coreligionnaires nommé Phatir, nouvellement converti et animé d'un zèle outré, l'ayant trouvé un jour dans l'observation d'une pratique judaïque, le tua, lui et ceux qui l'accompagnaient, puis se réfugia dans l'église de Saint-Julien.
Le roi donna l'ordre de les en faire sortir ; alors l'un d'eux se jeta sur ses compagnons et les tua, après quoi il voulut se sauver, mais la populace le massacra.
Phatir avait pu s'enfuir sur les terres de Gon- Iran. mais les parents de Prisque l'y joignirent et lé mirent à mort.
L'assassinat dé Chilpéric avait produit une certaine sensation à Paris; le peuple murmurait tout bas contre cette reine indigne dont les crimes s'accumulaient; déjà quelques pillards avaient envahi le palais et enlevaient sous ses yeux ce qu'ils trouvaient de plus précieux; chacun craignait que de nouveaux troubles ne vinssent apporter avec eux un surcroît de misère.
Paris avait été l'année précédente ravagé par l'inondation, les eaux de la Seine et de la Marne grossies par les pluies torrentielles, étaient sorties de leur lit et avaient envahi la ville.
Le débordement fut tel qu'on allait en bateaa d'une maison à l'autre et que, disent les historiens du temps, plusieurs furent noyés entre la Cité et l'église Saint-Laurent I
Qu'on juge de l'espace couvert par l'eau !
Les pertes éprouvées par les Parisiens furent énormes et ce n'était pas la guerre entre les divers compétiteurs au trône qui allait aider à les réparer.
Ghildebert, fils de Brunehaut, se trouvait avec une bande d'hommes armés, à six lieues de Paris. Frédégonde comprit qu'il y avait danger pour elle à alTronter la colère populaire ; elle se réfugia avec une partie de ses trésors à l'église cathédrale de Paris, auprès de l'évêque Haynemode, qui la reçut de son mieux, et elle écrivit au roi Contran qu'elle engagea à venir à Paris en lai offrant de se remettre elle et son fils entre ses mains; Contran arriva.
Une asiîcmblée fut indiquée, les ambassadeurs de Ghildebert s'y rendirent. Contran les traita fort mal et surtout l'un d'eux, Cilles, évéquede Reims; il leur fit jeter du fumier et de la boue après la séance.
Frédégonde retirée à Notre-Dame n'avait rien à craindre de ses ennemis ; cependant Contran ne fut pas de cet avis et l'obligea à partir pour les environs de Rouen. Ayant reçu lui-même avis qu'on avait dessein de l'assassiner, il alla à Chàlons-sur-Saéne et ne revint & Paris que l'année suivante, pour faire baptiser Clotaire, son neven ; mais le baptême fut ajourné et n'eut lieu que cinq ans plus tard, Contran ayant élevé des doutes sur la légilimilc de l'enfant.
Frédégonde arriva aussitôt à Paris, accompa-
pauis a TRAVEns les siècles
Dagobert fat émerreilli quâud Ëloi lui présenta le gecoDd fauteuil. (Page 35.)
gnée de trois évëques et de 300 personnes qui affirmèrent que Gotaire était né sous la couverture du mariage.
C'était en effet tout ce qu'on pouvait affirmer.
Contran s'en contenta, mais toujours poursuivi par l'idée qu'on voulait se défaire de lui, il prit comme on dit le taureau par les cornes, et, un jour qu'il assistait à la messe et que l'église était pleine, il choisit l'instant où le prêtre iraposfùt silence au peuple afin de fixer l'attention sur les saints mystères, pour se lever et s'adressant à l'assistance, il dit à hante voix :
— Je vous supplie et vousconjure, au nom de Dieu, de ne pas m'assassiner comme mes frères. Lùssez-moi seulement trois ou quatre ans de vie pour élever mes deux pupilles, afin qu'il y en ait au moins un capable de gouverner la France.
Le peuple applaudit à ces paroles.
En somme, il ne se montrait pas exigeant;
trois ou quatre ans de vie, on pouvait les luiaccorder — à 1^ condilion, toutefois, d'éloigner Frédégonde qui avait pour l'assassinat un goût véritablement trop prononcé.
Frédégonde fut donc invitée à retourner en Normandie où, pour occuper ses loisirs, elle fit assassiner au pied de l'autel l'évéque Prétextât, son ancien ennemi, le jour de P&quesS86.
La même année, un incendie terrible épouvanta Paris.
Un marchand de la Cité, étant entré dans la soirée dans son magasin, laissa en sortant, par inadvertance, la lumière qu'il y avait apportée auprès d'un barrique d'huile; cette barrique s'en- Qamma et la Qamme dévora la maison qui était contigué à la porte méridionale de la Cité. .
De proche en proche, le feu, attisé par le vent qui soufflait avec violence, se communiqua aux maisons voisines, étendit ses ravages dans touta
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
ja longueur de File et ne fut arrêté que par le bms septentrional de la Seine.
La prison de Glaucin qui se trouvait sur remplacement du Quai-aux-Pleurs s'écroula, les prisonniers profitant du désordre général s'échappèrent, sortirent de la Cité et vinrent se réfugier dans l'asile de Saint- Vincent et Sainte-Croix.
L'incendie commencé à la porte du sud, s'était étendu jusqu'à la porte du nord; là, fait remarquer Grégoire de Tours qui rapporte les détails de cet événement, se trouvait un petit oratoire construit en branches d'arbres, dédié à sainl^ Martin; il fut épargné, ainsi que les églises et le palais.
Mais les maisons des négociants qui bordaient la place du Commerce lie le furent point, elles furent brûlées avec toutes les marchandises qu'elles contenaient, et la disette vint bientôt ajouter ses dures privations aux maux que les Parisiens enduraient et qui étaient loin d'être terminés.
Le roi Childebert poursuivait toujours la revendication de ses droits sur Paris; enfin, on fit un arrangement; il fut convenu que la troisième partie de la ville et du territoire de Paris qui avait appartenu au roi Sigebert, resterait au roi Contran.
Alors on recommença à parler du baptême de Clotaire; lorsqu'il eut six ans, il fut baptisé à Nanterre, mais alors Childebert se plaignit que Contran favorisât l'élévation au trône de l'enfant de Frédégonde.
Contran avait fait venir pour baptiser Clotaire un prêtre étranger qui fut aussitôt après nommé évéque de Paris ; il ne fut pas plutôt en exercice qu'il commença par chasser toute l'école de son prédécesseur Ray nemode, c'est-à-dire les maîtres de grammaire, d'écriture, et les chantres, lecteurs et autres officiers del'évêché, pour mettre à leur place des créatures à lui, mais il fut promptement dépossédé de sa dignité d'évêque de Paris qui échut successivement à Faramode, puis à Sapharatus et à Simplice.
Contran mourut en 593.
Aussitôt qu'il fut mort, le roi Childebert se rendit maître de Paris, mais il n'en jouit pas longtemps; Frédégonde veillait et le poison l'eut vite tué.
Mais il avait deux jeunes fils, Théodebert et Thierry, qui furent placés sous la tutelle de leur aïeule Brunehaut.
Frédégonde voulut se débarrasser des enfants comme elle s'était débarrassée du père ; elle marcha sur Paris, ravageant tout, saccageant tout ce qui se trouvait sur son passage et son fils se joignant à elle, tous deux chassèrent les enfants de Childebert et leurs partisans. Clotaire fut donc seul roi, et les historiens citent de lui une ordon nance de l'an 595 aux termes do laquelle, « pour empêcher que les gens établis pour le guet de nuit n'eussent intelligence avec les voleurs et ne
les laissassent échapper lorsqu'un vol aura été fait la nuit, ceux qui seront dé garde dans le quartier en répondent en leur propre et privé nom s'ils n'arrêtent le voleur; que si le voleur, poursuivi par les premiers, s'enfuit dans un autre quartier et y est veu, si les gardes de ce quartier avertis de sa fuite négligent de l'arrester, la perte causée par le vol retombera sur eux et ils paieront en outre une amende de cinq sols, et pareille chose est réglée pour le troisième quartier, si le voleur continue de fuir sans avoir puestre arrêté dans les deux premiers. »
On voit par cette ordonnance que, dès les premiers siècles, la sûreté de la ville était confiée à une garde qu'on appelait le guet de nuit et que Paris était divisé en plusieurs quartiers.
Un édit de Clotaire, donné à Paris le 17 octobre 615, institua les premiers commissaires do police chargés de recevoir les lois et les ordonnances et de les faire exécuter par les habitants.
Frédégonde était au comble de ses vœux, son fils régnait, grâce aux meurtres qu'elle avait commis pour lui frayer la route du trône ; à son tour elle mourut en 597 et son corps fut inhumé dans la basilique de Saint-Vincent, à côté de celui de Chilpéric, son mari, qu'elle avait fait assassiner !
Mais peu de temps après la mort de sa mère, Clotaire vit ses affaires changer de face ; ses deux rivaux Théodebert et Thierry s'entendirent pour lui livrer bataille à Dormeille, près Étampes. Il fut vaincu et battit en retraite vers Paris, mais ih en fut chassé et obligé de consentir à une paix onéreuse pour lui, car elle livrait Paris à Théodebert et à Thierry.
En 604, il essaya de reprendre sa capitale, mais il fut battu de nouveau.
Théodebert et Thierry n'ayant plus d^ennemi à vaincre imaginèrent alors de se faire la guerre et Théodebert fut tué avec ses deux fils, et dans la même année (613) Thierry mourut, laissant un fils, Sigebert, qui lui succéda et fut mis à mort par Clotaire qui avait repris l'ofi'ensive et se vengea de tout le passé en tuant toute la postérité de Sigebert, époux de Brunehaut, et en faisant subir le dernier supplice à celle ci. Elle fut par son ordre liée par les cheveux et par un bras à la queue d'un cheval furieux qui la traîna sur le sol en déchirant son corps aux aspérités du chemin jusqu'à ce qu'elle expira.
Clotaire fut donc encore une fois tranquille possesseur du trône.
Cette longue période de crimes, de guerres, de batailles, de luttes intestines, fut bien douloureuse pour les Parisiens, victimes de ces sanguinaires ambitieux qui mettaient tout à feu et à sang pour satisfaire leur cupidité et leur ardent désir de régner, fût-ce même sur des ruines. Ils vivaient dans des transes perpétuelles, cherchant toujours de quel côté pouvait venir la tranquii-
lité çt obligés de se soumettre aux exigences de tous ceux que les hasards de la guerre leur donnaient pour maîtres. Et comme ceux-ci abusaient d'eux I
. Au mois de septembre 584, lorsque Ghilpéric maria sa GUe Rigonthe au fils du roi des TVisigoths, il força un certain nombre de familles à suivre cette princesse en Espagne et ne trouva rien de mieux pour obliger ceux de ses sujets qui n'étaient pas disposés à obéir à cet ordre, que de les faire prendre dans les maisons de Paris et de les mettre dans des chariots sous bonne escorte. « Beaucoup pleuraient et ne voulaient pas^ s'en aller ; il les fit mettre en prison, afin de les contraindre plus facilement à partir avec Rigonthe. Dans Tamertume de cette douleur, plusieurs craignant d'être arrachés de leurs familles s'étranglèrent. La désolation fut si grande à Paris qu'elle fut comparée à celle de l'Egypte. »
« Tant de troubles domestiques avaient beaucoup altéré la pureté de la discipline ecclésiastique », dit naïvement un historien ; aussi ce fut pour tâcher de la rétablir quelque peu, qu'un concile fat tenu en 614 dans l'église Saint-Pierre (Sainte-Geneviève), soixante-dix-neuf évoques y assistèrent, y compris celui de Paris qui était alors Géran (devenu saint Géran).
En 618, Glolaire perdit sa femme, la reine Bertrude ; elle fut enterrée à Saint-Germain-des- Prés où son tombeau fut retrouvé au xviii^ siècle ; il se remaria peu de temps après, et à partir de ce moment fit de Paris sa résidence habituelle qu'il ne quittait guère que pour se rendre à Glichy-la-Garenne où il avait un palais.
Ge fut sôus le règne de Glotaire II qu'on voit apparaître le fameux saint Éloi.
Vis-à-vis le palais, dans la Gité, était une maison occupée par un orfèvre déjà célèbre qu'on appelait Éloi et qui « faisait ouvrage pour le roi. » Il était né à Gatala, en Limousin, en 588.
Il arrivait de Neustrie, lorsqu'il fit connaissance avec Paris de .Bobbon, trésorier de l'épargne et intendant des finances du roi, qui le présenta à Glotaire. Ge prince, qui aimait les belles choses, confia à l'artiste les travaux les plus importants et se plaisait à l'aller voir travailler dans son atelier.
Or Glotaire avait alors le grand désir de posséder un fauteuil d'or, incrusté de pierres précieuses, et ne trouvait personne qui pût entreprendre cet ouvrage et Texécuter comme il l'avait conçu.
Lorsqu'il connut Éloi, il n'hésita pas à l'en charger et lui donna l'or et les pierres précieuses qu'il jugeait nécessaires pour confectionner le siège.
Éloi se mit à l'œuvre et avec la quantité qui lui avait été remise il trouva moyen de faire deux fauteuils au lieu d'un, sans soustraire, dit un chroniqueur, un seul grain d'or qui lui était confié» « ne suivant pas en cela l'exemple des
autres ouvriers qui se rejettent sur les parcelles qu'emporte la lime rongeuse, ou la flamme dévorante du fourneau n •
Quand le roi vit le premier fauteuil il fut émer^ veillé, mais quand Éloi lui présenta le second il le fut bien plus encore ; non seulement il loua le grand talent de l'artiste, mais, appréciant son honnêteté, il l'attacha à sa personne en qualité de trésorier.
Des deux fauteuils dont il est question, un seul fut conservé sous le nom de fauteuil de DagO'bert ; on le montrait au trésor de Saint-Denis et il servait de trône à nos premiers rois, lorsqu'ils recevaient l'hommage des grands de la cour à leur avènement.
Il fut réparé au x* siècle par les soins et avec les deniers des moines de Saint-Denis.
Mais depuis il ne justifia en aucune façon l'idée qu'on se fait d'un fauteuil d'or massif, et se trouva, on ne sait comment, devenu un simple fauteuil de bois. Quoi qu'il en soit, de l'abbaye de Saint-Denis, il passa au Palais-Royal, et en 1793 il fut déposé au cabinet des Antiques de la. bibliothèque, puis réclamé par l'Abbaye et repris par la bibliothèque où il fut placé au cabinet des médailles ; il en ressortit encore pour orner le musée des souverains ; après le 4 septembre 1870 il fut serré dans un des magasins du garde meuble, où il est encore.
Lorsque Dagobert P^ monta sur le trône en 628, il accorda toute sa confiance à Éloi, et, tout en lui conservant les charges dont il était revêtu, il lui confia de magnifiques travaux qui attestent les progrès que le luxe avait fait depuis le pre* mier âge de la monarchie mérovingienne. Les châsses de Sainte-Geneviève, de Saint-Denis, de Saint-Martin de Tours, de Saint-Germain, furent exécutées par cet habile artiste, qui en même temps était évêque et donnait l'exemple de vertus rares à cette époque ; il achetait les esclaves par centaines sur les marchés publics et leur rendait la liberté, donnait la sépulture aux suppliciés et il acquit une telle renommée par ses bonnes œuvres, qu'on répondait à l'étranger qui s'enquérait de sa demeure :
— Là où vous verrez un grand concours de pauvres, vous trouverez Éloi.
Il n'était jamais fatigué, dit la chronique, et il avait toujours à ses côtés ses compagnons et ses apprentis, ce qui prouve que l'orfèvrerie était déjà organisée en corps de métier avec ses trois ordres : maîtres, compagnons et apprentis. Au reste, déjà sous Ghilpéric, cet art avait acquis un accroissement considérable. Un jour ce prince dit à Grégoire de Tours en lui montrant un grand plat d'or tout étincelant de pierres précieuses et pesant 50 livres : ^
— Je l'ai fait faire pour donner de l'éclat à la nation des Francs et j'en ferai faire bien d'autres si Dieu me conserve la vie.
lUSTOIilË NATIONALE DE PAB.1S ET DES PARISIENS
La vieille chansoD popalaire dans laquelle Dagobertet saint Éloi sont mis en scène, avec la gaieté toute gauloise du vieux temps, est la ^M)nsécration du souvenir des rapporta familiers qui existaient entre le roi et l'évéque, artiste ouvrier.
Dagobert octroya à Éloi une grande étendue de terrûn dont l'importance formait le douzième de la Cité ; il se composait de tout l'espace compris entre les rues de la Barillerie (qui tire son nom des barillers ou tonneliers qui l'habitaient], de la Calandre (la plus ancienne de Paris), aux Fèves (autrefois febvres, marchands de drap»), et de la Vieille Draperie. (On voit que ces trois rues, car calandre est une roue qui sert & calandrerledrap, étaient occupées par le commerce de la draperie. Ces rues existaient sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la caserne qui fait face au palais de Justice.)
Fauteuil de Dagobert comervé au magie du Louvre.
Éloi eut d'abord le dessein de construire un hôpital sur ce terrain, mais il changea d'avis et il y fit édifier un monastère pour les deux sexes.
En 871, cette abbaye prit le nom de Saint-Éloi et Sainte-Aure et renfermait trois cents fille malheureusement les religieuses s'y livrèrent des excès de libertinage qui amenèrent des répressions inutiles, car le mal empira tellemeni qu'en il07, Galon, évèque de Paris, pour rétablir l'ordre, fut obligé de chasser les religieuses et de donner l'abbaye à Thibaud, abbé de Saint- Pierre-des-Fossés. La grande église, dont une partie tombait en ruines, fut séparée en deux par la me Saint-Éloi ; le chœur forma l'église Saint-Martial et de la nef on fit le couvent des Barnabites, ainsi nommé parce que les moines qu'on y plaça avaient été amenés de Milan par saint Barnabe.
Comme, à l'époque où Éloi fit construira son monastère, il n'était point encore d'osage d'enterrer dans les villes, il acquit au dehors un terrain pour servir de cimetière aux religieuse* et y fit bâtir une chapelle sous le titre de Saint* Paul-des-Champs, parce qu'elle se trouvait bois Paris. Devenue paroisse en 1107, elle devint insuffisante. Une église plus vaste fut b&tie sous Charles V. Ellefutreconstruiteaux xiv* et zfsiè* clés. Sa cuve baptismale fut plus tard transférée à Poissy. Cette église avait des charniers qui conduisaient à un cimetière où furent enterrés Rabelais et l'homme au masque de fer.
Dans l'église furent inhumés le maréchal de Biron, Nicot, François et Jules Mansard. On y voymt des mausolées élevés par Henri III aux mignons Maugiron, Saint-Mégrin et Quélns; te peuple les brisa le 3 janvier 1589. Au m<MS de juin 1790, on déposa dans le cimetière de cette église les ossements de quatre individus troavés enchaînés dans les cachots de la Bastille et oo leur éleva un monument où fat gravée cette inscription: a Sous les pierres mêmes des cachots où elles gémissaient vivantes, reposent en paix quatre victimes du despotisme. Leurs ce, décoa* verts et recueillis par leurs frères libres, ne se lèveront plus qu'au jour des justices pour coo* fondre leurs tyrans, m
Cette église fut supprimée en 1790, vendue le 6 nivôse.an V et démolie deux ans plus tard. Le culte a été transféré dans l'ancienne église des jésuites — Saint-Louis, rue Saint- Antoine, qai eA devenue Saint-Louis-Saint-Paul.
Lorsque ce quartier commença à être convert de maisons, on l'appela le bourg et la ferme de Saint-Éloi.
La coutume de changer les appellations des quartiers et des rues, qui s'est si déplorable ment conservée jusqu'à nos jours, n'est pas nouvelle et ces variations successives rendent très difficile l'étude de l'histoire archéologique du vieux Paris.
Les dénominations tirées du voisinage d'une église, d'un couvent, d'un monument quelconque, furent moins variables ; mais celles empruntées aux industries qui vinrent s'y loger, sont beaucoup plus fréquentes.
Qu'on ajoute & cela les révolutions parisiennes, l'engouement passager de la population ponr tel ou tel personnage, aujourd'hui un héros, demain un brigand, et on aura une idée des nombrenx changements de noms des diverses voies de la capitale. Quelques heureuses exceptions sont & noter, telles que le Pont-au-Change, le quai des Orfèvres, etc.
Ce fut aussi saint Éloi qui fit b&tir ou tout an moins reconstruire l'église Saint-Hartial dans la Cité; il y fit transférer les reliques de ce saint qui se trouvaient à Limoges. Ce transfert se fit solennellement et la cérémonie fut accompagnée de
1b délivraace des prisonniers qui se trouvaient dans la prison de Glaiicin.
Hais peu de temps après un incendie très violent, qui consuma une grande partie des maisons de la ville menaça la nouvelle église, et si elle ne fut pas brûlée ou ne manqua pas de l'attribuer h la présence de sdnt Éloi qui s'y trouvait.
Au reste les annalistes du temps s'accordent peu sur la véritable origine de cette église, et Félibien prétend que c'est peut-être de Saint- Martial, église « fort longue et fort spacieuse dans son origine , qu'on fit dans la suite deux petites é^aes, l'une qai retint le nom de Sunt- Hartial et l'autre qui fut appelée de Saint- Éloi».
Des renseignements plus exacts permettent d'affirmer qu'elle devint paroisse en 11U7 et qu'elle fut démolie en 1733.
Sons les rois de la première race, la principale fabrique delà monnaie se faisait dans leur palais de la cité et on peut lire sur un denier d'argent de Dagobert les mots IHoneta Palalina.
Ce fat aussi sous le règne deDagobert que fut établie une foire dont les revenus furent cédés par lai aux religieux de l'abbaye de Saint- Deoîa (abbaye qui
avait été construite ___ ^__
petite chapelle élevée k l'endroit avait élé décapité).
Ouverte le jour de la fête do saint, elle durait quatre semaines « afin, lit-on dans la charte de fondation, que les marchands d'Espagne, de la Provence et des autres contrées, même ceux d'outre-mer pussent y assister. »
Par le même acte le roi antorisa l'abbé de Saint-Denis à recevoiret à s'appliquer le montant de tons les péages, et pendant la dnrée de cette foire défeuge était faite aux marchands parisiens d'élabbr, pendant sa dorée, leur commerce ailleurs.
En. vertu de ces dispositions, les officiers royaux renonçaient donc au profit des religieux
l'emplacement d'une I saint Denis
de Saint-Denis à percevoir les droits ordinaires sur les marchandises importées, droits détaillés tout au long comme suit par Bréquigny :
Navigioi, droit de navigation ~ Portatico$, droit de débarquement — Ponlaticot, droit de ponts — Jtivalieos, droit de stationnement des bateaux — JtofalKos, droit devoirie — Temtmatieo», droit de tiroon — Chespetatico», droit de bordure des chemins — Saumo^oi, droit sur les marchandises portées à dos de mulets — Piutionatteoi, droit de passage à travers la cité— /"oraficM, droit de circulation pour les vins— JVùM/icos, droit de coupage sur les vins, et enfin plusieurs autres droits, désignés: Vidlaticoi, Pulveralicos, Laudattco$.
On voit par cet énoncé qu'en ces temps primitifs, le fisc savait, tout comme de nos jours, prélever sa bonne part sur le prix des denrées.
Les marchands de la N eu strie et de l'Armorique y vendaient beaucoup de miel et de garance ; les Saxons y apportaient des fers et des plombs, les habitants des provinces méridionales de la FVance de l'huile, des vins, da suif, mds les principales marchandises verlepavoU „^g„t ^^ jg^^^t
Deux peuples orientaux vendaient seuls les objets de luxe; c'étaient les Syriens qui formaient k Paris une puissante association et les Juifs, mais ceux-ci faisaient un autre commerce qui les rendaient odieux aux Parisiens; ils amenaient à la foire de Saint-Denis des esclaves qu'ils vendaient comme du bétail après les avoir achetés dans des pays lointains, et souvent même on les accusa d'acheter à la foire des enfants dont ils allaient trafiquer ailleurs.
Il est bon d'ajouter qu'à cette époque on avait une horreur profonde pour les juifs et qu'on les chargeait volontiers de tous les crimes imaginables ; quoi qu'il en soit, lareineBathilde, femme de Clovis 11, que des pirates avaient enlevée sur lescAtes d'Angleterre, amenée enFrance et vendue au roi qui d'esclave l'avait faite reine, se souvenant
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
de son originel défendk le trafic des esclaves.
La foire de Saint-Denis dura plus de deux siècles,: cependant elle avait perdu de son éclat lorsque Charles lé Chauve la rapprochant de Paris la réinstitua sous le nom de foire du Landit qui devait se continuer jusqu'à nos jours.
D'après un édit qui fut publié l'an 633, les Juifs qui, habitant Paris, refusèrent de se convertir au catholicisme durent se retirer de la ville ; ce fut la première fois qu'ils se virent chassés mais ce ne fut pas la dernière ; toutefois on n'entendit plus parler d'eux jusqu'au règne de Charles le Chauve.
Dagobert mourut le i9 janvier 638 et fut enterré dans la basilique de Saint-Denis.
Il avait deux fils, Sigebert et Clovis ; ce fut celuici qui devint roi et qui, à l'exemple de son père, choisit Paris pour y fixer sa résidence habituelle, mais cela ne procura pas beaucoup de bien-être aux Parisiens, Car, sous son règne, une famine terrible vint encore les désoler et le roi se vit dans l'obligation de faire enlever du tombeau de Saint- Denis l'argent dont son père l'avait fait couvrir, pour le convertir en aumônes et l'évêque de Paris, Landry, vendit sa vaisselle d'argent et jusqu'aux vases sacrées, pour subvenir aux besoins les plus pressants du peuple.
C'était un homme des plus charitables. La tradition veut qu'il soit le fondateur de l'Hôtel- Dieu. Ce n*estpas absolument exact, il avait un bâtiment dépendant de son église, où il donnait asile aux infirmes et aux malheureux ; ils les y hébergeait à l'aide de ses propres ressources; or, ce fut sur cet emplacement que s'éleva quelque temps après l'Hôtel-Dieu, que les anciennes chartes désignent sous le nom d'hôpital Saint-Christophe à cause de sa position à côté de Téglise dédiée à ce saint, située rue Saint-Christophe en face la rue des Trois-Canettes (la rue Saint-Christophe commençait au parvis Notre-Dame, près de la rue d'Arcole et finissait à la rue de la Cité ; elle porta aussi le nom de rue de la Regratterie par allusion aux regrattiers qui remplaçaient sous Louis IX les* fruitiers et les épiciers. Vers l'an 1300, on l'appelait la grand'rue Saint-Christophe pour la distinguer d'une ruelle du même nom qui devint rue du Parvis et enfin rue de la Huchette.
L'église et l'hôpital sont tellement confondus, qu'on suppose que les deux n'en fout qu'un ; au reste le testament de Yandemir, daté de 690, qualifie les bâtiments de monastère de filles; il est donc probable que ce fut un monastère dans lequel se trouvait une chapelle dédiée à saint Christophe et dont Landry avait précédemment distrait une partie pour en faire une maladrerie. Chaque monastère, couvent, abbaye, cathédrale, ou maison épiscopale avait son hôpital entretenu par les libéralités des riches fidèles. . Les croyances religieuses et surtout naïves de l'époque faisaient de la charité la grande dispensatrice des absolutions et on était fermement
convaincu qu'il n'était nul crime dont on ne pût se racheter par une aumône à quelque établissement hospitalier ou religieux.
A ce compte, les pauvres seuls n'avaient pas le moyen d'être criminels. Au reste ce qui était considéré crime pour les uns n'était pas même répréhensible chez les autres; ainsi, l'adultère était une habitude chez les rois Mérovingiens, qui ne le permettaient pas aux seigneurs qui les entouraienl.
On n'a pas de données sur les religieuses du monastère de Saint-Christophe, mais on sait qu'au xii« siècle l'église fut érigée en paroisse.
Entre les années 1494 et 1510 les bâtiments furent reconstruits; lorsqu'en 1747 on construisit la maison des Enfants Trouvés^ on eut besoin de l'emplacement occupé par Saint-Christophe qui fut démoli.
Sous le règne de Chilpéric qui laissa étrangler sa première femme par la seconde, qui avait été sa servante et dont il avait fait d'abord sa maitresse; sous Chilpéric, qui entretenait à la fois plusieurs femmes de condition servile, radullère était puni de mort!
Grégoire de Tours raconte à ce propos un fait assez curieux.
La femme d'un des plus grands seigneurs delà cour, fut accusée d'avoir violé la foi conjugale par les parents de son mari qui menacèrent le père de cette femme de le faire mourir, s'il ne la purgeait lui-même, par la mort, du crime dont elle s'était rendue coupable.
Le père offrit d'attester Tinnocence de sa fille sur le tombeau de saint-Denis où il se rendit accompagné de ses amis.
Les parents de l'époux outragé s'y trouvaient aussi.
Arrivé là, il étendit sa main surl'autel, et jura que sa fille était innocente et qu'on l'avait calomniée.
Les accusateurs ne trouvèrent pas que ce serment était une preuve suffisante dePinnocence de l'accusée ; ils tirèrent l'épée contre les amis du père qui firent de même, et un véritable combat eut lieu dans l'église, sans que personne songeât à l'empêcher.
Ce fut d'un commun accord qu'après le sang répandu, on convint de s'en rapporter à justice.
Mais comme l'épouse adultère savait qu'il serait facile de prouver sa culpabilité, elle n'attendit pas le jugement et s'étrangla de ses propres mains.
On juge par ce fait de l'état de baii>arie dans lequel on était encore.
En 665, Sigebrand, évêque de Paris, fut assassiné par plusieurs seigneurs de la cour qui enviaient sa puissance et son crédit.
En 666, une peste violente se fit sentir dans Paris et un grand nombre de ses habitants périrent.
Une succession de rois qui laissèrent exercer lo
pouvoir par des maires du palais et que Thistoire aQétris dunom de rois fainéants, et un interrègne de plusieurs années, nous mèneront jusqu'à Tavènement de Pépin le Bref, mais il nous reste à noter les accroissements, changements et embellissements qui furent opérés à Paris pendant les années qui précédèrent Tarrivée au trône des rois cariovingiens, qui forment ce qu'on appelle la seconde race.
On demeure surpris, lorsqu'on consulte les documents que nous ont laissés les anciens chroniqueurs, du nombre prodigieux d'églises et de chapelles qui furent élevées dans l'enceinte de Paris par les successeurs de Clovis.
Mais il faut avoir soin d'observer que ces édifices religieux étaient loin d'avoir, pour la plupart, l'importance de certaines basiliques.
On assemblait quelques planches, on y ajustait un toit de branchages, et voilà une chapelle dédiée à un saint quelconque ; beaucoup de ces chapelles disparaissaient sans laisser aucune trace ; d'autresi au contraire, étaient démolies pour être reconstruites plus solidement, vinrent alors les Normands, ainsi qu'on le verra plus loin, qui prirent à tâche de renverser toutes les églises ; la paix faite avec eux, on s'empressa de les réédifier plus solidement encore et quelques-unes ont traversé les siècles et sont encore debout.
Parmi les églises dont la date de la construction primitive ne peut être fixée d'une façon certaine, mais qui existaient aux vu* et vm* siècles, il faut citer :
i° La chapelle Sainte-Catherine, qui prit plus tard le nom de chapelle de Saint-Luc et devint l'église Saint-Symphorien.
Cette chapelle était située rue du Haut-Moulin (rue qui s'appela d'abord rue Neuve-Saint-Denis, puis rue Saint-Denis de la Chartre, et enfin au XYi* siècle une partie prit le nom de rue des Hauts-Moulins, l'autre fut appelée rue Saint- Symphorien ; au XIX' siècle on la trouve désignée sous le nom de rue du Haut-Moulin, elle commence à la rue de Glatigny pour finir au quai Napoléon, et fut supprimée pour la construction des bâtiments du nouvel Hôtel-Dieu). -Elle tombait en ruines lorsque Mathieu de Montmorency qui n'avait pu accomplir le vœu qu'il avait fait d'aller en Palestine, voulut expier sa faute en abandonnant ài'évèqueËudes de Sully les droits qu'il avait sur cet oratoire. L'acte relatif à cet abandon est de 4206. Éliénor, comte de Yermandois, et plusieurs autres personnes pieuses ajoutèrent bientôt à cette libéralité de nouvelles dotations qui permirent d'établir dans la chapelle Sainte-Catherine restaurée quatre chapelains desservants (parmi ces dons figurait celui du four banal de la ville de Paris, appelé le four d'Enfer à cause de sa profondeur et de son obscurité). Garnier de Saint-Lazare, bourgeois de Paris, Rogier de La Chambre et Raoul Chevenacier fu-
rent les bienfaiteurs de cette église, rebâtie en
Cette église était à son origine aussi basse que celle de Saint-Denis de la Chartre, lorsqu'on eut reconstruit en pierres le pont Notre-Dame elle fut divisée en deux par le moyen d'une voûte, et dit Le Maire dans son Paris ancien et fiouveau: « et les entrées de part et d'autre rehaussées et la moitié est restée en terre et l'autre moitié dehors^ en sorte que l'autre chapelle a sa porte au rezde-chaussée et fort obscure, n'ayant point d'autre jour que celuy qui y entre par deux fenestresqui sont joignant le pavé de la rue. »
On transféra dans celte église la paroisse Saint* Leu-Saint-Gilles, mais cette réunion ne subsista que jusqu'en 1698 ; le chapitre et la paroisse passèrent alors à l'église de la Madeleine de la Cité.
La chapelle Saint-Symphorien fut cédée en 1704 à la communauté des peintres, sculpteurs et graveurs qui la rétablirent et la décorèrent. Le tableau de saint Luc leur patron, dont ils avaient orné l'autel, l'a fait nommer chapelle de Saint- Luc. Devenue propriété nationale en 1790, ell«* fut vendue le 4 brumaire an IV, puis démolie ; sur son emplacement fut établie la maison de la Belle Jardinière qui disparut à son tour, en 1867 pour faire place au nouvel Hôtel-Dieu.
^ Saint-Denis de la Chartre, chapelle bâtie sur une cave dans laquelle on prétendit que saint Denis et ses compagnons avaient été enfermés , quelques auteurs, enchérissant sur cette donnée allèVentplus loin, ils soutinrent que ce fut dans cette chartre (prison) que saint Denis eut là tète tranchée, et ils invoquaient en témoignage de cette opinion, une pierre percée d'un trou.
Dulaure pense que cette pierre était un ancien autel du paganisme et que ce fut sur ses ruines qu'on éleva l'église de Saint-Denis, à l'extrémité du pont Notre-Dame, au coin de la rue du Haut- Moulin ; quant au nom de Chartre qui lui fut donné, il lui serait venu de son voisinage avec la prison de Glaucin.
Cette église fut rebâtie aux xiv" et xv« siècles ; le portail était de cette dernière époque, ainsi que le témoignait un bas-relief placé au-dessus de la porte représentant des figures chargées de ventres proéminents particuliers à la mode existant sous Louis XL
Saint-Denis de la ChaKre fut supprimée en 1790. Devenue propriété nationale, elle fut vendue en deux lots le 29 frimaire an YII et démolie en 1810. L'enceinte des maisons qui environnaient cette église et qu'on appelait le bas Saint-Denis était un lieu privilégié où les ouvriers pouvaient travailler, sans avoir besoin d'être pourvus de la maîtrise.
3^ Saint-Marcel ; c'était une chapelle érigée au lieu 011 fut inhumé ce saint, au mont Cet^irdus (Mouffetard). Saint Marcel, qui fut évêque do Paris, était en grande vénération auprès .de^
Pa
fiil
ba eh qn do soi jet
les prit jari Odi del d'al Har gi8 éUi' nos, gial
Promenade du Dragon dani les rues de Parie, à la rète de Mint Marcel
Rolwrt devint évèque à la place de Landry et fut l'uo dea membres du conseil de régence de Clotaire, Childéric et Thierry, enfanta de Ciovia H.
u En 666, lisona-nous dans Félibien, la peste dépeupla une partie de la ville de Paria. La contagion gagna bientôt l'abbaye de Saint-Martial, fondée par saint Ëloi, et emporta une grande partie des religieuses ; sainte Aure, qui en estoit encore abbesse, ayant eu un pressentiment certain de sa mort se prépara sérieusement à partir de ce monde. Elle commença par assembler sa communauté et l'ayant divisée en deux bandes elle avertit les unes de demeurer lidelles à leurs
devoirs et les autres de se disposer à mourir. Sa prédiction se trouva véritable. Elle fut incontinent frappée de la peste, et après elle toutes les religieuses qu'elle avoit marqué qui dévoient la suivre au nombre de cent soixante. Leurs corps furent tous inhumés dans le cimetière de saint Paul, d'oCi celui de sainte Aure fut rapporté cinq ans après dans l'église de son abbaye, o
Les Parisiens cbangèrent de maître en 61^1, année de la mort de Thierry qui n'était plus qu'une ombre de roi; quelques années aupara* vant le maire Pépin luiavait livré bataille auprès de Saint-Quentin, et le poursuivant jusqu'à Pari*,
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il avait assiégé la ville, s'en était emparé et s'était rendu maître des trésors et de la personne de Thierry, à qui il avait bien voulu laisser le titre de roi, mais c'était lui qui réellement gouvernait.
Sous Glovis III, sous Ghildebert II, ou sou Dagobert II, successeur de Thierry, Paris ne fournit à Thistorienaucun fait saillant ; les rois et les grands continuent à se battre, à s'emprisonner, à se voler mutuellement leurs trésors et le peuple regarde passer tous ces pourfendeurs, .ces chasseurs de couronnes au sort desquels il s'intéresserait médiocrement si sa sécurité et son existence n'étaient sans cesse menacées par ces troubles continuels.
Après Dagobert II, Glotaire lY, après Glotaire Ghilpéric II, après Ghilpéric Thierry II.
Le nom seul change, les rois demeurent fainéants ; des privilèges de la royauté, ils ne conservent guère que celui de porter les cheveux flottants et la barbe longue. Relégués dans un manoir sur les bords de l'Oise, ils y vivent d'une pension réglée par les maires du palais et Paris ne les voit que dans les grandes cérémonies publiques où ils se montrent sur un chariot traîné par des bœufs.
Ges maires, chefs des leudes et possesseurs d'immenses domaines, étaient les véritables souverains, et Tun d'eux, Gharles Martel, fut un vaillant guerrier qui frappa en véritable martel sur les ennemie de la France; mais ce fut Pépin le Bref, son fils, qui fit cesser cette double royauté, l'une de fait, l'autre de nom, et exerça comme roi le pouvoir souverain.
Paris reçut pour la première fois sous son règne la visite du pape Etienne en 754. On sait que ce fut lui qui sacra Pépin et ses doux fils dans l'église de Saint-Denis.
Quelques jours avant cette cérémonie^ il y en eut une importante à Paris à l'occasion de la translation du corps de saint Germain, inhumé cent dix-huit ans auparavant dans la chapelle de Saint-Symphorien, joignant le vestibule de la basilique de Saint- Vincent.
Gette translation eut lieu le 24 juillet, on tira de la terre le cercueil de pierre renfermant le corps de saint Germain qu'on transporta de la chapelle de Saint-Symphorien dans la nef de la grande église.
Le lendemain le roi s'y rendit accompagné de ses deux fils, des évèques, des seigneurs de la cour et avec l'aide de quelques-uns de ses familiers, il porta à bras le cercueil sous le rond-point de la basilique, derrière le grand autel, et sans avoir été ouvert, il fut descendu dans un caveau spécial.
Ge fut à partir de ce jour que la basilique de • Saint-Vincent devint Saint-Germain -des-Prés.
Sous les rois de la première race ce sont toujours les cérémonies religieuses, dont les détails sont conservés avec soin, pour être transmis à la
postérité, et cela se comprend, puisque les évèques et les ecclésiastiques étaient les dépositaires de l'autorité supérieure.
Aussi les chapelles et les églises s'élèvent-ellfê de tous c6tés, cependant au viii* siècle quelque groupes d'habitations se formèrent autour des chapelles construites sur les deux rives, mab ils étaient séparés par de grands espaces de terrains vagues.
« Durant la première race de nos rois, dit on historien, les faubourgs de Paris s'accrurent â considérablement que dès lors ils auraient pn former une autre ville. »
Méderic ou Merri, ancien abbé du mouastère de Saint-Martin, en revenant d'un pèlerinage était tombé malade et s'était retiré dans une sorte d'ermitage qui avoisinait un oratoire dédié à saint Pierre et qui existait dans un faubourg septeotrional de Paris.
Il y mourut le 29 août 700 et son corps fol inhumé dans la chapelle de Saint-Pierre, la sainteté de sa vie le fit bientôt considérer comme le véritable patron du lieu où reposaient ses reliques, et à la place de la chapelle s'éleva une église dédiée à saint Merri. Elle fut dotée en 884 par le comte Adalard. La, dotation fut confirmée en 883 par le roi Garloman, et en 936 par Louis d'Outremer. Peu après elle fut érigée en collégiale. L'édifice fut alors reconstruit aux frais d'un certain Odon, le fauconnier, qui y fut inhumé.
Sous François P', l'accroissement de la population du quartier rendit nécessaire la reconstruction de l'église qui fut commencée en 1521 et ne fut terminée qu'en 1612.
Une crypte a été ménagée à la place du caveaa où se trouvait le tombeau du saint.
Lorsqu'on abattit une partie du vieux monament primitif pour édifier le nouveau, on découvrit dans un tombeau en pierre le corps d'un guerrier dont les jambes étaient recouvertes de bottines de cuir doré. Une inscription qui se trouvait sur le cercueil attestait que ce eorps était celui de Odo Falionarius, Odon ou Eudes le fauconnier.
L'église est de style gothique. L'édifice se développe sur cinq nefs en ogive qui viennent aboutira la croisée. L'hémicycle du chœur est formé de treize ogives.
Des deux côtés du porche se trouvent deux petites entrées latérales; au-dessus de celle de gauche s'élève une tour, ogivale dans sa partie inférieure et cintrée à ses derniers étages avec pilastres duxvii* siècle. Gette tour, construite dans le style de la renaissance, est un peu lourde et on lui préfère la petite tourelle gothique de droite revêtue d'une arcature et surmontée d'un campanile en bois travaillé à jour.
Des clochetons, des gorges fouillées qui courent le long du portail à trois portes complètent la façade du monument.
L'église de Saint-Merri est construite sur un
plan uniforme; le bras méridional du transept
est presque complètement caché par la maison
presbyte raie.
La grande nef est accompagnée d'un collatéral
unique au nord, double au midi, cinq chapelles
accompagnent chacun des collatéraux.
Vers 1753, sous prétexte de restauration, les treize arcades en ogive du chœur et de Tabside furent converties en plein cintre et on brisa les moulures des piliers, pour les revêtir de stuc. En 1754 on défonça trois chapelles du côté du midi pour ouvrir autant d'entrées à la chapelle de la communion nouvellement construite. Ce fut l'architecte BofTrand et les frères Slotdz qui conçurent et mirent à exécution ce beau projet.
Enfin en 1842, on entreprit de nouveaux travaux de restauration qui repeuplèrent la porte centrale de statues médiocres des douze apôtres, couronnées de nimbes en bois peint. Ces vingt statuettes des voussures furent faites d'après des moulages pris à Notre-Dame sur la porte du transept.
Le maitre-autel de Saint-Merri a la forme d'un tombeau; il est surmonté d'un grand christ en marbre. La travée terminale du chœur est ornée d'une gloire d'assez mauvais goût; un peu au-, dessous, il y avait autrefois un tabernacle suspendu renfermant le saint sacrement; plus bas était une chasse de Saint-Merri en bois doré. Elle a été enlevée et remplacée par un reliquaire.
On remarque à Saint-Merri de bonnes peintures entre autres un beau saint Pierre de Restout, la réparation d'un Sacrilège de Belle, un saint Merri de Simon Yoûet, deux excellents tableaux de Carte Vanloo, une Vierge et r enfant Jésus et un saint Charles Borromée, On doit aussi citer les peintures décoratives de M. Sébastien Cornu consacrées à M"**^ Acarie devenue carmélite, celles de MM. Lépaullo, Ghassériau, Du val et Lehmann.
Jadis, Saint-Merri possédait des vitraux fort appréciés, ils étaient 1 œuvre de quatre des plus habiles verriers du xvi* siècle, Héron, Jacques de Paroy, Charnu et Jean Nogare; en 1742 la fabrique fit remplacer par des vitres blanches les carreaux de la division centrale de chaque fenêtre.
C'est par un étroit escalier de quinze marches qu'on descend dans la crypte, chapelle souterraine qui remplace celle où fut le tombeau de Saint-Merri; la voûte de cette chapelle est divisée en quatre travées et soutenue par une grosse colonne libre et des colonnes engagées.
Parmi les personnages qui furent inhumés dans cette église, on compte Raoul de Presles, le chancelier Jean de Ganay, le poète Jean Chapelain et Armand de Pomponne ministre d'état sous Loub XVI.
Saint-Merri possédait jadis des tapisseries de grand prix, elles étaient dues à un artiste du nom de Dubourg.
Dubourg étaitParisienet «enfantdela Trinité» (hôpital) ; ses tapisseries de Saint-Merri firent si grand bruit en leur temps que Henri lY voulut les voir et que, les ayant vues, il les trouva si à son gré qu'il résolut de rétablir à Paris les manufactures de tapisseries que les désordres des règnes précédents avaient abolies. Les cartons de Saint-Merri dus à Lerambert appartinrent à l'église jusqu'à la Révolution de 1789 ; ils furent à cette époque, donnés à la bibliothèque nationale où ils- sont encore au cabinet des estampes. Quant aux tapisseries « qui avaient treize- pieds de haut sur vingt de large, » la dernière existait encore en 1852 mais dans un état déplorable; on s'en servait pour boucher les trous faits aux fenêtres par la grêle ou le vent, en attendant les réparations. Les onze autres étaient tellement mutilées que c'est à peine si quelques débris ont pu être conservés ; la tète de saint Pierre est de ce nombre; elle' a été recueillie par M. Jubînal, député au corps législatif, qui l'a donnée au musée de Cluny en 1861.
u Devant l'église il y avait autrefois, rapporte Sauvai, une espèce de parvis qui ressentait fort la primitive église; surtout ces deux lions qui en gardoient les deux côtés de l'entrée, étoient une auguste et terrible marque de ce saint lieu et donnoient une certaine terreur et respect aux passants ».
L'église Saint-Merri, qui porta le nom de Temple du commerce en 1793, est aujourd'hui paroisse du 4* arrondissement de Paris.
Dans l'origine, un cloître attenail à l'église, U comprenait dans son périmètre les rues Brisemiche et Taillepain (ces rues furent ouvertes au XV* siècle, elles tirent vraisemblablement leurs noms des pains ou miches du chapitre que l'on distribuait aux chanoines de la collégiale de Saint-Merri). Du côté de la rue Saint-Martin, on voyait une porte ou barrière qui avait fait donner à cet endroit le nom de la barre Saint-Merri du nom de la juridiction temporelle que les chanoines y exerçaient. Les prisons du chapitre y étaient situées ; on y tenait également des assemblées capitulaires.
Childebert III, fils de Chilpéric, fut reconnu roi en 743 ; on venàit^lors de défendre aux clercs et aux moines d'aller à la guerre, et tous les monastères de Paris furent soumis à la règle de saint Benoit ; rien d'important sous ce règne, sinon que le comte de Paris Gairin, préposé à l'administration de la justice, en profita pour s'approprier certains droits perçus à la foire du Landit et qui appartenaient aux religieux.
C'était une peccadille; dans ces temps barbares le vol et la rapine étaient dans les habitudes des gouvernants et de leurs agents.
Gairin est le premier cité comme ayant porté ce titre de comtede Paris; il habitait une maison dans la partie occidentale de la Cité, sur Templa-
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cément de laquelle s'éleva le Palais de Justice ; à l'est était la maison d'église, habitée par l'évèque et son clergé.
Le comte et l'évéque se partageaient l'autorité qu'ils exerçaient, chacun dans les limites de sa juridiction.
Au comte de Paris Gairin succédèrent Sonachildeet Gérard, qui furent comtes de Paris de 753 à 75d, puis vinrent ensuite Etienne, comte de Paiis en 770, Picopin qui mourut en 816, Gérard II qui vivait en 837, Conrad en 879, Eudes
en 889, Robert en 922, Hugues le Grand eo y», et Hugues Capet qui se fit proclamer roi.
Immédiatement après, ces cora(«s chai^dg gouvernement de Paris, venaient les viconteidt Paris.
Il serait difficile de dire où s'arrêtaient lei limites de leurs droits, car ils s'arrogeaient nui qii'ils n'avaient pas ; on peut donc dire qu'ilste avaient tous, ainsi que les évoques et aprèstn les abbés, et Dieu sait si souvent les uns el h autres en abusèrent !
< ixiis foinéauU te montrtiient dam les cérémoaies publiques duos no chariot Iratné par de» boeub. Page 42, col. I.)
Cbarkraagne ~ Un jugement de Dieu. -- Cbulet le Cbauve. — Les Normands. — Le liège de Ptiii. - Bafa Capet. — Les reliques. — Les JcheTias. — PhysioDOmie de Puris. — Lm terreurs de l'an iOM. — Lea épreo'» judiciaires.
rois de la seconde race négligèrent beaucoup Paris. Pépin et Gharlemagne n'y résidèrent point, ils n'y firent que de courts séjours I passagers. Paris, capitale sous la première race, était tombé au rang de comté BOUS la seconde,' et la France elle-même n'était plus qu'un duché, l'empereur d'Occident avait établi sa cour à Aix-la-Chapelle.
du fut de là que Gharlemagne data les di^e^ actesconfinnatirs des donations que son père mil faites aux abbayes.
En 775 il assista k la dédicace de la noDVtSt église de Saint-Denis et Paris fut en fêle ia& occasion. Erchenpade était alors évèque de Pani-
Ce fut au retour d'un voyage à Rome, qui! H en 779, que Gharlemagne, avec l'aide de son oùnislre Alcuin, fonda dans son empire des école
i l'usage desjeunesgeos qui voulaient s'instruire dans lee sciences humaines, et par son ordre plusieurs de ces écoles furent établies à Paris, notamment dans la maison épiscopale, dans l'abboye de Sainte-Geneviève et dans celle de Saint-
Oermain-des-Prés. Hilduin, Hincmard, Usnard, Abbon, Aimion, sortirent de ces écoles qui furent modelées sur celle du palais.
En 801, Gharlemagne députa dans les diverses provinces de France des commissaires chargés de
Cbarlcmajue dictant tee Capitulaires i Alcnin. Page 44, col. i.)
veiller à la conduite des évëques, de s'informer de la façon dont la justice était rendue, etc. Ce fut Etienne, comte de Paris, qui fut chargé de celte commission, coDcurremment avec Fardulphe, évéque de Saint-Denis. L'empereur adressa en 803 au comte Etienne quelques ordonnances avec ordre de les faire publier à Paris.
En 813, une ordonnance spéciale, insérée dans les Capitulaire$, porte que si quelqu'un de ceux qui sont chargés de faire le guel dans Paris manque à son devoir. Usera puni par le comte, premier magistrat de la cité, d'une amende de quatre sous.
Cbarlemagne mourut le 28 janvier 81 4.
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DBS PARISIENS
Nous trouvons trace sous son règne d'un différend, jugé par ce qu'on appelait le Jugement de Dieu par la croix,
L*évèque de Paris prétendait que le monastère de Pinceraye, situé aux environs de Saint-Germain-en-Laye, avait été donné à la cathédrale; Tabbé de Saint-Denis soutenait au contraire que la donation en avait été faite à son abbaye par un certain Hagadée.
On ne pouvait savoir qui avait raison, de Tévèque bu de l'abbé.
On eut recours au jugement de Dieu par la croix.
Deux hommes, Tun appelé Corel, se déclara le champion de Téglise de Paris, l'autre nommé Aderamme se chargea de défendre le droit de Tabbé de Saint-Denis.
Tous deux se rendirent dans la chapelle du roi et tandis que le chapelain Harnaud récitait les psaumes et d'autres prières, ils mirent au même instant les bras en croix.
Il était convenu que celui qui demeurerait le plus longtemps en cette posture aurait gain de cause. Corel baissa le premier les bras par lassitude.
Il fut jugé que l'église de Saint-Denis dont Aderamme était le champion avait meilleur droit que celle de Paris, et ce jugement fut rendu par le roi, assisté de ses conseillers au nombre desquels figure Gérard, comte de Paris (28 juillet 775).
Cette façon de plaider une cause était au moins originale, il eût encore été plus simple que l'évèque et l'abbé levassent les bras eux-mêmes ; mais cela leur eût occasionné une fatigue^ qu'ils préféraient faire supporter à d'autres.
Louis le Débonnaire en succédant à Charlemagne, ne fit pas plus que son prédécesseur pour Paris, il ne sut que donner aux églises et augmenter le pouvoir ecclésiastique.
L'évêque de Paris avait alors une juridiction, non seulement dans la Cité, qu'on appelait dans le langage de l'Église « la Terre Sainte Marie » mais encore sur les rues avoisinant Saint-Germain l'Auxerrois et sur un grand chemin qui conduisait de Saint-Merri à un lieu appelé Tudella, avec défense à tous autres ofûciers qu'à ceux de l'évêque de lever ni cens ni droit dans l'étendue de cette juridiction. La justice était rendue par un juge nommé par l'évêque et les vassaux et les serfs de l'évêché y étaient soumis.
On avait souffert de la famine sous le règne de Charlemagne en 779 et en 793 ; elle fut pire encore en 820, en raison des maladies qu'une humidité extraordinaire ajouta à la privation du pain. La Seine déborda et une inondntion survint. Dans tout Paris submergé on n'allait qu'en bateau. Leseauxne respectèrent, dit-on, que «le lit auquel la sainte vierge Geneviève avait rendu son glorieux esprit à Dieu le créateur. »
Ce lit était placé dans un monastère situé auprès
de l'église Saint-Jean. Les Parisiens accoururent et se mirent en prières. Par miracle, ne manquat-on pas de prétendre alors, la rivière rentra dans ses limites ordinaires, mais la pestilence et le manque de nourriture firent périr un grand nombre de Parisiens.
Un concile fut tenu le 6 juin 829 dans l'église de Saint-Étienne-le-Vieux(contiguë à Notre-Dame» vis-à-vis Saint-Jean-le-Rond, qui était de l'autre côté du parvis), à ce concile assistèrent vingt-cinq évêques des quatre provinces de Reims, Sens, Tours et Rouen avec leurs métropolitains. Les actes qui y furent discutés formèrent trois parties: la première traitait des affaires ecclésiastiques, la seconde des devoirs des rois, et la troisième demandait l'établissement d'écoles publiques à Paris et dans deux autres villes, ce qui fut fait.
Comme il est question dans ces actes du règlement de vie des évêques et de leurs subordonnés, on y trouve de curieux détails relatifs à l'insUtn-^ (ion 4'un chapitre de chanoines dans l'église de Paris; ces chanoines devaient loger dans des cloîtres exactement fermés et dont l'entrée était formellement interdite aux femmes; ils devaient a être assidus aux divins offices et chanter »vec modestie, sans bâton pour s'appayer ». A Paris, les chanoines étaient gouvernés par des dpyens. Un titre de 991 fait mention d'un certain Hilaire, doyen de l'église de Paris.
Les premières années du règne de Louis le Débonnaire avaient été assez paisibles, mais en 830 des divisions s'élevèrent dans la famille impériale (depuis Charlemagne les rois de France é taien t empereurs d'Occident), les trois fils que {'empereur avait eus d'Ermangarde sa femme, avaient chacun sa part des États formant l'empire, mais Louis s'étant remarié avec Judith, fille du comte de Bavière, celle-ci voulut assurer aussi un royaume à son (ils Charles, et les enfants du premier lit n'étaient pas le moins du monde disposés à seconder cette prétention. Ils mirent les armes à la main et Pépin, l'un d'eux, s'avança à la têt« d'une armée jusqu'à Paris, où son frère Lothaire le joignit bientôt et Louis, le troisième, ne tarda pas à s'y rendre.
Louis le Débonnaire se retira à Compiègne et l'i mpératrice Judith entra au couvent; mais les cho* ses s'arrangèrent à peu près : Louis reprit les rênes du gouvernement, sa femme sortit du couvent et les Parisiens espérèrent que la tranquillité allait renaître. Mais en 833 les enfants du monarque français se révoltèrent une seconde fois, sous prétexte que leur père était complètement sous la dépendance de sa femme, et de nouveau ils arrivèrent à Pariç, s'emparèrent de la personne du roi Louis et obtinrent contre lui une sentence de déposition , et plusieurs évêques qui favorisaient la conduite de ces fils peu soumis à l'autorité paternelle infligèrent à Louis une pénitence publique; celui-ci demeura pendant huit mois entre
les mains de son: fils Lothaire qui le faisait conduire à sa suite, étroitement gardé, mais une réaction se fit : les deuxautres fils, craignant que Lothaire confisquât à son profit le trône de son père, s'armèrent pour le combattre. Lothaire rendit la liberté au roi et se sauva en Bourgogne.
Le lendemain 1®' mars 834, Louis le Débonnaire se fît réconcilier à l'église par les évoques et rentra en possession de son épée et de sa ceinture militaire, aux acclamations de la noblesse et du peuple. Encore une fois la paix était faite.
Elle ne devait pas durer longtemps, Louis le Débonnaire mourut le 20 juin 840 et Paris devint, comme toujours, le but de l'ambition des trois fils de ce prince.
Lothaire, l'un d'eux, prétendit exercer sur ses frères une sorte de suzeraineté et marcha sur Paris, dont le gouverneur lui était entièrement dévoué.
Les Parisiens durent lui ouvrir les portes de la Cité.
L'année suivante (841), ce fut le tour de Charles le Chauve, soutenu par son autre frère Louis, roi de Bavière, qui passant la Seine près de Rouen, à l'aide d'une flottille de vingt- huit bateaux, dont il s'était emparé, prit la route de Paris et y entra.
Lothaire furieux, leva des troupes et en 842, s'avança jusqu'à Saint-Denis, il se saisit à l'exemple de son frère d'une vingtaine de bateaux et se présenta devant Paris. Charles le Chauve n'osant pas affronter la lutte, s'en alla camper dans les environs de Saint-Cloud, laissant les Parisiens se défendre comme ils pourraient.
Un fléau chassa l'autre.
Une inondation considérable survint. Lothaire changea son plan de campagne et courut après Charles le Chauve qui s'enfuyait vers le Mans.
Les Parisiens respirèrent, mais ce ne fut pas pour longtemps.
Us allaient avoir affaire aux Normands.
Les Normands I ces terribles envahisseurs de la France qui devaient tout dévaster dans la capitale, où leur nom seul causait le même effroi que celui produit jadis par le nom abhorré des Huns.
Dès les premières années du ix' siècle, les peuples de TEurope septentrionale connus sous le nom générique de Normands (hommes du nord), commencèrent à se répandre sur les côtes françaises pour y enlever tout le butin qu'ils convoitaient.
Leurs premières incursions remontent au règne de Chariemagne, mais ce fut en 840, que, profitant des discordes des trois fils de Louis le Débonbaire, on les vit fondre sur Nantes, sur Bordeaux, sur Angoulème et rançonner ces villes.
En 841, le Danois Oscher, trouvant la Seine libre, s'avança jusqu'à Rouen qu'il prit le 12 mai et qu*il ruina et brûla deux jours après.
Puis, chargé d'un butin considérable, il emmena "une foule de captifs et redescendit le fleuve, pilla Jumièges et rançonna Saint- Yandrilie.
Rouen fut encore dévasté par Régnier en 845.
A partir de ce moment on ne compte plus les invasions qui furent incessantes.
Les monastères et les églises, riches en objets précieux, excitaient surtout la convoitise de ces pillards.
Bientôt, ils firent des excursions jusqu'à Saint- Germain et Rueil.
Ce fut alors que l'épouvante gagna les Parisiens.
« A la nouvelle de l'approche des pirates, dit M. Borel d'Hauterive, les Parisiens se hâtèrent d'emporter au loin dans les terres leurs biens les plus précieux. Les monastères furent évacués, les religieux s'enfuirent avec les reliques de saint- Germain et de sainte Geneviève, les prêtres avec leurs ornements d'église et leurs vases sacrés. Les mariniers gagnèrent en amont la Marne ou l'Yonne et cherchèrent une petite rivière, une crique pour abriter en sûreté leurs bateaux. Nul ne songe à attendre l'ennemi, et à combattre pour ses foyers dans une ville ouverte, n'ayant d'autres défenses que son fleuve, faible rempart contre une invasion de marins habiles montés sur une flotte nombreuse. On ne peut espérer un secoursefficace du roi Charles le Chauve. Ce prince pusillanime ne sait lutter qu'avec de l'argent et pour apaiser l'ennemi, il a poussé la faiblesse jusqu'à régler offîciellement à l'assemblée de Chiersy, par un capitulaire, le tarif des contributions que chaque ville du royaume devra payer pour satisfaire l'avidité des Normands. »
Cependant, pour faire un simulacre dé défense, Charles se mit à la tète d'une armée, mais ce fut uniquement pour protéger la riche abbaye de Saint-Denis.
Les Normands ne s'arrêtèrent point devant cette manifestation armée, ils se dirigèrent sur Saint-Cloud, et le 28 mars 845, ils se présentèrent aux portes de Paris, pillèrent les faubourgs de la rive gauche, les abbayes deSaint-Germain-des- Préset de Sainte-Geneviève, tandis qu'une partie des leurs, campés dans la forêt du Rouvre, (bois de Boulogne), saccageaient les environs.
Régnier, leur chef, voulut bien borner là son expédition, moyennant 7000 livres pesant d'argent, qui lui furent comptées. On y ajouta en outre une poutre de l'église abbatiale de Saint- Germain et un clou d'une des portes de Paris qu'il emporta comme trophées.
Onze années se passèrent.
En 856, une nouvelle flotte normande apparut sur la Seine, se dirigeant à pleines voiles sur Paris.
(( Quelle affliction! écrit Aimoin, le moine de Saint-Germain-des-Prés, témoin de cette triste scène ; les Français furent mis en fuite sans com*
HI&TOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
battre; ils lâchèrent pied avant que le premier trait de flèche fût lancé, avant que les boucliers eussent été. choqués. Les Normands savaient .que les seigneurs francs n*avaient plus.de courage: »
Ijdh Annales de S aint-Ber tin Ai^eni que c*est à rinstigation de Pépin que vinrent les Normands, ses alliés, qui ruinèrent les environs de Paris, JncendièrentSaint-Denîs, Sainte-Geneviève et Saiiit- Germain-des-Prés, a sans doute, ajoute Tauteur des Siègesde Paris^ l'amertume des plaintes d'Aimoin contre la lâcheté des seigneurs était injuste et se ressentait de Tirritation de voir l'abandon' où Us laissaient les établissements religieux pour ne songer qu'à leurs propres querelles. La victoire de Fontenay si chèrement achetée par, les vain queurs,sicourageusementdisputée par les vaincus, prouve $Lssez que le bravoure n'avait pas fui du cœur des Francs.». : .
Quoiqu'il en soit, une nouvelle indemnité acheta encore la paix pour cinq ans.
En 8Ç1, les Normands parurent derechef et ravagèrent les environs de Paris, mais ils n'y entrèrent pas; ils furent plus adroits : c'était les Normands de la basse Seine établis à Oissel qui inquiétaient les. Parisiens ; le roi fit alliance avec Weeland, autre. chef de Normands saxons, et lui versa une certaine somme pour qu'il le défendit.
Weeland prit l'argent et promit, mais au lieii de combattre les Normands de l'île d'Oissel, il se joignit à eux, ce qu'il avait reçu et ce que les autres avaient pillé furent partagés ; le tout était évalué à 5,000. livres d'or et 5,000 livres d'argent.
Cette trahison révolta Charles le Chauve qui, . . sortant enfin^e son inertie, tomba tout à coup sur les envahisseurs, et les contraignit à s'enfuir au plus vile. Cet exploit valut aux Parisiens trois ou quatre années de paix.
« En 864 ou 866, les pirates reparurent dans les parages de l'embouchure de la Seine, un détachement de deux cents hommes remonta audacieusement de Pistres jusqu'aux environs de Paris dans l'intention de faire une réquisition de vin et de vivres. Ils revinrent sans butin, dit l'histoire qui n'explique pas s'ils trouvèrent la ville dénuée de tout, ou s'ils éprouvèrent un échec.
. « Au printemps suivant, une flotte plus considérable s'avança jusqu'à Saint-Denis où, ne trouvant pas de résistance, ils s'installèrent pendant plusieurs semaines pour piller le pays â loisir. On croit qu'ils n'osèrent pas attaquer Paris, parce que les travaux du Grand Pont commençaient â barrer le fleuve. Us ne furent pas en tout cas dérangés dans leurs déprédations, une maladie, fruit de l'intempérance, délivra seule le pays de ces hôtes dangereux. »
Trois ans plus tard, les Normands revinrent ; Charles le Chauve leur paya encore une forte somme et se montra si faible qu'ils eurent l'insolence de réclamer des prisonniers qui s'étaient échappés.
Un ancien historien s'indigne du succès remporté par ces hordes.
• « La hardiesse de ces barbares, ditril, est aussi étonnante que le peu de courage des Français de ce temp&-)à : les premiers qui n'étaient qu'une troupe de pirates plus accoutumés à surprendre les villes et à piller qu'à se battre en pleine eampagne,osaient entrerdans un royaume étendu, fortifié, rempli de gens armés, et pénétrer jusque dans la capitale de cette monarchie. Il semblait que la Providence avait 6té le cœur aux Français pour augmenter le courage des Normands. Ceux-ci, campés etfortifiés dans, une tle de la Seine, en sortaient pour faire des courses et venaient enlever des familles entières et piller les villes qu'ils. trouvaient sans défense. Un de leurs partis prit un jour le chancelier Louis, abbé de Saint-Dénis, et Gossin son frère, abbé de Saint-Germain;. ils exigèrent des sommes immenses pour leur, rançon et quoique les deux abbayes extrêmement riches s'épuisassent; pour la délivrance de. leurs supérieurs, il fallut encore livrer aux barbares des familles entières de vassaux et que le roi, le clergé et la noblesse se cotisassent pour augmenter là somme que les moines avaient donnée, » . • '
Ainsi, ce n'était pas seulement de l'argent que Charles le Chauve donnait aux Normands. C'était encore des familles entières de vassaux! Toutefois, Charles le Chauve se mit enfin en devoir, de protéger Paris par des fortifications pour le cas où les Normands essayeraient de nouveau de s'en emparer, il fit en 870 reconstruire le Grand Pont que l'ennemi avait détruit ; ce fut alors que ce pont fut reporté â la place où se trouve le Pont-au- Change ; mais auparavant, il rendit un édit par lequel il déclarait à tous, les évéques, abbés, ducs, comtes, etc., qu'il était résolu de bâtir sur le terrain de Saint-Germain-i'Auxerrois soumis à Notre-Dame, mais qu'il donnait le revenu de ce pont â l'évéque de Paris et â ses successeurs.
Il ordonna en outre que la cité de Paris, les châteaux situés sur la Seine et spécialement le château de Saint-Denis, seraient réparés ou reconstruits.
Quant aux fortifications projetées, elles se bornèrent à des tours placées aux extrémités du Petit Pont et du Grand Pont où s'établirent plus tard les changeurs. Celle défendant le Grand Pont fut désignée sous le nom du Ghâtelet.
Les appréhensions qu'on avait touchant le retour des Normands, furent justifiées vingt^uatre ans plus tard.
A Charles le Chauve avait succédé Charles YI, dit le Gros.
Cette fois, ce n'était plus une troupe de pirates qui arrivaient sur Paris, c'était quarante mille hommes commandés par Rollon et Sigefroi.
Ils s'avancèrent par les provinces rhénanes, le Brabant et la Picardie, et entrèrent par les villes de la Somme et de l'Oise dans l'Ile-de-France.
Du h&at de lenn toari, lee Pariiieoi jetaient lor lei oMiégeuit* Je llioile bouillante et de la pois fondoe, (Pege SO, col. 1.)
Neuf cenls bateaux chargés de machines de gaerre, brûlots, toui^, halistes, etc., et pouvant tenir la mer, remontërentla Seine et Sigefroi demanda le passage libre aux Parisiens.
L'évëque Gozlin, abbé de Saint-Germain-des- Prés, s'était h&té de faire transporter dans l'intérieur de la Cité, toutes les reliques qui étaient dans son église et casque en tête, la cuirasse sur la poitrine, il se prépara à combattre en soldat et à seconder Eudes, fils de Robert le fort, qui était alors comte de Pariset qui gouvernait la ville en cette qualité.
11 répondit qu'il ne pouvait livrer une capitale dont dépendait le sort da royaume.
Uv. 7
— Paris doit défendre les autres places et non servir à leur ruine, avait-il dit.
— Voua m'en refusez l'entrée, répondit fièrement Sigefroi, mon épée me frayera le chemin. Nous verrons si vos tour» sont à l'épreuve de mes machines et de la vaillance de mes soldats.
Le grand Cb&telet qui était ea conalruction avait été achevéà la hâte, aux premières nouvellei qu'on avait eues de l'approche des Normands.
Une bonne garnison y avait été placée.
Des sotdaU aguerris gardaient aussi les tours des ponts.
On se préparait cette fois & recevoir de pied ferme les assiégeants.
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS RT DES PARISIENS
Les Normands ne s'attendaient pas à cette défense, la mollesse de Charles le Chauve les avait bercés de l'espoir qu'ils entreraient dans la ville avec la même facilité que sous le règne de ce prince; ils furent aussi surpris qu'irrités de la résolution prise par les Parisiens de ne pas se laisser vaincre sans combattre.
Dès le lendemain ils donnèrent l'assaut. Eudes et son frère Robert, aïeul de Hugues Capet, parcouraient la ville animant par leur présence les habitants et les soldats et stimulant le zèle de chacun. L'abbé Ebles, neveu de l'évèque, homme d'une force prodigieuse les suivait ; ces trois hommes assigriant. les postes de chacun^ distribuant des armes à ceux qui n'en avaient pas, enflammai i:;nt tous les courages.
Ce premier assaut fut des plus meurtriers. Une grêle de flèches et de javelots tombait sur les assiégés, tandis que des matières incendiaires étaient lancées sur les églises et les maisons particulières.
Tout à coup on vit une tour roulante de la hauteur de trois étages, s'avancer sur un bateau jusqu'à celle du Grand Pont et abaisser sur elle un pont-levis.
Alors ce fut une mêlée terrible.
On combattait corps à corps.
Eudes, l'évèque Gozlin et ses compagnons se défendirent avectantd'opiniâtreté, que les assaillants durent se retirer avec des pertes sérieuses. On passa la nuit à réparer les dégâts causés par l'ennemi.
Les parapets de la tour du Grand Pont étaient en partie détruits, la plate-forme éboulée; tant bien que mal on assembla une charpente de pouires et de soliveaux qui releva la tour et on attendit le retour du jour.
L'évêquci avait été blessé d'une flèche, mais cela ne Terapêcha pas de reprendre son poste de combat et au lever de l'aurore, les Normands furent très désagréablement surpris, en voyant les ouvrages qu'ils avaient cru détruits, debout comme la veille.
Sigefroi fit alors avancer les mantelets; c'était des galeries couvertes qui protégeaient les assiégeants et leur permettaient d'avancer jusqu'au pied des murs et des tours qu'on voulait incendier.
Ces galeries étaient revêtues par des peaux de botes à poil.
Les Normands s'avancèrent.
Mais du haut de leurs tours, les Parisiens jetèrent sur ces galeries des pierres énormes et des solives pointues, ferrées, qui les défoncèrent ; ils avaient auprès d'eux de Thuile bouillante et de la poix fondue et aussitôt qu'une ouverture était faite aux galeries ils y jetaient ces ingrédiens qui brûlaient vifs tous ceux qui s'y trouvaient rassemblés.
Atteints par le feu, on voyait alors ces malheu-
reux se précipiter dans la Seine pour éteindre l'incendie qui les dévorait.
Ce second assaut n'eut pas plus d^efi'et qae le premier.
Il fallut changer de tactique.
Sigefroi convertit alors le siège en blocus et s'occupa de couper les vivres aux assiégés, en faisant enlever par sa cavalerie tout ce qui existait
dans les environs.
Cela n'avança nullement ses affaires ; les Parisiens surent tromper la vigilance de ses soldats et se procurer du pain.
Alors, un troisième assaut fut tenté.
Cette fois, le comte Eudes partagea ses troupes en trois corps, deux furent chargés de la défense des ponts.
Le troisième s'enferma avec lui dans la grande tour, bien décidé à mourir plutôt que de se rendre.
Sigefroi comprit qu'il ne parviendrait pas par les moyens ordinaires à s'emparer de cette tour, il fit entasser à la base du bois, de la paille et y fît mettre le feu.
Seulement, il n'avait pas remarqué que le vent soufflait du côté qui faisait face à ses soldats, de façon que la flamme vint mordre les mantelets et que tous ses ouvrages furent incendiés.
Nombre de ses hommes périrent encore par le feu.
Ce fut alors que l'évèque Gozlin, suivi de son neveu et de Robert, sortirent de la place et profitant de la confusion et de la terreur des Normands, se jetèrent sur eux et les poursuivirent^ l'épée aux reins, jusqu'aux portes de leur camp.
Les Normands avaient afl'aire à forte partie.
Malheureusement, -un événement terrible vint changer la physionomie de la lutte.
Grossies par les pluies, les eaux de la Seine débordèrent et se ruèrent avec une telle impétuosité contre les piles du petit pont de bois communiquant avec la rive gauche, qu'elles les entraînèrent, de façon que le pont s'écroula et que la tour du Petit Châtelet se trouva isolée et cernée d'un côté par la Seine, de l'autre par les assiégeants.
Mais laissons la parole à l'auteur des Sièges de Paris pour raconter la scène émouvante qui suivit :
« A la vue de ce désastre, il s'éleva de Paris un immense cri de douleur et de consternation que couvrirent les chansons joyeuses des hommes du Nord. Les défenseurs de la tour furent sommés de se rendre, mais ils rejetèrent cette proposition avec hauteur. Ils n'étaient qu'au nombr» de douze, ces vaillants guerriers dont, par un glorieux hommage, l'histoire nous a conservé les noms. C'étaient Ermenfride, Hervé, Eriland, Odoacre, Erwig, Arnold, Soliès, Gozbert, Guy, Ardrade, Eynard et Goswin. Ils soutinrent pendant plusieurs heures tous les efierts des assiégeants, qui, ne pouvant pénétrer par la brèche^
entassèrent des monceau ic de paille, de poix et de résine au pied de la tour et y mirent le feu.
c< Les douze braves, absorbés par les soins de la défense, ne purent arrêter les progrès de la flamme. Ils se retirèrent sur le pont dont la première arche était restée debout et continuèrent la
lutte.
« Sur Fautre rive, les PariMens les encourageaient du geste et de la voix et ils se voyaient avec désespoir dans Timpossibilité de les secourir. Cette poignée d'hommes devait finir par succomber sous le nombre de ses adversaires. Onze périrent.
« Hervé, que les chroniqueurs nous peignent comme un homme beau, bien fait de sa personne, rehaussant par ses avantages personnels Téclat de son costume et de ses armes, fut fait prisonnier par les Normands, qui le prenant pour un grand seigneur espéraient en tirer une rançon. Mais il s'échappa de leurs mains, sauta sur une épée et vendit chèrement sa vie. La tour fut complètement rasée et sa destruction n'offrit qu'une légère compensation des pertes que les Normands firent dans cette journée. »
Or, tandis que les braves Parisiens se défendaient de la sorte, leur souverain, l'empereur Charles le Gros était tranquillement occupé de l'autre côté du Rhin à quelques affaires de cour, et les assiégés attendaient que son armée vint les délivrer de leurs ennemis.
Désespéré de ne pas voir venir cette armée de secours qu'il attendait vainement, le comte Eudes se décida à partir pour Metz afin de voir l'empereur, mais son départ fut interprété comme un abandon, les bourgeois étaient dans la consternation ; la seule porte de Paris était gardée par les Normands, et ceux qui savaient pourquoi Eudes était parti, craignaient qu'il ne pût rentrer. Tous <lécimés par la faim souffraient de la longueur du siège et s'épuisaient dans des sorties tentées pour enlever à l'ennemi quelques têtes de bétail.
Enfin le comte reparut avec un léger secours, les renforts purent entrer dans la place et les Parisiens reprirent un peu courage.
Lassé d'une telle résistance, Sigefroi demanda alors à traiter, ce qui eut lieu, mais plusieurs autres chefs Normands continuèrent le siège et un nouvel assaut fut encore donné ; leur élan fut tel que déjà ils étaient parvenus à atteindre le haut d'une muraille, lorsqu'un petit mais vaillant Parisien, nommé Gerbauld, accourut avec quelques compagnons, culbuta les premiers arrivés sur la plate-forme et mit les autres en déroute. Les Normands essayèrent encore du feu, mais ils ne réussirent pas mieux ; une sortie des assiégés leur infligea de grandes pertes et nombre de leurs soldat^ furent noyés.
Ce fut le dernier assaut; les Normands découplages par tant d'insuccès, en revinrent au blocus. Mais Charles le Gros avait fini par se décider è
marcher, il arriva avec une armée conéidérable ; déjà les Parisiens se réjouissaient de pouvoir écraser leurs ennemis, mais au lieu de combattre, l'empereur fit camper son armée sous les murs de Paris, puis sur les hauteurs de Montmartre, et négocia avec les chefs normands.
Il s'engagea à leur payer sept cents livres pesant d'argent au i" mars 887.
Pour comble de faiblesse, l'indigne monarque les autorisa à ravager les pays de la haute Seine.
Les Parisiens, indignés, refusèrent d'acquiescer au honteux traité consenti par Charles le Gros et ils ne permirent pas aux Normands de passer avec leurs bateaux sous les ponts de la ville ; ils durent les tirer de l'eau et les transporter pendant l'espace de 3500 mètres au-dessus de Paris.
Peu de temps après, les Normands ayant, suivant leur habitude, manqué à leurs engagements, ' un grand nombre d'entre eux furent massacrés dans les rues de Paris, où on les avait reçus sur la foi des tt-aités.
Après la déposition de Charles le Gros et l'élection d'Eudes comme roi de France, la lutte recommença et ce prince défendit la ville contre une nouvelle attaque des Normands; l'année suivante il se mit à leur poursuite, les atteignit entre Verdun, Stenay et Montmédy et leur tua dix-neuf mille hommes dans les bois de Montfaucon à l'entrée des défilés de l'Argonne.
Après cette défaite, les Normands cessèrent de menacer Paris pendant une vingtaine d'années.
Mais le glorieux siège de 885 ne devait pas être le dernier.
Ils reparurent en 911. Après avoir successivement pris Rouen, Nantes, Bordeaux, Amiens, etc, ils vinrent une fois de plus assiéger Paris, sous la conduite de RoUon. Ils échouèrent à deux reprises différentes contre le patriotisme et le courage des Parisiens, mais le roi Charles le Simple, qui en|succédantàEudes n'avait pas hérité de sa bravoure et de ses autres qualités militaires, aima mieux négocier que combattre et ne trouva d'autre moyen pour délivrer la capitale des entreprises des Normands, que de leur donner la Neustrie qui prit le nom de Normandie. Quant à accorder à Rollon la main de sa fille Giselle, ainsi que nombre d'historiens le prétendent, il faut remarquer que Rollon avait alors soixante-quinze ans et que Giselle n'était pas née. Ce qui rend le mariage plus qu'invraisemblable.
L'ère des Carlovingiens n'avait pas été favorable au développement de Paris. Les invasions des Normands avaient ruiné tous ses édifices.
Saint-Germain-des Prés fut détruit; il ne resta de la vieille basilique de Saint-Vincent et do Sainte- Croix que la partie inférieure de la tour carrée qui s'élève à l'entrée de l'église et qu'on voit encore de nos jours ; Sainte-Geneviève, Saint- Julien le Pauvre, Saint-Benoit (originairement Saint- Bâche) , Saint- Marcel , Saint- Germain -
niSTOlRB NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
l'AuxerroU, Sainl-Laurent, Saint-Martin et quantité de chapelles de moindre importance furent brûlées, démolies, pillées, dévastées ; si l'église Saint-E(ienne-des-Grës et Saint-Denis de la Chartre furent épargnées, c'est que les chapitres de ces églises payèrent une foiîe rançon, ils livrèrent le contenu pour sauver l'édifice.
Le palais des Thermes fut aussi considérablement endommagé.
C'était une grosse affaire que de réparer tant de dégâts, les veraemeats successifs effectués aux mains des ennemis, n'avaient pas enrichi la ville.
et ce ne fut que sous Hugues Capet qu'on pnt songer sérieusement à relever les ruines amoncelées par tant d'années de luLles et de batailles.
Nous n'avons pas voulu interrompre le récit des diverses expéditions des Normands, et c'est pour cela que nous avons besoin de retourner un peu en arrière, pour reprendre le cours des événements qui se passèrent k Paris en dehors de la défense qu'il eut à opposer i ses barbares envahisseurs,
L'évèque de Paris, Erchearade II, étant mort le 9 mat 857, Charles le Chauve 8t élire pour la
Lei Normande durent tirer leurs bateanx de l'eau et lee transporter pendant l'eipaM de 3,SCH) inètrei. (Page SI. coL 1.)
remplacer le notaire de son palais, Énée, personnage qui passait alors pour être très instruit dans < les sciences divines et humaines n et pour un fort honnête homme. Peu de temps après il eut encore k défendre sa couronne contre Louis le Germanique et se relira en Bourgogne. Il revint cependant à Paris et s'occupa comme on l'a vu de le fortifier du mieux qu'il put. «
En 863, on profita du répit laissé par les Normands pour faire revenir k Paris le corps de saint Germain que les religieux avaient emporté & Nogent- l'Artaud pour qu'il ne tomb&t pas aux mains des Normands ; c'était la seconde fois qu'on promenait cette relique ; déjà en 845 on l'avait transporté à Combes en Brie, on l'avait en grande
cérémonie replacé à Saint-Germain-des-Prés en 847; de nouveau on alla donc le chercher à Nogent; on le mil dans un bateau et lorsque ceux qui le conduisaient, arrivèrent k l'endroit o£i la Bièvre se perdait alors dans la Seine, une foule énorme de peuple se précipita au-devant, et on eut toutes les peines du monde k débarquer le corps pour le conduire à l'abbaye ; ou le déposa dans la chapelle de Saint-Symphorien, lieu de sa première sépulture, en attendant que l'église brûlée par les Normands put être réparée.
Charles le Chauve ne s'occupa pendant les dernières années de sa vie qu'à aller visiter des reliques et à les faire transporter d'un lieu à un autre; ce fut ainsi que, dans le dessein de faire exposer
Saiat-Ëtienne-da-MoDt. dont l'origine remonte A I nuDée IS21, ■■
PARrS A TRAVERS LUS 8IËCLES
tom les ans à la vénération deq Parii-iens des nJiques qu'il avait tirées du trésor d'Aix-la Chapelle, U en ordonna l'exhibition à lafoire de Saint- Denis qui fut pour cela appelée foire de l'indlct et par corruption du Landit. Cette foire, qui s'est perpétuée jusqu'à notre époqae, se tient à Saint- Denis, et on y vend spécialement des moutons ; an moyen âge elle se tenait sur la partie du territoire formant l'ancienne commune de la Chapelle Saint-Denis devenue, avec Montmartre e t Cltgnaneourt, le xriii* arrondissement de Paris.
Elle durait quinze jours, de la Saint-Barnabe i la Saint-Jean, et était ouverte k toutes sortes de transactions, d'achaU et d'échanges; les marchands de Lombardie, d'Espagne, de Provence et d'autres lieux pouvaient s'y rendre et y trafic qner.
Mais ce qui se vendait surtout & la foire du Landit, c'était le parchemin; aussi devint-elle plus tard ane fête pour les écoliers et pour la basoche.
Le parlementet l'université se donnaient congé
Lm Normand» repuurent en911. ApriasToir Boccesûvemeat pris Honen, Nantes, Bordeiux, Amiau,«tc. (P.51, col. I.)
&Ca de pouvoir s'y rendre, ce qu'ils faisaient en corps et avec une certaine solennité.
Le recteur, accompagné de quatre parchemiliers jurés, venait y percevoir son droit sur tout e parchemin mis en vente et faire en même «mps la provision nécessaire i tous les collèges. 1 était même défendu i tous marchands, sous les peines sévères, d'exercer leur commerce avant [ae l'Université eût ainsi prélevé sa part.
Le matin du premier jour, on voyait dès l'aube es écoliers h réunir des mieux attifés, armés et i cheval, sur la place de Sointe-Geneviâve où ils ttaient formés en compagnie pour se mettre en
marche, deux par deux, au son des fifres, des trompettes et des tambours; des étendards flottaient dans leurs rangs, et les bons bourgeois, charmés par le coup d'oeil que présentait cette pittoresque cavalcade, avaient soin de tenir les rues libres pour la laisser passer.
Arrivés sur le terrai^ de la foire, les écoliers rivalisaient d'esprit, de gaieté et d'adresse avec les ménétriers et les jongleurs; et tandis que le recteur visitait les boutiques de parcheminiers pour y confisquer les parchemins qui auraient pu être introduits en fraude, la jeunesse turbulente des écoles se contentait d'entrer dans les tavernes et
HJSTOlllE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
d'y jouer de méchants tours au)t bourgeois ; car tout bon Parisien allait au Landit et les bourgeois n'étaient pas gens à y manquer.
Les marchands y attiraient le public par la variété et l'élégance de leurs boutiques dont le», étalages offraient toutes les séductions possibles;, ces boutiques mobiles ne ressemblaient ea aucune façon aux sombres. et Ânfecta taudis meccantiles d^, la.yilie^ qvJoA nommait. ,Alor>s dee.ouvroirst
La foire du Landit, à cause du spectacle inac- . coutume et de l^rrangement symétrique de taht de produits divers, était une source inépuisable déplaisirs, de surprises et de vives émotions pour les habitants de Paris et les étrangers.
On y rencontrait à chaque pas une foule de divertissements.
Enfin, au milieu de la foire, était construite une baraque dans laquelle s'installait Tabbé de Saint- Denis pour décider des discussions qui s'élevaient «nlre les marchands et les acheteurs.
Ce fut à cette foire qu'en 1400 des marchands arméniens mirent en vente des chats inconnus jusqu'alors en France, des angoras d'Asie. En 1427 des bohémiens, gitanosj zingaris vinrent y camper et y dire la bonne aventure, mais comme à cette ingénieuse industrie, ils joignaient celle de coupeurs de bourses, ils ne demeurèrent pas longtemps au Landit.
Cette foire étant, en raison du voisinage, une occasion de pèlerinage à la basilique de Saint- Denis, Charles le Chauve accorda certains privilèges aux abbés de Saint-Denis pendant sa durée.
En 1444, le Landit fut transféré k Saint-Denis à cause des désordres commis par les écoliers, et îl fut enjoint au recteur de ne plus se faire accompagner que par un petit nombre d'entre eux. Sient^t la procession de l'université ne fut plus qu'une simple promenade.
Au xvi' siècle, défense absolue fut faite aux écoliers de s'y rendre en troupes et les tambours, les bannières et les processions disparurent; mais la foire subsista et nous l'avons dit, elle subsiste encore, bien qu'elle ne soit plus fréquentée par les Parisiens et qu'elle ait perdu son caractère d'originalité.
Ajoutons un curieux détail; de cette célèbre foire vint la coutume, longtemps en usage dans les collèges, de payer pendant le Landit les honoraires des professeurs et l'on disait : payer le landit; c'était donaer un citron lardé de pièces d'or ou d'argent que chaque écolier présentait à son régent dans un vase de cristal ; cette espèce de cérémonie se passait parfois avec solennité au> son des tambours et des autres instruments*
La fête était toujours suivie d'un congé que le recteur assignait au jour qu'il lui plaisait choisir.
Louis le Bègue, qui succéda à Charles le Chauve son père (878) confirma à l'évèque Ingelvin et à l'église de Paris le don que celui-ci leur avait fait de l'abbaye de Saint-Éioi; et pour
se concilier les bonnes grâces des principaux seigneurs il avait gratifié Gozl in, grand chancelier et déjà abbé de Sainte Germaia^des*Prés, de l'abbaye de Saint-^enis et Conrad avait reçu le oomté de Paris. Ce qui n'empêcha pas 4es deux personnages de se liguer contre Louis et Carloman, fils de Louis le Bègue, lorsque celui-ci mourut le 10 avril 879. Ils régnèrent cependant, mais peu de temps et leur passage au trône n'offre aucune particularité pour l'histoire de Paris.
Sous Charles le Chauve, Hildebrand, évéque de Séez, avait été obligé de sortir de son diocèse envahi par les Normands, il vint se réfugier à Paris et le roi lui donna l'ermitage de Notre-Dame des- Bois, situé à l'entrée d'une forêt qui occupait toute la plaine, depuis l'endroit où se trouve aujourd'hui le boulevard Bourdon jusqu'à la place Louis-le-Grand et d'autre part jusqu'à Montmartre.
Ce fut là que Hildebrand bâtit l'église de Sainte- Opportune. Ce fut d'abord un oratoire qui avait servi à contenir les reliques de la sainte de ce nom ; elles avaient été déposées là par l'évèque de Paris. Cette chapelle se nomma d'abord Notre- Dame-des-Bois. Successivement dotée par les rois, elle fut reconstruitedans des proportions pi uà étendues et devint paroisse en 1154, époque à laquelle le chœur fut rebâti. Elle reçut alors un chapitre de chanoines; puis on la démolit, et enfin on la rebâtit à la fin du xm« et au commencement du xiv^ siècle. Elle possédait une cellule ou chambre de recluse, dans laquelle des femmes pénitentes s'enfermaient pour passer le reâte de leurs jpurs dans la pratique de toutes les mortifications.
L'entrée de cette église était rue de l'Aiguillerie; elle possédait une tour remarquable par les ornementa dont elle était décorée. On y avait sculpté des fleurs de lis, des cornes d'abondance et des trophées. En 1311 Guillaume d'Aurillac, évêque de Paris, y établit deux marguilliers laïques, auxquels il donna l'administration de la fabrique.
On y remarquait un candélabre à dix branches, présent de Chartes-Quint qui la visita pendant son séjour à Paris, et un superbe tableau, la Présentation au temple par Jouvenet. On y gardait précieusement le bras de sainte Opportune qui manquait aux premières reliques déposées et qui lui fut donné en 1374 par Jean du Pin, abbé de Cluny, ainsi que le constate cet extrait dhin ancien' registre de la fabrique : «L'an 1374, le premier dimanche d'après les Rois, Emery de Magnac, évêque de Paris, fit la translation do bras de sainte Opportune en présence du roi Charles Y, de son palais de Saint-Paul et à laquelle cérémonie assistèrent aussi plusieurs grands seigneurs de la cour. Et ce bras fut apporté solennellement en procession par les chanoines jusqu'à cette église, avec grand luminaici
■: 'PAUÏS A TRAVEHS LES SIECLES
et grande suite de peuple ; et ce bras fut donné à notre église par Jean du Pin, pour lors abbé de Gluny, à la requête et supplication de maistre Hugues de Cbamp-Girard, autrefois notre chevecier. » Des lettres de Committimus de 1714 reconnurent à cette église la qualité d'église royale.
Supprimée en 1790 et devenue propriété nationale, l'église Sainte-Opportune fut vendue le 24 novembre 1792 et démolie quelque temps après.
En 1176, des marais qui entouraient cette église entre Paris et Montmartre, et s'étendaient depuis le Pont-Perrin jusque sous Ghaillot furent mis en culture.
Les trois années du règne de Charles le Gros (de 885 à 887) furent employées à se défendre contre les Normands ; et, tombé sous le mépris public, ce prince laissa la couronne à Eudes qui s'était très vaillamment conduit en défendant la capitale.
Lorsque Eudes, comte de Paris et duc de France, fut en 888 reconnu roi à Gompiègne, il fixa sa résidence à Paris et commença à faire réédifier en face du palais qu*il habitait l'église collégiale de Saint-Barlhelémy, et restaurer quelques-unes de celles qui n'avaient eu à subir que des dégâts partiels; mais il eut à guerroyer contre Charles le Simple et il mourut le 13 janvier 898 après a^oir donné à peu près cinq ans de tranquillité aux Parisiens qui en avaient grandement besoin. Charles 111 (dit le Simple) ne s'occupa guère de Paris que pour le doter de reliques.
Dès les premières invasions des Normands, des évoques et des abbés craignant pour les reliques et les objets précieux qui garnissaient leurs églises, avaient cru les mettre en sûreté, en les déposant dans l'église cathédrale Notre-Dame Sainte-Marie.
Lorsque la paix fut signée avec eux, les déposants vinrent réclamer leurs dépôts maisl'évêque de Paris refusa de rendre la plupart de ces objets, entre autres la châsse de Saint-Marcel et les corps de plusieurs saints qui demeurèrent désormais la propriété du chapitre de la cathédrale. Ce fut pour honorer une de ces reliques appartenant à Saint-Leufroi, que fut construite une chapelle entre le Grand Pont et le Chôtelet, et qui dépendait de la paroisse de Saint- Germain l'Auxerrois; elle fut démolie en 1684.
Charles le Simple donna beaucoup aux églises et il rendit le 6 septembre 906 une charte en faveur des frères chanoines et autres clercs desservant l'église de Paris qui leur assurait le don à eux fait par Charles le Chauve du pont, des arches et des moulins qui étaient sur le Grand Pont.
Robert était alors comte de Paris et abbé de Saint-Germain-des-Prés bien qu'il fût marié, cela ne lui suffisait pas; il voulait la couronne de France; il gagna à sa cause plusieurs seigneurs et se fit sacrer à Reims le 30 juin 922 , le roi Charles
qurs'étàlt àauvédë l'autre côlé- dé là^onsb' marcha contre lui et letna, mais craignant lo séjoor de Paris il repassa la Meuse et ce fut Raoul, duc de Bourgogne, beau-frère de Robert, qui devint roi de France. Il fit enfermer Chartes au 'château de Pérôhne (ît y mourut eh ^9). Maïs Robert avait un fils Hugues, coiritedo Paris comme sbta père, Hugues se riiit à la tête* de quelques Parisiens de bonne volonté et allaVavagêr les terres que les Normands tenaient eh'dé^li'de'lé Seine. ■
Pendant ce temps le vicom'té de Paris, Theudon, faisait b&tir (au coin de la rue ConstantiÀe et de la rue du Marché-aux-Fleurs) l'église Saint- Pierre-des-Arcis, sur l'emplacement d'une ancienne chapelle qui portait le nom de Saint-Pierre dont on attribuait la fondation à Dagobert. On ne sait guère pourquoi elle fut appelée des Arci^, mais une bulle du pape Innocent II la désigne ainsi Ecctesia Sancii Pétri de Arstonibus. Elle fut détruite par un incendie en 1034, rebâtie et érigée en paroisse en 1130 puis de nouveau reconstruite en 1421. Le portail fut entièrement refait en 1711 sur les dessins de Làchenu. - •
Cette église fut supprimée en 1790; devenue propriété nationale, elle servit pendant quelquestemps de dépôt des cloches destinées à être converties en pièces de monnaie. Les bâtiments furent vendus par l'État le 13 nivôse an V, à là charge par l'acquéreur, disent MM. Louis et Félix Lazare dans leur Dictionnaire des Rues de Paris, de « démolir et de donner passage à la rue projetée à la première réquisition de l'administration. » Il s'agissait de la rue du Marché-aux-Pleurs qui fut ouverte en 1812 (derrière le tribunal de Commerce), l'église avait été démolie en 1800.'
Raoul mourut le 15 janvier 936; par un de ces revirements si fréquents à cette époque Hugues appelaLouisIV, fils de Charles le Simple, à régner. Ce prince qui s'était sauvé en Angleterre fut sacré le 19 juin 936, il est connu sous le nom de Louis d'Oulre-Mer. Mais à peine fut-il sur le trône qu'il se brouilla avec Hugues et ne cessa de batailler contre lui.
Les annalistes rapportent qu'en 944 un orage si terrible s'abattit sur Paris, et particulièrement sur Montmartre, que toute la montagne en fut ravagée, l'église et une maison qui Tavoisinait abattues, les vignes déracinées, les blés et les fruits entièrement perdus.
Les désordres des règnes précédents, les invasions avaient ruiné l'agriculture et le commerce ; en vingt-trois ans, de 850 à 873, on compta quatorze années de famine telle, qu'on vit des hommes se dévorer entre eux.
Les famines de 896, 899, et 944 ne furent pas moins horribles.
Mais à ce fléau épouvantable, vint s'en joindre un nouveau, probablement dû au premier.
Le mal des ardents ou feu de Saint-Antoine fit son apparition à Paris.
È1ST0IRE NATIONALE DE PARIS ET DBS PARISIENS
« Quantité de inonde» dit Sauvai, tant à Paris qu^aux environs, périt d'une maladie appelée feu sacré ou mal des ardents. »
Ce mal brûlait petit à petit et consumait sans qu'on y pût remédier; c'était un feu caché qui, dès qu'il avait atteint quelque membre, le détachait du corps après l'avoir brûlé. Souvent Tespace d'une nuit suffisait au mal pour produire nn semblable effet. Quelques-uns restèrent privés d'une partie de leurs membres.
Si l'on en croit Adhémar de Ghabannais, le mal débutait brusquement et brûlait les entrailles ou quelque autre partie du corps qui tombait pièce à pièce après être devenue noire comme du charbon. • ■ - '
On rappelait mal des ardents parce qu'il commençait par un frisson glacial bientôt suivi d'une chaleur ardente. .
Les pauvres gens ne savaient rien opposer à ce mal affreux qui les torturait, et ceux qui craignaient la contagion se. réfugiaient dans les églises et se jetaient au pied des autels pour implorer la miséricorde de Dieu, a Quelques-uns de ceux qui furent atteints de ce mal, trouvèrent leur guérison auprès des reliques des Saints qu'ils visitèrent en diverses églises. » C'était toujours lé remède universel, malheureusement comme les autres manquèrent, nombre de gens périrent.
Louis d'Outre-mer tomba de cheval et se tua le 10 septembre 954. Lothaire, son fils et successeur, aussitôt qu'il fut sacré, vint à Paris avec sa mère et Ja ville, sur l'initiative du comte Hugues, lui fit une réception magnifique. Après avoir passé les fêtes de Pâques dans sa capitale le roi partit pour TAquitaine. Hugues mourut le 16 juin 956, laissant trois fils dont l'un Hugues, dit Gapet, fut fait comte de Paris et duc de France, en attendant qu*il en devint roi. A Louis d'Outre-mer avait succédé Lothaire. .
Sous le règne de Lothaire, vers 965, Salvator, évéque d'Aleth (Sain t-Malo), craignant les Normands qui mettaient tout à feu et à sang en Bretagne, apporta les reliques de son église à Paris; de leur côté, les ecclésiastiques et les moines des évéchés de Bayeux et de Dol éprouvant les mêmes craintes, et les moines de Léon possesseurs du corps de saint Magloire, se réunirent pour entreprendre le même voyage.
Les Parisiens virent arriver chez eux une troupe de religieux porteurs de dix-neuf châsses.
Le comte de Paris, Hugues Gapet, les reçut et porta toutes ces reliques dans l'église de Saint- Barthélémy, une des plus anciennes églises de Paris dont certaines chroniques attribuent la fondation â saint Denis, mais dont Torigine véritable est ignorée.
Ce fut naturellement l'occasion d*une grande cérémonie qui eut lieu le 16 octobre.
Après la paix conclue entre le duc de Normandie et le comte de Ghartres, les religieux re-
demandèrent leurs reliques, mais Hugues eholsil celles qui lui plaiseûent et les garda, entre autres le corps de saint Magloire.
Et U fit ce qu'avait fait Ghildebert, bâtissant une église pour y placer la croix d'or qu*ii avait volée en Espagne; il imagina de transformer l'oratoire de Saiqt-Geqrges situé au milieu d'un cimetière que possédaient les chanoines de Saint- Barthélémy (rue Saint-Denis), en.une beUe église sous rinvocation de saint Magloire, dont il avait confisqué le corps. Mais en attendant qa*eUe fût en état de recevoir les reliques quil voulait y placer, elles restèrent déposées dans l'église Saint- Barthélémy, que Hugues avait érigée en abbaye et qui devint paroisse royale en 1138. Au chevet de cette église était rancienne chapelle de Notre- Dame des Voûtes où l'on entrait par la melle da Prieuré fermée en 1315; cette chapelle fut renfermée dans l'église en 15â5 et prit le nom de Notre-Dame de la Fontaine. On répara avec soin l'église Saint-Barthélémy en 1550, en 1730 eteo 1736; malgré ces réparations, le roi ordonna en 177â qu'elle serait entièrement reconstruite. Le portail était déjà terminé lorsque la ré?olution de 1789 vint en arrêter les travaux. Devenue propriété nationale en 1790 elle fut vendae le 12 novembre 1791. Sur son emplacement fat bâti le théâtre de la Gité et ouvert deux passages dont l'un prit la dénomination de passage de Flore. Le théâtre de la Gité devenu la salle des Veillées, puis des francs-maçons, se transforma en bal public : le Prado. Bal, passages, tout cela a été démoli en 1860 pour faire place au tribunal de Gommerce.
En 1138, les religieux de Saint-Bathélemy se trouvant à Tétroit dans leur église de la Gité la quittèrent pour venir s'installer dans celle de Saint-Magloire. Le roi Louis le Gros donna à ces religieux un pressoir et un arpent de vigne à Gharenton, deux arpents de terre au lieu appelé Mille Pas et douze marcs d'argent pour recouvrir leur châsse de Saint-Magloire.
Ils étaient en 1412 propriétaires de beaucoup de terrain à Paris et ils promirent à la viUe de bâtir le pont Notre-Dame et de construire des maisons dessus.
En 1573, Gatherine de Médicis qui avait besoin de l'église Saint-Magloire pour y installer les religieuses pénitentes, pria les religieux de chercher un gîte ailleurs.
Us allèrent occuper Thôpital de Saint-Jacques du Haut Pas.
Ge fut dans le monastère de Saint-Magloiro que se trouvait le mausolée d'André Blondel, contrôleur général des finances.
Mais ce personnage n'était pas enterré là, il avait voulu être inhumé chez les filles pénitentes alors que ces religieuses occupaient l'hôtel d'0^ léans (depuis hôtel de Soissons, Halle aux blés). Sa veuve honora sa sépulture d*un mausolée dû
Lotbaire pénétra daDS la palaii
l'Othon comme un obus, mean^Dt da tout faire sauter kntour d« lui. (Page 57. col. S.)
an ciseau de Ponce; lorsqu'elles allèrent s'installer à Saint-Magloire, elles laissèrent les restes de Blondel à l'hôtel d'Orléans, mais elles eurent soin d'emporter le mausolée de bronze qui fut, lors de la démolition de l'église, survenue après 1789, transféré au musée des monuments français.
Nous aurons à reparler des filles de Saint-Magloire, établies en communauté sous le nom de filles repenties et qui subsistèrent jusqu'à la rëvolulion de 1789.
Pierre, abbé de Saint-Magloire, avait obtenu en 1128 du roi Louis VI le droit de pËche et la justice sur les pêcheurs depuis la pointe de l'Ile Notre-Dame jusqu'au Grand-Pont et personne n'avait te droit de prendre même une ablette dans cet espace de rivière, sans la permission de l'abbé et des religieux de Saint-Magloire.
Hugues, remarquant que le rel&chement qui
s'était établi dans les cloîtres provenait de ce que
depuis longtemps les abbayes étaient gouvernées
par des abbés laïques, voulut couper court À eut
Uv. 8
abus en renonçant pour sa part an titre d'abbé de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Denis. Deux abbés réguliers, choisb par leur communauté, prirent sa place.
Au reste, Hugues Gapet allait bientdt avoir à s'occuper de soins plus importants.
Paris allait être attaqué par de nouveaux ennemis — des Allemands I et il était bon que son comte prit toutes les mesures nécessaires pour dérendre la capitale.
Jusqu'alors la guerre se passait loin de France. Lotbaire ravageait la Lorraine et l'Allemagne, il s'était promis d'entrer à Aix-la-Chapelle et d'y surprendre l'empereur Othon — il tint parole.
Ce prince dînait tranquillement dans une des belles salles de son palais d ' Ai x-la- Chapelle, en compagnie de l'impératrice sa femme, lorsque Lothaire, roi de France, qui avait à se plaindi'e d'Olhon, entra dans le palais comme un obus, menaçant de faire tout sauter autour de lui.
Othon n'eut que le temps de s'enfuir.
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
Loihaire se mit alors à table, mangea le dîner servi pour Tempereur, le trouva fort de son goût et demeura plusieurs jours à festoyer dans la résidence impériale.
Mais un héraut vint interrompre cette petite fête en lui annonçant que l'empereur se proposait de lui rendre très prochainement sa yisite.
Il tint parole, et se ût accompagner par soixante mille soldats qui, après avoir ravagé la Champagne et le Soissonnais, vinrent camper le !•*■ octobre 978 sur les hauteurs de Montmartre, où pour rendre politesse pour politesse, il avait promis de chanter un alléluia, en échange du dtner mangé.
G*était encore Paris qui allait payer les frais de ces deux bravades.
Des milliers de clercs entonnèrent le cantique pascal et, à chaque verset, toute Tarmée répétait en chœur l'alleluia.
Les Parisiens furent d'abord très surpris, mais cela ne les empêcha nullement de se préparer à défendre leur chère ville.
Hugues Gapet se mit bravemerxt à la tête de ses troupes et soutint les assauts redoublés que pendant trois jours Othon livra à Paris.
Comprenant enfin qu'il perdait son temps, l'empereur d'Allemagne se décida à retourner chez lui, après s'être avan(ié un jour presque sous les murs de la ville et avoir planté sa lance dans la porte.
Pendant ce temps, ses troupes tentaient d'incendier les faubourgs, dont plusieurs maisons d> vinrent la proie des flammes.
Cotte satisfaction donnée à son amour-propre, il allait se retirer, lorsque les Parisiens sortant en foule, le mirent en fuite avec toute son escorte et lui tuèrent son neveu.
Il battit vivement en retraite et ne s'arrêta que sur les bords de l'Aisne, où il trouva une armée que Lothaire avait réunie à la hâte.
11 voulut passer malgré elle.
Mais il fit d'inutiles efl*orts pour se frayer un passage et il subit de telles pertes, qu'il ne ramena pas en Allemagne le sixième de son armée.
Les Parisiens étaient vengés.
Loihaire conclut la paix avec l'empereur d'Allemagne à qui il céda la Lorraine, et mourut le 2 mars 986. Le roi Louis Y, son successeur, régna quinze mois et mourut le 22 juin 987.
Ce fut le dernier roi de la race de Charlemagne.
Avant de dire ce que devint Paris sous les Capétiens, faisons encore une halte et jetons un coup d'oeil sur son état civil et administratif.
Nous avons vu Charlemagne faire de sa capitale le chef-lieu d'un duché et porter le titre de comte — et nous avons vu à l'œuvre les comtes et vicomtes de Paris; parlons des échevins.
Les échevins du palais étaient les assesseurs des comtes ; sous le nom de scabins (scabini) ils existaient déjà sous les rois de la première race, le
moine Marculphe qui vivait vers 660, fait mention dans ses formules des échevins qui assistaient le comte ou son viguier pour le jugement des causes. Aigulphe, comte du palais à la même époque, avait pour conseillers des gens d*épée comme lui, qu'on nommait échevins du palais.
« A partir du règne de Charlemagne, dit Augustin Thierry, et tant que dure son empire, on trouve l'administration de la justice organisée d'une manière uniforme dans les villes, et hors des villes une nouvelle magistrature apparaît dans toutes les causes soit des Francs, soit des Romains, soit des barbares vivant sous une loi originelle. Ces juges que les Capitulaîres nomment scabini, scabinei, sont choisis par le comte, par l'envoyé de l'empereur et le peuple. »
Dès le X* siècle, ces scabins devinrent des échevins dans le sens moderne du mot.
L'échevinage joua un grand rôle dans les annales parisiennes ; il fut aboli par Charles YI et rétabli plus tard, ainsi qu'on le verra dans le cours de cette histoire.
Louis le Débonnaire et Lothaire prirent l'engagement de siéger au moins une fois par semaine pour entendre les doléances des petits et des grands, mais le plus souvent, c'était le comte du palais qui présidait ces assises.
Charlemagne, dont les Capitulaîres devinrent la loi écrite, substituée à celle dépendant du propre arbitre du juge, défendit de se servir d'avocats: «que chacun rende raison de sa propre cause et que personne ne pratique l'usage de faire discuter pour lui ».
Il est bien entendu que ceci ne s'appliquait qu'aux hommes libres, le peuple c'esl-à-dire les serfs, eussent été bien en peine de plaider leur cause et de se faire rendre justice.
Aucun comte ne devait chasser ni banqueter les jours de plaids, ils devaient siéger à jeun, quelques uns ayant contracté des habitudes d*ivrognerie qui ne 8'acci»rdaient en aucune façon avec Ja lucidité d*esprit que doit avoir le juge.
Jetons un coup d'œil rapide sur la vie parisienne, qui s'était sensiblement modifiée depuis l'établissement des Francs — et d'abord commençons par le costume : aux vêtements primitifs que nous avons indiqués, les Parisiens avaient fait succéder les vêtements luxueux.
Vers 700 le costume des grands se composait d'une robe décolletée fermée par devant, ajustée au buste et aux bras, et large depuis les hanches jusqu'à la cheville ; elle était tenue au bas des reins par une ceinture dont les bouts pendaient jusqu'à l'extrémité de la robe; un manteau le complétait.
Le costume de Charlemagne était des plus simples : un garde corps en peau de loutre, une tu^^ nique de laine, une saie bleue et des souliers à semelles de bois retenus au bas de la jambe par des courroies de peau. Mais les personnages de
haut rang n'imitèrent guère cette simplicité, et vers 808 on commença à orner les vêtements de fourrures de prix, de martre zibeline, d'hermine, de loir, de vair etc. Les riches bourgeois imitèrent, les nobles, et se parèrent de vêtements de soie, de fines pelleteries et de plumes. Gharlemagne édicla une loi somptuaire et le prix des vêtements fut fixé de façon que si les marchands les enrichissaient d'accessoires coûteux, ils ne pouvaient en exiger un prix plus élevé que s'ils étaient tout simples.
Gela n'empêcha pas le luxe de se répandre.
Voici la description du costume des Parisiens en 870 :
« Us portaient une chaussure dorée soutenue par des courroies ; ils enveloppaient leurs jambes de morceaux d'étoffe entourés de bandelettes croisées, aux couleurs éclatantes. Ils portaient comme vêtements une espèce de camisole ou veste d'étoffe de laine fort richement tissée, d'où pendait de droite à gauche un riche baudrier auquel était suspendu un glaive. La camisole était fixée à la taiile.par une courroie blanche en cuir verni ; par-dessus ce vêtement était placé un grand manteau de couleur blanche ou bleue. Ge manteau était carré et affectait une forme bizarre. Il était court et ouvert sur les côtés ; fort long par devant et par derrière et descendait jusqu'aux pieds. L'usage général était de porter à la main une canne de bois de pommier, ornée d'une pomme d'or ou d'argent richement ciselée. »»
Les femmes étaient vêtues de deux tuniques; une courte et une longue ; les unes étaient serrées de façon à laisser voir toute l'élégance de la taille ; d'autres étaient si haut montées qu'elles leur couvraient entièrement le cou, on les nommait des cottes hardies ; elles étaient chaussées de bottines et ne tressaient plus leurs cheveux cachés entièrement par une coiffe qu'une agrafe attachait sur l'oreille.
Les maisons particulières, en bois pour la plupart, possédaient des fenêtres rectangulaires qui s'ouvraient sur la rue, et des porches sous lesquels les passants s'abritaient quand il pleuvait. Des fourneaux placés sous ces porches permettaient aux pauvres de se garantir de la gelée.
Au rez-de-chaussée étaient ménagées des boutiques.
Les quelques maisons de pierre présentaient un rez-de-chaussée voûté dont les arceaux entrecroisés retombaient sur de grosses colonnes ; au premier étage, régnait une large fenêtre dont les ventaux étaient séparés par des colonnes ; le toit était plat, couvert de tuiles vernissées.
Les marchands établis dans les boutiques, généralement fort obscures et qui n'étaient que de simples chambres dont la porte demeurait ouverte, vendaient toute espèce d'objets, armes, écritoires, boucles, ustensiles de ménage et de toilette, etc.
Toutefois, le plus grand nombre de vendeurs s'en allaient par les rues criant leur marchandise, des bottiers ambulants promenaient, enfilés sur une perche, des souliers et des estivaux, des colporteurs forains offraient à haute voix des gâteaux, des fruits, du vin, etc.
Et les rues étaient déjà pleines de ces trafiquants qui assourdissaient les oreilles des passants de leurs cris cacophoniques, et dont le nombre devait aller toujours en augmentant.
Paris avait d'ailleurs acquis une vie plus active depuis que Hugues Gapet, qui l'habitait alors qu'il n'était que comte, avait continué à en faire sa résidence ordinaire ; le mouvement, l'animation qui y régnaient, faisaient déjà rechercher le séjour de cette capitale; cependant sur la fin du x® siècle un voile de deuil semblait s'être étendu sur la ville et le sentiment religieux s'était considérablement accru ; c'est qu'une croyance populaire à peu près générale, assignait à l'an 1000 la fin du monde. Les historiens du temps passé affirment que loin de combattre cette erreur, les prêtres l'accréditaient de tout leur pouvoir. On disait dans les conciles : «Elle approche l'arrivée de Dieu dans sa majesté terrible, du pasteur éternel devant lequel vont comparaître tous les pasteurs et leurs troupeaux ». Les chroniqueurs racontent que dans les églises de Paris, des sermons annonçaient l'approche de ce jour terrible dont l'idée éveillait dans les imaginations crédules et ardentes les plus sinistres images. Aussi, pour ne pas se trouver indignes de pardon, tous les faibles d'esprit, tous les peureux et tous ceux qui n'avaient pas la conscience nette se hàtaienlils de solliciter l'indulgence divine en portant à l'église des dons de toute nature, sans même se demander ce que les prêtres pourraient bien faire de ces richesses alors que le glas de l'an 1000 ^ aurait sonné la dernière heure du monde.
Riches comme pauvres, grands et petits accouraient pour donner, craignant toujours de se montrer trop parcimonieux envers l'Éternel et revenant de nouveau apporter quelque offrande de nature à disposer favorablement lé souverain juge.
Et non seulement on donnait, mais partout on priait, en supputant les jours qu'on pouvait encore espérer vivre ; un indicible sentiment de stupeur paralysait le monde, l'effroi était universel et les chartes de l'époque portaient en latin cette indication funèbre en tète : « la fin du monde approche! »
Et les prêtres qui recevaient de Tor, les abbés et les évêques dont les possessions s'augmentaient de riches domaines, exhortaient tous les grands pécheurs qui voulaient expier leurs fautes et que le souci de l'avenir n'inquiétait plus, à se dessaisir de ces biens terrestres, de ces richesses si souvent mal acquises dont ils n'avaient pas besoin pour mourir.
a Et les moines attendaient dans les abstinences
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
du cloître, dans tes tumnlles solitaires du cœur, au milieu des tentations el des chutes, des remords et des viBions étranges, » le fatal moment, car eux aussi croyaient à la fin du monde et il est pertnis de penser qu'ils espéraient à force de prières et de libéralités désarmer la colère céleste. Et s'il en fut qui ne craignirent pas de former un odieux calcul sur la crédulité publique, il est certain que beaucoup d'autres partageaient l'opinion commune.
Ah reste, on eût dit que la nature elle-même semblait se préparer à quelque grand cataclysme, les trois ou quatres années qui précédèrent l'an 4000 furent fécondes en maux de toute espèce, inondations, famine, maladies pestilentielles : tout semblait s'accorder pour former une réunion de Qéaux destinés à ruiner l'humanité.
Toutefois,ranlOOO arriva et le monde demeura; lorsque la date fatale eut passé sans tenir sessombres promesses , l'bumanité se sentit renaître et vivre, et l'on peut dire que ce fut de ce moment que date la véritable puissance du clergé, qui se trouva en possession de richesses considérâbles qui lui furent d'nn grand secours pour asseoir sa domination à travers le monde.
fait cbaulTer ou rougir au feu selon la gravité da crime.
Samain étoitensuite enfermée dansunsacscellé par les juges, si au bout de trois jours la main ne portait aucune trace de brblure, l'accusé était innocenté.
Parfois, au lieu de II barre de fer, on se serrait
d'un gantelet brûlant dans lequel l'accusé in tro-
duisait sa main, ou de socs de charrue rougis su
feu sur lesquels il devait marcher, ou bien encore
d'un simple bûcher allumé, au travers duquel il
fallait qu'il passât, pour prouver son innocence.
L'épreuve par l'eau bouillante consistait à
plonger la main dani
une cuve d'eau bonil-
lante pour y prendre
un anneau béniti une
profondeur plus od
moins grande.
Dans l'épreuve par l'eau froide on jetait l'accusé dans one grande cuve pleine d'eau, après lui avoir lié la main droite au pied gauche et la main gauche an pied droit; s'il enfonçait, c'est qu'il était innocent, s'il surnageait, il était coupable, puisque l'eau le rejetait comme indignedcson sein. Naturellement, on avait soin d'imposer cette épreuve à ceux qu'on voulait innocenter.
Après les épreuves de l'eau bouillante ou froide, venaient celles des bras en croix dont
La superstition lé- Louis d'Oulremer lombu de clicval et »r tua, le 10 leplcoibre 954, nous avons parlé, de gnait en matlresse ab- t^*** *'. «»'• 2.) l'Eucharistie, du pain
solue dans les esprits.
En faut-il d'autres preuves que cette autre croyance, universellement répandue alors, que toute accusation fondée devait amener l'intervention de la Providence.
C'est ee qu'on appelait le jugement de Dieu ou les épreuves judiciaires.
C'est-à-dire que l'accusé était soumis à des épreuves dont il devait sortir vainqueur pour être réputé innocent.
Les plus usitées étaient: l'I'épreuve par le feu; l'accusé après avoir jeûné trois jours au pain et à l'eau, entendait la messe, communiait et jurait qu'il était innocent; ensuite on l'aspergeait d'eau bénite. En cet état, il prenait alors entre ses mains une barre de fer d'environ trois livres qu'on avait
et du fromage.
L'ëpreuvederEucharislie se faisait en recevant la communion après avoir juré que l'on était innocent du crime dont on était accusé.
Celle du pain et du fromage consistait à donner à ceux qui étaient accusés de vol, un morceau de pain d'orge et un morceau de fromage de brebis sur lesquels on avait dit ta messe, lorsquei'accusé ne pouvait avaler ce morceau, c'est qu'il était coupable. De là est venu le dicton : n Que ce morceau de pain m'étrangle, si je ne dispas la vérité!»
D'autres épreuves aussi ridicules avaient lieu encore.
A plusieuj-8 reprises les conciles et les rois les défendirent, mais le préjugé et l'usage étalent plus forts que les ordonnances.
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