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Le Ch&telet s'élerait sur le terraÏD mime e)
e appela place dn Chltelet, et fut détroit en 1S03. (Page 207, col. S.}
^alet de chambre, qui compta 910 volumes (manuscrits, puisque l'imprimerie n'élait pas encore inventée), parmi lesquels les ouvrages de piété et ceux d'astrologie, de chiromancie et de géomancie étaieat en majorité.
L'usage de cette bibliothèque n'était pas absolument réservé au roi; les savants pouvaient y venir étudier ; toutefois, le roi qui la considérait comme le plus beau joyau de sa couronne, veillait sur sa conservation avec un soin tout partilier et il voulut qu'on lermÂt de barreaux de fer, de fil de laiton et de vitraux, toutes les fenêtres de sa bibliotlièque. Les lambris du mur étaient en bois d'Islande, la voûte était lambrissée de cyprès et tous les lambris étaient décorés de sculptures en bas-reliefs.
On y mit par son ordre trente petits chandeliers et une lampe d'argent qui étaient allumés toutes les nuits, afin de pouvoir y travailler à toute heure (au xix* siècle, la Bibliothèque nationale ferme, été comme hiver, à 4 beui'es 1]
La bibliothèque de Charles V était établie dans une tour du Louvre qui, de ce fait, prit le nom de tour de In Librairie.
L'intérieur des hâtels et même celui des maisons des riches bourgeois commençait du resLo à étaler un grand luxe soit d'objets d'art, soit do livres, soit de beaux bijoux destinés à exciter l'admiration des visiteurs.
De superbes, tapisseries de cuir doré, des miroirs de verre étamé, des horloges h roues, des bancs à colonnes surmontés de dais, des peintures, des dressoirs, des bahuts sculptés, des reliquaires, des gobelets de verre à flletsd'émail, tout cela encombrait la demeure des opulents bourgeois.
Voici d'ailleurs ladescription que nous a laissée un contemporain de cette époques de la maison de Jacques Ducbié, un bourgeois d'alors :
B On entroit par une porte entaillée de cet art merveilleux. La première salle étoit embellie de divers tableaux et escriptures d'enseignemens atachiés et pendus aux parois. Une autre salle estoit remplie de toutes manières d'inslrumens, harpes, orgues, vielles, guiternes, psaltérions et autres, desquels le dit maître Jacques savoit jouer de tous. Une autre salle estoit garnie de jeux d'eschez, de tables et d'autres diverses manières
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de jeux, à grand nombre. Un estude où les parois estoient couverts de pierres précieuses et d'espices de souefve (suave) odeur. Une chambre où estoient des fourrures, plusieurs chambres à lits. D'autres où il y avoit des armes. Par-dessus tout Fhôtel une chambre carrée où estoient fenestres de tous costés par dessus la ville. Belles ymages dorées par dessus les pignacles de Thostel. »
Une amélioration notable s'était aussi introduite dans la demeure des gens de « moyen et de bas état» qui possédaient marmites, poêles, chaudrons blancs ou noirs et chaudières, pots et cloches de cuivre, hastes en fer, chenets, landiers, pelles, pinces et trépieds, lampes de fer ou de verre, chandeliers de fer, de cuivre ou de bois, lits à quenouilles, beaux lits d'ange matelassés garnis.de coëttes de plumes contre-pointées, de couvertures de laine blanche, verte, bleue, arches à blé, coffres à sel, coffres-forts, tables rondes, carrées ou longues, bancs à perches, escabelles, selles, sellettes, chaises, berceaux de bois et d'osier, linge de corps, de lit et de table, serviettes et touailies, plats, tranchoirs, saucières de bois, pincemailles, gobelets, cornes, tasses d'étain et de bois, etc.
«L'habitude de vivre chez soi, dit l'auteur des Mémoires du peuple francaiSy non plus sur la place publique ou dans les tavernes, entre le vin et la ccrvoise, gagna beaucoup de terrain. Après les luttes civiles, quand le beffroi avait cessé de retentir, les Français de la capitale se livraient aux jouissances domestiques. Ils se réunissaient en famille, à certains jours, poursolenniser une date chère à tous, pour honorer un patron, pour manger le mets favori, ou bien le soir d'une grande fôte religieuse, après les offices, le soir d'une réjouissance civile, d'un baptême, d'une première communion, d'un mariage, d'un enterrement même, ils se recevaient réciproquement. En face de l'âtre enflammé, ils oubliaient volontiers les rigueurs du temps et si l'urbanité moderne ne régnait pas encore parmi eux, du moins se débarrassaient-ils insensiblement de ces formes brutales que l'histoire a eu trop souvent l'occasion de déplorer. »
Malheureusement, le progrès du luxe avait amené un amour effréné du jeu.
Les Parisiens jouaient avec acharnement aux dés, au trictrac, aux quilles, à la paume, aux boules, et les désastres occasionnés par le jeu forcèrent Charles V à rendre une ordonnance en 1369, qui défendit tous jeux, excepté le trait et l'arbalète, à peine d'une amende de quarante sous parisis.
Mais on continua de jouer en secret, et les cartes qui furent en usage sous le règne de Charles VI (car elles étaient inventées depuis longtemps), devaient offrir un nouvel aliment au jeu qui prit plus tard des proportions considérables.
Nous allons terminer ce chapitre en rappelant les principales ordonnances de police qai furent rendues et criées dans la bonne ville de Paris pendant le règne de Charles V.
1376, 9 septembre. — Ordonnance de police, l'une concernant le port d'armes, l'autre qui enjoint aux oiseux et fainéants de s'occuper a a été cryé de parle roy notre sire, que toutes les manières de gens oyseulx qui ont puissance d'oovrer es fossés de sa bonne ville de Paris, on aiileuri où on les voudra «mbesogner pour sali aire compétent, qui ne veulent on ne voudront es ouvrer en dits lieux et par la manière que dist est, soient prins et menez au Chastelet par les sergents à ce ordonnez pour iceuls oyseulx battre ou chantier, ainsy qu'il appartiendra. »
18 septembre. — Cri concernant les femmes publiques. — 25. — Cri concernant les jeux et les poulaillers.
18 octobre. — Cri et ordonnance de police concernant les filles de joie.
1368, 12 février. — Cri concernant les hôteliers.
— Mars. Confirmation pour les pauvres femmes fripières et revendeuses — 22 avril. Arrêt en faveur des couteliers contre les merciers. — 8 mai. Cri concernant la sûreté publique : « a esté cryé que nul tavernier ne soit si hardy de tenir ni asseoir beaveurs (buveurs) en taverne après l'heure du couvre-feu sonnée, à peine de 60 sols parisis d*amende. Item, a esté cryé que nul ne soit si hardy de vendre ue presterà escoliers espées, ne cousteaux, ne autres harnois de guerre, sans le congié du prévost de Paris, sous peine d'amende arbitraire. Item, a esté cryé que, pour ce que aucunes gens donnent petite obéissance au sergent du roy, parquoy ils font souventes fois que les dits sergens crieront ayde au roy, que un chacun leurdonnc ayde et confort; et qui fera le contraire, il encherraen la peine dessus dite. — 29 août. Mandement du roi au prévôt de Paris concernant les coulons (pigeons) : «Lettres qui deffendent à ceulx qui n'ont pas le droit d'avoir des colombiers, de nourrir dans les maisons de Paris et de la banlieue des pigeons dans des volets et qui deffendent aussy de tendre des rôts pour prendre ces pigeons». — 10 octobre. Cri concernant les chaussures à la poulaine. — 20 novembre. Statuts des chaudronniers.
1369, 3 avril. — Lettres concernant les jeux de dés et autres. — 23 mai. Lettres concernant la juridiction du prévôt de Paris portant que les chambellants et autres officiers des princes da sang n'auront aucune juridiction criminelle dans la ville de Paris sur ceux de la maison de ces princes, lesquelz seront jugez par le prévost de Paris.
— 8 juin. Lettres patentes portant réduction des sergents à cheval. — 12 juillet. Sentence portant règlement pour l'approvisionnement de Paris. RoUe des métiers qui doivent aller aux halles le vendredy et le samedy.
1370, 21 juillet. — Lettres concernant l'exercice le la chirurgie dans Paris : « Il est ordonné aux ïliirurgiens de faire connaître au Ghâtelet les habitants qu'ils ont soignés de blessures, soit à >aris soit dans la vicomte. »
437i, 24 juin. — Cri pour punir les vols — 1 i, 13 juillet. Gri concernant la santé. — 13 août. E*axe faite sur les étuveurs (baigneurs), leurs statuts.
4372, 25 septembre. — Lettres aux termes desquelles la police et la visite des métiers, vivres et marchandises à Paris et dans les banlieues doi- %rent être faites par le prévôt et ses délégués.
iS74. — Procès entre les religieux de Saint-Denis st le prévôt qui leur avait enlevé le bac du pont [le Neuilly parce que le Grand-Pont était rompu. — Arrêt de la cour qui oblige les dits religieux à laisser leur bac jusqu'à Pâques auquel terme le dît prévôt sera obligé de leur rendre leur bac et de payer le dommage qu'ils ont encouru et qui sera déterminé par des commissaires.
1378. — Prestation de serment entre les mains de Hugues Aubriot, de Gaucher Béliart, libraire à Paris comme libraire de l'Université.
1380, avril. ' — Lettres patentes portant confirmation de la fixation au nombre de seize des cominissaires du Ghâtelet.
Ces diverses ordonnances figurent sur les registres du Ghâtelet qui se trouvent soit aux Archives, soit à la Bibliothèque nationale et qui sont loin d'être au complet. On sait que le Ghâtelet de Paris était une juridiction royale inférieure de la même classe que les autres prévôtés, « mais, dit M. Desmazesy dans son livre Le Châtelet de PariSy il
siégeait dans la capitale même, recevait les appels des différentes châtellenies de la vicomte et ressortissait nûment du parlement.
« Le château fort où la justice municipale tenait ses séances, était situé à l'extrémité du pont joignant la cité : tous les rois continuèrent au Ghâtelet sa destination. Le 13 mai 1416, Gharles YI fit abattre la boucherie qui était devant le grand Ghâtelet; le 9 mai 1485, Gharles VII ordonna que les confiscations, aubenages, seraient employées aux réparations du Ghâtelet de Paris. Des lettres données par Gharles VIII à Rouen, le 23 novembre 1487, permirent l'accroissement du Ghâtelet a qui est ung des grands auditoires du royaume».
« Le Ghâtelet s'élevait sur le terrain même encore aujourd'hui appelé place du Ghâtelet ; il existait déjà lors du siège de Paris par les Normands en 884. Souvent modifié, presque entièrement reconstruit à l'intérieur en 1506, 1537, 1544, 1684, le Ghâtelet se composait de trois tourelles reliées par des constructions de diverses époques. Deux de ces tourelles en pendentifs d'inégale grosseur, protégeaient les deux côtés d'une voûte qui donnait accès dans la ville. Au sommet de l'une des tourelles était une galerie entourée d'une balustrade en fer et surmontée d'un toit conique. Cette galerie servait aux guettes ou gardes de nuit. La voûte supportait deux étages au milieu desquels était un cadran couronné d'un écusson aux armes de France. Une grande statue de la Vierge, tenant le Ghrist enveloppé dans son manteau, était sculptée sur la clef de voûte et donnait au Ghâtelet le caractère distinctif des autres portes de Paris. »
Il a été complètement détruit en 1802.
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Charles Vï. — Les impôts. — Sus aux juifs! — Hugues Aubriot condamné. — Les Maillotins. — Entrée de la reine Isabeau. — L'assassinat d'Olivier de Clisson. — L'hôpital du Roule. — Le collège d'Aurillac. — Les juifs battus de verges. — La petite reine. — Les faux guérisseurs. — Un empoisonnement. — Les confrères de la Passion. - Les premiers théâtres. — Pages et écoliers. — Le duc d'Orléans assassiné. — Le grand hiver. — La paix fourrée
PRÈS Gharles le Sage, Gharles le Pou ! Gharles VI n'avait que douze ans, lorsqu'il fut appelé à succéder à son père, et, encore une fois, les Parisiens se trouvèrent gouvernés par un enfant, en butte à l'ambition démesurée de ses trois oncles, qui ne songèrent qu'à se disputer Tautorité royale et à satisfaire leur rapacité.
Gette triple rivalité au sujet du gouvernement fut une source continuelle de dissensions et de cabales. Le duc d'Anjou voulait la régence et l'autorité absolue, ses deux frères voulaient s'ad-
joindre à lui et le conseiller selon leurs vues, c'est-à-dire qu'ils aspiraient l'un et l'autre à la régence.
Pour soutenir leur droit ou leur convoitise, chacun d'eux fit des levées d'hommes, et bientôt les environs de Paris se garnirent de troupes.
A son lit de mort, Gharles V avait rendu une ordonnance abolissant tous les impôts qu'il avait précédemment établis, mais le duc d'Anjou se garda bien de la publier et contrairement à la volonté du roi défunt, il augmenta ces mêmes impôts.
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Alors les Parisiens indignés se soulevèrent.
Deux cents hommes du peuple coururent à la maison de Jean Guldoé, prévôt des marchands, et l'ohligôrent avenir avec eux au palais trouver le régent et lui remontrer combien le nouvel impôt dont il grevait la population, au moment où la misère était si grande, était de nature à provoquer le plus vif mécontentement.
Ce magistrat accéda à leur vœu et se rendit avec eux auprès du duc d'Anjou auquel il représenta l'impopularité dont il allait se couvrir, et ses paroles firent une telle impression sur le régent qu'il jugea prudent de parlementer doucement et de promettre qu'anseitôt après le sacre du roi, il aviserait.
Ce sacre eut lieu & Reims le 4 novembre 1380.
Le dimanche suivant, le jeune roi fit son entrée solennelle à Paris; il était veto d'une étofi'e de soie semée de fleurs de lis d'or; les principaux personnages de la ville étaient allés à sa rencontre jusqu'à La Chapelle Saint-Denis, et les édiles pour !a recevoir avaient fait tapisser les rues; des chœurs de musique étaient placés sur son parcours, de place en place, et des fontaines improvisées laissaient couler du lait, du vin, et des eaux de senteur.
Sur des théâtres en plein vent, invention toute nouvelle, étaient représentés des Mystères.
A ne considérer les choses qu'4 leur point de vue superficiel, on eût pu croire que Paris était, tout en joie, malheureusement cette joie de commande masquait un mécontentement général.
Quoi qu'il en soit, le nouveau roi fit ses prières à la cathédrale où il fut reçu par l'évoque et son clergé en grande cérémonie.
Il se rendit ensuite au palais où il reçut les présents de la ville et ceux des prélats et des seigneurs.
Pendant trois jours qu'il demeura au palais, ce Fut une fête perpétuelle, accompagnée de joutes, de tournois, et de toute espèce de jeux militaires.
Mais la fête terminée, il fallut en venir au sérieux; l'impatience et les murmures du peuple allaient toujours croissant et ne permettaient guère au régent de se faire illusion sur les véritahles sentiments du peuple, qui ne cessait de demander le retrait de l'impôt.
Aussi le prévôt des marchands prit-tl l'initiative de convoquer nombre de personnes dans l'ancien Parloir aux Bourgeois, situé près du grand Ch&telet, afin de s'entendre avec eux pour arriver à la satisfaction du vœu général.
Le prévôt prenant la parole, expliqua qu'il comprenait parfaitement la légitime impatience de tous, cependant qu'il était convenable d'attendre que le nouveau roi en eût complètement terminé avec les cérémonies qui formaient la suite naturelle du sacre, pour mettre le régent en demeure de tenir la promesse qu'il avait faite.
L'assemblée paraissait assez disposée à se raogeràcetaviB, lorsqu'un cordonnier plus hardi qu les autres, prïtla parole et en («rmes très ncti réfuta ce que venait de dire le prévôt :
— Ne pourrons-nous jamais jouir en repos di nos biens, dit-il ; l'avarice des grands continnent-elle toujours & nous charger d'impôts, impAli que nous ne devons point, que nous ne pouvoni payer et qui excèdent nos revenus? Boorgeoisde Paris, on vous repousse de l'assemblée des notibles; on ne veut pas que vous participies au délibérations et on vous demande arrogmmmeal quel droit a la terre de se mêler avec le del et pourquoi la lie du peuple ose intervenir pamû les personnes riches. Pourquoi adressons-now des prières à Dieu? Pourquoi nous
nous de nos biens I Pour des bon abusent; nos biens servent & entretei à payer leurs habits couverts d'or el payer ces nombreux valets qui le payer les frais des beaux palais qu sent. C'est pour ces vaines superfiuit bient d'impôts la capitale du r patience du peuple est poussée demande que les bourgeois prennen ils doivent mourir plutôt que de longtemps une telle oppression.
On juge si un pareil discours, proi des gens irrités déjà contre ses goui le feu aux poudres.
Instantanément il fut acclamé e» iiuu> »>«^ bourgeois s'armèrent et contraignirent le prévAl de les mener sur l'heure au palais, afin d'y adresser leurs remontrances au régent.
Surpris par cette visite quelque peu iamaltueose, le duc-régent se résolut cependant i l'affronter, et accompagné du chancelier àt France, l'évëque de Beauvais, il monta, ainâqw lui, sur la table de marbre du palais et demanda ce qu'on lui voulait.
Le prévôt prit la parole et exposa en terisfs très conciliants que le peuple ne demandait que l'exécution de ta promesse qu'avait faite le doc, de retirer le dernier impôt créé par loi.
Dans ce discours, le prévôt s'était attaché à ik rien dire qui put blesser la susceptibilité do prince, tout en exprimant complètement la pensée populaire.
Aussi le duc répondit-il qu'il ne pouvait lien prendre sur lui sans une délibération du conseil, mais que ce conseil allait être immédiatement assemblé, afin de prendre une décision qui, probablement, satisferait tout le monde.
— Retirez-vous paisiblement chacun chei vous, leur dit-il, demain vous pourrez pent-étn obtenir ce que vous désirez.
Les bourgeois s'en retournèrent en se promettant de revenir le lendemain.
Le conseil eut lieu, mais il ne fut pas d'avis qu'il y eût nécessité de rien accorder.
Or, dans la soirée, quelques personnages qui devaient de l'argent aux juifs et se trouvaieut dans l'impossibilité de s'acquitter, persuadèrent aux bourgeois que c'était eux qui en s'enrichissant, amenaient toujours la misère publique et qu'il fallait, après avoir obtenu le retrait de l'impôt, exiger du régent qu'il chaesÂt les juifs du royaume.
Cette nouvelle exigence, habilement colportée par des émissaires adroits, rencontra de nombreux approbateurs.
Le lendemain donc, les bourgeois se présenté* rent à nouveau au palais.
Le chancelier s'apergut de suite des mauvaises dispositions de la députatioa et prit sur lui de lui donner une réponse tout à fait contraire au sens de la délibération prise par le conseil.
— Le roi, leur dit-il, ne veut user envers vous que de bonté et de douceur ; c'est pour cela qu'il vous décbarge présentement de tous impôts et de subsides, en vous remettant libéralement tous droits de péage, d'entrée, et de sortie et vouslais- Uv. 27
sant la liberté de vendre et d'acheter sans rien payer, «ous quelque prétexte que ce soit.
Ce fut alors que, satisfaits sur ce point, les bourgeois demandèrent l'expulsion des juifs.
Le chancelier qui ne s'attendait pas à cette nouvelle prétention, se borna & répondre qu'il en parlerait au roi et que vraisemblablement, il serait fait selon leur désir.
Les bourgeois se retirèrent enchantés du chancelier et annoncèrent qu'ils avaient pleinement réussi, qu'une ordonnance allait paraître supprimant les impôts, mais comme le bruit se répandit aussi que les juifs allaient être chassés, ceux qui avùent excité le peuple contre eux n'attendirent pas davantage pour prétendre que toutes les promesses faites par le chancelier ne seraient pas tenues par le régent; et dès l'aube, des pillards commencèrent par se répandre dans les maisons des receveurs pubUcs, ils brisèrent les caisses, prirent l'argent qu'elles contenaient et en répandirent par les rues ; les tarifs et les registres furent déchirés ; puis, ce premier exploit accompli, ils
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se portèrent vers le quartier des juifs et pillèrent une quarantaine de maisons remplies de meubles précieux et de toute espèce de marchandises, de vaiMelle d'argent, de pierreries et d'autres objets de valeur mis en gage par des emprunteurs. Quelques-uns de ceux-ci profitèrent mémo de roccaflon pour retirer les promesses ou reconnaissances qu'ils avaient souscrites.
Plusieurs de ces juifs furent massacrés chez eux, d'autres parvinrent à se sauver et à gagner le Ghâtelet, où ils demandèrent à être enfermés pour se trouver en sûreté.
On leur enleva leurs enfants qa*on fit baptiser à Notre-Dame.
Le jeune roi, tout effrayé de ce désordre, exigea du régent qu'il prit des mesures pour que les juifs fussent rétablis dans leur demeure et on publia à son de trompe par les carrefours, qu'on eût à reporter sous peine de la vie, tout ce qu'on leur avait pris.
Peu de gens s'empressèrent de le faire et les juifs s'estimèrent encore heureux de pouvoir rentrer en possession du peu qo^on leur avait laissé.
Sous le règne précédent, il avait été question d'assembler un concile général pour faire cesser un schisme qui s'était produit ; le clergé se plaignait des exactions que Clément VU et les cardinaux commettaient, l'Université de Paris qui comptait dans son sein plusieurs bénéficiers qui se trouvaient lésés, députa des docteurs au roi pour demander la réunion de ce concile.
Ce fut Jean Rousse du collège du Gardinal- Lemoine, qui fut chargé de porter la parole au nom de l'Université, mais le duc d'Anjou le fit arrêter dans la nuit et conduire au Ghâtelet, où il fut mis dans un cachot.
La nouvelle de cette arrestation produisit une grande agitation dans le clergé et à l'Université, et le recteur alla trouver le régent pour lui demander la délivrance du prisonnier.
Le duc refusa d'abord, mais l'agitation commençant à se répandre partout, il céda, et fit relâcher le prisonnier après avoir fait publier dans les écoles une défense formelle de soulever désormais la question de convocatioa d'un concile.
L'Université se tourna alors vers le prévôt de Paris, Hugues Aubriot, prétendant qu'il ne laissait passer aucune occasion de maltraiter les écoliers et tous les gens de l'Université et qu'il avait fait bâtir deux cachots qu'il appelait dérisoirement le Glos-Bruneau et la rue du Foin, signifiant par là que ces cachots devaient toujours être pleins d'écoliers.
Elle le cita devant l'évêque de Paris.
Celui-ci, qui ne demandait pas mieux que de sévir contre le représentant de l'autorité civile, le décréta d'accusation et informa contre lui.
Hugues Aubriot crut d'abord qu'il lui suffirait
de se mettre sous la protection du roi et sons celle du régent, pour se tirer de ce mauvais pas.
Mais ceux-ci ne daignèrent pas le réclamer et le laissèrent aux mains de la justice de l'évêque, qui instruisit son procès.
Le malheureux prévût fut déclaré coupable d'infamie et d'impiétés punissables du fea.
Cette sentence allait être exécutée, lorsqu'à la sollicitation de quelques personnages marquants qui s'intéressaient à lui et ne doutaient pas de son innocence, les juges voulurent bien modérer la peine prononcée contre lui.
11 fut conduit sur la place du parvis Notre- Dame, où étant monté sur un échafaud, il demanda à genoux et tètenue, l'absolution de l'évêque avec promesse de satisfaire à tout ce qui lui serait imposé.
Le recteur et les docteurs de l'Université étaient présents, ainsi, que le grand inquisiteur de la foi, qui fit publiquement la lecture des crimes et des impiétés dont on l'avait déclaré coupable.
Après quoi, Tévêque revêtu de ses habits sacerdotaux, lui donna l'absolution et le condamna à la prison perpétuelle, et au jeûne, au pain et à l'eau.
Ceci se passait au mois de mai 4381.
Il fut incarcéré dans la prison de TÉvéché d'on il fut délivré l'année suivante par les Maillotins.
Il eut pour successeur à la prévôté de Paris Audouin Chauveron, chevalier.
Le duc d'Anjou, depuis la suppression des impôts concédée par le chancelier, ne songeait qu'au moyen de les rétablir.
Il avait tenu à ce sujet sept conseils différents avec les notables de la ville et les principaux membres du clergé, auxquels il avait représenté les pressants besoins du roi et de l'État.
Il chargea Philippe de Yliliers et Jean des Marets, avocat du roi au parlement» un vieillard de soixante-dix ans, très considéré par sa réputation d'honnête homme et qui jouissait d'un grand crédit sur le peuple, de faire comprendre aux bourgeois qu'il y avait nécessité absolue de rétablir ces impôts.
Jean des Marets accepta, espérant servir de médiateur entre la cour et les bourgeois et apaiser l'irritation de ceux-ci, mais il ne put rien obtenir, et il reporta au duc d'Anjou le peu de chance qu'il avait de voir jamais le peuple accepter des charges nouvelles.
Le duc ne se tint pas pour battu ; et pour arriver à ses fins, il employa la ruse.
Il avait été statué qu'aucune imposition ne pourrait être perçue, si elle n'avait été proclamée auparavant. Or, dans les circonstances actuelles cette proclamation était dangereuse et pouvait élre le signal d'une véritable révolution.
Il s'agissait de tourner la difTficulté.
Un huissier s'en chargea moyennant le paye-
PARIS A TRAVERS LBS 8IEGLBB
ment d'une bonne somme et voici oe qu'il imagina:
Il se rendit aux halles, lieu ordinaire de ces sortes de proclamations, à cheval et tenant à la main droite un clairon.
Il sonna une fanfare pour appeler les passsnts.
Lorsqu'il y eut du monde autour de lui; il annonça que la vaisselle d'argent du roi venait d'être volée et promit une forte récompense à qui déconvrirait les voleurs.
Puis profitant de la surprise causée, par ses paroles, commentées entre tous ceux qui se trouvaient là, il ajouta vite :
— J'ai encore une autre communication à vous faire, demain on commencera à lever les subsides sur les denrées.
Et piquant des deux, notre homme se sauve à toute bride, laissant les gens tout ahuris par ce qu'ils viennent d'entendre.
La proclamation était faite.
C'était une étincelle sur une traînée de poudre.
Dans tous les quartiers la nouvelle se répandit que le duc d'Anjou voulait faire percevoir les taxes et elle excita la colère populedre.
Tout le long du jour des groupes se formèrent, la Maison aux Piliers ne désemplit pas, de sourdes rumeurs coururent la ville et le lendemain, i*' mars 1383, les commis aux aides qui avaient reçu Tordre de faire la recette, se présentèrent aux Halles.
L'un d'eux s'approcha d'une vendeuse d'herbes et lui demanda un denier.
La femme répondit par des injures et appela à l'aide ; en un instant le commis fut entouré, menacé, frappé et tomba assommé.
Ce fut le signal de la lutte.
— Liberté I aux armes I cria-t-on partout, et les malheureux percepteurs furent tués et foulés aux pieds, on brisa les boites posées aux lieux ordinaires pour recevoir les deniers de l'impôt et une bande de gens coururent à l'église Saint- Jacques-l'Hôpital où s'était réfugié, disait-on, un des fermiers des aides qui s'étaient rendus adjudicataires de la ferme des nouveaux impôts.
En vain quelques bourgeois observèrent timidement que l'église était lieu d'asile, on ne les écouta pas et la foule s'y précipita; on trouva le fermier tremblant de peur, agenouillé au pied du grand autel, on s'empara de sa personne, on le traîna hors l'église et on le massacra.
Pendant ce temps, le peuple courait à THùLel de Ville (Maison aux Piliers oj au Dauphin) pour y chercher des armes ; on savait que Charles V avait fait fabriquer des maillets de plomb qui avaient été déposés là comme dans un arsenal, on enfonça les portes et on s'empara des maillets, arme teriible qui devait donner son nom à l'insurrecUon qu'on appela lesjouméesd^sMailIotins.
A l'an des angles de la place de rilôtel- de- Ville on voyait encore, avant la révolution de 1848, la
tourelle d'où un homme vêtu d'une longue robe noire, et le visage caché sous un capuchon rabattu, donna à la multitude furieuse le signal de la destruction, en frappant trois coups de maillet sur la muraille qui en avait longtemps gardé l'empreinte.
En sortant de l'Hôtel de Ville, la populace armée se porta à la prison de l'évéché ou se trouvait détenu le prévôt Hugues Aubriot et lui rendit la liberté, en lui offrant de se mettre à sa tète, ce qu'il refusa prudemment et dans la nuit il partit pour Dijon, sa ville natale.
Après cette première mise en liberté , les factieux ouvrirent les portes de toutes les prisons pour en tirer les criminels quels qu'ils fussent; et sur le bruit qui se répandit que plusieurs fermiers et receveurs de l'impôt s'étaient réfugiés à l'abbaye de Saint-Oermain-des-Prés , ils y coururent; mais il n'était pas facile de pénétrer dans cette espèce de forteresse et les premiers qui tentèrent d'y entrer de vive force furent repoussés; mais pour animer le zèle de ceux qui, spectateurs de la lutte, n'osaient pas encore y prendre part , un des meneurs s'écria que c'était dans l'abbaye que les juifs s'étaient retirés, en emportant tout leur or.
Il n'en fallut pas plus pour que de tous côtés arrivât du renfort aux assaUlants.
Chacun s'arma comme il put, et on parvint à enfoncer les portes.
Après avoir massacré quelques serviteurs de l'abbaye et pillé les objets les plus précieux qu'ils purent découvrir, les envahisseurs se retirèrent et se portèrent vers la rue des Juifs , qui était alors à peu près exclusivement habitée par des Israélites.
Ceux qui purent se sauver se hâtèrent de fuir ; quant aux autres, ils furent fort maltraités, et, pendant trois ou quatre jours, leurs maisons furent livrées au pillage.
Enhardis par IjS succès , les émeutiers , dont le nombre grossissjqiit toujours, continuèrent à se porter à tous les excès, et ils résolurent d'aller rompre le pont de Cbarenton, aûn d'empêcher les troupes royales de pénétrer dans Paris ; mais la crainte ie s'éloigner du centre de la ville où ils se trouvaient soutenus, les empêcha d'exécuter ce projet, et ils se contentèrent de se répandre dans les divers quartiers et de continuer la chasse aux juifs.
Pendant ce temps , les bourgeois, qui les premiers avaient applaudi à la résistance contre l'impôt, commencèrent à s'effrayer des conséquences que les excès commis pouvaient amener et tentèrent d'enrayer le mouvement.
Les officiers de ville, dîxeniers et soixanteniers, firent armer dix mille bourgeois qui se chargèrent de fjaire le guet et d'empêcher que de nouvelles violencies contre les personnes ou les propriétés fussent exercée».
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On eut recours aussi à Tavocat Jean des Marets, dont on connaissait Tinfluence sur le peuple et Fesprit de modération , et on le pria de vouloir bien expliquer aux plus mutins que ce n'était pas par le pillage et le meurtre qu'on obtenait de faire triompher une cause à laquelle devaient s'associer tous les gens de bien.
Il sut être assez éloquent pour faire comprendre qu'après avoir fait acte de protestation contre Findigne conduite du duc d'Anjou, il fallait absolument en rester là et ne pas pousser plus loin une agitation dangereuse; et un calme relatif succéda aux scènes tumultueuses de la journée.
D'un autre côté, les bourgeois avaient député quelques docteurs de l'Université auprès du jeune roi qui était à Yincennes , pour le supplier de ne pas les croire coupables des faits regrettables qui avaient eu lieu et de ne pas leur imputer les emportements d'une populace en délire , dont ils désavouaient les actes répréhensibles.
Le roi accueillit favorablement les députés et sur leur prière , il accorda une amnistie complète pour tout ce qui s'était passé. Étaient cependant exceptés de ses effets ceux qui avaient forcé les prisons du Ghàtelet.
Jean des Marets publia lui-même cette bonne nouvelle par les rues où il se fit porter en litière , en raison de ses infirmités qui ne lui permettaient pas de marcher et il prêcha de nouveau le calme et la concorde.
Mais l'exception faite pour ceux qui avaient forcé les prisons fut assez mal accueillie : on connaissait l'esprit rusé du duc d'Anjou et on craignait qu'on usât de ce moyen pour envoyer à la potence tous ceux qu'on voudrait punir, sous prétexte qu'ils avaient participé au bris de portes des prisons.
Cette appréhension devint très vive , lorsqu'on vit le prévôt de Paris faire arrêter nombre de gens ef ordonner qu'ils soient pendus.
La colère populaire se réveilla et on se disposa à s'opposer aux exécutions.
Alors le duc d'Anjou qui avait toujours un expédient tout prêt pour tourner les difficultés, donna l'ordre à son prévôt de ne pas exciter inutilement le peuple par la vue des exécutions capitales et de se contenter de se défaire secrètement des coupables en les faisant jeter à la Seine, par petit nombre à la fois , de façon à ne pas éveiller l'attention ; ce qui fut fait.
Le roi était toujours à Yincennes et la disposition dans laquelle se trouvaient les Parisiens lui faisait redouter de rentrer à Paris; cependant, après avoir successivement visité Gompiègne , Meaux et Pon toise , il se décida , sur Tavis de quelques-uns de ses conseillers, de revenir dans sa capitale, afin de calmer les esprits par sa présence, mais il posa au préalable certaines conditions ; entre autres, il demanda que les habitants
consentissent à payer les droits de gabelle et da douane, les exemptant d'autres impôts.
Ceux-ci refusèrent.
Le duc d'Anjou était d'avis qu'il fallait employer la force et que c'était le seul moyen propre à amener la soumissien de tous ; le roi la laissa maître d'agir.
En conséquence , il ramassa tout ce qu'il put de troupes et les envoya dans les environs de Paris, avec pouvoir d'y vivre à discrétion, de voler, de piller et de commettre toute espèce d'actes d'hostilité — hormis le meurtre et l'incendie, de façon à terroriser les Parisiens et les amener à capituler.
Ce moyen excessif, — mais peu délicat, produisit l'efiet attendu.
La famine commençait à se faire sentir; on parla d'accommodement.
Une conférence eut lieu à Saint-Denis; Arnaud de Corbie, premier président, y parla au nom du roi et Jean des Marets en celui de la ville de Paris.
Plusieurs autres personnages y assistèrent; entre autres l'évèque de Paris, l'abbé de Saint-Denis et Pierre de Yilliers. On convint que le roi pardonnerait tout ce qui s'était passé et que la ville lui ferait un présent de cent mille francs. — Celait toujours la fin de ces sortes d'arrangements.
Dès le lendemain, le roi fit son entrée dans sa bonne ville, au bruit des acclamations du peuple, le duc d'Anjou dont la présence était odieuse aux Parisiens, partit pour l'Italie et ce fut le duc de Bourgogne qui le remplaça dans le gouverne-
Quelques mois se passèrent assez tranquille-
Mais le comte de Flandre se trouvant opprimé par ses sujets révoltés, appela à son aide le roi de France qui convoqua son conseil, et une expédition fut résolue en faveur du comte.
* Le 18 août, le roi alla prendre en grande pompe l'oriflamme à Saint -Denis; on mit les troupes sur pied, on organisa tout ce qu'il fallait pour combattre et à la fin d'octobre, le roi passa à Arras une revue de son armée et entreprit la campagne.
Or tandis que Charles YI se préparait à gagner la victoire de Rosbec, les mécontents de Paris, qui se désignaient eux-mêmes sous le nom de Maillotins, depuis la journée du i*' mars, proposèrent un nouveau soulèvement.
Il s'agissait cette fois de s'emparer du château du Louvre, de celui de Beauté-sur-Mame , près Yincennes, qui était une des résidences habituelles du roi, et de la Bastille , et de raser le tout.
Ce projet exista-t-il réellement parmi les chefs maillotins, il est permis d'en douter, car à cette époque une pareille révolution ne pouvait être tentée qu'au profit de quelqu'un, et les Parisiens
L'IlUiuier K rendit t cIigtiiI oux HuUea lieu ordiiiaira des proclamations.
fpqr M détaire dea coupables, oq lei fit jeter diicrËtemeot, la nuit, dam la Seine. (Pa^ ^12, col, l.J
n'avaient aucun rot à mettre à la place de Charles YI, et tout porte à croire qu'il était l'œuvre dn duc d'Anjou qui, fomentait la discorde pour se veuger deB Parisiens dont il n'avait pu vaincre ropini&treté, au sujet des impâts, et qui &t présenter ce plan par ses agents.
Son but secret était de rendre nationale une guerre en Italie qu'il eût entreprise, dans son inlérit particulier, et d'empêcher celle dans laquelle le duc de Bourgogne avait entraîné te roi en ameutant les Parisiens et forçant Charles VI, à revenir.
De cette façon, il faisait coup double, en se vengeant à la fois du duc et des Parisiens.
Quoi qu'il en soit, lorsque le roi apprit que l'esprit de séditiou relevait la tète dans sa capitale, il en fut vivement contrarié.
Le mouvement avait été cependant enrayé par le conseil d'un bourgeois nomméNicolas Flamand qui, tout en désirant qu'il réussit, n'en approuvait pas l'opportunité.
« — Attendez, avait-il dit, que ceux de Gand viennent à leur entente, ain^ qu'on l'espère bien, a donc, sera-t-il l'heure de ce faire. Ne commen* 'çons pas chose dont nous nous paissions repentir. »
Charles VI, au lieu de faire le siège de Gand, songea donc à revenir au plus vite à Paris, mais il était assez embarrassé de savoir comment il devait se présenter aux Parisiens, qui n'étaient ni soumis, ni rebelles.
Pour sonder leurs dispositions, le connétable, l'amiral, les seigneurs d'Albret, de Couci et de La Trémoille, envoyèrent des émissaires, sous prétexte de faire préparer leurs bétels et de marquer les logements des troupes.
Le roi était arrivé à Saint-Denis.
Vingt mille bourgeois armés de pied en cap, allèrent à sa rencontre.
Les ofUciers du roi se demandèrent si c'était pour combattre que se présentait ainsi cette force armée.
HISTOIRE, NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
— Voici TorgueiUeuse ribaudaille, disaient les seigneurs, plus orgueilleux encore. S'ils fussent venus servir le roi, au point où ils sont, quand il alla en Flandre, ils eussent bien fait; mais ils n*en avaient pas la tète enflée, fors que de dire et prier à Dieu que jamais pied d'entre nous n*en retournât.
Dans rincertitude où Ton était, s'il ne faudrait pas en venir aux mains, le connétable, Tamiral et les seigneurs envoyèrent demander des saufconduitu pour conférer*
— Des sauf-conduits ! répondirent les Parisiens ; qu'ils viennent sans crainte, sur notre parole, iU seront bien reçus. Nous ne soinmes ici en armes que pour montrer au roi les forces de la ville de Paris, afin qu'il puisse s*en servir dans le besoin, disposés que nous sommes à lui obéir.
Tout ceci n'empécba pas que le 11 janvier 13B3, l'armée royale fut divisée en trois corps, eu milieu desquels le roi marcha seul à cheval, en affectant une contenance fiera et menaçante.
Le prévôt des marchands, les échevins, les députés des divers corps de la villa réunii à La Chapelle Saint-Denis, se présentèrent devant le monarque pour déposer respectueusement leurs hommages à ses pieds et lui offrir selon l'usage les clefs de la ville et les présents accoutumés. Ces magistrats eurent la douleur et Thumiliation de voir leurs offrandes rejetées avec mépris ; les clefs furent refusées, et le roi entrant dans Paris comme dans une ville conquise, donna Tordre de briser les barrières et d'enfoncer les portes.
Il marcha avec la même fierté jusqu'à Notre- Dame où, après quelques prières, il offrit un étendard semé de fleurs de lis d*or, qu'on exposa devant l'image de la Vierge, après quoi, il alla loger^au palais.
Le connétable, les deux maréchaux de France etles principaux officiers de l'armée, se rendirent aussitôt sur les principales places où le peuple avait coutume de s'assembler et y installèrent des corps de garde.
On logea les soldats chez les habitants, avec défense sous peine de mort, d'outrager personne, de voler ou de commettre la moindre violence. Le connétable fit pendre aux fenêtres, deux soldats qui avaient contrevenu à cet ordre.
Puis on commença à arrêter trois cents riches bourgeois, accusés d'avoir pris part aux désordres des Maillotins et on les traîna en prison ; parmi eux se trouvaient Guillaume de Sens, Jean Filleul, Jacques du Ghastel, Martin Double, avocat, Jean le Flamand, Jean Noble et Jean de Vaudetat.
Clés arrestations jetèrent la consternation dans Paris; chacun craignait pour soi et pour les siens et on se demanda avec terreur, ce que signifiaient ces mesures violentes ; mais cette terreur augmenta encore, lorsqu'on vit deux des prisonniers extraits de leur prison et conduits sur la place pour y être mis à mort.
L'un était orfèvre, l'autre drapier.
La femme du premier, qui était enceinte, foUe de désespoir, se précipita par une fenêtre dans la rue et se tua.
Cinq jours après, le roi fit transporter à Vincennes les chaînes dont on se servait pour barrer les rues le soir et ordonna à tous les habitants, sous peine de mort, de déposer leurs armes au palais ou au château du Louvre. Il 8*en trouva une quantité suffisante, ditron, pour armer cent mille hommes.
Il fut résolu aussi d'abattre l'ancienne porte Saint-Antoine, d'achever la Bastille commencée sous le règne précédent et d'élever une nouvelle tour à côté du Louvre, de l'environaer d'un fossé où Ton ferait venir l'eau de la Seine, de façon à se rendre maître des deux principales entrées de Paris.
La duchesse d'Orléans qui venait d'arriver dans cette ville, fit de vains efforts pour apaiser la colère du roi ; de son côté, l'Université délégua soa recteur et deux de ses plus renommés professeurs pour implorer sa clémence par une harangue que le recteur lui adressa dans les termes les plus respectueux etles plus pathétiques.
Le jeune monarque était sur le point de fléchir, mais le duc de Berry, son oncle, qui prit la parole pour lui, répondit que le roi ferait en sorte qu'on ne confondit pas les innocents avec les coupables» mais qu'il fallait faire un exemple par la punition des auteurs des désordres passés.
Ce fut ainsi que Nicolas le Flamand, noté pour avoir assisté au meurtre des deux maréchaux, commis en la présence du dauphin sous le roi Jean, eut la tète tranchée.
Cette exécution fit une telle impression ^ur l'esprit des prisonniers, qttêquelqtled-uns ke tuèrent eux-mêmes, pour éviter l'ignominie du supplice.
On l'épargna à d^autres, que l'on jeta de nuit dans la Seine, ou que Ton fit mourir secrètemenU
Plus de cent personnes furent ainsi envoyées à la mort.
Une des dernières et des plus nobles victimes, fut Jean desMarets, Tavocat estimé, le vénérable vieillard qui avait acquis une grande réputation de talent et d'honnêteté, qui avait occupé de hauts emplois sous les trois règnes précédents et qui avait mérité par ses services d'être anobli, lui et sa famille, par le roi Charles V en 1365; il fut condamné à mort pour être resté à Paris pendant les troubles et avoir tenté d'arrêter la fureur populaire, en conseillant la soumission aux lois.
Compris dans la sentence de mort prononcée contre douze bourgeois, déclarés coupables du crime de lèse-majesté, il fut placé sur le haut de la charrette qui conduisait les condamnés au supplice, afin qu'étant plus en évidence, il éprouvât plus de confusion.
En se voyant confondu avec des gens qui avaient
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volé et pillé, il prononça sur le parcours de 1 ecbafaud ces paroles du psalmiste : Jugez-moi, Seigneur, et séparez ma cause de celle d*une nation perverse.
Lorsqu'il fut monté sur Téchafaud, celui qui présidait à Texécution lui dit :
— Maître Jean, criez merci au roi, afin qu'il vous pardonne.
Il répondit :
— J'ai servi au roi Philippe, son grand aïeul, au roi Jean, et au roi Charles, son père, bien et loyalement ; jamais ces trois rois ne me surent que demander, ainsi ferait celui-ci s'il avait âge et connaissance d'homme. A Dieu seul veux crier merci.
On lui trancha la tête.
Son corps gardé secrètement pendant vingtquatre ans, fut inhumé honorablement dans l'église Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers.
La vengeance du conseil royal ne se boma pas & ces exécutions.
Le 27janvier, des lettres patentes supprimèrent la prévoté des marchands, l'échevinage, le grelTe de cette prévôté, sajuridiction, et le roi s'empara des rentes et deniers communs de la ville.
L'exercice de la juridiction qui appartenait à l'Hôtel de Ville, fut transporté au prévôt de Paris ou à son lieutenant.
Toutes les maîtrises et communautés des métiers furent abolies.
Défense fut faite à aucune assemblée de métier de se tenir sous forme de confrérie ou autrement, sans lapermission du roi ou de son prévôt, « si ce n'est pour aller à l'église et en revenir » .
Tous dixeniers, cinquanteniers et quarteniers, furent abolis.
Toutes congrégations furent supprimées.
Bref, le mois de février se passa en publications de nouvelles marques de sévérité.
Les Parisiens furent désormais privés de tous moyens de défense, dépouillés de leurs droits et privilèges, réduits à la condition de mineurs, et durent s'estimer heureux, ceux qui ne furent pas condamnés au moins à l'amende ou au bannissement.
Lorsque pleine et entière satisfaction eût été donnée de la sorte au roi et à son conseil, on put facilement se montrer clément. — 11 n'y avait plus personne à punir !
Charles VI fit assembler le peuple dans la cour du palais, où l'on dressa sur le grand escalier un échafaud orné de tapisseries en manière de théâtre.
Un trône y avait été préparé.
Le roi y prit placé entouré des princes, ses oncles, et des personnages composant sa cour.
Alors les femmes des bourgeois qui étaient encore emprisonnés a accoururent aussitôt tout échevelées et avec de méchants habits, n Elles levèrent les mains vers le roi et, les yeux baignés
de larmes, elles jetaient des cris pitoyables pour le supplier d'avoir pitié de leurs maris et de leurs familles.
Le roi garda le silence.
Alors le chancelier Pierre d'Orgemont prit la parole et dans un discours énergique et passionné, il reprocha avec véhémence au peuple ses insolences, ses cruautés, ses révoltes et les attentats qu'il avait commis contre l'autorité et la majesté royale, depuis le meurtre des deux maréchaux Robert de Clermont et Jean de Conflans, jusqu'aux dernières séditions.
En écoutant ces paroles, les assistants consternés se demandèrent quel nouveau coup de foudre allait tomber sur eux, et la peur se lisait sur tous les visages»
Soudain les ducs de Berry et de Bourgogne se jetèrent aux pieds du roi et le supplièrent de pardonner au reste des coupables ;
Aussitôt les femmes, les demoiselles et les jeunes filles du peuple se mirent à sangloter.
Le peuple tomba à genoux et cria :
— Miséricorde I
Alors le chancelier se tournant vers l'assistance^ lui annonça que ses prières étaient exaucées et termina en disant :
— Remerciez tous le roi, notre sire, de ce qu^au lieu d'employer la juste sévérité que vous avez encourue, il préfère user de douceur et de clémence.
On relâcha les prisonniers, mais ce ne fut pas sans qu'il leur en coûtât gros, car il leur fallut payer comptant une amende qui équivalait à la perte de leurs biens. Semblable exaction fut faite sur tous les bourgeois qui avaient été centeniers, Boixanteniers, cinquanteniers ou dixeniers pendant la sédition.
Tout cela n'empêcha pas le but que s'était toujours proposé d'atteindre le roi ; le rétablissement des impôts.
On fit tranquillement la publication du péage, des gabelles, d'une taxe de douze deniers pour livre sur toutes les marchandises qui se vendaient, du quatrième du vin débité en détail et de douze sous d'augmentation pour chaque muid.
Tant de levées d'amendes et d'impositions eussent dû jeter des sommes considérables dans les coffres du roi, mais la plus grande partie de tout cet argent fut la proie des gens de la cour, des officiers de l'armée et des financiers.
Deux années 8e passèrent sans amener aucun événement important.
En i 385, il y eut un duel qui fit du bruit à Paris : le roi d'Angleterre avait promis une forte récompense à quiconque soutiendrait en France en champ clos, contre le meilleur chevalier du royaume, que la nation anglaise surpassait la française en valeur et en chevalerie.
Pierre de Gourtenay se chargea de ce soin et vint à Paris défier Gui de la Trémouille,
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
Le roi et ses conseillers insistèrent auprès de Pierre de Gourtenay pour lui faire abandonner son dessein, mais il ne voulut pas y consentir et la Trémouille, craignant d'être mal jugé, s'il ne s'empressait de se mettre à la disposition de son adversaire, pria lui-même le roi de permettre le duel, qui eut lieu derrière les murs de Saini-Hartin-des-Ghamps.
Les astrologues qui jouissaient alors d'un grand crédit, assurèrent au roi que le combat serait favorable au cbampion de la France et qu'il aurait lieu par un temps magnifique.
Ce qui n'empêcha pas qu'au jour fixé, il tomba tant de pluie, que lorsque les deux combattants baissèrent leur lance pour courir l'un contre l'autre, ils furent séparés par ordre du roi et des princes, ses oncles.
L'affaire en resta là.
Il n'en fut pas de même d'un autre duel judiciaire qui eut lieu l'année suivante (le 29 décembre 1386), et dont tous les chroniqueurs contemporains ont parlé.
Car, à cette époque on permettait le duel ou combat singulier pour décider les différends, surtout lorsqu'on manquait de preuves suffisantes.
Or, le roi en permit un entre deux gentilshommes normands : messire Jean de Garrouges et Jacques Le Gris, dans les circonstances suivantes :
Jean de Garrouges qui habitait le château d'Argen teuil, près d'Alençon, était parti en voyage, laissant sa jeune femme au logis avec ses gens.
Jacques Le Gris, qui connaissait sa réputation de beauté, se présenta au château, sous prétexte de visiter le donjon, et fut accueilli de la meilleure façon. «
On lui offrit à diner, ce qu'il accepta, puis la dame de Garrouges, sans défiance, le mena ellemême au donjon afin qu'il le put visiter tout à l'aise, mais à peine y étaient-ils entrés l'un et l'autre que Le Gris en referma la porte et fit à la dame un aveu du plus tendre sentiment qu'il éprouvait pour elle.
La dame toute surprise, se récria et voulut ressortir, mais Jacques Le Gris se saisit d'ellejet lui fit subir le dernier outrage, puis, sortant du donjon, il sauta sur son cheval et disparut.
Lorsque le sire de Garrouges revint en sa demeure, sa femme lui raconta ce qui s'était passé et il se promit d'en tirer vengeance ; il écrivit au comte d'Alençon, son suzerain et celui de Le Gris pour se plaindre du fait ; le comte fit comparaître le mari, sa femme et Le Gris ; la dame de Garrrouges formula nettement son accusation, mais Le Gris s'en défendit, en alléguant un alibi.
Le comte renvoya les parties à se pouvoir au parlement de Paris.
Le procès dura dix-huit mois, et enfin, le parlement décida que la dame ne pouvant rien prouver contre Jacques Le Gris a que champ de bataille jusqu'à outrance s'en ferait ».
Le roi était alors à l'Écluse et se disposait à passer avec ses barons en Angleterre, >mais lorsqnll connut rarrêtduparlement,ilrevint à Paris pour assister au duel ainsi que le duc de Berry, le doc de Bourgogne, le duc de Bourbon, et plusieurs autres seigneurs « qui aussi grand désir avaient de le voir».
La lice se trouvait place Sainte-Catherine derrière le Temple ; le roi et toute sa cour s'y trouvèrent et tout ce qui restait en place hors du champ, fut occupé par le peuple qui y vint en foule.
On avait élevé des estrades, afin que les seigneurs pussent ne rien perdre du combat.
Les deux adversaires forent armés de tootes pièces ; Garrouges s'avança vers sa femme vétoe de deuil et qui se tenait sur un char drapé de noir.
— Dame, lui dit-il, sur votre information, je vais aventurer ma vie et combattre Jacques Le Gris. Vous savez si ma querelle est juste et loyale.
— Monseigneur, répondit celle-ci, il est ainsi et vous combattez sûrement, car la querelle est bonne.
— Au nom de Dieu, soit I reprit le chevalier. Puis, embrassant sa femme, il lui prit la main,
se signa et entra dans la lice.
La dame demeura agenouillée sur son char noir, priant Dieu.
Les deux hommes jurèrent l'un de la vérité de son accusation, l'autre de son innocence ; après quoi ils se rendirent chacun à l'une des extrémités de la lice, montèrent à cheval et le juge donna le signal.
Us partirent au pas de leurs chevaux et 8*attaquèrent à coups d'épée.
Jean de Garrouges fut le premier blessé d'un coup dans la cuisse qui lui fit perdre tant de sang, que les assistants commencèrent à craindre pour lui, mais ranimant son courage à la vue de son sang, il attaqua vivement Jacques Le Gris et ayant trouvé moyen de le joindre, il le saisit par son casque et le jeta tout armé à terre où le tenant sous lui et tàtant de l'épée le défaut de la cuirasse, il voulut le forcer par la crainte de la mort à l'aveu de son crime.
Le Gris, persista à dire qu'il était innocent, mais comme il avait été mené à outrance, il fut jugé coupable par le succès de son adversaire et Garrouges lui enfonça son épée dans le corps puis, il demanda à l'assistance s'il avait bien fait son devoir.
— Oui 1 lui fut-il répondu.
Il alla alors s'agenouiller devant le roi, qui le fit relever et lui fit donner mille francs, puis l'attacha à sa chambre, avec deux cents livres de pension annuelle.
Jean de Garrouges remercia le roi et les seigneurs et se dirigea vers sa femme qu'il embrassa et tous deux se i^endirent à l'église Notre-Dame, où ils firent leur offrande, puis ils retoqmèrent à leur hôtel.
Entrée d'Ieabeau de Bavière à Parle, le 22 août 1380,
Le corps do Le Gris fjt donné au bourreau qui é traîna sur une claie jusqu'au gibet de MontiDeoD, où il fut pendu.
Le9févrierl396, un arrêt du parlement accorda iC&rrouges six mille livres à prendre sur les biens le Jacques Le Gris.
Quelque temps après , ud malheureux, conlamné à mort pour d'autres crimes, s'accusa voontùrement de l'attentat commis sur la dame de i^rrouges.
Ifi Grîsétaît innocent; l'autre avait pris son nom !t proGlé d'une vague ressemblance avec lut pour 10 présenter au cbâteau d'Argentcuil.
La dame de Carrouges, songeant à la légèreté ivec laquelle elle avait accusé un innocent, se Liv. 23
retira dans an couvent après la mort de son mari, et fit vœu de chasteté perpétuelle.
A cAté de cette femme poursuivant si obstinément la réparation de l'outrage fait à son honneur, il faut croire qu'il en existait trop à Paris qui n'avaient nul souci do leur, car lé prévôt de Paris, Hugues Aubriot, avait reçu du roi, dès le commencement de son règne, ordre de faire défense à tous propriétaires des maisons situées dans les rues Beaubourg, Geoffroy-I' Angevin, des Jongleurs, Simon-le-Franc, delà fontaineMaubuée et aux environs de Saint-Denia-de-la-Ch&tre, da les louera des femmes de mauvaise vie. En 1388, le successeur d'Hugues Aubriot étendit la défense aux propriétés de la rue de Baillehoé (près Saint-
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HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES t»ARISIENS
Merri et la rue de la Verrerie). II en chassa les femmes et fit murer les portes.
Mais les propriétaires de ces maisons réclamèrent; on plaida et le parlement, considérant que depuis saint Louis les mauvais lieux étaient tolérés rue de Glatigny (supprimée en 1867), rue Robert-de-Paris et rue de Baiilehoé, et sans s*arrêter à* l'opposition du chefcier de Saint-Merri qui faisait valoir le fâcheux effet de ces mauvais lieux avoisinant une église , il maintint par son arrêt du 21 janvier 1387 les femmes dans leur droit d'habiter la rue de Baiilehoé.
Non loin de là , dans la Cité , était une rue tirant son nom de Thôtel des Marmousets , bâti vers la fin du xii" siècle et qui prit le nom de rue des Marmousets. On prétend qu'il s'y passa, en 1387, une aventure qui est rapportée par divers historiens, maisdont l'authenticité n'est nullement établie; nous ne la mentionnons donc qu'à titre de racontar, aucun des chroniqueurs d'autrefois ne s'accordant sur sa véritable date. Voici le fait :
Un barbier et un pâtissier tenaient boutique à côté l'un de l'autre et la cave du barbier était attenante à celle du pâtissier dont on estimait fort les pâtés qu'il préparait lui-même, car^ malgré la vogue qu'il avait su acquérir , il n'avait qu'un seul apprenti pour manipuler la pâte, sous prétexte de cacher le secret de l'assaisonnement des viandes.
Son voisin le barbier-baigneur-étuviste méritait sans doute aussi la faveur du public, car, bien qu'on vît peu de monde entrer chez lui, il paraissait avoir de nombreux clients pour la saignée ; souvent on pouvait remarquer devant sa porte un ruisseau de sang, contrairement aux ordonnances qui enjoignaient aux barbiers de jeter ce sang à la rivière.
Un soir, des cris perçants sortirent de la boutique du barbier, chez lequel on avait vu entrer un écolier qui venait d'Allemagne. Soudain cet écolier reparut, se traînant avec peine sur le seuil, tout sanglant, le cou sillonné par de larges blessures.
On entoura le blessé, on l'interrogea et il raconta comment le barbier, après l'avoir fait asseoir pour le raser, lui avait tout à coup donné un coup de rasoir qui lui entama la chair.
Il avait crié, s'était débattu, et à grand'peine il était parvenu à détourner les coups de la lame tranchante, à saisir son ennemi à la gorge et à le précipiter dans une trappe ouverte à côté de lui.
La foule, frémissant d'horreur à ce récit, pénétra dans l'ouvroir du barbier et ne vit rien que du sang à terre, la trappe étant refermée ; mais alors on descendit dans la cave et on trouva le pâtissier voisin , occupé à dépecer le corps du barbier.
Cet homme avoua que c'était lui qui avait eu la pensée de s'associer avec le barbier pour as-
j sassiner les gens : lorsque quelqu'un venait m ' faire raser, le barbier le plaçait sur la trappe lui portait un coup de rasoir à la gorge et k poussait dans la cave, où il n'attendait qu'ur signal pour accourir aussitôt et se jeter sur h victime qu'il achevait à l'aide d'un couteau ei qu'il dépeçait au plus vite pour faire des p&té! avec sa chair, après l'avoir dépouillé de ses vêtements et de son argent qu'il partageait avec le barbier.
Lorsqu'il avait entendu tomber celui-ci, il s'était hâté de se livrer à sa besogne habituelle; n'ayant pas reconnu son complice.
« C'est ainsi qu'il composait ses pâtés meilleurs que les autres , dit le P. Dubreul , d'autant plus que la chair de l'homme est plus délicate, à cause de la nourriture. »
La maison fut abattue et l'on éleva à sa place une pyramide expiatoire, en mémoire de cet horrible forfait.
Encore une fois, nous considérons cette légende comme une fable ; les registres du parlement de Paris sont muets à cet égard et nous n'avons trouvé nulle part trace officielle de l'événement.
Quoi qu'il en soit, une pyramide élevée au centre d'une petite place carrée existait^ et ce lieu appartenait à Pierre Belut, conseiller au parlement en 1535 , car il adressa en cette année une requête au roi qui, au mois de janvier 1536, donna des lettres patentes qui lui permirent d'y faire bâtir et réédiûer une maison pour être habitée ainsi que les autres maisons de Paris, ''a nonobstant, ajoutent-elles, ledit prétendu arrêt, sentence du prévôt de Paris, condamnation de l'hôtel de notre dite ville et autres quelconques qui sur ce, pourraient être intervenues; auxquels arrêts, sentence de condamnation, avons de notre auto* rite dérogé et dérogeons par les présentes, et sut ce, imposons silence perpétuel à notre procureur présent et à venir. »
Piganiol de La Force, qui rapporte aussi le faiti tout en le mettant en doute, ajoute :
« Quoiqu'on ne trouve nulle part ni informa tion ni arrêt qui parlent de ce prétendu crime i il ne s'ensuit nullement qu'il soit faux, car d les crimes atroces et extraordinaires il a été to jours d'usage , et il l'est encore aujourd'h (1765) , d'en jeter au feu les informations et 1 procédure, pour ne point les rendre croyables, i
Ce qui est certain, c'est que cette histoire, vrai ou non, a de fortes racines dans la croyance p pulaire et, dit à son tour le bibliophile Jacob, « ne fallut pas moins de la formule royale ; car est notre bon plaisir^ pour que les murmures à peuple ne se changeassent pas en voies de fi contre l'œuvre des maçons , quoique la rue d Marmousets fût grandement transformée p cette place vide et celte pyramide en ruines ».
La rue des Marmousets ne portait autrefois
nom que jusqu'à la rue de la Lioorne ; le bout donnant dans la rue de la Cité faisait partie de la rue des Oublieurs.
Elle fut supprimée en 1867 pour la construction du nouvel Hôtel-Dieu.
On lit, à propos de cette rue, dans le traité de la police, qu*au commencement du règne de LfOuis Xiy les rues de Paris étaient encore tellement fangeuses que Tair en était infecté, a Le sieur Courtois , médecin , qui demeurait rue des Marmousets , a fait cette expérience par laquelle on jugera du reste : il avait dans sa salle sur la rue de gros chenets à pommes de cuivre et il a dit plusieurs fois aux magistrats ses amis que tous les matins il les trouvait couverts d'une teinture de vertrde-gris assez épaisse, qu'il faisait nettoyer pour faire Texpérience le jour suivant, et que, depuis Tannée 1663 que la police du nettoiement des rues a été établie, ces taches n'avaient plus paru. »
S'il en était ainsi à cette époque , en quel état les rues pouvaient - elles être trois siècles auparavant?
Gela n'empêchait pas que, les jours de fête, elles fussent ornées et tapissées, comme eussent pu l'être des voies dallées de marbre.
Ge fut surtout à l'occasion de l'entrée à Paris de la reine Isabeau de Bavière que les rues dans lesquelles passa le cortège royal furent parées.
Le roi avait épousé cette princesse le 18 juillet 1385.
Mais elle habitait d'ordinaire avec lui le château de Beauté ; c'était là qu'elle était accouchée en 1386 du dauphin Charles; en 1388, d'une fille qui mourut dix-huit mois plus tard , et qu'en 1389 elle était devenue enceinte d'une autre princesse qui fut reine d'Angleterre et duchesse d'Orléans. Charles VI voulut que le couronnement et l'entrée solennelle de sa femme à Paris fussent marqués par une fête extraordinaire , et pour cela il fît publier partout, non seulement dans le royaume, mais encore en Angleterre et en Allemagne , qu'un sauf-conduit de quatre mois était accordé à tous les bannis et criminels qui voudraient venir à Paris afin d'assister à cette fête magnifique, qui eut lieu le dimanche 22 août 1389 et qui mérite une description particulière.
L'historien Froissard , qui vint à Paris pour y prendre part , dit qu'il y avait tant de peuple à Paris et dehors que c'était merveille de le voir. La reine attendait dans l'abbaye de Saint- Denis, entourée des dames de sa cour qui devaient l'accompagner, que le cortège se mtt en marche.
Les bourgeois de Paris avaient reçu l'ordre de tapisser toutes les rues par lesquelles il devait passer et douze cents d'entre eux, à cheval, tous habillés de robes d'une sorte de drap appelé baudequin, vert et rouge, formaient la haie au sortir de réglise.
La cérémonie commença.
La reine Jeanne ouvrit la marche dans une li« tière couverte, avec la d uchesse d'Orléans, sa fijie, et une grande suite de seigneurs, vêtus avec un luxe extraordinaire.
Elles passèrent par la grande rue de Saint-De< nis, et se rendirent au palais où les attendait le roi.
Ce n'était que le prélude, ces deux princesses étant chargées de recevoir la reine à son arrivée.
Isabeau de Bavière partit de Saint-Denis, avec les duchesses de Berry, de Bourgogne, de Touraîne et de Bar, la comtesse de Nevers, la dame de Coucy et nombre d'autres.
Les duchesses de Berry et de Touraine étaient à cheval; la reine et toutes les autresdames, en litière. Celle de la reine était découverte ; en tète se tenaient le duc de Bourbon et le duc de Touraine ; de chaque côté, les ducs de Berry et de Bourgogne ; derrière, Pierre de Navarre et le comte d'Ostrevant.
Suivaient : la duchesse de Berry, sur un cheval magnifiquement harnaché^ accompagnée par Jacques de Bourbon et Philippe d'Artois ; la duchesse de Touraine, conduite par les comtes de la Marche et de Nevers.
Ensuite, dans une litière découverte, étaient la duchesse de Bar et sa fille, conduites par Charles d'Albret et le seigneur de Coucy.
Les autres dames suivaient sur des chariots couverts ou à cheval.
Les sergents d'armes et les officiers du roi avaient grand'peine à faire faire place.
« Lafouleétaitsi grande, dit un historien, qu'on eût dit que tout le royaume se fût assemblé pour voir cette cérémonie. »
Les princes et les gentilshommes qui conduisaient les dames étaient tous à pied et toutes les princesses portaient au front des couronnes d*or et de pierreries.
On avait préparé différents spectacles aux portes de la ville, aux fontaines, aux carrefours, aux églises qui se trouvaient sur le parcours de la reine.
A la première porte qu'on franchissait pour entrer dans Paris, venant de Saint-Denis, et qu'on désignait sous le nom de la Bastide-Saint-Denis, on avait représenté un ciel tout étoile, et, « dans ce ciel, de jeunes enfants appareillés et mis en ordonnnances d'anges , lesquels enfants chantaient moult mélodieusement et doulcement. Et, avec tout ce, il y avait une image de Nostre-Dame, qui tenait par figure un petit enfant, lequel enfant s'ébattait par soi à un moulinet fait d'une grosse noix et était haut le ciel et armoyé très-richement des armes de France et de Bavière, à un soleil d'or resplendissant et donnant ses rais. Et cil soleil d'or rayant était la devise du roi, et pour la fête des joutes. Lesquelles choses la reine de France et les dames, en passant entre çt dessoio
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
la porte, virent moult volontiers et aussi, firent toutes gens qui par là passèrent. »
En d'autres termes, la décoration représentait le ciel étoile, rempli d'anges chantant et, au milieu, la Vierge, tenant dans ses bras le petit Jésus jouant avec un petit moulin.
Après avoir passé celte bastide Saint- Denis, la reine et sa suite arrivèrent devant la fontaine de la rue Saint-Denis, qui était tapissée de drap bleu de ciel, sur lequel se détachaient des fleurs de lis d'or, et, aux piliers environnant celle fontaine étaient suspendus les éous — :
aux armes des princes et des hauts barons du royaume.
Des jeunes filles très richement parées se tenaient autour de la fon> taine, d'où coulait du vin, et chantaient K très mélodieusement n en tenant à )a main des coupes et des banaps d'or, qu'elles emplissaient et offraient à tous ceux qui voulaient boire.
Arrivé au monastère de la Trinité, le cortège s'arrêta devant un théâtre improvisé, sur lequel les bourgeois s'étaient imaginés de représen- — : - —
ter la grande q„
bataille du roi Richard contre Saladin et les Sarrasins, « et là étaient par personnages tous les seigneurs de nom , qui jadis au pas Saladin furent et armoyés de leurs armes, ainsi que pour le temps de adonc, ils s'armaient, et un petit en sus d'eux, était par personnage le roi de France, et, éntour de lut, douze pairs de France et tous armoyés de leurs armes. »
La reine et les dames qui l'accompagnaient prirent grand plaisir à cette représentation qui dura une bonne heure. .
Après qu'elle fut terminée, elles vinrent à ta seconde porte Saint-Denis, où on avait élevé une sorle de portique avec décor représentant le paradis ; là se tenaientDieu le p6re, le Fils et le Saint-Esprit et déjeunes enfants de chœur qui chantaient.
Lorsque Isabeau passa dessous, la porte du pa-
radis s'ouvrit et deux anges en descendirent tenant entre leurs mains une très riche couronne d'or, garnie de pierres précieuses, qu'ils lui posèrent doucement sur la lËle en chantant :
Danie enclose entre Seur* de Ijb, - Beioe £tei-T0us de Parii, De France et de tout le pays, Nduï en rkllona en purtdit.
Le cortège s'arrêta encore devant la chapelle Saint- Jacques, oit sur un échafaud se tenait un . homme qui joaait de l'orgue , puis, reprenant sa marche, il arriva à la porte du Gh&telel où ' on avait b&tî un ch&teau de bois surmonté d'un lit de justice magnifiquement tapissé, sur lequel était couchée une femme représentant sainte Anne.
Un homme armé de toutes pièces gardait chacun des créneaux.
Ce ch&leau contenait dans son enceinte une garenne « et une grande foison de ramée » , avec beaucoup de lièvres, lapins et oisillons.
Du bois s'échappa, A l'approche de la reine, un grand cerf blaoe, mis en mouvement par un homme caché à l'intérieur et qui portait au cou les annes du roi (d'azur à trois fleurs de lis d'or).
11 se sauva vers le lit de justice, poursuivi par un lion et par un aigle, mais une douzaine de jeunes filles tenant en mains des épées nues se précipitèrent devant le lion et l'aigle, pour protéger le cerf qui alla s'agenouiller devant la sainte.
Or, tandis que tout ceci se passait, le roi, qui était dans son palais, était inquiet de savoir si les choses marchaient bien et si le programme s'exécutait sans accroc ; il s'intéressait surtout i la représentation du Ghàtelet et, ne pouvant plus longtemps contenir son impatience, il imagina d'y assister, mais comme il ne convenait pas qu'il j ollàl officiellement il proposa à Charles de Sa-
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