‹ Paris à travers les sièclesChapitre 6 sur 32 · LE MONASTERE DES CHARTREUX · texte numérisé non relu

LE MONASTERE DES CHARTREUX

DE LA nUE D'BNFEP

BaiDt Louia allait le mettre ftu pied d'uD cbCue, et tous ceux qui avalent affaire à lai, venaient lui parler pour obtenir jnitice. (Page 113, col. 3.)

drapiers alléguèrent d'excellentes raisons pour rester chez eux.

Bref, il fallut que le parlement s'en mÈlit et condamn&t ceux qui réclamaient à tort.

Alors, ce furent les habitants de la seigneurie

i de l'évêque de Paris qui se retranchèrent derrière leur qualité de justiciables de l'évêque, mais déjà les droits épiscopaux n'avaient plus la même force que jadis, et les réclamants en furent pour leurs réclamations.

HISTOIRE NATlONALB DE PARlÔ Et DES PARISIENS

On fat bientôt obligé de se reposer presque uniquement sur le service du guet royal, commandé par le chevalier du guet.

Et cependant ce n*était pas qu'il fût composé d*boinmes bien recommandables.

Parfois, les sergents du guet, sous prétexte de protéger la population, la dévalisaient. Ce fut ainsi que peu de temps avant que Louis IX partit pour la Croisade, trois sergents du Ghâtelet s*en allèrent un jour par les rues soi-disant pour les besoins de leur service, mais en réalité afin de profiter des occasions que le hasard pourrait leur fournir pour voler la bourse de quelque honnête bourgeois.

Or, ayant avisé un clerc qui regagnait son logis, nos trois sergents fondirent sur lui et le dépouillèrent de ses vêtements, au moment où il allait rentrer dans sa maison.

Le jeune homme, qui n*avait plus que sa chemise, résolut de tirer vengeance de ses voleurs ; il ouvrit la porte de sa chambre où Tattendait un garçonnet à qui il commanda de s'armer d*un vieux sabre recourbé, puis se saisissant lui- mémo d'une arbalète, sans prendre même le temps de se vêtir, il courut tout en chemise suivi de Tenfant, sur la trace de ses voleurs qull ne tarda pas à joindre.

« Quand il les vit, raconte Joinville, Thistorien de la vie de saint Louis, il les escria et leur dit que ils mourraient. Le clerc tendit Tarbalète et trait et en feri Tun parmi le cuer (cœur) et les deux touchèrent à foie ; et le clerc prit le fauchon (sabre recourbé en forme de faulx) que Tenfant tenoit. Et les ensui à la lune qui estoit belle et clère. L'un en cuida passer par issi une soif (une haie) en un courtil gardin) et le clerc fîert du fauchon et li trancha toute la jambe en tele manière que elle ne tint que à Festival (à la botte) ; le clerc rensui Tautre, lequel cuida descendre en une estrange meson là où gent veilloient encore; et le clerc feri du fauchon parmi la teste, si que il le fendi jusque es dens. Le clerc monstra son faict au prévost voisin de la rue et puis s'en vint mettre en prison. »

Les trois cadavres furent apportés au palais du roi et saint Louis à l'issue de la messe alla les voir et fit amener le clerc en sa présence; puis, après s'être fait expliquer ce qui s'était passé :

« — Sire clerc, fist le roy, vous avez perdu à estre prestre par vostre proesce, et pour vostre proesce, je vous retieng à mes gages, et en venez avec moy outre-mer. Et ceste chose vous foiz-je encore parceque je veil bien que mes gents voient que je ne le soustendrai en nulles de leurs mauvestié^.

« Quand le peuple qui là estoit assemblé oy ce,

ils se escrièrent à notre Seigneur! et le prièrent

que Dieu li donnast bonne vie et longue, et le ra-

menast à joie et à santé. »

On sait que saint Louis aimait à rendre la jus*

tice et que « maintes fois, dit le même historien, ai vu que le bon saint, après qu'il avait ouï messe eh été, il se allait esbattre au pied d*un chêne et nous faisoit asseoir tout emprès lui et tous ceux qui avoient affaire à lui venoient à lui parler, sans que aucun huissier ne autre leur donnast empêchement » .

A propos de cette justice, il se passa en 1256 un fait assez curieux :

Deux faux monnayeurs avaient été arrêtés à Yilleneuve-Saint-Georges ; au mois de mai ils furent pendus à Paris, dans la justice de Saint- Germain-des -Prés.

La justice du roi réclama leurs cadavres et prétendant qu'ils étaient ses tributaires, elle les fit pendre à nouveau.

Le parlement s'émut de ces deux pendaisons;

une assemblée fut tenue à Melun pour juger cette

importante affaire, et les deux faux monnayeurs

' furent pendus une troisième fois, par arrêt du

parlement.

Les abbés de Saint-Germain-des-Prés ne plaisantaient pas sur leurs droits : chaque année le maréchal de France (car alors il n'y en avait qu'un) recevait le 28 mai, jour de la Saint-Germain, de l'abbé et des religieux de Saint-Germaindes-Prés, douze pains, douze setiere de vin et douze sous parisis; mais de son cêté, le maréchal était tenu de marcher devant l'abbé, un bâton blanc à la main pendant la procession et la messe.

Les gens de Ghaillqt devaient apporter à l'abbé tous les ans le jour de l'Ascension deux grands bouquets et six petits, un fromage gras fabriqué avec le lait des vaches qui paissaient dans l'île Maquerelie (île des Cygnes).

Mais laissons de côté ces puérilités.

Grande liesse à Paris en 1265; le roi d'Angleterre qui était en Gascogne, avait fait demander à Louis IX la permission de traverser Paris pour retourner dans ses États. Non seulement le roi de France la lui accorda, mais il voulut lui faire une réception brillante et il donna à Henri III le choix d'être logé au palais ou dans la maison du Temple que les chevaliers de l'ordre avaient magnifiquement aménagée.

Henri choisit le temple « à cause du grand nombre d'appartements » qu'il contenait.

Tout le peuple alla voir l'entrée du roi d'Angleterre et examiner curieusement la suite de ce monarque.

C'était la première fois qu'on assistait à pareille fête.

Louis IX fit décorer avec des boucliers la plus belle salle du Temple et offrit à son hôte un festin si splendide, qu'un historien contemporain le met au-dessus des fêtes les plus célèbres de l'histoire !

« Le roi de France était assis entre le roi Henri et Thibaut II roi de Navarre, la comtesse

de Provence, mère de deux reines et de deux femmes des frères des deux rois, se trouva avec ses quatre filles à ce repas » où assistèrent douze évêques et vingt-deux ducs ou barons !

Nous avons parlé plus haut des corporations de métier, il est temps d'y revenir.

Mais d*abord, rappelons que ce fut par Louis IX que l'administration municipale de Paris fut organisée et qu'en 1254, il nomma prévôt de Paris Etienne BoÛeau ou Boislève, dont plusieurs témoignages contemporains attestent le zèle et l'intégrité.

On rapporte qu'il fit pendre un sien filleul, parce qu'on disait qu'il ne pouvait s'empêcher de voler; ainsi qu'un «sien compère, » qui avait nié un dépôt.

Il s'appliqua d'abord à punir les auteurs des crimes qui se commettaient dans Paris. Jusqu'alors, les prévôts fermiers avait tout vendu, jusqu'à la liberté du commerce, et les impôts sur les denrées étaient excessifs ; il remédia à l'un et à l'autre.

Il rangea tous les marchands et artisans en différents corps de communautés sous le titre de confréries ; il en dressa les premiers statuts et en établit les premiers règlements. « Ce qui fut fait avec tant de justice et une si sage prévoyance, a dit le président Hénault, que ces mômes statuts n'ont presque été que copiés ou imités dans tout ce qui a été fait depuis pour la discipline des mêmes compagnies, ou pour l'établissement des nouvelles, d

Ces corporations de métiers furent fixées pour Paris à cent, et voici dans quel ordre il les rangea:

Les talmeliers (boulangers), les meuniers du Grand-Pont, les blatiers (marchands de grains en gros), les mesureurs de blé, les crieurs de Paris, les jaugeurs, les taverniers, les cervoisiers (brasseurs), les regrattiers de pain, de sel, de poisson de mer et de toutes autres denrées, hors poisson d'eau douce (les regrattiers d'alors remplaçaient à la fois les fruitiers et les épiciers d'aujourd'hui), les orfèvres, les potiers d'étain, les cordiers, les ouvriers de toutes menues œuvres d'étain et de plomb, les fèvres (ouvriers en fer, maréchaux ferrants, faiseurs de vrilles de greffes (fermetures) et haumiers, les couteliers, les serruriers, les bottiers, les batteurs d'archal, les faiseurs de boucles en fer, archal, cuivre et laiton, les tré- Gliers de fer, les tréfiliers d'archal, les cloutiers, leshaubergiers (fabricants de cottes démailles en fer, les patenôtriers d'or et de cor (les fabricants de chapelets), les patenôtriers d'ambre et de gest, les cristalliers, les batteurs d'or et d'argent à filer, les batteurs d'étain, les batteurs d'or et d'argent en feuilles, les laceurs de fil et de soie, les fillaresses (fileurs) de soie à grands fuseaux, les fillaresses de soie à petits fuseaux, les crépiniers 4e fil et de soie, les pavrières de tissus de soie,

les couturiers de fil, les ouvriers en draps de soie et en velours, les fondeurs et les mouleurs, les fremaillers de laiton (ceux qui fabriquaient les fermoirs pour les livres), les faiseurs de bouclettes (petites boucles) à souliers, les tisserands pour chapeaux de soie, les lampistes, les barilliers (tonneliers), les charpentiers, les maçons, tailleurs de pierres, plâtriers et morteiiers, les escuelliers (fabricants d'écuelles), les tisserands de langes, les tapissiers de tapis sarrasinois (c'est à-dire d'Orient), les tapissiers de tapis notrez (communs), les foulons, les teinturiers, les chaussiers (culottiers), les tailleurs dérobes, les liniers (marchands de lin), les marchands de chanvre, les chanevassiers (fabricants de canevas), les épingliers, les imagiers tailleurs et ceux qui taillent (sculptent) les crucifix, les peintres et tailleurs d'images (sculpteurs), les huiliers, les chandeliers de suif, les gainiers, les garnisseurs de gaines et faiseurs de viroles, de chevilles et de gaines de laiton d'archal et de cuivre, les pingniers et les lanterniers, (les pingniers mettaient aux lanternes des tablettes de cornes qui remplaçaient le verre), les cuisiniers, les poulaillers (marchandsde volaille), les déiciers (fabricants de dés à jouer), les boutonniers et les déiciers d'archal de cuivre et de laiton (dés à coudre), les étuvistes (baigneurs), les potiers de terre, les merciers, les fripiers, les boursiers et braiers (fabricants de bourses et caleçons, culottes), les peintres et selliers, les chapuiseurs (fabricants de la charpente en bois des selles), les blasoniers (garnisseurs de cuir), les lormiers (fabricants de freins, rênes, mors), les corroyeurs, les cordonniers, les cavetonniers (cordonniers en basane), les savetiers, les corroiers (fabricants de courroies),les gantiers, les feiniers (marchands de foin), les chapeliers de fieurs, les chapeliers de feutre, les chapeliers de coton, les chapeliers de paon (plumassiers), les fourreurs de chapeaux, les feseresses de chapiaux d'orfrois (les marchandes de modes), les archers, les pêcheurs, les poissonniers d'eau douce, les poissonniers d'eau de mer.

Jetons maintenant un coup d'oeil sur la situation faite au moyen âge aux travailleurs, artisans, ou gens de métiers à Paris.

A cette époque, pour avoir le droit d'exercer un métier, on payait une somme soit au seigneur s'il existait une justice seigneuriale dans le quartier, soit aux gens qui étaient titulaires du droit de l'exercer par délégation du roi.

G'est-à dire que le roi faisait don ou cession d'un métier à un homme de sa cour qu'il voulait favoriser, et celui-ci cédait, moyennant finance, à des artisans l'exploitation de ce monopole.

C'était à peu près ce qui se passe de nos jours pour les bureaux de tabac qui sont donnés à des veuves d'officiers, etc., avec autorisation de les affermer.

Ainsi les boulangers relevaient du grand pa-

ncticr, les marchands de vin du grand éohanson, les forgerons du maréchal du palais, elc.

Ces grands officiers, non seulement avaient le droit d'autoriser et de vendre Texercice du métier, mais encore, ils en conservaient la surveillance.

Cependant, comme bourgeois, les artisans étaient soumis à la juridiction du prévôt de Paris; c'était devant lui que les métiers portaient leurs contestations et ils s'adressaient au roi lorsqu'il s'agissait de faire reconnaître ou sanctionner leurs droits.

Le prévôt étienne Boileau dans son Livre des métiers réglementa les statuts des cent corporations qui furent gouvernées par un ou plusieurs syndics que l'on désignait indifféremment, sous les noms de prud'hommes, jurés, gardes du métier.

(( Ils étaient nommés, lisons-nous dans ïf/istoire des corporations françaises, par le prévôt de Paris ou choisis et élus par leurs pairs, et formaient sous le nom de syndicat ou de jurande, le pouvoir dirigeant de leur corporation respective. Ils jugeaient les différends qui s'élevaient entre ses membres, leur infligeaient des amendes et d*autres punitions en cas de contraventions aux statuts du métier. C'étaient eux qui recevaient les apprentis et veillaient au contrat passé entre ceux-ci et le maître chez qui ils entraient et dans l'atelier duquel ils devaient rester depuis une jusqu'à huit et dix années. »

Les enfants des maîtres étaient dispensés de cette formalité; on supposait que le fils d'un maître, élevé dans la profession de son père, faisait un apprentissage naturel.

C'étaient ausd les syndics qui présidaient à l'admission dans la maîtrise de l'apprenti qui avait fait son temps, jugeaient le chef-d'œuvre que celui-ci était tenu de produire et recevaient son serment qui consistait à jurer sur saint, « qu'il garderait le métier bipn et loyalement».

Dès qu'il était reçu, le nouveau maître payait au roi de 5 à 30 sols (c'est-à-dire 2oà i60 francs), et donnait en outre un banquet à ses confrères et aux syndics qui l'avaient reçu. De maître à compagnon il y avait une grande différence.

Le maître, admis dans la corporation, travaillait pour son compte, c'était interdit au compagnon; celui-ci après avoir fini son apprentissage et n'ayant pas le moyen de faire les dépenses nécessaires pour être reçu maître, travaillait chez les autres et il lui était interdit quel que fût son talent, de rien produire pour son compte personnel, sous peine devoir son œuvre confisquée et vendue au profit du roi, des syndics et du dénonciateur et en outre, de payer une amende.

« Tout était minutieusement réglementé dans la vie de l'artisan.

« Les heures mêmes, dit M. Mazaroz, que l'on pouvait consacrer au travail, étaient, dans une

foule de métiers, réglementées et restreintes. On devait cesser le travail avec le jour et il était interdit à beaucoup d'ouvriers, « d'ouvrer à la lumière quar la clarté de la nuit n'est mie sou fisant & fère le mestier » . Il est bien entendu que l'on chômait les dimanches et fêtes. Le samedi, maîtres et apprentis déposaient leurs outils au dernier coup de vêpres de la paroisse; les autres jours ouvrables, le travail prenait fin au premier son de l'angelus à Saint-Merry ou à Notre-Dame et le silence se faisait partout, excepté chez les barilliers. Quant à ceux-ci, c'était autre chose, ils confectionnaient les fûts qui devaient contenir les vins fins des « riches homes et des haus homes » et ils étaient dès lors entièrement libres de se livrer a leur bruyant métier les dimanches, voire lés grandes fêtes.

Les statuts portés au livre des métiers eurent longtemps force de loi et les corporations furent très utiles aux rois pour la perception de la taille, néanmoins on ne tarda pas à apporter des améliorations à la condition des apprentis et des compagnons; Philippe le Bel supprima les longs services et les rétributions auxquels les maîtres assujettissaient les apprentis; en 1358, le régent Charles reconnut dans une ordonnance que les règlements corporatifs étaient faits plus en faveur et profit des personnes de chaque métier que pour le bien commun.

En efïet, les longs apprentissages avaient été rétablis, les rétributions pécunaires avaient été de nouveau imposées aux apprentis, et les maîtres ne cherchant que leur avantage personnel, faisaient tous leurs efforts pour exclure des marchés de Paris les marchands et les artisans non immatriculés.

Ce qu'il est bon de remarquer, c'est le soin méticuleux que les syndics prenaient pour empêcher la fraude dans la fabrication, et des peines sévères étaient édictées contre tout marchand ou fabricant qui employait de mauvaise marchandise.

A l'amende, le cordonnier qui se servait de peau de brebis, ou de chien tanné, en place de bonne et fine basane d'Auvergne ou de Provence.

A l'amende, celui qui vendait une pelote de^ fil de chanvre, mêlé à du fil de lin.

A l'amende, l'orfèvre qui mêlait des perles d'Ecosse aux perles d'Orient.

Ces traditions de loyauté dans la fabrication des objets de toute nature furent longtemps l'honneur de l'industrie et du commerce parisiens. Hélas ! que sont-elles devenues !

Lorsqu'en juin 1467 Louis XI arma les Parisiens pour les passer en revue en septembre, il imposa à tout habitant de Paris l'obligation de faire partie d'une corporation, et il exigea que tout nouveau venu dans la capitale ne pût y séjourner plus de deux mois, sans se faire recevoir dans l*une d'elles.

L'ooiiual (leTalt taire quelques cdbriolei pour piyer ion entrée. [Page 123, col. 2.)

Nous verrons sous les successeurs de Cliarles YÏU les corporations englober non seulement tous les marchands et fabricants, mais «il n'y eut plus une industrie, un métier, un labeur, une occupation, un gagne pain, quelque modeste et hamble qu'il fût, qui eût le droit d'exister en dehors de ce cercle infranchissable. Tout métier, tout art, reçut ses statuts qui le mettaient en jurande, et quiconque voulut vivre de ce qu'il savait faire, fut tenu d'entrer dans une communauté et de payer ses droits de réception, m

Quant k ceux qui ne pouvaient pas payer, il fallait qu'ils s'arrangeassent pour vivre sans travailler— et sans manger.

Les corps marchands furent formés par la réunion des maîtres des six commerces principaux de Paris : pelletiers, drapiers, merciers, bonnetiers et orfèvres.

Les drapiers de Paris étaient en possession de statuts datant de 1188, et qui leur avaient été concédés par Philippe-Auguste et plus tard ils formèrent le premier corps, à lasuite d'une cérémonie à laquelle le corps des pelletiers ne se Liv. 16

trouva pas présent quand on fut prêt à se mettre en marche, le prév6t des marchands commanda te corps des drapiers pour marcher k la place de celui des pelletiers et depuis les drapiers se maintinrent toujours au premier rang. Ils habitaient la rue de la Draperie, depuis nommée rue de Constantine.

Leurs maisons étaient exemptées de la taille.

Ils possédèrent la halle aux draps dont ils nommaient le garde et'les vingt-quatre courtiers et auneurs de drap de Paris ; ils portaient pour &rinoiriestrazttr(b\ea)auvax3seaud'argenlvoguant sur une onde de sinople (vert).

Le troisième corps, celui des merciers, était le plus nombreux ; lorsqu'on le verra plus loin, Henri U passa une revue des gens de pied de Paris, il trouva sous les armes plus de 3,000 merciers. Leur bureau était rue Quincampoix, ils avaient pour armoiries de sinople, au tnleil d'or accompagné de trois nefs d'argent, à la bannière de France.

Les statuts et règlements des merciers ne datent que de 1407, époque k laquelle ces mar-

lââ

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

chands furent réunis en jurande, mais déjà, sous Gharlemagne, il y avait un roi des merciers, premier officier qui veillaitauxintérêtsducommerce. Il résidait à Paris, mais il avait des lieutenants dans les principales villes pour faire exécuter ses ordres et exercer la juridiction qui lui était attribuée.

Le roi des merciers donnait des lettres de maîtrise et des brevets d'apprentissage, pour lesquels on lui payait des droits assez élevés ; il présidait à la vériGcation des poids et mesures et à Texamen des ouvrages et des marchandises.

Il faut croire que l'exercice de cette charge engendra de nombreux abus, car François I®' et ses successeurs firent tous leurs efforts pour l'abolir. Enfin ce fut Henri IV qui, en 4597, supprima le roi des merciers avec ses lieutenants et ses officiers, et cassa en même temps toutes les lettres de maîtrise ou d'apprentissage que cet officier avait données ou fait délivrer en son nom.

Les pelletiers ou marchands de fourrures reçurent en 1183 du roi Philippe-Auguste dix-'huit maisons confisquées sur les juifs; ces dix-huit maisons étaient situées dans une rue de la Cité qui bordait la rivière et prit le nom de la rue de la Pelleterie ; cette rue fut supprimée lors de la construction du nouvel Hôtel-Dieu, et le Marché aux Fleurs occupe son emplacement. Ce corps était le moins nombreux, il avait pour armes : d'azur, à F agneau pascal d'argent.

Le cinquième, celui des bonnetiers, s'établit dans une maison dépendante du cloître de Saint- Jacques-la-Boucherie ; les armes qui lui furent accordées en 1629 étaient d'azur, à cinq navires d'argent à la bannière de France; en chef une étoile d'or.

Les orfèvres étaient en possession de privilège corporatif dès Dagobert.

' Sous saint Louis ils jouirent d'une prérogative fort importante, celle d'avoir un sceau particulier dans la maison commune du corps, qui était 'située rue des Deux-Portes (aujourd'hui rue des Orfèvres; autrefois elle était fermée par une porte à chaque extrémité ; de là son nom). Leurs armoiries étaient : de gueules à la croix dentelée^ accompagnée aux i et A d'une coupe d'or : aux â et 3 d'une couronne aussi d'or, au chef semé de fleurs de lis sans nombre.

Au xv° siècle, les orfèvres avaient fondé un hôpital dans une maison dite l'Hôtel-des- Trois- Degrés et qui se trouvait sur le territoire de Saint-Germain-l'Auxerrois. Ils. avaient acheté l'immeuble en 1399 d'un de leurs confrères Jean -de la Poterne, ils le firent démolir et établirent idèssus une grande salle avec des lits, au-dessus -on ménagea des logements, et au fond fut con^ ^truite la chapelle. L'évêque de Parisleur permit en 1403 d'y faire célébrer la messe.

-,'Le3 orfèvres, âgés ou infirmes, et les veuves lies marchands orfèvres, étaient spécialement

reçus dans cet hôpital qui, bien que bâti tout en bois, dura un siècle et demi cependant; en 1550, ces vieux bâtiments étaient dans un état de vétusté tel, que le corps assemblé, décida qu'ils seraient démolis et qu'on élèverait à la place une chapelle en pierres de taille et dans d'autres proportions. La communauté se trouvait alors propriétaire de huit maisons dans le quartier, elle put faire construire un hôpital plus vaste et une chapelle plus importante. En 1566 les nouvelles constructions furent achevées.

La chapelle fut bâtie sur les dessins de Philibert Delorme. On y voyait aussi des sculptures de Germain Pilon. Cet hôpital fut supprimé en 1790 et devint propriété nationale ; une partie des bâtiments et la chapelle furent vendus le 11 brumaire an VI.

Ge qui restait de l'hôpital servit pendant quelque temps de grenier à sel et fut définitivement vendu comme propriété de TÉtatleô janvier 1818. .Jusqu'à la révolution de 1789, les corps de marchands furent administrés par six maîtres et gardes, choisis parmi les plus honorables, chargés de faire observer les statuts et de veiller à la conservation des privilèges.

Dans les cérémonies publiques et dans l'exercice de leurs fonctions, ils portaientla robe de drap noir à collet et manches pendantes, avec parements et bordure de velours de même couleur.

G'était la robe consulaire.

Les honneurs destinés à la bonne bourgeoisie leur étaient réservés.

Ils étaient marguilliers, commissaires des pauvres, administrateurs des hôpitaux et rendaient la justice consulaire.

Les trente-six gardes s'assemblaient chaque fois qu'ils le jugeaient nécessaire.

Le grand garde de la draperie convoquait les assemblées, les présidait, et les résolutions étaient prises à là majorité des voix et transcrites sur le registre des délibérations qui se conservait dans les archives du bureau des six corps.

Ghaque corps particulier avait sa maison commune et son bureau.

Les changeurs habitaient d'abord le Pont-au- Ghange ; ils en furent chassés par le prévôt de Paris en 1331 ; leur corps s'afi'aiblit peu à peu et ce furent les chapeliers etles fabricants de poupées qui prirent leur place dans les boutiques du Pontau-Ghange. En 1514, ils se laissèrent complètement déchoir et cessèrent de faire partie du corps des marchands.

Après les six corps qui se trouvaient à la tête du commerce venait parmi les principales corporations celle des épiciers qui avaient leur maison commune au cloître Sainte-Opportune; elle était composée des épiciers et des apothicaires et jouissait de la prérogative de visiter les poids et balances dans les maisons, boutiques etmagasiojy de tous les marchands et artisans de Paris.

' Lies épiciers avaient été réunis en commu-? nauté dès 1180.

Les boulangers étaient réunis en confrérie dès le rè^nede Piiilippe-Auguste ; un éditde 1217 interdit à tous autres qu'aux boulangers de Paris de vendre du pain à Pontoise.

Sous Louis IX, les talemeliers ou boulangers, après quatre ans d'apprentissage, pouvaient obtenir la maîtrise, en payant une somme d'argent au grand pannetier, qui avait le titre de maître des talemeliers.

Il n'y avait que cette profession qui eut un cérémonial particulier pour la maîtrise.

Le récipiendaire portait dans la maison du maître des talemeliers un pot rempli de noix et de nteules (pâtisserie) et jetait le pot contre le mur ; après quoi le maître et les valets ou compagnons du métier entraient et recevaient à boire de la part du chef du métier.

Il était interdit aux talemeliers de Paris de cuire les dimanches et les jours de fête.

G*est aussi au xm" siècle que remonte l'établissement de la première corporation de pâtissiers ; ce fut celle des oubliers ou oublayers qui faisaient des gaufres, des nieules et une pâtisserie légère appelée oublie (sorte de plaisir) et qu'on criait par les rues.

Le roi avait son oublier d'office.

C'était un personnage assez considérable de Toffice royal, puisque dahs la maison de Louis IX, il avait droit à un cheval et à une ration de fourrage.

Les moulins pour moudre le grain étaient amarrés sous le Grand-Pont. Les boulangers cuisaient chez eux depuis qu'ils n'étaient plus obligés de cuire aux fours banaux ou seigneuriaux. Gependantles abbayes de Saint-Germain, de Saint- Marcel , de Saint-Marlin, continuaient chacune d'avoir un four banal, où les habitants venaient cuire.

Les gantiers reçurent aussi des statuts de corporation sous Philippe-Auguste et le règlement d'Etienne Boileau les modifia peu.

On sait comment la grande boucherie fonctionnait aussi sous le règne précédent et ce commerce était le domaine exclusif d'un petit nombre de familles réunies en société.

Les lapidaires reçurent leurs statuts sous Louis IX; on les appelait alors estailliers.

On verra dans le cours de cette histoire l'importance que prirent les corps marchands qui furent investis du privilège, alors considérable, de porter le dais sur les rois, les reines et les princes qui faisaient leur entrée publique à Paris.

Non seulement Etienne Boileau donna des lois aux corporations des métiers, mais ce fut à son instigation que furent rendues les ordonnances contre les vagabonds , les voleurs et les prostituées, si nombreux dans la capitale.

Ce fut lui qui, pour l'entretien du pavage et l'a-

mélioration de la viabilité, institua un vpyer. Ce fut Jean Sarrazin qui fut chargé de cette fonction, elle lui donnait aussi mission de surveiller l'exécution des ordonnaces relatives aux industriels et aux marchands. 11 recevait un mets de redevance de chaque boucher nouvellement installé. Il avait annuellement deux faix de paille de chaque grainetier, deux livres de chandelles de chaque chandelier, douze deniers de chaque basanier vendant des petits souliers, un fromage de chaque fromager, deux chapeaux de chaque chapelier, etc.

Ces redevances n'étaient malheureusement pas les seules que les commerçants dussent acquitter et, soit pour une raison soit pour une autre, les cadeaux à donner aux juges quand on plaidait, aux religieux à titre de don forcé, àcer^ tains fonctionnaires, étaient si nombreux que 10 plus clair du bénéfice y passait.

Paris avait alors une physionomie bien différente de celle de nos jours.

C'était au son de la trompette que les Parisiens s'éveillaient et les cloches qui sonnaient dans les nombreuses églises et les non moins nombreux monastères qui existaient sur tous les points de la ville, formaient un carillon incessant. La trompette annonçait l'aube, les cloches sonnaient le couvre-feu et toute la nuit la sentinelle du Ghâtelet sonnait du cor par intervalles ; c'était ce qu'on appelait « corner la guette » .

On dînait à midi.

Onsoupaità six heures, et après le couvre-feu il était défendu de veiller et de se divertir sans la permission du prévôt.

En cas d'alerte, des chaînes étaient tendues dans les rues pour intercepter le passage et, au besoin, on mettait en réquisition les feuresy maré-> chaux et chaudronniers, pour consolider les barrages.

C'était au passage du petit Châtelet que se per* cevaient alors les péages et droits d'entrée dans Paris. Les jongleurs, bateleurs ou baladins devaient payer une taxe relativement assez forte ; saint Louis l'abolit, toutefois il y mit une condition: c'est que le singe du bateleur, dont les tours avaient le privilège d'exciter vivement la curiosité populaire , ferait quelques grimaces et exécuterait quelques cabrioles devant le péâger, avant que son maître pût entrer dans la ville.

C'est de cette coutume qu'est venu le dicton •: payer en monnaie de singe.

Les jongleurs étaient aussi quittes du péage en chantant un couplet.

Bateleurs, jongleurs et ménétriers, qui étaient en fort mauvaise réputation sous Gharlemagné, avaient été sous le règne de Philippe-Augustb bannis du royaume comme les troubadours^ cependant au bout de quelques années ils avaient pu revenir à Paris, mais alors ils formèrent une corporation appelée ménestrandie.

HISTOIRE NATIONALE DE PAHIS ET DES PABISIENS

Le PeUt-Pout, qui fut plus Urd le Pont-au-Chtnga.

u Leurs fonctioDS, dit l'auteur anonyme de l'Abrégé hittorique de ta Ménesirandie, consistaient à faire des tours de gibecière, à faire sauver des singea, à exercer dans les cercles ou devant la populace curieuse les autres fonctions des bateleurs au son des vielles dont ils se faisaient accompagner ».

Jusqu'alors errante et vagabonde, la ménestrandie devint en 1331 une profession comme les autres, ayantses statuts et placée sous la double invocation de saint Julien et de saint Genest.

La confrérie fut approuvée par lettres patentes qui furent scellées au Cb&telet de Paris le 33 novembre delà dite année 1331. I^es confrères

étaient assurés du monopole de la science et musique de ménestrerie, et étaient placés soiisla judiriction spéciale du roi des ménétriers ou prévôt de Saint-Julien et d'un certain nombre de prud'hommes, qui devaient veiller à l'exécution des règlements.

Nul ne pouvait être admis dans la corporation qu'à la suite d'un examen et nous ajouterons que dans l'origine on trouvait un certain nombre de femmes parmi les ménétriers de Paris.

lie 13 septembre 1395 une ordonnance du prcvAt de Paris leur fit défense de rien dire, représenter ou chanter sur les places publiques ou ailleurs, qui pAt causer quelque scandale, à peine

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REINE HÉHOVINGIENNE EN 480

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d'amende, de deux mois de prison et d'être réduiU BU pain et à l'eau. Les jongleurs se séparèrent alors des ménestrels et prirent le nom de bateleurs. Les ménestrels se lièrent entre eux par de nouveaux règlements, qui furent confirmés par Charles VI, le 14avriH407.

Ce fut sous Eaint Louis, nous l'avons dit, que la hanse ou confrérie de la marchandise de l'eau, devint définitivement la municipalité parisienne ; jusqu'alors et depuis environ un siècle, les membres de la confrérie de la marchandise de l'eau étaient appelés échevins jurés, et on donnait à leur chef le nom de prévAt des marchands de l'eau, ou prévôt de confrérie de l'eau.

Pour être reçu bourgeois hanse de Paris, il fallait prêter serment devant les magistrats chargés des affaires de la ville.

Le récipiendaire s'avançaiti la barre et disait : « Je jure de me soumettre à tous les règlements de police et de bonne discipline de la hanse, je jure d'exercer loyalement et avec droiture le fait de la marchandise, d'instruire les magistrats de toutes les fraudes qui pourraient porter préjudice à la hanse et aux autres privilèges de la ville. En cas de contestation, je jure de me soumettre el, sans appel, aux décisions prises par les chefs de la hanse, n

Le corps de la marchandise, par suite de l'importance que n'avait cessé d'avoir le commerce fluvial, avait peu à peu absorbé tout ce qui avait rapport à l'adminislration de la ville et c'est pour cela que l'on considéra les chefs de cette marchandise de l'eau comme les prévôts de tout commerce parisien. Ce fut en 1368 que le chef de la hanse parisienne, Jehan Augier, fut officiellement nommé prévôt des marchands.

Les nombreux privilèges dont jouissait le corps des marchands de l'eau passèrent avec le temps au prévôt des marchands qui acquit successivement l'administration des rentes constituées sur l'Hôtel de Ville, l'ordonnance des cérémonies publiques, l'entretien, la construction des monuments de la ville, le percementdes mes,- etc.

Enfin, il commanda lagarde bourgeoise avecle prévôt de Paris, présida le bureau de la ville composé de quatre échevins, des procureurs du roi, greffier et receveur de Paris, auxquels étaient adjoints vingt-eix conseillers qui exécutaient leurs arrêtés.

Les membres de la hanse tenaient primitivement leurs réunions dans une maison commune, appelée maison de la Marchandise; au XP siècle cette maison prit le nom de Parloir aux Bourgeois; elle était située à la Vallée de Misère entre l'église Sainl-Leufroy et le Ghàlelet, à la place oii s'étend aujourd'hui la place du Ch&telet.

Au xii* siècle, le Parloir aux Bourgeois fut transféré sur la rive gauche près la porte Saint- Michel, entre la place Saint-Michel et la rue

Saint-Jacques ; nous le verrons en 1357, transféré place de Grève dans la Maison aux Piliers et prendre peu de temps après le nom d'Hôtel de Ville.

L'élection du prévôt des marchands se faisait ordinairement le 16 août; les émoluments attachés à cette place étaient considérables ; plusieurs de ceux qui l'occupèrent devaient consacrer une partie des revenus de leur charge aux embellissements de la ville.

Il fallait être né à Paris pour être revêtu de la dignité de prévôt des marchands.

Après la sédition des Maillotins, Charles VI la supprima en 1382.

On compta 14 prévôts de 1268 à 1382; Jean Augier Guillaume Pisdoé, 1276 ; Guillaume Bourdon, 1280 ; Jean Arrode 1289 ; Jehan Popin, 1293; G. Bourdon réélu, 1296; Etienne Barbette, 1298; Guill. Pisdoé réélu, 1304; E. Barbette, 1314; Jean Gentien, 1321; Jean Culdoé et Etienne Marcel, 1355; Jean Desmaret, 1359; Jean Fleury

Philippe-Auguste avait en 1220 concédé moyennant la somme de trois cents livres par an aux marchands de l'eau hanses deParis, la police des crieurs et l'inspection des poids et mesures ; Louis IX fit réglementer le criage, c'est-à-dire la faculté de faire annoncer dans toutes les rues de la capitale le prix, des marchandises de différentes natures, la vente elle loyer des n la perte d'objets et d'animaux, etc.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Les crieurs étaient soumis à la juridiction du prévôt des marchands.

On a vu comment Etienne Boileau avait su donner à la prévôté de Paris un éclat qui lui avait manqué jusqu*a] ors, aussi Louis IX, fort satisfait de lui, le faisait- il asseoir à ses côtés lorsquUl était au Ghàtelet, pour l'encourager à persévérer dans la voie qu*il suivait, mais ce n'était pas assez ; il fallait aviser au moyen de conserver à cette charge, après Boileau, le lustre qu'elle lui devait et pour cela, le roi en sépara pour toujours la recette du domaine et créa en titre d'office un receveur, un scelieur et soixante notaires qui exerçaient leurs fonctions pour cette recette, sous l'autorité du prévôt qui, après Boileau, fut appelé garde de la prévôté de Paris.

Louis IX tenait à Paris deux ou trois parlements par an.

Celui qu'il tint en 1267, fut un des plus célèbres ; Philippe, fils aîné du roi, un fils du roi d'Aragon, Edmond d'Angleterre et soixante-sept seigneurs y furent créés chevaliers, ce qui occasionna une dépense de treize mille livresque le roi déclara vouloir prendre à sa charge.

L'année suivante, 1268, Renaud de Gorbeil, évoque de Paris, mourut et Etienne Tempier lui succéda; il fit son entrée à Paris porté, selon la coutume, par des gentilshommes feudataires de rÉglisede Paris, MM. de Ghevreuse, de Luzarches, de Montmorency, -de Gombeville, de Tournon, de Montgay et de Torcy.

Ge nouvel évêque fut bientôt mis en demeure d'approuver une taille que le roi demanda à ses sujets, pour entreprendre un nouveau voyage en Terre-Sainte et il eut d'abord l'intention de s'y opposer, mais il finit par y consentir.

Ge fut Louis IX qui le premier imposa la taille aux Parisiens pour s'exempter du service militaire ; son nom lui venait de ce que les colleciours se servaient d'une taille de bois pour marquer les sommes qu'ils recevaient.

, Cet impôt qui ne représentait alors que dixhuit cents livres, devait par la suite des temps, toujours augmenter et se chiffrer par millions !

Cette idée de retourner en Terre-Sainte assiégeait le roi depuis quelque temps ; il se détermina à la mettre en pratique; il Ht son testament, nomma pour exécuteurs testamentaires Etienne, évoque de Paris, l'évéque d'Evreux, les abbés de Saint-Denis et de Royaumont, et deux de ses aumôniers et partit en mars 1270 pour s'embarquer àAigues-Mortes.

Il débarqua en Afrique et mourut de la peste le 25 août de la même année.

Pendant ce règne de quarante-quatre ans, Paris reçut de notables embellissements.

Le XII' siècle avait vu naître l'architecture dite gothique, sous saint Louis elle avait atteint son plus haut degré de splendeur et de majesté ; les églises construites dans le style ogival le plus

par et le plus élégant; donnèrent à la ville une physionomie nouvelle.'

Les arts firent aussi c|es progrès importants ; la sculpture et la peinture abandonnant peu à peu* la rigidité byzantine, prirent une souplesse et une suavité d'expression remarquables.

Les sceaux de l'époque attestent la perfection à laquelle étaient parveauâ les graveurs. Lies écoles plaçaient la musique au nombre des arts les plus cultivés.

Les lettres et les sciences progressaient.

Quant au commerce et au travail des artUans, ils se développaient considérablement.

Au temps des Capétiens, la Seine était restée la principale artère du commerce pari8ien,au xiii* siècle une grande quanti té de marchandées arri vaien t par la route d'Orléans, et trois foires importantes alimentaient et entretenaient le commerce par terre. C'étaient la foire Saint-Germain, la foire Saint- Ladre ou Saint-Lazare et la foire du Landit.

Chaque samedi se tenait aux halles un grand marché où se concentrait le petit commerce de la ville ; ce jour-là beaucoup de fabricants fermaient leurs boutiques et portaient aax halles les produits de leur industrie.

Le Roi affermait souvent le produit de la foire Saint-Lazare, qui fut transférée au marché des Champeaux par Philippe- Auguste ; alors le fermier percevait le droit de vente en usage et de plus, il exerçait ta justice sur le terrain de la foire, tenaitses plaids quatre fois par jours : et C'est à savoir, dit un manuscrit du xiil* siècle, à huit heures du matin, à douze heures, au premier coup de vespres à Saint-Eustache, et aux chan* délies allumans » .

Quiconque faisait défaut à son ajourp ..ment de^ vait une amende de dix-sept sous et demi au profit du fermier.

On pouvait appeler de sa sentence au prévôt de Paris.

Enfin pendant quinze à dix -huit jours^ ce fermier était en quelque sorte le roi des halles.

Pendant cette quinzaine, oh portait dans l'enceinte des halles le poids du roi, c'est-à-dire les balances et les poids déposés dans une maison de la rue des Lombards où on l'employait à constater, moyennant finance, le poids légal des marchandises.

Bien que cette foire eût été transférée aux halles, il se tenait encore sur l'a ncien emplacement de la foire Saint-Lazare une foire qui ne durait qu'une journée, le 11 août. Dès que le soleil était couché, les sergents de la douzaine du roi au Chàtelet, avaient l'habitude de fondre sur les loges des marchands et de tout mettre en pièces.

Ce fut sous Louis IX que l'on vit, pour la première fois, le maître des hautes œuvres de Paris qualifié du nom de bourreau; ce nom lui fut donné, dit-on, parce qu'un clerc ainsi appelé avait obtenu le fief de Bellencombre,à la charge

de pendre lui-même tous les voleurs du canton.

Paris n*a pas eu des femmes bourreaux, ainsi que le prétendent quelques historiens qui se fondent sur une ordonnance de 1264 portant : « Que celui qui aura méfait ou médit, sera battu par la justice du lieu, tout de verges en appert; c*est à savoir si homme par homme*, et la femme par seule femme sans personne d'homme. »

Mais c'était de préférence la femme ou la fille de l'exécuteur qu'on choisissait pour faire subir le supplice de la flagellation à celles qui y étaient condamnées.

C'était d'ailleurs un apprentissage à faire que celui de tourmenteur.

Il fallait que « le bourreau sût faire son office par le feu, l'espée, le fouet, l'écartelage, la roue, la fourche, le gibet, pour traîner, poindre ou piquer, couper oreilles, démembrer, flageller ou fustiger, par le pillory ou eschafaud, par le carcan et par telles autres peines semblables. »

Quand le bourreau venait de faire une exécution sur le territoire de quelque monastère parisien, il avait droit, entre autres rétributions, à une tête de cochon; l'abbé de Saint-Germain lui payait annuellement une redevance de cette espèce ; le jour de Saint-Vincent le bourreau venait à l'abbaye pour assister à la procession ; il y marchait le premier, ensuite une tête de cochon lui était remise en présence de l'abbé.

On sait déjà que tout cochon vaguant, outre ceux des religieux de Saint-Antoine, était saisi par le bourreau qui se faisait livrer sa tête ou cinq sous parisis.

11 percevait aussi une taxe sur les filles de mauvaise vie.

Les religieux de Saint-Martin devaient tous les ans au bourreau cinq pains et cinq bouteilles de vin pour les exécutions qu'il faisait sur leurs terres.

Il avait un droit de havage sur les herbages, légumes verts et céréales que chaque marchand exposait en vente. Pour le grain, la quantité était 'fixée à celle qu'il pouvait tenir dans la main; il percevait lui-même sa redevance et au fur et à mesure qu'un marchand s'acquittait, le valet du bourreau lui faisait une marque sur le dos avec de la craie.

Bientôt ce contact avec le bourreau amena des

émeutes, et il fallut lui interdire cette façon de donner quittance à ses tributaires.

Plus tard, la place du pilori, 41^ carré de la halle, fut entourée de boutiques et d'échoppes qu'il obtint la permission de faire construire et qu'il louait à des marchands en détail de toute espèce de poisson. Le bourreau avait encore droit à la dépouille des condamnés. D'abord, il ne lui fut permis de prendre cette dépouille que jusqu'à la ceinture ; ensuite, il l'obtint toute entière.

A part ces perceptions en nature, il touchait comme émoluments, une somme d'argent fixe par chaque exécution ; au xrv* siècle elle était de quinze sols parisis.

Inutile d'ajouter qu'à cette époque, le bourreau de Paris était un personnage dont la vue seule excitait reff'roi et que les braves bourgeois manifestaient une horreur parfaitement légitime poux les marchandises qu'avait touchées sa main.

Mais ils s'efl'orcaient de la dissimuler ; il fallait si peu de chose pour s'exposer à sentir cette main infâme s'appesantir sur soi !

Et quand on voyait rôder ce personnage sinistre, c'était à qui se hâterait de tourner les talons pour ne pas se trouver en sa présence.

Nous avons omis de signaler la construction de fontaines publiques, qui se fit sous ce règne et sous le précédent, car on ignore la date précise de leur établissement; mais en 4265, il existait au haut du faubourg Saint-Denis, une fontaine qu'on appelait fontaine Saint-Lazare. Saint Louis permit aux Filles-Dieu de mener jusqu'à leur couvent les eaux de cette fontaine qui était alimentée par l'aqueduc de Saint-Gervais (Romainville), construit dans les dernières années du règne de Philippe-Auguste. ,

Les Filles-Dieu profitant de Tautorisation qui leur était donnée, firent alors construire une fontaine à la porte de leur couvent.

La fontaine des Innocents, dont nous reparlerons, et enfin la fontaine des Halles, établie peu de temps après celle des Innocents, recevaient aussi l'eau de l'aqueduc des Prés-Saint- Gervais.

Un autre aqueduc avait été construit antérieurement à lâ44'à Belleville, pour conduire les eaux jusqu'à la fontaine dîi monastère de Saint- Martin-des-Ghamps. Depuis ce fut lui qui alimenta la plupart des fontaines de Paris,

Philippe m. — Pierre de Broi»e au gibet de HoDtfaacon.— LUni- -versiU triomphante. — Philippe le Bel. — Le Juif *t l'hostie.— L« buocbe. — L'Écolier pendu. — Les états ginéraui. — Le Temple. - - Le procès des Templiers. — Leur exécution. — Les titet de la chevalerie. — La tour de Nesle. — Nourrilure et costumes. — tes lieux d'eiècutioD.

. rentrée de Philippe III, âla et successeur de Louis IX, à Paris, en 1271, fut peu brillante. Ce prince ramenait avec lui cinq cercueils :

i ceux de son père, de son frère, de son beau-frère, de sa femme et de son filsl

Le nouveau roi voulut porter lui-même, sur ses épaules, le cercueil de son père depuis Paris jusqu'à Saint-Denis.

Il fut obligé de se reposer plusieurs fois, et en souvenir de cette marque de piété filiale, on fit élever sur le chemin de Saint-Denis, aux endroits

3Ù il s'était arrêté, des croix de pierre qui subsistèrent pendant plusieurs siècles.

Le retour de Philippe en France marqua le terme des croisades, expéditions désastreuses qu'un zèle peu éclairé put seul conseiller et qni coûtèrent à la France des sommes considérables et un grand nombre d'hommes.

Le résultat peu satisfaisant de la dernière causa & Paris, une grande tristesse ; on comprit qu'il fallait travailler à réparer les pertes éprouvées et l'essor imprimé par saint Louis aux constructions d'établissements de tous genres s'arrêta.

Le gibet de MoDilaucon éhût une niaesc de piern lurmoDtAe de teUe pilien. (Page 130, col. 2.]

Peu de changements dans la ville pendant ces quioie années de règne.

E0I274, Gérard, abbé de Saint-Germain -des- Fria, fit faire pour le faubourg Saint-Germain, DU boucherie de seize étaux (dans la rue qui prit 1( oom de rue des Boucheries), & condition que Im boQcbers paieraient dix livres tournois à

f l'ibbé et dix autres à l'abbaye.

\i Qaelqnes écrivains ont cru que ce fut en cette 'nlm année, ou en 1273, que fut élevée la fonlûne des Innocents ; elle existait déjà à cette épo-

i <iat dans la rue au Feurre ou au Fouarre (paille)

, tl 5ai-fut appelée par corruption rue aux Fers. Vais cette fontaine dont il est fait mention dans ■lei lettres patentes de Philippe III, était àpeu près ^«labée en ruines lorsqu'elle fut rebâtie en 1550 l«f Kerre Leacot, ainsi qu'on le verra plus loin, liv. 17

Les cabaretiers étaient obligés d'avoir chacun un crïeur et de payer une rente au roi. Chaque fois qu'ils mettaient une pièce nouvelle en perce ; ils devaient la faire annoncer par cri et payer l'impôt ; le fermier des impôts se renseignait auprès des crieurs qui devinrent bientôt ses auxiîiaires; les cabaretiers se fâchèrent et en 1274, ils refusèrent de payer le droit et menacèrent les Parisiens de les priver de vin.

Les échevins intervinrent ; on plaida, les cabaretiers gagnèrent leur procès et furent déchargés du droit; mais en 1275,1e parlement révoqua l'arrêt de 1274 et les cabaretiers durent m soumettre à payer l'impôt. Ils se vengèrent en mettant plus d'eau dans le vin qu'ils vendaient.

Mais ils gagnèrent gros en 1275 ; le roi se maria avec la princesse Marie de Brabant, et les ré-

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

jouissances publiques qui se firent à cette occasion, se traduisirent par une grande consommation de pots de vin.

La gaieté fut cependant de courte durée ; le roi perdit son fils aine, Louis, qu*il avait eu de son premier mariage et le chirurgien Pierre de Labrosse, son chambellan, accusa la jeune reine de l'avoir fait empoisonner. Dès que le bruit s'en répandit, ce crime odieux partagea immédiatement les Parisiens en deux camps ; ceux qui croyaient à la culpabilité de la reine et ceux qui la niaient.

Quant au roi, il aimait sa femme et la croyait incapable d'un tel forfait. Des seigneurs de son entourage affirmèrent que Pierre de Labrosse avait accusé la reine par jalousie, attendu qu'accoutumé à jouir seul de la confiance du roi, il trouvait mauvais que la reine obtînt des grâces dont il était habituellement le dispensateur et que c'était lui, Labrosse, le véritable empoisonneur.

Ce fut alors que la curiosité publique fut surexcitée !

Vérifier d'abord s'il y avait empoisonnement eût été le premier soin à prendre, ipais à cette ép(9que, on jugea plus utile de s'en rapporter pour connaître la vérité, au duel judiciaire. La reine soutint que Labrosse était un empoisonneur, que tous ceux qui avaient assisté le jeune prince pendant sa maladie étaient des créatures du chambellan, et peut-être des complices; et elle demanda qu'on les appliquât à la torture.

Le duc Jean, frère de la reine arriva pour soutenir en champ clos l'innocence de sa sœur et lui servir de champion s'il se présentait un accusateur; s'il succombait, la reine devait être brûlée vive.

Philippe était très perplexe ; il aimait sa femme et se refusait à la croire coupable d'un crime si abominable; d'un autre côté, il connaissait Labrosse pour un honnête homme. Avant d'ordonner le combat judiciaire il voulut se renseigner.

On lui indiqua une béguine du Brabant, célèbre dans le pays par ses révélations. Vite le roi lui dépêcha l'évêque d'Évreux pour connaître d'elle la vérité.

Il revint, le roi l'interrogea avec anxiété, mais Tévêque répondit qu'il avait entendu la béguine en confession et qu'il ne pouvait rien révéler.

— Je ne vous ai pas envoyé pour la confesser, dit le roi.

Et W expédia de nouveau près d'elle Thibault un autre évéque, et A rnould, un chevalier du Temple.

Ceux-ci rapportèrent un dire favorable à la reine, mais passablement obscur, qui ne fit que rendre le roi plus indécis.

Sur ces entrefaites, un homme tomba malade dans un couvent de Melun après avoir confié à un religieux une lettre qui devait être remise aux mains du roi ; le religieux s'acquitta de la commission. Le roi lut la lettre, la communiqua à son conseil qui, à l'écriture et au sceau qui la fermait, n'hésita pas à l'allribuer à Pierre de Labrosse.

Immédiatement il fut accusé de haute trahi* son, convaincu d'intelligence avec les ennemU de la France, de vol, de péculat, de tous les crimes imaginables — excepté celui qui servait de prétexte à tous les autres, et finalement condamné à être pendu.

Ge fut la première exécution que l'histoire mentionne comme ayant eu lieu au gibet de Montfaùcon. Cependant il est certain que ce gibet existait auparavant.

Montfaùcon était une éminence située au-delà du faubourg Saint-Martin et du faubourg da Temple (butte Saint-Chaumont). Piganiol delà Force prétend que le mot de gibet vient de gibel (montagne), et qu'on a donné ce nom aux lieux patibulaires qui étaient ordinairement él^ vés, de façon que les exécutions se vissent de plus loin et que la vue du supplice fut d'un salutaire exemple.

Quoiqu'il en soit, ce monticule appartenait à un seigneur du nom de Faucon, et de là prit Je nom de Montfaùcon ; et en i233 et en 1249, des actes signalent l'existence du gibet. En 1270 od lit dans le roman de Berte ans grands pies (ce roman fut composé par Adenez dit Adam le Roi, trouvère qui vivait à la cour de Philippe le Hardi) qu'un certain Tybert fut pendu auxfouicheâ de Montfaùcon.

Toutefois, il est bon de noter que Pierre de Labrosse avait été l'un de ceux qui ordonnèrent qu'il fût réparé.

Or, voici ce qu'était le gibet de Montfaùcon : une mas^ de pierre surmontée de seize piliers à laquelle on arrivait par une rampe faite de blocs de pierre et que fermait une porte solide. Cette masse haute de dix mètres environ, longue de vingt, large de quinze à dix-huit, avait la forme d'un parallélogramme, et était composée de dix ou douze assises de grosses pierres, bien cimentées entre elles.

Sur ce carré long, compact, s'élevaient des piliers gros, carrés et ayant chacun dix à onze mètres de hauteur.

Pour joindre ensemble ces piliers et y attacher les corps des suppliciés, on avait enclavé dans leurs chaperons, à moitié de leur hauteur et de leur sommet, de grosses poutres de bois qni traversaient de l'un à l'autre et supportaient des chaînes de fer longues de 1" 50.

Contre les piliers étaient toujours dressées de longues échelles, destinées à monter le patient au gibet.

Au milieu de la masse sur laquelle se trouvaient les piliers, une cave était ménagée pour recevoir le corps des suppliciés qui devaient y rester jusqu'à destruction entière des squelettes.

Mais c'était là que venaient s'approvisionner de cadavres les devins et les magiciens, et en 1401 le parlement donna mission au prévôt de Paris de poursuivre activement les individus qui dé-

pouillaient les gibets des charognes de ceux qui y avaient été pendus.

n Les cadavres exposés à Montfaucon, dit M. Flrmin Maillard dans la monographie qu'il a consacrée à ce lieu patibulaire, étaient toujours recouverts de vêtements, et, sous aucun prétexte, ne devaient en être dépouillés. »

Non seulement on n'enlevait pas leurs vêtements aux gens condamnés à être pendus, mais même on en donnait à ceux qui en manquaient. On Ut dans le compte d'un tourmenteur juré : « Pour une braye neuve baillée à Robinet Lermile de la garnison de Gompiègne, ce dit jour exécuté es dites halles, qui n'en avait point, deux sols parisis. »

Reprenons la suite des renseignements que nouspuisons dansTouvrage deM. Firmin Maillard. «Les corps des individus qu'on avait décapités ou fait bouillir sur une des places de Paris et qu'on exposait ensuite aux fourches patibulaires étaient, ou pendus par les aisselles ou renfermés dans des sacs de treillis ou de cuir, sacs que l'on suspendait aux chaînes de fer du gibet.

« Quant au mode de transfert des condamnés, il n'était pas uniforme : c'était tantôt à pied, tantôt à cheval; celui-ci dans une charette, celui-là sur une claie seulement. Misérable ou grand seigneur, tous subissaient le cérémonial de cette lugubre promenade ; la tête nue quelquefois, mais ce n'était pas l'habitude, les mains liées, le patient partait du Ghâtelet accompagné de son confesseur, d'un lieutenant criminel, etc. etc, ainsi que d'un certain nombre de sergents du Chàtelet et d'archers. Arrivé devant le couvent des Filles- Dieu, le cortège s'arrêtait et le condamné était conduit dans la cour, auprès d'un grand crucifix de bois adossé à l'église du couvent et recouvert d*un dais. Là, l'aumônier des Filles-Dieu récitait quelques prières, lui jetait de l'eau bénite et lui faisait baiser le crucifix ; les religieuses lui donnaient alors trois morceaux de pain et un verre de vin. C'était « le dernier morceau du patient ». S^il mangeait avec appétit, on en augurait bien pour son àme* Gela terminé, le cortège se remettait en marche et ne s'arrêtait plus que devant la croix de Pierre de Graon où le condamné faisait sa dernière prière et était immédiatement après livré au bourreau. Après s'être assuré qu'il avait rendu le dernier soupir, les divers officiers, le prêtre qui l'avaient accompagné se hâtaient de revenir au Chàtelet où les attendait un repas payé par la ville ; le prêtre recevait en outre un salaire pour frais de déplacement. »

- Les pendus répandaient dans l'air une odeur si insupportable, que lorsqu'on enterra Louise de Savoie en 1532, on fut obligé de dégarnir toutes les potences placées sur le trajet du convoi.

Pierre de Labrosse condamné à être pendu fut donc exécuté à Montfaucon le 30 juin 1278 de grand matin, avant le lever du soleil et devant

Un grand nombre de personnes de tout rang; le duc de Bourgogne, le duc de Brabant, le comte d'Artois et plusieurs autres barons voulurent assister à cette triste cérémonie; et le peuple de Paris qui, généralement, ne croyait pas à la culpabilité du condamné, manifestait son étônnement de voir n un homme de si haut état dévalé et abaissé tant bas » .

L'affluence était considérable, et chacun était aise de savoir comment il mourrait. Après que le bourreau lui eût mis la corde au cou, il lui demanda s'il voulait parler : — Je n'ai rien à dire, répondit Pierre de Labrosse.

Alors le bourreau ôta l'échelle et le laissa aller, et chacun put voir la vilaine grimace de ce malheureux qui se balança dans le vide.

Une complainte fut chantée dans Paris quelques jours après l'exécution; l'histoire l'a conservée jusqu'à notre époque.

En cette même année 1278, fut fondée la confrérie des chirurgiens, création utile qui était le germe de l'école de chirurgie.

Les statuts et règlements furent rédigés par son fondateur JeanPitard, chirurgien du roi, un homme recommandable par sa probité et par son habileté dans la chirurgie.

Cette confrérie eut deux objets : la perfection de l'art chirurgical et l'exercice des œuvres de charité et de piété.

Les chirurgiens qui en faisaient partie visitaient le premier lundi de chaque mois, après la messe, tous les malades qui se présentaient à la maison de Saint-Côme, située rue des Cordeliers (École de Médecine) dont nous avons parlé.

Tous les confrères étaient solidaires des principes de théorie et d'application qui étaient ceux de la confrérie qui, en 1437, fut agrégée à l'Université.

En 1555, Nicolas Langlois, ancien prévôt, laissa un fonds dont le produit fournit une rétribution aux officiers en charge et aux douze premiers maîtres.

Enfin en 1560, Claude Yersoris, curé de Saint- Côme, autorisa la confrérie à construire, contigu à son église, un bâtiment servant de clinique.

Les membres de cette confrérie prenaient le titre de chirurgiens de longue robe, par opposi-* tion aux chirurgiens de robe courte, nom sous le quel on désignait les chirurgiens barbiers établis en communauté.

De longs procès eurent lieu au xvP siècle entre ces deux associations ; mais en 1699,Charles- François Félix premier chirurgien du roi et son premier barbier, fit de nouveaux règlements pour le corps entier des chirurgiens. Un arrêt du conseil du roi du 2 août 1699 les approuva, de sorte que jusqu'à la révolution de 1789, il n'y eut plus à Paris qu'une seule communauté de chirurgiens sous la direction du premier chirurgien du roi, de son lieutenant, prévôt perpétuel et de quatre prévôts électifs.

HISTOIRE NATIONALE Dfi PAftIS ET DES PARISIENS

La maison de Saint-CAme Tut rebâtie en IC91. Quant à l'église, supprimée en 1790, elle fut vendue ainsi que son cimetière, le ISnivAse an V.

Un nouveau collège fut aussi établi à Paris rue de la Harpe, en 1280, par un chanoine de l'Église de Paris*, Raoul d'Harcourt, appartenant à une ancienne famille de Normandie, en faveur de pauvres écoliers des diocèses de Goutances, Bayeux, Evreux et Rouen, mais il mourut avant l'acbèvement des constructions et ce fut son frère Robert, évêque de Goutances, qui acheva l'œuvre et voulut que le collège fut destiné k vingt-huit

boursiers étudiant les arts et ia philosophie et : doaze étudiant la théologie ; les premiers rece valent trois sous par semaine pour leur entrettei et les seconds cinq sous.

Les b&limeDl3 primitifs furent démolis et re construits en 1675; on remarquait dans les nou' veaux la porte d'entrée, riche en sculptures et sui laquelle on lisait le nom da proviseur Tboma; Portin et celui du docteur d'Harcourt avec I: date 1675.

En même temps qu'on refit les bàUmenta, oi éleva une chapeUe au fond de la cour du colUgi

PhiUppe le Hardi.

et ce fut Nicolas Golbert, alors coadjuteur de rarchevèque de Rouen, qui en posa la première pierre.

Supprimé en 1790, le collège d'Harcourt servit quelque temps de prison et fut démoli.

Sur son emplacement, Napoléon I** ordonna de construire un lycée pour 400 internes ; les travaux ne furent commencés qu'en 1814 et le lycée fut ouvert en 1820, sous le nom de collège Saint- Louis.

Quelques années plus tard, les b&liments furent notablement étendus et le lycée fut doté d'une nouvelle façade.

En 1849, il fut appelé lycée Monge, il reprit son nom de Saint-Louis sous le second empire et l'a conservé depuis.

Tandis que Jean Pilard d'un cété et Raoul d'Harcourt de l'autre, s'occupaient do sort des écoliers en chirurgie, en philosophie et en théologie, ceux-ci continuaient à se livrer à leurs habitudes tapageuses; pendant le printemps de 1278, Gérard de Moret, abbé de Saint-Germain-d»- Prés, ayant fait élever des murs sur le chemin qui conduisait au Pré-aux -Clercs, les écoliers prétendirent que les religieux avaient rétréci fcw chemin et le vendredi 12 mai, ils arrivèrent par bandes serrées, des b&toos à lamain et, se ruant sur les murs à peine achevés, ils les démolirent facilement.

Gérard de Moret voulant réprimer ce désordre eut la f&cheuse idée de faire sonner le tocsin.

Aussitôt, les vassaux de l'abbaye accoururent,

FuDtaine des ArU.

se rangèrent en bataille et, conduits par les moines, se précipitèrent sur les écoliers en criant : Tue! tue!

Ceux-ci ainsi attaqués à coups d'épées.de couteaux et de massues furent blessés en grand nombre; Gérard de DAle, bachelier es arts, fut blessé mortellement, Jourdain le scelleur fut tué à coups de flèches et de bâton et Adam de Pontoise

fut frappé à la tète d'an coup de masse de fer qui lui enleva un œil.

Pendant la mêlée, l'abbé avait fait fermer et garder les trois portes de la ville qui donnaient dans le bourg Saint-Germain, de façon que les ' écoliers restés dans la ville ne pussent avec de nouvelles forces, venir au secours de leurs camarades.

Les vainqueurs s'emparèrent d'un certain nombre d'écoliers, les garrottèrent et les jetèrent en prison.

On juge de l'émotion qui se produisit dans Paris à l'issue de cette lutte meurtrière.

Les écoliers se mirent & parcourir le quartier des écoles depnb la rue du Fouare jusqu'au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, montrant la trace des horions qu'ils avaient reçus et demandant vengeance.

L'Université toute entière s'ébranla comme un seul homme : clercs, docteurs, disciples, maîtres se levèrent; les cours furent suspendus, les écoles

le recteur, suivi d'une importante escorte, u'en alla trouver le cardinal de Sainte- GécUe, légat du pape, et lui exposa les faits, en ajoutantque le prévôt de Saint-Germain et quelques-uns de ses confrères armés d'épé es, avaient attaqué et dépouillé des gens paisibles, qui no prenaient aucune part à la lutte ; qu'ils Ic!! avaient fait traverser le marché têtes nues, pour les conduire en prison où Hs étaient encore, qu'un maître es arts qui s'était interposé pour faire cesser le tumulte avait été injurié par les religieux qui lui avaient percé ses habits de coups de lance

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Tous ces griefs étaient soigneusement détaillés dans une plainte que le recteur remit au légat, en lui signifiant que si dans la quinzaine justice h^était pas rendue à l'Université, elle serait obligée de suspendre ses cours, «seul remède que de pauvres étrangers et sans armes, tels qu^ils étaient, puissent opposer à ceux du pays » .

Le légat savait à quoi s'en tenir sur le compte de ces innocentes victimes qui avaient failli étrangler un de ses prédécesseurs, mais celte fois, il n'y avait pas à discuter de quel côté étaient les torts; si les écoliers s'étaient permis d'abattre un mur, cela n'autorisait pas le meurtre de Gérard deDôle et de Jourdain le scelleur; le légat condamna donc Etienne de Pontoise, prévôt de l'abbaye, comme coupable ou complice de ces homicides, à être chassé de l'abbaye de Saint- Germain et enfermé pendant cinq ans dans Un petit monastère de l'ordre de Cluny.

De son côté, Philippe le Hardi fît examiner l'affaire en son conseil étroit qui, le roi présent, condamna l'abbé et les religieux à fonder deux chapellenies de vingt livres parisis de rente chacune, dont l'Université aurait le patronage ; l'une dans l'église de Sainte-Calherine-du-Val-des-Écoliers pour Gérard de Dôle qui y serait enterré, l'autre dans la chapelle de Saint-Martin-des- Orges, près des murs de l'abbaye, où fut enterré Jourdain le scelleur, — ce qui faisait passer cette chapelle dans le domaine de TUniversilé.

Depuis lors, tous les écoliers adoptèrent la coutume d'aller y entendre^ la messe les jours de congé avant de prendre leur divertissement dans le pré.

L'abbé et les religieux furent en outre condamnés à payer deux cents livres pour les réparations à faire à la chapelle Saint-Martin, deux cents livres au père de Jourdain, quatre cents livres aux parents de Gérard de Dôle et deux cents livres au recteur de l'Université, pour être distribuées aux régents et aux pauvres écoliers.

Dix des plus coupables parmi les vassaux de l'abbaye furent bannis du royaume jusqu'à ce qu'il plût au roi de les rappeler et six autres furent exilés de Paris jusqu'à la Toussaint.

Les tourelles bâties sur la porte de l'abbaye, du côté du pré, furent rasées jusqu'à la hauteur des murailles et le chemin qui conduisait au pré, devint la propriété de l'Université.

On le voit, la réparation avait été complète, et l'Université avait obtenu pleine et entière justice.

Nous dirons avec l'un des auteurs des Rues de Paris : « C'était en vérité une singulière institution que l'Université de Paris au moyen âge ! n'est-il pas bizarre de voir ce vaste corps, d'où sortirent tant de personnages recommandables, tout ensemble par leur savoir, leurs vertus, leur piété, ce corps qui donna à la France s.es ministres les plus capables, à l'église ses prélats les plus illus-

tres, composé d'une cohue inouïe de joyeux pauvres diables sans chausses le plus souvent et le ventre creux, mais portant fièrement la dague malgré les ordonnances, bons compagnons mais toujours prêts à dégainer, disputant à l'école sur les propriétés du vin de Brie, mais en revanche ergotant au cabaret sur les catégories d'Aristote. Quant au reste, il n'en faut pas parier. Les fredaines des étudiants de nos jours ne sont qu'un bien pâle reflet des bruyantes orgies du Pré-aux- Clercs, orgies de toutes les heures, orgies de jour et de nuit, accessibles seulement aux initiés, aux clercs, et où n'aurait osé se risquer quiconque n'eût pu se faire reconnaître par quelque mystérieux Shiboleth. »

En 1280-1281, les habitants de Paris soufTrirent cruellement d'une inondation terrible, qui isola, pour ainsi dire, la ville au milieu de l'eau. Tous les ponts furent renversés où tout au moins considérablement endommagés; la grande arche et plusieurs autres parties du Petit-Pont furent emportées. Le Grand-Pont eut six arches détruites et, pour le conserver, il fallut séparer les moulins flottants qui s'y trouvaient attachés et qui étaient la propriété des églises de Saint- Merri et de Sainte-Opportune. Le chapitre de Notre-Dame irrité de ce dommage forcé, suspendit l'office divin pour punir les auteurs de cette séparation nécessaire.

Les ponts ruinés étaient en bois ; ils furent reconstruits de la même manière et ce ne fut qu'en 1378, qu'on se décida à bâtir un pont de pierre.

Il parait qu'à la suite de l'inondation survint une maladie contagieuse. « En 1280, la peste ayant fait périr une pactie des Filles Dieu, et le prix du pain étant excessif, l'évêque de Paris en réduisit le nombre à soixante. Les trésoriers du roi ne voulurent plus alors leur payer leur rente de quatre cents livres et la réduisirent à deux cents. » (Ce fut le roi Jean qui, plus tard, leur rendit leurs quatre cents livres, en fixant le nombre des religieuses à cent).

Philippe le Hardi, se montra comme son père très hostile aux juifs; on a vu que Louis ÎX avait ordonné qu'ils portassent une rouelle jaune sur leur robe ; Philippe fit plus, il rendit contre eux un arrêt qui les obligeait de porter une corne sur leur bonnet, ce qui les mortifia extrêmement, et de s'abstenir de tous vêtements de couleur.

Il leur défendit en même temps, de se baigner dans la Seine, de toucher aux vivres dans les marchés, à moins qu'ils ne les achetassent.

Défense leur fut encore faite d'avoir d'autre synagogue à Paris que celle de la rue de la Tachérie et d'autre cimetière que celui de la rue de la Harpe.

Il les obligea en outre à observer le carême et les autres jours d'abstinences.

Ce fut sous Philippe le Hardi que fut anobli en 1270, le premier Parisien : Raoul « ditl'Orfô-

vre » argentier du roi, reçut des lettres de noblesse et devint de cette façon, bien que sortant du peuple, Tégal des seigneurs de la cour. Bientôt, Philippe étendit ce privilège à plusieurs de ceux qui se distinguèrent dans les arts.

Ces anoblissements par lettres furent, ainsi que Fa dit Chateaubriand, la première attaque portée à la constitution féodale ; d^ailleurs Philippe le montra bien, en rendant une ordonnance qui enjoignait aux gens de justice « de ne pas molester les non-nobles qui acquerront des choses féodales ».

Avant de raconter ce que fut Paris sous Philippe lY, récapitulons un peu le changement qui s'opéra depuis le règne de Philippe-Auguste.

L* aspect de la ville était bien changé. L'enceinte que lui assigna Philippe -Auguste renfermait beaucoup de champs en culture et de vastes espaces sans habitations. Les nombreux édifices religieux et les établissements universitaires crées depuis, remplirent ces terrains vagues. De nouveaux faubourgs se formèrent autour des abbayes laissées en dehors de la ville et une population active et compacte se groupa, soit dans l'intérieur de Paris, soit dans le voisinage du mur d'enceinte.

En 1292, Paris avait trente-six églises sans compter la cathédrale.

La cité comptait 43 rues et communiquait avec les deux rives au nord par le Grand- Pont appelé Pont-au-Change lorsque, les changeurs vinrent s'y établir au XI* siècle. Il était défendu parla forteresse du Châtelet où résidait le prévôt; au midi par le Petit-Pont où se trouvait un bureau de péage pour toutes les marchandises entrant dans Paris. Un poste fortifié en défendait l'entrée.

Le quartier désigné sous le nom d'Outre-Grand- Pont se divisait en 292 rues et le quartier Outre- Petit-Pont en 76 rues plus 8 qui étaient en dehors de l'enceinte et de celle de Saint-Germaindes-Prés.

Les principaux marchés étaient établis sur la rive droite, aux Champeauxet àla place de Grève ; une rangée de pieux ou palées marquait le port de Grève, centre de navigation de la capitale.

Le chiffre total de la population s'élevait à 215 861 habitants.

On comptait 11 727 contribuables dans le quartier d'Outre-Pont, 1 241 dans la Cité et 2 232 dans le quartier du Petit-Pont.

Parmi les hommes remarquables qui professèrent ou écrivirent à Paris, de Philippe-Auguste à Philippe le Bel, on compte Alexandre de Paris (qui le premier fit des vers akxandnns) ; Pierre le Chantre, professeur de théologie; le chanoine Adam Guarin, abbé de Saint-Yiclor, auteur de lettre estimées ; Pierre de Poitiers, chancelier de l'église de Paris; le chanoine Gilles; le poète Saint- Marcel ; l'historien Guillaume le Breton;

l'archevêque de Cantorbery, célèbre professeur; Guillaume de Saint- Amour, l'un des professeurs de Sorbonne ; le théologien saint Bonaventure ; Robert de Sorbon; l'archevêque de Paris ïempier ; le prévôt Etienne Boileau ; Albert le Grand ; saint Thomas d'Aquin ; Roger Bacon ; J. de Saint- Gilles; Dudon, Eudes, médecins; Pitard, chirurgien ; nous avons parlé de ce dernier à l'occasion de la fondation de l'École de chirurgie ; en 1278, il demeurait dans la rue près le chevet de la Madeleine(rue de la Licorne] ; ce fut dans sa maison qu'il fît creuser à ses trais un puits qu'il livra au public afin de prévenir les maladies engendrées par l'eau de la Seine qui, en certaines saisons de L'année, était boueuse et malsaine. Cette maison, rebâtie en 1611, portait encore à cette époque une vieille inscription ainsi conçue :

Jean Pitard, en ce repaire, Chirurgien du roi, fit faire Ce puits en mil trois cent dix, Dont Dieu lui doint son paradis.

Le buste de Jean Pitard décore le grand amphithéâtre de l'École de médecine.

Lorsque, le 6 octobre 1285, Philippe IV, dit le Bel, succéda à son père, les faubourgs de Paris n'étaient point pavés, à l'exception de quatre principaux chemins, celui qui conduisait à Saint- Denis et ceux allant à la porte Baudet, à la porte Saint-Honoré et à la porte Notre-Dame.

Les bourgeois prétendaient n'être point obligés d'en paver d'autres, et réunis dans leur Parloir, ils délibérèrent et furent d'avis qu'il y avait lieu de résister aux exigences du prévôt de Paris qui les voulait forcer à paver.

Us allèrent en justice et obtinrent gain de cause.

Sur ces entrefaites, le roi s'était fait sacrer à Reims, le 6 janvier 1286, et avait fait aussitôt après son entrée dans la ville de Paris, en ayant soin, selon la coutume, de se reposer au logis du Roi situé à la léproserie de Saint-Lazare, où il reçut le serment de fidélité et d'obéissance de tous les ordres de la ville.

Après quoi le cortège se mit en marche et se rendit au palais en suivant la rue Saint-Denis.

Quelques jours plus tard, il y avait grand déploiement de bannières et de drapeaux, les trompettes sonnaient, les hérauts allaient et venaient : c'était le roi Edouard d'Angleterre qui venait rendre hommage au roi de France pour les terres qu'il possédait dans son royaume.

11 y eut à cette occasion un tel luxe de sergents du Châtelet, pour contenir le populaire, toujours friand de la vue des cavalcades de gens de guerre, que le parlement de la Toussaint ordonna au prévôt de se contenter désormais de soixante-dix sergents à pied et de trente-cinq à cheval.

Le prévôt obéit, mais quelques années plus

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ri

tard, le roi augmenta le nombre des sergents qui fut de quatre-vingts à pied et quatre-vingts à cheval, en dehors des douze sergents à pied attachés à la personne du prévôt et qui lui servaient de gardes. On les .appelait sergents à la douzaine.

En 1288, le 12 novembre; Paris perdit son évèque, Renoul d'Homblières, qui fut remplacé par Anadulphe d^Ànagni, prélat italien qui mourut avant d*ètre sacré; ce fut alors Simon Matiphas dit de Bussi, ancien juge de Téchiquier do Rouen, qui prit possession du siège de Paris.

Cette même année, le parlement de la Pentecôte défendit à qui que ce fût dans Paris de porter des boucliers, épées, couteaux à pointes ou autres armes sous peine d'emprisonnement. De son côté, le roi défendit aux bourgeois de Paris de faire aucune réjouissance nocturne, ni de célébrer des noces pour éviter le désordre qui régnait déjà, et qui était fomenté par les moines dont Philippe le Bel essayait de restreindre Tinfluence. Ce prince fut l'ennemi du pouvoir féodal et ecclésiastique « habile et profond politique, mais despote avide et cruel, sans foi, sans scrupule et sans pitié, Philippe le Bel entouré d'avides banquiers et d'impitoyables légistes, accomplit avec une inflexible rigueur la transformation de la monarchie féodale et précipita violemment la royauté vers le pouvoir absolu ».

Il venait d'exclure les ecclésiastiques du parlement et des tribunaux et de défendre qu'aucun juif fut arrêté sur la simple réquisition d'un moine.

Et ces diverses ordonnances approuvées par les uns,vivementcombattues parles autres excitaient une certaine agitation, habilement entretenue par les nombreux moines qui pullulaient à Paris; cependant, un nouvel établissement de religieuses fut fondé à cette même époque. En 1284, des cordelières étaient venues de Troyes à Paris, solliciter Marguerite de Provence, veuve de saint Louis, afin d'obtenir d'elle le moyen de se fixer à Paris, mais elles ne s'y installèrent qu'en 1287, dans trois maisons du faubourg Saint-Marcel, qui leur furent données par Gallien de Poix, chanoine de Saint-Omier. Marguerite de Provence, leur versa de son côté les fonds nécessaires pour bâtir une quatrième maison attenante aux autres et une chapelle. Le tout prit le titre d'abbaye des Cordelières ; quelque temps après Marguerite de Provence s'y retira et y mourut le 7 juin 1322.

En 1497, l'église fut réparée et le grand autel bâti.

L'église et le couvent furent supprimés lors de la révolution de 1789 et démolis ensuite.

La haine que les prêtres portaient aux juifs se manifesta en 1290, par un événement qui fit un bruit considérable à Paris.

Une femme ayant besoin d'argent, emprunta un demi-marc à un juif nommé Jonathas, et lui laissa en gage quelques vêtements qu'elle le pria

de lui prêter pour la fête de Pâques, afin de poa* voir s'habiller convenablement, promettant de les lui rendre le lendemain.

Le juif n'y consentit pas, mais il lui proposa un marché : sa débitrice lui procurerait une hostie consacrée et en échange, il lui ferait remise de sa dette et lui rendrait son gage.

La femme accepta ce marché. Elle se rendit le jour de Pâques à l'église à la première heure, reçut l'hostie et la porta au jiiif qui ne l'eût pas plutôt en sa possession, qu'il la perça de plusieurs coups de canif.

Soudain, Jonathas vit que le sang sortait en abondance de l'hostie.

Cela ne l'arrêta pas, il prit un clou et la transperça, lé sang coula de plus en plus. La femme et les enfants du juif, témoins du sacrilège, jetèrent des cris et voulurent arrêter la fureur dé Jonathas, mais celui-ci prit l'hostie toute sanglante et la jeta au feu ; elle en sortit et se mit à voltiger de côté et d'autre dans la chambre; il la plongea alors dans une chaudière d'eau bouillante qui se rougit de sang bien que l'hostie n'en reçût aucun dommage.

Pour le coup, on ne pouvait douter dé la vertu surnaturelle de l'hostie.

Devant ce dernier prodige, la femme du juif se retira en larmes dans sa chambre, mais son fils, surpris par tout ce qu'il avait vu, n'eut rien de plus pressé que de sortir de la maison et s'adressant à des bourgeois qui se rendaient à la messe, il leur cria : — « C'est en vain que vous allez adorer votre Dieu, mon père Ta tué. »

La plupart ne firent pas attention aux paroles de l'enfant et continuèrent leur chemin, mais une voisine' qui avait entendu le propos entra chez Jonathas sous prétexte de lui demander du feu et, témoin elle-même de l'inutilité des efforts que faisait celui-ci pour anéantir l'hostie, elle la recueillit de son consentement dans sa robe et la plaçant ensuite dans un vase de bois, elle se hâta de sortir et de la porter au curé de Saint-Jean-en- Grève, à qui elle raconta ce qui venait de se passer.

Le premier soin du curé fut â son tour d'avertir l'évêque de Paris qui, immédiatement, donna l'ordre d'arrêter le juif.

Celui-ci avoua son crime; l'évêque essaya alors de le convertir, mais le juif s'y refusa obstinément et fut condamné sur l'heure â être brûlé vif devant sa maison, ce qui eut lieu à la grande satisfaction du peuple qui n'aimait pas les juifs et qui, rendu furieux par le crime, pénétra de vive force dans la maison de Jonathas et brisa tout.

Tel est ce récit que rapportent les historiens du temps et il est permis à bon droit d^en suspecter la véracité des détails; car pour rester dans la discussion des faits discutables, on se demande comment la débitrice du juif avait pu conserver l'hostie consacrée et comment il se fit qu'elle ne fut pas inquiétée pour Tavoir livrée à

Le Juif fat brUé en 1390, devant «a e

I, t la grande «aUetactioo da p«aple.(Pag« 136, ooL 1.)

aon débiteur, ce qni était un sacritëge non moins punissable qae l'action criminelle du jaïr.

En somme, tout reposa sur le récit qu'alla fatrt! la voisine au curé et on lit dans certaines relations que ce fat le peuple exaspéré qui, instruit de la profanation dont on accusait Jonatbas, se porta en foale chez lui, le tira de sa maison et le brùIa vif.

Rien ne serait donc moins prouvé que l'aveu du crime, et la version delà voisine put bien avoir été an conte fait à dessein pour perdre le malheureux Jonathns qui était riche et dont les biens excitaient la convoitise.

Quoi qu'il en soit, la propriété de la rue des Jardins et tout oe que possédait Jonathas furent Ut. 18

confisqués an proBt du roi. La maison où le crime avait été commis fut donnée par Philippe le Bel à Reinier Flameng, bourgeois de Paris, qui fit construire sur son emplacement une chapelle qu'on nomma la maison des Miracles; cette fondation fut autorisée par bulle du pape du 17 juillet 1295. Le musée de Gluny est en possession d'un insigne processionnel provenant de cette chapelle; c'est une sorte de monument en bronze ciselé et doré qui surmonte un long b&ton de procession incrusté de nacre et rehaussé d'ornements en cuivre repoussé, représentant le miracle et la scènedujuif mettant l'hostie dans une chaudière. Cet insigne était porté en grande pompe dans les cérémonies de l'Église, afm de perpétuer la mé<

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moire du miracle ; la hauteur du monument, non compris le bâton, est de 63 centimètres sur une largeur de 27 centimètres.

Or, Guy de Joinville avait fondé à Boucheraumont, dans le diocèse de Ghàlons-sur-Marne, un hôpital pour y recevoir les malades et les pauvres voyageurs; il était desservi par une communauté d'hommes appelés les Hospitaliers de la charité Notre-Dame.

A cette époque, Paris était, tout comme il est aujourd'hui, Fobjectif de la province et dès qu'une communauté était fondée quelque part, son premier désir était de se faire représenter à Paris. Guy de Joinville n'y manqua pas ; il jeta les yeux sur la maison des Miracles et avec l'autorisation du roi, il y installa ses hospitaliers en 1302. Le roi lui fit don de quelques maisons avoisinantes. L'aventure du juif avait considérablement réchauffé le zèle religieux des Parisiens, ils prirent en affection les nouveaux moines appelés religieux des billettes, en raison des billettes, ou plutôt des petits scapulaires en forme de billettes qu'ils portaient sur leurs vêtements.

La reine Clémence de Hongrie, femme deLouisX, fit de grandes libéralités à cette communauté qu'on désignait alors sous le nom de couvent où Dieu fut bouilli; ( la rue des Jardins avait pris aussi le nom de rue du Dieu bouilli). Le 26 juillet 1631, les religieux quittèrent le couvent et les carmes les remplacèrent, mais on s'était habitué en parlant de la rue de dire : «la rue des Billettes,» et ce dernier nom lui resta.

Au dessus de la chapelle bâtie par Flameng, on lut jusqu'en 1685 cette inscription : Ci-dessous le juif fit bouillir la sainte hostie. Puis l'inscription fut modifiée en ce sens : « Cette chapelle est le lieu où un juif outragea la s€dnte hostie »

L'église tombait en ruines, lorsqu'elle fut rebâtie en 1754 sur les plans du frère Claude. On y conservait le canif qui avait servi à Jonathas et le vase de bois dans lequel l'hostie avait été portée au curé (l'hostie faisait partie des reliqpies conservées à Saint-Jean- en -Grève). Le cœur d'Eudes Mézeray, l'historien, fut déposé dans cette église qui fut supprimée en 1790 et vendue en 1793. Elle fut rachetée par la ville le 26 novembre 1808, moyennant soixante-treize mille francs et affectée au culte luthérien. On la nomme aujourd'hui temple de la confession d*Augsbourg.

Nous avons déjà parlé des droits de prix et de prise ; le premier permettait aux membres de la famille royale et aux principaux officiers de la couronne, d'acheter les denrées au prix qu'il leur plaisait fixer; l'évèque exerçait ce droit sur le poisson seulement. Quant au droit de prise, il était beaucoup plus simple, il consistait pour les officiers du roi et ceux des princes à se saisir, sans payer, de tout ce qui pouvait leur convenir comme bestiaux, charrettes, chevaux;

ainsi lorsqu'un de ces officiers rencontrait sur son chemin un homme monté sur un cheval qui lui convenait, il faisait descendre l'homme et s'emparait du cheval.

C'était un procédé commode mais que le peuple trouvait souverainement abusif, et il s'en plaignit si fort et si haut, que Philippe le Bel fit en 1292 un règlement qui défendait à toutes personnes de quelque qualité qu'elles fussent, de jamais démonter un cavalier ni prendre des chevaux employés au labourage. A l'égard des vivres, il déclara que « le roi, la reine et leurs enfants étant en leur compagnie, le chambrier de France (grand chambellan) le bouteiller etle connétable avaient seuls le droit de les prendre à leur prix. »

En cette année 1292, Paris s'accrut d'un nouveau collège, celui des Cholets fondé dans le clos de Saint-Symphorien. (Un chemin avait été tracé dans ce clos, il prit en 1295 le nom de rue des Cholets; elle allait de la rue de Reims à la rue Saint-Étienne-des-Grès et fut supprimée vers 1750) par les exécuteurs testamentaires de Jean Cholet, légat en France, mort en 1291 , et qui avait laissé six mille livres pour faire la guerre contre Pierre d'Aragon ; cette guerre étant finie, ses exécuteurs disposèrent de la somme en fondant un collège pour les pauvres étudiants en théologie des diocèses de Beau vais et d'Amiens. En 1303 le cardinal Lemoine augmenta le nombre des boursiers.

En 1504 on permit aux étudiants d'avoir une chapelle dans leur*enclos. Le 21 novembre 1763 le collège des cholets fut réuni à l'Université. Les bâtiments devinrent propriété nationale en 1792, un décret du 26 juin 1821 en ordonna la démoUtion et le terrain fut réuni au coUège Louis-le-Grand, sauf le retranchement pour l'élargissement des rues des Cholets et de Saint- Étienne.

En 1296, la ville de Paris racheta pour la somme de cent mille livres le denier pour livre que le roi levait tant de l'acheteur que du vendeur sur toutes les denrées; et il fallut pour cela taxer tous les habitants de la ville et des faubourgs, ce qui excita de nombreuses plaintes.

Les veuves mêmes furent soumises à l'impôt, bien que jusqu'alors elles eussent été exemptes de toutes tailles.

Le peuple murmura, on se plaignit de la misère qui ne fit qu'augmenter par suite d'une grande inondation qui se produisit à la fin de l'année; le 20 décembre, la Seine grossit tellement qu'elle déborda et couvrit toutes les rues de Paris.

Pendant huit jours les eaux furent si hautes que les difi'érents quartiers de la ville n'eurent de communication entre eux que par des bateaux à Taide desquels on portait des vivres aux habitants réfugiés aux étages supérieurs des maisons.

Les ponts s'écroulèrent avec fracas et pour y

suppléer on établit trois bacs, Tun du terrain de Notre-Dame à la rivière de Bièvre, l'autre de la rue des Bernardins à Tile Notre-Dame et le troisième de cette lie au port Saint-Paul.

On commit des gens pour recevoir un prix de passage qui fut appliqué aux frais de reconstruction des ponts écroulés.

Disons en passant que Ttle Notre-Dame était divisée en deux parties: Tune à l'orient s'appelait nie aux Yaches, l'autre l'Ile tranchée ; elles appartenaient à l'église cathédrale ; ce fut en 1640 que le roi en fit l'acquisition et que réunies, elles formèrent alors l'île Saint-Louis, nom sous lequel on la désigne encore.

Aux xrv* et xv* siècles elle était inhabitée et servait de lieu de promenade aux Parisiens et c'était là que les blanchisseurs venaient étendre leur linge; les bachelettes venaient y cueillir des marguerites dans la belle saison, en compagnie de clercs et d'écoliers et le soir venu, on regardait un point lumineux qui brillait toutes les nuits au pied de la vieille basilique, c'était un fanal qui éclairait cette langue de terrain qu'on appelait la Motte aux Papelards. Le chapitre de Notre-Dame entretenait le veilleur et était tenu de fournir deux bûches de mole et deux cotrets à ce garde silencieux qu'on apercevait chaque nuit entre les lueurs rougeàtres de son phare et l'ombre de la grande cathédrale.

Non seulement les ponts avaient été ruinés par l'inondation, mais les eaux avaient envahi les portes de la ville et renversé les bâtiments du petit Ghâtelet.

Ce terrible fléau continua ses ravages jusqu'aux premiers jours de janvier 1297, la chronique de saint Magloire rapporte l'événement, avec force lamentations.

Àbati Tiaae mesons et caves Ne oncques mais si com je cuit Tel déluge hom ue vit, Ne ne vit on itel yrer Ne sy félon, ne sy dyrer.

Lorsque les eaux se retirèrent et qu'il fut possible de constater l'étendue du dommage; on chercha s'il ne serait pas possible d'opposer une digue au fleuve et le roi ordonna au prévôt des marchands de faire construire un mur de terrasse depuis le couvent des Augustins jusqu'à l'hôtel de Nesle. Cette berge était plantée de saules qu'il eût fallu abattre, les Parisiens tenaient à leurs arbres, le prévôt promit d'obéir mais ne fit rien et ce fut seulement en J313, que sur l'ordre formel du roi, il se décida à faire construire un embryon de quai , mais ce ne fut qu'avec répugnance qu'il fit exécuter ces travaux, qui se bornèrent à consolider le terrain au moyen de quelques épanlements en maçonnerie et des palis.

L'année lâ97 ne fut pas heureuse pour les pauvres gens dont les logis avaient été visités par

l'eau, et le travail ne suffisait pas à donner à chacun le pain de chaque jour ; aussi les mendiants étalaient-ils sur toutes les voies publiques le spectacle de leur misère, ce qui n'empêcha pas qu'une belle cérémonie eut lieu dans les premiers jours du printemps ; ce fut celle de la canonisation de Louis IX, qui devint saint Louis,

Le roi y invita tous les archevêques, évéquet» abbés, prieurs conventuels et barons de son royaume. Le corps du saint fut mis dans une châsse d'argent et apporté processionnellement de Saint-Denis à Paris, d'où on le rapporta avec la même pompe dans l'église Saint-Denis. Quelque temps après on en transféra une côte dans l'égUse de Notre-Dame, et une partie du chef fut portée à la Sainte-Chapelle.

Mais lorsque les gens de métier et les bourgeois se furent amplement rassasié la vue des costumes brillants des seigneurs de la cour et des riches vêtements des hauts dignitaires de l'église, lorsqu'ils eurent vu défiler les hommes d'armes à fière mine et admiré la belle tenue des sergants, cela n'empêcha pas que plus d'un fut obligé de se coucher sans souper.

La guerre vint encore ajouter les maux qu'elle traîne à sa suite à ceux qu'enduraient les Pari* siens. On se battit contre les Anglais et les Flamands et lorsqu'une trêve de deux ans eût été con« due, ce furent de nouveaux démêlés qui s'élevè* rent entre le roi et le pape qui envoya à Paris le cardinal Lemoine,en qualité de légat, pour tâcher d'arranger les affaires.

Le légat commençapar fonder la chapelle qu'on appela l'autel des paresseux, proche du chœur dans la nef de Notre-Dame, et en 1303 il acheta des Grands-Augustins l'emplacement qu'ils avaient occupé et y établit un collège qui fut nommé la maison du cardinal et il voulut qu'il y eût cent boursiers. Le cardinal mourut en 1313 et fut enterré dans la chapelle du collège qu'il avait fondée. Ses parents augmentèrent par de nouveaux dons les revenus et le nombre des boursiers de ce collège qui s'appela le collège du cardinal Lemoine. Un d'eux établit en mémoire du fondateur une cérémonie annuelle qu'on nomma la solennité du cardinal. Voici en quoi elle consistait ,

Le 13 janvier de chaque année, un familier du collège jouait le rôle du cardinal. Revêtu des habits de sa dignité, il le représentait à Téglise et à table, et recevait gravement les compliments qu'on venait lui adresser.

Plu& tard, les comédiens de l'hôtel de Bourgogne assistèrent à la célébration de la messe solennelle qui était chantée à l'occasion de cette fête. C'était un tribut de reconnaissance payépai les comédiens à la famille du prélat, qui possédait dans leur salle une loge, longtemps appelée loge du cardinal Lemoine.

Jjes bâtiments furent réparés en 1757*

En 4790, le collège fut supprimé et devint propriété nationale.

Une ordonnance royale du 7 juillet i824 prescrivit la percement de trois rues sur son emplacement. La rue du cardinal Lemoine fut ouverte en 1825.

Avant d'aborder le récit des grands faits qui se passèrent à Paris sous le règne de Philippe le Bel, mentionnons de suite pour n'avoir pas à Tinter- Tompre/la fondation de deux ou trois autres collèges :

1 Le 25 mars 1304, Jeanne de Navarre femme du roi Philippe le Bel, fit son testament et légua rhôtcl de Navarre situé rue Saint-André-des-Arts auprès de la porte de Bucy^ qui lui appartenait, pour y fonder un collège dans lequel elle désirait qu'on élev&t soixante-dix pauvres écoliers et qu*on y bâtit une chapelle desservie pour deux chapelains. Pour satisfaire aux charges de sa fondation, elle légua deux mille livres tournois de rente, somme très considérable alors.

La reine Jeanne mourut en 1305.

• Gilles dé Pontoîse et Simon Festu, deux de ses exécuteurs testamentaires, vendirent Thôtel de Navarre qu'ils ne jugèrent pas propice à rétablissement d*ùn collège et achetèrent avec l'argent de la vente un grand emplacemient sur le versant de la inontagne Sainté-Genévièvé où ils bâtirent lé collège de Navarre dont la première pierre fut posée les avril 1309.

'. Le roi en était le premier boursier et le revenu de sa bourse était affecté à l'achat des verges destinées à corriger les écoliers.

' Ce collège était . encore considéré à la fin du xviii* siècle, comme le plus grand collège de Paris.

. La bibliothèque de manuscrits formée par ses fondateurs était unique, par le choix et l'importa tice des ouvrages.

: Pendant les troubles qui survinrent sous le règne de Charles YI, le collège fut presque ruiné et la bibliothèque dévastée. Charles VII donna ordre en 1459 de les : rétablir, mais cela ne fut exécuté qu'en 1464, sous Louis XI. Charles VIII donna, en 1496, 2400 livres pour achever l'édifice. En 1637, la bibliothèque très choisie de M. de Peiresc fut achetée par le collège d'où sortirent' les premiers professeurs et dont [les élèves appartenaient aux plus illustres maisons du royaume. , Les collèges deBoncourt et de Tournay, fondés postérieurement et dont les bâtiments touchaient à ceux du collège de Navarre, furent réunis à ce dernier en 1638. Depuis la révolution de 1789, ces collèges ont cessé d'exister et les bâtiments furent et sont encore, occupés par l'école polytechnique.

En 1308, Guillaume Bonnet, évéque de Bayeux, fonda rue de la Harpe le collège de Bayeux pour douze boursiers, dont six devaient être de l'évèché du Mans. De nouveaux statuts donnés à ce

collège, le 30 novembre 1315, ajoutèrent quatre bourses aux douze; le 25 août 1534 il subit une réforme et finit par être réuni à l'Université, en

La porte principale du collège de Bayeux, démoli au mois d'octobre 1859 pour l'ouverture du boulevard de Sébastopol, a été démontée pierre par pierre et transportée à l'hôtel de Gluny. Ce collège était devenu une habitation particulière formant une sorte de passage entre la me de la Harpe etcelles'desMaçons-Sorbonne, passage dans lequel se pressaient toutes les petites industries du quartier latin.

La fondation d'un troisième collège me de la Montagne-Sainte-Geneviève, eut lieu en 1313; il s'appelait collège de Laon et eut pour fondateurs Gui de Laon, chanoine et trésorier de la Sainte-Chapelle, et Raoul de Présles clerc du roi, qui affecta à cette fondation outre cent livres de rentes, diverses m aisons qu'il possédait à Paris dansla rue Sainte-Hilaire (depuis me des Carmes), dans le clos Braneau (depuis rue Saint-Jean-de- Beauvais). Il était destiné à recueillir les pauvres écoliers des diocèses de Laon et de Soissons ; la désunion' se mit entre les deux fondateurs et le collège fut divisé en deux établissements : celui de Laon et celui de Presles qui fut installé me des Carmes |et fut réuni en 1764 au collège Louis le Grand. Le collège de Laon occupa les bâtiments de la rue SaintnIean-de-Beauvais. En 1340, les boursiers de ce collège se transportèrent à l'hôtel du Zrtbn (f Or, situé entre la rue des Carmes et celle delà Montagne-Sainte-Geneviève. Il fut supprimé en 1790.

Revenons à ce qui se passa à Paris; mais d'abord quelques mots concernant certaines innovations apportées par Philippe le Bel dans ses institutions.

Sous ce prince, furent arrêtées les conditions auxquelles on acquérait le droit de bourgeoisie.

Tout colon libre pouvait aller trouver le prévôt avec deux témoins, s'engager à contribuer aux charges de la ville, et à bâtir ou acheter dans l'espace d'une année une maison de la valeur de 60 sous parisis ; et, à ces conditions, il devenait bourgeois de Paris, et en conséquence il était tenu d'y demeurer depuis la Toussaint jusqu'à la saint Jean d'été, ou du moins d'y laisser sa femme, ou son valet, s'il était célibataire.

La population parisienne se composait donc :

Du clergé, de la noblesse dont le roi était le chef, des bourgeois ou propriétaires roturiers, des colons libres ou vilains, et des quelques serfs de la glèbe, que leurs possesseurs avaient obstinément refusé d'affranchir.

Antérieurement à Philippe le Bel, le parlement se tenait partout où le roi se trouvait. Ce prince le rendit sédentaire et lui assigna des dates ûxe$ de tenue. Son ordonnance de 1291 porte que le

parlement devait être composé d'une cour ou chambre de plaids, de deux chambres de requêtes et d'une chambre des enquêtes.

Deux parlements durent se tenir à Paris.

Les séances étaient fixées aux octaves de Pâques et de la Toussaint.

En 1301, la chambre des plaids fut composée de treize clercs et de treize laïques.

Le roi ordonna aussi que les auditeurs établis au Chàtelet seraientsuppriméset que, selon l'an-

cienne coutume, le prévôt donnerait des auditenrs aux parties; il régla la façon dont lescauses devaient être réparties selon leur importance, et institua enfin ce singulier royaume du Palais, qu'on appela le royaume de la basoche.

C'était une association composée de clercs du parlement; ce fut en 1303 qu'elle reçut de Philippe le Bel le titre de royaume, et l'autorisation de se former en tribunal, et de juger en dernier ressort, tant en matière civile que criminelle,

e foule da geiM attirai pu m apectacle itaUoaiiaient «or la purU. (Page liS, col. S.)

tons les dilTérends qui s'élevaient entre les clercs et tontes les actions intentées contre enx.

Ce tribunal se composait, outre le roi qui le présidait, d'un chancelier, d'un vice- chancelier, (l'un maître des requêtes, d'un grand andlencier, d'un procureur général, d'un grand référendaire, d'un aumônier, de secrétaires, d'huissiers, de greffiers, etc.

Le roi avait le droit de porter la toge royale, (Ifl faire frapper une monnaie qui avait cours parmi les clercs et leurs fournisseurs; il avait un sceau ■ d'aznr, à trois écritoires d'or».

Geshasochiens étaient des jeunes gens dont les procnrenrs, voyant l'augmentation toujours croissante du nombre et des affaires portées devant le parlement, se faisaient aider pour toutes les écritures de lenr ministère.

Ces jeunes gens avaient pris le nom de clercs, et ce Ait sur le conseil même du parlement, que le roi les autorisa à se former en corporation.

Ils gardèrent, pendant près de cinq cents ans, intacts les privilèges qu'ils reçurent de Philippe le Bel et surent les augmenter dans une large mesure.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

La basoche du Palais ne tarda pas, bien qu*eUe eût été spécialement établie pour veiller aux intérêts de ses membres, à devenir une société de plaisirs en même temps que de discipline et d'étude. Nous la verrons bientôt donner des représentations scéniques et^ dès le xv* siècle, être en pleine possession de cet usage, et adjoindre même à son répertoire ordinaire de moralités, les soties et les farces des Enfants sans souci, et faire surtout la satire de tous les gens du palais de justice dont elle dépendait

Philippe le Bel habitait ce palais de justice, qui était en même temps le palais du roi; et ce ne fut qu*en 1431 qu'il fut abandonné entièrement au parlement.

Des travaux considérables furent même ordonnés par ce prince, qui engloba dans son enceinte la chapelle de Saint-Hichel-de-la-Place, chapelle qui donna son nom à un des ponts qui mettent le palais en communication avec la rive gauche.

Nous avons dit qu'on murmurait à Paris; c'est que chaque jour la vie devenait plus difficile, et les impôts augmentaient.

En 1302, les Flamands s'étaient révoltés, et, après la désastreuse bataille de Gourtrai, avaient suspendu aux .voûtes de leur cathédrale quatre mille éperons de chevaliers français vaincus et massacrés.

Une extrême pénurie d'argent avait engagé le roi à obliger ses sujets à apporter au trésor leur vaisselle d'or et d'argent, leurs bijoux et il donna des ordres secrets pour la falsification des monnaies, ce qui les fit tomber bientôt à la moitié de leur valeur nominale.

Dans le cours d'une seule année, il altéra cinq fois les monnaies !

L'année précédente un fait scandaleux s'était passé à Paris. Un écolier du nom de Pierre Le Barbier, convaincu d'assassinat, avait été arrêté, jugé et pendu par les ordres de Pierre Le Jumeau, prévôt de Paris.

Le recteur de l'Université, fàrieux contre cet acte de justice, qu'il considérait comme une violation des droits universitaires, fit immédiatement cesser l'exercice public de tous les cours dans les divers collèges.

De son côté, l'ai^itorité ecclésiastique, pour la première fois en pareille occurrence, d'accora dvec l'Université, considéra le jugement du prévôt comme un attentat contre les droits de l'officialité qui, le 7 septembre, rendit une sentence ordonnant, sous peine d'excommunication à tous les curés de Paris, archiprêtres, cheunoines, etc. , de se trouver le lendemain matin, jour de la nativité de la Vierge, à l'église de SaintrBarthélémy à l'heure de tierce.

Tout le monde fut exaat au rendez-vous; jamais on n'avait vu un tel assemblage de robes noires.

Une foule de gens de toutes conditions attirés par ce spectacle stationnaient sur le parvis.

Au bout de quelque temps, à un signal donné, le clergé réuni se mit en marche, précédé et accompagné des croix et des bannières, et forma une longue procession, à laquelle se joignirent les dévots et les curieux.

Le cortège se dirigea en bon ordre vers la maison du prévôt et chacun de ramasser une pierre et de la lancer contre les portes et les vitres, qui furent brisées en un clin d'œil.

L'official et le recteur firent signe qu'ils voqlaient parler et réclamèrent le silence; ce fut l'official qui prit la parole et s'adressant au prévêl qu'il savait être dans la maison :

— Retire-toi, retire-toi, maudit satan, s'écria-til avec force, fais réparation d'honneur à ta mère la sainte Église, que tu as déshonorée et blessée dans ses privilèges; autrement puisses-ta avoir le même sort que Dathan et Abiron que la terre ensevelit tout vivants.

Le recteur répéta ces paroles qui furent suivies de la formule d'excommunication.

Et le populaire, se mettant de la partie, fit entendre des cris de mort contre l'infortuné prévôt qui fut obligé d'aller, suivi d'une foule qui à tous moments menaçait de le mettre en pièces jusqu'à la potence où se balançait le corps du pendu, de l'en détacher, de le baiser à la bouche et de le remettre au recteur.

Les plus exaspérés ne se contentaient pas de cela, ils voulaient que le prévôt mourût, mais le roi, informé de ce qui se passait, intervint et il fut convenu que Le Jumeau serait déchu de son office de prévôt et de plus; qu'il s'en irait à pied à Avignon, trouver le pape, afin^de le prier de le relever de l'excommunication prononcée contre lui.

Le roi, responsable de l'acte de son prévôt, qui avait agi en son nom, consentit à assigner sur le trésor royal quarante livres tournois de rente perpétuelle pour la fondation de deux chapelles, à la nomination de l'Université. A ces conditions, l'Université consentit à laisser rivre le prévôt et après avoir fait enterrer l'écolier avec honneur, elle voulut bien ordonner que les écoles seraient rouvertes à la Toussaint.

Le roi, rongeant son frein,attendit une occasion favorable pour se venger de la pression à laquelle il avait été forcé de céder.

Cherchant dans toute la nation des appuis qui lui manquaient, Philippe avait convoqué ses barons, les évoques et les syndics des communantés dans une assemblée générale, tenue le 10 avril 1302, et qui peut être considérée comme ta première réunion des États généraux. «Les Étatsgénéraux de Philippe le Bel, a dit Michelet, ontété l'ère nationale de la France, son acte de naissance.» U s'agissait de se prononcer sur le droit que pouvait avoir le roi de lever les subsides sur le

clergé et par contre, de juger si le royaume de France était tenu à foi et hommage envers le pape et devait se considérer comme son sujet, ainsi que le prétendait Boniface YIII, qui avait lancé une bulle d^excommunication contre la France et le souverain, bulle que Philippe avait fait brûler le 11 février 1302.

L*asscmblée déclara à Tunanimité a que les rois ne reconnaissaient aucun souverain sur terre, à Texception de Dieu et que c'était une abomination d'entendre Boniface soutenir que les royaumes lui étaient soumis non seulement pour le spirituel, mais encore pour le temporel. »

L'année suivante, une nouvelle assemblée fut tenue au Louvre à Teffet de convoquer un concile, afin d'en appeler à sa décision et Philippe fit lire l\icte d'appel en présence du clergé et du peuple assemblés dans la cour du palais.

La querelle s'envenima et le roi finit par envoyer en Italie son chancelier Nogaret pour enlever le pape.

En France, c'était contre les juifs que Philippe sévit.

Tant de fois chassés et rappelés, ils furent encore une fois bannis et si l'on en croit les rabbins Shebet et Levi Bengerzon, ce ne fut pas seulement l'exil qu'ils eurent à subir, mais une persécution violente, qui s'attaqua aussi bien à leur personne qu'à leurs biens.

Ils prétendent qu'il périt alors deux fois autant de juifs que Moïse en avait tiré d'Egypte. Laissant de côté cette exagération, il est certain qu'un grand nombre de ceux qui habitaient Paris eurent à souffrir et l'un d'eux, accusé de s'être moqué d'une image de la Vierge, fut brûlé vif.

Un autre nommé Guiart, qui se disait l'ange de Philadelphie et se prétendait chargé d'une mission divine, s'étant vanté de porter un vêtement que le pape lui-même était impuissant à lui faire quitter fut arrêté et déjà on se disposait à le brûler, mais il se jeta aux genoux d'un prêtre, confessa son erreur, donna tous les signes d'une vive contrition et obtint d'être seulement enfermé pour le reste de ses jours.

On sait que les juifs ne possédaient plus qu'une synagogue dans la rue de la Tàcherie, Philippe le Bel la donna à son cocher Jean Pruvin en 1307.

Us avaient un cimetière dans la rue de la Harpe, ce furent les religieuses du monastère de Poîssy qui l'achetèrent en 1311, moyennant mille livres tournois et le revendirent en 1321, au au comte de Forest.

Or, tandis que les juifs étaient obligés de quitter Paris, les chrétiens qui y demeurèrent eurent à souffrir de l'intempérie de la saison. Pendant l'hiver de 1305-1306, après des gelées qui firent mourir de froid beaucoup de pauvres gens, vinrent les pluies qui amenèrent une inondation qui emporta les ponts et les moulins bâtis sur la rivière.

Beaucoup de grands bateaux qui se trouvaient amarrés furent brisés au port de la Grève et on eut à déplorer la perte d'une grande quantité de marchandises.

Naturellement, la disette arriva.

Quelques spéculateurs profitant de la misère publique, achetèrent le peu de blé qui se trouvait dans les environs de Paris et le chargèrent sur des bateaux pour le transporter à Rouen, où il se vendait encore plus cher qu'à Paris; mais ils furent arrêtés et on eut grand'peine de les soustraire à la colère du peuple qui demandait leui mort.

L'inondation et la disette avaient violemment surexcité les Parisiens qui, tout en ayant admiré leui roi entrant à cheval, armé de toutes pièces, à Notre-Dame après la bataille de Mons-en-Puelle, n'étaient nullement satisfait de la façon dont il faisait fabriquer la monnaie ; bientôt ils s'aperçurent que les fréquents changements que le roi avait fait subir au poids des pièces d'argent les discréditaient tellement, qu'un denier frappé sous saint Louis en valait trois fabriqués sous Philippe, ils se fâchèrent. Philippe craignit des troubles et se hâta de faire frapper de nouvelle monnaie au poids légal ; mais celle-ci ayant été mise en circulation dans Paris avant que la précédente fût retirée, le peuple irrité se mutina et Philippe ne se croyant pas en sûreté dans son palais, alla chercher un refuge à la tour du Temple.

Car depuis que les templiers s'étaient installés dans leur enclos, ils avaient grandement prospéré

Us occupaient un terrain dont la superficie couvrait cent vingt à cent trente hectares ; leur palais était entouré de hautes murailles crénelées et fortifiées par des tourelles.

L'entrée qui était située sur la rue du Temple était également fortifiée, et une partie de ce premier corps de bâtiment servait de geôle et des casemates, ou cachots, s'étendaient sous la grosse tour.

Cette tour qui mérite une description particulière était à elle seule un monument. Elle existait encore au commencement de ce siècle et à cette époque si on ne pouvait guère juger de sa hauteur avec exactitude, attendu que l'édifice paraissait être enterré au moins d'un étage, on pouvait évaluer ce qui était hors de terre à 22 ou 23 mètres, sans compter le comble.

Sa largeur était à sa base de dix mètres sur chacune de ses faces, au rez-de-chaussée était une vaste pièce, au milieu de laquelle était une colonne avec un chapiteau chargé de sculptures gothiques et à laquelle aboutissaient quatre arcs curvilignes, allant joindre dans les quatre coins de la pièce quatre autres colonnes.

Un escalier conduisait à une autre belle et grande pièce, aux quatre coins de laquelle on retrouvait les mêmes colonnes, et à un second étage avec encore une grande pièce.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Un second escalier placé dans une tourelle k l'un des angles du b&Ument, menait à la plateforme, sur laquelle fut élevé plus tard un comble.

Les murs étaient construits en pierres de taille de petite dimension et avaient à leur base un mètre trente centimètres.

Ijes voaies qui Tormûent les différents étages, étaient d'une telle solidité, qu'en 1809, des serrururiers y étaient établis depuis fort longtemps et y forgeaient, sans qu'il se soit manifesté aucun ébranlement.

Une quantité de maisons mal b&ties et d'une apparence sordide, existaient non seulement dans l'enclos, mais encore semblaient grimper le long des b&Uments principaux.

L'anùenne porte duyTeinpte AUit située v ia Temple, déniolia en ISIO.

Une fois dans le Temple, il était permis de se considérer à l'abri de toute agression. Ce fut probablement ce que pensa Pbilippe le Bel lorsqu'il vint s'y réfugier. L'émeute commençait à gronder dans les rues de Paris.

Et une bande de mutins, armés de tout ce qui avait pu leur tomber sous la main, vint résolument se présenter à ta porte Barbette, à celle de Beaubourg et marcha droit an Temple, en vociférant des cris et des menaces de mort.

Mais lorsque les séditieux se virent en face de cette masse imposante qui se dressait sombre et menaçante devant eux et qu'ils eurent mesuré de l'oeil la hauteur des tours et sondé par la pensée l'épaisseur des murailles, la plupart s'arrêtèrent ; cependant, quelques-uns des plus audacieux, marchèrent en avant et s'engageant sous le porche, arrivèrent jusqu'aux cuisines.

— Que voulez- vous? demanda le mattre-queux peu rassuré à la vue de ces singuliers visiteurs.

— Savoir ce qu'on fait ici, répondit le plot hardi.

— Mais, le dîner de notre cher sire, le roi.

— Où est-il ce diner?

— Le voici.

Et il présenta un plat appétissant k l'honuDe

qui s'en saisit et le passa à ses comoaKDons. ~- Tenez, vous autres, c'est h

régale.

Et tout ce qui se trouva dac

même sort.

Mais déjà, l'alarme s'était

tour et les moines soldats ail aie i

à ces révoltés leur insolence. Ion

qu'on laissât sortir les gens libi

v6t les engagea tout doucemev Ils se retirèrent en efTet,

mangé le dtner du roi, mais ce

la demeure d'Etienne Barbette,

matlre de la Monnaie. Son hô(

la rue de ce nom (il fut veni

de Montagu, qui, la même an

la reine Isabeau de Bavière, fen

U passa ensuite à Diane de Po

ses d'Aumale et de Bouillon q

1S61 à des particuliers qui le d

emplacement fut percée, en li

Barbette, ainsi nommée, pour

rue Vieille-Barbette , qu'on t

Vieille-du-Temple, de manière

Barbette est devenue celle que

jourd'bui la rue Barbette). H lui, il était absent; ils s'en ve tant la maison et les jardins.

Or, Philippe qui avait dissimulé sa colère, c'était pas homme k laisser la sédition impunie; quelques jours plus tard, le prévôt faisait une enquête sévère et le dimanche suivant, on put voir le long des remparts vingt-huit cadavres de pendus s'entrechoquer à chaque coup de vent.

Le bruit courut que les Templiers n'avaient point été tout à fait étrangers à ce soulèvement populaire, et que si la lourde porte du Templs s'était sifacilement ouverte devant ceuxquiétaieDl venus y insulter à l'autorité royale, c'est qa'il< n'avaient fait aucune difficulté pour leur livrer passage.

Quelques historiens ajoutent même que le m(H narque conçut un ressentiment très vif de cetlA affaire et qu'à partir de ce moment, la perte dea Templiers fut arrêtée dans son esprit.

Depuis que les « pauvres soldats du Christ ■ étaient venus demander à Louis le Gros un tfflt i Paris pour y abriter leur tête et nue chapelle poot y prier Dieu, ils étaient devenus de riches et poissants personnages.

Les papes et les rois n'avaient cessé de leur «corder des immunités, des privilèges et des libé' jalités (les particuliers leur donnaient aatsiiCU nous voyons, en 1721, Jean Gennis et sa feni»*

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

d*abord à croire à leur culpabilité et engagea le grand maître Jacques de Molay qui était à Rhodes à voir Philippe et à lui donner l'assurance que tous les bruits qu*on faisait courir contre les templiers étaient dénués de fondement.

Jacques de Molay suivit ce conseil et vint à Paris ; le roi le combla d'honneurs et le choisit pour parrain d*un de ses enfants ; en même temps, il écrivait au pape une lettre pressante pour obtenir Tautorisation sollicitée ; enfin Clément Y lui écrivit :

« Très cher fils en Jésus-Christ, connaissant ton zèle pour la conquête et la défense de la terre sainte, nous ordonnons à ta joie et à ta glorification, parla teneur des présentes, pour le cas où Jes fautes de l'ordre des Templiers exigeraient qu'il fût dissous, brisé et supprimé, que tous ses biens et privilèges, revenus et profits, en quelques choses ou en quelques droits qu'ils consistent, leur appartenant quant à présent ou pouvant leur appartenir dans l'avenir, soient employés au secours de la terre sainte et ne puissent être appliqués à aucun autre usage. Et nous nous engageons, nous et nos successeurs, à ne jamais réclamer pour aucun autre usage, ces biens de ceux qui les tiendront et en auront la garde. »

Philippe n'en demandait pas davantage; le 12 septembre 1307, il adressa à tous les officiers du royaume des circulaires cachetées qu'ils ne devaient ouvrir qu'au jour fixé et à l'heure dite et dans les quelles se trouvait le récit de tous les crimes imputés aux templiers qualifiés « de vrais loups sous la peau d'agneaux » et qui se terminaient par l'ordre d'appréhender au corps chacun des membres de l'ordre.

Le jeudi 12 octobre, on célébrait à Paris les funérailles de la comtesse de Valois et les Parisiens remarquaient la belle prestance du grand maître Jacques de Molay, que le roi avait choisi lui-même pour tenir l'un des coins du poêle, et le lendemain vendredi 13 (I) ils apprenaient avec stupeur l'arrestation de ce même grand maître et de tous les chevaliers ; leurs biens étaient confisqués et les bâtiments du Temple étaient occupés par le roi et sa cour.

On se perdait en conjectures sur cet événement dont on parlait partout ; le roi pour couper court à toute mauvaise interprétation, assembla dans les jardins le peuple et le clergé et fit lire à haute voix par un héraut l'acte d'accusation formulé contre les templiers et qui contenait 127 chefs, voici les principaux .

1* Que les templiers ne croyaient pas en Dieu ;

2* Qu'aussitôt après avoir été reçu dans Tordre, tout nouveau templier était tenu de renier Dieu, de marcher sur la croix et de cracher dessus;

3*" Qu'ils adoraient une tète de bois aux yeux brillants comme la clarté du ciel, et portant le DomdeBaffomet;

4^ Qu'ils avaient trahi saint Louis quand avait été fait prisonnier en Terre Sainte;

5*^ Qu'ils avaient vendu les chrétiens aux in dèles ;

6^ Qu'ils avaient puisé dans le trésor royal co fié à leur garde ;

7*^ Qu'ils commettaient entre eux des actioi contraires aux mœurs ;

8^ Que lorsqu'un enfant venait à naître d'ni femme et d'un templier, ils se rangeaient tous < rond, se passaient l'enfant de mains en mai jusqu'à ce qu'il fût mort; après quoi ils le fa salent rôtif'et se servaient de la graisse pour oii dre leur idole à tête de bois ;

9° Qu'ils avaient coutume d*avaler les cendn des frères morts ;

* 10^ Qu'ils se ceignaient les reins d'une ceintai destinée à détruire certains maléfices;

11^ Qu'enfin ils recevaient la défense de ba] tême et qu'ils n'entraient qu'à reculons dans ur maison où se trouvait une femme nouvellemei accouchée.

Voici « les cas et forfaits pour quoy les teno pliers furent pris et condamnés à morir ».

139 templiers et le grand maître furent p< ordre de l'inquisiteur de Paris jetés au cachot < chargés de fers ; on leur accorda douze deniei pour leur subsistance sur lesquels on leur c retenait trois pour coucher, deux pour la cuisine i deux pour ôter et remettre leurs fers chaque fo qu'ils comparaissaient devant les commissaire

Vingt-six princes ou grands de la cour se d clarèrent leurs accusateurs.

Le pape lança une buUe d^excommunicatio contre toute personne qui leur prêterait aidi secours ou asile.

On promit la vie, la liberté et la fortune, an chevaliers qui feraient des aveux.

Les autres furent mis à la question et soum aux plus afi'reuses tortures.

Pendant ce temps, des inquisiteurs spécian étaient chargés d'informer contre les tempUei dans les difi'érentes provinces de France.

Le sort des malheureux qui pourrissaient dai les cachots de Paris était si épouvantable, qu plusieurs d'entre eux moururent de faim et q« d'autres se donnèrent la mort.

On ne se contentait pas de soumettre les ac cusés aux épreuves ordinaires de la torture, te les que le chevalet, les bottines, etc., on inven! pour eux des supplices exceptionnels.

On leur arrachait les dents; un malheurea chevalier montra qu'on lui en avait arracn quatre.

On leur brûlait les pieds, au point d'en fair tomber les os et, chose horrible à penser, o allait jusqu'à leur suspendre des poids à tous i€ membres, même aux parties génitales.

Trente-six chevaliers expirèrent au mib®^ ces affreux tourments.

— Qaant à moi, dit Ponsard de Giry, dans son Dtarrogatoire, on m*a lié les mains derrière le |06 d'une manière si forte, que le sang coulait ^ar les ongles, et bien qu*en cet état, je fus enerré pendant une heure dans une basse fosse.

— J*ai été tant torturé, raconte Richard de Fado à ses juges, on m'a tenu si longtemps levant un feu ardent, que la chair de mes talons sst brûlée ; il s*en est détaché ces deux os que je rous présente. Voyez, continua-t-il en montrant ses os, ils manquent à mon corps.

Enfin, le synode provincial assemblé et présidé par une &me damnée de Philippe, Marigny, archevêque de Sens, frère du ministre Ëagherrand de Marigny, condamna au feu cinquante-six templiers — remettant à plus tard le soin de juger le grand mattre et les dignitaires de Tordre. L'exécution de ces cinquantes-six chevaliers eut lieu hors de la ville, à Vincennes.

Philippe-le-Bel fit lier les cinquante-six condamnés chacun à un poteau et il leur fit mettre le feu aux pieds et aux jambes avec lenteur et Fun après Tautre, leur faisant dire que celui qui voudrait reconnaître son erreur et les péchés que lui étaient reprochés, pourrait se sauver.

Dans ce martyre, engagés par leurs parents et par leurs amis à se reconnaître coupables, et à ne pas se laisser ainsi déplorablement mourir, aucun n*y consentit ; et au milieu des larmes et des cris de douleur, ils s'écriaient qu'ils étaient innocents de ce dont on les accusait et appelant à eux Taide de Dieu, de la Vierge et des saints, ils moururent héroïquement au milieu des flammes.

Cette première exécution terminée, il fallut songer aux dignitaires, mais en raison même de la qualité des personnages, Philippe remit au pape le soin de les juger.

Or, comme le pape se souciait médiocrement d'encourir une telle responsabilité et que d'un autre côté, il jugeait imprudent de les faire mettre en liberté, il prétexta des afi'aires nombreuses et multiples qui ne lui laissaient pas le loisir nécessaire pour s'occuper d'une instruction aussi grave et délégua trois cardinaux français pour juger les Templiers qui ne l'étaient pas encore. Ce furent Arnauld de Forges son neveu, Arnaud Nonelli, moine pensionné de France, Nicolas Freauville, frère^prècheur, ancien confesseur du roi, et Marigny.

Les accusés Jacques de Molay, grand maître, Hugues de Péralde, visiteur, Galfride de Gonaville, précepteur d'Aquitaine et de Poitou et Guy frère du dauphin d'Auvergne.

Us furent condamnés à la prison perpétuelle et à être exposés sur un échafaud pour entendre la lecture de leur jugement.

Au mois de mars 1313, un échafaud fut dressé dans la petite lie aux Vaches (qui fut réunie plus tarda la Cité et où se trouve aujourd'hui le terreplein du PontrNeuf).

Les quatre condamnés, chargés de chaînes, y furent amenés par le prévôt de Paris.

En face d'eux, on avait allumé un bûcher destiné à leur faire comprendre à quoi ils s'exposaient s'ils ne persistaient pas dans les aveux qu'on prétendait qu'ils avaient faits.

Les prélats-juges assistaient à cette lugubre cérémonie.

Ils prirent la parole et commencèrent par établir la culpabilité de Tordre, par louer le zèle du pape et le désintéressement du roi, puis, ils avertirent les condamnés que s'ils voulaient échapper à la mort, ils devaient confesser hautement leurs méfaits.

Hugues de Péralde et Galfride de Gonaville consentirent à tout, mais quand ce fut le tour des deux autres ils se révoltèrent, accusèrent leurs juges et Jacques de Molay s'écria en s'adressant au peuple massé autour de l'échafaud :

« — U est bien juste que dans un si terrible jour et dans les derniers moments de ma vie je découvre toute l'iniquité du mensonge et que je fasse triompher la vérité : je déclare donc à la face du ciel et de la terre, et j'avoue quoiqu'à ma honte éternelle , que j'ai commis le plus grand de tous les crimes ; mais ce n'a été qu'en convenant de ceux qu'on impute avec tant de noirceur à un ordre que la vérité m'oblige de proclamer innocent. Je n'ai même consenti à la déclaration qu'on exigeait de moi, que pour suspendre les douleurs excessives de la torture et pour fléchir ceux qui me les faisaient souffrir. Je sais les supplices qu'on a fait subir à tous ceux qui ont eu le courage de révoquer une pareille confession, maisrafi'reux spectacle qu'on me présente n'est pas capable de me faire conflrmer un premier mensonge par un second ; à une condition si infâme, je renonce de bon cœur à la vie qui ne m'est déjà que trop odieuse. »

Un long murmure d'étonneraent se produisit parmi les assistants à l'audition de ces paroles.

A son tour, le précepteur de Normandie, Guy d'Auvergne fit à peu près la même déclaration et au milieu de la surprise générale, il fut coupé court à la cérémonie et les condamnés furent reconduits en prison.

Lorsque Philippe le Bel apprit ce qui s'était passé, il entra dans une fureur terrible et sans se soucier davantage du jugement, du pape et do ses délégués, il ordonna au prévôt de faire dresser immédiatement un autre bûcher à la place du premier, d'y conduire les deux condamnés rebelles et de les y brûler à petit feu, de manière à leur laisser le temps de se rétracter et d'implorer

leur grâce.

Ce qui fut exécuté.

Deux poteaux de huit pieds de haut fui*ent dressés au milieu d'un bûcher composé de lits alternatifs de b'xhes et de paille. Les deux hommes déshabillés furent revêtus d'une chemise

HISTOIRE NATIONALE DE PAftIS ET DES PARISIENS

Philippe le Bel, ae ee cro;ant pas en lûreté. Tint chercher un refuge à U tour du Temple. (Paga 143, ctÀ. S.)

soufrée et liés aux poteaux et avec des cordes et une chaîne de fer qui leur embrassait le corps. Pais on mit le feu au bûcher.

Ce fut UD horrible et grand spectacle, auquel assista le rot en persouoe, que celui de ces deux martyrs à demi grillés, criant encore à l'ioj'istice et à la calomnie.

''On raconte que presque étouffé par la fumée et disparaissant dans les Qammes, J. de Molay ajourna ClémenlVà comparaître danslesquarante

jours et Philippe le Bel dans l'année, devant le tribunal de Dieu ; ce qui est certain, c'est que le pape mourut le 20 avril suivant et le roi le âO novembre 1314.

Dans la nuit qui suivit ce meurtre odieux, des gens inconnus se glissèrent vers le lieu de l'exécution et recueillirent pieusement les cendres des victimes.

Après la destruction de l'ordre du Temple, leurs biens immobiliers furent donnés à l'ordiA

La tour du Temple.

de Saint-Jean de Jérusalem (Malte), et le Temple de Paris devint alors le chef-lieu du grand prieuré de France, et on b&tit sur l'emplacement de la chapelle une église gothique accompagnée d'un petit porche antique et enrichi k l'entrée d'une coupe soutenue par six gros piliers.

Cette église dans laquelle quatre confréries furent établies, celle du Saint- Sacrement, celle

de Notre-Dame de Lorette, celle de Sainte Anne fondée par les menuisiers de Paris en 16S3 et celle de Saint-Claude, formée par les marchands de pain d'ëpices, fut démolie en 1789.

On y envoyait par riaée, dit Sauvai, le jour de Saint-Simon Saint-Jude, les niais chercher des nèfles.

Le Temple possédait une vaste culture dans la-

Aacieuae église du Teupla

quelle les templiers avaient fait construire un grand chantier qui donna son nom à une rue (devenue partie de la rue des Archives) et sur le terrain duquel fut hàti plus tard l'hôtel deRoban- Soubise.

Le reste était des marais, qu'on louait à des maraîchers.

Les terrains situés au nord de l'enclos furent convertis plus tard en un boulevard et sur ce qui restait on perça en 1695, la rue de Vendôme (devenue rue Béranger vers i860).

Le Temple a été le dernier lieu d'asile ouvert aux criminels, aux prévenus politiques et aux débiteurs qui ne pouvaient y être arrêtés. Ce droit a subsisté jusqu'à la révolution de 1789, c'était pour le grand prieur la source d'un revenu considérable, car tous les bâtiments étaient loués à ceux qui venaient y chercher un asile.

Le dimanche, les réfugiés au Temple pouvaient sortir sans crainte d'arrestation.

La tour subsista jusqu'en 1811 ; plusieurs personnages célèbres, entre autres Louis XVI et sa famille, y furent détenus, ce qui nous obligera à en reparler, ainsi que de la rotonde et du square.

Sur l'emplacement du vaste enclos du Temple, OD ouvrit en 1809 la halle au vieux linge, la place de la rotonde du Temple, les rues Gafarelli, Dupetît-Thouars, Dupuis, Perrée et de la Petite Corderie.

Quelques mots encore sur l'ordre du Temple.

En 1808, une somptueuse cérémonie funèbre était célébrée à Paris dans l'église de Saint-Paul Saint-Antoine, pour l'anniversaire du supplice de Jacques de Molay ; l'église était tendue de noir et au milieu de la nef s'élevait un splendide catafalque orné de la couronne et des insignes du grand maître. Un trône était dressé à côté du catafalque pour les chefs de l'ordre et l'infanterie de ligne faisait la haie.

En 1821, cette cérémonie eut lieu à Saint-Ger-

ISO

tilSÏOlRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

main TAuxerrois et en 4839, à Téglise des Petits- Pères.

Certains personnages s'étaient avisés de produire une charte datée de 1324, signée Jean Larmenius, qualifié grand maître et en vertu de laquelle, prétendaientrils, une succession de grands maîtres s'était perpétuée jusqu'à l'époque contemporaine ; et ils avaient établi un couvent magistral pour les réunions de l'ordre, 16, rue Notre- Dame-des-Victoires. Ils y conservaient des archives composées de plusieurs objets ayant appartenu à J. de Molay, entre autres son épée, le casque de Guy d'Auvergne, etc. En 1811, le grand maître était un médecin, Fabré Palaprat.

En 1841, le palais de l'ordre est situé place Royale, mais à partir de ce moment le fil conducteur échappe et bien qu'en 1863, le capitaine Madaule eût été initié à Tordre, nous ne pensons pas que cette résurrection ait pu traverser 1848 ; et le dernier bailli, juge de Tulle, écrivit le 5 décembre 1863 à l'auteur de V Histoire des Chevaliers Templiers « le présent pour l'ordre, c'est la torpeur et la mort. »

Revenons à l'ordre chronologique des événements. D'abord mentionnons que ce fut en 1309 que le roi donna aux carmes la maison dans laquelle ils s'établirent au bas de la montagne Sainte-Geneviève, tout près de la place Maubert. Ces moines trouvèrent surtout chez sa troisième femme, Jeanne d'Evreux, une protectrice zélée.

Pour effacer dans l'esprit du peuple les tristes épisodes du drame dont les Templiers avait été victimes, Philippe résolut en 1313 de donner une fête brillante à laquelle furent conviés Edouard II roi d'Angleterre, Isabeau sa femme et les principaux seigneurs anglais.

Il s'agbsait pour le roi d'armer ses fils chevaliers.

C'était alors une cérémonie fort importante que l'ordination d'un chevalier. A celle-là étaient réservés tout l'éclat, toute la pompe, tout l'appareil, toute la minutie des rites, toute la rigueur des préceptes. L'église ne consacrait pas seule le chevalier, mais elle avait les prémices de cette consécration. La prise d'armes du chevalier commençait comme une prise de froc monacal. Par cette intervention dans un acte aussi solennel, elle se flattait de dominer l'esprit militaire.

Toutefois, les fils d'un roi étaient naturellement dispensés de la plupart des conditions imposées aux fils des simples nobles.

Philippe le Bel voulut donc que la fête fût splendide, mais il n'était pas d'avis d'en supporter seul les frais, bien que l'or qu'il avait pris au Temple eût pu le lui permettre facilement, et il s'adressa aux Parisiens qui, sans murmurer, contribuèrent pour une somme de dix mille livres aux dépenses occasionnées par cette ordination de chevalerie.

Toutes les rues furent tapissées et illuminées le soir pendant huit jours.

Ce fut pendant les fêtes de la Pentecôte que les cérémonies eurent lieu.

Les princes et les seigneurs du royaume se firent un devoir d'y assister et ils y étalèrent à l'envi la magnificence de leurs harnais et de leurs habits, dont ils changèrent jusqu'à trois fois par jour.

Les corporations figurèrent dans le cortège des jeunes princes, chacune avec un chef-d'œuvre. Le premier jour, le roi donna un festin où rien ne fut épargné.

Louis, roi de Navarre, son fils aine, traita le lendemain la cour et la ville.

Le troisième jour fut célébré par le roi d'Angleterre dans le jardin de Saint-Germain -des -Prés, où il avait fait dresser des tentes d'étoffes de soiebrochées d'or.

On remarqua, comme une chose singulière, qu'on servit les convives à cheval et que la salle du festin fut éclairée d'une infinité de flambeaux, bien qu'on fut en plein midi.

Quelques jours après, Philippe traita toutes les dames au Louvre et leur fit des présents considérables.

Le comte de Valois et le comte d'Évreux donnèrent aussi des fêtes qui eurent l'approbation de tous.

« Sur des théâtres élevés en plein vent et entourés de riches courtines, on vit Dieu manger des pommes, rire avec sa mère, dire ses patenôtres avec ses apôtres, susciter et juger les morts. Là, furent entendus les bienheureux choristes en paradis, dans la compagnie d'environ quatrevingt-dix anges et les damnés pleurer dans un enfer noir et puant, au milieu de plus de cent diables qui riaient de leur infortune.

« Là furent représentés maints sujets de l'Écriture; l'état d'Adam et Eve devant et après leur péché, la cruauté d'Hérode, le massacre des Innocents, le martyr, de saint Jean-Baptiste, l'iniquité de Gaïphe et la prévarication de Pilate qui, cependant ses mains lave. »

G' est la première mention que nos vieux historiens font de représentations dramatiques, a.joutons que les rôles de femmes étaient remplis par des jeunes garçons. On représenta aussi la procession du renard. C'était une procession satirique qui plaisait fort à Philippe le Bel et que le peuple applaudit avec transport, parce qu'elle était dirigée contre le pape Boniface VIII.

Un homme vêtu de la peau d'un renard, mettait par-dessus un surplis, et chantait l'épitre comme un simple clerc. Ensuite, il paraissait avec une mitre et enfin avec la tiare, puis courait après les poules et les poussins, les croquant et les mangeant pour signifier et caricaturer les exactions du pape.

Le roi et toute sa suite, placés aux fenêtres du palais qu'il venait de faire réparer et agrandir, semblaient prendre un grand plaisir à ce spectacle.

Paris était en liesse, jamais le populaire n'avait assisté à pareille fête, il oubliait qu'il avait le ventre creux et les poches vides.

« On donna selon la coutume, dit un historien, des robes neuves à tous les grands ; on vit encore des hommes sauvages et des rois de la fève, mener grands rigolas. Des ribauds en blanche chemise, agacer par leur beauté, liesse et gaieté; des animaux de toute espèce marcher en procession ; des enfants de dix ans jouter dans un tournoi ; des dames caracoler de beaux tours, des fontaines de vin couler, le grand guet faire la garde en habit uniforme, toute la ville baller, danser, et se déguiser en plaisantes manières.

« Puis, quand on crut tout fini, les bourgeois de Paris partirent en bon ordre de Téglise Notre- Dame, bien armés, équipés lestement, et vinrent passer au nombre de vingt mille cavaliers et trente mille hommes de pied auprès du Louvre, afin d'être passés en revue par le roi qui se tenait aux fenêtres. Ils allèrent de là dans la plaine de Saint- Germain-des-Prés appelée le Pré-aux-Clercs, se mirent en bataille et firent l'exercice.

c( Les Anglais étaient étonnés que d'une seule ville, il pût sortir tant de gens valides et prêts à combattre. »

Il est vrai que le nombre de 50,000 hommes semble un peu exagéré, mais on le trouve répété dans plusieurs chroniques du temps.

Un épisode moins gai de la fête était réservé pour le dernier jour, les princes et les seigneurs se rendirent à l'église Notre-Dame où Nicolas, le légat du pape, prêcha chaleureusement en faveur d'une nouvelle croisade.

Mais ce sermon n'obtint qu*nn très faible succès et les assistants ne parurent nullement disposés à s'y conformer; cependant les rois présents promirent de prendre la croix et quelques dames, à leur exemple, s'engagèrent à accompagner leurs maris, mais ce fut un simple acte de déférence ; on sentait que l'enthousiasme faisait défaut.

Un accident fâcheux signala la fin de tout ceci.

A l'issue des fêtes, Philippe avait conduit le roi d'Angleterre et sa femme à Pontoise; pendant la nuit, le feu prit dans la chambre où couchait le monarque étranger, ils n'eurent, lui et sa femme, que le temps de se sauver en chemise ; le mobilier et leurs riches vêtements furent consumés.

Les trois princes, en Thonneur desquels ces fêtes avaient été données, étaient mariés : l'atné Louis avait épousé Marguerite de Bourgogne, Philippe Jeanne de Bourgogne et Charles Blanche de Bourgogne. Ces trois princesses, ou tout au moins deux, — Marguerite et Blanche, — car Jeanne fut mise hors de cause, é taien t de mœurs fort dissolues ; elles vivaient à l'abbaye de Maubuis-

son et entretenaient des relations coupables avec deux gentilshommes normands, Philippe et Gaultier d'Aulnay. Philippe le Bel en ayant été informé, ordonna en 1314 l'arrestation des deux frères d'Aulnay qui avouèrent leur faute au milieu des tortures et furent condamnés à être écorchés vifs, châtrés, décapités et pendus par les aisselles. Marguerite et Blanche, après avoir eu la tête rasée, furent conduites au Château-Gaillard où elles eurent à endurer toute sorte de soufl'rances. Lorsque le mari de Marguerite arriva au trône en 1315, sous le nom de Louis le Hutin, il sç débarrassa de sa femme en la faisant étouffer entre deux matelas.

Bien que ces faits soient complètement étrangers à rhistoire de Paris, nous avons cru devoir les relaterici, afin de détruire l'opinion erronée qui fait de Marguerite de Bourgogne l'héroïne sanglante de la tour de Nesle. Jamais cette princesse n'habita la tour de Nesle, et les historiens ne s'accordent pas sur le nom de la princesse célèbre par ses amours avec Buridan, recteur de l'Université en 1347. Quelques-uns pensent que c'est peut-être Jeanne, femme de Philippe le Long, mais rien ne saurait venir à l'appui de cette opinion. Brantôme, eu parlant d'une princesse qui se tenait à la tour de Nesle de Paris et qui faisait le guet aux passants, tait son nom, et le poète Villon n'est pas moins discret.

Cependant, il faut remarquer que Jeanne de Bourgogne, veuve de Philippe le Long, habita pendant huit années l'hôtel de Nesle et mourut le 21 janvier 1329, laissant une réputation de galanterie Qui parait suffisamment établie.

L'hôtel de Nesle, depuis longtemps disparu, occupait l'emplacement des rues de Nevers, de Nesle et Guénégaud, de l'hôtel des Monnaies actuel, et s'étendait jusqu'à la porte et la tour Philippe Hamelin (aujourd'hui pavillon gauche de l'Institut).

En 1308, l'hôtel de Nesle devint, moyennant 5,000 livres, la propriété de Philippe le Bel, qui l'acquit d'Araauri de Nesle, prévôt de l'île. Charles V en fit don au duc de Berry en 1380. Il passa, en 1446, à Charles YII qui le donna à François de Bretagne. En 1461, il appartenait au duc de Charolais. En 1552, il fut vendu par lots aux enchères. Le duc de Nivernais l'acquit en 1580 et le modifia; il devint l'hôtel de Nevers.

En 1646 l'hôtel de Nevers passa à la famille Guénégaud, puis en 1670 à celle de Conti. Enfin, en 1768, on a élevé l'hôtel des Monnaies et des constructions particulières sur son emplacement.

Nous avons vu le luxe déployé aux fêtes de l'ordination de la chevalerie aux fils de Philippe le Bel; ce luxe ne concernait absolument que les grands de la cour et, dès les premières années de son règne, ce prince avait établi des lois somptuaires destinées à réglementer jusqu'au repas des Parisiens.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

« Nul, est-il dit dans une de ces lois, ne donnera au grand mangier (c'est-à-dire au souper) que deux mets et un potage au lard, sans fraude ; et au petit mangier (le dîner) un mets et un entremets. Les jours de jeûne, deux potages aux harengs et deux mets, ou bien un potage et trois mets. Dans ces jours, il n'y aura qu'un seul repas. On ne mettra dans chaque écuelle qu'une manière de chair ou de poisson. Le fromage n'est pas on mets s'il n'est en pâte ou cuit à Feau. »

Ainsi les gens n'avaient pas le droit de se nourrir à leur guise, et ils encouraient une amende s'ils se permettaient de manger à leur dîner un plat de plus que l'ordonnance le portait.

Il est vrai qu'en temps ordinaire, Philippe donnait l'exemple delà sobriété; on ne servait jamais que trois plats sur sa table, et il ne buvait que du vin d'Orléans.

A cette époque l'eau-rose parfumait les boissons, entrait dans tous les ragoûts et faisait les délices de la table.

Si la nourriture des Parisiens était réglementée, il en était de même de leur toilette.

Il n'était permis aux ducs et aux comtes les plus riches que quatre vêtements par an, autant à leurs femmes; deux aux chevaliers mariés, un seul aux célibataires, aux dames ou demoiselles, à moins qu'elles ne fussent châtelaines.

L'habillement des hommes consistait en une sorte de longue soutane ou tunique, et par-dessus, un manteau qu'on attachait sur l'épaule droite, afîn qu'étant ouvert de ce côté, on pût avoir l'entière liberté du bras droit.

L'habit court, excepté à l'armée, était celui des valets.

Le bonnet était la coiffure du clergé et des gradués. Il s'appelait mortier quand il était de velours. On le galonnait, on en variait les couleurs et les ornements ; le peuple se coiffait de chaperons et de capuchons; les hommes d'armes portaient un petit chapeau de fer, diminutif du heaume et du casque, incommodes par leur pesanteur.

Depuis le règne de Louis le Jeune l'usage des armoiries s'était généralisé; sous Louis IX on porta des habits armoriés en étoffe de la couleur du champ de l'écu, les emblèmes héraldiques étaient figurés dessus par un procédé nommé batture. il y eut des robes parties et écartelées, c'est-à-dire dont chaque face représentait deux ou quatre blasons.

Plus tard, on substitua la broderie d'or, d'argent et de soie à la batture.

Joinville raconte s'être plaint un jour à Philippe le Hardi de la dépense que cette mode occasionnait et ce fut pour la restreindre, que Philippe le Bel légiféra.

Sous Philippe le Bel les femmes portaient leur

robe relevée sous le bras ou attachaient par des épingles sur les deux hanches, les pans du surcoi.

Elles se coiffaient d'unerésille appelée crépine, des sachets en pointe répondaient aux touffes de côté, c'est ce qu'on appelait des camés; elles devinrent si volumineuses, qu'un évèque de Paris décréta dix jours d'indulgence en faveur dé ceux qui honniraient danis la me les femmes ainsi coiffées.

Ce fut aussi sous le règne de Philippe le Bel que led femmes commencèrent à s'entourer le coa d'une pièce de linge prise dans l'encolure delà robe, et qu'on toumait plusieurs fois autour du cou jusqu'à la hauteur du menton et des oreilles ; elle était attachée par des épingles aux tampons latéraux de la coiffe, — c'est ce qu'on nommait une touaille.

Les souliers à la poulaine étaient en vogue pour les deux sexes, sous Philippe le Bel ils arrivèrent pour les élégants à mesurer deux pieds de long, à cette pointe relevée ils attachaient des grelots. Un historien traite cette miode d'outrage fait au créateur mais il ajoute : « quand les hommes se fâchèrent de cette chaussure aiguë, furent faites des pantoufles si larges devant^ qu'elles excédaient de largeur la mesure d'un bon pied, et ne savaient les hommes, ajout e-t-il, comment ilis se pouvaient déguiser. »

(Les.cbrdohniers qui fabriquaient alors ces souliers demeuraient dans la rue des Fourreurs, dite alors de la Gordouannerie. Ce fut en 1^5 qu'ils l'abandonnèrent pour se rapprocher de la Halle. Ce ne fut qu'au xvii* siècle que la rue de la Gordouannerie, dont le nom venait des cuirs de Gordoue qu'employaient les cordouanniers, s'appela rue des Fourreurs ; elle dispamt lors de la percée de la rue des Halles).

On voit qu'à toutes les époques, les Parisiens eurent un faible pour les modes excentriques.

On vivait beaucoup au dehors au commencement du XIV* siècle ;

Les halles étaient surtout Je quartier bmyant par excellence, c'était le foyer des émeutes, le rendez-vous des ennemis de la noblesse, c'était là que les princes allaient haranguer humblement la foule et mendier ses bonnes grâces; c'était là qu'on allait lire les traités de paix, ordonnances royales, convocations d'assemblées, etc.

Dans la me Saint- Martin se tenaient les gens des métiers les plus sales et les plus turbulents, les bouchers, les tripiers, les tanneurs, etc..

Les flâneurs fréquentaient la porte Baudoyer, rendez- vous des oisifs et des nouvellistes.

Les débauchés s'en allaient, dans les vilaines rues que nous avons citées et dans les environs du bourg l'Abbé dont les habitants, dit M. Emile Haffner, n'avaient point alors une réputation de chasteté; leur esprit même était l'objet d'un doute et l'on désigna longtemps à Paris les imbéciles et les libertins par ce dicton : « Ge sont

U c«ml« JonrdaiD tut treloé par les geat du peupla jusqu'i Hontraucon, la 22 mai 1323. (Page 1S3, col. 1.)

pot de la rue Bourg-l'Abbé, ils ne demandent qu'amour et simplesse. »

On y faisait force ripailles et les oies que l'on «helail Rue oà ton cuist Us oës ou ouet (cette nie prit le nom de rue aux Oues qu'on finit, par tomiption, par appeler rue aux Ours), formaient I» biM des festins des bourgeois ; tout comme au unboarg Saint-Marcel, quartier pauvre, sale, ''■AaTe, où les cabanea et les masures étaient p™p*e8 confusément, de misérables écloppéa, de psovres mendiants, des truands, de» jongleurs et des tire-laine gronillaient au milieu de ruelles etde ^-de-Bac immondea, quigrimpaient, couraient Liv. 20

et s'entre-croisaientau hasard, et, dans ces cloaques infects mêlés à des champs de verilu^e, vivait une population étiolée, soufircteuse, d'artisans en cuir et en bois, dont la mine h&ve et l'aspect malingreux donnaient le frisson au bourgeois qui s'égarait dans ces parages confinant au quartier de laMontagne-Sainte-Geneviève, toute peuplée d'écoliers et de maîtres es sciences et es arts.

Mais c'était toujours le Pré-aux-CIercs qui

étut la promenade favorite des Parisiens, qui

ne se lassaient pas d'admirer ses pelouses semées

de fleurs des champs, ses petits arbustes sauva-

ges, ses haies vives et ses genêts ; toutes les classes, toas les partis, tous les frocs, clercs, chevaliers, trouvères, bourgeois ou soudards, boutiquières, ribaudes ou « petites manantes en tabelier » s'en allaient, poussés par Thabitude, vers ce fameux Pré-aux-Cleres , où souvent ils étaient assaillis par des hommes d'armes, armés jusqu'aux dents, qui les invitaient avec rudesse à les suivre à la geôle du monastère pour y rendre compte devant le bailli de Finfraction commise par inadvertance aux droits de franchise exclusifs que possédait monseigneur Tabbé sur les domaines d'alentour.

Et parfois, ceux qu'ils faisaient prisonniers dans le journée allaient dès le soir même payer de leur vie leur escapade sur le pilori de la place Abbatiale.

Piloris et gibets il n'en manquait pas dans la bonne ville de Paris I

La place de Grève et le Marché aux pourceaux en étaient pourvus.

Toutefois, la première exécution capitale faite sur la place de Grève dont l'histoire fasse mention est celle de Marguerite de Hainaut, surnommée Porette, qui y fut brûlée vive, en compagnie de Guyart de Cressonnessard, clerc du diocèse de Beauvais, accusés tous deux d'hérésie.

La place de Grève, au commencement du xii' siècle, faisait partie d'un fief appartenant aux comtes de Meulan ; c'était déjà le centre d'un des quartiers populeux de la ville ; ces comtes donnèrent la Grève aux évoques de Paris et l'un d'eux céda ce fief au roi qui lui donna en échange tout ce qu'il possédait à Gombs et à Ruvigny près la forêt de Sénart.

En 1141, Louis VII vendit aux bourgeois de Paris la propriété de la place de Grève moyennant soixante-dix livres et l'acte porte : « Nous cédons à perpétuité cette place voisine de la Seine, que l'on appelle la Grève, où existe un ancien marché, afin qu'elle reste vide de tout édifice ou de tout autre objet qui pourrait l'encombrer. »

Que de sang fut versé sur cette place, depuis le jour où, devenue lieu ordinaire des exécutions,

elle conserva ce triste privilège jusqu'à ce que la révolution de 1830 transportât l'instrument de supplice de la place de Grève à la place Saint- Jacques (20 janvier 1832) !

Il ne put se maintenir à ce dernier endroit.

Depuis 1851 les exécutions capitales ont lieu devant la prison de la Roquette sur une petiio place circulaire bordée par les terre-pleins environnants.

Cinq larges pierres formant un carré et présentant une surface plane au niveau des pavés sont destinées à recevoir les énormes pièces de bois qui servent de base à l'échafaud. Ges pierres sont fixées à demeure et nombre de passants les foulent, sans se douter de leur sinistre utilité.

Il est grandement question de supprimer le nouveau lieu de supplice; un projet de loi présenté aux Chambres, en mars 1879, tend à l'abolition de la publicité en matière d'exécution capitale , les condamnés à mort seraient exécutés à l'intérieur de la prison. Il est certain que des scandales se sont produits autour de l'échafaud par une curiosité malsaine, et tout porte à croire que l'accueil favorable qui a été fait à ce projet va amener la suppression de l'exécution en public.

On peut dire que la loi sur les attroupements date de loin ; en 1305 Philippe le Bel fit proclamer dans sa bonne ville de Paris qu'il était défendu à toutes personnes d'aucun état, métier ou condition, de se réunir au-delà de cinq soit le jour, soit la nuit, publiquement ou en secret. Les délinquants devaient être internés au Ghàtelet et n'être relâchés que sur l'ordre du roi.

Prix des denrées à Paris en 1300 : une livre de sucre 4 sols, une vache 1 liv. 18 sols, un veau 13 sols, une livre de riz 6 deniers, 1000 pommes 10 sols, 1 livre de canelle 9 sols 11 deniers, 1 livre de gingembre 6 sols 7 deniers. Selon M. Desmazes, une journée de tailleur de pierres était payée 4 sols 6 deniers; celle d'un maître^ charpentier 9 sols. Le passeur d'eau de Paris, lorsqu'il faisait traverser la Seine au roi Charles V, recevait 2 sols

Louis X. — Le collège de Montaiga. — Enguerrand de Marigny. — Philippe le Long. — La procession. — Les écoliers pécheurs. — Un prévôt pendu. — Les pastoureaux. — Les empoisonneurs. — Charles FV. — Gérard de la Guette. — L'assassin gentilhomme. — Les fêtes légendaires. — Le tournoi des aveugles. — Coutumes diverses.

E fut par la fondation d*un nouveau collège à Paris, que fut inauguré le règne de Louis X. Gilles Aicelin de Montaigu, archevêque de Rouen, mort en décembre 1314, destina par son testament toutes les maisons qu'il possédait à Paris (rue des Sept-Voies), à rétablissement d'un collège pour les pauvres écoliers de Paris; son héritier exécuta ses dernières volontés, mais, étant mort lui-même en 1328, ses frères laissèrent tomber les bâtiments inachevés; toutefois en 1387, Pierre Aicelin de Montaigu reprit l'œuvre et augmenta le nombre des boursiers, à la condition que le collège, qui s'appelait collège des Aicelins, serait nommé collège de Montaigu; en 1494 on y bâtit une chapelle.

Les écoliers étaient vêtus d'une cape et d'un camail, aussi les appelait-on les capètes dé Montaigu ; ces malheureux jeunes gens étaient astreints à faire toujours maigre et jeûnaient perpétuellement, à l'exception d'un petit morceau de piin qu'ils recevaient chaque matin. Le soir ils dînaient d'une pomme ou d'un petit morceau de fromage. Leur entretien ne devait pas coûter au collège plus de dix francs par an.

Aussi ce nom de Montaigu était-il abhorré de la jeunesse parisienne, et les pères et mères ne pouvaient menacer ceux de leurs enfants qui se conduisaient mal d'un plus grand châtiment que de les faire capètes. Pendant les heures qui n'étaient pas réservées aux classes, ils mendiaient dans les rues, et ils étaient si mal tenus que la vermine les rongeait. Rabelais dit de ce collège :

« Ne pensez pas que j'aie mis votre fils au collège de pouillerie qu'on nomme Montaigu ; mieux l'eusse voulu mettre entre lesguénaux des saints Innocents, pour l'énorme cruauté et villenie que j'y ai congnue ; car trop mieux sont traictés les forcés (forçats) entre les Maures et les Tartares, les meurtriers en la prison criminelle, voire certes les chiens en vostre maison, que ne le sont ces malotrus au dit collège; etsi j'étois roi de Paris, le diable m'emporte si je ne mettois le feu dedans

et ferois brûler et principal et régents qui endurent cette inhumanité devant leurs yeux. »

En 1494, en 1501 et 1635, des réformes furent enfin apportées à la condition des écoliers qui cessèrent d'être si mal traités.

Ge collège fut supprimé en 1790, et ses bâtiments furent affectés â une prison militaire.

Une ordonnance royale du 22 juin 1842 porta que la bibliothèque Sainte-Geneviève serait provisoirement transportée dans la partie des bâtiments de l'ancienne prison Montaigu faisant face à la place du Panthéon, et les anciennes constructions du collège furent démolies en 1844.

Nous avons vu, dans l'affaire des Templiers, figurer un Marigny, frère d'Enguerrand de Marigny, principal ministre de Philippe le Bel. Après la mort de ce roi, tout le poids de la haine du peuple et de la jalousie des grands tomba sur le ministre, qui s'étant emporté en plein conseil jusqu'à donner un démenti au comte de Valois, oncle de Louis X, fut incarcéré au Louvre sur Tordre du roi, et de là transféré au Temple, puis à Yincennes, où Louis X assembla les prélats et les principaux seigneurs de sa cour pour, le juger.

Enguerrand parut devant l'assemblée et demanda un délai, afin de pouvoir répondre aux quarante et un chefs d'accusation portés eontre lui par l'avocat Jean d'Asnières*, et parmi lesquels étaient ceux d'avoir altéré les monnaies, pillé les deniers destinés à Clément Y, saccagé les forêts royales, reçu de l'argent des Flamands pour trahir Philippe le Bel, d'être la cause de la disette qui affligeait la France, etc. De plus, on le soupçonna d'empoisonnement et de magie.

On eût pu ajouter que son principal crime était de posséder une fortune représentant environ 40 millions de nos jours.

On ne lui permit pas de se défendre.

Cependant le roi ne pouvait se résoudre à l'envoyer à la mort et conclut au bannissement.

Alors le comte de Yalois, dont la vengeance était loin d'être satisfaite, fit arrêter la femme et la sœur de Marigny, et on trouva des témoins

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qui affirmèrent qu*elleB se servaient d'images de cire qu'elles piquaient au cœur pour tuer le

roi.

On arrêta aussi un magicien nommé Jacques de Lor, dit de Nangis, sa femme et son valet. Cet homme se pendit dans sa prison,sa femme fui brûlée.

Quant h^ Enguerrand, reconnu coupable, il fut condamné à être pendu à la plus haute traverse de bois du gibet de Montfaucon.

Le30 avril 1315, au pointdu jour, cette sentence fut exécutée au milieu d'une foule considérable.

— Bonnes gens, s'écriait Marigny, de la charrette sur laquelle on le transporta, bonnes gens» priez Dieu pour moil

On ne sait s'ils prièrent, mais ce qui est certain, c'est qu'immédiatement après le supplice, ils coururent au palais pour y abattre la statue de l'ancien ministre de Philippe le Bel.

Au-dessous d'Éngiierrand fut pendu Paviot, le valet de Jacques dé Lor.

Pendant la nuit, le corps du ministre fut détaché de la traverse, dépouillé de ses vêtements, et laissé nu auprès du gibet; il fallut le pendre à nouveau après l'avoir rhabillé.

— « C'est, dit l'historien Sauvai, le premier vol en l'air et l'exemple le plus bizarre de la persécution de la fortune, dont vous ayez peut-être ouï parler. »

Bientôt, le roi se repentit d'avoir laissé pendre le ministre de son père ; il comprit qu'il avait été victime d*une intrigue ourdie contre le malheureux Enguerrand, et une commission, nommée pour examiner les comptes de son administration (commission dont le comte de Valois fit lui-même partie), fit un rapport qui déclarait les comptes exacts. Louis X donna alors pleine et entière décharge an supplicié et fit don à ses enfants de 10,000 livres « en considération de la grande infortune qui leur est advenue. »

En 1317, ces enfants furent autorisés à inhumer le corps de leur père aux Chartreux, puis ensuite dans l'église collégiale d'Escouï, qu'Enguerrand avait fondée en 1310.

Ce qui acheva de justifier sa mémoire fut de voir le comte de Valois, tombé en paralysie en 1325, faire une aumône générale aux pauvres de Paris, auxquels on disait par son ordre :

— Priez Dieu pour monseigneur Enguerrand et pour monseigneur Charles de Valois.

Le prince, laissant ainsi mettre le nom d'Enguerrand le premier, faisait un aveu public de l'injustice de sa poursuite.

Il mourut dans l'année ; son corps fut inhumé aux Jacobins et son cœur aux Cordeliers.

Le rappel des juifs ' suivit de près la mort d'Enguerrand de Marigny. Louis le Hutin, qui avait besoin d'argent, leur permit de se rétablir dans le royaume et d'y demeurer treize ans. Cette permissipn Içur coil^ta 122,500 livres. De plus, iU

cédèrent au roi les deux tiers de ce qui leur était dû en France.

Tous leurs livres leur furent rendus, à l'exception du Talmud ; ils furent autorisés à racheter leurs lieux d'assemblée et leurs sépultures, ou à en construire et acquérir d'autres.

Enfin, il fut ordonné qu'ils porteraient sar leur robe de dessus une marque de soie de la largeur d'un tournois d'argent, et de couleor différente de celle de la robe. Philippe le Long, successeur de Louis, confirma ce traité et leur permit même, en 1317, de voyager sans porter la corne à leur bonnet; les plus riches purent même acheter le droit de ne porter jamais ni rouelle ni corne.

Gérard de Horet, qui fut abbé de Saint-Germain-des-Prés de 1258 à 1278, avait une prédilection marquée pour une campagne située aoi portes de Paris, et qu'on nommait le val Boitroo; il aimait à se promener dans cet endroit qui formait une vallée le long de la Seine, et dans laquelle on menait paître de nombreux bestiaux.

L'air y était excellent, la vue des plus agréables ; il songea à y'faire construire une maison de santé, exclusivement réservée aux religieux de son abbaye qui, au sortir de maladie, avaient besoin de respirer l'air pur des champs.

La maison bâtie, il y ajouta un cloître régulier et une chapelle, de façon que les moines convalescents pussent toujours observer la règle qui leur était imposée et accomplir leurs devoirs religieux.

Naturellement, dès que les b&timenls eurent été édifiés, quelques maisons vinrent se grouper alentour et, peu à peu, on se déshabitua de désigner ce lieu sous le nom de val Boitron et on l'appela le val Gérard, du nom de l'abbé.

De val Gérard, une prononciation vulgaire eut bientôt fait Vaugérard, puis enfin Vaugirard, et au XIV* siècle on ne disait plus autrement; un des successeurs de Gérard de Moret, Jean de Précy, autre abbé de Saint-Germain, fit entourer de murs tout le clos de Vaugirard, et comprit dans cette enceinte un moulin qui existait alors.

Bientôt, la population de Vaugirard s'accroissant, les habitants obtinrent de Jean de Précy la permission d'y bâtir une chapelle, et les travaux commencèrent vers 1315 ; toutefois elle ne fut érigée en paroisse qu'en 1342, par Foulques de Chanac, évêque de Paris, â la condition de payer au curé d'Issy 10 livres de rente à titre d'indemnité, 40 sols â la fabrique, et 20 livres de rente au nouveau curé.

Cette chapelle était placée sous l'invocation de Notre-Dame la Vierge; mais en 1453, les reliques de saint Lambert, évêque de Maëstricht, y ayant été déposées, l'église prit le nom du saint et devint un lieu de pèlerinage. En 1455, une confrérie y fut établie en l'honneur du pieux évêque,

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Cette église D'eustail plua lors de la révolution de 1789.

Une chapelle, édlQée par les soins du sire de Sucy, érigée en cure de deuxième classe en 18S7, la remplaça.

Une nouvelle église, aussi sous le vocable de saint Lambert, fut consacrée, ainsi qu'on le verra plus loin, en 1854.

Au mois de juillet 1315, la ville de Paris s'engagea à Toumir au roi 400 hommes À chevalet 3,000 hommes de pied qui seraient payés parles bourgeois. Personne ne devait être exempt de la taxe nécessaire à l'entretien de cette soldatesque, et le prévAt de Paris fut chargé de prêter mainforte pour la faire payer.

Par le môme acte, Louis offrit l'affranchissement à tous les serfs de ses domaines, moyennant une corapensation des émoluments que ces servitudes pourraient produire à lui et k ses successeurs.

Malheureusement peu de gens purent profiter

de ce moyen d'acquérir leur liberté, n'ayant pas le moyen de la payer.

Louis X mourut à Vincennes le {S juin 1316. Son corps fut apporté en grande pompe à l'église cathédrale et, de là, conduit à l'abbaye de Saint- Denis.

Son frère, Philippe dit le Long, k cause de sa grande taille, était à Avignon, lorsque cette mort arriva; il ne revint à Paris qu'un mois après, et trouva le comte de Valois, son oncle, à la tête d'un parti disposé â lui disputer la régence.

Dans cette conjecture, la ville de Paris se montra toute disposée à soutenir ses droits.

La bourgeoisie prit les armes sous la conduite de Gaucher de Ch&tillon et chassa les, soldats du comte de Valois, qui s'étaient déjà emparés du Louvre.

Philippe convoqua le Parlement et fut déclaré régent pendant dix-huit ans si la reine Clémence, qui était grosse, accouchait d'un fils.

Ce fut ce qui arriva.

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Mais le prince, né roi, ne vécut que quelques jours, et la couronne passa du neveu à Toncle, c'est-à-dire à Philippe, qui se fit reconnaître comme roi dans une assemblée tenue à Pers dans les premiers jours de février i3i7, où se trouvèrent les prélats du royaume, les princes et les principaux bourgeois de la ville.

Peu de temps après son avènement au trône, Philippe perdit son fils Louis, qui fut inhumé aux Gordeliers. A cette occasion, il fonda une chapelle au Ghâtelet, sous le titre de la Vierge, de saint Louis et de saint Didier. Un chapelain, fut chargé d'y officier chaque jour.

La même année, fut fondé à Paris le collège de Narbonne, rue de la Harpe, par Bernard de Farges, pour y recueillir neuf pauvres écoliers du diocèse de Narbonne.

Pierre Roger, natif de Limoges, et devenu pape sous le nom de Clément YI, augmenta le revenu de ce collège dans lequel il avait étudié. En 1599, Texercice public des basses classes y fut introduit. En 1760, on reconstruisit le collège dont on réunit les biens à l'Université, trois mois après.

En 1318, Tévèque de Paris convoqua tout le clergé de la ville pour la translation des reliques de saint Magloire.

Une procession commença au sortir de Téglise de Saint-Magloire, rue Saint-Denis, et alla par la rue aux Ours, au cimetière de Saint-Nicolas-des- Ghamps, où huit bourgeois, vassaux de Fabbaye qui portaient la châsse renfermant les reliques du saint, la déposèrent sur unéchafaud.

A la tète de la procession, trois cents prêtres portaient trois cents torches de neuf livres chacune; puis venaient les religieux, les chanoines, les prêtres séculiers en habits de cérémonie; ensuite, c*était Tabbé portant la tête du saint, les abbés de Saint-Germain-des-Prés, de Sainte-Geneviève, des évêques, la reine Glémence, veuve de Louis X, et Jeanne de Bourgogne, femme du roi.

Toutes les rues étaient ornées de tapisseries.

Ghacun fut admis à baiser les os du saint qu'on transféra publiquement d'une vieille châsse dans une neuve, et les présents commencèrent : la reine donna au clergé de Saint-Magloire deux lampes de vermeil , la reine Glémence, des draps de soie, etc.

Les écoliers n'avaient garde de manquer à cette cérémonie dont la relation fut mise en vers français. Gependant ils se brouillèrent encore avec l'abbé de Saint-Germain-des-Prés : ils avaient pris l'habitude d'aller pêcher dans la Petite- Seine, et un jour les religieux, vexés de voir que les écoliers prenaient de magnifiques poissons, voulurent les contraindre à les leur donner et à cesser de pêcher.

Les écoliers refusèrent, et les coups de poing et de bâton commencèrent à s'échanger.

Quelques yeux de moines furent pochés, des poignées de cheveux des écoliers restèrent aux

mains de leurs éternels ennemis, et il en résulta une plainte mutuelle portée par les deux partis.

Il parait que l'enquête fut longue et le différend difficile à juger, car, après que 1& Parlement s*en fût mêlé, que les doyens de Ghartres et de Poitiers eurent suffisamment embrouillé l'affaire, elle ne put être vidée définitivement qu'en 1345, c'est-à-dire 27 ans plus tard !

Au reste, ces sortes de procédures étaient toujours traînées en longueur; vers le même temps, les Gordeliers élevèrent des débats sur une question qui passionna nombre de gens; il s'agissait de faire décider si le capuchon de saint François était rond ou pointu; et les discussions soulevées par cet important sujet durèrent jusqu'au XVI* siècle.

Le second fils du roi, Louis, comte d'Evreux, mourut en idi9.

En 1320, ce fut une affaire vraiment grave qui occupa les Parisiens. Le prévôt de Paris, Henri Tapperel, fut condamné à la peine de mort pour crime de concussion. Il retenait dans les prisons du Ghâtelet un meurtrier, homme riche qui venait d'être condamné à la peine capitale et était sur le point d'être exécuté, lorsque le prévôt gagné par une grosse somme d'argent, substitua à sa place un pauvre diable innocent qu'il fit conduire au gibet, tandis que le véritable coupa ble prenait la clef des champs.

Le roi, informé de la façon dont son prévôt entendait la justice le fit arrêter, on nomma des commissaires enquêteurs qui affirmèrent le fait et Henri Tapperel fut accroché au gibet de Montfaucon.

De sourdes rumeurs se répandaient dans Paris, on reparlait des Pastoureaux qui s'étaient soulevés sous le règne de saint Louis et on disait qu'ils ravageaient la province au nombre de quarante mille, ayant à leur tète deux « truffeurs » un moine apostat et un curé chassé de sa cure pour ses crimes.

Ges paysans prétendaient, comme leurs devanciers, qu'à eux était réservée la délivrance de la terre sainte ; comme eux aussi, ils ne portaient d'abord que la besace et le bâton du pèlerin et les vœux de tous les accompagnaient, mais on disait aussi que des éléments impurs s'étaient joints à eux et on racontait qu'ils pillaient les campagnes.

On envoya des hommes d'armes contre eux, ils les massacrèrent.

Gependant quelques-uns furent arrêtés et amenés à Paris ; on les incarcéra dans la prison de Saint-Martin-des-Ghamps et dans celle du Ghâtelet.

Or, Gilles Londe, successeur de Tapperel, était tranquillement dans son logement du Ghâtelet, lorsqu'il reçut avis que les Pastoureaux étaient entrés dans Paris, qu'ils s'étaient rendus à la prison de Saint-Martin-des-Ghamps et qu'ils en avaient tiré les prisonniers.

t>ARlS A TRAVERS LES SIÈCLES

A cette nouvelle invraisemblable, le prévôt répondit par un sourire d'incrédulité, mais il n*eût pas le loisir de discuter longuement sur l*i m possibilité d'une pareille aventure, un bruit Bîogulier frappa tout à coup ses oreilles.

Il lui sembla qu'une porte se brisait et qu'un cli quetis d'armes résonnait dans les salles basses du Chùtelet.

Au même instant, un sergent à la douzaine entra tout bouleversé.

— Messire prévôt, ce sont les Pastoureaux, cria-t-il.

Gilles Londe était un bomme résolu; il s'élança au debors et mettait déjà le pied sur la première marche de l'escalier pour descendre, lorsqu'il se sentit violemment apprébendé par des hommes armés qui le jetèrent au bas de l'escalier, puis ceux-ci se répandant dans l'intérieur du Ghâtelet se firent livrer les clefs des cachots et en ouvrirent les portes.

Avant même que llnfortuné prévôt eût pu se remettre sur pied et constater qu'il était encore en vie, les Pastoureaux avaient emmené leurs prisonniers et étaient sortis du Ghâtelet pour aller se ranger en bataille sur le Pré-aux-Glercs, en attendant qu'on les vint attaquer.

Lies Parisiens les regardèrent avec stupéfaction, mais personne n'osa leur rien dire et voyant qu*on ne songeait nullement à les inquiéter, ils se retirèrent en bon ordre et prirent la route du Languedoc.

Lies Parisiens à peine remis de leur surprise eurent bientôt une autre alerte; depuis quelque temps on remarquait que le nombre des lépreux augmentait sensiblement, et quelques bourgeois firent observer qu'on les avait vus s'approcher des fontaines et des puits et y jeter quelque drogue pour en empoisonner l'eau.

Évidemment, ces misérables devaient être soudoyés par les juifs qui eux-mêmes étaient poussés par les mahométans d'Asie qui , dans la crainte d'une nouvelle croisade, voulaient la fcdre échouer en empoisonnant les Français.

Ce bruit se répandit dans Paris comme une traînée de poudre ; le roi qui était en Poitou en fut informé et revint en toute hâte pour sévir contre les coupables.

La justice se mit à l'œuvre et découvrit deux lettres, l'une émanant du roi de Tunis, l'autre du roi de Grenade, qui relataient tous les détails du complot.

Juifs et lépreux furent emprisonnés, bon nombre furent brûlés, a A l'égard des juifs, ditPélibien, on en usa avec moins de rigueur ; on se contenta de condamner au feu ceux d'entre eux qui furent convaincus d'user de maléfices et Ton bannit du royaume tous les autres! »

Dans le même temps, s'éleva dans la rue du Plâtre le collège de Gornouailles fondé par Galeran Nicolas, clerc breton qui, par son testament

de 1317, légua à cet effet une partie des biens qu'il possédait à Paris, en faveur de pauvres écoliers de l'évèché de Gornouailles. Ils furent d*abord établis rue Saint-Jacques dans la maison de Geoffroy du Plessis, notaire du pape. L'évéque de Paris approuva cet établissement le 19 mai 1323. Jean de Guîstri, maître es arts et en médecine, né en Gornouailles, voulant favoriser l'extension du collège lui acheta une maison rue du Plâtre où il s'installa. (La rue du Plâtre se nomma d'abord, rue des Plâtriers, en raison des plâtriers qui l'habitaient au commencement duxiii" siècle. En 1300, on l'appela, rue Plâtrière, puis enfin, rue du Plâtre ; elle va de la rue des Anglais à la rue Saint - Jacques ; c'est aujourd'hui la rue Domat). Le 21 novembre 1763, cet établissement fut réuni au collège Louis-le-Grand. Les bâtiments ont été vendus par le domaine le 5 avril 1806.

L'église Saint-Leu-Saint-Gilles qai menaçait ruine fut reconstruite en 1320.

Le chœur et l'abside de cette église furent rebâtis en 1611.

En 1727, plusieurs réparations importantes furent faites. La charpente du clocher de l'horloge fut transportée de la tour sur laquelle elle était et qui menaçait ruine, sur une autre tour nouvellement bâtie. Ge fut un habile ouvrier du temps de Guillaume Guérin qui exécuta ce travail. En 1780 de nouvelles réparations eurent lieu sous la la direction de M. de Wailly. Le sol du sanctuaire fut exhaussé et Ton pratiqua une chapelle souterraine.

Supprimée en 1790 , l'église devint propriété nationale et fut vendue le 18 floréal an V. La ville de Paris, en vertu du décret du 20 juin 1810, fut remise en possession de cet édifice moyennant 209,312 fr.

Dans les dernières années du second empire le chœur a été complètement restauré , et les chapelles terminales ont été tronquées pour faire place au boulevard Sébastopol. Un presbytère , dont la porte ouvre sur la rue Saint-Denis , y a été annexé , une belle grille en fer forgé a été étabUe du côté de la nef; toutes les chapelles du collatéral de droite ont été reconstruites , et la nouvelle chapelle de la Vierge , beaucoup plus grande que toutes les autres, forme un quadrilatère s'ouvrant sur l'église par trois arcades. Le plafond est supporté par des arceaux découpés à jour, en ciment de Grenoble. Sur le côté latéral gauche , on a refait le mur en bordure de la rue du Gygne prolongée , et une chapelle est établie dans chaque travée. Saint - Leu - Saint- Gilles possède de jolis tableaux, dont un de Philippe de Champagne et et un curieux bas-relief du xv* siècle, représentant la Cène, la Trahison de Judas et la Flagellation.

Au moyen âge les pèlerinages étaient en vogue, et plusieurs bourgeois de Paris qui avaient fait le pèlerinage de Saint-Jacques de Gompostelle,

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bâton à la main et coquilles au chapeau, s'étaient formés en confrérie qui tenait ses assemblées dans Téglise Saint-Eustache; Louis X confirma cette confrérie par lettres du 10 juillet 1315, et permit à ces confréries de pèlerins, de se réunir désormais dans la maison des Quinze-Vingts.

Mais en 1319, ces confrères voulurent être chez eux et ayant acheté un terrain à Tangle de la rue Saint-Denis et de la rue Mauconseii, ils y firent bâtir un hôpital qui prit le nom d*h6pital de Saint-Jacques, à l'effet d'y loger et héberger les pèlerins qui se rendaient â Saint-Jacques en Galice et pour les autres pauvres passants des deux sexes.

Malheureusement, ils possédaient plus de bonne volonté que d'argent, et l'hôpital eut couru grand risque de demeurer inachevé si, le comte d'Anjou, et plusieurs autres personnages notables ne fussent venus à leur aide et si, surtout, ils n'eussent obtenu du pape l'autorisation de faire des quêtes, ce qui leur permit de réunir un capital de 170 livres de rente.

On put alors commencer la construction de la chapelle.

L'édifice fut consacré en 1327 et contenait quarante lits. Le â mai de la même année, l'évèque de Paris assisté de plusieurs prélats, vint en grande, cérémonie apporter de Saint-Magloire â rhôpital un doigt de saint Jacques, l'apôtre, qu'il tenait de la libéralité de la reine Jeanne d'Évreux.

Quatre chapelains étaient chargés de l'administration de cette maison hospitalière et accueillaient, en moyenne, soixante-dix pauvres chaque jour, qui y passaient la nuit et repartaient le lendemain, matin après avoir reçu un pain d'une livre et le sixième d'un litre de vin.

Le nombre des chapelains s'augmenta progressivement jusqu'à vingt; ils prirent alors le titre de chanoines et commencèrent à diminuer sensiblement la part des pauvres à leur profit.

Ils soulevèrent bientôt par leur conduite des plaintes telles qu'en 1388, il leur fût défendu « de jouer aux cartes et aux dés, d'aller à la taverne en habits de chœur, de sortir de l'église pendant la célébration pour aller faire la conversation au dehors ou sur les places, de porter la barbe et les cheveux longs, d'avoir des chaussures de diverses couleurs, et de faire entendre dans l'église pendant les saints offices, des rires indécents, des contes facétieux et des disputes. »

La mauvaise administration de cet hôpital lui fit perdre son caractère de maison d'asile et, en 1672, Louis XIV donna ses biens à l'ordre du Mont-Garmel; en 1693, Tordre les rendit aux chanoines de Saint- Jacques -l'Hôpital; enfin, un nouvel édit de 1722 les attribua définitivement à l'ordre de Saint-Lazare. Sur la façade du cloître étaient deux tables de marbre, on lisait sur l'une une inscription latine rappelant le but de la fon-

dation, et sur l'autre, la date de son édification et celle de sa restauration (1652).

La confrérie de Saint-Jacques-l'Hôpital fut supprimée en 1790. Le cloître et ses dépendances furent aliénés par l'administration des hospices de 1812 â 1817. Plusieurs rues furent ouvertes sur leur emplacement. Un magasin de nouveautés occupe l'endroit où se trouvait l'hôpital , et lorsqu'on le construisit , vers 1840, on trouva en creusant plusieurs statues de pierre qui jadis décoraient probablement la chapelle. Le propriétaire du magasin plaça ces statues sur une terrasse dominant son établissement et les prit pour enseigne. Depuis un certain nombre d'années elles ont disparu.

Sauvai rapporte une particularité relative à l'hôpital Saint-Jacques.

Tous les ans, au mois de juillet, les confrères célébraient leur fête par une procession com{K)sée de pèlerins, portant chacun une gourde pleine de vin qu'ils vidaient et faisaient remplir de temps en temps. « Cette procession étaient terminée par un grand faquin, vêtu en saint Jacques, avec la contenance d'un crocheteur qui veut faire l'honnête homme. Au retour, tous les pèlerins dînaient ensemble dans les salles de Saint-Jacques-l'Hôpital; celui-ci, assis au bout de la table avec deux hommes qui l'éventaient, regardait ainsi dîner la compagnie sans o^er manger, parce que les saînU ne mangent pas.

« Un docteur de Sorbonne fulmina contre cet usage ridicule : — Us contrefont le saint, dit- il, par quelque bon tetteur de gobelet qu'ils appellent roy et le travestissent d'un chapeau^ bourdon, cannebasse, et d'une robe à l'apostolique, toulc recoquillée, récamée par-dessus d^éscailles et de moules de mer. C'est là où la cannebasserie est vidée en perfection et Dieu sait si durant le dîsner la bourrache de cuir bouilli est répétée en tirelarigot; et après disner, ils dansent la feste en hymne de chaire tabourinée, solemnisant leur pèlerinage en bacchantes ; ains, ils bacchanalisent la sainteté de leur solemnité. Ils dansent, gimbrettent et caracollent le mérite supposé de leur voyage en Galice.

« Cela est blasphématoire, conclut avec raison le docteur, de honnir si impudiquement la mémoire des apôtres et serviteurs de Dieu. x>

Philippe le Long ne fut pas longtemps roi ; il mourut le 3 janvier 1322, d'une maladie que quelques-uns nommèrent le poison, mais comme le fait ne fut pas prouvé, on ne le peut mentionner que comme un bruit. Après sa mort, Jeanne de Bourgogne se retira à l'abbaye de Longchamp, et ce fut Charles lY, troisième fils de Philippe le Bel, surnommé le Bel lui-même, qui monta sur le trône.

Louis le Hutin avait commencé son règne en faisant pendre Enguerrand de Marigny, Charles IV agit de même à l'égard de son surintendant des

Le fatcof, effaroucha par la robe rouga du président, se mit h gambader. (Page 163, col. 2.)

a grand effroi da l'oâsisUmco.

finances, Gérard de )a Guette, gentilhomme de la Saintonge qui fut accusé d'avoir dilapidé les fonds de l'État; toutefois on ne put le pendre qu'après sa mort. On commença par l'enfermer dans la tour du Louvre où on « le resserra dans une étroite prison où il fut interrogé sur ce qu'étaient devenues les rentes de Bayonne ».

Ou'il le sût ou qu'il l'ignor&t, il ne put ou ne voulut répondre; alors, on le mil à la question, et ]es tortures cruelles qu'on lui fit subir le tuèrent el le peuple traîna son cadavre par les rues et alla le pendre au gibet de Montfaucon.

Après sa mort, on s'aperçut qu'il était innocent, mais ses biens avaient été confisqués et le but qu'on avait poursuivi se trouvait atteint.

Après avoir sévi & tort contre Gérard de la Guette, Charles IV s'en prit aux prêteurs lombards qui étaient venus s'établir à la (in du XII* siècle, dans la rue de la Pourpointene à la- Uv. 21

quelle ils donnèrent leur nom; il s'empara de leurs biens et les chassa hors de France.

Une autre exécution, mais celle-ci méritée, suivit de près.

Un des principaux seigneurs de Gascogne , Jourdain de l'isle avait été accusé et convaincu de dix-huit meurtres ; cet homme exerçait un brigandage affreux dans tout le canton et son château était te refuge de tous les vagabonds, pillards et scélérats qui ravageaient la campagne sous ses ordres, rançonnant les voyageurs, massacrant, incendiant et portant la désolation dans toute la contrée.

Charles instruit de ces faits, l'avait averti et menacé d'une punition exemplaire, mais Jourdain de l'isle avait épousé une nièce du pape Jean XXII, et à cette considération, il croyait pouvoir compter sur l'impunité, et de nouveaux forfaits s'ajoutèrent k ceux qu'il avait déjÀ commis.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Le roi, lassé de tant de crimes, se décida à le faire poursuivre et lui envoya un sergent avec Técu royal au cou.

Jourdain se contenta de. tuer le sergent et continua sa vie ordinaire.

Mais alors le parlement 8*en mêla et Tassigna à comparaître à Paris, pour y rendre compte de sa conduite, et avoir à se disculper des crimes qui lui étaient imputés.

Il essaya de payer d'audace, et grâce à la terreur quMl produisait dans sa province, il parvint par intimidation, à obliger plusieurs gentilshommes de Gascogne à raccompagner, et il arriva à Paris avec une suite imposante.

Mais cela n*empôcha pas le prév6t de faire son devoir, il le fit arrêter et incarcérer au Ghâtelet, puis, sur la poursuite du marquis de Goth et du seigneur d'AIbret qui témoignèrent de ses crimes, il fut condamné par sentence du 7 mai 4323, à être attaché à la queue d*un cheval et traîné en cet état jusqu'à Montfaucon pour y être pendu au gibet, ce qui fut fait le 22, au milieu d'un concours énorme de spectateurs.

Le lendemain, le curé de Saint-Merri écrivit au pape pour lui faire part de l'événement et termina ainsi sa lettre : « A peine votre neveu étaitil pendu, qu'avec un grand luminaire, nous allâmes le prendre à la potence et nous le fîmes porter dans notre église, et nous l'avons enterré honorablement et gratis, saint père, nous continuant de vous demander très humblement votre sainte et paternelle bénédiction. »

Grand hiver rude à Paris en 1325 ; encore une fois le grand et le petit pont furent emportés par l'amoncellement des glaces, et on se remit comme devant à les rebâtir.

Les marchands de poisson se plaignirent au prévôt d'une coutume qui s'était introduite aux halles, et qu'on appelait le droit d'hallebick; une fois le prix du poisson fixé, les étaliers le réduisaient encore de huit ou dix sous le panier. Les marchands lésés menacèrent, si on ne supprmait cet usage de priver Paris de poisson; le roi s'émut du fait et abolit le droit, en exigeant que les marchands de poissons apportassent la marchandise à la halle, et que tous les habitants de Paris pussent aller « visiter dessus etdessous le poisson » et l'achetassent sans passer par l'intermédiaire de l'étalier; les marchands satisfaits prièrent alors le roi de doubler à son profit l'impôt qu'il percevait, ce qu'il accepta très volontiers.

L'évêque de Paris, Etienne Boret, mourut le 24 novembre de cette année 1 325; Hugues de Besançon lui succéda, et, sous son épiscopat, de nombreux collèges furent fondés à Paris.

On sait que l'hostie percée de coups de canif et bouillie par le juif Jonathas avait été déposée dans l'église Saint- Jean-en-Grève, ce qui y attirait un nombre considérable de fièèles; devenue trop étroite pour recevoir tant de visiteurs, on

dut la rebâtir complètement sur un plan nouveau en 1326, et pour cela, on démolit plusieurs maisons voisines ; son architecture était remarquable, et on estimait particulièrement la tribune de l'orgue. Cette église, qui était entourée d*une enceinte qu'on nommait le cloître Saint-Jean, fut restaurée en 1724 et, sur une partie de son cimetière, qui devint plus tard la place du marché Saint-Jean, on construisit, en 1734, la chapelle dite de la Communion (par François Blondel). L'église Saint-Jean-en-Grève fut vendue par le domaine national le 17 nivôse an VIII, et démolle peu de temps après. Plusieurs personnages de distinction y avaient été inhumés : Claude de Lorraine, dit le chevalier d'Aumale, le géographe Michel Baudran, le peintre Simon Youet, J. Pierre Camus, évéque du Belley.

La chapelle de la Communion, transformée en salle d'assemblée et de concert, fut démolie en 1837, pour faire place aux nouveaux bâtiments de l'Hôtel de Ville.

Un autre hôpital fut fondé en 1327 ; voici à quelle occasion : Etienne Haudri, valet de chambre du roi, ayant suivi saint Louis en terre sainte, n'était pas revenu en France et s'en était allé faire le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, sans donner de ses nouvelles à Jeanne la Dalonne, sa femme, qui, le croyant mort, s'enferma dans une maison qui lui appartenait, au coin de la rue de la MorteUerie (aujourd'hui me de l'Hôtel-de-Ville, cette rue tirait son nom de Richard le Mortelier, bourgeois de Paris, c'està-dire le maçon ; en vieux langage le mortelier désignait celui qui faitle mortier ; dès le xii* siècle, la rue de la MorteUerie était spécialement habitée par les ouvriers maçons. Une décision ministérielle du 16 février 1835 lui donna sa nouvelle dénomination), et y vécut en compagnie de plusieurs autres femmes, veuves ou filles.

Lorsque Haudri revint, il fut tout surpris de voir sa maison transformée en hôpital et sa fenime ayant fait vœu de chasteté ; elle fut dans la nécessité de s'adresser au pape, qui consentit à la relever de son vœu, à la condition que Haudri reprendrait sa femme, mais abandonnerait la maison aux douze femmes qui l'habitaient; ce qui fut fait, et les recluses furent nommées Haudriettes. Jean Haudri, fils de la fondatrice de cette maison, fonda deux chapellenies dans la chapelle que ses père et mère avaient fait construire avant leur mort et dans laquelle ils furent in humés.

L'hôpital des Haudriettes prospéra et ne cessa d'être administré par des femmes qui prenaient le titre d'hospitalières. Toutefois, au commencement du XVII* siècle, l'hôpital était devenu une simple communauté religieuse et les sœurs qui l'habitaient furent transférées dans le couvent de l'Assomption.

La rue qui, mettant le quai en communication

avec la rue de la Moriellerie, passait devant l'hôpîtal, s'appela la rue des Haudriettes.

Rue, bâtiments et chapelle furent démolis, lors de la construction de THÔtel de Ville en 1837.

Le roi Charles IV mourut an chÀteau de Vincennes le i*' janvier 1328, laissant Jeanne d'Évreux, sa troisième femme, enceinte.

— Si la reine accouche d*un fils, avait-il dit quelques jours avant sa mort aux seigneurs qui Tentouraient, je ne doute pas que vous le reconnaissiez pour roi; si elle n*a qu'une fille, ce sera aux grands de la France à adjuger la couronne à qui il appartiendra. En attendant, je déclare Philippe de Valois régent du royaume.

Jeanne mit au monde une fille.

Avec Charles IV s'éteignit sur le trône la branche dite des Capets, et la seconde, dite, première des Valois, allait lui succéder.

Cinq règnes de trahisons, d'assassinats, de guerres sanglantes, de défaites honteuses, allaient de nouveau plonger la France dans une ère désastreuse.

Paris fut grandement agité pendant ces jours de deuil et de douleurs. C'est certainement la partie la plus sombre et la plus désolée de son histoire que nous allons raconter.

Mais auparavant, faisons connaître quelques coutumes et usages qui existaient alors dans Paris.

Au moyen âge les fêtes étaient nombreuses, et les jours de chômage qu'elles entraînaient, contribuaient largement à entretenir la misère des artisans, obligés trop souvent à se croiser les bras en leur triste logis ou à se promener le ventre creux par les rues, parce que l'autorité religieuse avait trouvé bon de décréter que tel ou tel jour serait consacré à fêter ceci ou cela.

Chaque corps de métier avait un saint patron qu'il fêtait; messe, festin, procession dans la ville, c'était de rigueur; mais que d'autres jours fériés dans Tannée I sans compter oeux compris par la célébration des grandes fêtes telles que Pâques, Noël, etc.

Nous avons déjà parlé de la fête des Fous et de ses saturnales.

Celle qui venait ensuite était la fête des Rois, et ce jour-là, les fromagers du marché auxpoirées devaient donner au voyer de Paris un frottage, les pâtissiers un gâteau à la fève, lés herbiers, chacun deux gerbes d'herbe.

Tous les artisans pauvres ou riches qui étaient dans les rues et places de Paris à l'époque de cette fête (6 janvier), devaient quelque chose à cet officier, jusqu'aux duellistes, qui lui devaient de l'argent pour la place où le roi et le parlement leur permettaient de se battre. Les merciers devaient deux aiguilles, les chaussetiers une paire de chausses, etc.

Le mardi gras était un jour de réjouissance publique, et le bœuf vielle (ainsi nommé parcequ'il marchait au son des vielles), était conduit

en grande pompe chez le roi et les premiers magistrats du parlement, couvert de housses, de tapisseries et de feuillage ; sur son dos un enfant nu, avec un ruban bleu en écharpe, un sceptre doré d'une main et une épée de l'autre, s'appelait le roi des bouchers.

En 1739, le premier président au parlement ayant manqué à tous ses devoirs en n'attendant pas dans son hôtel la visite du bœuf vielle, on conduisit celui-ci dans la grand'salle du palais par les escaliers de la Sainte-Chapelle, et il fut présenté en pleine audience au premier président, mais il s'effraya de sa robe rouge et se mit à sauter et à gambader, au grand effroi de l'assistance.

Le 7 février 1595, le mardi gras, il y eut mascarades et folies par les rues de Paris, et le soir furent publiées les défenses de manger chair en carême sans dispense, sous peines corporelles et aux bouchers d'en vendre ni étaler sous peine de vie.

La promenade du bœuf vielle ou bœuf gras , fut supprimée en 1790 et rétablie par ordonnance impériale du 23 février 1805 ; il fut permis aux bouchers de promener le bœuf par la ville pendant trois jours , avec cette différence que le roi des bouchers devint l'amour. En 1821 , un jury fut organisé pour désigner l'animal choisi ; ce jury a fonctionné jusqu'en 1848 , époque à laquelle la promenade du bœuf fut suspendue et supprimée par ordonnance ministérielle de 1849. En 1850 elle reparût, organisée par le directeur de l'Hippodrome , puis de nouveau l'administration de la police municipale en prit l'initiative et donna 2000 fr. annuellement à cet effet aux bouchers, mais depuis quelques années le cortège du bœuf gras a définitivement cessé.

Au XIV* siècle, rapporte l'auteur des /^e^es légendairesy le tournoi des aveugles était une fête populaire qui attirait beaucoup de monde.

Quatre aveugles armés de toutes pièces et d'un bâton en guise de lance, étaient promenés le jour de carême-prenant par tous les carrefours de Paris, avec des hommes d'armes qui marchaient devant eux. L'un jouait du hautbois et portait une bannière sur laquelle était représenté un pourceau.

Ainsi équipés, on les mettait dans la cour de l'hôtel d'Armagnac, situé rue Saint-Honoré ; là, en présence de la cour et du peuple, ils se battaient en champ clos, mais au lieu d'attaquer le pourceau qui devait appartenir au vainqueur,' ils se frappaient entre eux à coups de bâton et rien n'égalait la joie du populaire, que de voir ces malheureux aveugles taper dans le vide ou rece^ voir de tels coups, que sans les casques, cuirasses ou brassards dont ils étaient revêtus, ils se seraient mutuellement assommés.

Plus tard, ce fut dans la cour de l'hôtel des Quinze-Vingts qu'eut lien ce tournoi.

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Dd dei noinbrtQX pilorU «ziftut ft Paria en ISOO.

Charles IX et Henri III ne manquèrent jamaiB d'y aaabter, au milieu d'an grand concours de peuple.

C'étaient les religieux de l'abbaye de Saint- Antoine qui fournissaientle cochon destiné à être mangé par les aveugles les plus adroits.

Le jour des Rameaux était célébré au moyen Age, à Paris, par la procession de Sainte-Gene- Tîève.

Ce jour-là, dès le malin, au milieu d'une foule en habits de fête, les processions collégiales, sujettes à l'évéque de Paris, s'en allaient à Sainte-

Geneviève-du-Mont sans chanter en chemin ni à l'entrée de l'église, cil l'évéque bénissait des rameaux qu'elles apportaient en disant des oraisons ; elles descendaient ensuite par la rue Saint- Jacques jusqu'à la porte du petit Chàtelet, auprès duquel les maisons étaient encourtinées, tapissées de lierre et de rameaux, et des bancs placés de chaque côté permettaient aux chanoines de s'asseoir; ensuite on chantait un répons, l'évéque vêtu de ses habits sacerdotaux venait chanter attollUe portas à la porte de la prison ; un sergent lui ouvrait et il délivrait un prison-

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nier qui sortait en le suivant et portant sa queue jusqu'à Notre-Dame.

*De nosjours, ledimanchedesEtameaux, les églises de Paris sont assiégées d'hommes, de femmes et d'enrants qui viennent attendre les fidèles aux portes avec de longues branches de buis béni.

Dès le matin, tous les vendeurs ont été se ranger aux halles aax abords de l'église Saint-Eustache ; vers cinq heures le curé sort en surplis a la tête de son clergé et bénit solennellement les tas de buis rangés devant l'édilice.

Les marchands se répandent alors de tous cAtés et cberchent i placer leurs rameaux.

Revenons au moyen âge :

Chaque jour de la semaine sainte on représentait dans les églises des drames liturgiques et des complaintes chantées par des chanoines déguisés en femmes, et le peuple se gardait bien de manquer un seul de ces spectacles qui l'impressionnaient vivement.

A partir du jeudi saint jusqu'à Pâques, les enfants parcouraient les rues de Paris avec des crécelles pour annoncer l'heure des offices.

Pendant la nuit du vendredi au sa- Le portail de l'église du Saiut-

medi saint, tous «> "33, en face

les Parisiens qui se croyaient possédés du diable ,

allaient à la Sainte- Chapelle afin d'être délivrés de l'obsession, ce qui avait lieu lorsque le grand chantre apparaissait armé du bois de la vraie croix. Le lendemain, ils devaient en outre se faire asperger d'eau bénite par rofficiant ; cet usage dura jusqu'à Louis XV. Pendant les derniers jours de la semaine sainte se tenait aussi sur te parvis Notre-Dame la foire aux jambons, et il était d'usage d'en offrir au clergé de la vieille basilique, qui les suspendait dans la sacristie.

Mais le prévôt de Paris eut préféré que ce fut lui qui bénéfici&t de cet usage, et un beau jour les sergents occupèrent le parvis et enjoignirent aux marchands de se transporter au quai des Augastins; plus tard la foire se tint faubourg Saint- Martin , en 1843 elle émigra* au boulevard Bourdon, et de nos jours, elle occupe une partie du boulevard Bichard-Lenoir , depuis la rue Daval jusqu'à la rue Saint- Sébastien.

Au centre de la foire, vis-à-vis la rue du Chemin- Vert, se trouve un pavillon qui contient le poste des sergents de ville et le bureau de l'officier de paix chargé de veiller à l'exécution des règlements et au maintien de l'ordre.

Aujourd'hui , comme au xiii* siècle, . élégants, petites dames, bourgeois et bourgeoises, ouvriers et ouvrières , circulent à i'envie entre deux rangées de baraques où ils peuvent faire acquisition des plus beaux produits de la charcuterie.

Le saint jour de Piques était au moyen ftge célébré par des pierres qu'on jetait aux Juifs lorsqu'ils avaient la malen- ■Sépulcre, rue Sjiiit-Oenis, coDtreuse idée de

passage Molière. gQ^tj^ ^^ ^^lez eux

ce Jour-là; souvent même leurs débiteurs lançaient des projectiles contre les portes et les fenêtres de leurs maisons, quand il ne leur prenait pas fantaisie de les démolir, sous un prétexte toujours facile à trouver.

L'archidiacre de Notre-Dame brisait aussi le jour de Pâques un anneau de la chaîne d'un prisonnier qui ensuite était mis en liberté. *

Les œufs, teints en rouge, parce qu'Us étaient censé revenir de Rome, avec les cloches, étaient échangés entre tout le monde.

HISTOIRE NATIONALE DÉ PARÎS Et DES PARIâlEr^S

Pâques était la grande fête de Tannée et pas un Parisien ne se fût dispensé de se rendre à l'église.

En avril, mai et juin, se faisait la baillée des roses; les grands de la cour étaient tenus de donner des roses au parlement de Paris et de faire joncher de fleurs toutes les chambres du parlement, ce qui attirait nombre de gens pour les admirer et en respirer le parfum; des bouquets de roses étaient distribués aux conseillers, greffiers, huissiers, etc.

Il y avait un fournisseur spécial de roses qui avait le titre de rosier de la cour.

Le 1" mai, on allait voir planter le mai dans la cour du palais ; c'était les orfèvres qui en offraient un à Téglise Notre-Dame ; au Palais, c'étaient les clercs des procureurs du parlement qui le plantaient en grande cérémonie, et ils organisaient à cette occasion une cavalcade et une fête qui durait trois jours.

Au xm^ siècle, dans les fêtes d'hiver, comme l'usage des bancs n'était pas encore venu, on couvrait les dalles des églises de paille et de foin, afin que les assistants pussent s'agenouiller, et, dans les fêtes d'été, on jonchait l'enceinte sacrée de fleurs et de feuillage; à la Pentecôte, il y avait des fleurs partout, et dans les églises de Notre- Dame et de Saint-Jacques, lorsqu'on chantait l'hymne du Veni-Creator, une blanche colombe descendait des voûtes sacrées, et au même moment , par des orifices réservés, on lâchait des oiseaux, des fleurs, des étouppes enflammées et des oublies.

Cet ancien et curieux usage de donner la liberté aux oiseaux se pratiquait aussi à l'entrée des rois de France dans leur bonne ville de Paris. Un édit obligeait les oiseleurs de donner ce jourlà la clé des champs à des milliers d'oiseaux.

C'était à ce prix qu'ils étaient autorisés à occuper une place les dimanches et jours de fête sur le Pont-au-Ghange, afin d'y exercer leur commerce.

Des processions sorties de toutes les églises se promenaient par les rues le jour de la Fête-Dieu, et cette coutume subsista jusqu'en 1830; aujourd'hui, ces processions se font dans l'intérieur des églises et autour de celles qui sont entourées d'une galerie ou d'une terrasse.

A la Saint-Jean, on allumait en grande cérémonie, sur la place de Grève, un feu qui s'appelait le feu de la Saint-Jean. On y entassait une grande quantité de bois, et le roi, seul, avait le privilège de l'allumer. Nous en reparlerons lorsque nous serons arrivés au règne de Louis XL

La Toussaint se célébrait avec une piété et une superstitieuse terreur, que développaient encore les cérémonies pittoresques du clergé.

A chaque coin de rue, dans des niches grillagées, on rencontrait des statues, de Notre-Dame de Recouvrance, de Pitié, de Secours, etc,, des

Ecce homo, et des petites chapelles devant lesquelles on se découvrait pieusement ; des processions lentes et solennelles de moines et de pénitents parcouraient la ville en psalmodiant, et plus tard on vit la danse macabre dansée dans les cimetières et sur les places publiques , les représentations du Jugement dernier, par 1^ confrères de la Passion et les troupes de mendiants déguenillés, traînant leurs infirmités à la porte des églises ; tout cela était bien fait pour rappeler le souvenir des morts et disposer l'esprit à la tristesse.

La nuit de cette journée de deuil, le clocheteur des trépasçés faisait sa ronde en chantant sur un air lugubre :

— Priez Dieu pour les trépassés ! Priez I

Mais c'était surtout Noël qui était fêté; les ré veillons datent du moyen âge^ et si Noël tombait un vendredi, le Pape autorisait l'usage de la viande; aussi s'en donnait-on à cœur-joie ce jour-là I Puis on bénissait la bûche de Noël en jetant du vin dessus, en disant : Au nom du Père. Au XIII* siècle on donnait à ses amis, poor les fêtes de Noël, des gâteaux appelés nieules et un poulet rôti qu'on mangeait en famille, et après le repas on chantait des Noëls ; ce mot exprimait si bien l'allégresse, qu'aux entrées des rois et dans toutes les cérémonies et réjouissances publiques, le peuple ne se lassait de crier : Noël! Noêlf

Nous n'avons parlé que des grandes fêtes consacrées, mais si on ajoutait à celles-ci les fêtes patronales, les fêtes de métier, les anniversaires, que les Parisiens aimaient à célébrer, on peut hardiment avancer qu'un tiers des jours de l'année se trouvait fêtés pour une cause ou pour une autre. Chaque confrérie, par exemple, était tenue à son tour de rendre le pain bénit; c'était un usage consacré, et aucune d'elles ne se fût exposée à y manquer. Les porteurs s'afiublaient de masques, de costumes bizarres, prenaient sur leurs épaules les pains, décorés de petits drapeaux de toutes couleurs : avec écus armoriés, devises et banderolles flottantes, et les promenaient processionnellement par les rues jusqu'à l'église.

c( Toute la 'confrérie suivait , dit l'auteur de ï Histoire des Classes ouvrières en France, les uns avec des hallebardes ou quelques vieilles épées, les autres avec des tambourins et des fifres jouant des marches militaires. On écoutait et on chantait la messe en grande pompe. Puis, après le service, la troupe revenait dans le même équipage et s'arrêtait dans un cabaret, où la cérémonie se terminait par un festin. »

Mais nous n'en finirions pas si nous voulions énumérer seulement les nombreux prétextes que l'Église fournissait aux Parisiens pour se divertir ou se reposer; ils étaient trop pieux pour les laisser échapper; et, naturellement, ils profitaient de l'occasion pour faire toilette ces jours de fête:

à ce propos, disons que les croisades avaient multiplié les étoffes nouvelles; aussi, dans les chroniques du temps, voit-on Femploi de nombreux tissus nouveaux.

En première ligne, il faut citer le cendal (taffetas), le $amit (autre variété de taffetas dont était fait le drapeau), le pers^ drap bleu foncé, le camelifiy étoffe de laine rapportée d'Orient, le

barracan (variété de camelin), Visambrun, étoffe de drap fin teinte en brun, le moléquin^ étoffe de lin servant à confectionner les chemises, la bru^ neitey drap vert, et le galebrun, autre drap teint en brun. Les pierres précieuses, les riches pelleteries et les joyaux d'or et d'argent étaient devenus d'un usage universel chez les nobles et les bourgeois.

Philippe de Valois. — Saint-Sépulcre. — Le pilori des Halles. — Les ménétriers. — L*écoIe de santé. — Les faussaires. Nouveaux établissements publics. — Le supplice de Malestroit.-- Les jouteurs. — Châtiment des blasphémateurs •^ La peste noire. — L*Hôtel-Diea. — Cinq cents morts par jour. — Le convoi royal. — La guerre et les modes.

N pourrait croire que l'usage s'était introduit lorsqu'un prince s'emparait du pouvoir royal, de commencer à faire acte d'autorité en pendant le ministre des finances de son prédécesseur.

Philippe ie Bel avait donner l'exemple.

Charles le Bel l'avait continué.

Philippe YI, avant même d'être sacré, commanda l'arrestation de Pierre Remy, trésorier de Gharles-le-Bei et successeur de Gérard de la Guette, accusé d'avoir malversé dans les finances du royaume.

((N'ayant pu se justifier du crime de péculat », un arrêt du parlement du 25 avril 1328, le condamna à être pendu et, on le conduisait au petit gibet de Montigny réservé au vulgaire, lorsque, mécontent peut-être de n'avoir pas les honneurs du gibet de Montfaucon, ou, plus probablement, cédant à des remords de conscience, Pierre Remy s'accusa tout à coup d'une foule de crimes qu'on ne lui reprochait pas, entre autres celui de haute trahison contre le roi et contre l'État.

Il devenait impossible devant cet aveu de le pendre comme un manant à Montigny, d'autant plus que des gens qui le soupçonnaient fort d'être un malhonnête homme, s'étaient amusés à écrire sur l'un des piliers du gibet de Montfaucon ces deux vers très apparents :

En ce gibet ici emmy Sera pendu Pierre Remy.

Il tenait à justifier la prophétie.

On ie fit donc revenir sur ses pas, on l'attacha

à la queue du chariot qui le menait et on se dirigea vers le gibet de Montfaucon où « il eut l'honneur d'être mis au haut bout, au dessus de tous les autres voleurs. »

0 On faisait monter, dit l'historien Félibien, la confiscation de ses biens à douze cent mille livres qui étaient le fruit aussi bien que la preuve, de ses pilleries, mais cet exemple et plusieurs autres semblables ne rendirent pas plus modérés ceux qui manièrent depuis les finances, témoin Macé de Mâches, trésorier changeur du trésor du roy exécuté comme Pierre Remy en 1331, René de Siran, mattre des monnaies, traité de mesme en 1333 et quelques autres. »

Il parait que c'était une tradition.

Rectifions toutefois en ce qui concerne René de Siran, qui se suicida dans sa prison, ce qui ne l'empêcha pas, à la vérité, d'être transporté et pendu ensuite à Montfaucon.

Philippe YI, sacré à Reims le 29 mai 1328, fit une entrée royale à Paris ; il s'arrêta d'abord à Saint-Denis et y fût reçu avec une grande pompe; il vint, ensuite suivi de son cortège, à la lé-, proserie de Saint-Lazare, se reposa suivant l'usage au Logis du roi et se présenta enfin à la porte Saint-Denis, où il fut reçu par le prévôt des marchands et les échevins qui, pour la cérémonie, avaient revêtu des robes mi-parties rou^ ges et jaunes. Ils prirent place dans le cortège après le Parlement et avant la Chambre des Comptes, et l'église Notre-Dame, avec tout son clergé en habits de cérémonie reçut le nouveau souverain et sa suite ; de là il se rendit au palais où un festin des plus somptueux était préparé pour le recevoir.

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Il resta quelques jours dans la ville, occupé à rendre visite aux nombreuses églises et « à servir les pauvres de THÔtel-Dieu de ses propres mains >> avant de se disposer à la première campagne de Flandre.

Ce fut sous le commencement du règne de Philippe de Valois que furent créés les conseillers au Ghàtelet, au nombre de huit, puis de douze; quelques autres améliorations importantes furent aussi apportées dans la façon de rendre la justice.

En même temps, fut confirmée par ce prince la fondation de Téglise du Saint-Sépulcre qui fut édifiée dans la rue Saint-Denis par une confrérie de bourgeois qui avaient fait vœu de visiter la Terre sainte; elle était destinée aux assemblées des confrères et à servir d'hôpital aux pèlerins ; celte nouvelle église fut. le prétexte de grands différends entre le chapitre de Notre-Dame et celui de Saint-Merri et Tévèque de Paris fit défense d'y célébrer le service divin sous peine d'excommunication. Moyennant finances, tout s'arrangea, et, en 1333, le nombre des confrères se montait à mille, parmi lesquels figuraient des rois, des princes et des gens de toute condition. Le jourde la fête, qui était fixé au troisième dimanjche après la Pentecôte, un grand festin les réunissait et la dépense se montait à plus de cent cinquante livres, somme considérable à cette époque.

En 1672, un édit du marquis de Louvois réunit cette .maison hospitalière à l'ordre de Notre- Dame . du Mont-Garmel et de Saint-Lazare de Jérusalem.

Hugues de Gruisi, président aux enquêtes, dont la conduite laissait beaucoup à désirer, fut pendu à l'hôtel de Nesles en 1328, et la même année, Guillaume, doyen de Bruges, « perturbateui* du repos public >» qui s'était, réfugié en Brabant, où il faisait ce qu^il pouvait pour exciter de nouveaux troubles contre le comte de Flandres, fut envoyé au roi par le duc de Brabant.

. Son procès fut fait à Paris et les juges le cour damnèrent à être exposé au pilori, à y avoir les deux mains coupées et tournées avec lui devant ses yeux. et enfin, à être pendu sur le lieu même du Pilori du roi.

Ce Pilori était situé aux Halles; en 1295, était un puits appartenant à un bourgeois du nom de Lori et un gibet placé à côté en prit le nom. On construisit sur l'emplacement du puits Lori comblé, une tour de pierre octogone, dont l'étage supérieur était percé de grandes fenêtres sur toutes ses faces. Au milieu de cette tour était une roue en bois, tournant sur pivot et percée de trous par lesquels on faisait passer la tête et les bras de la personne condamnée. On l'exposait ainsi aux regards, aux quolibets et aux insultes de la foule pendant trois jours consécutifs de marché, durant l'espace de deux heures et, de

demi-heure en demi-heure, on faisait tourner la roue, afin que le malheureux exposé put être vu de tous côtés. Il était permis de lui jeter de la boue et des ordures, mais non des pierres et aa* très objets de nature à le blesser.

Souvent après l'exposition, le condamné était exécuté, soit qu'on lui tranchât la tête sur un billot, soit qu'on le pendit.

En 1516, la populace indignée de voir le Louf« reau Fleurant s'y reprendre à deux fois pour trancher la tête d'un condamné, renversa le pilori sur lui et l'étouffa sous les décombres, maïs en 1542, le pilori des Halles fut reconstruit.

Parfois, le pilori constituait la seule peine prononcée ; tel était le cas pour les concussionnaires, les valets convaincus d'insolence envers leurs maîtres , les soldats insubordonnés , les mendiants ; mais le plus souvent, il n*était que Taccessoire d'une pein€| plus forte, telle que le coupage d*un membre, des oreilles, etc.

Un écriteau relatait quelquefois le nom et le crime du condamné.

Le pilori fut aboli en 1789 et remplacé par le carcan, qui lui-même, fit place à l'exposition publique qui avait lieu sur la place du Palais de Justice et fut supprimée en 1848.

En 1329, Geoffroi du Plessis, fondateur du collège qui portait son nom, en établit un autre pour les religieux de Marmoutiers, dans quatre maisons qui lui appartenaient dans la rue Saint- Jacques. Ce collège prit le nom de Marmoutiers. Il était destiné aux *écolièrs pauvres que l'abbaye de Marmoutiers envoyait à Paris pour y faire leurs études ; les jésuites Tachetèrent en 1637 ' pour agrandir le collège Lo'uis-le-Grand. . -

Ce fut cette année-là que les Gordeliers tinrent aux fêtes de la Pentecôte leur chapitre général à Paris, et ce fut dans leur église que fut enterré Tannée suivante le prince Louis, fils du roi.

Dans cette même année 1329, furent aussi élevés à Paris, rue SaintrMa,rtin, l'église et l'iiôpital deSaint-Julien-des-Ménétriers; voici l'origine que lui donne un vieil historien :

«L'an de grâce 1328, le mardi devant laSainte- Groix, en: septembre, il y. aval t. en la rue Sain t- Mârtin-des-Ghamps, deux compagnons ménestriers qui s'entr'aymoient parfaitement et estoient toujours ensemble. L'un estoit de Lombardie et s'appeloit Jacques Graze de Pistoie autrement dit Lappe ; l'autre estoit de Lorraine et avait nom Huet, le guette du palais du roi. Or advint que le dit jour après disner, ces deux compaignons estant assis sur le siège de la maison dudit Lappe et parlant de leur besongne, virent de l'autre part de la voye, une pauvre femme appelée Fleurie de Chartres, laquelle estoit en une petite charrette et n'en bougeoitjour et nuict, comme entre prinse d'une partie de ses membres et là vivoit des aumosnes des bonnes gens. Ces deux, esmeus de pitié, s'enquirent à qui appartenoit la place dési-

Cloître de l'églitc Siint-SéTerin, commencé en 13iT*

ranls l'achepter et y bastir qaetqne petit bospltal. Et après avoir entendu que c'estoit à l'abbesse de Montmartre, ils l'allèrent trouver et, pour le faire court, elle leur quitta le lieu k perpétuité à la charge de payer par chacun an cent sols de rente et huict livres d'amendement dedans six ans seulement. Et sur ce, leur ût expédier lettres

en octobre, le dimanche devant la Sainot-Denys 1330. D

Tel fut le commencement de l'hôpital qui reçut d'abord les noms de Saint-Julien et Saiot-Genest ; plus tard ses fondateurs b&lirent l'église, alors que, réunis en confrérie dans la rue qui porta le nom de rue des Jongleurs (puis rue des Ménétriers

iTO

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et fut enfin confondue dans la rue Rambuteau), les Ménétriers contribuèrent tous par des dons volontaires aux dépenses de cette double fondation.

<c L'architecture de la petite église de Saint- Julien excitait la curiosité des artistes, disent MM. Lazare, dans leur Dictionnaire des Rues de Paris^ safaçade pittoresque était d'une délicatesse remarquable. Elle consistait en une grande arcade accompagnée de quatre niches. La frise de Tarcade était remplie de petits anges qui jouaient de plusieurs instruments alors en usage, tels que l'orgue, la harpe, le violon, le rebec à trois cordes, la vielle, la mandoline, le psaltérion, la musette, le cor, le hautbois, la flûte de Pan, la flûte à bec, le luth et le iyinpanon ; dans la niche à gauche était la statue de saint Julien, à droite celle du martyr saint Genest, comédien à Rome sous le règne de Dioclétien. Ce saint protecteur des musiciens et des histrions, était coifl'é d'une espèce de toque et couvert d*un simple manteau. Il tenait à la main un violon. »

En 1774, Tarchevèque de Paris ordonna aux prêtres de la doctrine chrétienne de célébrer le service divin dans la chapelle de Saint-Julien.

Le 17 décembre 1789, une députation des confrères de Saint-Julien-des-Ménétriers se présenta à la barre de l'Assemblée nationale, et lui fit hommage de leur église.

Ce curieux monument fut vendu le 25 février 1792 et démoli ensuite.

Quelques mots maintenant sur la corporation des Ménétriers, c'est-à-dîre joueurs d'instruments.

Les seuls jongleurs et ménétriers de la corporation de Paris dont nous avons déjà parlé, avaient le droit de faire entendre le bruit de leur musique aux fêtes et aux noces qui se célébraient dans la ville et d y rester pendant toute leur durée. Les ménétriers étrangers ne devaient point s'y présenter; s'ils s'en avisaient, ils étaient condamnés à l'amende.

Les ménétriers étaient gouvernés, on lésait par un roi ou prévôt de Saint- Julien , qui était autorisé à bannir de Paris pendant un an et un jour les ménétriers parisiens, qui ne faisant pas partie de la corporation, et n'ayant point juré d'observer ses règlements, tentaient d'exercer leur profession dans cette ville.

Mais lorsqu'ils ne faisaient que passer par Paris, il étaient hébergés à l'hôpital fondé pour les recevoir.

Le titre de roi des ménétriers lut supprimé en 1773; il avait été porté sous Louis Xlll par le fameux violoniste Constantin, qui s'intitula aussi roi des violons.

Malgré les diverses ordonnances rendues par les rois depuis Louis le Gros, il faut croire que les pourceaux continuaient à vaguer librement par les rues, car en 1331, un nouvel édit donna aux

sergents le droit de tuer ceux qu'ils rencontreraient errants, d'en garder la tète et de porter le corps à l'Hôtel-Dieu.

Au mois de février 1332, furent fondés deux nouveaux collèges, celui d'Arras et celui de Bourgogne. Celui d'Arras situé rue des Murs (depuis rue d'Arras) au coin de la rue Clopin, eut pour fondateur Nicolas Le Cauderlier, abbé de Saint- Vaast d'Arras, en faveur de quelques pauvres écoliers de sa ville; à l'origine, il avait occupé une maison de la rue Chartière, près le clos Buneau.

11 fut réuni au collège Louis-le-Grand en 1763.

Quant à celui de Bourgogne, beaucoup plus important, ce fut la reine Jeanne de Bourgogne qui, en mourant, chargea ses exécuteurs testamentaires de l'établir. Elle avait ordonné que son hôtel de Nesles fût vendu et que le prix en fût employé à la fondation d'un collège destiné à l'entretien de vingt pauvres écoliers de Bourgogne. En février 1632, ceux-ci achetèrent une maison sise rue des Cordeliers (rue de l'École-de- Médecine) et qu'on appela la maison des écoliers de madame Jehanne de Bourgogne; ils y ajoutèrent une chapelle, et, selon l'intention de la fondatrice, y firent enseigner la philosophie ; les écoliers recevaient trois sous par semaine. Cette somme étant devenue insuffisante au xvi* siècle, le parlement la fixa à cinq sous, et, en 1688, elle fut élevée à trois livres dix sous.

En 1763, il fut réuni à l'Université.

Le 7 décembre 1768, un arrêt du Conseil d'État du roi décida qu'il serait élevé sur son emplacement un amphithéâtre d'anatomie et que l'Ecole de chirurgie y serait établie. La première pierre des bâtiments fut posée en 1774. Le 12 frimaire an XIII, un décret de la Convention créa l'Ecole de santé et lui donna les bâtiments de la ci-devante Académie de chirurgie et ceux du ci-devant couvent des Cordeliers. C^est aujourd'hui l'École de médecine.

Ce fut en 1331 que Philippe de Valois confirma les statuts de la corporation dles médecins. Dans les premiers temps de la monarchie, tous ceux qui exerçaient la médecine étaient clercs, et, comme tels, forcés de garder iè célibat. Une ordonnance de 1131 défendit aux moines d'étudier la médecine, et dans le concile tenu à Tours en 1163, le pape Alexandre III déclara que : seraient excommuniés tous les religieux qui prendraient des leçons de droit et de médecine, leurs études devant se borner aux matières religieuses.

La Faculté faisait partie de l'Université, mais, jusqu'en 1427, elle n'eut pas de maison d'école. Les grandes assemblées des bacheliers licenciés et régents se tenaient sous le nom dé scholares, au bénitier de Notre-Dame. Les leçons journalières étaient faites par les bacheliers dans la rue du Fouarre, près la place Maubert. Les actes ou examens étaient tenus chez les maîtres; ceux-ci étaient choisis chaque année par la grande assemblée, le

premier samedi aprèsrla Toussaint. On les nommait docteurs régents.

Les registres étaient tenus par les Moyens, sous le titre de CommerUariù Le plus ancien est de 1324. En oi|tre,la Faculté avait réuni les préceptes de rÉcole de Salerne,

En 1465, son. plus riche joyau était un manuscrit latin qu'elle. ne prêta au. roi Louis XI que sous iagaranti^ de. douze marcs de vaisselle d'argent et un billet de çnille écus d*or qu*un. riche bourgeois, du nom de Malingre, souscrivit comme caution du roi. . •

Le jour de la Siotint-Michel 1332, une fête chevaleresque fut offerte aiix Parisiens. Le roi, après avoir marié Jean, so;i fils aine, à Bonne, fille du roi de Bohême, Tarma chevalier^ « Un grand nombre de princes et de seigneurs se rendirent à Paris pour assister à la cérémonie qui fut des plus pompeuses, et pour rendre la fête plus solennelle, le roy fit espouser ce mesme jour sa fille, la princesse Isabelle, au duc de Brabant. » Le vendredi suivant, toute la cour se rendit dans la chapelle du palais, et là, Philippe déclara qu*il avait dessein de faire le voyage de Terre-Sainte, et qull était résolu de confier le gouvernement de son royaume à son fis, le nouveau chevalier, et Tassistance fut invitée à lui prêter serment de fidélité, ce qui fut fait.

Mu 3 le roi ne partît pas.

Quelques jours plus tard, la foule courait voir pendre deux meurtriers, Hannot et Pierre de Léans, dit de YiUiers, qui avaient assassiné, en pleine église, la demoiselle Peronne d*Estreville.

Mçds une afi'aire plus grave occupa Fattention des Parisiens.

En 1329, la comtesse de Mahaut, souveraine du comté d'Artois, mourut empoisonnée à Paris, le 27 octobre, alors que Robert d'Artois faisait tous ses efibrts pour obtenir la possession de ce comté en son lieu et place ; ce fut la reine Jeanne, veuve de Philippe le Long, qui fut désignée par le roi pour succéder à la comtesse de Mahaut; mais, au moment où elle allait prendre possession de son comté, c'est-à-dire un mois plus tard, elle mourut également, empoisonnée par un de ses officiers de bouche, qui lui présenta de l'hypocras qu'elle but.

Sur ces entrefaites, Robert d'Artois avait produit des lettres signées et scellées de son aïeul Robert I", par lesquelles celui-ci lui faisait don de son comté; mais ces lettres furent reconnues fausses. Un arrêt bannit Robert du royaume et ordonna la confiscation de ses biens, et on poursuivit les faussaires : une demoiselle Jeanne de Divion, son clerc, Perrot de Sanis, sa fille de chambre, Jeannette des Chaînes, et Pierre Tesson, nolnire.

Ce procès fit un bruit terrible ; un jacpbin, appelé comme témoin, fut menacé d'être mis à la question par Tévéque de Paris, parce qu'il refu-

sait de ri$ vêler ce qu'il prétendait avoir su en confession.

Les docteurs en théologie s'assemblèrent et jugèrent que le jacobin devait parler, ce qu'il fit et ce qui lui valut d'être condamné à demeurer en prison jusqu'à:la fin de ses jours.

La Divion fut condamnée à être brûlée vive, ce qui eut lieu sur la place du Marché-aux-Pourceaux, en présence du prévôt de Paris et d'une grande multitude de peuple.

Jeannette des Chaînes, après s'être cachée en divers endroits, finit par être arrêtée ; elle avoua avoir scellé les prétendues lettres ; elle fut arrêtée, menée à Chinon, et ses enfants furent conduits à Nemours.

Un arrêt du parlement, de 1334, lui réserva le même sort qu'à sa maltresse, et elle fut brûlée vive au Marché-aux-Pourceaux de la ville, au mois de mai.

Plusieurs autres faux témoins furent condamnés en même temps qu'elle, les uns à faire amende honorable, c'est-à-dire à faire en place publique, à haute et intelligible voix, en présence de la foule assemblée, aveu de son crime. Le condamnôétait conduit à cette place, qui généralement était le parvis Notre-Dame, par le bourreau, tête et pieds nus, en chemise^ la corde au cou, por* tant un cierge de cire jaune à la main et un double écriteau fixé sur la poitrine et sur le dos, sur lequel se trouvait mentionné le crime expié.

Les autres, au nombre de huit, furent condamnés au pilori et à d'autres peines, et le notaire fut condamné à la prison perpétuelle.

Le procès de Robert d'Artois fut un malheur public, car il est lié intimement aux tristes événements politiques qui survinrent.

Robert d'Artois se retira à la cour d'Angleterre et combina avec le roi Edouard la guerre terrible que celui-ci fit à la France.

Mais avant d'arriver à ce triste épisode de rhistoire, achevons de mentionner les établissements d'utilité publique qui furent fondés à Paris.

Ce fut d'abord en 1334, le collège des Lombards pour onze pauvres écoliers d'Italie. André Chini, Florentin, en fut le fondateur. Il était situé rue des Carmes, dans une maison lui appartenant.

Les bâtiments tombaient en ruines, lorsque deux prêtres irlandais les firent reconstruire en faveur de prêtres et écoliers de leur nation; le testament de Patrice Maginn, du 3 juillet 1683, s'exprime de la sorte : « Conjointement avec le sieur Malachie Kelli, j'ai obtenu des lettres patentes du roi, du mois d'août 1677 et mars 1681, pour rebâtir et rétablir le collège des Lombards, afin d'y donner retraite à ceux de notre pays qui étudieraient en l'Université et se rendraient capables d'aller porter la foi dans le dit pays. » Cette mafson, devenue à la fois

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collège et séminairei fut réunie au séminaire des Irlandais qui eitiste encore.

Par acte du 8 juillet 1333, Jean, évéque de Murray, qui avait placé quatre boursiers écossais au collège du cardinal Lemoine, érigea le collège dit des Ecossais, dans une maison de la rue des Amandiers (rue Laplace). Plus tard, Tambassadeur d'Ecosse, Jacques de Béthun, forma une communauté de prêtres écossais, forcés par les événements politiques à se réfugier en France. Le 29 août 1639,rarcbevèque de Paris transporta cette communauté au collège des Écossais, et, en 1662, Robert Barclay, qui en était le principal, acbeta un emplacement sur les fossés Saint-Victor et y fit bâtir une maison qui unit la double dc^stination de séminaire et de collège. Dans une des chapelles se trouvait une urne en bronze doré, contenant la cervelle de Jacques II, roi d*Angleterre.

Ce collège et celui des Irlandais furent supprimés en 1792. Par arrêtés de Fan IX, de Tan XL et de Tan XII , ces maisons furent établies rue des Irlandais et placées, comme séminaires, sous la •surveillance de TUniversité, par décision gouvernementale du 11 décembre 1808.

Le collège de Tours, rue^ Serpente, date aussi de 1334 ; il fut fondé par Etienne de Bourgueil, archevêque de Tours, pour un principal et six écoliers qui recevaient trois sous par semaine pour leur nourriture. En 1450, cette somme fut élevée à sept sous, puis à vingt. Il fut réuni à rUniversité en 1763.

Les bâtiments devinrent propriétés nationales en 1790 et furent vendus le 21 août 1793.

Le collège de Lisieux, rue Jean-de-Beauvais, fut fondé en 1336, par Guy d'Harcourt, évêque de Lisieux, qui laissa par testament mille livres parisis pour l'enseignement et la nourriture de vingt-quatre pauvres écoliers de son diocèse ; ce collège occupa d*abord une maison de la rue des Prêtres, mais, grâce aux libéralités de la famille d'Estouteville, il fut construit de nouveaux bâtiments plus grands, rue Saint-Étienne-des-Grès (rue Gujas). Il fut enfin transféré rue Jean-de- Beauvais dans le local du collège de Dormans, lorsque les écoliers de celui-ci furent incorporés au collège Louis-le-Grand.

Les bâtiments servirent de caserne après la Révolution de 1789, et, en 1815, on installa dans Téglise du collège TÉcole d'enseignement élémentaire, d'après la méthode de Lancaster.

En 1337, nous voyons la fondation du collège d'Autun, par Pierre Bertrand, évêque d'Autun, rue Saint- Andrô-des-Arts, en faveur de quinze écoliers. En 1764, il fut réuni au collège Louis-le-Grand. En 1530, le 21 avril, un prêtre du nom de Pierre Ponce t assassina, dans ce collège, le curé de Méru et son valet ; il fut arrêté, dégradé et brûlé vif, après avoir eu le poing coupé.

Les bâtiments, devenus propriété de l'Étai, ont été vendus le 28 mars 1807.

En 1339, fondation du collège de Hubaot ou de VAve^Maria, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, par Jean de Hubant, président de la chambre des Enquêtes, en faveur de six étudiants qui devaient être originaires de Hubant en Nivernais. Réuni au collège Louis-le-Grand» en 1767, les bâtiments furent vendus comme propriété de l'État, le 7 septembre 1810.

Le collège de Ghanac, de Pompadour ou de Saint-Mîcbel fut fondé vers la même époque par l'arcbevêque de Paris, Guillaume de Ghanac, qui donna pour cela sa maison de la rue de Bièvre et déclara, par son testament, daté de 1348, qu'il entendait qu'il fût affecté â douze écoliers du Limousin. Ge collège fut réuni en 1763 à l'Université.

Le collège de Cambrai fut fondé en 1348 (place Cambrai), par Hugues de Pomare, Guy d'Anssonne, évêque de Cambrai et Hugues d'Arcy, évéque de Laon ; ce fut pour cela qu'on le trouve parfois désigné sous le nom de collège des Trois- Évêques. Après la mort de ses fondateurs, toutes les bourses furent données par le chancelier de l'Université de Paris. En 1610, il fut en partie démoli, puis rebâti sous le nom de Collège royal. En 1612, le principal, le chapelain et les boursiers reçurent une indemnité de vingt mille livres, afin de pouvoir se loger ailleurs. Ils demeurèrent dans la partie des bâtiments non démolie ; en 1680, le roi y fonda une chaire de droit français, mais en 1774, le Collège royal, devenu Collège de France, absorba tout le local qu'il occupait.

Aussi, en 1348. fut bâtie rue Saint-Jacques, au coin de la rue des Noyers, l'église Saint- Yves, par les Bretons étudiant â Paris. Les procureurs et les avocats, qui avaient adopté saint Yves pour patron, établirent une confrérie dans cette petite église, qui était d'une construction élégante ; sur le portail, se voyaient les statues de Jean YI, duc de Bourgogne, et de Jeanne de France, sa femme. Devenue propriété nationale après 1789, elle fut vendue le 6 mai 1793 et démolie en 1796.

Terminons cette longue énumération par trois autres collèges: celui d'Aubusson, fondé près de la rue Saint-André-des-Arts, mais qui n'eut pas une longue existence; le collège Mignon, fondé en 1343 par Jean Mignon, pour douze écoliers de sa famille; réformé en 1539, il fut donné en 1584 à l'abbé de Grandmant. Rebâti en 1747, il devint propriété nationale en 1790, servit en 1820 de dépôt aux archives et fut vendu par l'État, le 12 octobre 1824. Il était situé dans une rue qu'on appela d'abord rue des Petits-Champs, puis rue de la Semelle et enfin rue Mignon. Les bâtiments sont aujourd'hui occupés par une imprimerie. Et le collège de maître Clément, fondé en 1349 par Robert Clément et qui ne jouissait que de dix-huit livres : c'était insuffisant pour qu'il pût

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jnctionner. Il fût réuni au collège de maître lervais, aussitôt que celui-ci fut fondé, en 1370. On voit que se multipliaient les établissements iestinés & favoriser l'instruction, et, depuis la fin lu XI' siècle où les écoliers, étendus sur la paille ratche qui jonchait le cloître Notre-Dame pour y uivre les cours et où ceux qui étaient pauvres nendiaient leur pain de porte en porte et cou-

chaient en plein air, enveloppés dans leurs manteaux, et grelottant de froid quand ils n'avaient pas de manteau, nombre de gens s'étaient déclarés leurs protecteurs, et lia n'en étaient plus réduits, depuis que les chanoines de Notre-Dame avaient expulsé de leur cloître les écoles épiscopales, à aller lire le missel public, enchaîné derrière wn treillis de fer à la porte des églises.

Intérieur de l'église Soinl-Sévcrin.

Ces chanoines furent l'objet d'une ordonnance cliapitrale del334, qui fit défense à aucune femme, jeune ou vieille, chambrière ou parente d'un chanoine, de demeurer dans le cloître, «parce que ce lieu est saint, dédié et consacré à Dieu ».

Gn 1336, Paris fut attristé par un incendie considérable qui détruisit toutes les logettes des marchands de la foire dite du Landit.

Hais arrivons enfin à la période guerrière qui signala les dix dernières années du règne de Philippe VI qui, dès 1339, était occupé à soutenir une lutte que lui avait suscitée Robert d'Arioa et il dut faire la guerre en Bretagne pour

soutenir l'arrêt d'investiture du duché, donné en faveur de Charles de Chastillon contre Jean de Bretagne, dit de Montfort.

Il lui fallut alors avoir recours à la ville de Paris pour qu'elle l'assistât d'hommes d'armes.

En 1339, les Parisiens lui offrirent 800 hommes à cheval, entretenus pour quarante jours, à raisou de six sous pariais chacun ; le roi accepta l'olfre et voulut que tous tes habitants contribuassent à la solde de ces 800 hommes, même ceux qui demeuraient dans ta juridiction des chapitres, monastëi-es, etc; il n'en excepta que les gens de son hfttel, ceux des hMeU de la relue et du du«

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de Normandie (en 1343 la ville offrit encore 500 hommes et le prévôt des marchands et échevins leva une imposition sur le vin et les grains pour leur entretien. En 1547, Paris fournit jusqu'à 1500 chevaux au roi.)

Tandis que Philippe VI était aux prises avec Edouard et que les Français perdaient la funeste bataille de TÉcluse, le mariage de Philippe ,son second fils, avec Blanche, fille de Charles le Bel, se préparait et un tournoi fut célébré à cette occasion au mois de janvier 1344; et les chroniqueurs s'accordent pour louer cette fête magnifique, à laquelle assistèrent les plus illustres chevaliers de France et de l'étranger.

Quelques-uns cependant y trouvèrent un dénouement qu'ils ne soupçonnaient pas, ce furent Olivier de Clisson, le baron d'Avangour, Gedffroi et Georges de Malestroit et d'autres chevaliers bretons qui, à l'issue de la cérémonie, furent appréhendés au corps et conduits sous bonne escorte dans les prisons du Châtelet, accusés de conspirer avec le roi d'Angleterre contre Philippe de Valois.

Or, à cette époque, les accusations de ce genre étaient vite converties en condamnations.

Olivier de Clisson ne sortit du Châtelet que pour monter sur l'échafaud qui avait été dressé aux halles; il y fut traîné dans une charrette, puis arrivé sur le lieu de l'exécution, on le fit descendre de la charrette pour- lui bander les yeux, on le fit mettre à genoux, la tête appuyée sur un billot en bois.

Le bourreau lui abattit la tête avec une épée à feuille; elle fut portée à Nantes, et exposée sur les murs de la ville; quant au corps, il fut accroché au gibet de Montfaucon.

« La veille de Saint-André, furent traînés honteusement au même échafaud des halles Geoffroi de Malestroit, chevalier, et son fils avec quatre autres chevaliers et quatre écuyers bretons. Après qu'on leur eût coupé la tête, on pendit les corps au gibet, et le samedi saint suivant on fit le même traitement aux seigneurs de la Roche-Tessart et de Pdrcy. »

Par la suite, on s'aperçut qu'on avait oublié le frère de Geoffroi de Malestroit, Henri, qui était clerc et docteur en droit et maître des requêtes de rhô tel du roi.

On se hâta de le livrer au bourreau dépouillé c( en sa jacquelte » sans chaperon, on lui mit les fers aux pieds et aux mains, et en cet état, on le hissa dans un tombereau à plâtre, de façon que tout le monde pût aisément le voir et on le mena depuis la porte Saint-Jacques jusqu'au Temple où il fut emprisonné.

Le prévôt de Paris, Guillaume de Gourmont l'avait escorté avec une multitude de gens armés, mais l'ingérence du prévôt dans l'affaire froissa Foulques de Chanac, l'évèque de Paris, qui prétendait que l'accusé étant ecclésiastique lui ap-

partenait et le réclama. Le roi et eon conseil fi-> rent d'abord la sourde oreille, luais enfin, ils sq décidèrent à le livrer à l'évèque afir^ qu'il le dégradât et le rendit ensuite au prévôt pour être puni comme traître au roi.

Il fut fait ainsi ; Henri de Malestroit fut transféré dans la prison de l'évèque, no^is alors on ne fut pas d'accord sur le genre de dégradation à lui infliger et voici ce à quoi on s'arrêta.

On fît de nouveau monter le patient dans son tombereau et après l'avoir fait passer sur le pont Notre-Dame, on le promena dans les divers carrefours de Paris, où, à son de trompe, un héraut invitait le peuple à venir entendre sa condamnation.

C'était à qui se presserait pour mieux le voir et prêter l'oreille.

Au retour, on le força à monter au haut d'une échelle qui fut élevée sur le parvis Notre-Dame et là le peuple lui jeta des œufs et de la boue.

Il fallait voir l'empressement que chacun mettait à se distinguer dans cet exercice : les quolibets ne manquaient pas et chaque fois qu'un œuf venait se briser sur la face du condamné, c'était des éclats de rire et des joyeuse tés à n'en plus finir.

Il fallut cependant cesser cet amusement au bout de quelques heures.

Henri de Malestroit fut réintégré dans sa prison pour y passer la nuit et dès le lendemain on recommença la promenade aux carrefours et l'exhibition sur l'échelle ; mais cette fois, non content d'exciter le populaire à ne pas manquer de venir prendre part à la fête, l'autorité avait pris la précaution de faire amener sur la place du parvis des tombereaux chargés d'ordures, «le patient en fut si couvert qu'il n'était plus reconnaissable » dit l'historien Pelibien.

On le ramena encore dans la prison épiscopale, où il devait rester enfermé jusqu'à la On de ses jours. Au bout de neuf semaines il était mort.

Alors on le promena sans vie dans les rues et les carrefours, puis on le portaà l'Hôtel-Dieu, où on l'enterra.

Tout cela n'avait pas empêché que le lendemain du mariage du prince il y eut de superbes joutes dans le jardin du palais ; parmi les jouteurs était le duc de Normandie , contre qui, par ordre du roi, jouta le seigneur de Saint- Venant, un robuste compagnon, qui, d'un seul coup, renversai terre le duc et son cheval.

Le comte d'Eu, connétable de France, jouta aussi et reçut un coup de lance qui lui brisa la poitrine; il mourut dans la nuit.

Ces jeux barbares étaient alors grandement en honneur, et il était rare qu'il ne s'y produisît pas quelque accident de ce genre, et la liste est longue de tous ceux qui perdirent la vie en joutant et en tournoyant.

Aussi, les papes ne cessèrent-ils de les interdire, et plusieurs rois de France les imitèrent.

t>AftIS A TRAVERS LES SlËGLES

il&

Philippe le Bel les avait proscrils en 1312; bilippe le Lonrg les défendit en 1318, mais nous )yons (Jue Philippe de Valoié les rétablit; il falit qu'Henri II y fût tué pour qu'on se décidât à s supprimer, et encore ils ne le furent qu'en 560, après que Henri de Bourbon-Montpensier 1 fut aussi victime.

Pendant au'on jouait ainsi à Paris sa vie pour I plaisir, Edouard III, après avoir ravagé la asse-Normandie, mettait à feu et à sang Louicrs, Pont-de- l'Arche , Vernon , Mantes et Meum, et marchait .sur la capitale.

Philippe alla à sa rencontre en côtoyant la [ve droite de la Seine.

Lorsque Edouard arriva avec ses troupes à ^oissy , en toute hâte le roi de France se replia ar Saint-Denis pour couvrir la capitale.

Il était temps ! car déjà les détachements anlàis pillaient et brûlaient Saint-Germain , Nanerre, Rueil , Saint-Gloud et Neuilly.

« Paris s'était hérissé de défenses, dit l'auteur les Sièges de Paris. On avait commencé à dé- Qolir dans les environs un certain nombre de aaiàons qui gênaient les travaux militaires ou lont les matériaux étaient nécessaires pour contraire les fortifications. Les propriétaires amenèrent le peuple, et leur opposition obligea de luspendre celte destruction dont les événements lémonlrèrent l'inutilité. »

En effet, Edouard s'arrêta devant l'attitude des Parisiens et battit en retraite.

Quelques jours après la funeste bataille de Crécy, il eût pu revenir sur ses pas; il eût trouvé Paris atterré et bien peu en état de se défendre!

Il ne vint pas mettre le siège devant la capitale, mais il alla prendre Calais , conclut une trêve de dix mois, le 28 septembre 1347, et retourna en Angleterre.

Philippe s'occupa alors d'édicter une loi contre les blasphémateurs. Déjà le concile de Sens, réuni à Paris pendant le carême de 1346 , avait prescrit à chaque Parisien de dire trois fois Y Ave maria à l'heure du couvre-feu, pour la prospérité de l'église , la paix du royaume et la famille royale (le couvre-feu se sonnait alors vers sept heures du soir).

Philippe punit les blasphémateurs de la peine du pilori avec la prison et le jeûne au pain et à l'eau pendant un mois. L'ordonnance porte : a Si le coupable retombe dans la même faute , on lui coupera la lèvre supérieure avec un fer chaud en sorte qu'on lui voie les dents ; à la troisièmer fois qu'il aura blasphémé, la lèvre inférieure lui sera coupée, et s'il continue encore on lui coupera la langue, afin qu'il n'ait plus le moyen d'en abuser contre l'honneur de Dieu.

Les Parisiens ne jouirent guère de la détente apportée dans les esprits par la trêve, car un fléau épouvantable s'était abattu sur la France, rava-

geant les villes et les hameaux, les palais et les chaumières.

C'était la peste noire I

La peste noire qui fit mourir à Paris 80,000 peiv sonnes!

Le mal commençait par une tumeur sous les aisselles ou dans l'aine , et emportait ceux qui en étaient, atteints dans le court espace de deux ou trois jours.

Cette peste, apportée d'Égj-pte et de Syrie, envahit d'abord la Sicile, la Toscane et la Provence en novembre 1347. Un moment arrêtée par le froid, l'épidémie reprit au printemps avec une énergie épouvantable. Avignon, Narbonne, Montpellier, furent presque entièrement dépeuplés.

Bientôt, s'avançant de ville en ville, la contagion atteignit Paris.

On n'avait jamais entendu, jamais vu, jamais lu que dans les temps passés une telle multitude de gens eussent péri. (La peste noire dura quatre ans et fit périr en Europe vingt-cinq millions de personnes.)

Paris était dans la consternation, cinq cents personnes mouraient quotidiennement à l'Hôtel- Dieu et les sœurs vouées au service des malades redoublèrent de zèle à cette occasion, aux dépens de leur propre existence, car elles moururent en si grand nombre qu'il fallut à plusieurs reprises renouveler la communauté.

Cet hôpital avait reçu de Philippe de Valois an mois de janvier 1329, la donation de cent charretées de bois à prendre annuellement dans la forêt de Bièvré et , par lettre du 22 février 1339 , le roi avait accordé à Raoul du Bois, prieur, le droit de pouvoir acquérir par. les aumônes des fidèles cent livres de rente pour achat de la toile nécessaire à Tensevelissement des morts; mais la grande quanlité de mourants ne permettait pas qu'on les erisevelît , et on se contentait d'en charger des tombereaux qui allaient verser les cadavres au cimetière des Innocents.

La place manqua vite, le cimetière fut fermé (et ne rouvrit qu'en.l351 ), et on en bénit vite un nouveau hors des murs de la ville.

Inutile d'ajouter que pendant plus d'une année que dura l'épidémie à Paris, les processions, les promenades de reliques et de châsses ne cessèrent pas plus que les prières publiques dans toutes les églises, mais la colère céleste ne fléchissait pas et frappait aussi bien les têtes couronnées que celles des humbles mendiants. La reine Jeanne de Bourgogne mourut, la duchesse de Normandie., femme du fils aîné du roi, mourut, l'évêque de Paris, Foulques de Chanac, mourut.

C'était un deuil général dans la ville.

Deuil qu'augmenta bientôt la famine, suivante ordinaire de toute. épidémie. . .

Les campagnes ravagées manquèrent de bra^ et la récolte manqua.

Alors, les visages pâles et livides des malheU-*

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reux affamés apparurent dans les carrefours et nombre de ceux que la peste avait épargnés mouraient dans les affreuses tortures de la faim. ,

Pendant ce temps; des reprises d'hostilités contre TAngleterre alternèrent avec des trêves sans cesse rompues, et cet état de lutte permanente exigeait des dépenses que le roi ne pouvait faire qu*en levant de nouveaux impôts; ce fut ainsi qu*en 1350, Paris lui accorda pour une année la levée de ceilaines impositions sur toutesles marchandises et denrées qui seraient vendues dans la capitale et ses faubourgs.

. Il ne put en percevoir l'entier produit^ la mort le frappa le 22 août 1350, à l'âge de 57 ans. Son cœur fut porté à Bourg-Fontaine en Valois et ses entrailles aux Jacobins de Paris.

Il était dit que la guerre le poursuivrait même après son trépas. .

Dans la marche de son convoi , il s'éleva une dispute de préséance entre les chanoines dé la cathédrale et les membres de l'Université.

La querelle s'échauffa, et laissant le corps du roi prendre les devants, chanoines et docteurs en vinrent aux mains, et ce. furent les recteurs de l'Université et « ses suppôts » qui eurent le dessous ; ils reçurent plus de coups qu'Us n'en donnèrent, aussi se plaignirent-ils amèrement au roi Jean , fils et successeur de Philippe , qui nomma trois arbitres pour étudier l'afifaire.

, En 1347,1e pape accorda des indulgences pour faciliter la reconstruction de l'église Saint-Séverin, et on y exécuta des travaux importants, cependant eue fut encore agrandie en 1489, et, lé 12 mai de cette année, on posa la première pierre de l'aile droite et des chapelles qui sont derrière le sanctuaire, mais il reste de la reconstruction de 1347 le portail latéral et le porche ménagés sous la tour, la partie inférieure de la façade, les yoôtes des trois premières travées du premier collatéral de droite, les trois premières travées de la grande rief, le triforium des quatre premières travées, là tour et le second collatéral de la nef à droite.

Ge fut de 1489 à 1498 que le chœur fut reconstruit dans de vastes proportions.

L'église a la forme d'un parallélogramme à une nef et deux collatéraux qui font le tour d'un vaste chœur polygonal, et sont eux-mêmes enveloppés par une ceinture de chapelles carrées sans transept.

La façade offre un aspect assez irrégulier; le portail, d'un fort beau style, appartenait autrefois à l'église Saint-Pierre-aux-Bœufs, de la rue d'Arcole ; lors de la démolition de cette église, en 1837, il fut transporté , pierre par pierre, à Saint-Séverin, et rétabli tel qu'on le voit aujourd'hui.

Saint-Séverin, avec sa tour dont la flèche et les huit clochetons chargés de dentelures dominent les maisons d*alentour, est très pittoresque ; c'est

du haut de cette tour que la cloche sonnait antn fois le couvre-feu pour le quartier de l'Univenité. Sur la pierre du portail^ on lit encore ce dis* tique :

Bonnes gens. qui par cy passes.

Priez Dieu pour iee trépassez.

' Des lions de pierre décoraient jadis chaqi» côté du portail; ils remplaçaient sans doute (faiH très lions de pierre qui soutenaient le siège olj l'archiprètre venait s'asseoir! pour rendre sa jn-: tice; de là la formule que l'on lit sur plusieui^ sentences : Donnée entre deux lions.

Les portes de cette église étaient autrefois chow gées de fers à cheval, selon une des pratiqoeii pieuses du moyen âge :- Quand un chevalier se disposait, à partir pour un voyage lointain, ilv»-: nait invoquer saint Martin, l'un des patrons de j cette.église, dans sa chapelle particulière^ faisait: rougir la clé de la chapelle au feu des thnriféraires, en marquait les flancs de; sa haqueoée ci! clouait le fer achevai votif à la porte de l'édifice. . : : , '.-.■■

Les trois étages supérieurs de la façade, indiqués par autant de. balustrades, appartiennent au XVI* siècle. La statue de la Vierge, qui coaronne le pignon, n'a été sculptée qu'en 1842.

A l'intérieur, lisons-nous dans Paru iUmtré, on remarque les nombreuses ramifications des nervures des voûtes et la physionomie originale du triforium du chœur, qui rappelle le style perpendiculaire anglais. Les travées de l'abside ont été défigurées au xvii* siècle par des placages de marbre qui recouvrient les piliers et transformeol les ogives en pleins cintres. Cette décoration de mauvais goût et le baldaquin du mattre-autel, ont été exécutés par Baptiste Tuby, sur les dessios de Charles Lebrun et aux frais de M^ de Montpensier. Le bufifet d'orgue est de 1747. Les quinie fenêtres hautes de la nef, à partir de la quatrième travée, sont ornées de vitraux du xV et dn XVI* siècle, assez maladroitement restaurés il y a quelques années.

, Nous signalerons surtout l'arbre de Jessé dai» la rose du portail principcd. Derrière le maitTSautel, la chapelle de Notre-Dame-des-Sept-Donleurs renferme un groupe représentant la Vierge tenant sur ses genoux le cadavre du Christ. A droite du chevet de l'église, se trouve la chapelle de Notre-Dame-de-l'Espérance, reconstruite dans la seconde moitié du xvn* siècle. Les statues de la Vierge et de l'Enfant-Jésus, par Bridan, qui surmontent l'autel, ont été couronnées il y a quelques années au nom du chapitre de Saint-Jean-de-Latran, à Rome. Les murs de la chapelle sont couverts d'ex-voto et de plaqocs de marbre blanc portant des inscriptions commémoratives. Toutes les autres chapelles de Saint-Séverin ont été récemment' décorées de peintures murales dues aux pinceaux de UH. S(-

PARIS A TflAVEnS LES SIÈCLES

gnol, Schnetz, Biennoury, Murât, Paul etHippolyte Flandrin, Alexandre Hesse, Cornu, GérAme, Lenoir, Jobbé-Duval, Mottez Richomme, etc. On voit par la nomenclalure de ces noms l'importance des oeuyres artistiques que possède cette 6glise.

Guillaume Fusée, président du parlement, sa femme, la vicomtesse d'Ambrïers, Étienae Pasquier, Scévole, Louis de Sainte-Marthe et Iiouis- Elie Dupin y furent inhumés ; au sud de la nef eiiste encore un assez beau clolLre du xv* siècle.

Entre plusieurs reliques qui y furent conser- Liv. 23

vées, figure « le bras de monseigneur saint Séverin».

Lortique les femmes relevées de couches venaient entendre h cette église leur messe de relevailles , on leur mettait un manteau fourré sur les épaules pour les préserver du froid.

A la fête de la Pentecôte, il était d'usage de lâcher dans l'église plusieurs pigeons pour figurer la descente du Saint-Esprit sur les apfitres.

Pendant le moyen âge, on voyait auprès de Saint-Séveria une de ces cellules auxquelles on donnait le nom de réclusoir et dans lesquelles

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Renfermaient des pénitentes qui se condamnaient aux plus dures austérités.

Du côté du midi se voyait un charnier dont quelques arcades subsistent encore et Tancien cimetière paroissial, qui est devenu un jardin pour le curé. Sur la porte du passage menant de ce cimetière à la rue de la Parcheminerie, on lisait :

Passant, penses-tu passer par ce passage

Où, pensant, j'ai passé? Si tu n*y pense pas, passant, tu n'es pas sape. Car, en n'y pensant pas, tu te verras passé.

L*église Saint-Séverin eut peu à souffrir de la JR.évolution. Le 26 janvier 1794, sur la demande de la régie des poudres et des salpêtres, le citoyen Dupont, sous-commissaire, fut chargé de âe transporter à la ci-devant église Saint-Séverin, à Teffet de vérifier les objets qui y existaient et qui gênaient les opérations que la régie devait y faire pour l'exploitation du salpêtre.

En 1802, cette église devint Ja seconde succursale de la paroisse de Saint-Sulpice.

En 1841,^ on exécuta, sous la direction de MM.Lassus et Gréterin, architectes, des travaux de réparations à la façade occidentale de Tédifice qui coûtèrent environ 77,000 francs.

Ajoutons qu'avant 1789, la fabrique de l'église Saint-Séverin distribuait chaque année un prix de vertu aux cinq filles les plus sages de la paroisse. Il parait que les candidates étaient très nombreuses, cela faisait l'éloge des paroissiennes.

A cette époque, la cure de Saint-Séverin rapportait 5,000 livres, et avait près de 1,900 livres de charges. Aujourd'hui, elle est cure de seconde classe.

Pendant la Commune de 1871, un club dit de Saint-Séverin fut établi dans l'église, qui n'eut à subir aucune dégradation.

Il serait naturel de supposer que sous le triste règne de Philippe tout fut sombre et lugubre, l'historien Mézeray nous en a laissé un tableau bien différent; selon lui, le luxe des habits, la danse lascive, la multiplication des procès, étaient des vices communs à la cour et à la ville. On ne voyait, dit-il, que jongleurs et farceurs, ce qui signifie un goût effréné pour les spectacles tels qu'on les avait alors.

Les sexes et les âges étaient également dissolus et sans pudeur, passionnés pour les changements de mode. La bigarrure des habits les déguisait chaque jour, de sorte qu'on aurait pris la nation pour une troupe de bateleurs et de fous.

« IjCs malheurs de la nation ne la corrigèrent pas ; les pompes, les jeux et les tournois continuaient toujours. Les Français dansaient pour ainsi dire sur les corps de leurs parents. Ils semblaient se réjouir de l'embrasement de leurs châteaux et de leurs maisons et de la mort de leurs amis. Durant que les uns étaient égorgés à la campagne, les autres jouaient dans les villes. Le son des violons n'était point interrompu par celui des trompettes et l'on entendait en même temps la voix de ceux qui chantaient dans le bal et les pitoj'ables cris de ceux qui tombaient dans les feux, ou sous le tranchant du glaive. »

Un autre chroniqueur, Robert Gaguin qui écrivait au xv" siècle, parlant des modes parisiennes en 1346, s'élève fortement contre leur changement perpétuel. « Dans ce temps-là, dit-il, les habits étaient très différents. En voyant les vêtements des Français, vous les auriez pris pour des baladins. Tantôt les habits qu'ils adoptent sont trop larges, tantôt ils sont trop étroits, dans un temps ils sont trop longs, dans un autre ils sont trop courts. Toujours avides de nouveautés, ils ne peuvent conserver pendant l'espace de dix ans la même forme de vêtements. »

On voit que, sous ce rapport, les siècles en s'écoulant, n'ont rien modifié dans les habitudes des Parisiens relativement à la mode.

Nous avons cité les principales exécutions faites par les ordres du parlement, ajt>utons-y celles de Jourdan Ferron, damoiseau pendu en 1333, Mathieu de Houssaie, chevalier pendu la même année et noyé ensuite avec plusieurs autres, et onze gentilhommes accusés en 1334 du meurtre d'Émeri Bé ranger, décapités et pendus, après avoir subi une longue détention dans les prisons du Châtelet.

En 1339, maître Robert Langlois et deux moines allemands du collège des Bernadins, furent accusés de conspirer contre la vie du roi et celle de la reine « par mauvais art et invocation du diable. »

Un nommé Hennequin, qui eut connaissance du fait et ne les dénonça pas, fut emprisonné à Sainl- Martin-des-Ghamps et à la fin de décembre 1340 fut exposé au pilori; les autres furent pendus.

En i 347, le sixième jour de mars, furent bouillis en la place aux Pourceaux M« Etienne de Saint- Germain, dit de Compiègne, et Henri Foisnon écuyer de Treslan « pour avoir taillé coins à faire brûler et coins à faire deniers d'or à l'ange, » et puis furent pendus. (On plongeait les gens à faire bouillir dans une chaudière remplie d'eau bouillante.)

Jean dit le Bon. — L'ortire de r£toile. — Les Célestins. — L'église des Carmes. — Nouveaux collèges. — Les petites écoles, — La disette. — La guerre avec les Anglais. — La maison aux Piliers. — Etienne Marcel. — Les trentesix, — Le duc d'Anjou. — L'agitation populaire. — La trêve. — La nouvelle enceinte.— Charles le Mauvais. — La boiijgie de Notre-Dame. — Les chaperons rouges et bleus. — Le changeur assassiné. — L'émeute. — La défense. — Le gouverneur d«3 Paris. — Le droit d'asile. — La guerre civile. — Mort de Marcel. — Les représailles. — Paris menacé. — La paii de Brétigny. — Un duel,

BAN dit le Bon succéda à son père; son règne est un des plus désastreux que rhistoire présente.

Paris célébra par huit jours de fête le sacre, de ce prince qui eut lieu à Reims le 26 septembre 1350.

L'abbé de Saint-Denis rendit sa sentence à l'occasion des désordres qui s'étaient produits au convoi du feu roi; il ordonna que les chanoines accusés d'avoir frappé le recteur et ses suppôts, feraient serment sur les saints Évangiles qu'ils ne s'étaient point portés à cette violence.

Us jurèrent et furent absous.

£n revenant de la cérémonie de son sacre^ le nouveau roi se rendit selon la coutume à Notre- Dame, mais avant que d'y entrer, il fit entre les mains de l'archevêque de Sens, qui tenait la place de Tévèque absent, le serment de conserver les privilèges do l'Église de Paris.

Quelques jours plus tard, il fit arrêter dans rh6tel de Nesle, Raoul comte d'Eu, connétable de France, qu'il accusa de haute trahison, et sans autre forme de procès, sans jugement, rien que par l'eiîet de sa volonté souveraine, il le fit décapiter de nuit, en présence du duc de Bourbon, du comte d'Armagnac, du comte de Montfort et d3 quelques autres personne gos de la cour.

11 confisqua ses biens, donna son comté à son cousin Jean d'Artois et garda le reste.

Puis, il fonda un ordre de chevalerie à l'imitation de celui de la Jarretière que venait d'instituer le roi Edouard, en Angleterre, et qu'il nomma ordre de Notre-Dame de la Noble maison, désigné aussi sous le nom d'ordre royal de l'Etoile; c'était, selon Froissart, « une compagnie Bur la manière de la Table ronde, de laquelle devaient être trois cents chevaliers des plus suffisants. »

11 donna aux membres de cet ordre la demeure royale de Saint-Ouen près Paris. Les chevaliers s'engageaient à ne pas fuir en bataille plus loin de quatre arpents et alors mourraient ou se rendraient prisonniers.

Le roi pour compléter cette œuvre, pourvut en 1352 la chapelle de châtelains et de clercs.

Les chevaliers portaient une bague sur le chaton de laquelle était une étoile.

Au reste, Jean afi'ectionnait Tétoile, car on vit vers la même époque circuler à Paris des pièces de monnaie portant une étoile et qu'on appelait gros blanc (40 deniers) petit blanc (6 deniers).

Une ordonnance du mois de janvier 1351, fut rendue contre les mendiants de toute espèce qui pullulaient dans Paris; il leur fut enjoint de vider la ville dans les trois jours, à peine de prison au. pain et à l'eau pendant quatre jours, et en cas de récidive du pilori ; s'ils rentraient à Paris une troisième fois, ils étaient passibles de la marque au fer chaud. Défense était faite de recevoir dans les hôpitaux les truands valides et de les assister, soit par aumônes, soit autrement.

Une commission fut nommée pour la vérification du pain des boulangers de Paris; elle était composée de quatre bourgeois et du maire, du pannetierde France. Cette commission confisquait tout pain n'ayant pas le poids légal et l'envoyait moitié à THôtel-Dieu, moitié aux Quinze-Vingts.

La police intérieure de la ville était réglementée par cette ordonnance qui visait toute espèce de commerce, et certaines habitudes à réformer, etc. — A ses termes, tout le monde avait le droit de tueries cochons qu'il rencontrait dans lesrues ; elle défendait debalayer lesrues pendant la pluie afin de ne pas salir la rivière. Le prix des journées des artisans, les gages des serviteurs et jus^ qu'au gain des revendeurs, tout fut réglé dans cette ordonnance demeurée célèbre.

Les célestins vinrent s'élablir à Paris au commencement du règne du roi Jean, ils occupèrent le local que les carmes avaient abandonné pour se loger près de la place Maubert.

Les six célestins «qui arrivèrent venaient du monastère de Saint-Pierre fondé par le roi Philippe le Bel dans la forêt de Guise. Le collège des notaires, secrétaires du roi, leur donna une bourse et ils reçurent plusieurs autres

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dolations, surtout, comme on le verra plus tard, du roi Charles Y qui leur donna dix mille francs d*or pour bâtir leur église.

Ce fut aussi en 1353, que les carmes achevèrent de bâtir leur église qui fut dédiée dans la même année; cette église était vaste, mais n'offrait rien de remarquable si ce n*est le portail ; on y voyait les statues de quelques reines, entre autres celle de Jeanne d'Évreux leur bienfaitrice, et quelques monuments funéraires assez curieux, entre autres celui du libraire Jacques Gorrozet sur lequel on lisait :

L*aD mil cinq cent soixante-huit, A six heures avaDt minuit, Le quatrième de juillet, Décéda Gilles Corozet, Agé de cinquante-huit ans.

Qui libraire fut en son temps.

' Son corps repose en ce lieu ci

A Tâme Dieu fasse merci.

On y admirait aussi le monument élevé à la mémoire deM. BouUenois, avocat, vingt-deux ans après sa mort et qui n*avait pas coûté moins de cent mille écus à sa famille.

La bibliothèque du couvent des Carmes renfermait douze mille volumes.

Les carmes furent supprimés en 1790; leur église, après avoir servi d'atelier pour une manufacture d'armes, a été démolie en 1811 et sur remplacement du couvent fut établi le marché des Carmes.

Plusieurs collèges furent aussi fondés en 1353 :

Le collège de Boncourt, rue Bordet ou Bordeille (rue Descartes depuis 1813), sur la montagne Sainte-Geneviève, établi par Pierre Becoud pour Tentretien de huit écoliers du diocèse de Thérouenne. C'est du nom de Becoud que devint par altération celui de ce collège. Au xvi* siècle on y joua souvent des comédies et des tragédies, entre autres la tragédie de Jodelle : Cléopâtre. Il fut reconstruit en 1688 par Pierre Galand, son principal. Dans ses bâtiments furent placés les bureaux de TÉcole polytechnique.

Le collège de Tournai, même rue, contigu au précédent et fondé la même année par Tévéque de Tournai, dans une maison qui lui appartenait. Il fut réuni au collège de Navarre.

Le collège des Allemands, rue Pavie-Goire, près la place Maubert (cette rue devint plus tard la rue du Mûrier). Elle fut supprimée en ces dernières années, lorsqu'on établit un square devant rÉcole polytechnique. Fondé en 1353, le collège fut supprimé au xvii« siècle.

En 1354, fut aussi fondé le collège de Justice rue de la Harpe par Jean de Justice, chanoine de Notre-Dame. Pierre Lizet de Salers en Auvergne, qui devint premier président au parlement de Paris, fonda cinq bourses dans ce collège, dont deux en faveur de ses parents ou alliés, ou, à leur défaut, pour des écoliers de la ville de Salers, et

les trois autres en faveur d'écoliers de Paris. 11 fut réuni en 1764 à l'Université et les bâtiments démolis.

Enfin, en 1358, fut fondé, dans la rue du CimetièreSaint-André-des-Arts (devenue rue Sager en 1844), le collège de Boissi par Etienne Yidé. Il fut réuni en 1764 â l'Université.

Félibien, en parlant des petites écoles de PariSt ignore à quelle époque elles furent établies, mab dit qu'elles existaient en 1357, et qu'elles étaient alors réparties dans les divers quartiers de Paris ainsi que le constate un règlement qui en cette année fut fait pour les écoles. C'était le chantre de Notre-Damequidonnaitla permission d'enseigner. En 1380, fut tenue une assemblée générale de tous les maîtres et maltresses d'école; ils s'y trouvèrent au nombre de 63, dont 41 maîtres et 22 maîtresses. Les maîtres étaient bacheliers oo maîtres es arts ; les écoliers leur payaient une rétribution et une au chantre. Quelques maîtres, pour se soustraire âla domination de ce chantre, tinrent des écoles dans des lieux secrets ou écartés, ce qui les fit nommer écoles àuissonnières.

Rien ne prouve la solidité de cette assertion, dont nous laissons la responsabilité àsonautear.

La première année du nouveau règne fut marquée par une grande disette dont on se plaignit fort à Paris ; le prix des denrées subit une augmentation énorme; ainsi le setier de froment qui se vendait deux livres fut élevé â huit, et tous les autres objets de consommation furent augmentés de prix dans la même proportion, aussi la misère était>elie grande et le menu peuple très malheureux, et l'horizon était loin de s'éclaircir. On craignait de nouveau la guerre avec l'Angleterre, et pour comble de mauvaise fortune, des dissensions éclatèrent entre le roi de France et le roi Charles de Navarre, surnommé le Mauvais, qui commença parfaire assassiner le connétable de France, Charles de Castille, qui fut égorgé dans son lit le 8 janvier 1353. Appelé à comparaître devant un lit de justice tenu par le paiement de Paris, le 4 mars, il fut contraint à demander pardon au roi, à genoux, en présence des pairs, des présidents et des conseillers, et ce fut tout. On craignait en le condamnant à quelque peine afflictive d'exciter son courroux, et on se contenta d'exiger qu'il fondât quelques messes pour le repos de i'Àme de sa victime.

Les craintes que l'on concevait touchant une prochaine rupture avec l'Angleterre, ne tardèrent pas à se réaliser; en 1354, la guerre éclata. La France se trouva attaquée à la fois par deux armées, l'une opérant en Picardie sous les ordres du roi d'Angleterre, l'autre en Gascogne, commandée par le prince de Galles.

Pour résister à de si puissants ennemis, il fallait des troupes et de l'argent.

Le roi assembla à Paris les trois corps da royaume : clergé, noblesse et bourgeoisie, et

ChulM de NiTurs fut appelé k comparaftie devant un Ut de justice, le 4 mars 1353. (Page 180, col. S.)

obtînt d'eux la levée d'une armée de treate mille hommes qui serait entretenue pendant an an au moyen des fonds provenant de la gabelle (c'est-àdire de l'impôt sur le sel) et d'un imp6t extraordinaire de huit deniers par livre sur toutes les marchandises.

Cette assemblée fut tenue dans la chambre du parlement, en la présence du roi. L'archevêque de Reims, Pierre de Craon, y assista au nom du clergé, Gaucher de Brienne, duc d'Athènes, bu nom de la noblesse, et Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris , pour le tiers état.

Nous allons voir le rôle considérable que ce dentier joua dans les événements importants qui suivirent cette réunion des États généraux.

Hais d'abord quelques mots sur l'hAtel de la municipalité parisienne, théâtre principal de ces événements.

On sait que la hanse des marchands de l'eau occupait anciennement une maison dans la vallée de Misère, sur le bord de la Seine, & l'ouest du Grand-GhAtelet.

Plus tard elle tint ses assemblées successive' ment dans denx locaux appelés le Parloir aux Bourgeois, le premier entre le Grand-Cbfttelet et la chapelle Saint Leufroy, le second près de l'enclos des Jacobins entre la place Saint-Michel et la rue Saint- Jacques.

Mais cet emplacement étant devenu insulllsant par suite de l'accroissement de la population de

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la ville et de Timportance des affaires soumises à la juridiction du prévôt des marchands et des échevîns, on résolut d'en choisir un plus convenable; or, il existait à la place de Grève une maison qui en portait le nom et que le roi Philippe Auguste avait achetée de Suger Clayon, chanoine de Paris, vers 1212. L'abbé de Preuilly reconnut que le roi y avait droit de haute, basse et moyenne justice. Cette maison était appelée la maison aux Piliers, parce qu'elle était portée sur une suite de gros piliers.

Philippe de Valois avait fait don de cette maison en 1322 à Clémence de Hongrie, veuve et seconde femme de Louis le Hutin; il la lui reprit en échange d'une autre, pour la donner en 1324 à Guy Dauphin de Viennois et en renouvela le don en 1335 au dauphin Humbert. Ce fut alors que cette maison fut désignée sous le nom de maison au Dauphin.

En 1336, elle changea encore de mains, elle devint la propriété de Jean d'Auxerre, receveur des gabelles de la prévôté et vicomte de Paris, qui la reçut en 1356 de Charles de France, dauphin, duc de Nonnandie, en considération des services qu'il lui avait rendus.

Ce fut cette maison qui fut vendue à la ville de Paris par Jean d'Auxerre et Marie sa femme, par contrat du 7 juillet 1357, moyennant la somme de 2,880 livres parisis; elle fut payée 2,400 florins d'or au mouton du coin du roi, par Etienne Marcel, prévôt des marchands et des échevins.

L'hôtel au Dauphin n'était alors qu'un petit logis borné par deux pignons et situé entre plusieurs maisons bourgeoises. « 11 y avait deux cours, un poulailler, des cuisines hautes, basses, grandes et petites, des étuves accompagnées de chaudières et de baignoires, une chambre de parade, une d'audience appelée plaidoyer, une salle couverte d'ardoises, longue de cinq toises et large de trois, et plusieurs autres commodités. »

Ce fut donc la Maison de ville qui devait, rebâtie en 1553, devenir l'Hôtel de Ville.

Un autre hôtel, réuni à la couronne par le roi Jean, fut aussi donné en 1354 par ce prince au comte de Savoie, Amédée VI : l'hôtel de Behaigne, qu'on appela aussi l'hôtel de Nesle, du nom de i^on possesseur, Jean de Nesle, qui le céda en 1232 à saint Louis et à la reine Blanche. En 1296, il passa des mains de Philippe le Bel à celles de Charles de Valois, son frère; Philippe de Valois le donna en 1327 à Jean de Luxembourg, roi de Bohême. Ce fut par corruption, que ce nom de Bohême se transforma en celui de Behaigne. Entré dans ^ la maison de Savoie par le don du roi Jean, cet hôtel fut plus tard racheté par Charles VI moyennant la somme de 12,000 francs, il le donna à son frère le duc d'Orléans qui, en 1492, en céda une partie aux filles repenties et donna le reste en 1498 et 1499 à Jean Lebrun, son valet de chambre et à Robert de Fiamezelles, son

chambellan. L'emplacement de l'hôtel Behaigoe plut à Catherine de Médicis; les filles repenlies reçurent Tordre de se retirer dans la rue saint Denis au prieuré de Saint-Magloire dont on transféra les religieux à Saint-Jacques-du-Haut -Pas, et Catherine put se faire bâtir un palais à la place de l'hôtel Behaigne. On lui donna le nom de l'hôtel de la Reine (31 octobre 1572) et les travaux commencèrent en 1573. En mourant, elle le lé^ua à Christine de Lorraine, mais ses dettes absorbèrent toute sa succession et le duc de Mayenne Ot de cet hôtel sa demeure ordinaire. Catherine de Bourbon, duchesse de Bar, créancière de Catherine de Médicis, l'acheta en 1601; trois ans plus tard Catherine de Bourbon étant morte, l'hôtel fut vendu à Charles de Bourbon, comte de Soissons. Depuis lors il fut désigné sous le nom d'hôtel de Soissons. De la branche royale de Soissons, il passa dans la maison de Savoie. Le prince de Carignan, mort le 4 avril 1741 à Paris, chargé de dettes, ses créanciers firent démolir l'hôtel et le terrain fut vendu à la ville et par les ordres de M. de Pontcarré de Viarmes, prévôt des marchands, s'éleva sous la direction de M. Le Camus de Mezières, architecte, une halle incombustible, destinée à la conservation et à la vente des blés et des farines, on la nomma la halle aux BI '-s ainsi qu'on le verra plus loin.

Ce fut vers la même époque que la porte Saint- Germain située rue Saint- An dré-des Arts vendue par l'abbé de Saint-Germain-des-Prés à Simon de Buci en 1352 prit le nom de son nouveau possesseur et devint la porte Buci.

Au moyen âge , le pain était taxé , mais au XIV* siècle ce n'était pas le prix qui variait, c'était le poids. Au mois de juillet 1372, on décida que le pain dit de Chailly ( c'était à Paris le pain de première qualité ), valant un denier, pèserait tout cuit neuf onces un quart (à quinze onces la livre); le pain bourgeois ou de deuxième qualité , douze onces; le pain de brodes ou pain bis, vingtquatre onces.

Les pains de deux deniers pesaient le double; au reste , on taxait tout alors.

En 1351, le roi Jean ordonna que les cordonniers ne pourraient vendre les souliers d^homme plus de deux sous quatre deniers, que les chambrières ne recevraient pas plus de cinquante sous de gages pour une année, que les tondeurs ne feraient pas payer plus de quatre deniers pour une aune de drap ordinaire, et qu'enfin les nourrices à domicile ne seraient payées qu'à raison de cinquante sous, et celles qui nourrissaient chez elles cent sous.

En 1356, le lundi 19 septembre, fut perdue par l'armée française la teirible bataille de Poitiers, où le roi Jean s'était rendu prisonnier au prince de Galles. ^

Ces nouvelles avaient jeté la consternation dans tout le royaume ; le dauphin Charles et ses deux

frères , le duc d'Anjou et le duc de Berry étaient 'e venus en toute hâte à Paris.

Charles assembla les États généraux le 15 octo- )re et fut déclaré lieutenant du roi et défenseur iu royaume pendant Tabsence du roi Jean , son 3ère , eV on lui adjoignit un conseil composé de louze prélats, douze gentilshommes et douze bourgeois qu'on nomma les Trente-Six.

Or, ce conseil ne tarda pas à se trouver en opposition avec les idées du dauphin.

On discuta la question de savoir si on ne ferait pas le procès au chancelier Pierre de la Forest , au premier président du parlement, Simon de Buci, au trésorier de France, Nicolas de Braque, au générai des monnaies , Jean de Poilleviiain , et à quelques auti^s qui avaient, sous le gouvernement de Jean, excité le mécontentement du peuple; le dauphin s'opposa vivement à celte mesure comme à celle de mettre en liberté le roi de Navarre, prisonnier depuis environ six mois, et ne craignit pas de congédier les États et de quitter Paris , prétextant un voyage à Metz.

Quant à ceux qu'on voulait poursuivre , prévenus à temps, ils gagnèrent la frontière. Ce fut alors le duc d'Anjou qui gouverna. Le 10 décembre, parut une ordonnance qui donnait cours aune nouvelle monnaie , le dauphin ayant donné des ordres avant son départ pour qu'on fit une réfonte des anciennes. Les marchands la trouvèrent inférieure à la précédente , sous le rapport du titre et du poids et refusèrent de la recevoir; furieux de la voir refusée, ceux qui en avaient accepté se soulevèrent et des scènes tumultueuses commencèrent à se produire dans Paris.

Ce fut alors qu'Etienne Marcel, en sa qualité de prévôt des marchands, alla, accompagné de plusieurs de ses conseillers, trouver le duc d'Anjou, afin de lui exprimer les plaintes de la population et lui demander le retrait de l'ordonnance relative aux monnaies.

Leduc, frappé de l'énergie et de la fermeté que montrait le prévôt, déclara suspendre l'eifet de l'ordonnance jusqu'au retour de son frère qui eut lieu dans le mois.

L'agitation populaire se calma.

^ Le dauphin, revenu à Paris, essaya d'amener Klienne Marcel à le seconder dans ses vues, et à cet effet, il l'invita à se trouver dans une maison du cloître Saint-Germain-l'Auxerrois, afin de conférer avec lui de choses importantes.

Marcel s'y rendit et rencontra là deux membres du conseil des Trente-Six qui entreprirent, en présence du dauphin, de le sermonner sur la nécessité absolue qu'il y avait de donner cours à la nouvelle monnaie, lui faisant entendre que, s'il le voulait, son autorité sur le peuple lui donnerait facilement le moyen de la faire accepter.

Etienne Marcel répondit nettement que jamais il ne se prêterait à ce qu'il considérait comme une

chose indélicate et accompagna son refus de paroles un peu vives, dont Técho se répandit au dehors et provoqua une excitation fiévreuse dans le peuple.

Les boutiques se fermèrent, les bourg*oois coururent aux armes et le dauphin effrayé, fît publier dans Paris qu'il supprimerait la nouvelle monnaie.

Le lendemain il se rendit au parlement, Marcel y vint de son côté, escorté de gens armés et demanda une nouvelle convocation des États généraux, ainsi qu'un ordre de poursuites contre les personnages qu'il avait déjà désignés comme prévaricateurs.

Le parlement accorda tout, le dauphin fit do même et Marcel fit alors séquestrer les biens de ceux qui avaient pris la fuite.

Pendant ce temps, se formait à Notre-Dame une confrérie de bourgeois dont Marcel fut déclaré le chef, et qui avait pour but de surveiller les agissements du gouvernement.

Les États généraux convoqués se réunirent à Paris aux Gordeliers, le 5 février 1357, puis le 3 mars, au Palais ; le dauphin, son frère et des personnages de marque s'y trouvèrent. Robert Le Coq, évêque de Laon , après avoir exposé la situation, demanda que le dauphin destituât de leurs charges les officiers que nous avons nommés, et promit, au nom des États, de mettre sur pied une armée de 30,000 hommes, si le dauphin ne faisait circuler que de bonne monnaie.

Celui-ci consentit à ce qui lui était demandé, et vingt-deux officiers de la couronne furent destitués.

En même temps , la cour du parlement fut réduite à seize présidents et conseillers.

Le 5 avril, fut publiée à Paris une trêve de deux ans avec l'Angleterre, afin de pouvoir traiter do la rançon du roi.

Le dauphin congédia de nouveau les États.

Or, pendant que tout ceci se passait, Paris avait été mis en état de défense; dès le i8 octobre 1356, le prévôt des marchands qui craignait de voiries troupes anglaises marcher sur la capitale , avait ordonné la réparation des fortifications et l'extension de l'enceinte qui protégeait Paris, surtout du côté du nord , de façon à y enserrer tous les édifices élevés depuis Philippe-Auguste.

Les travaux furent menés avec une grande activité : voici quel fut le parcours de cette enceinte. (Nous supposons Paris tel qu'il est aujourd'hui.)

De l'ancienne tour de Billy, près l'Arsenal, partait une muraille flanquée de tours carrées, qui allait gagner la place de la Bastille, et suivant à peu près la ligne des boulevards, parallèlement à la rue Meslay, venait à la rue Saint-Martin , où on bâtit une porte, puis à la rue Saint-Denis , où on en bâtit une autre, suivait la rue d'Aboukir (une porte coupait la rue Montmartre) , et aboutissait à la Banque de France, puis tournant un

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

peu à droite, traversait le jardin du Palais-Royal, à peu près vers le milieu, coupait la rue Richelieu, traversait la place du Théâtre -Français et arrivait à la rue Saint-Honoré , à la naissance de l'avenue de l'Opéra; rue Saint-Honoré était une porte , le mur traversait la galerie nord du Louvre et finissait à la Seine , à la tour de Bois que nos lecteurs connaissent déjà.

L*enceinte méridionale ne fut pas changée ; seulement de grosses réparations furent faites, les portes furent mises en bon état, on recreusa les fossés, dans quelques-uns on fit venir Teau de la Seine, puis on mura les portes Saint- Victor, d'Enfer et de Saint-Germain; de sorte que de ce côté on n'avait rien à redouter.

L'Ile Notre-Dame (Ile Saint-Louis) fut protégée par un fossé qui la coupait en deux et par une tour appelée tour Loriaux.

Le cours de la Seine était fermé par des chaînes tendues à travers la rivière.

Ces travaux nécessitèrent une dépense de 162,520 livres tournois, ce qui équivaudrait aujourd'hui à 1,300,000 francs. Pour la couvrir, on établit un impôt sur les boissons.

De plus, Etienne Marcel avait fait fabriquer 750 guérites en bois qui étaient fixées aux créneaux des murailles par de forts crochets de fer.

Tout cela demanda quatre années pour être achevé.

Donc, au moment où on publia la trêve, les travaux étaient en pleine activité et quand les Parisiens virent que les États étaient de nouveau dissous par le dauphin, ils se mirent avec une ardeur sans pareille à travailler à la défense de leur ville. « Us élevèrent en même temps sur les murs, d'autres petits murs en forme de parapets, avec des portes et des tours qu'ils munirent de canons (c'est douteux), debalistes et d'autres anciennes machines de guerre dont l'on se servait toujours depuis même l'invention du canon, (ce fut à Grécy, en 1346, qu'on le vit fonctionner aux mains des Anglais) encore peu en usage. Il fallut pour cela démolir quantité de grandes et belles maisons, soit au dehors, soit au dedans de la ville, mais on n'épargna rien pour les fortifications nécessaires à la sûreté publique. » ' Paris était en ébullition.

Les bourgeois s'attroupaient dans les rues, sur les places, dans les tavernes et s'entretenaient avec animation des affaires publiques ; il y avait deux partis bien distincts : celui du dauphin, qui comprenait les gens de la cour et la noblesse ; et celui de la bourgeoisie, représenté par Etienne Marcel, les boutiquiers, artisans et menu peuple en étaient. La ville avait l'apparence d'une place de guerre.

On y montait la garde nuit et jour et l'on veillait scrupuleusement à ce que personne n'entrât ou sortit sans s'être fait reconnaître, et il arrivait nombre de gens s'y réfugier, par suite des ravages

qu'exerçaient dans les environs les troupes da roi de Navarre et des bandes de pillards qui volaient tout ce qu'ils pouvaient.

Ce fut ainsi que les religieuses de Longchamps, de Poissy, de Maubuisson, de Saint-Antoine et les cordeliers du bourg Marceau vinrent y chercher un asile et comme Paris s'emplissait ainsi de nouveaux habitants, les vivres y enchérissaient de

jour en jour.

Cependant, les gens paisibles, les commerçants, se lassaient dé cet état d'antagonisme entre le corps municipal et le dauphin ; et on conseilla à celui-ci de ne pas se laisser intimider par le prévôt des marchands et les échevins.

Le dauphin manda alors à l'hôtel Saint-Paul Etienne Marcel et ses amis et leur reprocha l'ingérence qu'ils prenaient dans les affaires de l'Etat, puis il termina l'entretien en leur faisant connaître qu'il était disposé à se passer de leurs conseils et à gouverner comme bon lui semblerait.

Puis il les congédia et lui-même s'éloigna de Paris pour se rendre compte de l'état des provinces et voir s'il pourrait y trouver de nouveaux

secours.

Alors, les Parisiens prirent peur et firent prier le dauphin de revenir, promettant qu'ils se conformeraient à ses volontés.

Le dauphin revint et s'occupa de convoquer encore les États généraux ainsi que les députés des diverses villes en avaient témoigné le désir; les États pouvant seuls voter les subsides que le dauphin demandait, et une assemblée fut tenue aux Cordeliers au commencement de novembre.

Mais un nouvel incident vint grandement compliquer la situation.

Le roi de Navarre se sauva de prison et arriva à Paris le 29 novembre, accompagné de Tévèque de Paris et d'Etienne Marcel qui était allé au-devant de lui jusqu'à Saint -Denis.

Il alla loger à l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés.

Il y avait au nord et hors des murs du monastère, du côté du Pré-aux-Clercs une sorte d'estrade qui servait à la famille royale lorsqu'on donnait dans le clos des joutes et des tournois, et où les juges prenaient place dans les combats singuliers. Le 1*'' décembre, Charles le Mauvais monta sur cette estrade et là, en présence d'une foule considérable évaluée à 10,000 personnes assemblées par les soins du prévôt dés marchands, il fit un discours pour démontrer qu'il était innocent de tout ce dont on l'avait accusé et que les seuls coupables étaient ceux qui gouvernaient la France.

Il fut acclamé par ses auditeurs dont « la plu* part étaient touchés jusqu'aux larmes » ; aussi, le lendemain Marcel se rendit au palais où se trouvait le dauphin et le mit en demeure de rendre au roi de Navarre ses bonnes grâces et les terres qu'il lui avait confisqués. La réconciliation se fit.

PARIS A TRAVEItS I.ES SIECLES

Êticiioe Usrcel UMmbla les Puisisot «or t& place Saiot-Eloi. ((Page IBS, col. S.)

(Gopl* d'ooê ueImuh gmmn,)

'e dauphin et le roi tic Jîav aire, dînèrent ensemble el ce fut à qui féliciterait Etienne Marcel de >a bonne entremi se.

Les Parisiens satisfaits, mais regrettant toujours l'ubsence foreée du roi iean, imaginèrent tiers d'oiTrir k Notre-Dame une bougie démesurtnent longue, puisqu'elle avait 1,435 toises de longueur, ce qui était exactement celle du tour de Paris. (Si nous relatons ce fait qui paraît pas- Wblempnt empreint d'exagération , c'est que ■KiQSle trouvons mentionné parla plupart des hbtoriens; citons seulement Félibien et Lobineau « la ville, alarmée tant de la prison de son Liv. 24

roy que des troubles domestiques qui faisoient apprébender les dernières extrémitez, présenta à Notre-Dame une bougie aussi longue que Paris avoit de tour, pour brûler jour et nuit devant l'image de la '^erge. Elle a toujours continué la mesme offrande tous les ans jusqu'au temps de la Ligue, que cette pieuse coutume fut interrompue pendant vingt-cinq on trente ans. Miron, prévôt des marchands, substitua à celte longue bougie, en 160S, une lampe d'argent avec un gros cierge qui brble incessamment devant l'autel de la Sainte-Vierge, » (En lous cas, il est bien entendu qu'il s'agit, non d'une bougie proprement dite, 2t

HiSTOIllB NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

mais de ce qu'oQ appelle vulgairement un rai de cave.).

Reconcilié avec le roi de Navarre, le dauphin jugea à propos de faire néanmoins quelques nouvelles levées de soldais afin de mettre Paris en sûreté, et cette mesure de prudence renouvela les craintes des Parisiens qui s'imaginèrent qu*on les voulait opprimer par la force.

Etienne Marcel avait exprimé hautement cette opinion, et, afin que tous ceux qui tenaient pour le parti populaire pussent se reconnaître à première vue s'il arrivait quelque événement, il les exhorta à porter un chaperon rouge et bleu.

Le dauphin , instruit des soupçons qu'il éveillait, résolut de les dissiper, et, pour cela, il fit assembler le peuple aux Halles, le il janvier 1358, et 8*y rendit accompagné seulement de cinq personnes et sans escorte armée.

Cette confiance lui gagna les esprits, et il acheva de les conquérir en expliquant ses vues et ses projets, et l'opinion publique se disposa en sa faveur, mais, le lendemain, le prévôt des marchands parla à son tour dans l'église Saint-Jacques-l'Uôpital et son discours détruisit l'efi'et produit la veille par celui du prince,

Le dauphin, informé de ce qui se passait, courut à Saint-Jacques pour rassurer le peuple ; son chancelier voulut aussi parler en sa faveur, mais on refusa de l'écouter, et il dut se retirer ; alors l'échevin Roussac prit la parole et fit l'éloge de la conduite du prévôt, et soutint que si la paix se trouvait de nouveau rompue avec le roi de Navarre, c'était par la faute du dauphin qui n'avait pas tenu sa promesse de lui restituer ses biens.

Il n'en fallut pas davantage pour que le mécontentement redoublât.

On sentait que chacun était inquiet de savoir comment cette situation se terminerait, un incident précipita les événements.

Le 14, Jean Baillet, trésorier général des finances, passait dans la rue Neuve-Sain t-Merri; il fut assassiné par un changeur du nom de Perrin Macé qui, le meurtre commis, se réfugia dans TégliseSaint-Jacques-de-la-Boucherie.

Le dauphin, irrité par ce crime commis sur Tun de ses officiers, envoya Robert de Clermont, maréchal de France, et Jean de Ghâlon, avec Guillaume Staise, prévôt de Paris, à la recherche du meurtrier. Ils le trouvèrent dans l'église, l'en arrachèrent et le firent enfermer au Ghàtelet.

Le lendemain, on lui coupa le poing sur le lieu même où le crime avait été commis, puis on le mena au gibet où il fut pendu.

L'évèque de Paris prétendit qu'on avait violé l'immunité ecclésiastique, en arrêtant Macé dans une église et demanda qu'on lui livrât le corps ; il lui fut remis, et des funérailles lui furent faites dans Saint-Merri. Le prévôt des marchands y assista, tandis que, de son côté, le dauphin honorait de sa présence celles de Baillet.

La querelle s'envenimait de plus en plus.

Quelques jours plus tard, des docteurs de TUniversité, Etienne Marcel et plusieurs bourgeois vinrent trouver le dauphin au palais et le mirent en demeure de s'exécuter envers le roi de Navarre.

Cette démarche acheva de monter les tètes.

Le 22 février, Etienne Marcel dont la popularité augmentait sans cesse, assembla sur la place Saint-Eloi, devant le palais, environ 3,000 hommes armés et recrutés parmi les artisans de Paris, et, sur son ordre, la demeure royale fut envahie.

Marcel pénétra jusque dans la chambre où se tenait le dauphin et sous ses yeux, fit tuer Robert de Clermont et Jean de Conflans, sénéchal de Champagne.

Saisis de terreur , les officiers qui entouraient le dauphin se hâtèrent de sortir, dans la crainte d'être traités de la même façon , de sorte que le duc de Normandie se trouvant seul au milieu du populaire furieux , demanda à Marcel s'il en voulait à sa personne.

— Non, monseigneur, répondit celui ci, mais pour plus grande sûreté, prenez mon chaperon.

Et, en disant ces paroles, il présenta au dauphin sa coifi*ure rouge et bleue.

Celui-ci le prit, s'en coiffa et donna en échange le sien broché d'or à Marcel qui le plaça sur sa tête et l'y garda tout le jour.

Pendant ce temps, les cadavres du maréchal et du sénéchal étaient traînés ignominieusement par l'escalier du palais jusque sur la place, afin d'être offerts en spectacle à la populace.

Renaud d'Arsy, avocat au conseil du roi et conseil du dauphin, essaya de quitter le palais, mais il fut reconnu et mis â mort, à deux pas de sa maison , proche Saint-Landry.

Il était neuf heures du matin.

Après cette sanglante tragédie , Marcel se rendit à la maison aux Piliers, et de lune des fenêtres raconta au peuple assemblé sur la place de Grève ce qui venait de se passer, et l'exhorta à demeurer calme, ses intérêts étant en bonnes mains.

Des applaudissements saluèrent les paroles du prévôt des marchands qui retourna aussitôt au palais pour informer le dauphin des dispositions populaires et pour lui faire excuser les meurtres commis , les rejetant sur l'exaltation du moment et sur la conduite répréhensible dont les victimes étaient accusées par l'opinion publique.

Le dauphin, comme toujours, approuva tout et consentit même à recevoir deux heures plus tard deux pièces de drap, l'une rouge et l'autre bleue, dont il fit faire des chaperons mi -parties qu'il distribua à tous les gens de sa cour.

En même temps, Marcel donnait des ordres pour que les deux cadavres étendus sur la place du palais fussent portés à l'église Sainte-Catherinedu- Val-des-Écoliers , pour y être inhumés, mais

révèque de Paris s'opposa a l'inhumation de Robert de Glermont, parce qu'il le considérait comme excommunié, depuis qu'il avait violé les franchises de rÉglise, en procédant à Tarrestation de Perrin Macé.

Cependant, Marcel passa outre et les deux cadavres furent inhumés, mais secrètement, le soir» dans Téglise Sainte -Catherine. Ce soin accompli, Marcel se rendit aux Augustins où il convoqua les députés des villes qui étaient restés à Paris pour rassemblée des États et leur rendit compte de sa conduite , puis, revenant vers le dauphin , il l'obligea à changer divers conseillers.

Les choses en étaient là lorsque le roi de Navarre, accompagné d'une troupe de gens d'armes arriva k Paris le 26 février et alla se loger à l'hôde Nesle , où il reçut plusieurs fois la visite d'Etienne Marcel, qui lui demanda de vouloir bien, en cas de besoin, protéger les Parisiens. Le roi de Navarre et le dauphin se virent , dînèrent plusieurs fois ensemble et parurent vivre en parfaite intelligence, jusqu'au 12 mars, époque à laquelle Charles le Mauvais quitta Paris.

Le surlendemain , le dauphin, qui jusqu'alors ii*avait porté que le titre de lieutenant du roi de France, se fit proclamer régent du royaume et appela Etienne Marcel à faire partie de son conseil, ainsi que Robert de Corbie, Charles Roussac, échevin, et Jean de Lîsle , qui étaient les promoteurs de toute l'opposition. •

Tout paraissait calmé, lorsque soudain le dauphin quitta Paris le 25 et se retira à Compîcgne , où une quantité de nobles allèrent le retrouver.

Etienne Marcel dépêcha plusieurs membres de l'Université vers le régent pour le prier de revenir à Paris. Celui-ci reçut ces envoyés et leur promit d'oublier le passé , mais à la condition qu'on lui livrerait cinq ou six bourgeois qui avaient pris part au meurtre de ses officiers, promettant d'ailleurs ne pas en vouloir à leur ne.

Le prévôt des marchands et les échevins refusèrent d'accéder à cette demande, et, craignant que le régent , aidé de sa noblesse ne vint attaquer Paris, ils appelèrent immédiatement les habitants à la défense de la ville et commencèrent par s'assurer la possession du château du Louvre ; après en avoir chassé ceux qui le gardaient, ils en enlevèrent l'artillerie et en bouchèrent les portes du côté de la rivière.

Alors, la ville présenta le curieux spectacle d'une population absorbée tout entière par le souci de sa sécurité et se livrant avec une ardeur fiévreuse à l'achèvement de travaux de fortifications commencés.

De tous côtés on réparait des brèches, on creusait des fossés, on élevait des remparts (ce fut en creusant un fossé vis** à-vis les Jacobins, qu'on trouva. les fondations de l'ancien château d'Hautefeuille); puis le soir venu , on tendait dans les rues de grosses chaînes qui, solidement attachées

aux murs des maisons d'encoignures, défendaient qu'on y pénétrât.

Après avoir pris de la sorte toutes les mesures de défense, Etienne Marcel commit la faute d'appeler le roi de Navarre comme capitaine et gouneur de la ville ; Charles le Mauvais n'attendait que cette occasion pour faire la guerre au régent.

Il entra à Paris le 4 mai et fut reçu, lui et ses troupes, par des acclamations.

Les Parisiens considéraient . le roi de Navarre comme un protecteur désintéressé.

Ils allaient bientôt apprendre à qui ils avaient affaire.

Cependant , il faut le reconnaître , nombre de gens sensés et expérimentés , blâmèrent hautement le titre de gouverneur de Paris, donné à un ennemi du royaume , et ils jugèrent qu'Etienne Marcel était grandement coupable de le lui avoir octroyé.

Les hostilités ne tardèrent pas à éclater.

La guerre civile commença par de petits combats aux environs de Paris.

Le régent, pour se rendre maître des deux rives du fleuve, avait fait faire un pont entre Corbei) et Paris ; le prévôt des marchands marcha à la tète d'une troupe de soldats et de bourgeois , força Corbeil, détruisit le pont et rentra triomphant à Paris.

Quant aux troupes du roi de Navarre, elles pillaient, brûlaient, ravageaient et saccageaient tout aux environs de Paris, au grand déplaisir des habitants qui s'aperçurent qu'en voulant échapper à l'autorité du régent, ils étaient tombés sous la domination tyrannique du roi de Navarre.

La reine doucdrière Jeanne, qui voyait avec un profond chagrin tout ce qui se passait, essaya de réconcilier le régent avec les Parisiens, et une entrevue fut fixée sur un pont de bateaux auprès de Vitry, entre le régent, Charles le Mauvais , Jean Belot, échevin de Paris, l'évèque de Paris l'archevêque de Lyon, le prieur de Saint-Martin-des^ Champs et quelques autres personnages.

On y parla de paix et le régent déclara qu'il s'en rapportait aux conditions que dicteraient la reine Jeanne et le roi de Navarre ; puis il fit publier dans son camp que la paix était faite; alors plusieurs de ses officiers prirent la route de Paris, mais arrivés aux portes on refusa de les leur ouvrir, et en ce moment une émeute grondait au sein de la ville. On pillait les maisons des partisans du dauphin.

La rentrée du roi de Navarre fît cesser cas dé^ sordres, mais le peuple demanda hautement à aller combattre les troupes du régent, la multi^ tude animée déclarait qu'il fallait en finir et réclamait impérieusement la bataille.

Etienne Marcel et Charles le Mauvais consentirent alors à opérer une sortie. ^

700 cavaliers et 7000 fantassins sortirent le dî-^ manche 22 juillet 1338, et se dirigèrent vers

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Jean de Cbam; fondit mr Ëtleone Hareel et d'im coup de hache l'âteadit à lai pieds. (P&ge 190, col. 1.)

Saiot^Cloud, mais là ils Irouvèreat les troupes anglaises qui leur tuèrent 600 hommeH. Surprise parcelle agression, la colonne de marche rentra vite à Paris et se plaignit amèrement au prévôt et au roi de Navarre; le mécontentement augmenta lorsque le 27 juillet, on vit Etienne Marcel à la tète de 200 hommes, aller délivrer des prisons du Louvre 48 prisonniers anglais et les faire conduire à Saint-Denis, où se tenait le roi de Navarre.

Ce jour-là, lorsque le prévôt parut dans les Tau de Paris, au Ûeu des vivats auquels il était accoutumé, il n'entendit que des plaintes et des murmures.

Ce coup d'autorité ne laissa plus aucun doute aux bourgeois qui tenaient pour lé dauphin, et c'est évidemment ici qu'il faut placer la première pensée du soulèvement dont l'exécution eut lieu quelques jours plus tard.

. Marcel sentit le danger de la situation et, réduit h abandooner une autorité qu'il ne pouvait

plus défendre, il alla trouver le roi de Navarre pour le supplier de le soutenir et on prétend même qu'il lui offrit la couronne de France, mais cette assertion n'est pas prouvée.

Ce qui est certain, c'est qu'il s'engagea aie faire entrer dans Paris.

Dans la nuit du 31 juillet au 1" août, la Anglais et les Navarrais devaient trouver les portes ouvertes, depuis celle Saint-Denis jusqu'à celle Saint- Antoine, ca qui leur permettrait d'eotrer dans la ville et de faire main basse sur tous les partisans du régent dont les maisons devaient être désignées par une marque particulière.

Mais ceux-ci qui surveillaient les agissements de leurs ennemis, surent ce qui se tramait et Jean Maillard et son frère Simon se préparèrent à faire échouer le plan de Marcel ; ils s'armèrent et firent armer le plus de bourgeois qu'ils purent.

Pendant ce temps, Etienne était allé dans Is soirée à la porte Saint-Denis et il demanda qu'on

FoDlaJne de Midicie, aucicD hStel de SoUbodb à la Halle aux bléa.

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THE NE^ f':F;fC PUBLIC LlbrtARY

A8T«R, LEN^X ANO TfLDEN FOUNDAPOMS

Ancien h4l«l Saint- Paul, hôtel de Sen>, exUtant e:

e du FaucoQuier. (Page 193.)

doDn&t les clefs à Joaseran de Mftcon, trésorier du roi de Navarre.

Celui qui gardait la porte refusa net.

Une altercation s'ensuivit ' Jean Maillard un des quatre capitaines quarlenlers de la ville qui commandait dans le quartier Saint-Denis, accourut au Dniit et approuva le refus du chef de poste et montant aussitôt à cheval; il parcourut les rues, la bannière de France déployée, publiant que le prév6t des marchands voulait ouvrir les portes tux troupes anglaises et en arrivant aux Halles, il ■ écria que Marcel avait résolu de livrer Parisaux Anglais.

Un frémissement d'indignation courut dans la foule.

— HoDtjoye Saint-Denis! au roî et au duc! fria alors HaîUard en agitant sa bannière.

AussitAt une troupe de bourgeois l'entoura et répéta te cri.

La contre -révolu lion était faite.

Etienne Marcel se voyant refuser l'entrée de la

porte Saint-Denis pour son allie Charles, s'était alors adressé au commandant de la porte Saint- Martin; on lui avait fait la même réponse et il se dirigea en toute hâte vers la porte Saint- Antoine où il espérait être plus heureux.

Mais Maillard qui avait deviné son dessein l'avait devancé, et accompagné d'une respectable escorte de gens armés et de bourgeois, il garda lui-même la porte Sainte-Antoine tandis que d'autres partisans du régent se rendaienlà l'hôtel de Josseran de M&con situé prés de Saint-Eustache dans le but de tuer le trésorier; celui-ci était absent, alors ils suivirent le quai et sous la conduite de deux gentilhommes Pépin des Essarts et Jean de Charny, ils allèrent à l'b&tel Saint- Paul, prendre une bannière de France et se dirigèrent vers la porte Saint-Antoine où ils trouvèrent Marcel qui venait d'arriver et qui était parvenu à s'emparer des clefs.

— Etienne, Etienne que faites-vous ci ù celte heure? lui demanda Jean Maillard.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

— Jean à vous qu'en monte le savoir? je suis ci, pour prendre garde de laville dont j'ai le gouvernement.

— Par Dieu! répondit Jean Maillard, il ne va mie ainsi ; mais n'êtes ci à cette heure pour nui bien et je vous montre, ajouta-t-il à ceux qui Fentouraient, comment il tient les clefs des portes en ses mains pour trahir la ville.

Le prévôt des marchands fit un pas vers lui et s'écria.

— Vous mentez I

^ — Par Dieu, repartit Maillard, traître, c'est vous qui mentez I Puis se tournant vers ses hommes :

— A mort, cria-t-il , à mort ! tout homme de son côté, car ils sont traîtres.

Un grand tumulte suivit ces paroles.

Marcel effrayé , essaya de se dégager, mais l'un des compagnons de Maillard, Jean de Gharny, fondit sur lui et d'un coup de hache sur la tète Té tendit à ses pieds. Tous* ceux qui étaient avec Marcel furent tués et le garde de la porte fut pris pour être mené en prison.

Alors Jean Maillard et ceux de sa troupe s*en allèrent criant et réveillant les gens jusqu'à la porte Saint-Honoré , qui était occupée par des partisans du prévôt; ils tuèrent tous ceux qui refusèrent de leur obéir, puis se rendirent dans divers quartiers où ils arrêtèrent chez elles une soixantaine de personnes.

Le lendemain matin. Maillard fit assembler la plus grande partie de la communauté de Paris aux Halles, et, montant sur une estrade, il raconta comment et pourqaoi lui et ses amis avaient tué le prévôt et ses partisans, au moment où ceux-ci se disposaient à livrer la capitale aux Anglais.

<( Quand le peuple qui présent était ouï ces nouvelles, dit Froissart, il fut moult ébahi du péril où il avait été ; et en louaient les plusieurs. Dieu à mains jointes , de la grâce que faite leur avait; là furent jugés à mort par le conseil de prud'hom^ mes de Paris et par certaine science, tous ceux qui avaient été de la secte du prévôt des marchands, si furent tous exécutés en divers tourments de mort. »

Cinquante- quatre d'entre eux avaient été tués dans la bagarre ; leurs corps furent traînés devant l'église Sainte-Catherine-du-Yal-des-Écoliers, en souvenir du meurtre de Robert de Clermont et de Jean de Gonflans.

Le môme jour Charles Roussac, échevin, et Josseran, furent enfermés au Chàtelet, d'où ils ne sortirent que pour avoir la tête tranchée.

On jeta leurs corps dans la rivière.

La fureur populaire se déchaîna contre les partisans du prévôt. Gilles Marcel, neveu d'Etienne, fut mis à mort ainsi que Jean de Tlsle et Thomas, chancelier du roi de Navarre, qui s'était costumé en moine, et comme tel, fut réclamé vainement par l'évèque de Paris,

Après la défaite et la mort du prévôt, Paris changea de physionomie.

Les bourgeois se sentirent pleins de zèle pour le régent; ils jetèrent au feu les fameux chaperons rouges et bleus, et attendirent impatiemment Tarrivée du dauphin, qui rentra dans sa capitale an bruit des acclamations.

Il accorda une amnistie générale , ce qui ne l'empêcha pas de faire trancher la tête à Pierre Cuillard, gouverneur du Louvre, pour l'avoir mal défendu; à Jean Prévôt, à Pierre Leblond, à Pierre de Puiset et à Jean Godard, avocats.

Leurs corps furent aussi jetés à la Seine.

Un certain Bonvoisin, bourgeois de Paris, fnl aussi, par son ordre, mis en oubliette.

La ville élut un nouveau prévôt des marchands, ce fut Jean Desmarets.

Le roi de Navarre voyant ses plans manques, ne songea plus qu'à se venger du régent ; il lui déclara la guerre et bloqua Paris, après avoir appelé comme auxiliaires le captai de Buch et Robert KnoUes , célèbre capitaine anglais.

11 envoya un héraut provoquer le régent et défia les Parisiens en bataille , mais personne n'ayant répondu à son défi , il continua à dévaster Saint- Denis et Montmorency , avant de se retirer vers Melun, où il mit garnison.

La famine réduisit la capitale à une extrême détresse. « On vendoit ung tonnelet de harengs trente escus et toutes aultres choses à l'adveDant et mouroientles petites gens de faim dont c'estoit grand'pitié »

Les « petites gens » payaient toujours les pots cassés !

Tous ces désordres qui désolèrent Paris pendant l'année 1358,. firent faire défensejà toutes les éghses et collégiales de sonner les cloches depuis vêpres jusqu'au lendemain matin, afin de ne pas troubler les sentinelles.

Le régent n'osait abandonner Paris à cause des intelligences secrètes que le roi de Navarre y entretenait, alors il s'occupa de rechercher ceux qui s'étaient compromis en soutenant Etienne Marcel, et le 25 octobre, il fît mettre en prison dix-neuf personnes accusées de trahison.

Ces poursuites venant après l'amnistie produisirent un efl*et déplorable , et le nouveau prévôt des marchands alla trouver Charles, au Louvre i et un célèbre avocat, Jean Blondel, qui l'accompagnait, lui remontra combien cette mesure était de nature à aigrir les esprits.

Le régent promit d'y songer, et le lendemain il alla à la Grève où, étant monté sur une estrade élevée, à coté de la croix, il harangua le peuple et justifia la nécessité des arrestations qu'il avait fait opérer, et Blondel s'excusa de ce qu'il lui avait dit la veille ; cependant à la suite de cette explication publique, les prisoniers furent relâchées.

Jusqu'au mois de mai, les choses marchèreotà peu près ; le 13, on lut à l'assemblée des États

ira projet de traité pour la mise en liberté du roi lecLn, mais les clauses en étaient si onéreuses, qull rut unanimement rejeté et on se prépara à soutenir la, guerre , mais d'abord le régent commença par signer la paix avec le roi de Navarre, le 24.

Au mois de novembre , Edouard , roi d'Angleterre, entra' en France et s'approcha de Paris; au printemps de 4360, il prit Monthléry, Ghastres [Arpejon) et Longjumeau. Il comptait, dit-on, en se rapprochant de Paris , sur la réussite d'une conspiration qui s'y tramait en sa faveur.

Cette marche rapide remplit les Parisiens de terreur.

L*es Anglais brûlaient et ruinaient tout sur leur passage.

Leur armée s'avança jusqu'à Montrouge, Issy , Vanves et Vaugirard, c'est-à-dire aux portes delà capitale.

c( G'estoit un spectacle digne de compassion de voir fondre dans Paris tous les habitants des villages d'alentour, hommes, femmes et enfants tout éplorez pour y trouver asile. »

Le lundi de Pâques (6 avril), ordre fut donné de mettre le feu aux faubourgs de Saint-Germain-des- Prés, de Saint-Jacques et de Saint-Marcel , afin d^empécher l'ennemi de s'y loger et de profiter des provisions qui pouvaient se trouver dans les maisons de ces faubourgs.

Quelques habitations échappèrent cependant à cet incendie volontaire.

Li'armée anglaise demeura toute la semaine de Pâques devant Paris où se tenait enfermé le régent avec une forte garnison.

Edouard l'envoya défier au combat, mais n'obtint pas de réponse.

Toutefois, craignant de ne pouvoir se rendre maître de Paris, il se retira en BeaUce, où le 8 mai fut enfin signée la paix à Brétigny, à trois lieues de Ghartres.

Il était temps I

Ta famine se faisait cruellement sentir à Paris, les gens des campagnes environnantes qui étaient venus y chercher un refuge, erraient par les rues sans pain et sans asile. Le setier de blé valait 48 livres parisis.

Une mortalité terrible en fut la suite , et tous les jours quatre-vingts personnes mouraient à THôtel-Dieu.

La paix de Brétigny avait rendu la liberté au roi. Sa rentrée fut fêtée ; on fit jouer des fontaines de vin à la porte Saint-Denis, on tapissa les rues, et comme il lui restait peu de vaisselle d'8u*gent,la ville lui fit cadeau d'un buifet d'argenterie d'environ mille marcs pesant.

Son premier soin fut d'aller faire ses prières à Notre-Dame, et de là, il se rendit au Palais, marchant sous un dais de drap d'or, porté par les échevins au bout de quatre lances.

Pour remédier à la misère publique on s'en prit encore une fois aux monnaies et on fabriqua

des pièces de cuir, au centre desquelles était un clou d'or ou d'argent. (L'existence de cette monnaie a été niée par quelques historiens.)

Ce fut peu de temps après, la rentrée du roi, qu'eut lieu dans le clos de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés un duel, resté célèbre, entre les ducs de Lancastre et de Brunswick.

On sait qu'il existait une place particulière pour ces sortes de combats sur lesquels le voyer de Paris percevait un droit. Chacun des adversaires lui payait deux sous six deniers quand ils jetaient leur gage de bataille, et sept sous six deniers parisis, quand le prince leur avait accordé le lieu où ils devaient se battre.

Le duel des deux ducs était un combat à outrance.

Ils entrèrent l'un et l'autre dans la lice : chacun fit serment sur l'Évangile [que son droit était le bon et qu'il entendait le soutenir par les armes, sans user d'aucun maléfice ou sortilège; après quoi ils s'armèrent.

Défense fut faite sous peine de mort à qui que ce fût de faire aucun signe.

Les hérauts crièrent : « Laissez aller» , et les juges assistèrent impassibles au combat qui avait tellement excité la curiosité publique, que non seulement il s'y trouva un grand nombre de spectateurs, mais que l'évèque de Paris, afin d'être un des premiers à choisir une place d'où il put bien voir, vint coucher à l'abbaye la veille, en ayant soin de déclarer par écrit, que son entrée et son séjour dans l'abbaye ne pourraient jamais être invoqués contre les privilèges dont elle jouissait.

Ce fut le duc de Lancastre qui succomba.

En 1362, touchées de la misère où se trouvaient réduits nombre d'orphelins faits par la guerre, quelques personnes pieuses achetèrent une maison et une grange attenante à la maison aux Piliers ou au Dauphin et y établirent de malheureux enfants qu'elles avaient recueillis.

L'évèque de Paris leur permit de bâtir une chapelle et d'y fonder une confrérie- pour exciter les fidèles à contribuer à l'entretien de ces enfants. Telle fut l'origine de l'hôpital du Saint-Esprit.

L'église fut bâtie en 1406 et dédiée solennellement le 16 juillet 1503.

Le 8 septembre 1413, fut fondée dans cette église la confrérie de Notre-Dame -de-Liesse. Le roi Charles VI et sa femme Isabeau de Bavière en furent les principaux bienfaiteurs.

Comme les gens qui désiraient faire partie de la confrérie étaient obligés de donner un grand repas aux confrères, on l'appela par dérision, la confrérie aux Goulus.

Le 8 mars 1539, les administrateurs de l'hôpital obtinrent un arrêt du parlement qui leur permit de quêter en faveur des enfants admis.

Louis XIV par lettres patentes du 23 mai 1680, unit l'administration de cet hôpital à celle de l'hôpital général de Paris.

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En 1363, un règlement daté du 16 août, interdit à tout boucher du quartier Sainte-Geneviève de vendre d'autre viande que celle tuée à la boucherie de Sainte-Geneviève. Aucune bête ne pouvait être tuée la veille d'un jour maigre et en aucun temps celle affectée de la maladie appelée le fiL

Par arrêt du parlement du 7 septembre 1366, les bouchers durent tuer hors de Paris, sur la rivière et apporter ensuite la viande à Paris pour y être vendue.

La contagion qui avait commencé à Paris en 1361, reprit une nouvelle intensité en juillet 1363 ; la maladie ne durait guère que deux jours et la mort la terminait.

C'était un deuitgénéral dans toutes les familles.

L*évèque de Paris Jean de Meulant en fut atteint et mourut le 22 novembre 1363.

Cet évèque avait eu quelques mois avant sa mort un procès à Toccasion du guet de Paris que les évêques avaient coutume de faire faire par leurs ofÛciers en armes, autour de Tégltse cathédrale, depuis la fin des vigiles de TAssomption jusqu'au lendemain de la fête.

Le prévôt de Paris, Jean de Dun, et les arcben du Ghàtelet ayant surpris le guet de Tévèque en armes dans la ville, le mirent en prison et confisquèrent ses armes, L'évèque porta TafiTaire an parlement qui, le 19 mai 1363, décida que Tévéque serait maintenu dans son droit, mais que ses officiers porteraient leurs armes dans des sacs jusqu'à la cour de Tévêque et au lieu où ils devaient faire le guet, et les rapporteraient de la même façon.

Le guet de Paris avait été réglementé par une ordonnance du roi Jean du 6 mars 1363 ; aux termes de cette ordonnance, chaque métier devait faire le guet une fois en trois semaines.

Le roi Jean, après avoir déclaré son fils Gharies régent du royaume, repassa en Angleterre le 3 janvier 1364, pour donner à Edouard des explications sur le retour de son autre fils Jean, qui s'était échappé de Galais où il était en otage, pour venir à Paris qu'il n'avait plus voulu quitter.

Il mourut à Londres le 8 avril. Son corps fat apporté à Paris, déposé d'abord à l'abbaye de Saint-Antoine-des-Ghamps, puis conduit à la cathédrale et de là à Saint-Denis.

Charles V.— L'hôtel SaÏDt-Paul.— Le Petil-Saint-Autoine.— La Bastille.— Les forliAcatioos de Paris.— Les Célestios.— Le collège de Dormans. — Un service funèbre. — Entrée de Tempereur Charles IV. — Le pont Saint-MicheL — Le collège de Daimville.— Mort de Charles V.— Les habitations des Parisiens.— AcDbates, jongleura, troavères- — La vie. — Les jeux. — Les ordonnances de police. — Le Chàtelet.

UAKLBS, duc de Normandie, régent, fut sacré roi de France à Reims, avec la reine Jeanne de Bourbon, sa femme, le 19 mai 1364 et régna sous le nom de Gharies V.

L'entrée solennelle du couple royai se fît le 24, avec force réjouissances.

Le roi et la reine se rendirent, selon Tusage, à Notre-Dame et de là au palais, où il y eut festin et courses de bagues dans Taprès-diner.

Le recteur de TUniversité à la tête des quatre facultés vint les haranguer à propos de leur avènement au trône et leur souhaita toutes sortes de prospérités.

Le lendemain, il y eut encore repas de gala au palais et tous les évêques présents à Paris y furent invités; il fut suivi comme la veille, de courses de bagues dans la cour du palais.

Gharies commença par signer une nouvelle paix avec le roi de Navarre et elle fut publiée 'à Paris le 6 juin, à la grande satisfaction des habitants, qui espéraient des jours meilleurs que ceux qu*ils avaient passés sous le règne précédent.

Nombre de gens avaient souffert et épronTé de grandes pertes par suite des désordres qui avaient éclaté dans Paris. Charles songea à les réparer; son chambellan, Jean de Friquans, reçut une pension viagère de 1000 livres parisis et le maréchal Boucicaut 2000 royaux et 80O francs d*or par mois; Amaneon de Pamiers reçut âOOO francs d*or et Jehan de Pamiers 1000, Jean Pastourel ayoeak 500, etc., etc.

Il enjoi.'^nit au bailli de Rouen de faire conduire dans les prisons de SaintrMartin-des-Ghamps, Jean d'Auxerre.

Vne (la ta Buàtilla à vu) d'ui

II prît sous sa sauvegarde l'abbaye de Saint- Victor et s'occupa de remettre un peu d'ordre dans l'administration de la capitale en constituant d'une manière solide les élections. La généralité de Paris comprit vingt-deux élections et l'élection de la capitale se composa d'un premier président, un lieutenant, un assesseur, vingt conseillers élus, un avocat, un procureur du roi, un substitut, un greffier, un premier buissier et trois audicnciers, buit procureurs des tailles, buit huissiers et huit receveurs des tailles.

Puis il s'occupa des finances.

Elles étaient dans le plus grand désarroi; les percepteurs, commis, contrôleurs, s'étaient multipliés, et le plus pressé était de retrancher le plus possible de tous ces intermédiaires, dont les mains n'étaient pas toujours nettes.

La diversité des monnaies et l'introduction de pièces étrangères que la guerre avait mises dans la circulation, gênaient beaucoup le commerce.

Le roi ordonna une refonte générale, de façon que l'or et l'argent eussent une valeur à peu près identique à celle que ces métaux avaient sous Philippe de Valois.

Peu de temps avant le retour du roi Jean à Paris, Charles V qui n'était alors que dauphin, avait ac&eté de plusieurs particuliers, et notamment du comte d'Étampes, plusieurs immeubles dont l'emplacement s'étendait depuis la rue Liv. 23

Saint-Antoine jusqu'à la Seine et depuis la rue Saint-Paul jusqu'aux fossés de l'Arsenal et la place de la Bastille.

Ce fut là qu'il fit réparer, reconstruire et aménager un ensemble de bâtiments et de jardins qui prit le nom d'h6tel Saint-Paul, auquel il adjoigniten 1364, lorsqu'il fut devenu roi, l'hfttel de Sens, celui de l'abbé de saint Haur et l'hAtel de Puteymuce.

L'h6tel Saint-Paul etses dépendances, que Charles V appelait*! l'hostelsolemnel des grands esbattements, a fut déclaré par lui uni au domaine de la couronne.

Il en avait fait sa résidence habitaelle et ses appartements particuliers occupaient l'bAtel de Sens. Us se composaient, disent les anciens chroniqueurs « d'une ou deux salles, d'une antichambre, d'une garde-robe, d'une chambre de parade, d'une autre qu'on nommoit la chambre oii glt le roy, avec une chambre des nappes. Il y avoit outre cela une galerie ou deux, nne chapelle basse et une haute, deux cabinets, l'un grand et l'autre petit. On nommait celui-là la grand'chambre de retrait, et celui-ci la chambre de l'estude. De plus il y avoit un jardin, un parc, une chambre des bains, une des estuves, une on deux autres chambres qu'on appeloit chaulTe-doux, un jea de paume des lices, une volière, une chambre pour les tourterelles, des ménageries pour les sangliers S5

IM

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et pour les grands lions et les petits, une chambre du conseil, une autre chambre pour le conseil, mais pluà grande, où ce prince et ses successeurs assembloient leurs conseillers d*Estat et foisoient souvent venir le parlement. »

Cette résidence royale était décorée avec tout le luxe relatif qui existait alors.

Les cheminées étaient aussi vastes que celles qu'on admirait au palais et les chenets étaient en fer ouvré, k En 1367, dit Félibien, on en fit faire quatre paires pour les chambres de la reine, dont la plus grosse pesait 198 livres et la plus petite 43 livres.

Cependant, Thôtel Saint-Paul fut, par la suite, abandonné par les rois de France et, en 1516, par lettres données à Amboise au mois de novembre, le roi François 1*' vendit à Jacques Galiot de Gourdon de Genouillac, grand maître de Tartillerie, son conseiller et son chambellan, une partie de rhôtel Saint-Paul « contenant les grands corps d'hostel en Tun desquels est de présent la porte et entrée par où Ton va à la grande cour cy après déclarée qui est sur la rue des Barrer et tout le corps d*hostel, masures, chantiers et jardins à prendre depuis ladite cour jusques sur la dite rue des Barrez et sur la rue du Petit-Musc » et cela moyennant 2000 écus d*or valant 4000 livres tournois et quatre livres tournois de rente, à payer le jour de Saint- Remy.

Cette première aliénation d'une partie d'un domaine (déjà aliéné à la couronne} fut suivie de plusieurs autres; démembré successivement il finit par disparaître, sillonné par des rues ouvertes sur remplacement qu'il occupait, à Texceplion toutefois de Thôtel de Sens qui fut habité par le cardinal Pellevé, la reine Margot, l'archevêque de Paris. Il devint propriété nationale en 1790 et fut vendu le 1*' ventôse an V.

La spéculation s'empara du jardin, de la chapelle, et sur la porte d'entrée de l'antique manoir on put lire ces deux mots : Boulage général.

Le 11 juillet 1364, on transporta du côté du levant l'autel de l'église Saint-Benoit qui était nous l'avons dit, tourné du côté du couchant, ce qui avait fait donner à cette église le nom de Saint-Benoit-le-Mal-tourné et ce qui lui fit mériter celui de Saint-Benoit-le-Bien -tourné.

Or, ce jour-là, les chanoines de Notre-Dame étaient venus en procession à l'église pour assister à la cérémonie. Avertis de leur visite, les prêtres de Saint-Benoit les firent prévenir qu'ils eussent à ne pas attenter à leurs immunités, franchises et privilèges.

Mais il parait que les chanoines étaient venus dans cette intention, car aussitôt entrés dans l'église, l'un d'eux dit la messe à ] 'autel Saint- Nicolas et les autres pénétrèrent dans le chœur et y firent lire des titres leur attribuant certains droits.

Les chanoines de Saint-Benoit se contentèrent

I de demander acte de cette violence à un notaire chanoine de leur chapitre, appelé maître Jean Leclerc. Celui-ci accourut vêtu de son surplis, de son aumusse et de sa chape et voulut parler, mais sa présence fut le signal d'un tumulte épouvantable.

Les chanoines deNotre-Dame, se jetèrent surlui et l'accablèrent de coups, ceux de Saint-Benoit voulurent le défendre, à mais leur tour, ils devinrent l'objet de la fureur de leurs adversaires, et le malheureux notaire fut conduit, à demi assommé, dans la prison du chapitre de Notre- Dame.

Cette querelle donna naissance à un procès qui dura trente ans. Un arrêt du parlement du 19 février 1395, condamna le chapitre de Notre-Dame à une amende, à des réparations envers celui de Samt-Benoit, dont les privilèges et immunités furent maintenus.

En 1364, le 23 novembre, le roi qui s'occupait du mariage de sa sœur Marie, avec le duc de Bar offrit à cette princesse plusieurs bijoux dont le prix est bon à connaître.

C'était une grande fleur de lis d'or, garnie de grosses perles, de rubis-balais et d'émeraudes ; un chapel d'or garni aussi de perles, rubis et émeraudes, payés 1 600 francs d'or.

Puis, moyennant 3 900 francs, an autre « bon grand chapel d'or, garni à gros balaiz, à grosses esmeraudes, et à grosses pelles » et un fermail d'or, garni de rubis d'Orient « à balays, à safirs, à gros diamans et à grosses pelles d'Orient. »

On voit aussi le 3 décembre de la même année, le roi acheter un cheval soixante francs d'or, pour l'offrir à son secrétaire Julien des Murs.

En 1365, Guillaume Charpentier convaincu d'avoir assassiné sa femme fut arraché de THôtel- Dieu et conduit en prison. Il se plaignit au parlement de la violation de son asile; la cour ordonna qu'il y fût rétabli et condamna à l'amende les sergents qui l'avaient emprisonné. Le crime demeura impuni.

Au mois de décembre de la même année, à roccasion de la Saint-Nicolas, les écoliers fêtèrent si bien ce saint patron, que plusieurs se promenaient du côté du Louvre parlant, criant et chantant plus que de raison. Les archers du guet les arrêtèrent et les maltraitèrent jusque dans l'intérieur de leur collège de Saint-Nicolas.

Comme toujours, l'Université s'émut et demanda justice au roi.

Le prévôt de Paris, responsable de ses archers, fit des excuses aux docteurs députés de l'Université, en présence du roi et de son conseil, ce que firent pareillement et à genoux quatre sergents du Chàtelet ; mais pour éviter le retour de semblable fait, le roi borna leur immunité à leur chapelle et à leur cimetière ; toutefois et aGn de les indemniser de la partie des privilèges qu'il leur enlevait^ il donna aux écoliers mille francs

d'or pour « leur acheter des maisons ou des rentes » et cent francs d'or, en réparation du dommage qu*ils avaient soulTert.

Quelques jours plus tard, on trouva dans la Seine le corps d'un des écoliers que les sergents avaient tué.

Cette affaire était à peine terminée, que TUniversité alla encore se plaindre au roi ; c'étaient les domestiques de Sainte-Geneviève qui avaient bàtonné des docteurs de Sorbonne dans l'intérieur du monastère etcela jusqu'àeffusion de sang. L'abbé de Sainte- Geneviève qui avait laissé se produire un tel scandale fut privé de tous les honneurs qu'il avait ou pouvait prétendre dans l'Université, et à partir de ce jour les sceaux de l'Université qui étaient conservés à Sainte-Geneviève, furent transférés au collège de Navarre.

L'Université faisait beaucoup parler d'elle et le pape Innocent YI avait chargé deux cardinaux de travailler à sa réformation. — Quelques abus furent réprimés et le 10 octobre Hugues Aubryot, prévôt de Paris, fut tenu de prêter serment qu'il conserverait les privilèges de l'Université, tant qu'il exercerait sa charge.

En 1358, l'Université s'était plainte au régent de ce que la rue au Feurre était chaque nuit encombrée d'immondices et ce d'ordures fétides apportées par des hommes malfaisants, que de plus, on enfonçait les portes de l'école pour y introduire des filles publiques qui y passaient la nuit, » sur cette plainte, il fut ordonné qu'il serait établi deux portes aux extrémités de la rue au Feurre, (du Fouarre plus tard), et que ces portes seraient fermées pendant la nuit.

En 1366, le 13 décembre, le roi reçut à l'hôtel SaintrPaul le duc de Bretagne qui vint avec une grande suite de seigneurs et de chevaliers lui rendre hommage pour son duché et les autres terres qu'il possédait en France.

Étant dauphin, Charles avait fait don à des religieux de Saint-Antoine qui avaient fondé à Paris une maison hospitalière, du manoir de la Saussaie qui se trouvent situé rue Saini-Antoine et rue du Roi*de-Sicile ; et provenait de la confiscation de biens opérée contre deux partisans du roi de Navarre, Drogon et Jean de Vaux, et ces religieux, qui soignaient particulièrement les gens atteints du mal des ardents, purent "donner à leur hôpital un accroissement considérable. 11 prit le nom d'hôpital du Petit-Saint-Antoine.

Devenu roi, Charles leur fît bâtir une église qui fut achevée en 1368.

En 1365, cet établissement hospitalier fut érigé en commanderie, mais en 1615, ce titre de commanderie lui fut retiré et on convertit la maison en un collège pour l'instruction des jeunes religieux de l'ordre. Plus tard les biens de la communauté furent réunis à l'ordre de Malte qui accorda des pensions aux religieux antonins et leur permit de porter la croix de Malte.

Le Petit-Saint-Antoine fut supprimé en 1790; les bâtiments furent vendus en deux lots le 7 messidor an VI, et sur leur emplacement, fut ou- ' vert le passage du Petit-Saint- Antoine.

Le dimanche 3 décembre 1368, la rejne accoucha d'un fils (Charles VI) à l'hôtel Saint-Paul et le roi alla aussitôt à Notre-Dame, où il fit chanter une messe d'actions de grâces ; toute la cour y assista.

Le même jour Aimeri de Maignac, évéque de Paris, élevé au cardinalat, fit son entrée solennelle et fut, selon la coutume, porté de Sainte-Geneviève jusqu'à Notre-Dame, après quoi le roi « le régala au Louvre lui et toute sa compagnie ».

Le lendemain, le roi fit dis]tribuer aux églises collégiales de Paris 3000 florins d'or.

Le mercredi, le nouveau prince fut baptisé en grande cérémonie dans l'église Saint-PauL

Deux cents valets de pied portant chacun un cierge de cire blanche ouvraient la marche ( vingtcinq seulement entrèrent dans l'église, les autres restèrent aux portes). Ensuite venait Hugues de Ghâtillon, maître des arbalétriers de France, avec un cierge à la main. Suivaient immédiatement : le comte de Tancarville portant une coupe pleine de sel, la reine Jeanne d'Ëvreux qui tenait l'enfant, ayant à côté d'elle le comte de Dammartin. Puis venaient les ducs d'Orléans, de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et plusieurs autres personnages suivis de la reine Blanche, veuve de Philippe de Valois, accompagnée de la duchesse d'Orléans, de la comtesse d'Harcourt, de la dame d'Albret et des autres princesses et dames de la cour, toutes superbement vêtues, avec la couronne de leur titre sur la tète.

Les cardinaux, les évèques, les abbés de Saint- Germain, de Sainte-Geneviève, de Saint- Victor et de Saint-Magloire étaient tous en habits pontificaux, la mitre en tète et la crosse à la main.

Ce fut le cardinal de Beauvais qui baptisa le nouveau-né; le roi fit ensuite distribuera la porte de l'église de Sainte-GathMÎne-dn-V&l-des-Écoliers vingt deniers parisis à tous ceux qui se présen- .tèrent et la presse fut si grande, qu'il y eut plusieurs femmes étouffées dans la foule.

Pendant l'année 1369, on construisit le quai de la Mégisserie qu'on désigna d'abord sous le nom de quai de la Saunerie en raison de sa proximité du grenier â sel. Il fut reconstruit en 1529.

Cette même année 1369 amena la guerre.

Le 9 mai, le parlement fut assemblé et sur la plainte des comtes d'Armagnac, de Foix et de Périgord, on se résolut à guerroyer; cependant le roi refusa de prendre une détermination irréfléchie et ajourna la séance au vendredi il ; ce jourlà^ la guerre fut résolue â l'unanimité et les bourgeois, pleins d'enthousiasme, en accueillirent la nouvelle par des vivats.

Pour soutenir cette nouvelle guerre, il fallut avoir recours à des subsides et les États du royaume

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furent assemblés le 7 décembre, ils votèrent des | imp6ts sur le sel» sur le vin, etc. Car non seulement le roi avait besoin d*argent pour Tentretien des troupes, mais il voulait aussi fortifier Paris et de grands travaux furent ordonnés en ce sens.

Le plus considérable fut l'édification de la Bastille.

Ce fut le 22 avril 1370, que Hugues Aubriot, prévôt de Paris, posa la première pierre du nouvel édifice qui se composa originairement de deux grosses tours rondes reliées entre elles par une porte fortifiée.

Cette forteresse remplaçait la porte Saint- Antoine qui, elle-même, était flanquée d'une bastille ou petit bastion et le nom resta à la nouvelle construction.

Bientôt, on ajouta deux tours aux premières, puis Charles YI en fit bâtir quatre autres en 1383 et les entoura d'un fossé, en détournant le chemin sur la gauche.

Sous Henri II, en 1553, on augmenta la Bastille d'une courtine flanquée de bastions bordés de larges fossés à fond de cuve. Les propriétaires de Paris furent taxés pour la dépense occasionnée par ces travaux depuis quatre livres jusqu'à vingt-quatre, selon le revenu de leurs immeubles.

Sous Louis XY, M. Phélipeaux de Saint-Florentin fit élever plusieurs bâtiments pour servir de logements aux officiers de l'état-major.

A cette époque, la Bastille ofi'rait un vaste édifice dont le plan aurait figuré un parallélogramme régulier, si les deux tours du milieu n'eussent formé une espèce d'avanl-corps.

Elle passait pour un des plus importants châteaux forts de l'Europe, ses murailles avaient 24 mètres de hauteur. Les huit tours étaient désignées : celles du côté de la ville sous le nom de tour du Puits, tour de la Liberté, tour de la Bertaudière et t our de la Bassinière ; celles du côté du faubourg, la tour du Coin, la tour de la Chapelle, la tour du Trésor et la tour de la tiomté.

La principale entrée était rue Saint- Antoine en face la rue des Tournelles.

A l'extrémité d'une allée bordée à droite par un corps de garde, à gauche par des boutiques adossées au revêtement des fossés, on trouvait le pont-levis de l'Avancé qu'il fallait franchir pour entrer dans la cour du gouvernement.

En face l'hôtel du gouverneur, était une autre avenue qu'un large fossé, qu'on traversait sur un pont-levis, séparait de la cour intérieure.

Chaque tour avait cinq étages et des cachots en sous-sol ; chaque logement était éclairé par une fenêtre en forme de meurtrière grillée et quelques-unes étaient garnies d'une hotte en bois, de façon à intercepter la vue du dehors au prisonnier.

Des doubles portes épaisses, revêtues de fer à

l'intérieur, les fermaient par de gros verrous et des serrures énormes; et chaque fois que les gaichetiers les mettaient en mouvement, c'était an bruit qu'on entendait résonner dans toute la tour.

La Bastille devint prison d'État dès qu'elle fat terminée et la liste est longue de tous ceux qoi y furent enfermés. Nous aurons souvent à en parler dans le cours de cette histoire et chaque règne fournit un ample contingent de prisonniers de tout rang.

Voici, d'après M. René de Lagarde, comment se passaient les choses à l'égard de ce qu'on appelait les prisonniers de qualité :

ic Dès qu'un accusé arrivait à la Bastille, il était interrogé par le lieutenant de police. Le greffier consignait les demandes et les réponses, avec nom, âge, qualité. Après, l'interrogatoire, on en soumettait le procès-verbal â l'accusé qui l'acceptait et le signait. Quand il en contestait la teneur, acte lui était donné de sa protestation. Après Taecusé, c'est le magistrat qui signait à son toor. L'expédition de l'acte était transmise à la conr. Après ces préliminaires, le magistrat envoyait l'interrogatoire au ministre qui avait contresigné la lettre de cachet Ce magistrat y joignait son opinion motivée sur le fond de l'alTaire. Le roi décidait alors, après avoir pris connaissance des pièces. Selon la décision du souverain, l'accusé était jugé innocent ou coupable, et, dans les deux cas, il était ou relâché ou retenu.

« Arrivé â la Bastille, le prisonnier prenait immédiatement possession d'une chambre à feu. Avant 1707, les nouveaux venus étaient obligés de meubler eux-mêmes leur cellule. Il y avait un tapissier chargé de ce soin, qu'on appelait le tapisster de la Bastille^ auquel on s'adressait de préférence et qui s'enrichissait promptement à ce métier. Cet état de choses présenta de graves inconvénienls et, depuis cette époque, chaque prisonnier eut sa chambre meublée aux frais de l'État. Cette chambre était garnie d'un lit, d'une table et de deux chaises. Quand il n'y avait pas de cheminée, on y mettait un bon poêle de faïence pour l'hiver. En 1784, M. de Breteuil fit meubler ainsi dix-huit chambres.

« Une fois installé, s'il était de condition riche, le prisonnier avait le droit, s'il le voulait, de conserver avec lui son domestique et l'on donnait à celui-ci une petite chambre à côté de celle de son maître, pourvu qu'il prit l'engagement de rester enfermé avec ce dernier, et sans sortir, jusqu'au jour de sa libération. Les domestiques faisaient les chambres de leurs maîtres, le matin, et peu d'instants après, on apportait le premier déjeuner du maître, suivi de celui du valet. A midi, on apportait un double dîner et le soir un double souper. « Les hautes maisons du faubourg Saint-Antoine qui entouraient la Bastille servaient aussi à établir descommunicationsavecles prisonniers. C'étaient

te roi Chai'lea VI n'échappa au péril que par la priseDce d'eeprit de la ducheMe de Berry. (Page 200, col. 1.)

dans les mansardes, transformées en véritables postes télégraphiques, que des amis ou des complices écrivaient les nouvelles sur de grandes pancartes en très gros caractères majuscules, et parvenaient ainsi à se faire lire à l'aide de longues vues. »

Le nom seul de la Bastille était un épouvantail pour le peuple de Paris.

« Ses cachots infects s'enfonçaient jusqu'à 6 mètres, 66cent. sous terre; le séjour néanmoins n'en était pas plus homicide et plus redouté que celui des calottes situées au sommet des tours, où les prisonniers avaient à subir on troià en hiver

et une chaleuren été, également insupportables. Dans aucune de ces prisons on ne pouvait faire de feu. Les appartements ménagés dans les massifs demaçonuerie quireliaient les tours entre elles étaient plus vastes, plus confortables et même munis de cheminées, mais les précautions les plus minutieuses étaient prises pour empêcher la fuite des prisonniers. C'était là qu'on enfermait les personnages de distinction ou ceux envers lesquels on ne voulait point user d'une excessive sévérité. »

Cette prison, dans laquelle furent trop souvent enfermés des gens dont il eût étô difficile de faire

connaître la cause de leur détention, cet emblème toujours menaçant de Tarbitraire et de Toppression, subsista jusqu'à la révolution de 1789 et sa prise parle peuple ne précéda guère sa chute.

Mais cet événement qui fut le premier acte de la révolution trouverera sa place à cette date, revenons aux autres travaux de défense entrepris par Tordre de Charles V, dans la crainte d'une attaque de Paris par les Anglais.

Rien ne fut changé au plan général adopté par Etienne Marcel ; seulement, on perfectionna son œuvre, soit en exhaussant le mur d'enceinte, soit en multipliant les tours, soit enfin en achevant de creuser des fossés dans la partie méridionale de la ville.

Mais plusieurs fortins furent élevés pour la 'défense des portes et le petit Ghâtelet fut édifié en pierre ; (il était situé à l'extrémité du Petit- Pont de l'Hôtel-Dieu à la naissance de la rue Saint-Jacques). Le 24 décembre 1398, Charles YI ordonna que les prisons de cette forteresse seraient annexées à celles du grand Chàtelet qui étaient devenues insuffisantes. En 1402, le même roi destina cette forteresse au prévôt de Paris et la geôle fut conservée. Ce lourd monument, d'un style grossier, interceptait l'air, attristait le voisinage, et le passage qu'on y avait réservé pour le public était dangereux. En 1769, on décida que le petit Chàtelet serait démoli et par compensation, on résolut d'augmenter les bâtiments du grand Chàtelet jusqu'à la rue de la Sonnerie, jadis de la Saulnerie, qui allait du quai de la Mégisserie à la rue Saint-Germain-l'Auxerrois. Toutefois, cette démolition ne fut opérée qu'en 1782 et on agrandit sur une partie de l'emplacement du petit Chàtelet les bâtiments de l'Hôtel- Dieu.

a L'entrée de Paris par la Seine, dit Dulaure, était défendue tant du côté d'amont que du côté d'aval, par de fortes chaînes en fer supportées par des bateaux. »

Du côté d'amont, la chaîne partait de la forteresse de la Tournelle située au-dessus du pont de ce nom, traversait le bras de la Seine et l'île Saint-Louis divisée en deux parties par un fossé, et où se trouvait une tour appelée tour de Loriaux; de cette lie, la chaîne traversait l'autre bras de la rivière et allait aboutir à la porte Barbel.

Du côté d'aval, la chaîne traversait la rivière entre la tour de Nesle et la tour qui fait le coin.

Tandis que ces travaux s'exécutaient, les religieux de Saiint-Victor établissaient une nouvelle branche de canal destinée à remplacer celle qui se trouvait empêchée de fonctionner par suite des travaux faits par Etienne Marcel, on sait que ce canal était destiné à l'écoulement à leur profit des eaux de la Bièvre; celui qu'ils creusèrent à nouveau suivant à peu près la rue des-Fossés- Saint-Bernard, versait ses eaux dans la Seine, en

traversant l'emplacement occupé depuis par la Halle aux vins.

Le prévôt de Paris et l'abbéde Sainte-Geneviève élevèrent des difficultés à ce propos, mais elles furent aplanies par la volonté du roi qui ordonna l'achèvement du canal, à la condition que les religieux feraient bâtir un pont sur le bord de la Seine, à l'endroit où les eaux du canal viendraient s'y jeter, ce qui eut lieu.

Ce fut le pont aux Marchands (qu'il ne faut pas confondre avec le pont Marchand).

La partie abandonnée de ce canal et qui se trouvait dans l'intérieur de l'enceinte servait d'égoût et recevait le trop plein d'un cloaque qui s'était formé à la rencontre de la rue des Bernardins avec celle de SaintrVictor et qu'on appelait le trou Punais. Il exhalait une odeur infecte qui incommodait tout le voisinage ; on entreprit alors de le voûter, mais les habitants des maisons bâties sur ses bords percèrent cette voûte pour servir au passage des vidanges et l'infection redoubla. De nombreuses plaintes furent adressées àl'autorité municipale à ce sujet, mais les religieux de Saint- Victor étaient maîtres chez eux et on ne pouvait les contraindre à boucher ce foyer de pestilence. Enfin en 1672, Edmond Richer grand maître et principal du collège du Cardinal-Lemoine prit sur lui d'assainir le quartier, en détournant les eaux du trou Punais jusqu'à la Seine et remédia aux inondations du fleuve, en faisant élever des terrasses et des chaussées jusqu'au quai de la porte Saint- Bernard.

L'enclos du monastère de Saint-Germain-des- Prés fut forUflé.

On répara les murailles, les tours et on creusa des fossés à l'entour.

Mais pour faire ces travaux, il fallut démolir plusieurs bâtimentsquis'y trouvaient ; entre autres la chapelle de Saint-Martin-des-Orges et réduire le Pré-aux-Clercs d'environ 2,000 mètres.

A cette époque, on entrait dans le monastère par un pont-levis conduisant à des bâtiments sur l'emplacement desquels on éleva plus tard la prison militaire de l'Abbaye.

Une autre entrée existait rue Saint-Benoît; elle était flanquée de deux tours rondes; on y arrivait aussi par un pont-levis.

Au bout de la rue Furstenberg était une grosse tour, une autre au bas de la rue Saint-Benoit, un haut mur les reliait. Ce mur retournant à angle droit suivait la rue Saint Benoît, rencontrait la porte et aboutissait à une troisième tour ronde. Là se présentait un angle rentrant qui laissait une petite place. Après cet angle, le mur suivait la direction de la rue Sainte-Marguerite jusqu'à la forteresse où se trouvait l'entrée principale. Ce mur était crénelé et de distance en distance, garni de tourelles élevées sur des culs de lampe.

Il était défendu par un fossé rempli d'eau qui r entourait.

On voit que ce monastère était en état de soutenir un siège.

Sa fortification imposante était pour beaucoup dans l'assui'ance avec laquelle les abbés de Saint- Germain-des-Prés soutenaient et outrepassaient souvent leurs privilèges et leurs immunités.

Paris ainsi mis à Tabri d'une surprise et pourvu d'une bonne garnison, Edouard III fût cité à comparoir devant la cour des Pairs, il répondit à Charles Y :

— Nous irons volontiers à Paris, mais le basalnet en tète et avec 60,000 hommes.

Il ne vint pas en personne, mais il envoya en en France un corps d*armée de 35,000 hommes sous les ordres de Robert Knolles, qui débarqua à Calais, trtiversa la Picardie et entra dans Tlle-de- France.

Mais si ces troupes se présentèrent aux portes de la capitale, ce ne fut que dans Tespoir d'attirer les habitants hors de leurs murs et de les forcer à livrer bataille.

L'ennemi brûla les environs de Paria, il fit entendre ses trompettes jusqu'aux portes du Louvre, sans que la fumée de ces incendies ni le bruit des fanfares guerrières pussent émouvoir le roi et l'engager à hasarder quoi que ce soit on à faire sortir un seul de ses gens de guerre.

Cependant, les Anglais poussèrent une incursion jusque dans le faubourg Saint-Marcel où ils se mirent «à s'esbaudiret à se donner grand soûlas. D

S'étant avancés un jour jusqu'à une portée de trait de l'enceinte de Paris, les soldats de KnoUes décochèrent par dérision au lieu de flèches des espèces de quenouilles.

Exaspérés par cette insultC) des Bretons qui gardaient le rempart de ce côté, ne purent se modérer plus longtemps, et enfreignant les ordres du roi, ils sortirent; une partie des leurs attaqua de front l'ennemi par la porte Saint- Marcel, l'autre s'avança par le faubourg Saint- Jacques et tournant vers la gauche, CQupa la retraite aux Anglais, qui, sur 700 environ qu'ils étaient venus, s'en retournèrent quelques-uns seulement dans leur campement.

Cet échec et l'inutilité de leurs efforts pour faire accepter la bataille découragèrent les troupes de Robert KnoUes qui se décidèrent, n'osant faire le siège de Paris, à s'en éloigner et à aller camper dans le Maine.

Les habitants furent encore une fois délivrés de la crainte d'être assiégés.

Mais ils n'échappèrent pas à la disette qui se fit assez durement sentir.

Le roi déclara que tous ceux qui se trouvaient demeurer dans la nouvelle enceinte commencée par Etienne Marcel (et qui ne fut véritablement terminée qu'en 1383), se trouveraient jouir de

tous les privilèges et franchises des autres bourgeois de Paris; et cette enceinte en faisait rentrer beaucoup dans la ville, car elle . englobait le quartier Saint-Paul, la culture Sainte- Catherine, le Temple, Saint-Martin-des-Champs, les Filles- Dieu, Saint-Sauveur, Saint-Honoré , les Quinze- Vingts et le Louvre, qui jusqu'alors avaient formé des faubourgs.

Paris n'eut plus alors que six portes : de Saint- Antoine, du Temple, de Saint-Martin, Saint- Denis, Montmartre et Saint-Honoré.; les autres furent abattues, leur emplacement fut joint au domaine de la ville ou donné à des particuliers. De ce nombre fui Nicolas Braque à qui Charles YI fit don des anciens murs, tours et places vagues qui étaient entre la porte du Chaume et la porte du Temple. Sur cet emplacement fut percée plus tard la rue de Braque.

Revenons aux établissements qui furent fondés à Paris sous le règne de Charles V.

On a vu qu'en 1353, les célestins étaient venus s'établir à Paris (quartier de l'Arsenal, quai des Célestins, rue du Petit-Musc). Le 24 mars 4367, le roi posa la première pierre de leur église destinée à remplacer deux petites chapelles à leur usage, et, pour les aider à la construire, il leur donna 10,000 livres d'or et leur permit découper douze arpents de bois de haute futaie dans la forêt de Moret.

De plus, il se déclara fondateur des Célestins de Paris, les prit sous sa protection et sauvegarde et commit toutes leurs causes aux requêtes du palais.

L'église achevée, il la fit consacrer et dédier le 15 septembre 1370, par Guillaume de Melun, archevêque de Sens, et l'enrichit de magnifiques ornements, calices, missels, chapelles de drap d'or, croix d'argent doré ; la reine donna une statue de la Vierge d'argent doré, et le dauphin un spleadide vase en vermeil.

De plus, Charles Y fit placer au portail de cette église sa statue et celle de sa femme.

11 employa encore cinq mille livres à faire construire le dortoir, le réfectoire, le cloître et le chapitre des moines, et dota la maison de deux cents livres parisis de rente.

On voit qu'il tenait à justifier son titre do fondateur.

Ses libéralités ne s'arrêtèrent pas là.

Robert Testart possédait un hôtel contigu au couvent qui fut. vendu et adjugé à un des notaires-secrétaires du roi, Gobin Culdoé ; Charles Y le lui racheta et le donna aux célestins, par lettres du 16 août 1378.

Les successeurs de ce prince ne se montrèrent pas moins bienveillants que lui à l'égard des célestins ; Charles Yl confirma leurs privilèges et en ajouta d'autres.

Le duc d'Orléans, fils puîné de Charles Y, leur fit aussi-beaucoup de bien et leur fit bâtir la ma-

MO

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

gnifîque chapelle qui porta son nom, à l'occasion de Taccident qui suit :

Un jour, son frère Charles VI s'étant déguisé en satyre avec^quelques seigneurs de la cour, se rendit à un hal donné lors du mariage de Tune des dames de la reine.

Le duc d*Orléans, qui assistait à ce bal, voulant reconnaître quel était Tun des personnages qui portait ce déguisement de satyre, s'approcha de lui et mit le feu à son costume qui était enduit de poix, afin d*y retenir le coton et le lin qui figuraient le poil du satyre; comme les masques se donnaient la main et formaient un groupe enchaîné, le feu se communiqua au costume du roi et à celui des autres.

Plusieurs périrent dans d*atroces douleurs ; le roi n'échappa au péril que par la présence d'esprit de la duchesse deBerry, qui jeta son manteau sur lui et l'étreignit de façon à étouffer les flammes.

Désolé de son étourderie, le duc d'Orléans voulut l'expier, en faisant bâtir une chapelle aux c6lestins.

Enrichis par tant de bienfaits, les célestins devinrent insupportables par leur arrogance, et lorsqu'on voulait rabaisser l'orgueil de quelqu'un on disait : Yoilà un plaisant célestin I expression proverbiale qui exprimait le cas qu'on faisait d'eux.

Le roi Charles Y qui aimait les livres, en donna aux célestins qui les recherchèrent et finirent par en acquérir une grande quantité.

Leur cloître fut reconstruit en 1539. Il passait, à juste titre, pour un des plus beaux de Parb; le plafond de ^l'escalier peint par Boulogne représentait l'apothéose de Pierre Mouron, fondateur de Tordre; il ne fut achevé de bâtir qu'en 1550 et avait coûté 10,778 livres 9 deniers.

Piganiol de la Force consacre 70 pages de sa Description de la ville de Parts, à l'énumération et à la description détaillée des monuments funérsdres qui décoraient l'église des Célestins. Nous ne ferons que citer les plus importants ; quant aux personnages qui furent inhumés dans cette église, c'étaient les plus illustres et les plus considérables : Jeanne de Bourbon, femme de Charles Y; Jeanne|de Bourgogne, femme de Jean, duc de Bedford; Léon de Lusignan, roi d'Arménie ; le duc d'Orléans, et Yalentine de Milan, sa femme ; Charles d'Orléans, son fils, père de Louis XII; Philippe, comte de Yertus ; le duc de Longueville ; le duc de la Trémouille; le comte de Cossé-Brissac; Anne de Montmorency, etc. Les cœurs de Henri II, Catherine de Médicis, François II, Charles IX, y furent déposés.

Les artistes les plus célèbres sculptèrent les mausolées de tous ces grands de l'État et y prodiguèrent toutes les ressources de leur génie. .

On admirait surtout une œuvre remarquable de Germain Pilon, c'était un groupe imité de Tantique, qui s'élevait sur un piédestal triangulaire

et représentait les trois Grâces snpportant une urne, contenant les cœurs de Catherine de Médicis, de Henri n et de Charles IX.

A l'entrée était une colonne torse de marbre blanc, ornée de feuillages et portant une orne de bronze , renfermant le cœur du connétable de Montmorency. Cette colonne, haute de trois mètres, était l'œuvre du statuaire Barthélémy Prieur.

Puis c'étaient une autre colonne en marbre blanc élevée à la mémoire de Timoléon de Cossé- Brissac et supportant une urne dorée contenant son cœur; une troisième, signée par Paul Ponce et consacrée à la mémoire de François H; ua obélisque dédié à la maison d'Orléans-Longueville et sculpté par Paul Ponce ; le mausolée de Philippe de Chabot par Jean Cousin , le monument funèbre de Gh. de Maignié, dû à Paal Ponce, etc. etc.

Au mois de janvier 1848, dans les foaiUes fait^ sur l'emplacement de l'église des Célestins, on trouva rinscription tumulaire d'Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford, qui « trespassa en Tostel de Bourbon à Paris, le xin* joar de novembre mil quatre cent trente-deux. »

On trouva aussi le cœur de Louis de Luxembourg, comte de Roussy « qui trespassa le zr* jour de mai 1571 j», plus des boulets et des bisca^ens.

Le tout fut envoyé au musée de Cluny.

En 1779, les célestins abandonnèrent leur demeure et y furent remplacés par les cordeliers, mais ils y rentrèrent peu de temps après et n'en sortirent qu'après la révolution de 1789 qui supprima les ordres religieux.

La république déclara le monastère propriété nationale, démolit l'église et envoya les œuvres d'art au musée des monuments français.

En 1791, un hospice fut installé dans le cloître, MM. Le Dru, père et fils, y traitaient différentes maladies par l'électricité. Sous l'empire, il devint une caserne de gendarmerie.

Par une ordonnance royale du 5 février 1841, trois immeubles furent cédés par l'État à la ville pour l'agrandissement de la caserne des Célestins, d'abord la caserne, puis un bâtiment contigu, dépendant de la bibliothèque de l'Arsenal et enfin une maison de la rue de Sully. A partir de ce moment, la caserne fut affectée à la garde municipale de Paris.

En 1365, Jean deDormans, évèque de Beauvais, acheta au clos Bruneau, dans le quartier de TUniversité, quelques maisons pour y installer uo collège pour quinze personnes, (douze écoUers, un maître, un sous-maître et un procureur) qui devaient être nées dans la paroisse de Dormans ou, à leur défaut, dans d'autres villages du diocèse de Soissons.

En 1371, Jean deDormans y ajouta cinq autres bourses, enfin le 8 janvier 1373, il en ajouta encore sept autres.

Le jcuna loi fit son entrée eolennelle & Paris, en 13S0, au milieu des r (Page 20S, col. 1.)

s tapissées et ornées de fleurs.

Charles V posa la première pierre de l'église de ce collège qui fut édiSèe aux frais de Miles de Dormans, neveu du fondateur et dédiée en 1380, sous l'invocation de saint Jean l'évangèUBte.

Au commencement du xti* siècle, ce collège devint public et le matlre prit le litre de principal.

II fut entièrement reconstruit sous le règne de François 1" etuniau collège de Presles qui lui était contigu ; il prit alors le nom de Preales-Beauvais. Il en fut séparé en 1699 et une muraille fut élevée entre les deux. On le nomma à partir de cette époquecoUègede Dormana-Beanivais. Il fut enfin réuni au collège Louis-le-Grand et une école primaire fut établie dans les bâtiments le 1°' septembre 1815. Ils furent démolis depuis.

Un autre collège, celui de maître Gervais, fut fondé le 20 février 1370, rue du Foin, par Gervais Chrétien, premier physicien du roi Charles V, en faveur de 26 boursiers du diocèse de Bayeux. Le 23 septembre de la même année, on incorpora à ce collège les boursiers de celui que Robert Clément avait fondé en 1349 Pot d'étain.

Liv. te

Charles V qui avait une estime particulière pour maître Gervais, voulut faire les frais nécessaires À la construction de ce collège ; il le dota et lui ât don des livres et des instrumenta scientifiques relatils à l'astrologie; il voulut mémo que l'anathëme fut prononcé contre quiconque oserait les enlever, U lui donna aussi une chapelle et un reliquaire de vermeil quiportaitcetteinscription: <iGbarles,par la grâce de Dieu, roi de France, cinquième de ce nom a donné ce joyau avec la croix qui est dedans aux écoliers du diocèse de Notre-Dame de Bayeux le 14 février 1374. » Ces écoliers avaient le litre d'Écoliers du roi.

En 1699, on supprima les bourses et le collège fut placé sous la direction de deux docteurs ds Sorbonne. En 1763, il fut réuni à l'Université et les bâtiments furent plus tard convertis en une caserne de vétérans, aujourd'hui supprimée.

En 1S4!}, le principal de ce collège, Jacques Tournebu, fut assassiné par Raoul Lequin d'Arcberie, greffier de la prévôté de Saint-Quentin, qut fut condamné le 19 septembre à fonder une messe dans la chapelle du collège, à fournir aux frais

HISTOIRE NATIONALE Î)E PARIS ET DES PARISIENS

d'uD tableau qui fut i;^lacé dans Ladite chapelle, à avoir le poing coupt^ et à être 'pendu place Maubert.

Le 9 mars 4371, il y avait foule dans les rues de Paris pour voir le cortège des obsèques faites à Jeanne d'Evreux, veuve du roi Charles IV, et qui était morte le mardi précédent, 4 mars, à Brie- Gomte-Robert. Le corps avait été rapporté le samedi à Tabbaye de Saint-Antoine-des-Ghamps, et le lendemain, on le conduisait en grande pompe à Notre-Dame.

Le roi se joignit au convoi, lorsqu'il passa devant Thôlel Saint-Paul et le suivit à pied jusqu'à la cathédrale.

Le corps était porté sur un lit de parade, le visage découvert. Au-dessus était un dais de drap d'or que le prévôt des marchands et les échevins soutenaient sur quatre lances. Le parlement, en habits de cérémonie, était à Tentour et les présidents tenaient les coins du poêle.

Le lundi, Tévèque de Paris chanta la messe des morts, le roi y assista, dîna à l'évèché et le soir conduisit le convoi à pied jusqu'à la porte Saint- Denis, où il monta à cheval pour l'accompagner à l'abbaye de Saint-Denis, où il fut inhumé le lendemain.

Le cœur et les entrailles furent portés aux Cordeliers et le roi assista à la cérémonie.

Quelques historiens, Dulaure entre autres, n*ont pas craint d'avancer qu!en 1371, le roi Charles Y avait anobli tous les bourgeois de Paris et que leur noblesse fut confirmée par Charles VI, Louis XI, François I", Henri II, et qu'Henri III la restreignit en 1577 aux seuls prévôts des marchands et échevins.

C'est une erreur grossière et qui doit être rectifiée.

En 1371, les Parisiens adressèrent au roi une requête pour lui représenter qu'ils avaient coutume d'avoir garde et bail d'enfants, d'acquérir fiefs et francs alleus, de se servir de freins dorés et autres ornements appartenant à l'état de chevalerie.

Ils représentaient ensuite qu'en exécution de nouvelles ordonnances, le prévôt de Paris avait fait publier par la cité que tous ceux qui, depuis 1324, avaient acquis des fiefs ou obtenu des lettres de noblesse, les apportassent au receveur de Paris, sous peine de déchéance, et ils craignaient d'être inquiétés à ce propos.

Le roi défendit par lettres patentes du 9 août 1371 « que les Parisiens fussent inquiétés » à l'occasion de ces ordonnances, et les maintint dans les distinctions honorifiques dont ils avaient joui jusqu'alors; mais il n'y a absolument rien, dans le texte de l'ordonnance royale que nous avons sous les yeux, qui ressemble à un anoblissement en masse, et d'ailleurs le Recueil, des ordonnances des rois de France en la publiant (tome V, p. 418), lui donne pour titre « Lettres qui confirment les bour-

geois de Paris dans les privilèges des garder-bourgeoises et de l'exemption des droits de francs fiefs et dans celui à^ pouvoir obtenir des lettres de noblesse ».

Ceci n'est donc point contestable.

Une ordonnance de police rendue sous le roi Jean, enjoignait aux visiteurs de métiers et marchandises, de faire leur rapport au prévôt des défauts et contraventions qu'ils y trouvaient.

De graves abus en résultaient.

Le 23 mai 1369, le roi Charles V déclara à propos de quelques officiers qui ne voulaient pas reconnaître l'autorité du prévôt de Paris, que la juridiction ordinaire de la ville appartenait de plein droit et de temps immémorial à son prévôt de Paris et qu'il voulait qu'il eût seul, à l'exclusion de tous autres juges, la connaissance et la punition de tous les délits qui se commettaient à Paris par quelque personne que ce fût.

Depuis quelque temps, on signalait dans la capitale l'existente d'une secte de gens qui, sous le nom de Turlupins, composaient une société dite des pauvres, enseignant que l'homme peut arriver dans cette vie à rimpeccabilité. Ils étaient accusés de se livrer aux plus honteux désordres.

Grégoire XI lança contre eux, en 1372, une bulle d'excommunication et des recherches furent ordonnées à Paris, à l'effet de se saisir de leurs per* sonnes.

On arrêta quelques pauvres diables soupçonnés d'être Turlupins et on les condamna au feu, notamment une femme nommée Péronne d'Aubenton, née à Paris et qui fut déclarée coupable d'hérésie par l'inquisiteur de la foi.

Elle fut brûlée vive au marché aux Pourceaux, qui se tenait hors la porte Saint-Honoré, le 5 juillet 1372.

Tandis qu'on s'occupait des importants travaux d'enceinte, on reconstruisait aussi le Grand-Pont qui avait été rompu et le prévôt Hugues Aubnot fit amener à Paris l'un des bacs que les religieux de Saint-Denis avaient à Neuilly. Ceux-ci s'en plaignirent au parlement, comme d'un attentat contre leurs privilèges et il fallut que deux arrêts de la cour, en date des 13 avril 1374 et 27 avril 1375, fussent rendus, pour que les Parisiens pussent se servir du bac, en attendant que le pont fût rétabli.

Les religieux de Saint-Germain -des-Prés élevèrent aussi de vives réclamations au sujet du droit de pêcher dans les fossés, que le roi avait concédé aux Parisiens.

Puis, ce fut ceux de Saint-Yictor qui, au mépris des ordonnances, empestaient la Bièvre et en souillaient les eaux, au préjudice des manufactures de draps établies sur ses bords, en tuant les bestiaux au faubourg Saint-Marcel et jetant les détritus dans celte rivière.

Bref, c'était à qui parmi les moines, se montrerait hostile aux habitants de la capitale qui se plaignaient hautement des exigences des religieux.

Le parlement n'était occupé qu'à juger leurs différends.

Mais l'événement le plus important de ce règne, fut la visite que i^empereur Charles IV fit au roi. Les Parisiens oublièrent tout pour ne rien perdre des cérémonies qui allaient avoir lieu.

Ce fut le4 janvier 1378, que l'empereur accompagné de son fils Yenceslas, roi des Romains, fit son entrée à Paris, monté sur un cheval noir.

Le prévôt de Paris et le chevalier du Guet avec leurs archers à cheval s'étaient portés à un quart de lieue, sur la route de Paris pour le recevoir.

be prévôt des marchands et les échevins accompagnés de 2,000 bourgeois à cheval, tous vêtus de robes mi-partie blanc et violet, étaient au delà et ce fut le prévôt des marchands qui porta la parole en disant à l'empereur :

« Très excellent prince, nous, les officiers du roi à Paris, le prévôt des marchands et les bourgeois de sa bonne ville, nous venons faire révérence et nous offrir à faire vos bons plaisirs, car ainsi le veut le roi, notre sire, et le nous a commandé.»

Le roi, coiffé d'un chapeau à bec bordé de perles et vêtu d'une cotte hardie d'écarlate et d'un manteau bleu fleurdelisé d'or, était sorti de son palais, monté sur un cheval blanc et accompagné des princes, des évèques en chape et des plus grands personnages de la cour, pour aller aussi au-devant de l'empereur.

Us se rencontrèrent entre le village de la Chapelle et la porte Saint-Denis ; ils se saluèrent et le cortège prit la route du palais, où le roi donna son appartement à son hôte et en prit un à l'étage supérieur.

Le lendemain, le prévôt et les échevins firent le présent de la ville à l'empereur; il consistait en une nef d'argent pesant 190 marcs et deux grands flacons de vermeil ciselés et émailiés, du poids de 70 marcs.

Ils offrirent aussi au roi des Romains une fontaine de vermeil pesant 90 marcs et deux grands pots d'argent, du poids de 30 marcs.

Le soir^ après une conférence secrète entre les souverains, il y eut un souper de gala dans la grande salle du palais; huit cents chevaliers y furent invités.

L'empereur, qui avait la goutteuse fit le lendemain porter à la Sainte- Chapelle pour y entendre la messe; après quoi revenant à la grande salle, ils y trouvèrent trois buffets dressés ; l'un en or, le second en vermeil et le troisième en argent.

Le roi prit place entre l'empereur et Venceslas, l'archevêque de Reims à la droite de l'empereur et trois évèques, dont celui de Paris, à la gauche du roi des Romains.

On remarqua que les écuyei*s de cuisine portaient des houppelandes de soie et des aumusses fourrées.

Le repas commença.

Il devait se composer de quatre services de 80 plats chacun, mais le roi craignant pour sa goutte l'effet d'une si grande consommation d'aliments, en fit retrancher un; on ne servit donc sur la table royale que 240 plats !

Le festin finit par une comédie représentant la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon.

Le 7 janvier, le roi mena l'empereur dans un grand bateau doré dîner au Louvre, et les jours suivants il lui fit voir ses autres palais.*

Puis, il y eut la présentation des docteurs de rUniversité, et grand conseil où les souverains étrangers assistèrent.

Enfin, rien ne fut épargné pour que leshonneurs de la capitale fussent magnifiquement faits à l'empereur qui, très satisfait de l'accueil qu'on lui avait réservé, ne quitta Paris le 16, qu'après avoir promis au roi son aide contre l'Angleterre.

Ce qui avait le plus charmé Tempereur dans ses pérégrinations à travers la ville, c'était le Louvre qu'il ne se lassa pas d'admirer.

Il faut ajouter qu'il venait d'être entièrement réparé et augmenté; Charles V l'avait fait édifier à neuf, à l'exception de la grosse tour dont on s'était borné à mettre en état les bâtiments qui l'entouraient.

C'était l'architecte (on disait alors un maître des œuvres) Raymond du Temple, qui avait dirigé les travaux.

Tout Paris avait été en liesse pendant le séjour de l'empereur et le peuple qui se réjouissait de peu, était tout aise d'avoir vu si riches accoutrements, si imposant cortège, et il était fier de la bonne mine des bourgeois^ chevauchant comme des gentilshommes.

Il avait respiré la bonne odeur qui s'échappait des cuisines royales — et il s'en était contenté, mais la joie fut de courte durée.

Après les fêles vint un deuil, — il est vrai que ce fut encore un spectacle pour le populaire, -^ on y joignit même une aumône générale.

La reine Jeanne de Bourbon mourut à l'hôtel Saint-Paul le 6 février 1378 et ses funérailles eurent lieu le 14 en grande pompe à Notre-Dame.

Sur ces entrefaites, des bruits fâcheux circulèrent dans Paris; on parla de trahison, d'entreprise contre la personne du roi, et Jacques de Rue et Pierre du Tertre, l'un chambellan, l'autre secrétaire du roi de Navarre, en furent accusés ; ils avouèrent leur crime et implorèrent la clémence du roi, mais Charles voulut que le parlement prononçât.

On instruisit leur procès ; ils furent condamnés à être traînés sur une claie depuis le palais jusqu'aux Halles et là, à avoir la tête tranchée sur un échafaud.

Ce qui fut exécuté ; apcès quoi on les écartela et l'on exposa les quatre parties de leurs corps

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

à huit potences qui furent dressées hors des portes principales de la ville.

Leur tète fut exposée aux Halles.

Ce fut dans cette même année 1378, que fut commencé le pont Saint-Michel.

Hugues Aubric^ y fit travailler incessamment ce les vagabonds, les joueurs et les fainéants » aussi ne fut-il achevé que sous Charles YI.

Il était bâti en pierre « avec des arches ».

On rappela d'abord le Pont-Neuf, puis enfin pont Saint-Michel.

En 1387, le côté de la maltresse arche vers les Augustins et « deux échines », furent adjugés pour cinquante sous de rente à perpétuité à Pierre Michu et Collette, sa femme, à la charge d*y faire construire des maisons.

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés voulurent s'opposer à leur construction, prétendant qu'ils étaient seigneurs de la rivière de Seine ; le procureur du roi répliqua que le fond de la ville était au roi, même le fond sur lequel coulait l'eau.

Le parlement, par son arrêt du 13 mars 1393, appointa les parties et les maisons s'élevèrent quand même.

Le roi qui songeait toujours à se venger du duc de Bretragne qui avait fait cause commune avec les Anglais, tint un lit de justice à Paris le 9 décembre 1378; citation avait été donnée au duc afin qu'il s'y trouvât, mais il s'abstint et fut déclaré criminel de lèse-majesté. L'année suivante, des troupes furent envoyées en Bretagne pour l'expulser de son duché et s'emparer de ses biens.

Le 19 avril 1380, fut fondé un nouveau collège rue de la Harpe par Michel de Daimville, chapelain et conseiller du roi, dans une maison lui appartenant, et en faveur de douze écoliers, six du diocèse d'Arras et six du diocèse deNoyon. Le collège de Daimville fut réuni à l'Université en 1763, et ses bâtiments furent convertis en maisons particulières.

Ce fut le 16 septembre 1380, que mourut le roi après un règne de seize années pendant lesquelles le peuple, bien qu'accablé de tels impôts que « plusieurs furent forcés de vendre leur lit pour les payer », se trouva cependant moins à plaindre que sous le précédent et surtout sous celui qui va suivre — le plus triste de tous !

Le commerce, l'industrie et même un certain bien-être s'étaient développés dans la capitale, qui avait sensiblement modifié son aspect monumental.

Les grands seigneurs ornaient leurs hôtels de porches massifs sous lesquels les passants trouvaient un abri et de tourelles angulaires; lesfenê* très carrées étaient séparées par des meneaux de pierre et s'ouvraient sous des arcades ogivales.

Les maisons des bourgeois avaient un rez-dechaussée en pierre, le reste se composait de pou-

tres verticales ou horizontales dont les interstices étaient remplis par du mortier. Parfois la façade était revêtue d'ardoises ou d'essentes pour obvier â l'infiltration des eaux pluviales.

Les étages étaient en encorbellement, les uns sur les autres et aboutissaient à un pignon an^^leux. Sur les consoles des poteaux corniers, sur les supports des étages, étaient sculptés des ar« moiries, des feuillages, des animaux et des ornements fantastiques.

Les boutiques avaient de grandes fenêtres qui servaient à la montre des marchandises et que l'on fermait à l'aide de volets de bois.

Les rues, toujours malpropres, avaient tendance à s'élargir. Il y circulait nombre de litières, de chariots et de chars à quatre roues.

Le va-et-vient des passants et des marchands criant ce qu'ils vendaient était perpétuel et c'était bien autre chose quand quelque spectacle populaire y appelait la foule.

Par exemple l'homme dont parle Christine de Pisan, «qui avoitune telle industrie, qu'il sautoit merveilleusement, tomboit et faisoit sur des cordes tendues haut en l'air, plusieurs tours qui sembleroîent chose impossible si on ne l'avoit vu ; car il tendoit des cordes bien menues, allant depuis les tours de Notre-Dame de Paris jusques au palais et plus loin, et par-dessus ces cordes sautoit et faisoit des tours de souplesse si bien qu'il sembloit voler, aussi l'appeloit-on le voleur. »

On voit que les acrobates excitaient alors, à un haut point, l'admiration.

L'homme « le voleur » dont il est question, eut une fin malheureuse ; après avoir plusieurs fois exécuté ses tours devant le roi et la reine, un jour son pied manqua la corde, il tomba et fut broyé sur la place du Parvis.

Les jongleurs, les trouvères et les ménestrels, trouvaient aussi des spectateurs attentifs et les plus pauvres ne résistaient pas à l'envie de donner une pièce àê menue monnaie à ces histrions qui les divertissaient si fort, et lorsque l'un deux arrivait, avec sa longue chevelure, coiffé d*un couvre-chef plat sans bord, de couleur jaune, habillé d'un pourpoint bleu sous un manteau d'écarlate doublé de blanc, sans manches, et de chausses et bas rouges, avec sa mallette (gibecière) pendue â la ceinture et retombant sur le ventre, le cercle se formait vite autour de lui pour l'entendre chanter une chanson de geste, jouer de la citole, faire danser un chien, ou filer une truie ; c'était â qui jouirait de ce plaisir et rirait du meilleur cœur.

Les sciences et les lettres progressèrent aussi quelque peu sous ce règne ; Charles V aimait les hvres et ce fut lui qui commença à en réunir au Louvre un nombre relativement considérable, aussi le considère-t-on comme le fondateur, ou plutôt le créateur, delà bibliothèque nationale. 11 en fit dresser l'inventaire par Gilles Maret, son

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