CAVALIER GAULOIS APRÈS L'INVASION ROMAINE
(Pnmien liiclo de l'ère cbréticnoe, d'après le> eculpturei ucienDei.]
^nT^^
Quatre conciles provinciaux assemblés en 829, par iKiuis le Débonnaire, les déclarèrent condamnables. Lotbaire défendit spécialement l'épreuve par la croix, se fondant sur un capilu-
laire qui déclarait que personne n'oserait faire l'épreuve par la croix, de peur de faire mépriser la passion du Christ.
Nous l'avoDS dit, édita et ordonnances fureot
Otbon, irrité de ne pouvoir pénétrer douB Pari», s'avança ioub lea niun de la ville poar planter sa lance dana la porte. (Page SS, col. 1.)
longtemps impuissants à faire disparaître ces indignes pratiques, car un arrêt du parlement de Paris du 1" décembre 1601 fat rendu pour interdire l'épreuve par l'eau froide, ce qui n'empêcha
pas qu'elle était encore en usage en 1617, tant était enracinée dans l'esprit populaire cette idée que la Providence devait forcément confondre le crime et faire triompher la vertu.
re- Dame- des- CLampB. — Robert le ("ieux. — L'HAlel-Dieii. — L'auneau de paille. — Suinl-Martiu-des-CIiauiii). — Deui sainU Denis. — Le prévôt de Pnris. — Le roi voleur. — Les relevaillea de Guillaume. — Le» serf» de Vég^.
— Les écolca. — Les pourceani. — L'obbaje de MoDtmartre. — Les halles. — Saiote-Geneviève-des-Ardenti. - L'nB9iissinat du prieur. — Combati à outrance. — Les champioas. — Les fortiBcalions. ~ La grande boacbtiù.
— Les Templiers. ~- Saint Nicolas et les mariniers. — Le roi battu. — Les deux tète» de sainte Genetiève. ~- Ui Hospitaliers de Notre-Dame.
- ucuES Capet avait été sacré à Reims
* le 3 juillet 987; ce fut à lafaveurde [ la protection qu'il leur accurda, [, qu'en 99o les religieux de Marmou-
* tiers s'installèrent dans l'égliseNotre- Dame-des-Champs.
« Sous la domination romaine, lit-on dans le Dictionnaire des rues de Paria, on voyait sur la hauteur où commencent aujourd'hui les rues du faubourgSaint-Jacques et d'Enfer un vaste terrain nommé le Champ des Sépultures ; sous laseconde race une église qui prit le titre de Notre-Dame-des- Champ:} ou des Vignes fut bâtie en cet endroit. Plusieurs historiens ont pensé qu'elle remplaça un oratoire dédié à saint, Michel, u
En effet, ce Tut Hugcs Capet qui agrandit cet oratoire de façon à pouvoir y loger des moines du couvent bénédictin de Marmoutiers et qui l'érigea en prieuré.
Au commencoment du xiv" siècle la fondation du collège de Marmoutiers réduisit le nombre des religieux, moislacommunauté continuai occuper le prieuré jusqu'au 17 oetobie 160i, époque à laquelle six religieuses carmélites prirent posses-
sion de l'enclos et des b&timents du prieuré de Notre-Dame-Jes-Charnps. L'église fut alors richementornée de précieux objets d'art, despeinturw de Philippe de Champagne décoraient la voûte; un crucifix de grand prix ornait l'autel supporté par quatre grosses colonnes. Le tableau de VAnnonciation qui le surmontait était de Gui de Bologne. Sous chaque fenâlre de l'église il y avait de magnifiques tableaux ; les sept de gauche élaieal signés La Hire, le Brun et Stella; du côté droitil y en avait six de Philippe de Champagne. Surirn piédestal se trouvait la statue en marbre bUnc du cui'dinal de Bérulle due au ciseau de J. Sarrazin.
Là furent inhumés la princesse de Longueville, la duchesse de Nevers, la duchesse d'Aiguillon, et nombre d'autres personnages de haut rang.
Ce fut là aussi que vinrent volontaire ment se retirer mademoiselle de la ValUère et madame (Jf Montespan.
La communauté fut supprimée en 1790; l^s bâtiments et terrains qui occupaient une superficiede 17,548" ,22 devinrent propriété nalionalf
et furent vendus le 8 thermidor an V, La rue du Val-de-6râce fut ouverte sur cet emplacement en
Hugues Gapet mourut en 996, le 23 octobre^ et Robert le Pieux lui succéda.
Le premier soin du nouveau roi fut de faire rebâtir Féglise de Saint-Germain-rAuxerrois et Téglise et le monastère de Salnt-Germain-des- Prés,quî avaient été détruits par les Normands. Le portail de Saint-Germain-rAuxerrois élevé parles ordres du roi Robert ayant été reconstruit sous le règne de Philippe le Bel, le porche ne datant que de celui de Gharles YII et de nombreuses autres réparations ayant constamment modifié Taspect de 1 édifice, nous en donnerons la description plus loin.
Il en est de même pour Saint-Germain-des- Prés; Téglise et le monastère furent rebâtis en Tan dOOO par Fabbé Morard, aidé des libéralités du roi Robert, et le pape Alexandre III ne fit la dédicace de la nouvelle église que le 21 avril 41611 ËniiQ Tabbé Eudes fit bâtir un nouveau cloître vers 1227 et le réfectoire et les murs de Tabbaye furent construits par Simon, en 1237. Hugues d'Issy, qui remplaça Eudes^ fît bâtir la chapelle de la Yierge, qui était située à côté de réglise; sa description sera donnée lorsque nous parlerons de la reconstruction du palais abbatial qui date de 1605.
Robert, par un diplôme de 997, confirma aussi les donations qui avaient été faites aux chanoines de Sainte-Geneviève et les augmenta; en 1190 l'église n'était pas encore achevée d'être rebâtie, mais dès la fin du ix® siècle, elle portait le nom de la patronne de Paris. On voyait encore au commencement du xviii® siècle, vers le haut du pignon de Sainte-Geneviève un anneau de fer de grande dimension. Il était scellé dans une pierre qui représentait une tête d'animal; cet anneau, qui au moyen âge était attaché à la grande porte de labasilique, servait aux criminels qui venaient réclamer le droit d'asile; la justice s'arrêtait au moment où le poursuivi saisissait l'anneau de la grande porte et y passait le bras. Il devenait alors inviolable.
Le même roi fit aussi bâtir dans son palais une chapelle dédiée à saint Nicolas qui, en 1154 entièrement restaurée, devint la Sainte-Chapelle. On le voit, le roi Robert méritait le nom de pieux qui lui fut donné; « il était fort assidu aux divins offices » et se faisait suivre par un grand nombre de pauvres qu'il nourrissait, et auxquels il lavait les pieds, ce qui ne l'empêcha pas d'être excommunié; on sait qu'il avait épousé sa cousine Berthe, que son mariage fut déclaré nul par le pape Grégoire V et que la sentence l'obligea de se séparer d'elle.
Or, Berthe était enceinte, Robert aimait sa femme, il résista, et l'on vit alors non seulement le peuple, mais les gens do la cour fuir le roi
comme s'il eût été pestiféré ; il ne lui resta que deux domestiques; encore, faisaient-ils passer par le feu pour les purifier les plats et les vases dans lesquels il avait mangé et bu.
Un matin qu'il était allé selon sa coutume, dire ses prières à la porte de l'église Saint-Barthélémy, dans laquelle il lui était défendu d'en- . trer, Abbon, abbé de Fleury, suivi de deux femmes du palais qui portaient un grand plat de vermeil couvert d'un linge, l'aborda et lui annonça que Berthe venait d'accoucher.
Puis, découvrant le plat :
— Voyez, lui dit- il, les effets de votre désobéissance aux décrets de l'église et le sceau de l'anathème sur le fruit de vos amours.
Robert jeta les yeux sur le plat et recula d'horreur.
Il venait d'apercevoir un monstre qui avait le cou et la tête d'un canard.
Berthe fut répudiée.
D'où venait le canard? Pierre Damien et Bomuald, qui racontent le fait, se gardent bien de nous l'apprendre.
Robert, après avoir songé aux églises, pen^ aussi à restaurer son palais, très endommagé par les différents sièges qu'il avait subis.
Ce fut alors qu'il fit agrandir cette royale demeure en y ajoutant le bâtiment de la Conciergerie, affecté à la résidence du concierge du palais.
Celui qui exerçait ces fonctions, et qu'on trouve parfois désigné sous le nom de comte du Cierge, était un capitaine qui faisait exercer par les baillis toute justice et seigneurie basse et moyenne. Il jouissait de privilèges et de redevances déterminés. Entre autres droits, il avait celui de voirie dans la rue de la Calandre, et de chanteiage du vin et de l'avoine, c'est-à-dire que sur chaque tonneau de vin un impôt de quatre deniers. d'argent était levé à son profit, ainsi que sur chaque muid d'avoine.
Jusqu'à la fin du xi*^ siècle, ce poste eut une grande importance. La juridiction du concierge du palais s'exerçait, outre l'enceinte du palais, dans le faubourg Saint-Jacques, à Notre-Dame- des- Champs et dans le fief de Saint-André.
Mais peu à peu, il s'amoindrit et Louis XI réu* nit les fonctions de concierge avec celles de bailli pour les donner à son médecin Jean Coictier.
Enfin, en 1712, le Châtelet connut des eau* ses qui étaient autrefois du ressort du concierge.
Ce fut en 1006, sous le règne de Robert, que Jean Rainauld II, soixante et unième évèque de Paris, céda la moitié de l'hôpital Notre-Dame à son chapitre qui possédait déjà l'autre, (ce nom de Notre-'Dame était donné parfois à l'hôpital Saint- Christophe ou Hôtel-Dieu).
Nous avons dit que saint Landry avait institué une sorte de maison hospitalière dans le monastère de Saint-Christophe; plus tard, sur les ruines
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
de ce monastère, fut élevé l'Hôtel-Dieu, desservi par des frères qui lavaient les pieds aux pauvres avant Tinstitution du Mandé (lavement des pieds à Notre-Dame le jeudi saint), qui ne date que du XII* siècle.
L'Hôtel-Dieu existait sous le règne de Gharle- .magne, mais la première mention qu'on en trouve remonte au règne de Louis le Débonnaire, en
Sa concession faite par Jean Rainauld en 1006 fut confirmée par bulle du pape en 1007. Depuis lors les chanoines y eurent toute juridiction temporelle et spirituelle, à la réserve' néanmoins de la chapelle, dont le chapitre ne devint propriétaire qu'en 1097.
Destiné dès son origine, à recevoir les pauvres sans asile, les voyageurs pèlerins et les malades qu'on y accueillait temporairement selon que le comportait l'étendue de son pourpris, l'Hôtel- Dieu semble n'avoir reçu exclusivement les pauvres malades qu'à une époque déjà éloignée de ses premiers temps et alors que les rois eurent donné avec Tappui de leur pouvoir et de leurs richesses, joint au produit des aumônes publiques ou privées, la possibilité de permettre un séjour plus prolongé à ces malades, en raison de ce qu'exigeait leur état.
Cette heureuse transformation ne put s'accomplir qu'à la suite d'un grand nombre de dispositions dont l'Hôtel-Dieu fut l'objet et qui sont consignées dans le cartulaire de l'église de Paris.
M.Troche dans sa notice sur le sceau de l'Hôtel- Dieu, en cite deux; c'est d'abord un statut capitulaire de 1168, sous le règne de Louis VU et l'épiscopat de Maurice de Sully, surnommé le Père des pauvres, portant que tout chanoine en mourant on renonçant à sa prébende, devra laisser à l'hôpital Notre-Dame situé devant la porte de l'église, un matelas, un oreiller et des draps pour l'usage des pauvres et que si le chanoine ne demeurait pas à Paris, ou n'y possédait pas un lit de la valeur de vingt sous, il serait pris sur ses biens la valeur des objets désignés.
Puis ensuite, le legs de deux maisons fait vers 1199, sous le règne de Philippe-Auguste, aux pauvres du même hôpital par Adam, clerc du roi, à la condition que le produit de ces maisons serait employé à procurer aux malades le jour de son anniversaire et les jours suivants, s'il y avait un reste, toutes les espèces d'aliments dont ils auraient envie et dont il serait possible de s'approvisionner.
L'église Saint-Christophe fut cédée au chapitre en 1097 par Guillaume de Montfort, soixantesixième évèquede Paris, mais elle en fut distraite trois siècles plus tard, et ce fut un banquier ou changeur et bourgeois de Paris nommé Oudart de Maucreux qui eut la générosité de faire construire pour l'Hôtel-Dieu une chapelle (qui con*
serva le vocable de Saint-Christophe) dans un angle des bâtiments de l'hôpital.
Ce charitable bourgeois qui mourut à Paris en 1385, fit encore d'autres libéralités à l'hôpital, et une inscription placée dans la chapelle les rappelait.
Cette chapelle était gothique; en 1792, elle servit de magasin où on recueillait et vendait le vieux linge pour le convertir en papier. En 1802- 1803, elle fut démolie avec les maisons adjacentes pour régulariser le parvis et démasquer la partie gauche du portail occidental de la basilique métropolitaine.
L'orgue qui était un quatre pieds, fut acheté par M"* V* Bruslée qui le fit transférer dans l'ancienne église du noviciat des Jésuites, avgourd'hui paroisse Saint-Louis-Saint-Paul où il est encore.
Pendant de longues années, le service des pauvres de l'Hôtel-Dieu fut fait par des religieux et des religieuses qui faisaient vœu d'obéissance, de charité et de pauvreté et prenaient l'engagement de ne sortir, « soit pour le service du roi, soit pour celui de la reine » qu'avec la permission du chapitre.
En 1325, il fut alloué deux cents livres parisis pour la reconstruction de l'infirmerie et du réfectoire des sœurs de l'Hôtel-Dieu etordonné en même temps que les porcs ne seraient plus nourris dans l'hôpital, mais dans une de ses dépendances situées hors la ville.
Mais nous aurons longuement à revenir sar cet important et utile établissement. Gontinaons l'ordre à peu près chronologique. Robert mourut le âO juillet 1031.
Les dernières années du règne de Robert et toutes celles du règne de son fils Henri, furent bien mauvaises pour les Parisiens.
Le mal des ardents, la famine, la peste et le feu les signalèrent
Ce fut une misère épouvantable pour la population.
Depuis 1021 jusqu'à 1060, on eut quarante an nées de fléaux.
Particulièrement celles de 1027, 1028 et 1039 furent signalées par l'intensité de la famine qui fut si grande et si générale dans toute la France qu'elle fut souillée d'antropophagie. En 1031, les hommes, forcés de se nourrir de chiens, de souris, de cadavres, de racines d'arbres, d'herbes de rivières mouraient par milliers.
Sur les routes on arrêtait les voyageurs et on les égorgeait pour les dévorer ensuite ; on alla jusqu'à mettre de la chair humaine enventedans les marchés.
A Paris, on ne voyait que gens au visage pàlCi décharné, qui se traînaient misérablement dans les rues en implorant la charité, impuissante à soulager tant de misères.
Ce fut une période bien son^bre que celle là M
kl
les malheureux sans pain, minés par la maladie, désespérés, devenus impropres par lear faiblesse à tout travail, s'en allaient chercher un refuge dans les églises, où ils s'entassaient, en attendant que Dieu change&t leur triste condition par an miracle.
Mais le miracle ne venait pas et c'était la mort qui fauchait en plein dans ce peuple en proie & toutes les douleurs, à toutes les privations et qui osait à peine se plaindre dans la crainte de s'attirer de mauvais traitements, de la part de ceux qui, en s'érigeant leurs matlres, ne songeaient pas même qu'ils devaient au moins subvenir à leurs pins pressants besoins.
Mais qu'était alors la vie d'un misérable I En 1(^, un incendie terrible vint détruire une partie de la ville.
Uv. 9
En 1035, lafamine fut accompagnée d'nne sorte de peste qui faisait mourir les gens comme des mouches.
Hélas I pour beaucoup c'était une délivrance.
Et comme si ce n'était pas assez de ces calamités, les troubles politiques vinrent encore s'ajouter aux malheurs publics.
Lorsqu'en 1031 Henri succéda à son père an tr6ne de France, les Parisiens se divisèrent en deux factions, l'une tenait pour lui, l'autre pour son frère Robert ; le roi fut obligé de se réfugier à Fécamp, où se trouvait le duc de Normandie et de lui demander aide et protection qui lui furent accordés.
Henri put donc marcher contre les rebelles qui se soumirent ne pouvant faire autrement.
Paris progressa peu sous un pareil règne.
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
Une église et un monastère sont les seuls monuments qui furent édiGés ; Téglise, ce fut dans la cité, Sainte-Marine. Cette église fondée vers 1036 a une origine assez curieuse que rapporte Fauteur des Curiosités de la Cité de Parts : une jeune vierge appelée Marine, résolut d'embrasser la vie monastique ; elle prit un habit d*homme et entra dans un couvent, où elle se fit nommer frère Marin. L'office ordinaire de frère Marin était d'aller aux provisions à la ville, avec un chariot traîné par des bœufs et il passait souvent la nuit dans la maison du seigneur de Pandoche, dont la fille devint grosse par le fait d'un soldat. Forcée par ses parents d'avouer l'auteur du crime, elle accusa frère Marin qui se laissa chasser du couvent pour conserver son secret, garda l'enfant qu'on lui remit, le nourrit, comme s'il eut été le sien; les moines touchés de ses malheurs, lui permirent de rentrer au monastère. On ne reconnut la vérité qu'à la mort de cette fille qui fut inhumée avec pompe, et mise au rang des saintes.
Probablement, ce fut en raison de tout ceci que dans l'église Sainte-Marine on célébrait les mariages forcés par ordonnance de Tofficial de Paris. Lorsqu'il était prouvé que deux concubins vivaient ensemble, on les forçait à se marier et le curé de Sainte-Marine leur passait au doigt un anneau de paille.
François Miron, lieutenant civil, fut inhumé en 1609 dans cette église qui, sous le premier empire, fut convertie en une raffinerie de sucre; elle fut occupée par un teinturier, puis en ces derniers temps par un menuisier. Lors des démolitions qui eurent lieu dans la rue d'Arcole on trouva sous cette maison portant le n^ 73, élevée sur les fondations de cette église, le sarcophage de François Miron ; toutefois l'épitaphe était effacée et on ne retrouva aucun insigne de sa charge, pas même ses armoiries, mais les membres de la commission des Beaux-Arts ont déclaré que c'était bien le corps du grand édile parisien et ses restes furent descendus dans les caveaux de Notre-Dame.
Le monastère fondé par Henri I*' fut celui de Saint-Martin-des-Ghamps réédifié sur les ruines de l'abbaye de ce nom, incendiée par les Normands. Ce monastère un des plus considérables et des plus célèbres de Paris, reçut des fonds de terre importants, ainsi que d'autres revenus, droits, privilèges et exemplioris. Il ne fut achevé que sous Philippe , fils et successeur d'Henri ; il fut d'abord habité par des chanoines qui firent place à des moines de Gluny, ce qui fit descendre l'abbaye au rang de prieuré, on l'appela la troisième fille de Gluny. Les bâtiments furent entourés de murailles et de tourelles. Le prieur et les moines étaient seigneurs hauts justiciers dans leur enclos,^ qui formait une sorte de village placé en dehors de Paris, et d'une contenance de 14 000 mètres. Les divers rois de France qui se succédèrent
firent des donations considérables à ce prieuré dont le duc de Ribhelieu fut prieur en 1633 ; il rapportait 45 000 livres de rente au titulaire et lui donnait la collation de vingt -neuf autres prieurés, la nomination de plusieurs vicaireries et le droit de pourvoir à une soixantaine de cures ! La baronnie de Noisy-le-Grand appartenait aux religieux ainsi qu'une grande quantité de terres seigneuriales.
En 1702, l'ancien cloître fut démoli et on le reconstruisit, il ne fut achevé qu'en 1720. Le principal corps de bâtiment avait trente et une croisées de face et le vestibule mesurait 30 pieds de roi sur 36, néanmoins toute cette magnificence n'était qu'apparente ; il parait que sans scrupule, les entrepreneurs et le charpentier chargés de la construction, s'entendirent pour voler les moines, l'un en n'employant que de la terre et des gravois recouverts par des pierres plates, et le charpentier, « qui avait dessein de quitter sa profession » en ne fournissant que du vieux bois dont il voulait se débarrasser.
Gependant ce dernier eut des remords, il confessa sa faute et celle de son complice et offrit de rabattre 25 ,000 livres sur sa note.
IL fallut recommencer une partie des travaux.
Mais les religieux pouvaient faire cette dépense.
Ils firent construire de grandesetbelles maisons sur la rue Saint-Martin, une fontaine au coin de la rue du Yert-Bois, et ouvrirent un marché public.
Des sépultures de grands personnages devaient naturellement se trouver dans un pareil monastère ; Guillaume Postel, le savant, Philippe de Morvillier, premier président du parlement de Paris, et sa femme Jeanne du Drac, ainsi que son fils Pierre, chancelier de France, y furent inhumés.
Sur une table de marbre noir, on lisait une fondation faite par la famille de Morvillier, en 1420. Parmi les charges et conditions imposées à cette fondation, on remarque celle-ci :
« Item, Ghacun an la veuille Saint-Martin d'hyver, lesdits religieux, par leur maire et un religieux doibvent donner au premier président du parlement, deux bonnets à oreilles, l'un double et l'autre sengle (simple, sans ornement ni fourrure), en disant certaines paroles et au premier huissier du parlement ungs gands et une escriptoire, en disant aussi certaines paroles et doivent estre, lesdits bonnets, du prix de vingt sols parisis et lesdits gands et escriptoire de douze sols parisis. »
De plus ces cadeaux devaient être présentés avec un compliment spécial.
Le grand autel de l'église fut refait sur les dessins de Mansard; des tableaux de Restout, Gazes, Lemoine, Vanloo, Jouvenet, Pœrson, Montagne, PoiUé, Louis Silveslre, la décoraient. Une fort belle bibliothèque contenait des livres et des manuscrits précieux.
Supprimé en 1790, ce monastère servit de-
puis aux bureaux de la mairie du vi" arrondissement, et le Conservatoire des Arts et Métiers s'élève aujourd'hui sur son emplacement.
Ce fut aussi sous le règne d^Henri P', qu'eut lieu l'ouverture de la châsse de saint Denis ; voici à queUe occasion : Le pape Léon IX étant à Ratisbonne, visita dans l'église de Saint-Ëmmeran une châsse de saint Denis en présence de l'empereur et de deux ambassadeurs français; et ces personnages reconnurent que cette châsse contenait bien le corps du saint.
De retour â Paris, les ambassadeurs rapportèrent le fait au roi Henri qui se refusa â croire que le saint Denis qu'on conservait dans l'abbaye de ce nom n'était pas le vrai, et désireux de le prouver, il convoqua ses barons et présida solennellement en présence d'une grande quantité de fidèles venus de Paris, à l'ouverture de la fameuse châsse ; et lorsqu'on l'ouvrit, il s'en échappa, au dire de la chronique, une si excellente odeur, qu'on décida â l'unanimité que seuls les restes d'un saint pouvaient sentir si bon.
Philippe P', en succédant â son père en 1060, n'avait que huit ans; l'histoire de Paris, pendant les vingt premières années de ce règne, offre peu d'événements saillants, sinon que pendant les années 1060, 1061 et 1062, une maladie contagieuse produite par la famine, fit de terribles ravages dans la capitale.
Un fait important qui se produisit â cette époque, fut l'établissement de la magistrature prévôtale, remplaçant celle du vicomte de Paris. Quelques auteurs en font honneur à Philippe; ils se trompent, car une charte de 1060, donnée en faveur des religieux de Saint-Martin-des- Champs, porte déjà la signature d'Etienne, prévôt de Paris. Cette institution remonterait donc au règne de Henri P'. Piganiol de La Force croit même qu'on la doit à Hugues Capet.
Quoi qu'il en soit, ce prévôt était un lieutenant préposé par le roi pour administrer la justice en son nom. Il siégeait au Châtelet dont il était le chef» il était aussi chef de la noblesse et la commandait â l'arrière-ban sans être sujet du gouverneur. Nous aurons à nous occuper souvent du prévôt de Paris, mais celui qu'on croit avoir été le premier en possession de cette charge, Etienne, était un homme qui ne méritait guère en être revêtu, car, profitant de la jeunesse de Philippe, il lui donna le conseil de piller le trésor de Saint- Germain-des-Prés et de le partager avec lui; rindigne prévôt avait jeté son dévolu sur la fameuse croix d'or rapportée d'Espagne par Cbildebert, et c'était surtout de ce joyau de grande valeur qu'il avait dessein de s'emparer.
*»Les deux larrons s'entendirent pour l'exécution dé ce plan et pénétrèrent dans l'église, mais au moment où Etienne allait porter la main sur la croix, objet de sa convoitise, il fut subitement frappé de cécité.
Son complice ne manqua pas de voir dans cet événement une punition céleste et se hâta de quitter l'église.
Au reste, c'était un homme peu recommandable que ce roi voleur et le pape Grégoire VII, en parlant de lui, dit : « Votre roi, ce roi que l'on doit plutôt qualifier de votre t3a'an, inspiré par le diable, est le principal auteur de ces désordres. Il a souillé de débauches et de crimes tout le cours de sa vie. »
Non-seulement il commit des crimes, mais il fit des fautes dont l'une d'elles faillit attirer de nouveau sur Paris toutes les horreurs d'un siège.
Jaloux des exploits de Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre, qui était très corpulent, Philippe demanda en plaisantant : « Quand donc accouchera- t-il?» Ce propos gouailleur ayant été rapporté à Guillaume, celui-ci répondit :
— Quand je serai accouché, j'irai faire mes relevailles â Sainte-Geneviève de Paris avec dix mille lances en guise tle cierges.
Il tint parole, et partant de Rouen, il ravagea le Vexin, brûla Mantes et se disposait à marcher sur Paris, lorsqu'il mourut en tombant de cheval.
L'annonce de l'arrivée des troupes avait causé une vive impression chez les Parisiens, qui se rappelaient les luttes soutenues par leurs pères contre les Normands et chacun se préparait, malgré tout, à défendre la ville, lorsque la nouvelle de la mort de Guillaume vint rassurer les habitants.
Le roi Philippe après avoir répudié sa femme, la reine Berthe, vivait avec Bertrade qu'il avait enlevée à son mari, Foulque, comte d'Angers; les prélats le firent excommunier en 1094, mais quelques années plus tard, dégoûté de Bertrade, il songea â se réconcilier avec l'Église.
Ce fut. à ce propos que se tint à Paris le concile de 1104.
Le roi pénitent se présenta devant l'assemblée les pieds nus, Bertrade en fit autant de son côté. Tous deux déclarèrent qu'ils avaient horreur de leur conduite, qu'ils la regrettaient sincèrement et promettaient de renoncer aux relations qu'ils avaient eu ensemble.
Us reçurent l'absolution.
Mais tandis que le roi et la pseudo-reine se confessaient de la sorte publiquement, les moines se conduisaient fort mal, le^ religieuses de Saint- Éloi se distinguaient surtout par leurs désordres. Des plaintes nombreuses furent adressées à Galon, évèque de Paris, qui, en 1107, chassa les religieuses et mit à leur place douze religieux de l'ordre de Saint-Benoit, qui furent tenus de don^ ner, comme avaient toujours fait celles à qui ils succédaient, deux repas par an aux chanoines de la cathédrale : le premier consistait en six porcs gras, deux muids et demi de vin et trois setiers de froment ; le second en huit moutons, même quantité de vin et de plus six écus et une obole*
La dispersion des religieuses donna lieu à l'érec-*
BISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DBS PARISIENS
Uon des paroisses de Saint- Martial, Saint-Pierre des-Arcis, Saint-Pierre-aux-Bœurs et Sainte- Croix.
Ce fut en 1108, que Louis le Gros, &gé de vingtsept ans, succéda à son père.
Aussilftt élevé au trâne, ce prince se hâla de rendre un arrêt en faveur des serfs de l'Église de Paria, et cela sur les réclamations du clergé, qui se plaignail de ne pouvoir Être défendu par ses serviteurs , mais ceci a besoin d'être expliqué.
Les serfs, sujets et serviteurs des ecclésiastiques, étaient entièrement goumis aux prêtres dont ils
dépendaient et leur servitude équivalait & un complet esclavage; leurs maîtres les échangeaient, se servaient d'eux pour les plus rudes travaux et les emprisonnaient lorsqu'ils n'acquittaient pas le tribut qu'on exigeait d'eux.
Un homme libre ne pouvait épouser une fille de corps (c'est-à-dire serve), sans devenir serf lui-même et les enfants qui provenaient d'un semblable mariage étaient serfs en naissant.
Les serfs de l'Église de Paris étaient de plus dana l'obligation de prêter serment en justice, quand lecas l'exigeait, à la place des clercs et des
L'inteuiiU de la famine itait «1 grande, qu'on allait déterrer le» cadaTre* paiir l'aD nourrir. (Page M, col. S.)
motn«B dont ils dépendaient et si la partie adverse les traitait de parjures, il fallait qu'ils soutinssent par le duel la vérité du serment qu'on leur avait fait faire.
Mais les hommes libres, méprisant ceux qui ne l'étaient pas, refusèrent peu à peu d'admettre leur témoignage et de se battre contre eux, ce qui autorisait certaines gens à s'emparer par la force de biens ecclésiastiques et à les garder; ce fut du moins ce que prétendit l'évëque de Paris, qui demanda à Louis le Gros d'intervenir et de proclamer qu'il était permis aux serfs de se battre avec les hommes libres pour soutenir les droits de l'Église.
Qu'en outre, leur témoignage aurait la même valeur en justice que ceux des hommes libres et que ceux qui les appelleraient parjures, seraient obligés de se battre avec eux, sous peine de perdre leur cause.
Cea privilèges accordés aux serfs étaient plus
profitables k leurs maîtres qu'à eus, néanmoins ils eurent cet avantage de relever la condition de ces malheureux et de reconnaître implicitement une sorte d'égalité devant la loi qui devait rester, il est vrai, bien des siècles encore & l'état de lettre morte, mais qui n'en était pas moins la semence d'un bienfait que l'avenir lointain devait finir par féconder.
Au reste, au milieu des ténèbres de ces temps si barbares encore, quelques jets de lumière commençaient à apparaître.
A l'ignorance complète dans laquelle riches et pauvres — & l'exception du cler|^, — croupissaient, allait succéder, pour un petit nombre d abord, puis pourbeaucoup ensuite, un peudesavoir.
On n'apprendrait plus à lire uniquement pour devenir prêtre.
L'instruction toute primaire, toute rudimeii' taire même qu'elle fût, allait servir à autre chose qu'à être en élai de servir les offices religicii*-
^T#R, Lk'fJOX AN©
lÉ
On pourrait être clerc sans appartenir &
lel
Déjà en 855 et 859, des dispositions avaient été prises pour relever l'enseignement des lettres divines et humaioes el l'école épiscopale de Paris n'avait cessé de prospérer et de s'élever au-dessus de celles des autres grandes villes.
En 900, saint Rémi, évéque d'Auxerre, y vint enseigner la philosophie scolaslique. Après lui, ce fut Odon à* qui succédèrent d'illustres doc-
teurs tels que Roscelin, le fameux Ouillanme de Ghampeaux et Abélard son élève et son rival.
Les écoles les plus célèbres s'étaient établies sur la montagne Sainte-Geneviève.
^' école épiscopale se tenait dans le cloître de Notre-Dame-Saiote-Marie et les enfants Aa roi ' venaient y recevoir les éléments de la grammaire.
En 1118, Abélard établit une école publique et ses leçons très suivies, lui procurèrent une
^T^tMM ot Pe/rfpectiAJLe^ de léqlife Jaincl jKarUn de^ Champs.
D'aprËB une aneieima gravure du temp*.
réputation et une célébrité qu'un événement inattendu vint briser; la mutilation opérée sur sa personne par te chanoine Fulbert, envieux de sa gloire, l'obligea à se retirer dans un cloître d'où, à la sollicitation de ses élèves, il sortit pour enseigner successivement dans l'Ile de France, en Bretagne, et revenir enfin à Paris, oii trois mille écoliers écoutaient avidement sa parole.
Les écoles formées à Paris par Anselme de 1.800 et Guillaume de Champeaux sont considérées comme la première origine de l'université de la capitale. Ce dernier, fatigué par les luttes qu'il soutenait contre Abélai-d et d'autres professeurs, se retiraàl'abbayeSaint- Victor quin'était alors qu'un prieuré de l'ordre de Saint-Bcnolt, dépendant de l'abbaye de Saint- Victor de Marseille, et sur sa prière, Louis le Gros en chassa les moines pour y établir des chanoines réguliers de la
congrégation de Saint-Ruf. Guillaume de Ghampeaux prit l'habit des chanoines et continua à instruire la jeunesse, mais bientôt après, fait évéque de Ghàlons-sur-Marne, il remit le soin de la communauté à Gilduin et il obtint du roi des lettres en faveur de sa fondation, u La maison de Saint-Victor fut si célèbre par sa piété et par la doctrine de ses religieux, dit un auteur ancien, qu'elle devint comme le chef d'une congrégation qui en peu de temps se répandit dans toutes les provinces du monde chrétien, »
On voit par le testament de Louis VIII, daté de 1225, que la maison de Saint- Victor avait quarante abbayes dans le royaume, et tenait un chapitre général tous les ans.
Saint Thomas de Cantorbcry portait une grande affection à la maison de Saint-Victor et il y logea lorsqu'il vint & Paris.
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
Cette école forma un grand nombre d*hommes éminents dans les lettres et dans les sciences, mais le relâchement de chaque monastère qui en dépendait, causa dans la suite la désunion de cette congrégation.
Ses bâtiments s'étendaient sur le terrain occupé par les rues Guy-La-Brosse, de Jussieu et par l'entrepôt des vins.
'Nous en reparlerons lorsque François I'' fit rebâtir Féglise. et une partie des bâtiments de 1517 à 1535.
YerslllS, Etienne de Garlande, archidiacre de Paris et doyen de Saint-Agnan d'Orléans, fonda une chapelle dans la Cité, au bout de ]a rue qu'on nomma depuis rue Chanoinesse ; il la dota de la maison qu'il possédait dans le cloître Notre-Dame et de trois clos de vignes, dont deux se trouvaient situés au bas de la montagne Sainte- Geneviève et l'autre à Vitry. Elle n'était ouverte au public que le 17 novembre, jour de la fête de Saint-Agnan.
Supprimée en 1790, cette chapelle fut vendue comme propriété nationale le 28 septembre 1791 , et démolie en 1795.
« En 1799, dit M. F. Heuzey, dans les fondations d'une maison voisine on découvrit plusieurs petits pots de terre cuite, tels qu'il s'en trouve dans quelques tombeaux du moyen âge; ce qui fait présumer qu'on enterrait autour de cette chapelle. »
On sait que le roi Louis épousa Adélaïde de Savoie; son mariage fut marqué par un incident assez curieux ; quelque temps auparavant Louis avait de son autorité fait abattre partie d'une maison de la rue des Marmousets qui appartenait au chanoine Duranci, sous prétexte qu'elle avançait trop sur la rue et gênait le passage.
Mais le chapitre de Notre-Dame réclama au nom de ses privilèges et de ses immunités.
Le roi reconnut son tort et consentit à payer une amende d'un denier d'or.
Le chapitre exigea que le roi s'exécutât le jour même de son mariage, avant de recevoir la béné" diction nuptiale et le coupable couronné dut consentir à ce qu'il fût fait mention du fait sur les registres du chapitre.
Il n'avait le droit de faire démolir une maison que pour élever une église sur son emplacement.
A cette époque, les maisons formant saillie n'étaient pas le seul obstacle qui gênait la circula'^ tion ; les rues étaient dans un état de malpropreté qui ne faisait qu'ajouter par les miasmes qui s'en dégageaient, une cause permanente de pestilence aux maladies contagieuses dont la fréquence augmentait sans cesse.
Les chiens et surtout les porcs qu'on laissait vaguer librement dans les rues étaient seuls chargés d'en faire disparaître les immondices ; or ces derniers animaux étaient très nombreux, puis-
que tous les monastères avaient des pourceaux qui couraient par la ville.
Le 13 octobre 1131, le roi passant à cheval avec son fils sur la motte Saint-Gervais (ou s'élève aujourd'hui la mairie du IV arrondissement), un porc errant vint se jeter dans les jambes de la monture du jeune homme. Le cheval effrayé se cabra et son cavalier tomba d*une façon si fâcheuse qu'il mourut au bout de quelques heures.
Cet événement fit rendre une ordonnance royale qui défendit à tous les propriétaires de pourceaux de laisser sortir ces animaux, sous peine de leur confiscation au profit du bourreau de Paris.
Observée tant bien que mal pendant quelque temps, l'ordonnance ne tarda pas à tomber en désuétude et le roi Louis IX en 1261, et Charles Y en 1369, furent obligés de la renouveler, en l'étendant aux faubourgs de Paris et lieux environnants.
Seuls, les cochons de l'abbaye de Saint-Antoine furent exemptés de la défense et, afin qu'ils fussent reconnus, ils portaient au cou une clochette marquée d'une croix.
Louis le Gros et sa femme Adélaïde fondèrent l'abbaye de Montmartre en 1133 en achetant aux religieux de Saint-Martin- des-Ghamps la petite chapelle du saint martyr qui existait sur le mont de ce nom et les terrains qui l'avoisinaient ; le monastère fut construit et doté d'une nouvelle église qui existe encore de nos jours (Saint-Pierre de Montmartre) et qui fut consacrée le 21 avril 1147. Des religieuses bénédictines furent installées dans l'abbaye dont nous parlerons plus loin, car non seulement leur histoire et celle des religieuses de Fontevrault qui leur succédèrent sont fertiles en incidents, mais les bâtiments qu'elles occupèrent furent souvent saccagés et endommagés en raison de leur emplacement, la montagne de Montmartre ayant toujours été considérée comme un point stratégique dont il était important de s'emparer en temps de guerre ou de révolution.
En attendant, disons que malgré les vicissitu-> des qu'eut à subir l'abbaye, la petite chapelle du martyr de Saint-Denis était encore debout avant la révolution de 1789; elle se trouvait à mi-côle de la butte, en face de la rue et chaussée des Martyrs, â quelques pas du premier coude que forme la route à droite et à peu près sur la même ligne que la mairie.
Ce fut en 1790, qu'elle fut vendue à un plâtrier qui la jeta par terre au ras du sol, qu'il éventra pour en tirer du plâtre, ce qui fit qu'il ne resta aucun vestige de la chapelle qui était double, c'est-à-dire qu'en outre de celle qui s'élevait audessus du sol, il s'en trouvait une seconde en-dessous. Le 12 juillet 1611, des maçons en piochant la terre â quelques mètres de la chapelle exté-
rieure, aperçurent une voûte sous laquelle il y avait des degrés pour descendre ; ils descendirent et se trouvèrent dans une cave ou caverne taillée dans le plâtre, qui s'étendait loin sur la droite; au fond était un autel où se célébrait probable* ment la messe en Thonneur des saints martyrs; des fidèles avaient gravé leur nom sur les parois, avec la pointe d*un couteau.
£n 1737, un oculiste du nom de Dubois s'étant égaré sur le versant de la colline qui regarde Glignancourt, avait aperçu l'entrée d'un souterrain au milieu des arbustes qui entouraient la fontaine Saint-Denis ; il y avait pénétré et avait trouvé des antiquités de la Gaule païenne. Ce fait qui fit, dit-on, grand bruit à Paris lorsqu'il se produisit, est démenti par l'abbé Lebœuf.
Enfin en 1861, les journaux de Paris annoncèrent qu'on venait de découvrir trois chapelles romaines groupées derrière la vieille église Saint- Pierre, sous la tour de l'ancien télégraphe.
Montmartre fut longtemps un lieu de pèlerinage ; il y en eut un qui ne manqua pas d'originalité et que rapporte Philibert Delamarre, cité par M. Edouard Fournier.
a A Montmartre, il y a une image de Nostre-Seigneur qui apparoit à la Magdelaine, et au bas est un écrit où on l'appelle Rabboni qui est à dire maîstre. Les bonnes femmes ont cru que c'estoit l'image et le nom d'un saint qui rendoit bons les maris et pour cela lui portaient autrefois toucher les chemises de leurs maris, moyennant quoy elles croyoient qu'il falloit qu'ils rabonnissent ou qu'ils crevassent dans l'année. »
Revenons à l'église Saint-Pierre. La façade actuelle est moderne; à Tintérieur l'édifice est divisé en deux parties :1a première, seule consacrée au culte, a été restaurée sans goût au siècle dernier ; elle a la forme d'un carré long sans transept, avec une nef et deux bas côtés. Du côté des collatéraux dont la voûte, jadis ogivale a été remplacée par un plafond, les piliers sont formés de jolies colonnes accouplées ; à l'intérieur (le la nef, les colonnes sont remplacées par des boudins montant jusqu'à la naissance delà voûte, refaite au xv® siècle.
Deux colonnes de marbre placées au-dessous (les orgues, deux autres semblables, dans l'abside, plusieurs chapiteaux de marbre blanc surmontant des colonnes de la nef, sont de l'époque de la construction primitive. Les orgues viennent de l'ancienne église de Notre-Dame-de-Loretle. La cuve baptismale est du xvi* siècle.
Au midi de l'église, se trouve une sorte de jardin appelé le calvaire, où l'on voit des débris provenant de l'ancien monastère, entre autres une belle pierre tombale du xii° siècle représentant une abbesse crossée. Le chemin de croix en sept stations au calvaire de ce jardin, fut érigé en
Pendant la Révolution, on éleva sur l'abside,
une tour au sommet de laquelle fut placé un télégraphe aérien, il a disparu depuis l'invention du télégraphe électrique.
A droite de la petite cour qui précède l'église, fut bâtie en 1861, la chapelle des catéchismes.
Tout au fond du jardin, se trouve une grotte souterraine reproduisant la forme et la dimension du Saint-Sépulcre de Jérusalem ; on y voit un Christ au tombeau, en terre cuite, provenant du mont Valérien. C'est aussi par le jardin qu'on pénétrait dans, la seconde partie de l'église ap-^ pelée le chœur des dames, autrefois réservée aux religieuses de labbaye.
Pendant la Commune de 1871. l'église devint (le 12 mai) un magasin de munitions destiné à approvisionner les batteries de la butte Montmartre. Malgré les innombrables projectiles que l'artillerie régulière envoya sur la butte, l'égÛse ne fut pas atteinte et les pertes qu'elle éprouva furent insignifiantes.
La rue Saint-Bon a tiré son nom d'une chapelle qu'on suppose aussi avoir été bâtie par Louis le Gros, et qui appartenait à l'abbaye de Saint-Maur-les-Fossés; elle avait le titre de prieuré, elle était flanquée d'une tour de construction plus ancienne. Au xviii^ siècle elle rapportait 1,500 livres au prieur. Elle fut démolie en 1792.
Le prieuré de Saint-Denis de la Chartre, possédait un terrain nommé Champeaux, qui occupait à peu près l'emplacement (les halles actuelles. Louis le Gros y établit un marché pour les merciers et les changeurs ; ce fut l'origine des halles de Paris; plus tard, Philippe- Auguste acheta, des lépreux qui demeuraient hors la ville, la foire de Sàint-Ladre, qu'il transféra à Champeaux, et fit bâtir deux halles qu'il entoura d'un mur de pierre avec des portes qu'on fermait la nuit.
Saint Louis y adjoignit deux halles au drap et une troisième, entre les deux, avec un appentis, dans laquelle ce trouvaient des loges que le roi, qui en était propriétaire, louait soixante-quinze livres aux merciers et aux corroyeurs.
En 1263, il fut permis aux lingères et aux vendeurs de souliers d'enfants et autres menues friperies, d'étaler le long des murs du cimetière des Saints-Innocents. Philippe le Hardi ayant à son tour fait bâtir une halle pour les cordonniers et les peaussiers, confirma les privilèges que son père avait accordés aux lingères et aux fripiers, privilèges qui furent encore confirmés par les rois ses successeurs.
Mais le roi Henri U acheta toutes les halles, pour les jeter à bas et construire celles qui existèrent jusqu'à l'établissement des Halles centrales. Nous les décrirons les unes et les autres, en temps et lieu.
En 1124, Paris fut troublé par des bruits de guerre; l'empereur Charles V se proposait d'en-
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
trer en France à laièted*ane armée considérable et Louis le Gros songea à rassembler toutes les forces du royaume pour 8*y opposer.
Des prières furent ordonnées dans toutes les églises, le roi se rendit en grande pompe à Saint- Denis, faire lever les châsses du saint et de ses compagnons, et prendre Toriflamme qui était conservée dans l'abbaye.
L*oriflamme était un gonfanon de taffetas cramoisi, sans broderies ni emblèmes, terminé vers le bas par trois pointes ornées de houppes de soie verte.
Oriflambe est une banmère Aulcun fois plus forte guimple De cendal roujojant et simple, Sans portraicture d'aultre afitaire.
G*est le poète Guillaume Guiart qui s'exprime de la sorte au xiii* siècle.
Donc, cette bannière rouge était celle de Tabbaye de Saint-Denis, et les moines la faisaient porter devant leurs vassaux en temps de guerre par leurs avoués ou vidâmes (défenseurs) ; c'était autrefois les comtes du Yexin qui avaient ce titre ; le Yexin ayant été réuni à la couronne par Philippe P' en 1082, les rois de France devinrent avoués de Saint-Denis et ce fut en cette qualité que Louis le Gros alla chercher l'oriflamme en 1124, et ce qui prouve que ce n'était pas la bannière royale, c'est que dans la miniature qui accompagne le texte du beau manuscrit de Froissart conservé à la Bibliothèque nationale, elle n'est pas placée en première ligne et qu'elle cède le pas au véritable étendart du roi : (Tazur àtrois fleurt de là dor. La dernière fois que l'oriflamme figure aux armées est, ditron, à la bataille de Rosebecque en 1382. M. Borel d*Hauterive' croit qu'elle y était encore à Azincourt en 1415 et qu'elle tomba au pouvoir des Anglais victorieux qui la détruisirent ou la brûlèrent.
Le mal des ardents exerçait toujours de grands ravages dans la population parisienne, et comme à cette époque d'ignorance on ne connaissait d'autre remède à ces maux que prier le ciel de vouloir bien arrêter te fléau et de promener les reliques des saints pour le fléchir, une procession publique fut ordonnée en 1129 et on y porta la châsse de sainte Geneviève ; cette procession, à laquelle prit part une foule compacte, arriva à la cathédrale par la vieille rue des Sablons et aussitôt que la châsse de la sainte fut entrée dans l'église, les malades vinrent la toucher et furent immédiatement guéris.
Ce fut en raison de ce miracle (absolument réduit â l'état de fable par la plupart des historiens), que le roi fit bâtir l'église de Sainte-Geneviève-des-Ardents, à l'endroit où, en 1747, fut élevé, sur ses ruines, l'hospice des Enfants- Trouvés, c'est-à-dire place du parvis Notre- Dame.
On attribue encore à Louis le Gros la fondation
delà petite église paroissiale de Saint-Pierre-anx- Bœufs, où se tenait la confrérie des bouchers de la Cité. Elle fut supprimée en 1790 et démolie en 1837; son portail, sur lequel on remarque deux tètes de bœuf et dont toutes les pierres ont été numérotées lors de la démolition, a été replacé contre l'entrée occidentale del'église Saint- Séverin ; et, sur la maison portant le n» 13 de la rue d'Arcole, oh mit une inscription rappelant l'existence de l'église à cette place en 1136.
Paris fut tout en émoi en 1134, à l'occasion d'un meurtre. Thomas, prieur de Saint-Yictor, fot assassiné par les neveux de l'archidiacre Thibaut Notier; la condition de la victime et celle des meurtriers donnèrent à cet événement une importance exceptionnelle.
Le prieur était allé un dimanche en compagnie d'Etienne, évéque de Paris, à l'abbaye deChelles; or, bien qu'à cette époque les routes ne fussent pas sûres, les deux hommes s'en revenaient tranquillement, accompagnés de quelques religieux, lorsque arrivés devant le château de Goumai, les neveuxde l'archidiacre, qui étaient cachés derrière un bouquet d'arbres, s'élancèrent l'épée à la main sur le prieur qui marchait à c^té de Tévèque, et avant qu'il eût pu prononcer une parole, lui portèrent plusieurs coups.
Instinctivement, le prieur se précipita irers l'évéque.
— Sauvez-moi, s'écria-t-il d'une voix éteinte.
— Malheureux ! dit le prélat en s*adressant aui assassins, que faites-vous?
— Retirez- vous, si vous voulez éviter qu'il vous soit fait de même, répondirent les assassins.
Et ils continuèrent à larder leur victime de coups d'épée; bientôt, l'infortuné prieur s'affaissa dans les bras de l'évéque.
Lorsqu'ils le virent tomber, les meurtriers qui n'en voulaient qu'à lui se hâtèrent de prendre la fuite.
Toutefois, le prieur respirait encore, mais déjà ses yeux se fermaient, et c'était à peine s'il pouvait entendre un mot.
— Confessez- vous, mon frère, dit l'évéque qui vit bien que son compagnon était perdu.
Thomas murmura quelques paroles.
L'évéque lui donna. Tabsolution, et il moamt en disant qu'il pardonnait à ses assassins.
Ce meurtre fit un bruit considérable.
Les chanoines de Saint-A^ctor poursuivirent la vengeance du crime. Par ordre du pape, le corps de la victime fut transporté dans la chapelle de Saint-Denis derrière le chœur, et plus tard François de Harlay, archevêque de Paris, le fit inhumer à côté du grand autel.
L'évéque Etienne, témoin de l'assassinat, excommunia les meurtriers, plusieurs prélats s'adressèrent au pape qui frappa d'anathème Notier et ses neveux. — Quant à la justice séculière, elle ne fit rien, n'osant sévir contre des ecclésiastiquei.
PAAig A TRAVERS LES SIÈCLES
Un porc eiraot Tint m jeter dans les jambe* de la monture du jeuue haniuie, (PttgB 70, col. î.)
Sous ce règne, les bourgeois de Paris obliorent le droit de poursuivre leurs débiteurs forains et de faire saisir leurs biens en paiement de lears dettes ; mais, à côté de ce léger encouragement donné an commerce de la ville, Louis le Gros ne craignit pas de confirmer aux abbayes le droit de faire juger les procès de leurs sujets pnr les combats à outrance et les duels.
Ces duels avaient lieu dans la cour de justice IJt. 10
de l'église, mais les parties n'étaient pas obligées de combattre en personne; moyennant finance, on choisissait pour défendre sa cause non un avocat mais un champion.
Avant de se mesurer, les deux champions commençaient par entendre la messe, ensuite ils arrivaient dans le champ clos, les cheveux co.ipés au-dessus des oreilles et les reins serrés par une ceinture.
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
Ils tenaient d'une main un b&ton et de Tautre une plaque de bois qu'on nommait harasse, avec laquelle ils paraient les coups. Lorsqu'ils étaient harassés ils posaient le bouclier à terre.
Le champion qui était vaincu avait le poing coupé.
S'il 8*agissait pour lui de défendre une personne accusée d'un crime méritant la mort et qu'il eût le dessous dans le combat, on le pendait.
Bien que cette profession de champion fût, on le voit, des plus périlleuses elle était réputée infâme et le champion était mis au même rang que le joueur, le saltimbanque et la fille publique.
Parfois, un plaideur pouvait appeler au combat non seulement sa partie adverse, mais encore tous les témoins et les juges eux-mêmes et se battre avec eux les uns après les autres ; c'est ce qu'on appelait fausser la cour, s'il ne parvenait pas à les vaincre tous, il était « pendu par la goule ».
Voilà ce qu*on entendait par la justice en ces siècles de barbarie.
Au reste, qui pouvait se vanter d'avoir le sens vrai du juste et de l'injuste à une époque où souverains et grands feudataires, prêtres et nobles se battaient et se disputaient à ï'envi, pour tâcher de s'enlever réciproquement une part de pu issance .
Les uns et les autres s'accusaient, se faisaient la guerre, se combattaient et malheureusement c'étaient, comme toujours, les pauvres gens, tout à fait désintéressés dans ces questions, qui se trouvaient recevoir les horions, qui perdaient leurs biens, et souvent la vie, au profit de tous ceux qui semblaient être ligués contre eux.
Louis le Gros avait constamment à se défendre contre les entreprises de ses barons qui ne lui pardonnaient pas d'avoir concédé à plusieurs villes et bourgs de France des chartes de commune ou de franchise. Ils se vantaient hautement de tenir le roi assiégé dans Paris.
Ce fut pou r mettre sa capitale à l'abri de coups de main qu'il redoutait, qu'il s'occupa de la fortifier, car il avait un but bien déterminé, afiranchir la royauté de la tyrannie des grands; on le voyait parfois endosijer des habits de pauvre et de valet, parcourir la ville, et s'entretenir familièrement avec le peuple afin de recueillir toutes les plaintes que celui-ci formulait contre les nobles dont Louis craignait sans cesse les desseins hostiles.
Toutefois les fortifications commencées par Louis le Gros ne furent achevées que sous le règne de son fils Louis VII, ditle Jeune ; elles se composaient d'une muraille qui protégeait les faubourgs du nord ; cette clôture commençait à la porte Baudet (derrière Saint-Gervais), puis tournait le long du cloître de Saint-Jean en Grève, où se trouvait une tour que Philippe-Auguste donna plus tard aux juifs pour leur servir de synagogue et que le
peuple nomma par dérision tour du Pet-au-diable, nom qui lui resta.
De là, elle gagnait une autre tour élevée entre la rue de la Verrerie et celle de la Tixeranderie, passait ensuite au lieu appelé l'Archet de Saint-Merri, auprès de l'église de ce nom, et finissait à la rue des Fossés -Saint -Germainl'Auxerrois.
Plus tard, on fortifia le côté de la rive gauche par une clôture qui commençait au Petit-Pont, enfermait la place Maubert et finissait rue de Bièvre.
Les travaux de la rive droite amenèrent une certaine perturbation chez les bouchers qui étaient établis à côté de Téglise Saint - Jacques (Tour Saint- Jacques-la-Boucherie). En 1096 les religieux de Saint-Martin avaient acheté du changeur Gucheri une maison sise à côté de Téglise afin d'y établir leur boucherie ; quelques autres personnes vinrent fonder des étaux à côté des leurs et bientôt dix-neuf bouchers furent réunis là et formèrent la grande boucherie qui s'augmenta considérablement lorsqu'il y fut adjoint une petite halle. Quelques procès s'entamèrent touchant la situation nouvelle faite à la grande ' boucherie dont quelques étaux changeaient de mouvance.
Par la suite, elle eut à subir plusieurs vicissitudes, d'abord lorsque Hugues Aubriot, prévôt des marchands, exigea la démolition d'une maison qui gênait pour agrandir la rue qui se trouvait entre le Ghàtelet et la boucherie et qui depuis s'appela rue Neuve ; puis lorsque en 1416, le roi ordonna*que la grande boucherie serait démolie rez pied^ rez terre ^ ce qui fut exécuté, mais en 1418 les bouchers obtinrent qu'elle serait rétablie. Et enfin, lorsque Louis XI signa en 1461, des lettres patentes portant que trois des étaux de la grande boucherie seraient abattus et que la place qu*iis occupaient servirait à l'élargissement de la rue.
Pendant plus de cinq cents ans, les dix-neuf familles qui avaient possédé la propriété de la grande boucherie la conservèrent entre elles, chaque fois que l'une d'elles s'éteignait faute d'enfants mâles, les autres ea héritaient. Lors de la révolution de 1789 ces familles n^étaient plus qu'au nombre de trois : Dauvergne, Thibert et La Dehors.
Louis VI avait reçu un jour dans son palais de la Cité la visite du père Bernard, abbé de Clairvaux, qui venait au nom de Beaudoin II, roi de Jérusalem, lui demander si deux templiers, André et Gundomard que Beaudoin lui avait envoyés de Jérusalem, pouvaient espérer trouver en France aide et protection et s'il était disposé à leur donner un toit pour y abriter leur tète, et une chapelle pour y prier Dieu.
— J'entends, avait répondu le roi; c'est une église que vous me demandez ; soit, j'y songerai.
Il y songea si bien, qu'il leur donna une mai-
son voisine de Téglise Saint-Gervais dans laquelle ils s'installèrent; mais bientôt les deux templiers en firent venir d'autres, Tordre prit racine à Paris et le roi lai donna un immense terrain que Ton appela la culture du Temple et qui s'étendait depuis l'entrée actuelle du faubourg du Temple jusqu'à la rue de la Verrerie.
Il englobait le bourg Thibourg, une partie du beau bourg et des maisons éparses dans la campagne.
Les Templiers firent construire dans leur enclos, une église, une cuisine, un réfectoire, un colombier, une grosse tour, qui devint la fameuse tour du Teihple, et plusieurs autres maisons, ainsi qu'une écurie dans le voisinage.
Quelques-uns des bâtiments étaient hors de l'enclos et sur les terres de leurs dépendances. En 1293, leurs moulins étaient situés où se trouve de nos jours la rue des Barres qu'on appelait alors ruelle des Moulins du Temple.
La Porte-du- Temple était située au carrefour formé aujourd'hui par le boulevard, la rue du Temple et le faubourg.
Mais sous le règne de Louis le Gros ils se tenaient encore dans leur maison, proche l'église Saint-Gervais, nous les verrons bientôt faire de l'enclos qu'ils tenaient de la libéralité de Louis VI une forteresse inexpugnable où le trésor royal sera plus en sûreté que dans le palais des rois, puis expier par le plus affreux supplice le crime d'être si vite devenus riches et puissants.
On sait que les premiers habitants de Lutèce furent des bateliers et que le commerce par eau ne cessa d'être pendant plusieurs siècles l'un des plus considérés.
Sous Louis le Jeune, c'est à dire en 1140, les bateliers parisiens érigèrent à leurs frais, près du port Saint-Landry, où ils débarquaient les vivres et les marchandises qui devaient approvisionner la ville, une chapelle qu'ils dédièrent à saint Nicolas et y établirent leur confrérie.
Tous les ans, le 6 décembre, cette confrérie s'y assemblait et l'évêque de Paris venait dire une messe solennelle dans l'église, richement ornée de courtines et de cierges, puis ensuite, il allait processionnellement bénir le port et les bateaux pavoises de rubans et d'images dç saint Nicolas leur patron.
On plantait sur la berge un grand mai aux branches duquel pendaient des rubans, des poissons « tout frais péchés » et des figurines de plomb représentant le saint.
Saint Nicolas était d'ailleurs en grand honneur à Paris.
Lorsque quelqu'un s'était noyé, ses parents ou amis après avoir fait bénir un pain à l'église Saint-Nicolas, le mettaient avec un cierge allumé planté dessus dans une sébile de bois qu'ils plaçaient sur l'eau et ils se mettaient h genoux sur la rive.
Là où la sébile s'arrêtait, le corps devait se trouver.
Lorsqu'il ne s'y trouvait pas, c'est qu'il avait été enlevé par le démon !
En 1168, la chapelle de Saint-Nicolas qui n'était originairement qu'une nef, fut agrandie de la grandeur du chœur et prit le nom de Sainte- Madeleine.
Revenons aux mariniers qui formaient, on l'a vu précédemment, une hanse ou compagnie des marchands de l'eau. Louis le Jeune leur accorda un privilège portant que la rivière de Seine n'était navigable pour les marchands forains que jusqu'aux ponts de Paris exclusivement, et qu'il n'était permis aux marchands d'en bas de la remonter que jusqu'au pont de Mantes. En contrevenant à cette défense, on encourait la confiscation des marchandises et des bateaux, dont la moitié était adjugée au roi, l'autre à la ville.
Aux termes de cette ordonnance datée de 1170, il est dit : « Personne ne peut amener de la marchandise par eau à Paris s'il n'est Parisien, ou s'il n'a pour associé de son commerce quelque Parisien marchand de l'eau. »
Une ordonnance meilleure fut rendue. Jadis lorsque les rois venaient à Paris, leurs officiers avaient le droit d'entrer chez les bourgeois et d'y enlever leurs lits de plumes et leurs oreillers, souvent même ils profitaient de l'occasion pour enlever tout ce qui était à leur convenance.
Les bourgeois que cet usage révoltait fort, finirent par s'en plaindre au roi, à qui il n'apportait aucun profit ; il se résolut à l'abolir, tant pour lui que pour ses successeurs, et désormais les bourgeois purent dormir tranquilles, le corps sur leur lit de plumes et la tête mollement reposée sur l'oreiller.
Louis VII, qui portait une grande vénération au clergé, ne pouvait se dispenser de fonder des églises ou de leur faire des libéralités.
Il commença par donner, en 1138, une obole de cens à l'aumônerie de Saint-Benoit, située dans le faubourg de Paris, à côté du lieu appelé les Thermes, et qui était cohtiguê à l'église à laquelle elle fut réunie et qu'on nommait Saint- Benoit-le-Bétourné, parce que, contrairement au rit généralement observé, elle avait son chevet tourné du côté de l'Occident. On verra au XIV® siècle, ce nom changer et un incident singulier marquer le jour de la translation du saint.
A propos d'incident, il faut noter celui qui eut lieu à Sainte-Geneviève en 1145.
On sait que le pape Eugène III, chassé par les Romains, vint chercher un refuge à Paris ; le roi et l'évêque Thibaud sortirent de la ville, suivis du clergé et d'une multitude de peuple, pour aller au-devant du saint-père qu'ils conduisirent en grande cérémonie à Notre-Dame, mais celuici désira célébrer la messe à Sainte-Geneviève, et
HlSTOiaE NATIONALE DE PAHIS ET DES PARISIENS
les chanoines, pour lui faire plus d'honneur, étendirent un riche tapis à l'endroit où il devait se prosterner.
Ouand la cérémonie fat terminée, les officiers du pape voulurent s'emparer du tapis, leadomeatiques des chanoines s'y opposèrent, bientôt une dispute s'éleva et des mots on en vint aux mains, les coupa de poing et les coups de bâton tombèrent dru comme grêle ; le roi désespéré de ce conOit,voulut interposer son autorité pour le faire cesser, mais elle tut méconnue et les historiens rapportent que le monarque reçut même quelques coups de b&ton dans la mêlée.
Le malheureux tapis, cause de tout ce tapage, fut mis en pièces, maisenfin la victoire se décida en faveur des gens de Sainte -Geneviève et les ofBciera papalins, meurtris, contusionnés, sanglants, n'eurent d'autres ressources que celle de se plaindre au pape, qui se plaignit au roi et celui-ci, d'accord avec lui, décida qu'il y avait lieu de réformer le monastère de Sainte-Geneviève ea renvoyant les moines qui furent remplacés par des religieux de Cluny. On nomma un nouvel abbé et douze chanoines, tirés de l'abbaye de Saint- Victor, vinrent prendre la place des autres ; mais les chanoines de Sainte-Geneviève n'étaient
Les dueli judiciaim avaieiit lieu daui la cour de juatice. (Page 73, coL 1.)
pas d'humeur & se laisser déposséder de la sorte, ils résistèrent énergiquement et par leur ordre leurs serviteurs allèrent de nuit faire le siège de l'abhaye, ils enfoncèrent les portes de l'église et tombèrent sur les nouveaux moines qui chantaient niatines.
Il fallut que la force armée intervint pour mettre à la raison ces forcenés qui se vengèrent, en emportant, outre leur trésor, les ornements d'or qui ornaient la ch fisse de Sainte-Geneviève.
Alors il se répandit dans Paris un bruit qui y causa la plus profonde sensation ; on prétendit que les chanoines avaient coupé la tète de sainte Geneviève et l'avaient emportée.
Le roi qui, entre temps, était allé en Terre- Sainte, apprit cette nouvelle à son retour et manda rarchevëquedeSeasetlesévëquessessufTr^ants, pour qu'ils eussent i faire ouvrir la ch&sse el à visiter les reliques.
Il sei'ait difficile de se rendre compte de l'émotion que toute cette affaire produisit chez les Farisieqs, on ne s'entretenait que de cela.
EnUu l'ouverture eut lieu et on trouva le corps de la sainte parfaitement intact. Mais un évèqne, qui savait probablement comment on suppléait au besoin à l'absence de reliques quand on vou' lait s'en procurer, ne craignit pas de dire tout haut qu'on pouvait fort bien avoir substitué une
antre lëte i celle que les chanoines avaient volée et que rien ne prouvait qu'on avait devant les yeux la tête de sainte Geneviève.
Déjà ce discours commençait à alarmer les esprits, lorsque le gardien des reliques, le chanoine Guillaume, neveu de l'abhé de Saint-Germain-des-Prés, déclara qu'il était prêt à se jeter ù travers les flammes tenant à la main la tète iju'il avait représentée, pour prouver que c'était bien celle de sainte Geneviève.
Tout le monde se tut et l'on dispensa Guillaume de l'épreuve qu'il proposait. On chanta alors un Te Deum et tout le monde se retira satisfait.
Ce fut aussi des chanoines de Saint- Victor qui, en 1148, obtinrent de l'abbé de Sainte-Geneviève l'autorisation de creuser un canal qui amenait dans leur enclos l'eau de la Bièvre.
Un autre pape, Alexandre III, vint de nonveau, en 1163, chercher un refuge en France et apporter au roi la rose d'or. Pendant son séjour à Paris qui fut d'environ six semaines, les religieux de l'abbaye de Saint-Germain-d es-Prés le prièrent de vouloir bien dédier leur église dont les travaux de restauration étaient à peu près achevés.
Celte cérémonie eu lieu le 21 avril 1163; l'archevêque voulut y assister, mais les religieux ne le lui permirent pas ; sa présence dan« l'église eût été une atteinte portée à leurs privilèges.
Lorsque le pape sortit de l'abbaye, il flt signe qu'il voulait parler et U devant le peuple rassemblé dans le pré aux Clercs, il déclara que l'abbaye de Saint-Germain était du patrimoine de Saint- Pierre, et que nul archevêque ni évéque n'avait aucun droit sur ses biens.
Les Templiers ne furent pas les seuls membres d'un ordre hospitalier et militaire qui vinrent s'établir & Paris, des hospitaliers de Saint-Jean de Jérnsalem (Malle)s'y installèrent peu de temps après l'institution de l'ordre qui eut lieu vers 1100, quelques historiens prétendent qu'ils vinrent à Paris eu 1130, Sauvai fixe leur premier établissement i 1171.
C'était une commanderie placée sous l'invocation de Saint-Jean patron de l'ordre etb&tie dans un closqui contenait l'hôtel habité par le commandeur; cet hdtel avait été construit sous le magistère de Jacques de Souvré. U était entouré de maisons de pauvre apparence où logeaient toutes sortes d'artisans, jouissant du même droit de franchise que ceux qui habitaient l'enclos du temple. Une immense tour carrée i quatre étages était desUnée aux pèlerins et aux malades qui demandaient l'hospitalité aux religieux. L'église était desservie par un chapelain de l'ordre et servait de paroisse à tous les habitants de l'enclos qui occupait tout l'espace compris entre la rue Saint- Jacques et la rue Jean de Beauvais d'un cAlé, la place Cambrai et la rue des Noyers de l'autre.
Le commandeur jouissait dans cet enclos du
droit de haute, basse et moyenne justice; il avait son échelle de justice et son pilori.
La commanderie rapportait 12,000 livres de rentes au titulaire.
Le commandeur en exercice, avait en outre, la jouissance de deux maisons d'agrément, l'une située dans la rue de Lourcine, l'autre à la tombe Issoire au dehors de l'ancienne barrière Saint- Jacques.
Vers la fin du xvi' siècle, la commanderie de Saint-Jean de Jérusalem prit le nom de Saint- Jean de Latran, et bien que lors de la Révolution de 1789 elle fût déclarée propriété nationale, une partie seulement de l'enclos fut vendue le 11 thermidor an V.
tour à quolre tlagt», destin*e pèierins. (Paft« TI, co'. 1.)
L'entrée principale, située en face la porte actuelle du Collège de France, la grange aux dîmes, édifice du xiii* siècle, aux voûtes ogivales et aux nervures croisées, le logis du commandeur et le cloître avaient été rasés depuis longtemps; mus la tour, intéressant spécimen de l'architecture militaire du moyen &ge fut épargnée, et elle était encore debout en 1854 ; l'ouverlure de la rue des Écoles a malheureusement amené, au mois de décembre de la même année, la destruction de ce précieux monument.
Toutefois, une partie des colonnes a pu être conservée ainsi que la plupart des chapiteaux qui soutenaient les retombées des voûtes et ces fragments échappés à la destruction de l'édifice, ont été transportés au musée des Thermes.
Dans les premières années du xix* siècle, la
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
tour Sâiat-Jean deLatran, abandonnée au milieu de masures immondes qui s'étaient accumulées à ses pieds, avait repris un nouveau lustre par la présence du célèbre docteur Bichat, qui y faisait ses expériences d*anatomie en présence d'un immense concours d'auditeurs d'élite. Le nom de l'illustre praticien resta attaché au monument, et, après sa mort, une grande plaque de marbre noir portant les mots Tour Bichat ^ fut scellée à la façade orientale.
Cette inscription a pu être également conservée et apportée à l'hôtel de Cluny, avec les chapiteaux et fragments divers provenant du même monument.
L'église Saint-Jean, qui servait d'école aux enfants du quartier, fut démolie pour la régularisation des abords du Collège de France.
La charmante chapelle de Notre-Dame-des- Bonnes-Nouvelles, construite dans le courant du XIV" siècle, du côté nord de l'église et tout près du portail principal, a été démolie en 1860, et ses principaux fragments apportés à l'hôtel Cluny. Fondée par Gilbert Ponchet, commandeur de Mohtdidier, mort en 1419, cette chapelle était enrichie de sculptures d'une exécution remarquable et de peintures habilement traitées. Elle prenait jour par trois fenêtres qui ont été démontées sur place, deux ont pu être restituées sur la façade de la chapelle de l'hôtel Cluny.
Ce fut sous le règne de Louis le Jeune que fut fondé à Paris l'hôpital Saint-Gervais par Garin Masson et son fils Harcher, il fut destiné à héberger les pauvres de passage à Paris. Il était occupé originairement par des religieux, mais en 1300 Foulques 11, évoque de Paris, introduisit quatre religieuses dans cette maison hospitalière. D'autres se joignirent à elles, mais l'administration devint si déplorable, qu'en 1608, Pierre de Gondi renvoya toutes les religieuses qui s'y trouvaient et les remplaça par d'autres, toutefois les choses n'allèrent guère mieux; l'hôpital n'était plus qu'un monastère de filles de Saint- Anastase. Enfin, en 1655, toutes ces religieuses dont le nombre s'était considérablement accru, s'installèrent dans l'hôtel d'O, rue du Temple.
L'ancien hôpital fut abandonné, et son église qui avait été consacrée en 1412, fut démolie en
Les terreurs qui s'étaient manifestées quelque temps avant l'an 1000 reparurent en 1179. A cette époque, tous les astrologues chrétiens, juifs et arabes qui faisaient profession de lire dans l'avenir, s'accordèrent pour annoncer que la conjonction de toutes les planètes, au mois de septembre 1186, amènerait la destruction de toutes choses par la violence des vents et des tempêtes. Cette prédiction rencontra à Paris de nombreux croyants, et les sept années qui suivirent furent pour beaucoup de personnes, des années de deuil et de désolation. Inutile d'ajouter que il86 se
passa fort tranquillement de la part du vent et des tempêtes.
Il existait déjà à Paris, au commencement du xii" siècle, un hôpital spécialement consacré aox lépreux, desservi par des religieux, et qu'on nonamait l'hôpital Saint-Lazare. Il était placé dans le Faubourg Saint-Denis. Louis le Gros avait accordé à cette maison une foire qui s'ouvrait le 4 novembre et durait huit jours. Louis le Jeune en prolongea la durée du double et l'airranchil de tous impôts. Ce fut cette foire que Philippe- Auguste transporta aux halles de Champeaux.
Ce fut encore sous Louis le Jeune que l'évéque de Paris, Maurice de Sully, fît abattre l'ancienne basilique Notre-Dame-Sainte-Marie, reconstruite dans la cité par Childebert et qui posa, en 1 163, la première pierre de la cathédrale qui existe aujourd'hui.
Ce fut des décombres de l'ancien édifice et des gravois accumulés du nouveau que se forma le terrain placé au bout de l'Ile et qu'on désigna sous le nom du Terrain. On y planta des arbres, sous lesquels venaient se promener nombre de moines et d'ecclésiastiques, ce qui finit par le faire appeler la Motte aux Papelards.
Les travaux de construction de la nouvelle cathédrale furent poussés assez rapidement, car en 1182, le grand autel fut consacré le mercredi après la Pentecôte par le cardinal Henri de Cbâteau-Marçay, légat du Saint-Siège, et l'évêque, Maurice de Sully.
Dès 1185 on y célébrait l'office divin, mais cela ne veut pas dire que la cathédrale était achevée.
En 1196, Maurice de Sully mourut et laissa 5,000 livres pour couvrir en plomb la toiture de la partie orientale.
Le chœur était alors terminé jusqu'au Iran* sept, la nef était fondée.
Continués sous l'épiscopat d'Eudes de Sully et sous celui de Pierre de Nemours, les travaux étaient presque achevés à la mort de Philippe- Auguste; l'église était entièrement, voùtéeet seule, la partie supérieure du portail restait à terminer.
Néanmoins, ces travaux furent interrompus pendant quelques années, puis, repris en 1230 et complétés vers 1235, sauf les flèches en pierre qui devaient couronner les deux tours et dont les amorces sont toujours restées en attente.
A cette époque, l'église ne possédait pas de chapelles ; l'autel seul au milieu du rond-point de l'abside était entouré des stalles du chapitre, la chaire de Tévèque dans l'axe, les collatéraux de cette abside étaient de plain-pied avec le chœur.
« C'était, dit M. Viollet-le-Duc, la basilique antique avec son tribunal, ses galeries latérales à rez-de-chaussée et au premier étage. Le transept était marqué, mais ne. formait point de saillies sur les bas côtés. Des fenêtres larges, sans meneaux, percées dan^ les murs des bas cô^és,
PARIS A TtlAVËRS LES SIECLES
éclairaient la partie basse de Téglise; d'autres baies plus longues, ouvertes sous les voûtes des galeries supérieures les éclairaient, ainsi que la nef centrale ; et enfin, un troisième rang d'ouvertures, également sans meneaux, faisaient pénétrer le jour sous les hautes voûtes. (On voit encore les restes de cette disposition primitive conservée sur les parois intérieures de la première travée de la nef après les tours et de la dernière avant le transept.) »
Ce fut en 1245 que des chapelles furent pratiquées entre les contre-forts de la nef et qu'un jubé dont on retrouva des fragments, fut élevé devant le chœur.
Le portail latéral du côté du midi fut commencé le 12 février 1257 par les ordres de l'évêque Renaud de Gorbeil et par les soins de maître Jean de Ghelles, architecte ; on le nomme portail Saint- Etienne, parce que les principaux traits de la vie jde ce saint y sont représentés.
Jusqu'à ces derniers temps, on avait été unanime à penser que le portail septentrional était moins ancien et que c était Philippe le Bel qui l'avait fait commencer en 1313, en employant à ces travaux une partie des biens confisqués sur les Templiers, de même qu'on attribuait la porte Rouge ou de Saint-Marcel placée du côté du cloître et d'une construction si élégante, à une libéralité de Jean sans Peur qui l'aurait donnée à Téglise en 1419. Mais une opinion contraire sout tenue par un archéologue savant, M. de Guilhermy, s'est élevée et il parait certain que le portail et la porte ont été construits également par Jean de Ghelles et à la même époque(1257).
Du xiY* au XVII" siècle, il ne fut apporté aucune modification importante à l'ordonnancement général ou particulier de Notre-Dame.
Mais en 1699 le roi Louis XIY voulant acquitter le vœu fait par Louis XllI, son père, résolut de faire élever un nouveau maître-autel; des travaux importants furent commencés au mois de septembre, et se continuèrent avec des interruptions jusqu'en 1714.
Ce magnifique autel, en marbre d'Egypte, fut taillé en forme de tombeau antique et décoré avec une splendeur incomparable; mais pour rétablir, il fallut changer toutes les dispositions du chœur, on supprima naturellement l'ancien maître-autel, les stalles, le jubé, toute la clôture à jour du rond-point, les vitraux du chœur, de la nef et des chapelles et tous les tombeaux du chœur. En 1771 on supprima le trumeau qui divisait la grande porte occidentale en deux parties, de façon que les processions pussent avoir un plus large passage pour sortir.
Ce fut à cette époque qu'on remplaça les dalles funéraires qui couvraient le sol de l'église par un dallago uniforme en marbre.
On trouva, sous la base du portail principal de Notre-Dame le 27 décembre 1851, une boîte en
plomb renfermant cette inscription en cuivre : « L'an 1771, le lundi 1'*" juillet, la première pierre sers'ant à la nouvelle construction de la grande porte de l'église a été posée, etc. Avec cette inscription, se trouvait une médaille en cuivre doré : Louis XV, roi très chrétien ; et au revers : Anno
En 1773 et 1787 des travaux de réparation furent efi'ectués au préjudice du mur méridional des chapelles de la nef qui fut dégradé, ainsi que les arcs-boutants du chœur et les parties supérieures de là façade septentrionale.
Ce fut par l'exécution de ces travaux, qu'on put se convaincre que l'église n'était nullement bâtie sur pilotis comme le voulait la tradition, et qu'elle reposait sur de solides assises à 8 mètres de profondeur.
Notons en passant que si aujourd'hui pour entrer dans Notre-Dame, il faut descendre deux marches; autrefois on y montait par treize degrés qui ont disparu sous l'exhaussement du sol de la Cité. (Us existaient encore au xvu* siècle.)
En 1792, les statues de vingt-huit rois qui décoraient le portail furent jetées bas, ainsi que les nombreuses statues qui étaient placées dans les niches des chapelles du chœur.
En 1793, la commune de Paris demanda le renversement des sculptures extérieures^ effigies royales, en pierre, en marbre, ou en bronze. Ghaumette réclama en faveur des arts et de la philosophie, et les sauva de la destruction.
En 1802, le Concordat rendit à l'église de Paris son siège archiépiscopal et fit rouvrir les portes de Notre-Dame.
Des réparations partielles, parfois exécutées sous la direction d'architectes plus ou moins intelligents, avaient fini par amener la confusion dans les styles et détruire l'harmonie austère de l'ordonnancement intérieur; une loi de 1845 vint enfin afiecter une somme nécessaire à la res* tauration générale de la cathédrale qui fut confiée à MM. Lassus et Yiollet-le-Duc.
Le monument entier a été remis en état et consolidé. Toutes les parties de rornementation qui avaient plus ou moins souffert, furent rétablies; on réinstalla les statues autrefois placées dans les embrasures des portes et la série des figures qui remplissaient les baies de la galerie des rois. On reconstruisit en grande partie les deux façades du transept et on refit leurs immenses roses toutes travaillées à jour. La flèche centrale abat* tue en 1792 fut relevée en charpente et en plomb. Une sacristie pourvue d'un cloître, d'une salle capitulaire et d'un trésor, fut élevée sur le flanc méridional de l'église; on admire ses vitraux représentant la vie de sainte Geneviève et la mort de l'archevêque qui fut tué su ries barricades en 1848. L'intérieur débarrassé de la couche de badigeon qui couvrait les parois et les voûtes^ s'est meublé d'autels, de grilles, de boiseries sculptées, de vi-
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
traax. On enrichit la chapelle de sainte Anne de la statue eD métal de cette sainte, de brillantes peintures et d'nn splendide vitrail représentant la généalogie du Christ.
Dans ce grand travail de restauration on ne regretta que Tadjonction de cheminées de calorifères installées dans plusieurs chapelles et la modification apportée à la forme des fenêtres du transept
Les travaux commencés sous le règne de Louis- Philippe, furent continués pendant la république de 1848 et achevés aous TEmpire.
Le 31 mai 1864 l'église cathédrale de Paris a été consacrée et dédiée par H^ Darboy, archevêque de Paris.
Si les piliers de Notre-Dame avaient une voix, a dit un historien , ils raconteraient toute notre histoire depuis le règne de Philippe-Auguste jus« qu*à nos jours.
En effet que d'événements s'y sont passés!
« Mariages, baptêmes, obsèques, serments et vœux étemels bientôt démentis par d'autres vœux et d'autres serments, fêtes populaires, fêtes royales, chants d'allégresse et de deuil, apologies et anathèmes, oraisons funèbres pour les rois et pour les morts à l'attaque de la Bastille, culte de la déesse Raison et des Théophilanthropes, réinstallation du culte en 1802, sacre de Napoléon 1*' et baptême de princes au berceau qui ne devaient point régner. »
Peut-on parler de Notre-Dame sans citer quelques lignes du grand poète dont la plume d'or ne fut jamais mieux inspirée que lorsqu'elle traça la magique description de la vieille cathédrale?
tt II est à coup sûr, dit Victor Hugo, peu de plus belles pages architecturales que cette façade, successivement et à la fois les trois portails creusés en ogive, le cordon brodé et dentelé des vingthuit niches royales , l'immense rosace centrale flanquée de ses deux fenêtres latérales, comme le prêtre du diacre et du sous-diacre, la haute et frêle galerie d'arcades à trèfle qui porte une lourde plate-forme sur ses fines colonnettes, enfin les deux noires et massives tours avec leurs auvents de ciselure, ralliés puissamment à la tranquille grandeur de l'ensemble; vaste symphonie en pierre pour ainsi dire, œuvre colossale d'un homme et d*un peuple tout ensemble une et complexe comme les iliades et les
romanceros dont elle est la sœur; produit prodigieux de la cotisation de tontes les forces d'une époque, où sur chaque pierre on voit jaillir en cent façons la fantaisie de Touvriér disciplinée par le génie de l'artiste, sorte de création humaine en un mot, puissante et féconde comme la création divine dont elle semble avoir dérobé le double caractère : variété, éternité. »
Nous aurons dans le cours de cet oavrage bien des fois l'occasion de conduire le lecteur sous les larges nefs de la vieille cathédrale, mais avant d'y revenir un jour de grande cérémonie on de quelque fête nationale, quand les portes de la grande façade s'ouvrent pour donner passnge à un brillant cortège escorté de peuple et de soldats, quand les cloches sonnent à toute volée, disons encore avec M. Yiollet le Due :
« Quand au-dessus de cette foule, des milliers de lumières dorent l'atmosphère poudreuse, que les vitraux jettent des lueurs nacrées, que résonnent les grandes orgues, la vieille église parait se réveiller et participer à la vie, aux sentiments du peuple qu'elle abrite. Ge n*est pas par la richesse des marbres, par l'éclat des peintures que ce grand vaisseau sMnit les yeux, mais par rharmonie parfaite de ses lignes, le juste rapport entre l'ensemble et les détails. Fait pour l'homme, le monument le protège mais ne l'écrase pas sous sa puissante massé par le luxe des matières rares ou précieuses. Grand problème d'architecture que ces maîtres du moyen âge ont su résoudre! »
Les événements de la commune del871 ontcausé à Notre-Dame un dommage d'environ 900,000 francs, les dégâts ont été considérables, les balustrades et les embases en bois sculpté qui se trouvaient à l'entrée du chœur fureqt entièrement carbonisées. On les a remplacées par une balustrade en pierre. Le maître-autel fut détruit; où en a refait un dont la tablette est en marbre rose.
La statue de la vierge de Raggi, dit le Lombard, a été mutilée; la grande lampe d'argent donnée par Louis XVIII tordue; mais le plus regrettable fut la perte de la belle mosaïque du sanctuaire faite sur l'ordre de Louis XIII. Elle l'ut tellement calcinée par le feu qu'on fut obligé de l'enlever en partie ; le reste a pris des teintes qu'il a été impossible de faire disparftitre.
Le roi des ribuidi avait 4 Pari* U police des filles de joie. (Page S7, coL S.J
Clos et coQrttUei. — Les premiers pavés. — Le mur d'euceiute. — Le Louvre. — L'Université. — Les collèges. écoliers. — Leur vie. — Le Pré-aui-Clercs. — La (Bte de l'âne. — Les diacres soûls, — La ffite des fona. prostitutioD. — Le roi des ribauds. — Sainle-Uadeleine. — La châwe de sainte Geneviève. — cations. — L'éveqne et l'abbè. — Saint-AndréKles-Arts. — Saiot-CAme et Saint-Daïuiens. — Saint-Honorf. — Saiot- Nicolaa-des-Champs. —Les ft^res aux ânes. — Les Domiulcoins. — Les Jacobins. ~ L'abbaye Saint-Antoine. — L'hépital de la Croix-de-la-Reine. — Femmes et prêtres. — La famine. — Les inondations. — Écroulement du Petit-Pont. — Les juifs. — Le four banal. — Les femmes enceintes. — Brûlés vifs. — Les supplices. — Les crimes des écoliers.— Bataille avec les bourgeois.- Les rues de Paris.— La police.— Les écolet fermées. — Louis VIII. — La légat. — Le baiser de paix. — Le luxe. — Les modes, — La cour.
ODis Ut Jbdnb étant mort le 18 septembre 1180, son âls Philippe-Auguste lui succéda.
On sait qu'un des premiers actes s du jeune roi fut le bannissement des Liv. 11
juifs du royaume et la confiscation de leurs biens. Des sommes provenant de leurs dépouilles, Philippe fît b&tir l'église des Saints-Innocenls et entourer de murs le cimetiëre de ce nom qui était un dépôt général d'immondices et qui servait do
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
lieux d'aisances à la plupart des habitants des en • virons ; le soir c'était un lieu de débauche et de prostitution.
L'église fut édifiée à peu près à l'angle de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fers, et les chroniqueurs prétendent que ce fut en expiation d'un crime commis par un juif qui avait assassiné à cette môme place un jeune homtne nommé Richard; toutefois il est présumablo que ce ne fut d'abord qu'une simple chapelle, car en 14i5 seulement, Denis Dumoulin en fît la dédicace.
Le cimetière des Innocents se trouva plus tard entouré par une galerie voûtée qu'on appela le charnier des Innocents.
Mais avant d'aller plus loin, arrêtons-nous un moment et jetons un coup d'œil sur la physionomie qu'avait Paris avant que Philippe -Auguste y fît entreprendre les nombreux travaux d'utilité publique qui ont signalé son règne.
On a vu que jusqu'à Hugues €apet, la montagne Sainte- Geneviève et les terrains avoisinant étaient couverts de vignes ; ces vignobles étaient divisés en clos et entourés de murailles, mais à partir du xii' siècle, nombre d'habitations, particulièrement des écoles, s'élevèrent dans ces parages et finirent par envahir cette campagne.
A la même époque, les terrains de la rive droite restés incultes, furent défrichés et de chaque côté des rives du fleuve, il se forma des cultures, et des courtilles (jardins entourés de haies).
Quelques-uns de ces clos étaient considérables par leur étendue; c'est ainsi que sur la rive gauche on comptait : le clos de Laas qui appartenait aux religieux de Sainte-Geneviève et à ceux de Saint-Germain-des-Prés; il s'étendait depuis les portes de Nesle jusqu'à la rue de la Huchette. — Le clos de Mauvoisin et celui de Garlande séparés l'un de l'autre par la rue Galande — - le clos l'Evoque qui les avoisinait — le clos Bruneau faisant suite au clos Garlande et appartenant au chapitre de Saint-Marcel — le clos du Ghardonnet sur l'emplacement duquel fut bâtie l'église de Saint- Nicolas du Ghardonnet — le clos des Arènes, rue Monge à peu près, où on découvrit les arènes en 1870— le clos du Mont Célard (MoufTetard), —le clos du Roi près l'église Saint-Jacques du Haut- Pas — le clos aux Bourgeois au bas de la rue d'Enfer — le clos des francs Mureaux près Notre- Dame-des-Champs — le clos Payen qui côtoyait la rivière de Bièvre — enfin les clos de Saint- Germain-des-Près, de Sainte-Geneviève — de Saint-Yictor — des Cordeliers, des Jacobins.
Sur la rive droite venaient : le Ghampeaux dont nous avons parlé — le Marais Sainte-Opportune qui s'étendait du nord du Ghampeaux au bas de Montmartre — la culture l'Évêque, (où se trouve aujourd'hui le faubourg-Saint-Honoré, la Madeleine) — la culture Saint-Éloi entre la Seine, Saint-Paul et l'Arsenal, — la culture Sainte-Ga-
therine séparée de la dernière par la rue Saint- Antoine — la culture Saint-Gervais entre les rues SaintGervais, Culture et du Temple — :Ja culture du Temple (le quartier du Marais) — ^la culture Saint- Martin entre les remparts, les rues Greuier- Saint-Lazare, Michel-le-Comte, du Temple et Saint-Martin — la culture Grenîeî' -Saint-Ladre, entre la culture Saint-Martin et celle du Temple
— la culture des Filles-Dieu, de la Porte-Saint- Denis à l'église de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle
— la culture Saint-Magloire, — la culture Saint- Lazare, etc.
Parmi les courtilles on comptait : la courtille Barbette tenant à la rue du même nom — la courtille Saint-Martin attenant au prieuré — la courtille dd' Temple, Belleville. Il y a peu d'années èncoi^, le mercredi des cendres, avait lieu la descente de la Courtille.
Une carte de la ville de Paris sous Louis le Jeune, mentionne l'hôtel de Vauvert près Notre- Dame-des-Ghamps, et les bourgs de Saint-lMarcel, Saint-Eloi, Saint-Germain, le nouveau bourg Saint-Germain, le beau bourg, le bourg l'abbé, et le bourg Thibourg.
Les bourgs succédaient aux elos.
Paris a grandi malgré la guerre, il s'est développé malgré la famine et la peste, bientôt l'enceinte jugée nécessaire par Louis le Gros, laissait échapper de toutes parts des grappes de maisons et des clochers ; et avant de partir pour la croisade Philippe-Auguste ordonna aux bourgeois de Paris de travailler sans délai à une nouvelle ceinture de pierres, solide, garniç de tourelles et de portes pour garantir sa capitale de toute attaque du dehors.
Les Parisiens l'aimaient, le roi Philippe, et quand il revint victorieux de Bouvines, ils célébrèrent son triomphe par des fêtes qui durèrent huit jours.
G'est qu'il était peut-être le premier qui s'occupât de leurs besoins et qui ne se bornât pas à élever des édifices religieux, il accorda de nombreux privilèges aux écoliers dont i'aflluencc était devenue considérable, dota Paris de plusieurs établissements utiles, et témoigna pour ses sujets une sorte de sollicitude à laquelle ils n'étaient pas accoutumés.
G'est à ce prince que Paris doit son premier pavage. En 1185 il se promenait dans une des salles de son palais de la Gité et il s'approcha d'une fenêtre où il se plaçait quelquefois, rapporte l'historien Rigord, pour se distraire par la vue du cours de la Seine. Des voitures traînées par des chevaux traversaient alors la cité et remuant la boue, en faisaient exhaler une odeur insupportable. Le roi ne put y tenir et même la puanteur le poursuivit jusque rdans l'intérieur de son palais. Dès lors, il conçut un projet très difficile mais très nécessaire, projet qu'aucun de ses prédécesseurs, à cause de la grande dépensç
et des graves obstacles que présentait son exécution, n'avait osé entreprendre. Il convoqua les bourgeois et le prévôt de la ville, et par son autorité royale, leur ordonna de paver avec de fortes et dures pierres toutes les rues et voies de la cité.
Ce pavage se fit avec des pierres carrées en grès d'environ un mètre 15 centimètres de long, sur 15 à 18 centimètres d'épaisseur, et ce furent les bourgeois qui en payèrent les frais, aussi^ malgré le bien-être qui devait en ressortir pour tous; ils ne se pressèrent pas d'étendre le pavage au delà des environs du palais et des deux rues qui traversaient la Cité du nord au sud et de l'est à l'ouest (c'est ce qu'on appelait la croisée de Paris).
Ce qui prouve le peu d'empressement qu'on apporta dans l'exécution de ce pavage, c'est que sousLouis XIII la moitié des rues de Paris n'étaient pas encore pavées.
Mais venons à l'enceinte ordonnée par Philippe- Auguste et dont les travaux furent poussés avec plus d'activité que ceux du pavage, puisque la partie septentrionale qui fut la première com* mencée, s'acheva dans l'espace d'une quinzaine d'années.
Les faubourgs furent entourés d'un mur de plus de deux mètres d'épaisseur, formé d'un blocage revêtu de maçonnerie, flanqué de cinq cents tours et percé de quatorze portes.
Nous allons donner le parcours de ce mur avec la position qu'il occuperait aujourd'hui s'il existait.
Ce mur d'enceinte, commencé en 1190, prenait à une grosse tour qu'on appelait « la tour qui fait le coin » , et qui existait à peu près où se trouve aujourd'hui le pont des Saints-Pères (rive droite), allait passer à la Porte-Saint-Honoré (près l'Oratoire) défendue par deux tours, puis suivait les rues actuelles de Grenelle et d'Orléans-Saint-Honoré, jusqu'au carrefour formé à la jonction des rues Jean-Jacques- Rousseau et Coquillière; là encore était une porte nommée porte Bahaigne.
De cette porte, la muraille se prolongeait entre les rues Jean- Jacques-Rousseau et du Jour; elle coupait le commencement de la rue Montmartre, celui de la rue Montorgueil, coupait aussi la rue Française et arrivait par la rue Mauconseil à la rue Saint-Denis, où se trouvait la porte appelée Porte-Saint-Denisou Porte aux peintres, coupait le boulevard Sébastopol et la rue Saint-Martin où se trouvait la poterne Nicolas Huidelon, en englobant la rue aux Ours, suivait les rues Grenier- Saint-Lazare, Michel-le-Comte, traversait la rue du Temple et venait aboutir rue du Chaume au palais des Archives, où se trouvait une tour dont on découvrit les restes en 1878.
Cette tour, située entre les rues des Francs- Bourgeois et des Blancs-Manteaux, est attenante aux bâtiments du Mont-de -Piété et fait face au palais des Archives. Englobée dans un pâté de
vieilles maisons démolies pour l'agrandissement du Mont-de-Piélé, elle servait de cage d'escalier, et est parfaitement reconnaissable, tant à sa forme cylindrique qu'à l'appareil de sa maçonnerie. La muraille suivait alors la rue des Francs-Bourgeois, enclavait le marché des Blancs- Manteaux et aboutissait au coin de la rue Yieille-du- Temple et de la rue des Rosiers, où se trouvait la porte Barbette, suivait à peu près la rue Malher et aboutissait place de Bîrague, à l'endroit où la rue de Rivoli devient la rue Saint- An toi ne; c'était là qu'était la porte Baudet ou Baudoyer; elle traversait ensuite l'endroit où se trouve l'église Saint- Paul -Saint -Louis, la caserne de l'Ave-Maria, descendait la rue des Barres et venait s'arrêter au quai, où se trouvait la porte Barbel-surl'Yeau. Les vestiges de la tour de ce nom furent retrouvés en 1878, en creusant les fondations du nouveau marché de l'Ave-Maria. On comptait dix tours entre la tour Barbel-sur-l'Yeau et celle de la rue des Francs-Bourgeois.
Pour ne pas interrompre la ligne de fortifications, passons de suite à celles de la rive gauche, bien qu'elles n'eussent été commencées qu'en 1208, alors que celles de la rive droite étaient complètement terminées.
Elles prenaient à la tour de Nesle (pavillon de la bibliothèque Mazarine). Le mur traversant la rue Dauphine, suivait la petite rue Contrescarpe, et aboutissait rue Saint-André-des-Arts où se trouvait la porte Buci (bâtie en 1209), traversait le boulevard Saint-Germain (près la cour du Commerce) où était la porte des Cordeliers (qui prit plus tard le nom de porte Saint-Germain) et suivant la rue Monsieur-le-Prince, aboutissait place Saint-Michel, au coin du boulevard Saint- Michel, où se trouvait la porte de Fert ou d'Enfer (porte Saint-Michel sous Charles VI) ; de la place Saint- Michel, le mur allait se raccorder à la porte de Notre-Dame-des-Champs, qui se trouvait entre la rueSoufflot et la rue des Fossés-Saint-Jacques, puis enserrant la place du Panthéon, aboutissait à l'angle de la rue Descartes et de la rue de Fourcy, où se trouvait la porte Bordet ou Bordel, de là suivait la rue des Fossés-Saint- Victor, coupant la rue Clovis et traversant l'Ecole polytechnique, il arrivait rue Saint- Victor, à peu de distance de l'endroit où elle se rencontre avec la rue des Écoles où se trouvait la porte Saint-Victor, et gagnait le quai de la Tournelle, en suivant une direction parallèle à la rue des Fossés -Saint-Bernard.
Certes, comparé au Paris moderne, le Paris de Philippe-Auguste était encore une bien petite capitale et cependant que de changements opérés depuis le jour où, sur les îles du fleuve, ont été construites les premières habitations des bateliers et des pécheurs 1
Aussi les Parisiens sont-ils tout fiers de leurs murailles, de leurs tourelles et des quatre grosses tours qui les défendent : la tour de Nesle en face
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
la tour qui fait le coin, et la tour de la Tournelle en face la tour Barbel.
Quatre sentinelles qui veillent nuit et jour pour la sécurité de Paris.
Mais ce n'était pas tout, le roi voulut achever son œuvre en bâtissant un castel fortifié qui fut le complément de la ceinture de pierres dont il venait d'entourer Paris.
Il existait déjà depuis longtemps une sorte de maison de plaisance en dehors de la ville, il résolut de la transformer en château fort, commandant la Seine et ne voulant relever de personne, il chargea en 1204 la prévôté de Paris de payer au prieur et aux. religieux de Saint-Denis de la Ghartre trente sous parisis afin de pouvoir bâtir sur leurs terres, et il fit construire lé Louvre.
Le château avait la forme d'un carré et était percé à l'aventure de petites croisées les unes sur les autres sans ordre ni symétrie.
Il était fortifié et environné de fossés larges et profonds.
Au centre du carré, s'élevait la grosse tour du Louvre, percée de petites fenêtres profondes et grillées, coiffée d'une grosse corniche saillante et d'un toit pointu au-dessus duquel flottait la bannière royale.
C'était là qu'on enfermait prisonniers d'État, joyaux de la couronne, trésor du roi et trésor des Chartes.
Selon Sauvai, elle avait 144 pieds de circonférence et 96 pieds de hauteur, ses murs étaient épais de 13 pieds près du sol et de 12 pieds dans la partie haute ; une galerie supérieure la reliait avec les bâtiments de la première enceinte.
Tous les grands fiefs, et les grandes seigneuries du royaume relevaient de cette tour. Ce fut là, qu'en 1214, Philippe-Auguste fit enfermer le comte de Flandre, Ferrand, qu'il avait vaincu à Bouvines.
Le roi voulut offrir aux Parisiens le spectacle d'une entrée triomphale, et parmi plusieurs seigneurs qu'il ramenait captifs, se trouvait le comte Ferrand. Philippe imagina de charger de chaînes ce prisonnier et de le placer sur le superbe charriot surmonté d'un aigle d'or tenant dans ses serres un dragon, qu'il avait conquis sur l'empereur Othon qui le faisait traîner à côté de lui à Bouvines.
Ce fut en cet équipage que le comte fît son entrée à Paris, à la grande joie des Parisiens qui chantaient à tue-té te cette poésie de circonstance, t
Quatre ferranz bien ferrés Traînent ferrant bien enferré.
Emprisonné au Louvre, le comte y serait demeuré longtemps si sa femme, la comtesse Jeanne, n'était arrivée en toute hâte pour implorer le vainqueur.
Elle se jeta aux pieds du roi qui consentit à lui
rendre son époux, à la condition que toutes les forteresses de Flandre et de Hainaut seraient rasées.
La comtesse qui aimait son mari ne demandait pas mieux que de faire raser remparts et bastions, mais le peuple de Flandre qui tenait plus à ses forteresses qu'à son comte, refusa net de ratifier l'engagement pris sans le consulter par la comtesse Jeanne; et Ferrand demeura prisonnier jusqu'en 1226 ; il sortit du Louvre par suite du traité de Melun conclu en 1225 et après avoir payé 60,000 livres pour sa rançon.
Les travaux historiques de M. Yitet et les fouilles faites en 1866 ont permis de déterminer avec précision l'emplacement de l'ancien Louvre, figuré par des lignes tracées sur le sol dans la cour du Louvre restauré; nous dirons les importantes modifications que subit, par la suite des temps, le Louvre, qui devint l'habitation des rois de France et ne cessa d'être considéré comme le plus magnifique palais du monde, lorsque nous en parlerons tout au long.
Ce fut en 1200 que Philippe-Auguste eut l'idée de réunir les diverses écoles établies à Paris en une corporation qui ne fut cependant constituée qu'en 1212, sous le nom d'Université. Ce fut Robert de Courçon qui en rédigea les statuts; jusqu'alors la faculté d'enseigner était accordée à tous ; à partir de cette époque il devint nécessaire pour cela d'obtenir une licence et des collèges furent créés pour servir d'asile aux écoliers indigents. Pendant son règne quatre de ces collèges furent fondés à Paris : celui de saint Thomas du Louvre, celui de Constantinople, celui des Bons-Enfants et enfin celui de Saint-Nicolas du Louvre.
L'église Saint-Thomas-du-Louvre avait été bâtie par Robert, comte de Dreux, frère du roi Louis YII, sous l'invocation de saint Thomas de Cantorbery et un hôpital lui avait été adjoint par le même personnage, en faveur d'un certain nombre de pauvres écoliers, mais ceux-ci avaient des disputes continuelles avec les chanoines de l'église, et en 1217, ils obtinrent de l'évèque de Paris la permission d'avoir une chapelle et un cimetière pour eux et leurs valets, et leur hôpital ou collège fut distinct de l'église et devint le collège-hôpital des pauvres écoliers de Saint-Nicolas. Le 25 juillet 1541, Jean du Bellay, évoque de Paris, supprima le collège en l'érigeant en un chapitre composé d'un prévôt et de quinze chanoines qui furent réunis en 1740 à ceux de Saint- Louis-du-Louvre. L'église Saint-Nicolas, dès lors totalement abandonnée, fut démolie avant la révolution de 1789.
Le collège de Constantinople était situé au bas de la place Maubert dans une rue appelée rue Sans-Bout, qui allait de la place à la rivière. Il avait été fondé par Pierre, patriarche de Constantinople, il n'avait plus qu'un seul boursier
CD
«a co
s eu
nommé ïvan de Novare, lorsqu'il passa en 136ii, entre les mains de Guillaume de La Marche qui le réorganisa et lui donna son nom,
I^ collège des Bons-Enfants a donné son nom à la me qui avoisine le Palais-Hoyat. Ce fut un bourgeois de Paris, Etienne Belot et saferameAda, qui le fondèrent en 1208, pour treize écoliers ; on l'appelait l'tiApital des pauvres écoliers, ce qui fit qu'en 1300 on nommait encore la rue des Bons- Enfants rue des Pauvres-Écoliers. 11 fut restauré par Jacques Cœur qui y eut sa sépulture et réuni en 1602 & l'église Saint-Honoré ; il fut démoli, mais la chapelle subsista jusqu'à la révolution où elle devint propriété nationale et (ut vendue le 17 avril 1792.
L<e bon accueil que recevaient les écoliers à
Paris en fit accourir de partout, et naturellement tous ces jeunes gêna arrivant du nord et du midi, avec des habitudes, des goûts, voire même un langage différents, formèrent un corps bruyant, tapageur, aussi ardent au plaisir qu'au travail et dont les joyeusetés déplaisaient fort aux bourgeois qui, alors comme aujourd'hui, aimaient l'ordre et la tranquillité. Or ces deux bienfaits résultant d'une bonne administration, étaient difficiles à obtenir en raison de la prétention qu'avait l'autorité ecclésiastique d'être seule compétente pour réglementer la vie des écoliers, qui d'ailleurs se trouvaient soutenus contre les bourgeois par les privilèges dont le roi les avait gratifiés, peut-être un peu libéralement.
Ce prince avait voulu que les habitants de Paris
Pliilippn-Auguste ordonne de paver Paris. (Page 63, col, l.i
qui seraient témoins d'une insulte faite à un écolieren rendissent témoignage,etlor3qu'ils voyaient un écolier assailli, ils étaient tenus de venir à son secours.
Il était défendu au prévftt de Paris et à ses officiers d'arrèLer un écolier et s'il s'agissait d'un crime, l'autorité ecclésiastique avait seule le droit ' d'en connaître.
Et ajoutons que les serviteurs des écoliers jouissaient des mêmes privilèges que leurs maîtres, uniquement parce qu'ils étaient à leur service.
Or, si on veut savoir comment vivaient mesaires les écoliers, ivrognes, libertins, querelleurs, batailleurs et homicides par manière de passetemps, on n'a qu'à consulter l'histoire occidentale de Jacques de Vitry, elle nous édifleja sur leur compte ; il srétend que c'était surtout dans icj
de prostitution qu'ils passaient leur temps. Au premier étage se trouvait le professeur (maître) qui y faisait son cours, à l'étage inférieur étaient réunies des filles de mauvaise vie. Peu de clercs étudiants s'instruisaient à cause de la diversité de leurs opinions et de leurs pays, lis ne cessaient de se quereller : « les Anglais sont ivrognes et poltrons, dit-il, les Français fiers, mous et efféminés, les Allemands, furibonds et obscènes dans leurs propos de table, les Normands vains et orgueilleux, les Poitevins traîtres et avares, les Bourguignons des brutaux et des sots, les Bretons légers et inconstants. >>
On voit d'ici ce qui pouvait résulter de cette agglomération de jeunes hommes dans de pareils lieux.
Jamais, au dire d'un chroniqueur du xii*siècle, oDn'avaîtvunidaa<>Athènbs,nieDÉgypte,nidana
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
aucun lieu du monde, une telle affluence d'étudiants, lis étaient attirés non seulement par le charme du séjour et la réputation des maîtres, mais surtout par la liberté et les immunités dont ils jouissaient.
Ils avaient pris Thabitude de se promener dans une magnifique prairie qui s'étendait à peu près de la rue Bonaparte jusqu'à l'esplanade des Invalides, et de la Seine à Saint -Germain-des- Prés; c'était ce qu'ils appelaient leur pré et ce que tout le monde finit par appeler le Pré-aux- Clercs.
Un large fossé désigné sous le nom de Petite Seine, coupait le pré en deux, la plus petite partie au nord de Tabbaye et comprise entre les murs la Seine et la petite Seine, s'appellait le petit pré, la seconde le grand pré.
Non seulement les écoliers se regardaient comme souverains absolus dans le grand pré, mais ils ne se gênaient nullement pour aller s'ébattre dans le petit pré qui appartenait aux moines de Saint-Germain- des-Prés, gens peu endurants qui en 1163, sous le règne de Louis le Jeune essayèrent un beau jour, avec l'aide des habitants du voisinage, de repousser les écoliers au delà de la petite Seine ; des coups de bâton furent échangés, on s'assomma quelque peu de part et d'autre et le difi*érend fut porté devant un concile qui donna raison aux moines, mais les écoliers n'en continuèrent pas moins à faire leurs volontés.
En. 1192 il y eut une nouvelle bataille avec les moines et les bourgeois ; un écolier fut tué, d'autres furent blessés et les luttes continuèrent jusqu'à la fin du siècle suivant, où elles prirent un caractère de gravité plus grand encore ainsi qu'on le verra.
Notons en passant qu'en 1196, au mois de mars, des villages entiers furent engloutis et des ponts furent rompus sur la Seine. La phiie tombait sans interruption jour et nuit. Le peuple crut à un nouveau déluge. Il y eut, à cette occasion, des jeûnes, des prières publiques, des processions pour conjurer la colère céleste. Celte année-là, le roi Philippe fut obligé d'abandonner son palais de la Cité, envahi par les eaux, pour se réfugier à l'abbaye Sainte-Geneviève.
En même temps que Philipe Auguste protégeait l'instruction, il prenait des mesures contre des pratiques indécentes, superstitieuses qui déshonoraient le culte : il tenta d'abolir la fête de de l'àne et celle des fous, sortes de saturnales continuées par les chrétiens et que tolérait un clergé ignorant.
C'était au mois de janvier que dans la cathédrale de Paris se célébrait la fête de l'àne ; à la tête d'une longue procession composée de tout le chapitre et des confréries, bannières déployées, marchait, richement harnaché, un àne portant sur son dos une jeune fille bien vêtue et a en-
çourtinée d'une chape d'or », un poupon dans les bras; elle figurait la Vierge Marie et l'enfant Jésus fuyant en Egypte.
On sortait de l'église dès l'aube, on faisait le tour de la cité et au retour on plaçait l'âne et la jeune fille dans le chœur à côté de l'évangile.
Puis, chacun ayant pris sa place, on entonnait après l'épître, ce qu'on appelait la prose de l'âne, c'est-à-dire une sorte de complainte burlesque en latin, divisée en strophes. Après chacune d'elles, le peuple réuni dans l'église répondait en chœur et en français :
Hez I sire ftne, çà chantez, Belle bouche, rechignez I Vous aurez du foin assez Et de Tavoine, à plantez.
et on terminait la complainte en. s'écriant : (f Assez chanté ! Ane dites amerij dites encore amen, amerij et moquez-vous des vieilleries, hez, va! hez, va! hez biaxlz, sire àne; car allez, belle bonche, car chantez l »
Naturellement l'àne ne répondait point, mais l'évêque de Paris, la mitre en tête, la crosse à la main, écoutait gravement toutes ces niaiseries; et les chants de la messe se terminaient par d'immenses hi han! hi han! hi han! répétés par toaU l'assistance.
Le prêtre lui-même qui officiait, au lien de chanter Ite missa est, se mettait à braire et tous les fidèles répondaient : Deo grattas!
La fête des fous était pis encore, ainsi qoe celle des diacres soûls.
Celle-ci avait lieu le 26 décembre, jour de saint Etienne.
Le peuple élisait par acclamation parmi les diacres et sous-diacres de Paris un évêque des fous, auquel on donnait une grotesque bénédictioD; ensuite le clergé s'emparait de lui et le conduisait procession nellement à Notre-Dame, portant la crosse et la mitre devant lui.
Cet évêque pour rire donnait alors sa bénédiction boufi'onne à tout le monde et indiquait qoe la fête de ses fidèles aurait lieu le !•' janvier.
Ce jour-là, tandis que les cloches carillonnaient, les membres du clergé déguisés, les uns en baladins, d'autres couverts de masques hideux, barbouillés de suie, allaient chercher Févèque des fous et le conduisaient en grande pompe à Téglise.
Son entrée était le signal delaplusdégoùtaot^ orgie.
Laissons pour un moment la parole àDulaure :
(( Alors les ecclésiastiques au milieu du chœur s'y livraient à toute espèce de folies et de désordres ; les uns y dansaient, sautaient, d'autres, pendant la célébration de la messe, venaient sor l'autel même jouer aux dés, jeu alors sévèrement prohibé, y buvaient, y mangeaient de la soupe, des boudins, des saucisses, les offraient au
prêtre célébrant sans les lui donner, faisaient brûler dans un encensoir de vieux souliers et le forçaient à en respirer la désagréable fumée.
« Après cette messe, le désordre, les extravagances, les profanations prenaient un nouveau caractère de gravité. Les ecclésiastiques enhardis parFusage et parles fumées bachiques se livraient au délire d'une joie grossière et bruyante et offraient Timage des antiques saturnales qui se célébraient à la même époque. Des sauts, des danses lascives, des luttes, les gestesdela luxure, les cris, les chansons obscènes étaient les principales actions de cette orgie ecclésiastique, mais n^en étaient pas les seules.
« On voyait des diacres, des sous-diacres enflammés par le vin, se dépouiller et se livrer entre eux aux débauches les plus criminelles. D'autres, chez lesquels la colère avait succédé à la joie, augmentaient le vacarme en se querellant, en se battant. Il arrivait quelque fois que le sol de Téglise était ensanglanté. »
Est-il réellement possible qu'on se soit livré à de pareilles turpitudes? Tesprit se révolte contre de semblables insanités.
Mais poursuivons, car ce n'est pas tout, Thistorien nous apprend qu*à Textérieur la fête avait ses coudées franches: d'autres ecclésiastiques, confondus avec des séculiers libertins, avaient dressé des tréteaux en forme de théâtre et y représentaient des scènes scandaleuses dans lesquelles on voyait le plus souvent des acteurs déguisés en moines en attaquer d'autres costumés en relij^ieuses...
Enfin les prêtres, sortant de Téglise, montaient dans des tombereaux chargés de boue et d'ordure et s'amusaient à en jeter sur la foule qui les suivait en les criblant de lazzis I
Ce fut contre ces honteuses folies que Philippe- Auguste, avec l'aide puissante de Tévêque Eudes de Sully, qui s'en indignait, voulut sévir en 1198, en abolissant d'abord la fête des fous, et l'année suivante celle des diacres ; mais d'autres soins l'occupèrent et bientôt ces fêtes, après une courte suspension, reprirent avec toute leur frénésie, le peuple ignorant aimait les fêtes quelles qu'elles fussent, et il lui en fallait à tout prix.
Philippe-Auguste s'occupa aussi de réglementer la prostitution ; Paris possédait un nombre considérable de filles publiques. Déjà Gharlemagne avait essayé de les bannir de sa capitale, mais il n'avait pu y parvenir. 11 avait ordonné qu'elles seraient condamnées au fouet et que ceux qui les auraient logées ou chez qui on les aurait trouvées, les porteraient sur leur cou jusqu'au lieu de l'exécution.
Les gens se courbaient sous ce singulier fardeau, mais le nombre de celles qu'il fallait fouetter était si grand, qu'on prit le parti plus sage de les tolérer ; néanmoins ce nombre augmentant toujours, on se résolut à les grouper en corpora-
tion et à les imposer aux taxes, elles eurent des statuts et des juges spéciaux chargés de statuer sur les délits qu'elles commettaient.
On les appela femmes amoureuses et filles folles.
Tous les ans elles faisaient une procession solennelle le jour de sainte Madeleine.
On leur désigna certaines rues dans lesquelles elles pouvaient librement exercer : c'étaient les rues Fromentel, Pavée, Glatigny (appelée aussi rue du Val -d'Amour), Tiron, Gapon (Chapon), Tirev... (plus tard Tireboudin), Brisemiche, du Renard, du Hurleur, de la vieille Bouderie, de l'Abreuvoir, Maçon et Ghampfleuri (depuis rue de la Bibliothèque).
Elles avaient dans chacune de ces rues un clapier qu'elles devaient tenir proprement et « rendre agréable et commode. »
Elles étaient obligées de s'y rendre à dix heures du matin et d'en sortir dès qu'on sonnait le couvre-feu, c'est-à-dire à six heures du soir en hiver et entre huit et neuf en été.
Il leur était absolument défendu d'exercer ailleurs, a même chez elles. »
« Gelles qui suivaient la cour étaient tenues, tant que le mois de mai durait, de faire le lit du roi des ribauds. »
Ge roi des ribauds qui avait à Paiis la police des filles de joie, était un fonctionnaire dont la création était due à l'initiative de Philippe-Auguste.
Il était en outre le chef d'une sorte de gardes du corps, formée d'hommes résolus et qui avaient pour mission de veiller avec un soin attentif à la sûreté de la vie du roi.
Les ribauds étaient armés de massues et veillaient jour et nuit sur la personne royale qui craignait les assassins du Vieux de la Montagne et les bravi de Richard d'Angleterre.
Le roi des ribauds était un personnage important, jouissant de prérogatives et de privilèges assez étendus. Il se tenait à la porte du souverain et veillait à ce que personne n'entrât sans droit.
Il jugeait des crimes commis dans l'enceinte de la demeure royale et exécutait lui-même les sentences qu'il rendait ; il était donc à la fois juge et bourreau. Nous verrons ce personnage en exercice jusqu'au xv* siècle.
Tout cela n'empêchait pas le roi de songer entre temps à édifier quelques églises, sainte Madeleine entre autres, l'ancienne chapelle Saint- Nicolas qu'il fit agrandir considérablement. Elle n'avait rien de remarquable, si ce n'est qu'elle devint le siège de la grande confrérie des bourgeois de Paris, qui possédait le Glos des Bourgeois près les Jacobins et quelques autres propriétés.
En 1749, cette église qui menaçait ruine fut réparée ; on y réunit les paroisses de Saint- Ghristophe et de Sainte-Geneviève-des-Ardents }
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
elle fut supprimée en 1790, devint propriété nationale, fut vendue le 21 août 1793; en 1794 elle fut démolie et sur son emplacement fut ouvert le passage de la Madeleine qui communiquait de la rue de la Licorne à la rue de la Cité et qui fut supprimé lors du percement de la rue Gonstantine.
L'abbaye de Sainte-Geneviève fut aussi achevée sous le règne de Philippe-Auguste, et en 1199 le pape accorda à son abbé le droit de porter la mitre.
L'église de cette abbaye était contiguë à celle de Saint-Étienne-du-Mont et s'élevait sur l'emplacement qui se trouve au sud de cette église occupé par la rue Glovis.
Elle renfermait la fameuse châsse de Sainte- Geneviève qui fut fabriquée par un ouvrier, artiste des plus habiles du nom de Bonard ; cette châsse exposée derrière le grand autel était supportée par quatre grandes colonnes d'ordre ionique, avec leur entablement et leur plan carré, sur ces colonnes étaient quatre statues de vierges, tenant d'une main la châsse et de l'autre un candélabre.
La châsse était en vermeil et l'orfèvre y employa 193 marcs d'argent et 8 marcs d'or. Nombre de rois et de reines de France firent des libéralités à cette châsse qu'ils couvrirent pour ainsi dire de diamants et dé pierreries.
La reine Marie de Médicis lui avait donné un bouquet de diamants.
Les Parisiens n'ayant jamais cessé de montrer une grande vénération pour sainte Geneviève, chaque fois que l'hiver était par trop rigoureux, que dans l'été la sécheresse était trop grande, qu'il y avait quelque épidémie ravageant la ville, vite on descendait la châsse de son socle et on la portait en procession à Notre-Dame, et les religieux qui l'escortaient marchaient pieds nus. Les bonnes dispositions de Philippe-Auguste n'empêchèrent point l'abbé et les religieux de Sainte- Geneviève d'avoir maille à partir avec l'évêque de Paris.
Ces divers représentants de l'autorité ecclésiastique n'étaient pas d'accord sur le droit qu'ils s'arrogeaient les uns et les autres d'excommunier. Enfin après maints débats il fut convenu que l'évêque et l'archidiacre de Notre-Dame pouraient excommunier les paroissiens de l'abbaye et défense fut faite aux prêtres desservant cette paroisse d'y recevoir les excommuniés. Toutefois, on excepta des paroissiens pouvant se trouver excommuniés un jour ou l'autre, le cuisinier de l'abbaye et ses trois écuyers et vingt-deux autres artisans, employés, ou domestiques de l'abbaye ainsi que leurs femmes.
Nous aurons à revenir sur cette abbaye et sur la châsse de Sainte-Geneviève, qui fut envoyée à la monnaie et fondue en 1789, mais une autre lui succéda.
Saint-Étienne-du-Mont, petite chapelle, fat aussi érigée en église ; en 1221 le tonnerre l'avait considérablement endommagée; en 1222 le pape donna l'autorisation de la faire reconstruire sur de vastes proportions, mais les travaux ne commencèrent que sous Charles YIIL
L'enceinte de Paris avajit forcément morcelé les propriétés et les terres seigneuriales.
Des contestations assez vives, s'élevèrent à ce propos entre l'évêque de Paris et l'abbé de Saint- Germâin-des-Prés ; l'évêque prétendant avoir droit de juridiction spirituelle sur les accroissements de la ville, et l'abbé soutenant qu'une partie de cette juridiction lui revenait.
Avant d'aller plus loin, examinons de près ce qu'était à cette époque l'évêque de Paris, ce personnage d'une si grande importance, que son autorité balance souvent celle du roi, et la situation qu'il avait à Paris.
Dans l'origine, sa maison était située près de la première cathédrale, et le côté du sol regardant la Seine s'appelait le Port à l'Évêque.
Dans un diplôme de Louis YI de 1110, les seigneuries de l'évêque, sans compter son droit de censive dans la Cité, étaient celles de Saint-Germain, de Saint-Éloi« de Saint-Marcel, de Saint-Gloud et de Sainl-Marlin.
Ce fut en 1161 que Maurice de Sully, évèqne, transforma sa maison en un palais épiscopal qu'il fît bâtir sur une ligne parallèle à la cathédrale, avec deux chapelles y attenant.
Dans la chapelle basse étaient des chapelains ; le jeudi saint on y lavait les pieds des enfants de chœur et tous les dimanches on y célébrait une messe pour les prisonniers de l'évêché. La chapelle supérieure servait aux ordinations, au sacre des évêques et à d'autres assemblées solennelles.
C'était dans la première cour du palais que se livraient les duels judiciaires.
Les droits de l'évêque étaient devenus si grands à la fîn du xi® siècle, que la ville de Paris était pour ainsi dire partagée en deux parties, dont l'une était sous la domination du roi et l'antre sous la sienne.
Le territoire de Saint-Germain-l'Auxerrois qui se trouvait dans la censive de l'évêque devint si considérable par le commerce qui s'y faisait, que l'évêque Etienne crut devoir associer le roi Louis le Gros aux deux tiers du profit dans tout le clos fermé de fossés qu'on appelait le Ghampeaux et qui était devenu les halles.
A son tour, Tévêque Guillaume de Seignelay, conclut un traité avec Philippe-Auguste, en 1222, qui reconnaissait au roi le droit de justice pour les crimes de rapt et de meurtre commis dans le bourg Saint-Germain (faubourg-Saint-Germaio) et dans la culture l'Évêque (quartier de la ville l'évêque). Aux termes de ce traité, le roi pouvait également lever des impôts sur les habitants pour dépenses de guerre et chevauchées, et avait
Le rappliu de llioiume au chitn.
droit de justice sur tout ce qui était relatif aux marchandises.
On voit qu'en lui disputant sa juridiction, l'abbé de Saint-Germain s'attaquait à forte partie.
Une sentence arbitrale de 1210, donna gain de cause à l'évëque, mais comme compensation, l'abbé de Saint-Germain fut autorisé i faire construire deux églises dont il jouirait des revenus. Il a'empressa de faire b&tir Saint-André-des Arts (place de ce nom) qui fut commencée en 12i2. Ce ne fut d'abord qu'un modeste édifice remplaçant un oratoire dédié à Saint-Andéol. Celte église, qui avait une tour gothique, n'exis- Liv. 12
tait plus à la fin du xvi' siècle et fut remplacée en 1600 par une autre.
La seconde fut l'église Saint-C6me et Saînt- Damiens (au coin de la rue de la Harpe et de la rue de l'Ecole- de -Médecine], mais les religieux de Saint-Martin ne jouirent pas longtemps du revenu de celle-ci. Une querelle s'éleva entre les domestiques de l'abbaye de Saiot-Germain-des- Prés, toujours d'humeur batailleuse, et les écoliers de l'Université. Et un arrêt du Parlement, de 1345, décida que, désormais, ce serait l'Université de Paris qui nommerait k la cure de Saint- Came.
kiSTOIRÈ NATiONALB DEI PARIS Et DES PARISIENS
L'histoire de cette église supprimée en 1790 se trouve liée à celle de l'École de chirurgie, ou maison de Saint-Gôme, fondée en 1298.
L'église collégiale de Saint-Honoré fut fondée en 1204 par Renold de Ghereins et par Sébile, sa femme, qui donnèrent neuf arpents de terre sur le chemin qui allait des murs de Paris à Giichy, pour y construire une chapelle et pour l'entretien d'un prêtre qui la desservirait
Renold et sa iemm^ achetèrent encore un arpent de terre du prieur de Saint-Martin-des- Ghamps, en Iâ05, pour agrandir le terrain, et cinq ans plus tard l'église était construite. En 1579 on augmenta les bâtiments ; plus tard on y inhuma le fameux cardinal Dubois. Cette église fut supprimée en 179â. Des chanoines y avaient été établis au xiii* siècle, et de nos jours U existe encore à la place de l'église une cour donnant rue Montesquieu et rue Groix-des-Petits-(3iamps, qu'on appelle cloître Saint-Honoré ; l'église était où se trouve le passage Montesquieu.
Plusieurs autres chapelles ou églises figurent dans des titres relatifs 4 des mutations de terrains ou immeubles qui eureni lieu lors de la construction du mur d'enceinte, telles que Saint- Père, paroisse du bourg Saint-Germain près de laquelle s'éleya la maladrerie devenue l'hôpital de la Gharité, Saint-Gervais, paroisse en 1212, Saint-Jean-en-Grève, paroisse à la même époque. Gette dernière église fut rebâtie en 1326. Saint- Hilaire, église bâtie dans le clos Bruneau et érigée en paroisse en 1200. Il y eut dans cette église une confrérie de gens qui s'y faisaient recevoir pour obtenir de Dieu sa bon mariage, en raison de ce que saint Hilaire avait été marié avant d'être évêque? Elle devint plus tard église Saint- Hippolyte (dans la rue de ce nom) érigée en paroisse au XIII* siècle. Supprimée en 1790, elle devint propriété nationale, fut vendue le 3 août 1793, et démolie ea 1807. Saint-Médard, chapelle qui dépendait de l'abbaye de Sainte -Geneviève et devint, par la suite, Téglise paroissiale d'un bourg appelé Richebourg, village de Saint-Mard ou de Saint-Médard, bourg qui ne fut réellement peuplé qu'au xvi* siècle et qui englobait les rues du Ghardonnet, du Breuil, Copeau, Gratard, des Saussayes et de la Gendrée. Saint-Médard fut complètement reconstruit en 1561. Nous en parlerons à cette date.
Saint-NicoIas-des^Ghamps était une chapelle qui existait près du monastère de Saini-Martindes-Ghamps, en 1142, et on y enterrait dans une cour dépendant de Téglise ; en 1220, plusieurs bourgeois firent don de terrains, ainsi que le prieur et les religieux de Saint-Martin pour établir un cimetière attenant à la nouvelle paroisse qui reçut plusieurs accroissements en 1399, 1420, 1489 et 1576.
Le portail méridional est une œuvre élégante du style Renaissance. L'architecture intérieure
a été gravement altérée par des restaorations SBceessivet.
Guillauma pudé, jQaasendi, Henri et Adrien de Valois, {laiyfrat Magnière, Saimon Ifacrin, Madeleine de SiSttdéri, Th. de Via», f. Milet furent inhumés da^s cette église q^, en 179T9 devint le temple des Théophilanthropes dédié à l'hymen. Rendue au ^Ite, elle est aujourd'hui à l'angle de la rue Saiat-Martin et ds La ma Turbigo, ég^se paroissiale.
Des églises, venons wa% aoavents. Prêtres et moiuies tienaent tant de plaee dans l'histoire du vieux Pans !
Ge fut vers 1209 que Les Mathurins, que le menu peuple appelait les firères aux ânes, vinrent s'installer à Paris dans une ancienne aumônerie de Saint-Benott, dédiés à saint Mathurin, qui ^ait proche le palais des Thermes. Ds s'intitulèrent religieux Je la très sainte Trinité, pour le rachat des captifr, et n'avaient en effet d'autre mission que celle d'acheter aux musulmans leurs esclaves chrétiens et aux chrétiens leurs esclaves musulmans ; et leur sobriquet de frères aux ânes leur fut donné parce qu'il leur était interdit de monter à cheval et qu'ils devaient se contenter d'un âne pour monture, ce qui, au moyen âge, était une profonde marque d'humilité; aa reste, ce n'était pas la seule qu'ils doenaîent. Loin d'avoir comme les r^igieax des riches abbayes, des valets pour les servir^ ils se servaient eux-mêmes et se partageaient les travaux domestiques de la maison, ce qui ns les empêcha pas, peu à peu, d*acquérir de grands biens et de pouvoir faire bâtir une superbe église pour les besoins de leur couvent
l^'égiise des Mathurins, décorés de tableaux de maîtres, était â l'intérieur revêtue de marbres précieux, elle possédait des reliques nombreuses et des ornements d'une grande richesse; trois confréries y furent établies : celle de Saint-Char^ lemagne, pour les messagers de TUniversité de Paris; celle de Saint-Jean-Porte^Latine, pour les libraires et imprimeurs, et celle de Sainte-Barbe, pour les maîtres et compagnons paulmiers (paulmiers, fabricants de balles et raquettiers).
Le cloître fut commencé en 1219; il était entouré de bâtiments, mais malsain et fort incommode, en raison des terres du jardin qui était d'un mètre plus élevé que le sol, et qu'on nom« mait la cour du cloître.
« L'au 1676, au mois d'aoust, une ouverture s'étant faite au pavé de cette court, environ le milieu du ruisseau, plus près néantmoins de la cuisine que de la salie du jardin, Ton creusa et Ton apierceut une grande ouverture à peu près semblable aux trois arcades qui forment le présent escalier, dans laquelle un domestique de céans estant descendu par une entrée qui commençoit du costé de la salle, il trouva que c'estoit un grand trou qui prenoit son origine de dessons
le palais des Thermes, rue des Maturins, laquelle ouverture fui bouchée avec trois grosses poutres mises dessus et couvertes de pavé ; à laquelle ouverture il sera bon de regarder de fois à autre, pour voir si les poutres ne pourrissent pas. De quoy Ton a cru à propos de donner cet avispotir y apporter en ce caz le remède convenable et éviter les accidents qui pourroient arriver. »
Cette inscription fut gravée sur une dalle de jpierre qu*on peut voir au musée de Gluny.
Le cloître fut reconstruit en 1761, et les bâtiments furent élevés de deux étages.
C'était sous ce cloître que TUniversité de Paris tenait ses assemblées tous les trois mois pour l'élection du recteur.
Le clottre devint en 1790 une propriété particulière et Téglise fut démolie.
Ce fut aussi en 1217 que sept religieux furent envoyés à Paris par saint dominîque pour y installer Tordre des dominicains; ils logèrent d'abord dans une maison située entre le palais deTévèque et l'Hé tel-Dieu, ce fut alors que maître Jean Barastre leur céda la chapelle de Saint-Jacques dans la rue de ce nom et une maison contiguë qu'il avait fait bâtir pour y loger des pèlerins. Ces religieux prirent possession de ces immeubles le 6 août 1218, et en moins de deux ans la communauté fut composée de trente religieux, la plupart sortis de l'Université.
On les désigna alors sous le nom de jacobins.
Le roi Louis IX leur fit bâtir plus tard une église et un couvent dans le lieu où était auparavant le siège de la justice et du Conseil de ville et qu'on appelait le parloir aux bourgeois ; il était situé au bout de la rue Hautefeuille près des fossés de la ville.
En 1356, Enguerrand de Gouci, ayant fait pendre trois jeunes Flamands, pour s'être permis de chasser sur ses terres, il fut condamné à dix mille livres parisis qui servirent â bâtir le cloître des lacobins ; enfin saint Louis qui ne se lassait pas de faire des libéralités à ces religieux, leur donna encore en 1263 deux maisons situées dans la rue de l'Hirondelle et un hôpital.
Enfin, après que Charles V eut aussi donné aux jacobins, ils firent rebâtir leur monastère en 1556.
Ce fut un des plus grands cloîtres de Paris ; l'église renfermait nombre de tombeaux de rois, de reines et de princes de la maison de France.
Nous y reviendrons.
En 1198, Paris s'occupait beaucoup d'un prédicateur venu de NeuUly-sur-Mame et qu'on appelait Foulques, l'éloquence de sa parole étonnait les Parisiens qui se pressaient en foule pour l'entendre; il prêchait avec véhémence contre les usuriers qui pressuraient les commerçants et contre les fbmmes adonnées à la débauche qui perdaient les écoliers ; il fit bientôt de nombreuses conversions, beaucoup plus ce-
pendant parmi les filles de mauvafee vie quaf parmi les préteurs d'argent
Plusieurs abjurèrent la débauche et se eou^ pèrent les cheveux en signe de pénitence.
Foulques s'engagea à pourvoir à l'entretien de celles qui rompraient complètement avec la vie honteuse qu'elles menaient, et ce fut pour elles que fut construite l'abbaye de Saint- Antoine (rue du faubourg Saint -Antoine), qui fut environnée de hautes murailles et formait une espèce de bourg. »
Les bâtiments furent reconstruits en 1770; on y voyait des mausolées de princesses royales, notamment ceux des filles de Charles Y et plusieurs autres de grands personnages. Supprimée en 1790, l'abbaye fut convertie en un hôpital par décret de la Convention du 17 janvier 1795, quant â l'église elle fut démolie en 1796, tout le vaste terrain connu sous le nom de Glos-de-l'Abbaye fut aliéné en cinq lots le 29 messidor an YI.
C'est de l'abbaye de Saint-Antoine que toute cette région de Paris a pris le nom de quartier et faubourg Saint-Antoine.
Dans ces dernières années du second empire, une partie des jardins a été vendue ou convertie en rue (de Giteaux).
Nous avons vu les évèques et les religieux fonder à grands frais des maisons hospitalières, voici deux allemands frères utérins : Guillaume Escuacol et Jean de le Palée, qui firent bâtir à Paris en 1200 une grande maison (faubourg Saint-Denis), pour y retirer les pèlerins et les pauvres voyageurs qui, arrivant trop tard à l'une des portes de Paris, ne pouvaient pas y entrer et étaient obligés de Coucher Dieu ëttit où.
Cette maison fut d'abord nommée hôpital de la Groix-de-la-Relne. L'évèque de t'aris refusa de lui accorder l'usage d'une cloche et décida que ses fondateur^ paieraient dix sous parisis de redevance â l'église Saint-Germain ; en en payant vingt ils finirent par avoir les cloches en 1207. En 1210 on y installa trois frères de l'ordre des Prémontrés, qui finirent par tout s'approprier et négligèrent si bien de pratiquer l'hospitalité, qu'un arrêt du Parlement de 1547, changea, comme on le verra plu^loin, la destination de cet hôpital.
On trouve encore trace de la fondation d'un hôpital de sainte Opportune, rue Saint-Denis, en 1184, qui fut administré par des religieuses de l'ordre de Saint-Augustin et dans lequel les pauvres femmes ou filles qui cherchaient à se placer, pouvaient venir chercher la table et le coucher pendant trois jours.
Malheureusement les femmes ne trouvaient guère le moyen de gagner leur existence ; en butte aux brutales passions d'une soldatesque grossière, d'écoliers débauchés et de prêtres luxurieux, c'était surtout â la débauche qu'elles demandaient le pain de chaquejour, etlesévèquesi
BISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
les papes, ne cesseat de tonner contre un libertinage développé par l'iramoralité chez les una et la misère chez les autres.
En 1203, c'est le pape Innocent qui écrit à labbé de Saint-Denis;
<■ Il est dans votre ville des prêtres qui, abusant du privilège clérical, parcourent les rues pendant la nuit, se portent vers les maisons habitées par les femmes publiques, en enfoncent les portes, s'y précipitent avec violence et se permettent les mêmes excès envers les filles des bourgeois, ce qui fait naître des querelles et des séditions, a
Quels étaient donc ces prêtres qui souillaient ainsi leur caractère sacrô?
C'étaient des gens qui, certes, ne s'étaient jamais demandé pourquoi ils avaient endossé une robe de moine ou de religieux.
La plupart s'étaient dit que tous ces papelards étaient bien heureux de pouvoir vivredu produit du travail des autres ou de leur libéralité, et k Icurlour, ils s'étaient enrôlés dans cette immense milice qui englobait la moitié, des hommes de It^ nation.
Puisque la vie des reli^eux est douce et facile, pourquoine pas la choisir de préférence & d'autre?
Vienne la guerre et plus d'un, laissant là sa robe, se fera soldat pour aller piller les riches domaines, boire le vin qui repose dans lescelliera
et fmre violence aux filles qu'il rencontrera sur son chemin.
On les méprise tons ces moines, et bienUl ils vont se multiplier encore. Chacun rêve d'abriter sa vie sous les grandes vofttes du monastère, de n'avoir qu'à tendre la main pour recevoir de quoi bleu vivre.
On se demande comment tout le monde n'était pas moine I
C'était au reste pour le devenir qa'étodiaient tous les clercs, et de même que, de nos jours, le bourgeois est fier de voir son fils avocat on médecin, au moyen ftge, on s'enorgueillissait d'un clerc dans sa famille.
Malgré les fondations d'églises et d'hApîtaus, et malgré les privilèges accordés aux écoliers, le peuple de Paris souffrait toujours de la fréquence des famines.
En 1188, 1189 et 1190, eUes se succédèrent sans interruption. En 1194, il en vint une plus terrible encore que les précédentes. Le roi et les riches, à son exemple, donnèrent beaucoup, mais eussent-ils pu, à force d'auménes, en combattre les pernicieux effets, que c'eût été insuffisant; elle reparut en 1196 et 1197 et fit de nouvelles victimes.
En 120S, la Seine, débordée, inonda presque tout Paris. Les maisons, ébranlées jusqu'aux fondements, faisaient craindre la ruine entière de la Cité, dans les rues de laquelle on naviguait.
Le peuple, consterné, eut recours aux prières. On alla en toute hâte chercher la ch&sse de Sainte-Geneviève, et, malgré le péril évident qu'il y avait pour ceux qui portaient ou qui suivaient cette cb&sse, on fit la .procession et on passa même sur le Petit-Pont, qu'avait fait reconstruire à ses dépens Maurice de Sully; plusieurs pierres qui s'en étaient déjà détachées étaient tombées dans la rivière.
Cependant la procession traversa le pont aans encombre, mais à peine était elle parvenue sur la rive opposée, qu'un bruit effroyable se fit entendre au milieu des cris de la foule.
C'était le pont qui s'écroulait avec toutes les maisons qui étaient dessus.
Depuis un siècle on n'avait pas tu pareUle inondation.
On rebâtit le Petit-Pont l'année suivante.
Il fut de nouveau renversé en 1396, en 1325, en 1376 et en 1393.
On le rebâtit en 1393 avec l'argent de plusieurs juifs qu'on avait condamnés à l'amende.
Quatre fois encore, il devait être emporté par les eaux avant d'être dévoré par les flammes.
Nous venons de parler des juifs.
Philippe-Auguste les avait chassés, pour avoir l'occasion de s'emparer de leurs biens.
Maïs, vers 1198,1a France se trouvait troublée par la guerre qu'elle avait à soutenir contreies Anglais et les Flamands, et le roi pensa que pour
faire la guerre il avait besoin de beaucoup d'argent et qu'il lui était dirUcile de s'en procurer, même en accablant son peuple d'impôts.
Un négociateur habile fut chargé de faire comprendre aux juifs que l'occasion était excellente pour eux s'ils voulaient rentrer à Paris, de prêter au roi une grosse somme d'argent, quittes âne jamais rentrer dans cette créance, et surtout à s'abstenir prudemment de la redemander.
Ils y consentirent, et Philippe, en recevant leur argent, leur offrit un généreux pardon pour les fautes qu'ils auraient pu commettre.
Les plus riches juifs rentrèrent donc à Paris, en occupèrent les principaux quartiers, et on leur permit même d'y posséder deux synagogues, deux cimetières et un moulin sur la Seine !
Il fallait bien qu'ils s'enrichissent si on voulait, plus tard, les rançonner à nouveau.
Au nord de Saint-Germain-des-Prés existait un oratoire au xii' siècle, qu'on appelait Saint-Pierre. Devenu trop petit par suite de l'accroissement de la population, on reconstruisit sur son emplacement une chapelle sous le vocable de saint Sulpice. Une nef y fut ajoutée sous le règne de François I", et six chapelles latérales en 1614. Ces additions devinrent encore insufGsantes. En 1643, il fut arrêté qu'un nouvel édifice serait reconstruit. Il le fut en 1646.
Lorsque, en 1207, l'abbé de Sully fit rebâtir Sainl-Sympborien, on a vu que la comtesse de Vermandois lui avait fait don du four d'Enfer, ce qui lui permit d'établir quatre chapelains dans cette chapelle. Le four d'Enfer était le four banal auquel, moyennant redevance, venaient cuire un grand nombre de personnes.
Ce ne fut qu'après l'achèvement de l'enceinte, que les Parisiens furent exempts de l'obligation de faire cuire leur pain dans les fours publics, et qu'il fut permis aux boulangers d'en avoir dans leurs maisons. Le roi accorda cette permission a pour ce que chacun des boulangers valait à H. le Roi neuf sous, trois deniers, une obole. »
Mais les chapelains ne firent pas satisfaits de l'autorisation donnée aux gens de faire cuire leur pfun chez le boulanger, cela diminuait considérablement les revenus du four d'Enfer. Ils se demandaient comment ils compenseraient cette perte, lorsqu'il leur vint une idée : ils avaient remarqué que nombre de femmes enceintes, probablement dans le but d'obtenir une heureuse délivrance, venaient tous les vendredis faire le tour d'un puits situé dans les dépendances de leur église et que la tradition disait avoir servi & Saint-Denis.
Ils exigèrent un tribu, et désormais toutes les femmes enceintes s'empressaient d'aller faire le pèlerinage au puits et les revenus des chapelains loin de diminuer, augmentèrent.
Tandis que la superstition de ces bonnes femmes venait si efficacement au secours des
chapelains, une grande dispute théologîque avait lieu et un chevalier du nom d'Évraut fut accusé par le peuple d'être à Paru le fauteur d'une hérésie soutenue par des gens qu'on appelait manichéens, mais que te populaire flétrissait du nom de Bulgares.
Un concile fut assemblé et livra Evrautàla justice séculière qui le condamna à être brûlé vif.
Peu de temps après, une nouvelle hérésie se produisit, soutenue par un certain Amaury qui mourut du chagrin de voir sa doctrine condamnée par le pape.
B Saiot-Élienne-du-Mont.
L'évéque de Paris, Pierre de Nemours, et le frère Guérin de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, envoyèrent Raoul de Nemours, parent de l'évéque, et un autre prêtre pour parcourir les provinces et tâcher de découvrir des sectaires. Raoul qui était adroit, feignit d'avoir adopté les nouvelles idées et provoqua des confidences à l'aide desquelles il put faire incarcérer quatorze personnes, dont quatre prêtres et un orfèvre qui passait pour prophète.
On les conduisit dans les prisons de l'évêché de Paris, et on assembla les théologiens qui les firent comparaître devant eux.
Ils soutinrent avec persistance leur opinion et furent tous condamnés : dix à être brûlés vifs et quatre à la prison perpétuelle. Le supplice eut lieu à Paris.
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
On flt déterrer Atnaury et on jeta ses os sar le fumier.
Le concile de Latran approuva cette sentence en <215 et ordonna en outre qu'on jet&t au bûcher tous les livres de la métaphysique d'Aristote qu'on enseignait aux écoliers de Paris.
Le feu était le supplice réservé aux hérétiques.
Quant aux meurtriers, aux voleurs et aux autres criminels, on les pendait, on les mettait en croix sur une place publique, ou on les rouait.
Sous Louis le Gros, on exécuta un jour sur la place u qui fait face au pont » un criminel convaincu d'avoir tué une femme. On plaça le condamné les jambes écartées et les bras étendus sur deux morceaux de bois disposés en croix de Saint-André et taillés de manière que chaque membre port&t sur un espace vide. Le bourreau lui brisa à coup de barre de fer les bras, les avantbras, les cuisses, les jambes et la poitrine. On l'attacha ensuite sur une petite roue de voiture supportée par un poteau. On ramena les jambes et les bras brisés derrière le dos et on tourna la face du supplicié vers le ciel, aQn qu'il expir&t en cet état.
Tandis que le malheureux poussait des hurlements de douleur, les assistants se pressaient autour de lui pour mieux voir et ne cessaient de l'insulter et de lui reprocher son crime.'
ËR 1127, Louis le Gron &t mettre en croix Bertholde, l'assassin de Charles le Bon, avec un chien attaché près de lui qu'on battait de temps en temps afin de le faire mordre.
Sous Pépin et ses premiers successeurs, les juifs étaient enterrés vivants.
Philippe-Auguste flt revivre ce supplice pour un Parisien du nom de Prévôt, qui avait porté un faux serment.
En 1181, ce roi rendit un édit par lequel tous ceux qui prononçaient les jurements de tétebleu, ventrebleu, corbleu, sangbieu, devaient payer une amende, s'ils appartenaient & la noblesse, ou être noyés s'ils étaient de roture.
On eufermait ces malheureux dans un sac lié par le haut avec une corde et on les précipitait dans l'eau.
Les faux monnayeurs étaient bouillis.
AParia, on suppliciait un peu partout ; le prieur de l'abbaye de Saint-Hartin-des-Champs avait son échelle, marque du droit de haute justice, au coin de la rue Aumaire et de la rue SaintrMartin ; l'abbé de Sainte-Geneviève avait la sienne auprès de son église; la cour du Chàtelet et celle du Palais, U croix du Tiroi ou du Trahoir, le marché aux Pourceaux, etc., servaient d'emplacement à l'exécution des criminels ; les différents quartiers de la ville formaient des âefs appartenant aux évéques, aux prieurs, et ces divers personnages ayant le droit de haute et basse justice sur leurs terres, faisaient pendre, brCder, écarteler, essoriller les malheureux atteints par leurs juge-
ments, le roi de son c6té avait ses lieux patibnlaires, et l'évëque de Paris avait son échelle sar la place du parvis; c'était là qu'on prêchait el qu'on mettait les individus condamnés à faire amende honorable.
Les juifs rentrés dans Paris ne devaient pas y demeurer longtemps en paix.
Philippe-Auguste rendit en 1223 an arrêt qui leur défendait de prendre en gage les vases sacrés ou les ornements des églises, non plus que les lits, les charrues ou autres meubles et osteasilcs nécessaires à la vie. U leur fut fait défense de rien prêter aux chuioines et aux moines, sanj te consentement du chapitre ou de l'abbé.
La croix du Trahoir.
Aux termes de cette même ordonnance, aucDii chrélten ne pouvait être contraint par corps pour l'argent dû aux juifs et il n'était pas taémt tenu de vendre ses biens ou ses héritages pour payer, et on ne pouvait en assigner que les deux tiers seulement au paiement.
Cette injuste disposition avait été prise nirls demande du pape Innocent III qui avait écrtlàl'évêque pour se plaindre qu'à Paris des noorricei chrétiennes allaitaient des enfants juifs, et que lorsque ces femmes allaient communier, les jnifs les contraignaient à Urer, pendant trois joun, leur lait dans les latrines avant de donner le Kin & leurs enfants I
Défense fut faite aux femmes de Paris, chrttiennes, d'entrer en service ches les juifs en quaV que qualité que ce fût.
Au reste peu de chrétiens se mettaient en tervice chez les juifs ; ils étaient en horreur ao peuple et exposés sans cesse & des avanies.
Les plus fortunés demeuraient dans les meide la Pelleterie, de la Tlxeraoderie et surtout du) rue de la Juiverie. 11 y en avait aussi qui hsiiitaient la ruelle descendant à la Verrerie qa'oa nommait rue du Franc-Meurier. (Cette me pri'
aa nvi^ siècle le nom de la rue de Moussy du nom de Téchevin Jean de Hons&y qui y demeurait en 1530. Elle existe encore et commence au n* 20 de la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie pour aboutir au n^ 7 de la rue de la Verrerie. Un arrêté du préfet de police du 17 juillet 1819 ferma cette rue par deux grilles qui interceptèrent la circulation y mais en janvier 1879 on décida de rouvrir la rue de Moussy, les grilles ont été enlevées, la rue fut repavée et on promit de porter sa largeur à 10 mètres. On remarque au n^ 7 de cette rue un vieil hôtel doht la porte renfoncée, selon la coutume des manoirs fortifiés du moyen &ge, est défendue par un étage en surplomb, sorte d'archière supportée par des consoles ornées de sculptures romanes^ et dont les jours, espèces de meurtrières, sont défendues par des grilles trapues.
La porte est close par deux panneaux curieusement sculptés.
Cet hôtel était occupé, depuis une quarantaine d'années par une institution de jeunes garçons. Us avaient leurs écoles dans les rues Saint-Bon et de la Tàcherie; leur synagogue principale était dans la tour du Pet au Diable, enfin il ne leur était pas permis de paraître en public sans une marque jaune sur la poitrine.
Quant aux écoliers, ils continuaient à se livrer à tous les excès, au grand déplaisir des bourgeois qui se confiaient bien bas, Thuis clos, le soir après le couvre-feu, que le roi, leur sire, avait été bien imprudent de donner de si grands privilèges à des mécréants qui passaient tout leur temps ( faire le mal.
Chaque jour on racontait de nouveaux méfaits de leur provenance, et les dernières années du règne de Philippe-Auguste furent signalées par des actes absolument répréhensibles de leur part.
Non seulement ils enlevaient les femmes et les filles, ce qui eût pu être mis sur le compte de la jeunesse et de Tamour du plaisir, mais ils tuaient et volaient comme des larrons, ce qui les faisait descendre au rang des malfaiteurs vulgaires ; et en 1221, l'évêque Guillaume de Seignelay fut obligé d'excommunier ceux qui marcheraient de jour ou de nuit dans les rues de Paris avec des armes.
Ils se moquèrent de Texcommunication et continuèrent à effrayer par leurs mauvais coups les paisibles habitants de la capitale ; alors Tévèque fit mieuX| il ordonna l'arrestation des plus mutins et chassa les autres de la ville.
Mais ce ne fut pas sans peine qu'il eut raison d'eux, il fallut en venir aux mains et de rudes estafilades, de profondes balafres furent échangées à cette occasion.
Ceux qui étaient chassés revinrent plus nombreux peut-être, et à coup sûr plus disposés que jamais à faire du tapage.
Mais les Parisiens commençaient à se lasser de ces hôtes turbulents dont la présence était un véritable fléau pour tous, ils se promirent de ne pas se laisser molester davantage par les écoUers, et lorsque ceux-ci, rentrés dans la ville, erurent pouvoir reprendre leur train dévie passée, ils se trompèrent. ,
lis eurent en face d'eux des hommes résolus qui étaient bien décidés à leur faire payer cher leur premier acte agressif.
Il ne tarda pas à se produire.
L'un d'eux essaya de violenter la fille d'un ta^ veniier, un coup de couteau lui troua la poitrine ; ses camarades voulurent le venger, le tavernier appela à l'aide; tous les marchands du voisinage accoururent à son secours, le mot d'ordre était donné, les bourgeois secouant pour cette fois leur pusillanimité habituelle, sortirent de chez eux armés de tout ce qui leur tomba sous la main et marchèrent contre leurs persécuteurs ordinaires.
De leur côté, les écoliers se voyant cernés, se groupèrent et essayèrent de tenir tète à l'orage.
Alors ce fut une mêlée horrible, bâtons, dagues, poignards, épées, tout fut bon; c'était le soir, les rues étaient sombres, mais la colère guidait les coups. Pendant plusieurs heures on se chercha, on se battit corps à corps ; les taverniers, des pots à la main les cassaient sur la tête des écoliers, on faisait armes de tout.
Trois cent vingt écoliers trouvèrent la mort dans cette bataille.
Il s'agissait de faire disparaître autant que possible leurs cadavres.
On les traîna jusque sur la berge et on en jeta autant qu'on put à l'eau.
Il est inutile d'ajouter que les bourgeois avaient aussi perdu quelques-uns des leurs, mais leurs pertes étaient insignifiantes, à côté de celles éprouvées par les écoliers ; un grand nombre était blessé.
On s'étonnera sans doute qu'une bataille pa*^ reille eût pu se livrer dans les rues de Paris, sans que la force armée vînt s'interposer entre les combattants.
Mais au moyen âge, les rues de Paris, ruelles fangeuses, étroites, sans éclairage, étaient impraticables et on pouvait s'y retrancher comme dans un château fort et s'y barricader tout à l'aise ; ces rues, tous les historiens ont répété leurs noms^ elles s'appelaient rue Breneuse , rue Fosse-aux- Chiens, rue Coupe-Gueule, rue du Gros-Pet, rue de la Grande-Truanderie, rue du Pet, rue Merderel, rue du Cul-de-Pet, rue Pute-y-Muce, rue Tire-Y..., rue Coup-de-Bâton\ rue Brise-Miche, rue du Trou-Punais, rue Tire-Pet, rue du Petit- Pet, etc.
Ces rues immondes étaient bordées de bouges et de repaires dans lesquels on s'assassinait tout à l'aise, et le guet qui so serait aventuré dans ces l méandres tortueux n'en serait pas sorti.
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
Or, les écoliers fréquentaient ces quartiers/ le Yal d'amour, le Ghamp-Gallard et les rués du Grand et du Petit Hurleur retentissaient sans cesse du bruit des chants avinés, des luttes meurtrières et des batailles dlvrognes. .
Personne ne s'eii inquiétait.
— Ce n*est rien, ce sont des gens qui, se tuent I Et le veilleur de' nuit criait de sa voix traînante et nasillarde : <
— Dormez, gens de Paris, la ville est tranquillel
Tranquilles ils furent, les bourgeois et les écoliers qui s'èntrettièrént, et le matin venu, quand on vit les flaques de sang mêlées aux mares d'eau stagnantes, les paquets de cheveux et les morceaux de cervelle écrasée sur la paille de la rue, que Ton ramassa, un poignard d'un côté, un bonnet de l'autre, on se demanda ce qui s'était passé.
Mais les bourgeois, braves comme le sont les peureux quant ils prennent du, cœur, répondirent : « Ce sont les écoliers de Paris qui violaient nos filles, qui abusaient de nos femmes, et qui nous volaient, le soir quand nous passions près d'eux, nous les avons tués. »
Et alors les maîtres des écoliers se rendirent auprès du pape pour, lui demander justice contre une pareille hécatombe de clercs.
Mais la répression n'était pas possible.
Tout Paris soutenait les braves bourgeois qui avaient si bien tué les mauvais écoliers ; on ne put rien faire contre tout Paris. ;
Les maîtres quittèrent la ville avec leurs écoliers, auxquels on interdit lé séjour de la capitale et les écoles furent fermées.
Nous avons tout à l'heure nommé le guet ; c'était lui qui était chargé de veiller à la sûreté de Paris pendant la nuit. Dès l'an 595 Glotaire II avait établi le guet formé par les habitants de chaque quartier. Gharlemagne avait infligé une amende à ceux qui se dispensaient de faire leur service, mais ce ne fut véritablement qu'au xnr* siècle, que le roi Jean P' réglementa cette institution. Les hommes du guet, peu nombreux sous la première et sous la seconde race, ne rendaient que des services illusoires.
Quant au guet royal, il était encore assez mal organisé au commencement du xiii* siècle. Un prévôt nommé par le roi était bien chargé de la police intérieure de la capitale, et on l'avait armé d'une grande autorité, mais elle était plus nominale qu'effective ; et ce ne fut guère qu'à partir de 1250, que des compagnies de sergents, d'ordonnances etde guet furent sérieusement chargées de maintenir l'ordre et de faire respecter les lois et édits dans la ville. Jusque-là la police fut faite par vingt sergents à cheval et soixante sergents à pied, ce qui était absolument insuffisant, vu le nombre excessif des coureurs de nuitqui infestaient Paris.
Louis YIII, à qui les historiens ont décerné le glorieux surnom de Lion, .n'eut guère le; loisir de s'occuper de sa bonne ville de Paris; il monta sur le trône en 1223, combattit avec quelque sac* ces les Anglais et se montra .surtout lion* contre les hérétiques. d'Alby, auxquels il fit une guerre implacable, puis mourut de continence, dit-out en 1226. , ^ .
Ge fut pendant qu'il guerroyait, qu*eat Uea à Paris une superbe procession qui réjouit fort le populaire ; par excès de dévotion, ceux qui y pri* rent part se montrèrent nu-pieds la plupart en chemises et les autres complètement nus.
L'état des mœurs était tel que cette absence de tout vêtement n'empêcha nullement les reines Isemberge, veuve de Philippe-Auguste, Blanche, femme de Louis YIII, et Bérengère, reine de Jérusalem, d'y figurer. Toutefois Guillaume Guiart, qui rapporte le fait, néglige de nous apprendre si ces trois princesses parurent dans ce simple appareil, ce qui est peu probable.
Après là mort de Philippe-Auguste, les éco« liers étaient revenus.
On espérait que la leçon qu'ils avaient * reçae leur profiterait.
Il n'en fut rien.
Us se trouvèrent de nouveau mêlés à une affaire qui dégénéra en rixe.
L'Université qui jusqu'alors n'avait point eu de sceau particulier à son usage, et dont les actes étaient scellés par le çha.ncelier de l'église Notre- Dame, voulut s'affranchir de cette sujétion et se fit faire un sceau.
Les chanoines protestèrent et on convint de s'en rapporter au légat.
Le légat instruit de raffait^e, prit le sceau, le brisa en présence de tous les assistants, et anathématisa d'avance ceux qui oseraient en faire faire un autre.
Les docteurs de l'Université se contentèrent de murmurer.
Mais les écoliers q\^i ne laissaient jamais échapper une occasion de faire du tapage, s'attroupèrent et allèrent investir la maison du légat, en brisèrent les portes, et déjà ils se précipitaient sur lui pour le mettre en pièces, lorsqu'une compagnie de gens d'armes se présenta pour protéger l'infortuné légat.
Mais les écoliers tenaient bon, et, furieux de voir leur proie leur échapper, ils tournèrent leur fureur contre les soldats et le sang coula encore.
Le légat sortit de Paris, excommuniant les écoliers et leurs maîtres qui les avaient amenés.
Grand émoi dans l'Université.
Enfin un mois plus tard, quatre-vingts docteurs ou maîtres es arts de Paris se rendirent an concile de Bourges que présidait le légat et lui demandèrent de vouloir bien les décharger de l'excommunication prononcée par IuL CSe qa*ils •obtinrent.
Combat des écolien. (Page 95, col. 3.)
La rciiie Blanche de Ca^tille, feinEoe de Louia YIII, que G. Guiart fait figurer à laproceseion dont nous avons parlé, était une honnête personne à qui il arriva peu de temps avant la mort de son mari une j^gulière aventure.
A cette époque, lorsqu'en entendait la messe et que le pritre ofïiciant avait prononcé ces paroles : «Que la paix du Seigneur soit avec vous», l'usage voulait qu'on se tournât vers son voisin de gauche et qu'on lui donnât ce baiser qu'il rendait lui même à son plus proche voisin.
Or, la reine Blanche ayant reçu ce baiser de paiie le rendit à une fille publique dont l'habillement était celui d'une femme mariée et de condition honnête.
La reine, offensée de la méprise, obtînt une ordonnance qui défendit aux coureuses d'aiguillettes, de porter des robes à queue, à collets renversés et une ceinture dorée.
Le fait est-il vrai? Nous le pensons, mais on n'est pis d'accord sur le nom de la reine à qui il arriva. Quelques historiens, Dulaure entre autres, es- Liv. 13
timent qu'il s'agit de la reine Marguerite, femme do Louis XI, tandis que plusieurs autres l'attribuent comme nous à Blanche de Castille.
Ce qui est certain, c'est que sous Louis VIII, le luxe s'était grandement développé.
Lorsque ce roi se fil couronner à Reims et qu'il rentra à Paris, on lui fit une réception splendide. « Toute la ville, dit un historien enthousiaste, sortit au devant du monarque ; les poètes chantaient des odes à sa louange, les musiciens faisaient retentir l'air du son de la vielle, des fifres, du tambour, du psaltérion et de la harpe. »
Un autre, Nicolas de Bray, parlant de la richesse des vêtements, s'écrie ;
« C'est un plaisir de voir les broderies d'or et les habits de soie vermeille étinceler sur les places, dans les rues, dans les carrefours. La vieillesse, l'âge mûr, la pétulante jeunesse plient également sous le poids de la pourpre. Les serviteurs et les servantes s'abandonnent à, la joie d'ôtre chargés d'oripeaux et oublient leur état de domesticité, en voyant les splendides étoffes
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
qu'ils étalent sur eux. Ceux qui n'avaient pas d'habits dignes de figurer à pareille fête s'en sont procurés de louage. »
C'est peut-être un peu exagéré, mais jetons un coup d'oeil sur les modes d'alors.
Les ecclésiastiques avaient imaginé de faire taillader le bas de leurs robes en dents de scie et il fallut que le concile de Montpellier mit ordre à cette innovation en 1195, mais les surcots des particuliers furent taillés de la sorte.
En 1200, les dents de scie étaient passés de mode; on fendait le bas des surcots par devant ou sur les côtés. Quelquefois, on y adaptait des manches volantes..
Un auteur du temps donne des conseils relatifs à la toilette, les voici :
Il faut dire d'abord que dans sa chambre à coucher, un Parisien disposait près de son lit un barreau de bois en forme de portemanteau et qu'on appelait la perche.
« Vous devez étendre sur la perche vos draps, tels que manteau, surcot, cloche, pourpoint, enfin tout ce que vous avez de fourrures et d'habits, soit d'hiver soit d'été. Votre chemise et vos braies auront leur place sous le traversin du lit. Et le matin, lorsque vous vous lèverez, passez d'abord votre chemise et vos braies. Vous mettrez ensuite votre blanchet ou votre futaine, puis vous afi'ublerez votre chaperon, après ce sera le tour des chausses et des souliers, puis des robes qui complètent l'habillement. Enfin ceignez vos courroies et lavez-vous les mains.
« Les hommes se chaussaient de heuses ou bottes et de souliers, les unes et les autres étaient très pointus ; la chevelure était longue par derrière, courte par devant, et la barbe frisée et chaque frisure enroulée de fils d'or ; c'est ce qu'on appelait une barbe galonnée, u
Quant au chaperon, il date de 1183 et remplaça les bonnets.
Les ouvriers et gens de service portaient des Yèlements courts, un chainse (blouse) qui n'atteignait pas leurs genoux, et une tunique écourtée avec un capuchon.
Le costume des femmes varia considérablement ; quant aux servantes, jamais elles ne portèrentde manteau ni de manches pendantes; elles avaient une ceinture posée très haut sur la robe et sur le devant du corps, en guise de tablier, une pièce longue et étroite en drap avec des broderies dessus.
Si on veut connaître le prix de certains objets d'habillement sous Philippe-Auguste, on n'a qu'à consulter un compte de la maison de ce prince en 1202, on y lit : « Le sarreau du roi fourré de menu vair qu'il porta à Pâques, 16 livres et demie, son chapel fourré de gris, quatre sols, la fourrure de son manteau et de son capuce pluvial 6 livres, ses tuniques 15 sols chacune ; larobe et le manteau fourré qu'eut la reine à la Saint-
Remy 28 livres moins 3 sols, l'habillement des chambrières 58 sous, tuniques, peaux et chaussures 107 sous.
On voit par ce compte que si Philippe-Auguste défendit en 1188 aux chevaliers de porter des fourrures de vair, de petit gris, de martre zibeline et des étofi'es écarlates, il s'afiranchissait facî lement pour lui de la loi qu'il imposait aux autres.
Quelques mots maintenant sur la cour et &e> grands officiers, à la tète desquels npus t^ouvon^ le grand sénéchal.
C'était le titre que Louis VI avait donné à Foulques d'Anjou, lorsqu'il voulut s'assurer son alliance.
Lorsque le roi, la couronne en tète, mangeait en public, le comte avait un siège couvert d'an riche tapis et demeurait assis jusqu'à ce qae l'on serve. Alors se levant et 6tant son manteau, 'û recevait les plats des mains du sénéchal, et les plaçait devant le roi et la reine ; le repas fini, le comte, toujours accompagné du sénéchal, retournait à cheval à son hôtel et faisait présent de sa monture au cuisinier du roi, et de son manteau au dépensier. A leur tour, le cuisinier et le panetierlui envoyaient l'un un morceau de viande, l'autre deux pains et trois chopines de vin que le sénéchal distribuait aux lépreux.
La grande sénéchaussée fut abolie par Philippe- Auguste en 1191.
Sous ce roi, le maréchal ne possédait que les fonctions peu élevées de surveiller les chevaux du roi. Il y avait alors un vice-maréchal et des maréchaux écuyers ferraient les chevaux du roi.
Le grand chambrier portait la bannière du roi, avait soin de ses armes et veillait à sa porte, ii gardait son sceau, ses Charles et administrait son trésor. Cet officier soignait les meubles et Thabillement de la cour et portait le titre de Roi des merciers.
Les chambellans couchaient auprès du lit du roi.
Le grand échanson ou bouteiller, présentait la coupe au roi, avait soin de la cave et jugeait les hôteliers et taverniers.
Le grand queux jouissait du droit de juridiction sur les rôtisseurs, cuisiniers, charcutiers, etc.
Le panetier était chargé spécialement du service du pain.
Ce fut seulement sous le règne de saint Louis», en 1250, qu'on vit paraître à la cour un fauconnier du roi chargé du soin de toute la fauconnerie. Tous ces offices étaient fort recherchés et c'était ordinairement des nobles, des membres des grandes familles du royaume qui en étaient pourvus. Voici quel était le prix de certaines denrées à Paris en i 200 : un petit cochon de lait coûtait 5 sols, une oie 8 deniers, un setier de blé 9 sols 8 deniers, 1,000 ognons 8 sols 10 deniers. Enfin une paire de souliers coûtait i sols 6 deniers.
' HenrîMartin.enparlantdeLouislX, s'exprime ainsi :
« La gloire de Louis IX, tout en- \ veloppé que Louis se soit trouvé dans la plus fatale erreur de son temps, a survécu à toutes les vicissitudes de l'opinion, à toutes les révolutions politiques et religieuses; les ennemis les plus implacables du passé ont rendu hommage k cette grande figure dans laquelle se résume tout ce qu'il y eut de pur et d'élevé dans le catholicisme du moyen &ge. n L'opinion du grand historien est celle de tous les esprits impartiaux.
Paris sous ce roi célèbre par ses « établissements » ne pouvait manquer de prendre une physionomie nouvelle et de progresser singulièrement, ainsi qu'on va le voir. Ces établissements sont le recueil de toutes les lois promulguées sous la troisième race ; et toutes celles dues à l'initiative de Louis IX sont marquées an coin de la justice et de l'honnêteté.
Toutefois, les lois pénales sont remarquables
par leur excessive sévérité, «carie roi voulait que la justice fdt bonne et roide, et n'épargD&t pas plus le riche homme que le pauvre. »
Belles paroles I que malheureusement ceux qui rendirent la Justice, n'eurent pas toujours assez présentes à la mémoire.
Selon Joinville , l'office de la prévAté de Paris se vendait avant le règne de Louis IX au plus ofi'rant parmi les bourgeois ou autres, et ceux qui en étaient revêtus <• soutenoient en leurs outrages et déportements leurs enfants et leurs neveux dont il advenoit plusieurs pilleries et ma* lélïces. Pour cette chose le menu peuple étoit trop foulé et ne pouvoit avoir droit des riches hommes, à cause des grands présents et dons qu'ils faisaient an prév6t. Par les grands parjures et rapines qui étoient faits en la prév6té, le menu peuple n'osoit demeurer en la terre du roi et s'en alloit en antres seigneuries et la dite terre étoit si vague (dépeuplée) que quand le prévAt de Parit tenoit ses pl^ds, il y venoit si peu de gens que le prév6t se levoit parfois de son siège sans avoir
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
ouï nul plaideur. Avec cela il y avait tant de malfaiteurs et de larrons à Paris et au dehors, que* tout le pays en étoil plein. »
Louis n'avait que douze ans, lorsqu'en 1226, il succéda à son père Louis YIII, sous la tutelle de sa mère, Blanche de Gastille, régente du royaume ; l'année suivante plusieurs grands seigneurs, mécontents de voir la France gouvernée par une femme et un enfant, tentèrent de se débarrasser des deux.
Le duc de Bretagne, le comte de Dreux, son frère et Philippe Hurepel, le propre frère du roi, se mirent à la tète de Tentreprise et imaginèrent de dresser une embûche pour y faire tomber la régente et son fils.
Mais Blanche de Gastille savait qu'elle pouvait compter sur Taffection des Parisiens qui combattent volontiers en face, mais n'aiment pas tout ce qui est trahison, et ce fut à eux qu'elle fit appel dans cette circonstance.
Absente de Paris, lorsqu'elle fut avertie de ce qui se tramait contre elle, elle se hâta de ramener le jeune prince dans la capitale et elle avait déjà atteint Montlhéry, lorsqu'elle fut avertie par Thibaut, comte de Champagne, que l'armée des mécontents était campée à Gorbeilet qu'elle s'y trouvait bien supérieure en forcés à sa faible escorte.
Elle s'arrêta et envoya un message aux bourgeois de Paris pour les informer du danger qu'elle courait.
Lorsque cette nouvelle parvint à Paris, l'émotion fut grande ; tout le monde s'arma et se leva en masse pour aller dégager le jeune roi.
Or, malgré le nombre considérable de gens dont disposaient les rebelles, la contenance des Parisiens leur inspira une si vive crainte, qu'ils n'osèrent rien tenter contre le cortège royal, et Louis arriva sain et sauf dans la capitale.
En 1229, les écoliers firent de nouveau parier d'eux.
Plusieurs d'entre eux étaient allés pour se divertir le jour du mardi gras chez un cabaretier du faubourg Saint-Marcel, échauffés par le vin qu'ils avaient bu, lorsqu'il s'agit de payer la dépense, une discussion s'éleva sur le prix du vin, et bientôt, de la discussion ils passèrent aux coups et le malheureux cabaretier eût été assommé, s'il n'eût appelé ses voisins à son secours et que ceux-ci tombant à Timproviste sur les écoliers, ne les eussent chassés du faiubourg^ en en blessant quelques-uns.
Mais les écoliers excitèrent leurs compagnons à tirer vengeance de cette agression; dès le lendemain ils se rendirent en troupe dans lé faubourg; armés de bâtons, ils fondirent sur la boutique du cabaretier, brisant tout, mettant tout à sac, puis ce bel exploit accompli, ils se répandirent dans les rues du faubourg, frappant les gens qu'ils rencontraient, blessant les uns, tuant les autres, ne respectant ni l'âge ni le sexe.
Celte conduite inqualifiable souleva l'indignation générale et le doyen de Saint-Marcel alla se plaindre au légat qui fit parvenir ces plaintes à la reine régente et lui demanda justice contre les coupables.
Sans plus tarder, Blanche de Castille donna l'ordre aux archers de faire cesser ce désordre et d'appréhender au corps les écoliers qui en étaient les auteurs.
Il était assez difficile de les rechercher, les soldats se contentèrent de se diriger du côté des remparts et rencontrant là des écoliers , sans s'enquérir de la part qu'ils pouvaient avoir prise dans l'échaufi'ourée du matin, ils se jetèrent sur ces jeunes gens qui étaient sans armes et sans défense, les blessèrent et en tuèrent quelquesuns, parmi lesquels « un Flamand et un Normand de considération. »
Alors, ce fut au tour de l'Université de jeter les hauts cris.
Elle suspendit ses exercices et les professeurs représentèrent au légat qu'il n'était ni juste ni équitable que la faute de quelques écoliers coûtât la vie à ceux qui en étaient tout à fait innocents. . Le légat qui n'avait guère sujet d'aimer TUniversité et les écoliers, depuis le jour où il avait failli devenir leur victime, ferma l'oreille à ces doléances, la reine ne leur fut pas plus favorable, et l'évèque de Paris refusa d'écouter les remontrances des professeurs.
Ce qui fit que, pour li seconde fois, maîtres et écoliers quittèrent Paris.
Parmi les docteurs, il y en eut qui se retirèrent à Orléans, d'autres à Angers, et fondèrent des universités dans ces deux villes.
Le légat et l'évèque frappèrent alors d'excommunication tous ceux qui se permettraient de faire des bacheliers hors Paris, et les dominicains profitèrent de ces troubles pour fonder dans la capitale une chaire de théologie.
Albert le Grand fut un des premiers dominicains gui y enseigna, et il eut pour disciple le fameux saint Thomas.
Deux années se passèrent de la sorte ; cependant on ne pouvait s'empêcher de regretter que les lettres et les sciences se trouvassent d.^ la sorte exilées do Paris et le pape Grégoire IX écrivit à la reine et au roi qui rappelèrent l'université et lui firent verser une somme d'argent en réparation de l'insulte qui leur avait été faite par les bourgeois et pour que ceux-ci n'abusassent pas de la nécessité dans laquelle se trouvaient les écoliers de loger chez eux, le prix de la location des chambres qu'ils pouvaient occuper fut tarifé.
Tandis que tout ceci se passait, une cérémonie curieuse avait lieu à Notre-Dame.
Le comte Raymond de Toulouse, qui était en guerre avec le roi de France, fit sa paix avec lui et dut, aux termes de l'arrangement qui inter-
Entrée de la reine Blanche à Paris.
PARIS A TRAVBUS les SIECLES
vint, se présenter en chemise etnu-pteds à la cathédrale, le vendredi saint de 1229, et se prosterner devant le grand autel, en présence du roi et de toute la cour.
De là, il devait se rendre en prison à la tour du Louvre, jusqu'à ce que les murailles de la ville de Toulouse fussent rasées, mais le roi voulut bien l'eo dispenser.
Ce fut dans celte même année 1220, que fut fondée l'église de Sainte-Calherine-du-Val-des- Écoliers ; quatre professeurs de Paris : Guillaume, Richard, Evrard et Menasses, avaient fondé une sorte d'ordre religieux, appelé ordre du Val-des- Écoliers, dans une vallée stérile du diocèse de Langres.
Leur premier soin fut d'ouvrir une maison de
Thibaut, comte de Champagne, vint a
i piedf de la reine Blauche l'avertir du diuiger qu'elle courait, (Page 100, col. I.)
l'ordre à Paris et Manassës, l'un d'eux, vint en
négocier l'installation; un bourgeois de Paris,
Nicolas Gibouin, lui donna trois arpens de terre,
fiuprës de la place Baudet; un autre, Pierre de
^ine, l'imita, mais ce n'était point encore suflt-
tant; ce fut alors que les sergents d'armes de la
I' garde du roi, se souvenant d'un vœu qui avait
I été fait par leur corps à la bataille de Bouvines
^ de b&tir aux écoliers une église, s'entendirent
I avec Hanassès et coDtribuërent à l'érection de
l'édifice.
Cette église, qui était située sur remplacement
du marché Sainte-Catherine (IV° arrondissement), fut superbement dotée et le roi lui donna trente deniers par jour, vingt livres parisis de rente, un muid de blé, deux mille harengs et deux pièces d'étoffe de 25 aunes chacune ; les sergents de leur c6té lui faisaient une redevance annuellede dix sous quatre deniers par homme.
A l'église était joint le collège, en 1365 les écoliers qui l'habitaient, s'érigèrent en confrérie dans laquelle on n'était admis qu'en payant deux francs d'or en entrant et un tous les ans. Tous les mardis de la Pentecôte, les confrères dînaient
dans Téglise. Enfin, lorsqu'un sergent d'armes mourait, son écuet sa masse d'armes étaient appendus dans l'église.
Cette maison devint par la suite le collège de toute la congrégation du Val-des-Ecoliers, mais en 1629, elle passa aux mains d'une congrégation de chanoines de Sainte- Geneviève et en 1782, on la démolit; sur son emplacement fut ouvert en 1783 le marché Sainte-Catherine.
Louis IX ne cessa d'encourager la fondation des établissements religieux.
Une colonie de religieux de Saint-François, était venue à Paris vers 1217, et avait obtenu à grand peine de Tabbé de Saint-Germain-des- Prés un local à titre de prêt, mais vers 1233, ils s'adressaient à saint Louis qui, moyennant l'abandon d'une rente qu'il touchait de l'abbaye, obtint que les religieux de Saint-François (qu'on appela cordeliers parce qu'ils portaient une corde en guise de ceinture), seraient logés dans un grand bâtiment (rue de l'Ecole-de-Médecine).
Les cordeliers s'y installèrent tout à l'aise; d'après la règle de leur ordre, ils ne pouvaient rien posséder en propre, mais cela ne les empêchait pas de ne manquer de rien. Ils ne tardèrent pas à jouir d'une réputation de bons vivants qui se répandit partout; le couplet d'/une vieille chanson dit :
Boire à la capucine, C'est boire pauvrement; Boire à la célestine, C'est boire largement; Boire à la jacobine, C'est chopine à chopine; Mais boire en cordeiier, C'est vider le cellier I
Primitivement, ils ne devaient avoir chez eux, ni cloches, ni cimetière, ni autel consacré ; mais, grâce à la faveur du roi, ils eurent bientôt tout cela et plus encore. Saint Louis, commença par les autoriser à couper dans les forêts de ses domaines, tout le bois qui leur serait nécessaire pour se bâtir une église ; elle fut bâtie et placée en 1262 sous l'invocation de Sainte-Madeleine; elle occupait l'emplacement qui forme aujourd'hui la place de l'École-de-Médecine.
Cette église fut brûlée dans la soirée du 19 novembre 1580.
Un religieux étant seul, voulut achever dédire un office et attacha une bougie qu'il avait allumée au lambris de la chapelle de saint Antoine de Padoue, où il y avait une quantité d'ex voto en cire ; il s'endormit (certains historiens prétendent qu'il était ivre), le feu prit et se communiqua avec tant de rapidité et de violence qu'en un moment toute l'église fut embrasée, sans qu'on put y ' apporter le moindre secours. Les cloches furent fondues, le chœur, la nef, les chapelles et une partie du cloître, furent ravagés parla force du feu, qui détruisit la plupart des tombeaux qu'on y voyait auparavant.
C'étaient les tombeaux du roi Philippe le Long, de plusieurs reines, princes et princesses de France.
Les cordeliers furent souvent, ainsi qu'on le verra, mêlés aux agitations parisiennes.
A la même date, remonte la création d'une maison religieuse destinée à recevoir les pécheresses « qui, pendant leur vie, avaient abusé de leur corps, et, à la fin, étaient tombées dans la mendicité. »
Ce fut Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, qui conçut l'idée charitable de fonder en 1226 un refuge pour les filles de mauvaise vie qu'il parvenait à arracher à leur honteux métier.
Il leur donna, dans le voisinage de Saint-Lazare, tout le terrain nécessaire pour se bâtir une maison, mais, en 1360, leur couvent fut démoli par ordre d'Etienne Marcel, prévôt des marchands. Et les Filles-Dieu, c'était le nom qu'on leur avait donné, se retirèrent dans l'hôpital de Sainte-Madeleine, fondé en 1316 par Imbert des lions, bourgeois de Paris, pour y recevoir les pauvres femmes mendiantes qui passaient par Paris; elles y couchaient et étaient congédiées le lendemain matin avec un pain et un denier.
Cet hôpital était situé près de la rue Saint- Denis, ou se trouve aujourd'hui l'impasse des Filles-Dieu. Nous reviendrons sur cet établissement qui était contigu à la cour des Miracles, réceptacle de tous les vices, repaire de débauches, asile de toutes les misères et de tous les crimes, à partir du xiv* siècle.
Tandis qu'on s'occupait de toutes ces fondations pieuses, Paris était dans la consternation. Il avait perdu un clou I
Mais quel clou !
Le 27 février 1233, jour où le chapitre de Saint- Denis montrait ses reliques aux paroissiens, le bruit se répandit tout à coup que l'un des clous de la Passion, donné par le roi Charles le Chauve â l'abbaye de Saint-Denis, était égaré.
Tout le monde fut sur pied dans la basilique, on chercha, on fouilla partout.
Rien ! le clou avait disparu.
« Cette perte consterna tout Paris qui y avait une dévotion singulière, dit un historien. Tout le monde prit part à un malheur qu'on regardait comme un présage de quelque funeste accident pour le royaume. Le roi fit publier par un héraut, dans toutes les places publiques, que celui qui rapporterait le saint clou aurait la vie sauve et cent livres d'argent, n
C'était mettre un bon prix à un clou.
Mais cependant personne ne le rapportait
Des prières publiques furent dites. Les larmes coulèrent et les gémissements se firent entendre.
Enfin quelqu'un accourut en toute hâte dire au roi qu'une bonne femme avait porté le clou à l'abbaye du Val, près de Pontoise.
Gomment se Tétait-elle procuré? Et pourquoi l'avait-elle porté à l'abbaye de Pontoise, c'est ce que rbistoire néglige de nous apprendre; au reste, la joie était telle qu'on ne songea qu'au bonheur d'avoir retrouvé la précieuse relique qui « fut reportée le vendredi saint dans Saint-Denis avec une pompe et une réjouissance extraordinaires. Voilà comment fut retrouvée cette relique dont la perte avait coûté des larmes aux clercs, aux moines, à l'Université, aux grands, aux petits de tout âge, de tout sexe et de toute condition. « Après le recouvrement, le roi fut lui-même à Saint-Denis pour honorer le saint clou. »
Deux ans après cet événement, les religieux de Saint-Magloire permirent aux paroissiens de Saint-Barthélémy d'ériger une chapelle sous le vocable de Saint-Leu, Saint-Gilles, qui devint paroisse en 1617 seulement.
Mais nous voici arrivé à l'édification d'une église qui est considérée à juste titre comme l'œuvre la plus parfaite de l'architecture du moyen âge, comme un pur joyau qui a traversé les siècles et qui fait encore aujourd'hui l'admiration des artistes ; nous voulons parler de la Sainte- Chapelle.
Mais d'abord, disons ce qui motiva la construction du plus bel édifice religieux de Paris.
Louis IX avait acquis de Baudouin II, empereur de Gonstantinople, la couronne d'épines du Christ qui fut expédiée à Venise et de Venise à Bourbon TArchambault, « portée successivement à cheval, en bateau et en litière, » elle fut enfermée dans un cofiTre de fer protégé par plusieurs serrures et placée dans une tour dont les fenêtres étaient garnies de fils d'archal.
Après qu'on l'eut exposée à la vénération des fidèles, le roi la porta lui-même, accompagné des seigneurs de la cour jusqu'à Sens.
De là elle vint à Paris où elle fut exposée à l'abbaye de Saint-Antoine-des-Champs le 18 août 1239, ce fut encore le roi qui, dépouillé de ses habits royaux et vêtu d'une simple tunique de toile blanche, les pieds nus, porta la précieuse cassette à Notre-Dame et de là à la chapelle Saint-Nicolas qui se trouvait dans l'enceinte du palais.
Plusieurs hommes de la noblesse lui soutenaient les bras pour qu'il ne tombât pas de fatigue.
Quelques mois plus tard, Baudoin lui ayant de nouveau cédé plusieurs reliques, notamment un morceau de la vraie Croix, Lous IX conçut le projet de faire bâtir une église pour y conserver toutes ces reliques.
Ce fut la Sainte-Chapelle, qui fut construite en 1245 sur remplacement de la petite chapelle Saint-Nicolas. La direction des travaux fut confiée à Pierre de Montreuil, l'un des plus habiles architectes duxm* siècle qui avait déjà construit Fancien réfectoire et la chapelle de la Vierge de l'abbaye Saint- Germain-des-Prés ^où il fut enterré).
La construction de la Sainte-Chapelle coûta quarante mille livres tournois (huit cent mille francs) ; les reliques et les châsses avaient coûté cent mille livre tournois (deux millions).
Le monument se composait de deux chapelles qui furent terminées et dédiées en 1248, ainsi que l'attestent deux inscriptions citées par Corrozet, et qui se trouvaient, d'après lui, sur le mur latéral du nord. A ce même mûr était accoté un petit bâtiment en forme de chapelle et dont l'abside est représentée dans un dessin fait après l'incendie de 1776.
Ces détails sont fournis par une excellente publication sur la Sainte-Chapelle, due à M. Desmaze, conseiller en la cour d'appel de Paris, qui nous apprend que ce petit bâtiment se composait de trois étages surmontés d'une balustrade et d'une haute toiture. Au rez-de-chaussée était la sacristie de la basse chapelle, au premier celle de la haute chapelle, et le troisième étage, voûté en ogives, formait avec le comble, deux grandes chambres occupées par le trésor des chartes.
Dans la Sainte-Chapelle, par lui ainsi édifiée, ornée et embellie, le roi plaça non seulement les reliques qu'il avait acquises, mais les ouvrages de piété qu'il avait pu recueillir.
« Pour les ouvrages condeimnés, le saint roi les faisaient de tout le royaume apporter à Paris pour y être brûlés, moyen aussi simple qu'énergique. »
A chaque page des ordonnances des rois de France, on trouve la trace de leurs libéralités envers la Sainte-Chapelle.
Le vendredi, 26 juillet 1630, sur les quatre heures de relevée, le feu prit à la couverture et au clochep, par la faute des plombiers qui y travaillaient. Le trésorier et les chanoines firent aussitôt avertir le duc de Montbazon, gouverneur de Paris, le bailli du palais et l'Hôtel de Ville, pour qu'on eût à envoyer des secours.
« Lorsqu'ils furent arrivez, le clocher s'écroula et comme on crut la voulte en danger, on força la grande châsse contenant les saintes reliques, on les tira de la châsse et on les mit dans la sacristie, sous une sûre garde, en présence du bailly du palais, qui en dressa son procès-verbal. » En mars 1631, tout était réparé.
Malgré la vénération des Parisiens pour la Sainte-Chapelle et ses reliques, il parait que cela n'empêchait pas les «irrévérences et désordres » qui se commettaient les soirs et les nuits sous le porche de la basse Sainte-Chapelle, car on trouve dans ses registres, mention du payement de 371 livres pour une balustrade en fer, qui fut posée autour dudit porche, afin de les empêcher.
« Les verrières de cette église, dit M. Desmaze, sont le plus précieux spécimen de la peinture sur verre au moyen âge, art perdu un moment
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
et retrouvé aujourd'hui. Ces vitraux représentant des personnages, sont remarquables par la vivacité et Tinfinie variété des nuances, au point que jadis on leur comparait le vin, qui offrait une teinte bien limpide et bien transparente.»
L'église est double, on la divise en haute et basse Sainte-Chapelle.
La basse servait de paroisse aux gens du roi, des chanoines, du chapelain, etc
Lorsque la Sainte-Chapelle fut terminée, elle parut si légère, si élancée, si miraculeuse, que lés chroniqueurs racontent que les jours de fête, quand les sept cloches étaient en branle, tout Tédifice- remuait.
D'après Sauvai, le clocher penche, cela provient d'une charpenterie pendante qui porte à faux sur ses abouts et enrayures.
La châsse est grande, haute et d'un travailconsidérable, ornée de plusieurs images de vermeil; elle s'ouvre par derrière, avec six clefs tou tes différentes. Il y a encore une grille en fer, fermée par.quatre serrures aux quatre coins, derrière laquelle est un rideau de soie rouge.
Cette châsse futréparée en 1524; ce fut en 1553 que Léonard le Limousin,, exécuta sur les deux autels appuyés contre la porté du chœur, deux émaux représentant François P'et la reine Eléonore d'un côté; et de l'autre Henri et la reine Catherine..
Ungrànd incendie survenu en 1776 nécessita de grandes réparations qui furent faites en 1783.
En 1792, la Sainte-Chapelle fut convertie en magasin à farine, elle devint en 1802 le dépôt des archives judiciaires.
Ce fut alors qu'on répara les vitraux, avec les débris provenant des parties inférieures des croisées qui furent murée» jusqu'à la hauteur des armoires contenant les titres et les papiers des archives.
Sous le Directoire, le club de la Sainte-Chapelle tint ses séances dans l'église.
Le 21 janvier 1803, les ouvriers découvrirent une caisse de plomb renfermant le cœur de saint Louis.
En 1837, MM. Duban et Viollet-le-Duc furent chargés de la restauration du monument. M. Bella, charpentier, reconstruisit sous leur direction la charpente du comble et la surmonta d'une élégante et svelte flèche en bois et plomb, reproduction fidèle de celle de Charles VII, détruite par l'incendie de 1630.
La hauteur de cette nouvelle flèche est de 40 mètres depuis le chéneau jusqu'à la pointe; elle est de 27 mètres depuis le faîtage jusqu'à la boule surmontée d'une croix latine haute de G mètres. Les travaux ne furent achevés qu'en
Voici, d'après M. de Guilhermy, l'état actuel de ce précieux monument :
a Deux porches en avant-corps ouverts par plu-
sieurs arcs en ogive, décorés de colonnettes et de voûtes à nervures forment l'entrée de la chapelle haute et de la chapelle basse, et, suivant Tusage, regardent l'occident. Des balustrades trilobées environnent et surmontent le porche supérieur. Sur les flancs du monument, des contre-forts habilement disposés et appareillés avec le plus grand soin s'élèvent jusqu'au sommet des, mun-, des clochetons fleuronnés et des gargouilles en forme d'animaux les surmontent. Les fenêtres de la chapelle supérieure, d'une hauteur et d'une largeur peu Oi'dinaires, sont garnies de meneaux, de colonnettes, de roses en pierre et d'une armature en fer d'un caractère monumental; elles sont abritées sur des frontons rehaussés de feuillage. La chapelle basse est éclairée par des baies de moindres dimensions, mais décorées dans le même goût. La flèche est en style fleuri de la première moitié du xv* siècle.
A la croupe de l'abside, sur la pointe da comble, un ange en plomb, d'une, taille surhamaine, tient une croix processionnelle et tourne sur son axe, montrant successivenientle'signe du salut à tous les points de l'horizon. .
Les proportions dû vaisseau sont de rharmonîe la plus parfaite. Il affecte la forme d'un parallélogramme terminé par une abside sans aucune division intérieure.
Quatre ogives s'ouvrent de chaque côté de la nef, sept travées plus étroites régnent autour du chevet. Des faisceaux à trois colonnes dans la nef, des colonnes monostyles en rond-point s'appli quent au mur et montent d'un seul jet jusqu'aux voûtes. D'autres colonnes reçoivent les retombées des arcs formerets. Les nervures se croisent dans la nef à chaque travée; elles sont rondes comme les cordons qui composent les arcs doubleaux.
Les verrières se développent dans tout le pourtour de l'édiflce, à peine séparées les unes des autres par les colonnes en faisceau qui soutiennent la voûte.
Qe fut le 3 novembre 1849, lors de l'installation de la magistrature par le président de la République, que le culte catholique reprit possession de la Sainte-Chapelle. Depuis cette époque, la messe du Saint-Esprit n'a cessé d'y être célébrée, chaque année, avant l'audience solennelle de la rentrée des tribunaux.
La cour de cassation, la cour d'appel, le tribunal de première instance, le tribunal de commerce et les juges de paix de Paris y assistent, ainsi que le garde des sceaux, le directeur des affaires criminelles et des grâces et le chef du cabinet du ministre de la Justice.
Le 3 novembre 1870, cette messe fut supprimée en raison du siège; elle a été rétablie depuis.
Nous avons parlé du trésor de la Sainte-Chapelle. Il se composait, avant la Révolution, d'un nombre considérable d'objets religieux, reli-
PAItlS A TRAVERS LES SIÈCLtiS
Le clou Km>B*é. (Ptga 103, col. 2.)
quaires, croix, coiFrets, cb&sses et ornementa d'or et d'argent, pierreries, et d'un camée sans pareil représentant l'apothéose d'Auguste, et provenant d'uD don de Charles V et de manuscrits très précieux.
Le dépftt de toutes les pierreries Tut effectué à la Bibliothèque royale, en 1791, par ordre de Louis XVI. Quant au camée, il mérite une mention particulière : ce fut M. Peiresc, conseiller an parlement d'Aix qui, i la fln du xTir siècle, attira l'attention du monde savant et artiste sur ce précieux monument de l'art païen. 11 est de forme ovale et mesure 30 centimètres de longueur sur 25 de largeur. Il fut brisé en deux morceaux dans l'incendie de 1630, mais il fut raccommodé, et il est aujourd'hui conservé il la Bibliothèque nationale.
Liv. U
Nombre d'autres objets furent portés à Safnt- Denis.
La formation du trésor des Chartes (manuscrits) est dû à suint Louis. Les Charles et les registres de nos rois ayant été enlevés à Philippe- Auguste par les troupes de Richard Cœur de Lion, à la journée deFréteval, on décida que les titres, au lieu de voyager avec le souverain, seraient déposés en lieu sûr. Saint Louis fit placer ces précieuses archives dans la Sainte-Ghapeltc ; lors de l'établissement du tribunal criminel, créé en 1792, on eut besoin de la pièce dans laquelle elles se trouvaient, on les jeta dans une salie basse où elles restèrent pËle-mèle pendant des années.
Deux membres du bureau des titres réussirent à faire transporter ce dépôt au Louvre et à le classer. Plus tard on le plaça aux Archives natio-
IM
HISTOIRE NATIONALE DE^ PARIS ET DES PARISIENS
nales, et il est aujourd'hui distribué dans mille trente et un cartons formant la série J. Les registres, reliés en maroquin rouge, sont placés dans un corps de bibliothèque formé des boiseries de rhô tel Sou bise.
Ces détails nous ont mené un peu loin; retournons de quelques siècles en arrière.
Louis IX, en fondant la Sainte-Chapelle, Favait naturellement pourvue de chapelains qui disaient mâtinés à minuit; mais, s'apercevant que ces matines auxquelles il assistait, en interrompant son sommeil lui causaient de violents maux, de tète, il en changea Theure et les fit dire à Taube. Ce fut à' partir de ce moment que, jusqu*au milieu du xiV' siècle, le chapitre de la Sainte-Chapelle et celui de la cathédrale dirent les matines le malin.
Tandis que le roi s'occupait de cette fondation, Etienne de Lexinton, Anglais de naissance et abbé de Clairvaux, obtenait du pape Innocent lY la permission de faire bâtir un collège à Paris pour y faire étudier déjeunes religieux de sa maison.
Ce fut le premier collège des Bernardins. Il fut établi en 1244 sur des terrains situés dans le closduChardonnet(rue de Pontoise). L*abbé pria Alphonse de France, frère du roi, d'accepter le titre de prote<îleur. Alphonse accueillit favorablement cette demande et abandonna une rente de 104 livres parisis qui devait être employée à Tentretien de vingt religieux profès.
Le collège des Bernardins fut gouverné par un supérieur qui reçut le titre de prieur, ensuite celui de proviseur.
Le pape Benoit XII fit commencer l'église dont la première pierre fut posée le 24 mai 1338. On y remarquait un escalier à double vis, de façon que deux personnes pouvaient monter et descendre sans se voir.
En 1709, les débordements de la Seine ayant endommagé le pavé de cette église, on le releva de 2 mètres. Guillaume du Yair, garde des sceaux de France, y fut inhumé.
En 1790, le collège des Bernardins devint propriété nationale ; Téglise fut vendue le 4 messidor an V. Les autres bâtiments restèrent propriété de rÉtat jusqu'en Tan XII; à cette époque, ils furent concédés à la ville de Paris, moyennant une rente annuelle de 6,000 francs. En 1836, la ville remboursa cette rente au prix de 120,000 fr. Après avoir servi de magasin d*huile et de dépôt d'archives, on construisit sur les bâtiments la la caserne des sapeurs-pompiers.
En 1215, Eudes, étant devenu légat, défendit de vendre aucune marchandise dans les églises, pas même des cierges, (à cette époque les cierges se plaçaient devant et derrière l'autel, jamais dessus). 11 défendit aussi aux chanoines d'avoir des servantes et de gard r et nourrir dans les cloîtres des animaux nuisibles ou inutiles.
Louis IX qui. Tannée précédente, avait été gra-
vement malade à Pontoise, avait fait vœu de se croiser s'il revenait à la santé; il songea à tenir sa promesse et se prépara à faire le voya^ en Terre-Sainte.
En 1248, le vendredi après la Pentecôte, il reçut des mains du légat le bourdon de pèlerin, Técharpe et Toriflamme, et, quelques jours plus tard, il se rendit pieds nus à Notre-Dame pour y entendre la messe, puis, de là, suivi par un cortège de peuple qui grossissait toujours, il alla à Tabbaye de Saint-Aiitoine-de&-Champs, accompagné des processions de la ville et d'une foule considérable.
C'était un événement que les Parisiens ne manquèrent pas de célébrer.
Ce jour-là, tous les travaux s'arrêtèrent, les cloches sonnèrent, les rues s'emplirent de tous les moines de la capitale, de tous les membres des confréries ; on ne voyait que bannières et gens d'église, chevaliers et gentilshommes, variais et écuyers.
Toute cette foule diaprée, bigarrée, allait, venait, faisant des vœux pour le voyage du roi, qui partit accompagné de sa jeune femme, la reine Marguerite, qui n'avait pas voulu consentir à ce que son mari 8*en allât sans elle, de ses trois frères et de sa belle-sœur Jeanne.
La reine mère. Blanche de Gastille, était chargée de gouverner en l'absence du roi.
On sait les tristes résultats de l'expédition de saint Louis en terre sainte.
Lorsqu'on les connut à Paris, ils causèrent une consternation générale; tous jeux et divertissements furent suspendus et les Parisiens se rendirent en foule dans les églises pour implorer la miséricorde de Dieu.
Ils ne tardèrent pas à devenir le prétexte de troubles.
La reine se disposait à envoyer des secours au roi, son fils, lorsqu'un Hongrois nommé Jacob, moine de l'abbaye de Giteaux, souleva le peuple des campagnes en annonçant que c'était aux paysans, aux « pastoureaux » qu'il appartenait de délivrer la terre sainte du joug des inOdèles. En peu de temps, il fut à la tète de 100,000 hommes qui commencèrent à se tourner contre les évèques, les chanoines, les ecclésiastiques et les nobles des provinces du Nord.
Il vint à Paris avec environ 40,000 de ses partisans.
La reine, qui crut tout d'abord que cet homme était suscité par Dieu pour aller au secours de son fils, le reçut dans son palais et eut avec lui un long entretien dont il ne transpira rien au dehors. Seulement, les familiers du palais remarquèrent qu'à son issue, Blanche de Gastille paraissait vivement impressionnée.
Quant à Jacob, il prêcha ouvertement en faveur du peuple, et la hardiesse de ses pareiea étonnait fort.
«c II eut Taudace^dit un chroniqueur du tempsde faire Teau bénite dans la paroisse Saint-Eus, tache et d*y prêcher en camail et en rochet, comme un évèque.
0 II fit tuer quelques ecclésiastiques, mais Une put traiter de même FUniversilé à qui il en voulait principalement, parce que, lorsqu*on le vit de Tautre côté de la rivière, on fit fermer les portes sur lui. »
Il sortît de Paris et se rendit à Bourges, tuant et massacrant tout sur son passage, jusqu^à ce qu'il fût tué lui-même par un bourgeois de cette ville.
La reine Blanche, craignant que les désordres commis par les pastoureaux n'eussent ébranlé la fidélité de ses sujets, fit prêter de nouveau serment à rUniversilé et aux bourgeois de Paris; ensuite, elle songea à réprimer les abus que causait Texcès d'autorité dont était investi le chapitre de Paris. Elle apprit que ce chapitre (Notre- Dame) retenait prisonniers plusieurs habitants de Cbàtenay, et que ces prisonniers étaient si maltraités que Ton craignait pour la vie de plusieurs d'entre eux.
Voulant d'abord essayer des voies de douceur, elle envoya prier le chapitre de relâcher les prisonniers sous caution.
Mais, comme il tenait à ses privilèges, il répondit impoliment à la reine et redoubla de duretés envers les malheureux prisonniers.
Alors Blanche de Gastille, piquée au vif, se rendit elle-même à la prison et en frappa la porte avec un bâton qu'elle tenait à la main.
A ce signal, les gardes qui l'accompagnaient se ruèrent sur cette porte et la brisèrent ; elle rendit la liberté aux serfs, hommes, femmes et enfants qui étaient incarcérés. Les chanoines furieux murmurèrent hautement et en termes peu mesurés, mais la reine qui connaissait leur endroit sensible, les laissa dire et se contenta de faire saisir leurs revenus temporels.
Vite, ils vinrent demander grâce et consentirent à l'aiTranchissement de tous ceux qu'ils avalent incarcérés, moyennant une somme qui leur fut comptée.
Plusieurs édits avaient déjà été rendus pour ordonner l'afi'ranchissement des serfs, mais le clergé était très opposé à cette mesure d'humanité; cependant, à Paris il s'exécuta d'assez bonne grâce et les religieux de l'abbaye des Fossés donnèrent l'exemple en rendant la liberté à tous leurs serfs, moyennant onze cents livres et en permettant à leurs enfants de se faire clercs et d'entrer en religion comme toutes les personnes libres.
La reine approuva et confirma cet afifranchissement.
L'abbaye de Saint-Germain, pour une somme plus modique encore, afi'ranchit ses 3erfs, les autres abbayes l'imitèrent et quelques seigneurs
qui, jusqu'alors, avaient résisté à ce courant de liberté finirent, pour plaire à la reine, par aO'ran* chir les leurs.
L'histoire doit conserver le souvenir de la vertueuse reine qui prit l'initiative de ce grand acte, qui permit à- tant de malheureux de jouir enfin du premier de tous les biens, de la liberté 1
Peu de temps après avoir accompli cette œuvre de justice, elle mourut (le i®' décembre 1252), profondément regrettée du peuple de Paris qu'elle avait tiré de la servitude.
La régence passa aux deux frères du roi, Alphonse el Charles revenus de terre sainte.
Ce fut sous cette régence que fut fondé le collège de Prémontré (rue Hautefeuille).
Le général de cet ordre avait acheté à Paris en 1252 une maison appelée Pierre-Sarrazin, et en 12o5 quelques autres (près la rue Mignon), et sur leur emplacement furent bâtis le collège et une église qui fut reconstruite en 1618.
Ce collège s'agrandit successivement par plusieurs acquisitions.
Il devint propriété nationale en 1790 ; les bâtiments furent vendus le 20 février 1792 ; le rondpoint du sanctuaire de l'église devint le café de la Rotonde.
En 1253 Paris s'occupa d'une querelle qui s'éleva entre l'Université et les jacobins. Ceux-ci n'avaient point voulu prendre parti dans une insulte que TUnivcrsilé prétendait avoir reçue des archers du guet qui avaient tué et blessé plusieurs écoliers dans une rixe; l'Université irritée retrancha les jacobins du corps enseignant et deux de ses bedeaux entrèrent dans l'école des jacobins ou plutôt des dominicains prêcheurs, pour faire lecture de cet arrêt, les religieux se jetèrent sur les bedeaux et les battirent. Alors le recteur de l'Université se présenta lui- même avec trois maîtres es arts, mais ils ne furent pas mieux traités ; ils reçurent des coups de bâton. Ils se plaignirent, la querelle s'envenima et passionna les Parisiens, mais le retour du roi la fit un peu oublier.
Louis IX arriva â Paris en septembre 1234.
Il fut bien accueilli par les Parisiens qui lui firent une entrée brillante.
Naturellement, les écoliers en profitèrent pour se signaler par quelques actes de turbulence.
Cette fois, ce n'était pas contre les bourgeois qu'ils se signalaient, mais bien contre les moines mendiants.
C'était chaque jour querelle nouvelle entre les gens de TUniversité et les gens d*église, et les hostilités durèrent jusqu'en 1260.
Saint Louis s'occupa tout d'abord de réglementer la façon dont se rendait la justice et il commença par interdire aux juges de recevoir des plaideurs des cadeaux dont l'importance avait pour objet de faire pencher la balance du cOté du plus généreux, et il décida qu'ils ne pour-
IllSTOIltE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
raienl désormais accepter que des présenta en dragées, confitores, fruits, etc., dont la valeur n'excéderait pas diic sous.
Dix-huit ordonnances furent rendues parle roi en 1251.
Entre autrea, on remarque celle qui défend de luetlrâ en prison pour crime celui qui peut donner caution, à moins que le crime ne soit « grandement qualifié n .
Une autre portait défense de mettre à la question sur la déposition d'un seul témoin.
Saint Louis n'aimait pas les juifs et il rendit contre eux une ordonnance leur portant • injonction de cesser leurs usures, blasphèmes, sortilèges, caractères, et que leur Thalmud swt brûlé avec défense aux chrétiens d'exercer au-
L'ordonnance contre les blasphémateurs fui
Peinture du xiii< siAels trouvée à la Ssiate-Chapells en IBU.
exécutée avec uno sévérité barbare ; le roi considérait comme un crime abominable de prendre Dieu ou quelque autre personne sacrée à témoin pour affirmeT un fait, et cependant lui-même, dans sa jeunesse, jurait « par les saints decéans», mais son confesseur lui ayant démontré l'inconvenance d'un tel juron, il cessa de l'employer. Or, non content d'avoir opéré cette sage réforme sur lui-même, il voulut l'imposer aux autres par la force et il ne craignit pas d'ordonner que quiconque jurerait serait mis au cachot au pain
et à l'eau, puni du fouet et du supplice de l'échelle.
Après que le blasphémateur avait reçu sur Ici reins un nombre déterminé de coups de fouet, il était attaché à l'échelle, c'est-à-dire à une sorU de pilori ou de carcan dressé sur la place publique, ce qui le notait d'infamie, et il reslorl li un certain nombre d'heures, exposé aux injures de ta foule qui ne cessiiit de l'invectiver.
Ce fut- ainsi qu'un malheureux orfèvre convaincu de blasphème fut attaché presque nu à
La Suinte- Chapelle an Palais de Justice, foodée pnr Louis IX, bâtie en 13i5, restaurée eu 1837.
t'ëchelle, ayant autour du cou les boyaux et la fressure d'un porc « en si grande quantité qu'elle lui venait jusqu'au nez u.
On lit dans la Vie de saint Louis, que le roi fai* sait marquer au front, brûler les lèvres et percer la langue aux jureura avec un fer ardent.
11 avait fait fabriquer pour cet usage uneplaque (Je fer ronde, munie d'une baguette au milieu qu'il faisait appliquer toute rougie au feu sur les lèvres du patient, attaché nu jusqu'à la ceinture, à l'échelle.
CeA ce qu'on appelait cuire les lèvres.
Et l'ardeur du roi était telle pour extirper de Ëun royaume l'habitude de jurer, qne pour ce crime nul ne trouvait grftceà sesyeux,6t que les
grands personnages étaient punis avec la même sévérité que les gens du peuple.
Aussi, murmurait-on hautement coiilro ces punitions barbares.
Quelques personnes de la cour s'en plaignirent au pape Clément 'VIII, qui en 1268 adressa une bulle k Louis IX pour le prier de vouloir bien modérer un peu son zèle.
Le roi n'était pas homme à désobéir an pape ; il flt laisser de cAté la tige de fer rouge, et désormais les blasphémateurs en furent quittes pour payer l'amende et pour recevoir quelques coups de fouet.
Une des ordonnances de 1234 fut mieux accueillie par les bourgeois de Paris qui ne ces-
pécouverle du «sur ds eaiut Louis à '.a Soink-CliapcUe, en IS44.
Baient de s'indigner du nombre toujours croissant des filles de mauvaise vie qui pullulaient dans les rues.
Déjà il avait été défendu aux habitants de Paris de louer leur maison aux ribaudes, sous peine de voir ces maisons confisquées.
Louis IX ordonna que ces filles seraient chassées de la ville et de la campagne, que leurs biens seraient pris et adjugés au premier occupant ; qu'elles seraient elles mêmes dépouillées de leurs vêlements et mises dans des maisons de force pour y être punies de leurs débordements.
Mais cet excès de sévérité eut pour résultat d'en rendre l'exécution impraticable.
Louis IX se vit dans la nécessité de modérer la rigueur de cet édit et d'en rendre un autre, par lequel il fut ordonné que toutes « les folles femmes de leur corps et communes » seraient mises hors des maisons particulières, et défense fut faîte aux propriétaires d'habitations de leur louer des lo-
caux oii elles pussent se livrer & leur honteux trafic.
Un nom spécial fut donné aux endroits où elles furent obligées de se retirer. C'était de petites logettes où il leur était défendu de passer la nuit (logette en saxon se traduit par bord). Leur emplacement fut désigné dans certaines rues.
De plus, il fut interdit à ces femmes de porter des broderies, des boutonnières d'argent et autres ornements de parure réservés aux honnêtes femmes.
Tout cola n'empêcha pas la débauche.
Au XIII* siècle c'était surtout chez les femmes, plus exposées à la. misère et aux séductions de Paris, que la corruption était grande.
a La soie, dit M. Ë. Levasseur, était alors une marchandise très chère (elle valait 76 sous la livre); les merciers la donnaient k filer à des ouvrières en chambre; celles-ci résistaient diflicilement à la tentation de se l'approprier; elles
liO
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DBS PARISIENS
la mettaient en gage chez des juifs, la vendaient et déclaraient au marchand qu'elles Tavaient perdue, ou rendaient de la bourre filée au lieu de soie. Le prévôt de Paris avait été obligé pour arrêter ce genre de vol, de rendre en 1275 une ordonnance portant bannissement contre les femmes qui s*en rendaient coupables et peine du pilori si elles rentraient dans la ville. La sévérité du châtiment ne les empêcha pas de continuer, et il fallut en 1283 faire à cet égard un nouveau règlement qui fut sans doute aussi impuissant que le premier.
« Certaines ouvrières vivaient dans la débauche et par la débauche. Les dévideuses entre autres avaient une très mauvaise réputation ; c'était d'ordinaire chez elles ou dans les établissements de bains que les écoliers, que Ton retrouve à cette époque, partout où il y a quelque orgie, allaient perdre avec leur santé le dernier argent qu'ils n'avaient pas dépensé au cabaret. Quelquefois même, c'étaient des filles de maître, qui usant du droit qu'elles avaient de s'établir quand elles savaient^e métier, quittaient leurs parents, et sous prétexte de prendre un apprenti prenaient un amant avec qui elles dépensaient leur argent ; puis quand elles avaient tout épuisé, elles rentraient dans leur famille avec «moins d avoir, dit un règlement du temps, et plus de péchés ». Ce désordre était assez fréquent pour que les corroyeurs aient cherché à y mettre obstacle dans leurs statuts; dans la suite, ils eiTacèrent cet article « pour l'honneur du corps ».
Après les femmes de mauvaise vie vinrent les juifs.
Le roi était tout disposé à les chasser encore une fois de Paris ; cependant, sur le conseil qui lui fut donné, il pensa qu'il vaudrait peut-être mieux les contraindre à embrasser le christianisme.
Et pour arriver à ce résultat; il commença par publier une nouvelle ordonnance qui défendait aux juifs de prêter à usure et de ne se procurer de l'argent que par le travail de leurs mains.
Ceux-ci se pjaignirent de l'obligation qu'on leur imposait et déclarèrent que, plutôt que de s'y soumettre, ils préféraient sortir du royaume.
Quelques-uns, plus habiles, feignirent de se convertir et furent l'objet de grandes libéralités de la part du roi, que rien ne réjouissait plus qu'une conversion.
Ceux qui, fidèles à leur religion, promirent d'exécuter la condition qu'on exigeait d'eux, durent en outre faire coudre sur le devant de leur robe une pièce de feutre ou de drap jaune d'une palme de diamètre et de quatre de circonférence (la palme équivalait à la longueur de la main).
Cette marque (qui n'était qu'une réminiscence) fut appelée rouelle.
Lorsqu'on rencontrait dans les rues de Paris
un juif qui ne l'avait pas, les sergents d'armes confisquaient sa robe, l'emmenaient en prison et il n'en sortait qu'en payant une amende de dix livres.
Tous les juifs étaient assujétis àla servitude, et le roi et les nobles avaient des juifs dont ils pouvaient disposer.
L'Assemblée dite de Melun, qui s*était tenue en 1230, permit à chaque seigneur de reprendre son juif en quelque lieu qu'il le trouvât, même hors de sa juridiction.
Cette loi subsista longtemps.
Lorsque Louis IX mourut, sa veuve Marguerite de Provence eut son douaire assigné sur les juifs qui lui payaient deux cent dix-sept livres, sept sous, six deniers, par quartier.
Robert de Sorbon, chapelain du roi saint Louis, était chanoine de Paris, lorsqu'en 1253, il conçut le projet très louable de bâtir une maison spéciale à un certain nombre d'ecclésiastiques séculiers, docteurs en théologie, qui y vivraient en commun et enseigneraient leur science à de pauvres écoliers qui, généralement, étaient obligés de mendier leur pain pour pouvoir s'instruire.
Le roi voulut s'associer à cette bonne œuvre et en 1256, il acheta et donna à Robert de Sorbon, une maison située rue Coupe-Gueule, devant le palais des Thermes, et en 1258 deux autres immeubles, l'un rue des Deux-Portes et l'autre rue des Maçons. (La rue des Maçons-Sorbonne, aujourd'hui rue Champollion, était déjà construite au commencement du xiii* siècle, celle des Deux- Portes- Saint -André, fut supprimée parie boulevard Saint-Germain).
Robert de Sorbon avec l'aide de Guillaume de Bray, archidiacre de Reiras, Robert de Douay, chanoine et médecin de la reine, GeofTroi de Bar et Guillaume de Chartres, un des aumôniers du roi, put ouvrir son collège qui, de son nom, fut appelé Sorbonne, et compta dès les commencements outre les étudiants pauvres, des docteurs, des bacheliers boursiers et des bacheliers non boursiers; ceux-ci payaient à la maison cinq sous et demi parisis par semaine ; les boursiers n'avaient rien à payer.
Le collège était dirigé par les associés qui n'avaient ni supérieurs ni principal. On y enseignait la théologie d'une manière complète. On s'y appliquait auRsi à l'examen des questions de morale et à la solution des cas de conscience.
Cette société de théologie fut bientôt connue du monde chrétien sous le nom de communauté des pauvres maîtres.
Elle fut aussi désignée sous les noms de maison très pauvre, et de pauvre Sorbonne. Les écoliers se nommaient les pauvres de Sorbonne.
Pendant le règne de saint Louis, le nombre de ceux qui y furent admis, gratuitement s'éleva à cent
PARIS A TtlAYERâ LBS SIÊGLË^S
tu
Pour obtenir le titre de docteur, il fallait avoir fait ses études dans le collège, y avoir argumenté pendant dix ans et soutenu diverses thèses divisées en mineure, majeure, sabbatioe, tentative, petite et grande sorbonne.
G*est dans cette dernière que le candidat, devait, sans boire ni manger, sans quitter sa place, soutenir et repousser les attaques de vingt assaillants ou ergoteurs qui, se relayant de demi-heure en demi-heure, le harcelaient depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir.
Dans les premiers temps, le récipiendaire faisait cadeau d*un bonnet à chacun des docteurs qui assistaient à la cérémonie de son admission, et plus tard un don de vingt sous parisis remplaça le bonnet.
Les démêlés de la Sorbonne avec TUniversité furent nombreux; à peine fondée, elle eut aussi à lutter contre les ordres mendiants qui tentèrent de Tenvahir et la Sorbonne décida qu*un seul religieux de chacun de ces ordres pourrait obtenir le titre de docteur en Sorbonne.
Un autre collège, dit de Saint-Denis, fut aussi fondé à peu près dans le même temps, près la rue Saint-André-des-Arts et la rue Dauphine; les écoliers qui le fréquentaient étaient désignés sous le nom d*écoiiers de Saint -Denis, mais en 1607, il n'existait plus et ses bâtiments furent abattus. La rue des Grands-Augustins passa sur une partie de leur emplacement.
Les Grands Augustins étaient des religieux qui, en 1256, furent amenés dltalie à Paris par les soins de saint Louis; ils s'établirent d'abord rue Montmartre près la porte Saint-Eustache, dans un lieu environné de bois et où se trouvait une chapelle dédiée à sainte Marie FÉgyptienne (dont on fit plus tard la Jussienne, au coin de la rue Montmartre et de la rue de la Jussienne); c'était dans cette chapelle qu'était établie la corporation des drapiers de Paris. Reconstruite au XIV* siècle, elle fut vendue le 8 décembre 1791 et démolie au mois de juin 1792.
En 1285, ces religieux quittèrent leur moustier de la porte Saint-Eustache pour aller demeurer dans le clos du Ghardonnet (rue Saint-Victor), et une rue fut ouverte à côté de leur ancienne demeure. On en appela une partie rue des Augustins et l'autre rue Pagevin, plus tard elle se nomma rue des Yieux-Augustins.
Le monastère du clos du Ghardonnet ne tarda pas à déplaire aux augustins qui avaient cependant obtenu du rui Philippe le Bel un privilège qui défendait à toute personne de passer le long des murailles et tournelles l'avoisinant, sans leur en avoir demandé la permission, et ils 8*entendirent avec les frères sachets qui, parade du 14 octobre 1293, leur cédèrent la maison qu'ils possédaient sur le bord de la Seine, dans le territoire
de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Ces frères sachets ou frères sacs, ainsi nommés
parce qu'ils étaient vêtus d'une robe en forme de sac, sans ceinture, avaient aussi été établis à Paris par saint Louis, sous le nom de frères de la Pénitence de Jésus-Ghrist, et faisaient profession d'une austérité singulière.
Tous les matins, ils s'en allaient par les rues de Paris, comme le faisaient du reste les moines de tous les ordres mendiants, quêter leur pain.
G est ainsi que les Parisiens entendaient quotidiennement crier : du pain pour les frères de Saint Jacques I du pain aux carmes! du pain pour les frères de Saint -Augustin I du pain pour les frères cordeliers! du pain pour les aveugles des Quinze-Vingts. Du pain pour Jésus notre sire I (c'étaient les filles Dieu qui criaient de la sorte). Du pain pour les pauvres écoliers! etc., etc.
A ces demandes réitérées, incessantes, il faut ajouter les cris de tous les marchands et gens de métiers.
Dès le jour venu, c'était l'étuviste qui criait : Allons, seigneur, allons baigner! les bains sont prêts! Le tailleur criait : vestes et manteaux à vendre ! qui a des manteaux, des pelisses à raccommoder, il fait bien froid ! Les chandeliers : chandelle de toile, chandelle qui fait plus clair que mille étoiles! Le marchand de vins : bon vin à trente-deux, à seize, à douze, à six et à huit deniers.
L'auteur des Criertes de Paris au xiii* siècle, termine sa nomenclature en disant :
« 11 y a bien d^autres cris que je ne saurais rapporter; le nombre des marchandises à vendre est si considérable, que je ne puis m'empêcher de dépenser et si j'achetais seulement un échantillon de chaque espèce, quelle que fût ma fortune elle y passerait bientôt. »
Or les sachets ne recueillaient pas grande aumône de vivres, il faut croire, car ils subsistèrent peu de temps et disparurent de Paris après avoir vendu leur monastère — ils se retirèrent en province et dans les pays étrangers.
Il y avait aussi les sachettes appelées indifféremment pauvres femmes des sacs, sachetines ; elles possédaient un couvent dans la rue du Gimetière Saint-André-des-Arts (de la rue de l'Éperon à la place Saint-André-des-Arts), qui s'appelait alors rue des Sachettes
Puis les béguines. Le couvent des béguines fut fondé en 1264 par saint Louis dans la rue des Barres près la porte Barbel ; (la rue des Barrés prit alors le nom de rue des Béguines; elle reprit son nom de rue des Barrés sous François !•', elle allait de la rue Saint-Paul à la rue du Fauconnier, c'est aujourd'hui la rue de l'Ave-Maria) ; il les avait fait venir de Flandre pour en doter Paris, il leur acheta une maison et les y plaça au nombre de quatre cents. En 1471 elles étaient réduites à trois personnes. Leur couvent fut à cette époque donné aux filles de VAve Maria,
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PAUISIENS
En 1258, étaient venus aussi s'inslaller de Marseille à Paris « une manière de frères que l'on appelle l'ordre des Bl an es -Manteaux, et requisrcnt au roy que il leur aidast que ils puissent demeurer a Paris. Le roy leur acheta une mèson et vielz places en tour pour eu)z herberger, de lez la viex porte du Temple à Paris, assez près des tissarans n. Ce fut le peuple qui les appela Blancs-Manteaux en raison des vêtements qu'ils portaient, mais leur véritable nom était serfs de la vierge Marie. Amauri de La Roche, grand maftre du Temple, les autorisa à avoir (rue des
Reliquaire de la Su aU- Chapelle.
Dlancs-Manleaux) un cimetière, une chapelle et un couvent. Les bâtiments furent élevés par les aumdnes des particuliers et la libéralité de saint Louis. En 1274, l'ordre fjjt supprimé et le couvent fut occupé par 1297 par des guillemites qui furent réformés et réunis aux bénédictins en 1618. Le monastère Tut reconstruit enl685et supprimé en 1790 ; l'église fut rachetée par la ville en 1807 et devint Notre-Dame des Blancs-Manteaux.
Parmi les établissements religieux qui furent créés à Paris sous saint Louis, il faut comprendre le collège de Gluny fondé par Yves de Vergy, abbé de Gluny, sur la place Sorbonne. En 1269, cet abbé bâtit le réfectoire, le dortoir et la moitié du clottre qu'il entoura de bonnes murailles et ce fut son neveu et successeur à l'abbayo, Yves II,
qui fit bâtir l'église, le chapitre et l'autre adtié du cloître, il était destiné aux jeunes religieux de La congrégation qui venaient étudier à Paris.
L'église du collège de Gluny aujourd'hui détruite et dont il ne subsiste que des débris conservés à l'hAtel de Gluny, était regardée comoH une merveille d'architecture, digne d'être comparée à la Sainte-Chapelle.
Lors de la révc l'église devinrent vendus et possèrer tiers.
L'église elle-mén l'on pouvait, de \t contours déliés i c'était dans une pa tre David avait éta ce qui restait de et vre de Pierre de M bâtiments modem i ture du boulevard vestiges de l'église laisser de tracé,
La colonne au < orné de feuillages, qui surmontait le c consoles et onze cl avec soin et appor nous l'apprend son
Citons aussi l'ég Saint-Denis,, au ce (ancienne chapelle 1537 et démolie — des rues Aubry-leconstruite en 1679, Golvi ou ta petite de Sorbon pour ( classes. Il fut abatl la Sorbonne.
Le collège des Di 1171 près Notre-I
Calvi ; il était occupé par dix-huit pauvres iralien qui, moyennant une faible redevance, élaieot chargés de jeter de l'eau bénite sur les corps morts de l'HÔtel-Dieu.
Au milieu de toutes ces fondations inspirées pjr le zèle qu» ne cessa de montrer saint Louis pour tout ce qui tenait au développement de l'enseignement religieux, ouest heureux de constater U création d'une maison hospitalière d'un caractKrs purement civil et dont l'utilité est incontestable : nous voulons parler de l'hôpital des Qaioa- Vingts.
La tradition veut que cette maison ait Ué fondée en faveur des trois cents chevaliers qw les Sarrazins auraient reçus du roi en étage ri qu'ils auraient aveuglés avant de les lui naàrt.
Mais celte version, lancée pour la prenièro fois dans la circulation par l'historien BeUeforeit, doit être considérée comme une fable, puisque Ie>
contemporains de saint Louis n'en soufilent pas mot. Joinvilie dit que cet hftpital fut fondé pour trois cents pauvres aveugles et Rutebeuf a laissé <lcs vers dont voici le sens : « le roi a mis en un repaire, je ne sais pourquoi faire, trois cents aveugles qui s'en vont dans Paris par triple paire et ne cessent de braire. Ils n'y voient goutte, se flkcheni, se poussent, se heurtent, et si le feu prend à leur maison il n'est pas douteu:c que le roi aura à la refaire. "
"On commença à bàlir cet hôpital dans la rue Sainl-Honoré (à peu près au coin de la rue de Rohan} en 1254, et le bâtiment n'i^tait pas encore Uv. 15
complètement achevé en 1260, lorsque le pape Alexandre IV accorda des indulgences à tous ceux qui le visiteraient.
En 1269, saint Louis donna à l'hApilal trente livres parisis de revenu annuel, à la condition que cette somme serait employée à faite du potage aux aveugles. En 1270, il chargea son grand aumAnier de nommer à toutes les places qui deviendraientvacantes.
En 1343, Pierre des Essarts donna aux Quinze- Vingts un grand logis appelé l'hôteldes Tuileries et qu'ils vendirent plus taid lorsqu'on bàlit le palais des Tuileries sur son emplacement. IS
Une église fut naturellement jointe à Thôpital ; elle était sous le vocable de saint Remy.
Peu de temps après Tinstallalion des Aveugles dans la maison, on reconnut qu'ils étaient trop nombreux, eu égard aux gens de service qui leur étaient nécessaires, et on en réglementa le nombre qui fut fixé défmitivement à 140 hommes aveugles, 60 voyants pour les conduire et s'occuper de l'intérieur de la maison, 98 femmes tant aveugles que voyantes qui, avec « le maître » (directeur) et le portier formaient 300 personnes (quinze-vingts).
Les Quinze-Vingts restèrent dans leur hôpital jusqu'en 1779; à cette époque, le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, et en cette qualité, administrateur de l'hospice, les transféra dans le grand hôtel, bâti en 1701, rue de Gharenton, pour les mousquetaires noirs, fit démolir les anciens bâtiments, vendit une partie des terrains et fit ouvrir sur le reste plusieurs rues, dont un seul tronçon subsiste aujourd'hui : la rue de Rohan.
Le nombre des aveugles admis fut alors porté à 800 ; ils recevaient 1 franc par jour et quelquefois 1 franc 30 ; chaque enfant né à l'hôpital tou« chait 10 centimes par jour jusqu'à seize ans, on lui faisait alors apprendre un état.
Un arrêt du parlement du 14 mars 1783 y établit une classe de malades des yeux pour 20 pauvres de province et 20 pauvres de Paris.
Sous la République, l'organisation de rétablissement fut changée et l'hôpital fut désigné sous le nom de maison des Aveugles (26 brumaire an II). Il reprit son nom sous la Restauration, le grand aumônier deFrance futde nouveau chargé de sa direction.
Une ordonnance royale du 31 août 1830, plaça l'hospice sous la direction du ministre du commerce et des travaux publics.
Sous le second Empire, la maison des Quinze- Vingts, destinée à recueillir 300 aveugles de l'un et de l'autre sexe, donnait en outre des secours à 1,300 pensionnaires externes répandus dans les diverses parties de la France. Ces secours étaient divisés en trois classes : 200 fr. 150 fr. et 100 fr.
Un décret du 22 juin 1854 plaça l'établissement sous le patronage de l'impératrice. Toutes les nominations, soit à l'internat soit à l'externat, étaient faites par elle, sur le rapport du ministre de l'intérieur; aujourd'hui, c'est le ministre quia l'administration de l'hospice ; il nomme un directeur responsable, assisté d'une commission consultative.
Les bâtiments actuels se composent de deux étages, de galeries ayant chacune 81 fenêtres sur la principale cour. Ces étages contiennent tous deux un double logement, de sorte qu il y a place pour 162 aveugles mariés, c'est-à-dire pour 324 personnes.
L'infirmerie est divisée en deux salles de 12 lits {
chacune. Il y a de plus une petite salle à 4 lits destinée aux maladies contagieuses.
En 1854, des travaux d'appropriation intérieure furent exécutés ; il s'agissait d'établir des calorifères, de distribuer utilement la lumière partout, de donner aux pelouses du jardin un aspect plas agréable pour les visiteurs ; bref, 80,000 francs furent employés pour ces divers travaux.
Saint Louis avait amené de la Palestine six religieux de l'ordre du Mont-Garmel, il les établit en 1254 à Paris, sur le bord de la Seine, dans un bâtiment du quai Saint-Paul, qui donna plas tard son nom à la rue des Barrés (en raison da vêtement de ces religieux, qui portaient des manteaux barrés de diverses couleurs).
Ils bâtirent une chapelle qui devint bientôt une église pourvue d'une cloche et à laquelle fat annexé un cimetière.
Les inondations fréquentes de la Seine contrarièrent fort les carmes qui, plus tard, demandèrent à Philippe le Bel de vouloir bien leur donner une autre demeure, ce prince faisant droit à leur requête, leur donna la maison dite du Lion, qui avait appartenu à Pierre de la Broche, sitoée dans la rue Sainte-Geneviève, et celle de Guy de Livry dans la même rue (près de la place Maubert, à l'extrémité orientale de la rue des Noyers.]
Nous n'en avons pas fini avec les moines.
En même temps que les carmes, dont nous aurons à parler amplement, vinrent les chartreux; saint Louis fit venir à Paris en 1257 cinq rellgieDx de cet ordre qu'il plaça à Gentilly où ils lestèrent jusqu'en 1258.
Or à cette époque, le castel de Yauvert aUongeait ses toits pointus au dessus des plaines désertes qui entouraient ce qui fut depuis la barrière d'Enfer ; ce château bâti par Philippe I" après son excommunication et qui lui servit de retraite, avait des tourelles en poivrières comme presque toutes les constructions d'alors, et par son isolement, par le tumulte qui s'y produisait toutes les nuits, par les lumières qui ne cessaient de briller à ses fenêtres, il inspirait au peuple une sorte de crainte superstitieuse.
Il en résulta le nom d*enfer donné par lui aa sentier qui reliait le château à la poterne Saint- Jacques, précédemment nommée voie de Yauvert.
Or, quand Philippe P' mourut, le château de Yauvert demeura abandonné, et le bruit se répandit dans Paris qu'il était sans cesse hanté par les fantômes et les démons. Une bande de pillards songea â exploiter la crédulité publique et s'y installa.
La terreur que cette bande inspira fut telle qu'elle donna lieu au dicton : allez au diable Vauvert^ et que nombre de gens faisaient un grand détour pour ne point passer auprès du diabolique manoir.
Mais les moines ne partageaient pas les craintes
populaires et se trouvant à Fétroit dans leur maison du port Saint-Paul, les chartreux, demandèrent à Loui^ IX, en 1258, de vouloir bien leur donner le château de Vauvert, ce qui leur fut facilement accordé.
Us en prirent immédiatement possession et s'y installèrent, puiâ, en 1260, ils bâtirent une superbe église attenante au château, sur les plans du célèbre Pierre de Montreuil, et modifièrent sensiblement la disposition des bâtiments du château, en y construisant des cellules avec l'argent que les libéralités royales et celles des particuliers ne cessaient de leur fournir.
Le monastère quifut à plusieurs reprises agrandi et restauré, avait une entrée sur la rue d'Enfer, une longue avenue plantée d*arbres y condui- ^t.
Deux cloîtres, le grand et le petit, étaient entourés d'appartements composés chacun de deux ou trois pièces avec un jetrdin.
On comptait dans ces cloîtres quarante-deux logements de ce genre.
L'église était admirablement décorée de tableaux de maîtres, Goypel, Philippe de Champagne, BôuUongne, Andran, Corneille, Jouvenet, Jean le Romain, de la Fosse, etc.
Plusieurs personnes de haut rang y furent inhuaiées, Pierre de Navarre, Philippe d'Harcourt, Louis Stuard, etc., etc.
« La maison des chai*treux de Paris, dit Dulaure, était une des plus riches de l'ordre. Ses bâtiments et son enclos avaient en superficie environ 60,450 toises carrées. Cet enclos n'était pas dans l'origine aussi étendu qu'il l'a été depuis. Marie de Médicis, pour former le jardin du Luxembourg, acheta plusieurs parties de celui des chartreux et leur donna en échange de vastes terrains situés au delà du chemin qui conduisait à Issy. Cette route, ancienne voie romaine, passait autrefois devant l'église de ce couvent ; elle fut alors détournée et comprise dans l'enclos de ces religieux. Il n'en reste plus aucune trace. Cette vaste clôture placée dans l'intérieur de Paris gênait la population environnante, rendait les communications difficiles et faisait depuis longtemps désirer l'éloignement de ses propriétaires. Elle est aujourd'hui en partie occupée par deux pépinières. »
Les chartreux furent supprimés en 1790, l'église et les cloîtres furent démolis.
Le 27 germinal an YI, le conseil des Anciens, statuant sur le plan général proposé pour l'emploi des terrains formant l'ancien domaine des chartreux, décida qu'il serait formé une place, que des rues seraient tracées. On perça les rues de l'Est et de rOuest ; quant â la place, elle ne fut pas exécutée; sur d'autres parties de terrains on construisit des ateliers d'armes, et le reste fut réuni au jardin du Luxembourg.
Vingt-cinq tableaux sur bois, peints par Lesueur
en 1648 et représentant la vie de saint Bruno, fondateur de l'ordre des Chartreux, qui se trouvaient dans le monastère, furent transportés dans la galerie du Luxembourg, puis de là au musée du Louvre
La rue Sainte-Croix-de-la- Breton nerie dut son nom à des religieux de Bretagne qui, connaissant la facilité avec laquelle le roi accueillait les moines de quelque côté qu'ils vinssent, arrivèrent à Paris en 1258, ainsi que le constate un historien de cette époque qui s'exprime de la sorte, en parlant de ces nouveaux venus :
a Revint une autre manière de frères qui se faisoient appeler frères de Sainte-Croiz et portant la croiz devant leur pis (poitrine) et requistrent au roi qu'il leur aidast. Le roi le fist volontiers et les herbergea en une rue appelée le carrefour du Temple qu'ore est appelée la rue Sainte-Croiz. »
C'était des chanoines réguliers qu'on appela aussi Porte-Croix et Croiziers.
Saint Louis leur donna une maison qui lui appartenait et ajouta à ce don quelques autres immeubles qui étaient la propriété de Robert de Sorbon, à qui il les échangea contre d'autres, ainsi qu'on le voit par une de ses lettres datée de février 1258.
Ces religieux se maintinrent longtemps dans cette demeure à laquelle ils avaient annexé une église qu'ils firent bâtir sur les dessins de Pierre de Montreuil. Elle était ornée de tableaux de prix et de riches monuments funéraires.
En 1518, on remarqua que les chanoines de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie s'étaient relâchés de leur première observance et une enquête fut ordonnée par arrêt du parlement du 9 août. Son résultat ne fut pas favorable aux religieux ; néanmoins, après quelques modifications apportées à leur règle, il n'en fut plus parlé, mais sous le règne de Louis XIII de nouveaux désordres furent signalés et le cardinal de La Rochefoucauld jugea à propos d'introduire une réforme complète dans le couvent.
Il s'y prit maladroitement et échoua contre l'esprit de corps, des moines qui voulurent bien se soumettre à une réforme, à la condition de l'opérer eux-mêmes et pour cela? ils embrassèrent la règle de saint Augustin.
Supprimés en 17D0, le couvent et Téglise dans laquelle avait été inhumé Barnabe Brisson second président au parlement de Paris, qui fut pendu le 15 novembre 1591, furent vendus le 19 avril 1793.
Des maisons particulières furent édifiées sur leur emplacement et on y établit un passage.
Les jurés crieurs pour les inhumations eurent leur réunion dans le couvent de Sainte-Croix-dela-Bretonnerie.
Le collège des trésoriers fut fondé en 1268 par Guillaume de Saône trésorier de l'église de Rouen en faveur de vingt-quatre boursiers dont douze écoliers en théologie et douze dans les arts* Ca
il6
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
collège ne comptait plus que quatre boursiers, lorsqu^il fut réuni à TUniversité, en exécution de lettres patentes du 21 novembre 1763.
Son fondateur lui avait fait don d'une rente de 120 livres 17 sous pour la nourriture et l'entretien des écolierS; ce qui donnait à chacun d'eux trois sous par semaine.
Les bâtiments qui contenaient en superficie 704 mètres, devinrent propriété nationale en 1790 et furent vendus le 18 octobre 1806.
Saint Louis qui fit tant pour les maisons religieuses ne pouvait oublier THôtel-Dieu.
Il s'en montra, sinon le véritable fondateur, du moins le restaurateur et le plus puissant protecteur.
La charité qui s'exerçait dans cet hôpital y attirait tant de malades, que les bâtiments primitifs étaient devenus tout à fait insuffisants. Le roi en fit bâtir de nouveaux et augmenta les revenus de Thôpital, par cent livres de rente qu'il lui accorda.
Il rendit aussi rente perpétuelle un don de 2,200 livres parisis, de soixante-trois muids de blé et de soixante-huit mille harengs que les rois ses prédécesseurs accordaient chaque carême à l'HÔtel-Dieu. La lettre établissant cette rente, datée d'octobre 1260, fut déposée à l'hôpital afin de pouvoir la représenter à ceux de ses successeurs qui refuseraient de payer.
Non seulement le roi, mais des particuliers se faisaient un devoir de donner à l'hôpital et l'esprit de charité qui avait présidé à la formation des confréries et des corps de métiers introduisit dans r Hôtel-Dieu un usage qui se perpétua jusqu'à Tabolilion des jurandes.
On lit dans le Livre des métiers, titre IX, rédigé par le prévôt de Paris :
« Nul orfèvre ne peut ouvrir sa forge le jour de la fête de l'un des douze apôtres, si cette fête ne tombe pas le samedi, à l'exception de la boutique que chacun ouvre à son tour, ces fétes-là et le dimanche. Et tout ce que gagne celui quia boutique ouverte ce jour-là, il le met dans le tronc de la confrérie des orfèvres, dans lequel tronc on met les aumônes que font les orfèvres à mesure qu'ils vendent ou achètent des marchandises de leur métier; et avec l'argent que renferme ce tronc chaque année, le jour de Pâques, on donne à dîner, aux pauvres de l'Hôtel-Dieu de Paris. »
Ce fut en 1248 que la restauration et l'adjonction de nouveaux bâtiments se firent sous la conduite de l'architecte Pierre de Montreuil, et ce fut la régente Blanche de Castille qui surveilla les travaux en l'absence du roi qui partit pour la Palestine ; ce fut à son retour qu'il exempta l'hôpital de toute contribution, droits d'entrée et de péage par terre et par eau et qu'il lui conféra le droit de prix qui lui appartenait (ce droit consistait pour les rois, princes et grands officiers de
la couronne, à fixer eux-mêmes le prix des denrées qu'ils achetaient).
Mais nous avons longuement détaillé tous les établissements civils et religieux que vit éclore ce règne ; passons à un autre ordre de faits.
Une des ordonnances de 1254 était relative au guet de Paris. Les bourgeois avaient supplié le roi de leur accorder la permission de faire le guet pendant la nuit et les gens de tous les métiers s'étaient engagés à le faire à tour de rôle; Louis IX les y autorisa, tout en maintenant le guet royal commandé par un chevalier du guet.
Le roi ordonna que le chevalier du guet et ses hommes marcheraient toutes les nuits dans les rues de Paris, visiteraient le guet des bourgeois et lui prêteraient main forte en cas de besoin.
Mais bientôt les gens de métier qui avaient tout d'abord été ravis de jouer au soldat, se lassèrent de cet exercice qui les obligeait à passer la nuit hors de leurs logis et ce fut à qui troaverait un prétexte pour s'en exempter.
Il fallut plusieurs arrêts du parlement pour contraindre certains corps de métier à faire le guet
Et cependant le nombre de ceux qui en étaient exempts était considérable.
En étaient dispensés : les boiteux, les l'ous, les maris dont les femmes étaient en mal d'enfant, les sexagénaires, les maîtres de métiers, les bourgeois non marchands, les mesureurs de la ville, les notaires, procureurs et avocats, les artisans appartenant aux corporations des monnayers, brodeurs de soie, courtepointiers, vanniers et corbeillers, peintres, imagiers, chasubliers, selliers, libraires, parcheminiers, enlumineurs, écrivains, tondeurs de draps, tailleurs de pierres, bateliers, étuvistes, vendeurs d'anges, d'écuelles et échelles, verriers, faiseurs de chapeaux et de bonnets, archiers, haubergiers , [buffletiers, oubliaiers (marchands de pâtisserie), écorcheurs, apothicaires, calendreurs, orfèvres et tapissiers.
Quant aux bouchers, marchands de merraios et sauniers, ils étaient exemptés du guet, à la condition de payer annuellement trente sous de redevance.
Les tonneliers ne devaiBnt le guet que de la Madeleine à la Saint-Martin d'hiver et ils donnaient en outre une journée de travail.
Naturellement, lorsqu'on vit tant d'exemptions se produire, ce fut à qui demanderait à en bénéficier et on mit le même empressement à ne pas monter sa garde qu'on en avait montré pour être incorporé dans le guet.
Les tailleurs prétendirent que les grandes robes qu'ils étaient obligés de confectionner pour les gentilshommes les obligeaient à travailler de nuit comme de jour, les foulons représentèrent qu'ils n'avaient pas guetté pendant tout le temps que le roi était outre-mer, ce qui dénotait implicitement qu'ils n'étaient ps^s soumis au guet; les
. VOL D'OISEAO