‹ Paris à travers les sièclesChapitre 8 sur 32 · PUBLIC LIBRARY · texte numérisé non relu

PUBLIC LIBRARY

MTOR» U«N«X AND tlLOeH rpUHOATIONS

'voiqr, son chevalier d'honneur, de se déguiser l'un et l'autre etde se mêler à Lafoule des curieux. Savoîsy fit ce qu'il put pour détourner le roi de ce projet, maia celui-ci tenait à être obéi, et il exigea que le gentilhomme, une fois déguisé, montât À cheval et le prit en croupe.

Savoisy fit ce qui lui était commandé.

Il choisit un fort cheval, prit le roi derrière lui 'et le promena ainsi à travers la foule, afin de lui faire voir ce qu'il y avait de plus curieux.

Mais le plus difficile était d'arriver jusqu'au Gh&telet.

Le château de bois était gardé par des sergents qui, pour empêcher l'irruption de la populace, étaient armés de baguettes en bois de bouleau et frappaient à tour de bras sur les gens qui s'approchaient de trop près.

Le roi et Savoîsy, ayant voulu forcer quelque peu la consigne, furent houspillés d'importance, Savoîsy tourna bride au plus vite, mais comme le roi se trouvait placé derrière lui, ce fut sur ses épaules que les coups de baguette tombèrent dru comme grêle.

Il regagna vite son palais, charmé de voir que

La roi et Savoiaf, ajant voulu forcer la coasigue, tarent houspillas d'importonca. [Page 221, col. 2.)

les précautions étaient si bien prises pour éloigner les gens trop curieux.

La reine et aa suite s'approchèrent enfin du grand pont qui était couvert et tendu de taffetas bleu à fleurs de lis d'or.

Là un spectacle plus surprenant que tous les autres allait frapper ses regards.

Un Genevois, qui avait disposé une corde allant de l'une des tours Notre-Dame au haut de la première maison du pont (rive droite), descendit sur cette corde, une couronne de la main droite, un il&mbeau allumé dans l'autre ; et au moment où ta relue allait s'engager sur le pont il lui déposa ta couronne de fleurs sur la tête et s'en retourna sur sa corde avec son flambeau allumé pour dissiper l'obscurité naissante.

Un cri unanime d'admiration salua ce danseur de corde émérite.

Les villageois des environs de Paris qui apei^ curent, dit-on, k trois ou quatre lieues à la ronde cette illumination mouvante, pensèrent qu'un ange était descendu du paradis tout exprès pour saluer la reine à son entrée dans sa bonne ville. Les plus sceptigues durent croire tout au moins à une étoile filante, à quelque lumineux météore, complice de la joie universelle ou présage d'un grand événement public.

Parvenue sur la place du parvis Notre-Dame, où se tenait l'évëque de Paris entouré de son clergé, la reine mit pied à terre ainsi que les princesses, et tout le monde entra dans la cathédrale.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Isabeau de Bavière, après avoir prié, fit présent à la trésorerie de quatre beaux draps d*or et de la couronne que les anges lui avaient mise sur la tête à la porttf Saint-Denis.

Jean de La Rivière et Jean Le Mercier lui en offrirent une plus magnifique encore et ce fut Tévêque de Paris et les quatre ducs qui Favaient accompagnée depuis Saint-Denis qui mirent sur la tète de la reine ce nouveau symbole de la souveraineté.

Sur ces entrefaites, la nuit était venue et cinq cents cierges furent allumés sur le chemin qui séparait la cathédrale du palais, où le roi attendait sa femme, en compagnie de la reine Jeanne et de la duchesse d'Orléans.

Un repas superbe suivit cette cérémonie, qui se termina par un bal.

Le lendemain Isabeau fut conduite à la Sainte- Chapelle par les quatre ducs et y fut sacrée et couronnée par Jean de Vienne, archevêque de Rouen.

Après la messe, on entra dans la grande salle de la table de marbre (table qu'on avait pour la circonstance renforcée d'une épaisse' planche de chêne), où se trouvait servi le dîner.

En face de la grande table^ contre un des piliers, se trouvait le dressoir du roi, couvert de vaisselle d'or et d'argent.

A la grande table de marbre s'assirent les évêques de Langres et de Noyon, l'archevêque de Rouen, le roi couronne d'or en tête, la reine aussi couronnée, le roi d'Arménie, les duchesses de Berry, de Touraine et de Bourgogne, et les dames de Nevers, de Bar, de Coucy, d'Harcourt et de La Trémouille.

Il y avait à deux autres tables plus de cinq cents dames.

On avait préparé sur trois plates-formes roulantes la représentation dramatique du siège de Troie qui devait être donnée pendant le dîner, pour divertir les convives, mais la foule était si grande qu'on dut y renoncer.

Le peuple s'était rué par toutes les issues dans la salle du festin, et la presse était si forte que plusieurs personnes furent étoufifées par la chaleur.

Froissard raconte qu'on se poussait tellement pour voir une table placée près de la porte du parlement, « où grand foison de dames et damoiselles étaient assises» , qu'à un moment donné la table, tout ce qui était dessus et les dames et les demoiselles qui y dînaient furent renversés; il s'ensuivit un pêle-mêle abominable.

La reine*elle-même était si mal à son aise qu'on fut obligé d'abattre une cloison derrière elle pour lui donner de l'air.

La dame de Goucy faillit aussi étouffer.

Enfin le roi donna l'ordre de se lever et d'abattre soudainement les tables, puis il sortit avec sa femme et quelques dames et s'en alla à l'hôtel

Saint-Paul, escorté de plus de mille cavaUers.

Si on avait mal diné au palais, on soupa mieux à l'hôtel Saint-Paul et toute la nuit se passa à danser.

Quant à la reine, indisposée par la chaleur, elle était rentrée dans sa chambre d*où elle ne sortit pas.

Le lendemain mardi, les bourgeois de Paris, au nombre de quarante, choisis paroai les plus notables et tous vêtus de la même façon, se rendirent à l'hôtel Saint-Paul avec les présents de la ville portés par deux hommes sur un brancard surmonté d'un ciel et entouré de rideaux de soie si légère qu'on pouvait distinguer à travers ce qui était sur le brancard. Les bourgeois furent conduits à la chambre du roi ou on les attendait.

Ils firent poser le brancard sur deux tréteaux et, s'étant mis à genoux devant le roi, ils lui dirent :

— Très cher sire et noble roi, vos bourgeois de la ville de Paris vous présentent, au joyeux avènement de votre règne, tous les joyaux qui sont sur cette litière.

Le roi répondit :

— Grand merci| bonnes gens; ils sont beaux et riches.

Et les bourgeois s*en allèrent.

Lorsqu'ils furent partis, le roi dit à messire Guillaume des Bordes et à Montagu qui étaient près de lui :

— Allons voir de plus près ce que sont ces présents.

Ils s'approchèrent et, écartant les rideaux, le roi examina ce qu'on venait de lui offrir.

Il trouva quatre pots, six trempoirs et six plats d'or.

Or, tandis qu'il examinait le travail et le poids (150 marcs) de ces cadeaux, un autre groupe de bourgeois de Paris conduisait à la chambre de la reine un brancard porté par deux h<Hnmes costumés l'un en ours, l'autre en licorne^ et sur ce brancard il y avait une nef, deux grands flacons, deux drageoirs, deux salières, six pots et six trempoirs d'or, douze lampes et deux bassins d'argent (en tout 300 marcs d'or et d'argent).

Ge n'est pas tout :

Douze bourgeois conduisirent chez la duchesse de Touraine deux hommes vêtus en Mores et lui portant une nef, un grand pot, deux drageoirs, deux grands plats et deux salières d'or, avec six pots, vingt-quatre petits plats ou saucières et autant de tasses d'argent, le tout du poids de 200 marcs. >

Trois tournois succédèrent à la remise de ces présents; ils eurent lieu trois jours de suite à la culture Sainte-Gatherine, où les lices avaient été préparées avec des estrades tout autour pour la reine, les princesses et les dames de la cour.

La devise du roi était un soleil d'or et les Ia-

nants s'appelaient les chevaliers du roi du soleil d^or. Dans le premier de ces tournois luttèrent les chevaliers, le second fut réservé aux écuyers et dans le troisième les uns et les autres purent combattre.

Le premier jour mardi, le tournoi commença à trois heures après midi, mais la poussière incommoda fort les spectateurs et les combattants, parmi lesquels le roi en personne lutta et gagna le prix. Ce jour-là la reine fut reconduite à Thôtel Saint- Paul, où le souper fut suivi de danses et de divertissements jusqu'au lever du soleil.

Le mercredi, deux cents porteurs d'eau arrosèrent les lices et le plaisir fut doublé par l'arrivée du comte de Saint-Paul qui apporta la nouvelle qu^une trêve était conclue avec l'Angleterre. Le tournoi se prolongea jusqu'à la nuit.

Enfin, le troisième jour, le roi donna à diner aux dames ^ et, sur la fin du repas, on vit entrer dans la salle du festin deux chevaliers montés et armés de toutes pièces, la lance au poing; c'était Renaud de Roye et le jeune Boucicaut. Us joutèrent vigoureusement et à eux se joignirent quelques autres chevaliers qui donnèrent pendant deux heures au roi et aux dames le passe-temps du combat.

Ce fut la clôture des divertissements.

L^année 1390 n'est signalée par aucun événement saillant, mais nous trouvons plusieurs condamnations qui méritent d'être notées : Gillette Large , accusée d'avoir enlevé des cuillers d'argent au préjudice de Jehan de Maulmes, son maître, fut condamnée, le 7 juillet 1390, attendu, dit la sentence, que c'était le premier larcin qu'elle commettait, à être exposée au pilori, à avoir l'oreille droite coupée et à être bannie de la ville de Paris, sous peine d'être enterrée vive.

Le 9 août, Margot de La Barre fut brûlée au marché aux Pourceaux, comme sorcière.

Le 7 septembre , Regnault de Poilly fut décapité et pendu pour avoir empoisonné des puits et des fontaines.

Le 21 du même mois, Jehan de La Ramée fut pendu les mains liées devant, pour homicide.

Le 3 octobre, Jehan Jouye fut bouilli dans une chaudière pour crime de fausse monnaie.

Le 6 du même mois, Berthault Lestalon eut l'oreille droite coupée pour avoir volé « pour la première fois » .

On voit avec quelle sévérité les crimes étaient punis à cette époque, et ces pénalités étant appliquées publiquement, les assistants, loin de les trouver excessives, régardaient curieusement ces tortures, sans donner le moindre signe de commisération.— On était familiarisé avec la vue des férocités.

Le 6 février 1392, Paris fut de nouveau en fête ; on sonna les cloches, on alluma des flambeaux aux fenêtres pendant la nuit, on fit partout des feux de joie, on dressa sur les places des tables

chargées de confitures et de vin « pour régaler les passants » , à l'occasion de la naissance du prince royal câiarles.

« Chacun se mit à chanter et à danser à l'envi l'un de l'autre » : en un mot, toutes les rues retentirent du bruit des concerts et des instruments. Le jeudi suivant, on porta le petit prince en grande pompe à l'église Saint -Paul, où il reçut le baptême des mains de l'archevêque de Sens, assisté de dix autres prélats en habits pontificaux.

On voit qu'en attendant les mauvais jours qui étaient si proches les Parisiens se divertissaient. Ils allaient bientôt expier tous ces plaisirs et ces prodigalités.

Le premier événement fâcheux qui survint fuc un assassinat qui fit grand bruit.

Pierre de Craon,qui «était un chevalier de France de la nation d'Anjou et de Bretagne » , avait profité de la mort du duc d'Anjou pour lui voler ses trésors, puis il était venu à Paris où il avait été favorablement accueilli par le roi Charles VI et par le duc de Touraine (duc d'Orléans en 1391). Il devint le compagnon inséparable de ce dernier et le confident de ses nombreuses amours. Ce fut pour les avoir divulguées, et aussi parce que le connétable de Clisson avait découvert ses intrigues secrètes avec le duc de Bretagne, qu'il se vit tout à coup exclure du service et de l'hôtel du roi. 11 jura de se venger et partit en Bretagne.

Il possédait à Paris, au cimetière Saint- Jean, on très bel hôtel qu'il faisait garder par son concierge lorsqu'il était absent. A l'époque du Carême, il envoya des valets à cet hôtel pour l'approvisionner de vivres et avait écrit au concierge pour qu'il lui achetât des armures, des cottes de fer, des coiffettes d'acier, etc., en quantité suffisante pour armer quarante hommes.

Tout cela fut fait selon son désir.

Il commença à envoyer alors trois ou quatre personnes une semaine à son hôtel, quatre ou cinq la semaine suivante, avec la recommandation d'y vivre et de demander au concierge tout ce qu'ils pouvaient désirer, mais surtout de ne pas se montrer au dehors.

Il en vint ainsi quarante, qui s'installèrent à* l'hôtel et y vécurent le mieux qu'ils purent.

Alors Pierre de Craon arriva secrètement.

Or, le 14 juin 1392, Charles YI avait tenu cour ouverte à l'hôtel Saint-Paul, ses barons et ses seigneurs avaient fait « grand soûlas n tout le long du jour et, après diner, les chevaliers et les écuyers, la lance au poing, avaient jouté dans le clos de l'hôtel; c'était le comte de Namur qui avait gagné le prix.

Pour finir la fête, le roi avait ofiTert à souper à tous ceux qui l'avaient désiré.

Après souper, on dansa jusqu'à une heure du matin.

Alors chacun se retira et messire Olivier de

ââ4

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Glisson, connétable de France, partit le dernier; il descendit sur la place qui se trouvait devant rhôtel et trouva ses gens et ses chevaux qui Tattcndaienl. Son escorte se composait de huit hommes et de deux porte-torches, chargés de le précéder en éclairant le chemin.

Il venait de quitter la rue Saint-Paul et de tourner le carrefour de la grande rue Sainte-Catherine, tout en s*entretenant avec son écuyer.

— Demain, lui dit-il, je dois avoir ^à dîner chez moi monseigneur de Touraine, le seigneur de Goucy, messire Jean de Yienne, messire Charles d'Hangiers, le baron d'Ivery et plusieurs autres; je vous charge de veiller à ce que tout soit préparé et que rien ne soit épargné.

A peine ces dernières paroles étaient-elles prononcées qu*une troupe de gens fondit sur les porteurs de torches; elles furent éteintes et jetées à terre.

G*étaîent les gens de Pierre de Craon, qui depuis une demi-heure stationnaient avec lui dans la rue Sainte-Catherine, en attendant le retour du connétable.

Celui-ci crut que c'était une plaisanterie que lui faisait le duc d'Orléans.

— Par ma foi, monseigneur, dit-il, ce que vous faites là est mal, mais je vous le pardonne, parce que vous êtes jeune et ne songez qu*â faire des farces et des jeux.

— A mort Clissonl répondit une voix; il faut mourir!

— Qui es-tu, demanda le connétable, et que signifient de telles paroles?

— Je suis Pierre de Craon, votre ennemi; vous m'avez tant de fois courroucé que j*ai résolu de me venger. En avant! continua-t-il en s'adressant à ses gens; c'est celui-ci que j'attendais et que je veux punir.

Et, tout en parlant, il avait tiré son épée, ses compagnons l'avaient imité, les hommes du connétable s'étaient de leur côté mis sur la défensive.

Quant au connétable, il n'avait pour se défendre qu'une sorte de long couteau de chasse, dont il essaya de faire usage.

Mais lui et les siens n'étaient pas en force pour .lutter avec la troupe armée que conduisait Pierre de Craon.

— Tuerons-nous ? demandèrent ceux-ci à leur chef.

— Oui, répondit celui-ci, tous ceux qui se défendront.

Le connétable, assailli de plusieurs côtés à la fois, se couvrant du bras gauche, jouait vaillamment de son badelaire, mais il reçut d'abord un grand coup d'épée sur la tète, puis un second qui le fit tomber de cheval sur le seuil du fournil d'un boulanger qui se préparait à faire cuire son pain et qui, entendant du bruit et désireux de savoir ce qui se passait au dehors, venait d'entr'ouvrir sa porte, juste au moment où le corps du connétable

tombait, ce qui fit qu'il demeura couché tout an long dans la boutique du boulanger.

Les assassins n'osèrent pas entrer dans la maison pour l'achever.

— Allons ! allons I dit Pierre de Craon, nous en avons fait assez ; s'il n'est mort, il mourra sûrement du coup qu'il a reçu à la tète, car il a été frappé de bon bras.

Et toute la petite troupe disparut au trot parla rue Saint- Antoine.

La porte Saint-Antoine était ouverte. Pierre de Craon et les siens s'élancèrent dans la campagne.

Le boulanger était demeuré tout ébahi devant le corps de ce seigneur, qui venait si inopinément de tomber chez lui, et, il ne savait que faire, mais ceux des serviteurs du connétable qui n'avaient pas été blessés se hâtèrent de venir au secours de leur maître, tandis que l'un d'eux courait à l'hôtel Saint-Paul avertir le roi de ce qui venait de se passer.

Charles VI allait se mettre au lit, lorsqu'il entendit heurter à la porte qui s'ouvrit.

— Ah! sire, nous ne pouvons vous cacher le grand méchef qui vient d'advenir à Paris.

— Quel méchef? demanda le roi.

— Sire, votre connétable Olivier de Glisson est occis.

— Occis! Et comment? par q^ui?

— Sire, nous ne savons, mais ce méchef est ad^ venu sur lui et bien près d'ici, en la grande rue Sainte-Catherine.

— Or, tôt, dit le roi, aux torches! aux torches! je veux l'aller voir.

On alluma les torches, les valets se répandirent dans le palais, le roi passa à la hâte une houppelande, on lui mit ses souliers, et il partit accompagné de ses gens d'armes, de ses huissiers et de messires Guillaume Martel et Hélion de Lîgnac, ses chambellans.

Ceux qui étaient couchés se levèrent et voulurent suivre le roi.

On se mit à marcher bon pas, les torches éclairant devant et derrière.

Au bout d'un moment, on arriva à la maison du boulanger.

Le roi entra et trouva son connétable dans un piteux état; on le déshabilla, on le t&ta pour constater l'état de ses blessures.

Il n'était pas mort.

La première parole que le roi lui adressa fut :

— Connétable, comment vous sentez-vous?

— Cher sire, petitement et faiblement.

— Et qui vous a mis en cet état?

— Sire, Pierre de Craon et ses complices, traîtreusement et sans nulle défiance.

Et le roi donna l'ordre d'aller chercher ses médecins, qui, à leur tour, visitèrent et palpèrent le blessé.

— Y a-t-il danger de mort? demanda Charles VI.

Eu préseatant les potioi

i, ils pionoDçaieDt des parolet magiques, (Page 228, col. 2.)

— Sire, nenni ; dans quinze jours, nous vous le rendrons clievauchant.

Cette réponse réjouit ^andement le roi qui, rassuré sur l'état du blessé, retourna à l'hôtel SaintrPaul, ûl aussitôt appeler son prévôt et lui commanda de prendre des gens bien montés et de les mettre sur toutes les routes, à la poursuite de l'assassin.

Or il était une heure et demie lorsque Pierre de GraOD sortit de Paris ; il passa la Seine au pont de Charenton et prit le chemin de Chartres, où il arriva & huit heures du matin ; il changea de chevaux et s'en alla à Sablé.

Le prévôt de Paris, accompagné de soixante hommes, se mit sans tarder à la poursuite du fugitir et, passant la Seine k Chennevières, il de- Liv. 29

manda au pontonnier si des gens étaient récemment passés.

— Oui, environ douze cavaliers, dit-il.

— Et quel chemin ont-ils pris?

— Celui d'Évreux.

Naturellement, le prévôt Ht fausse roule et revint à Paris sans avoir pu atteindre son homme.

Mais, le samedi suivant, des sergents du roi arrêtèrent dans un village, à sept lieues de Paris, deux écuyers et un page de Pierre de Craon. Ils furent emprisonnés au Chàtelet, et le lundi on les mena au lieu où l'attentat avait été commis; on leur coupa le poing, ensuite on les conduisit aux halles où on leur trancha la tête, puis on pendit leur corps par les aisselles au g;ibet de Montfaucon.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Le mercredi, le concierge de Thôtel de Pierre de Graon fut aussi exécuté.

Quant à ce dernier, tous ses biens furent confisqués et ses maisons de Paris rasées, et le roi résolut de déclarer la guerre au duc de Bretagne, qui avait refusé de le lui livrer.

On sait que ce fut en se rendant dans cette intention au Mans qu'il reçut les premières atteintes de cette folie dont les suites furent si funestes à la France.

Nous avons dit qu*à Toccasion des troubles suscités par les Maillotins Charles VI avait supprimé la prévôté des marchands et Tavait unie à la pré* voté de Paris, en la personne d'Audouin Ghauveron, auquel succéda, en 4388, messire JeandeFoUeviUe; Tannée suivante, 1389, ce fut Jean Juvénal (qui prit plus tard le nom des Ursins, en raison de Vhàtel des Ursins que lui donna la ville, enrécompense de ses nombreux et loyaux services) qui remplit ces fonctions.

Ge prévôt, sur la plainte des mariniers parisiens, avait rétabli le libre parcours de la Seine et de la Marne, obstruées par la grande quantité de moulins échelonnés sur leurs rives.

En une seule nuit, toutes les digues furent détruites et il indemnisa les propriétaires des moulins, en leur payant le prix du produit pendant dix années.

Ge bienfait public lui suscita la malveillance des riverains, et le duc de Bourgogne, qui ne cherchait que Toccasion de le perdre dans Tesprit du roi, soudoya de faux témoins choisis parmi eux, qui affirmèrent avoir entendu Jean Juvénal proférer des cris séditieux contre Gharles YI.

Or il advint que deux commissaires enquêteurs du Ghàtelet qui avaient rédigé, d'après ces déclarations, un mémoire contre lui, s'en allèrent boire à la taverne de TÉchiquier , rue de la Licorne, et les parchemins roulés, sur lesquels étaient écrites les prétendues preuves du crime qu'on lui imputait, étant tombés de la poche de l'un d'eux à terre, un chien s'en saisit et les porta jusque dans la ruelle du lit du tavernier.

La femme de ce dernier trouva en se couchant le rouleau et le remit à son mari qui, en voyant sur le parchemin le cachet du procureur du Ghàtelet, prit peur et se hâta d'aller trouver le concierge de l'Hôtel de Yille et de le lui remettre; celui-ci donna les pièces, le lendemain matin, au prévôt qui eut ainsi connaissance de ce qui se tramait contre lui.

Le même jour, un huissier d'armes vint le citer à comparaître devant le roi et son conseil.

Mais le bruit de cette citation s'était déjà répandu dans la ville et quatre cents des plus notables bourgeois de Paris s'assemblèrent et lui firent cortège lorsqu'il se rendit au conseil.

Arrivé là, personne n'osa prendre de conclusion contre lui et Jean Juvénal présenta lui-même, non sa défense, mais l'explication de sa conduite de-

puis qu'il était prévôt et le roi déclara devant tous qu'il tenait Juvénal pour un prud'homme et que ceux qui avaient témoigné contre lui étaient de méchantes gens.

— Allez en paix, mon ami, lui dit-il en terminant, et vous tous, bons bourgeois, aussi.

Mais aux fêtes de Pâques les accusateurs, pour obtenir l'absolution de leur faux témoignage, furent obligés de faire amende honorable en une expiation publique.

Ils vinrent donc le vendredi saint, de grand matin, tète baissée, nus, couverts seulement d'un long drap blanc, se présenter à l'hôtel du prévôt qui, les voyant en si piteux équipage, leur demanda leurs noms, et comme ils hésitaient à répondre il les nomma l'un après l'autre à haute voix, et les renvoya ensuite, en leur accordant le pardon qu'ils venaient solliciter.

Juvénal des Ursins a laissé une excellente Histoire de Ckarks F/, dans laquelle nous lisons qu'en 1393 « il y eut un beau miracle à Notre- Dame de Saint-Martin-des-Ghamps. Uy avoitune créature pécheresse qui étoit enceinte d'enfant, et elle mussoit (cachait) sa grossesse le mieux qu'elle pouvoit , tellement qu'on ne s'en apperçut oncques. Toute seuUe se délivra et cuida couvrir et celer son cas advenu et elle-même mussa son enfant dans du fient. Un chien sentit aucunement qu'il y avoit quelque chose, et gratta tellement au lieu qu'il découvrit Tenfant. Une bien dévote femme le veid qui passoit d'aventure par là et prit cet enfant et le porta à Saint-Martin-des-Ghamps, devant l'autel de Notre-Dame, en faisant une oraison telle qu'elle la sçavoit . L'enfant ouvrit les yeux, cria et alaita et fut baptisé, et vesquit trois heures, puis après mourut. »

G'est le seul historien de Tépoque qui raconte le fait; les autres n'ont fait que le citer en s'appuyant sur Juvénal et ayant soin d'en décliner la responsabilité. — Nous faisons de même.

On voit mentionner pour la première fois, dans le même temps (4 juillet 1392), l'existence d'une maison de refuge destinée aux ouvriers monnayeurs au serment de France que l'âge ou les infirmités mettaient hors d'état de travailler. Elle était située au Roule et avait été fondée par l'évêque de Paris, concurremment avçc les monnayeurs ; l'évêque avait droit à la moitié des nominations; les admis dans cet hôpital s'appelaient les frères de l'Hôtel du Roule.

Un nouveau collège fut aussi établi à Paris. Pierre Fortet, originaire d'Aurillac, chanoine de Paris, était mort en 1394 laissant sa maison dite des Gaves, située dans la rue des Gordiers, afin d'y installer un collège pour quatre pauvres écoliers du diocèse de Saint-Flour et quatre de Paris, sous la direction d'un principal; mais les chanoines de Notre-Dame, ses exécuteurs testamentaires, ne trouvant pas le lieu propice, aehetôrent de Louis de LLstenois, seigneur de Montaigu, une au-

t^AllTS A TRAYSRS LES SIÈCLES

tre maison dans la rue des SeptrYoies et y placèrent le collège; le chapitre de Notre-Dame lui donna des statuts le 10 avril 1396 et il ne tarda pas à prendre une certaine extension ; plus tard, de fréquentes contestations s'élevèrent entre le chapitre et l'université, à l'occasion des nominations du principal, et le parlement rendit des arrêts en 1576 et 1578 qui les réserva au chapitre. Ces contestations reparurent en 1704 et donnèrent lieu à de nouveaux arrêts. Plusieurs hourses avaient été fondées par diverses personnes et augmentèrent le nombre des écoliers. Le bâtiment primitif , devenu insuffisant, s'accrut de quelques portions des hôtels de Marly et de Nevers.

Ce fut dans ce collège que se tinrent les premières assemblées de la Ligue en 1585.

Il fut supprimé en 1790, et les constructions vendues comme propriété nationale, le 12 juillet 1806.

Le roi était revenu à Paris, où son état de démence produisit une grande consternation, et les ducs de Berry et de Bourgogne reprirent la direction des affaires publiques.

Cependant, un peu de mieux s'étant manifesté dans son état, Charles V! voulut s'acquitter d'un vœu qu'il avait fait, et pour cela se rendit à Saint- Denis, où il fit porter dans une litière couverte une châsse d'or du poids de 252 marcs, que le roi Charles Y avait fait faire pour y transférer les reliques du roi saint Louis. Il ajouta à son présent une somme de mille livres destinée à faire établir sur la châsse un tabernacle de cuivre.

Mais en 1393 la maladie reparut et des accès fréquents furent attribués à la peur et au saisissement que le roi avait éprouvés lors de l'accident que nous avons rapporté en parlant des Géleslins, c'est-à-dire lorsque le roi et de jeunes seigneurs de sa cour se déguisèrent en satyres dans un bal.

Le comte de Joigny, le bâtard de Foix, Aimeri de Poitiers et Guisay, moururent de la suite de leurs brûlures, et le roi épouvanté voulut cependant assister à la messe qui fut dite à Notre-Dame pour ces quatre victimes, mais il en revint exalté jusqu'à la fureur, et demeura fou jusqu'au mois de janvier 1394.

Tant que dura cette folie, une seule personne parvenait par le charme de sa voix et son regard à se faire comprendre et obéir du roi, c'était la fille d'un marchand de chevaux appelée Odette de Champdivers, « la petite reine » , comme on la nommait. « On croit les voir dans une chambre haute du vieux Louvre : seuls, le veillard et l'enfanl, isolés, loin des fêtes que donne à son amant Isabeau de Bavière, loin du bruit, ils jouent aux cartes (dont le jeu est redevenu de mode). Odette laisse gagner le roi... tout à coup il se lève, porte les deux mains à sa tète, l'heure de la frénésie approche, elle est venue ».

Et Odette s'approche ^ du fou, lui prend les deux mains, le regarde, pleure, et le fou revient à la raison pour sécher ses larmes.

Odette que le roi avait un jour trouvée dans sa chambre à coucher où Isabeau de Bavière l'avait poussée disparut un jour sans laisser de traces, bien que le roi lui eût fait cadeau de deux châteaux.

Que devint-elle? On l'ignore.

* A la fin de novembre 1393 mourut à Paris le roi d'Arménie, Léon, qui, chassé de son royaume par les Turcs , était venu chercher un refuge en France. Il laissa tout ce qu'il possédait à un enfant naturel, aux officiers de sa maison, aux religieux mendiants et aux pauvres de Paris. Il fut enterré aux Gélestins. Tout le convoi fut en habits blancs, selon que le défunt l'avait recommandé, etnombre de gens assistèrent à ses obsèques.

Le roi recouvra un moment la raison et il en profita, à la sollicitation de la reine, pour signer le 17 septembre 1394 l'expulsion des juifs du royaume; il leur fut accordé jusqu'à Noël pour se conformer à cet ordre, sous peine de punition corporelle et de confiscation de leurs biens.

Les plus riches furent retenus à Paris sous l'inculpation d'avoir fait revenir à la pratique de leur religion Denis de Machaut, qui s'était converti au christianisme, et de l'avoir fait disparaître ensuite.

L'évêque prétendit que c'était à lui que revenait la connaissance de cette afiaire.

Le procureur général soutint que, les juifs n'étant pas d'église, le prévôt était leur juge naturelle parlement, par son arrêt du 28janvierl39o, déclara que les juifs étaient justiciables du prévôt de Paris.

Celui-ci n'hésita pas, il les condamna au feu.

Ils en appelèrent au parlement.

La cour trouva la sentence sévère, et manda devant elle le prévôt, afin qu'il donnât les motifs d'une si excessive sévérité ; comme il n'en avait pas à invoquer, la sentence fut réformée et on se contenta de les condamner à être conduits quatre dimanches'consécutifs, nus, sur une charrette, par les carrefours et places publiques de la ville, pour y être battus de verges jusqu'au sang.

Cela fut exécuté pendant deux dimanches; mais les condamnés ayant ofi'ert de racheter le reste de leur peine en versant 18,000 francs en or, ils en furent quittes.

L'argent fut employé à la reconstruction du Petit-Pont, au bout duquel devait être posée une croix de pierre portant une inscription relatant que le pont avait été rebâti au moyen d'une amende imposée aux juifs, mais cette croix ne fut pas élevée.

L'évêque n'avait pas obtenu gain de cause contre le prévôt et déjà, l'année précédente, il avait eu une contestation avec lui; il y avait alors dans les prisons de l'évêché un malheureux

ââ8

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

nommé Bertrand Bonfils, assuré d'hérésie pour avoir été trouvé en possession de livres de magie ; le prévôt de Paris avait redemandé ces livres à Févèque, qui s'était refusé à les rendre; le parlement, par son arrêt du 19 avril, avait décidé que Tévéque conserverait les livres pour les brûler.

Au reste, la magie était très pratiquée à cette époque, et un magicien du nom d'Arnaud Guillem se vanta de pouvoir guérir le roi par le secours d'un livre de magie qu'il appelait Smagorad et qu'il prétendait tenir d'un ange qui l'avait apporté du ciel.

Ces bourdes trouvaient toujours créance ; cependant on ne jugea pas à propos de laisser opérer Arnaud Guillem.

Il put de cette façon échapper à la punition qu'il eût encourue dans le cas plus que probable de l'insuccès ; deux autres prétendus guérisseurs expièrent cruellement la Taute qu'ils commirent en s'engageant à rendre au roi la santé.

Nous allons raconter ce qui leur arriva.

Mais, au préalable, disons qu'en 1394 la reine était accouchée à l'hôtel Saint-Paul d'une fille, nommée Michelle, qui plus tard épousa Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Peu de temps après sa naissance, sa sœur, qui n'avait pas six ans, fut demandée en mariage par Richard, roi d'Angleterre, qui envoya tout exprès une ambassade en France.

Les ambassadeurs arrivèrent en juillet 1395 à Paris où on leur fît une entrée superbe.

Leur cortège se composait de plus de 1,200 gentilshommes que le roi hébergea pendant trois mois avec une munificence sans égale; on estima qu'ils occasionnèrent une dépense de 400 livres tournois par jour, sans compter les présents qui leur furent offerts.

La proposition de mariage fut acceptée et les ambassadeurs revinrent au commencement de février 1396 pour la célébration du mariage.

La cérémonie eut lieu à la Sainte-Chapelle du Palais, le 9 mars ; le patriarche d'Alexandrie officiait et les deux ambassadeurs y représentèrent le roi d'Angleterre.

Un magnifique festin réunit le patriarche, le roi, la nouvelle reine d'Angleterre, la reine Blanche, veuve de Philippe de Valois, la reine de Sicile, les deux ambassadeurs et un certain nombre de seigneurs de la cour.

On pensait que la nouvelle mariée, qui n'avait que sept ans, demeurerait encore quelques années en France, mais le roi d'Angleterre « impatient de la voir » dépêcha une autre ambassade pour la chercher, afin qu'il pût la faire élever selon la coutume anglaise.

Le roi y consentit et alors on s'occupa de réunir tout ce que Paris renfermait d'habiles ouvriers en broderie et en orfèvrerie, et on travailla nuit et jour aux parures do l'épousée.

« Outre les étoffes les plus précieuses l'or, l'ar-

gent, les perles et les pierreries y furent employés avec profusion. »

La jeune reine partit de Paris pour rejoindre son époux qui l'attendait à Calais ; Charles YI la présenta lui-même au roi d'Angleterre entre Ardres et Calais, le 29 octobre; les deux rois passèrent quelques jours ensemble et jurèrent d'observer la trêve de vingt-huit ans conclue entre eux.

A cette occasion, le roi d'Angleterre demanda et obtint de Charles la grâce de Pierre de Graon, ,qui revint à Paris et demanda au roi que dorénavant les condamnés à mort fussent assistés d'un confesseur. L'ordonnance fut signée en ce sens, le 11 février 1397.

Pierre de Craon fit élever auprès du gibet de Paris une croix de pierre à ses armes, probablement en reconnaissance d'avoir échappé à la peine qu'il avait encourue, celle d'y être accroché.

Ce fut au pied de cette croix que dorénavant les condamnés firent leur confession.

On le voit, le roi avait des intermittences de raison, mais elles ne duraient guère et les accès devenaient de plus en plus fréquents.

Pendant le mois de juin, on fit des processions générales pour les faire cesser.

Revenons aux guérisseurs.

En 1398, Louis de Sancerre, maréchal de France, envoya de Guyenne à Paris deux ermites de Saint-Augustin, Pierre Tosant et Martin Lancelot, sur la réputation qu'ils avaient dans la contrée d'être habiles médecins, dans l'espoir qu'ils pourraient peut-être obtenir la guérison du roi ; à première vue, ils produisirent une fâcheuse impression ; il est bon de dire qu'ils étaient arrivés vêtus en bourgeois et armés, pour éviter, direntils, les embûches de leurs ennemis.

On les mit en présence du roi ; ils Texaininèrent et promirent de le guérir.

On les logea à la Bastille sous la garde d*ua sergent, avec ordre « de leur faire faire bonne chère » et de leur fournir tout ce qui serait nécessaire à la préparation des remèdes qu*ils comptaient employer.

Ils distillèrent des eaux qu'ils firent prendre aa roi avec de la poudre de perles, et, en lai présentant les potions, ils prononçaient des paroles magiques, dont l'efi^et devait être miraculeux.

Cependant, loin de trouver une amélioration dans son état, le roi se sentait plus mal que jamais et dans ses courts instants de lucidité il ne cessait de s'écrier :

— Si quelques-uns de la compagnie sont coapablesde mes soufirances, je les conjure, au nom de Jésus-Christ, de ne pas me tourmenter davantage ; que je ne languisse plus, et qu'ils achèvent bientôt de me faire mourir.

Mis enfin en demeure d'avoir à se prononcer sur les causes de la folie du roi, les augustins accusèrent deux hommes, Mellin le barbier du roi

: rj^ACi

PARIS A TRAVEnS LES SIÈCLES

Odette jouant aux carte» atec Charles VI. (Page 2Î7, col. 1.)

et le porUer-cOD cierge du duc d'Orléans, de l'a- Toir provoquée par maléfice.

Aussitôt ces deux malheureux furent arrêtés et le bruit se répandit qu'on avait plusieurs fois vu Hellinrdder autour du gibet deParîs et probablement que c'était là qu'il allait chercher les ingrédients dODt il se servait pour composer ses philtres.

Heureusement que, forts de leur innocence, ils purent réfuter l'accusation dont ils étalent l'objet et en démontrer l'absurdité.

Ils furent relâchés.

Alors on pressa les augustins de nouvelles questions et ils finirent par déclarer que c'était le duc d'Orléans, frère du roi, qui était le seul coupable.

Une pareille imputation était grave; il fallut la prouver, ce qu'ils ne purent faire; menacés de la torture, ils avouèrent que c'était une calomnie et en même temps se déclarèrent coupables de crimes qu'on découvrit dans l'enquête qui fut faite sur leur passé.

Eu leur qualité de prêtres, ils durent d'abord passer par la justice épiscopale qui les condamna & être dégradés en place de Grève ; le 30 octobre,

on les fil sortir de la prison de l'évëché, et, après leur avoir lié les mains, on leur mit sur la tète une mitre de papier, sur le dos un éciïteau en parchemin sur lequel leurs crimes étaient énoncés, et en cet état on les fit monter sur une charrette qui les mena sur la place où un échafaud était préparé ; ils y montèrent.

L'évèque de Paria, six autres évéques et plusieurs ecclésiastiques étaientassissur une estrade, faisant face aux condamnés.

AussitAtqueceux-cifurent sur l'éch&faud, Gilles d'Aspremont, docteur en théologie qui était assis avec lesévèqnes, se leva, reçut la bénédiction de l'évèque de Paris et, s'adressant aux criminels, il leur fit un sermon pour leur reprocher leurs crimes.

Alors ce fut le tour de l'évèque, qui aussi se leva et leur dit :

— Puisque vous aveu profané par vos actions infâmes le plus glorieux caractère de notre religion, nous vous déclarons indignes de la communion des fidèles et de toute fonction ecclésiastique.

Sur ces paroles, les prêtres présents revêtirent

HISTOIRE! NATIONALE DI! PARIS ET DBS PARISIENS

les criminels des ornements sacerdotaux qu'ils portaient le jour de leur ordination.

Ceux-ci se mirent à genoux devant Févêque et firent l'aveu de leur crimes.

Alors l'évéque leur donna le calice à tenir, puis il le leur retira aussitôt, en disant :

— Nous t'ôtons le calice dans lequel tu étais accoutumé à consacrer le sang du Seigneur.

Il fit de même à l'égard du livre des évangiles et des ornements qu'il leur 6ta ou qu'il fit ôter par ses officiers.

Ensuite il commanda qu'on leur raclât les doigts qui avaient touché l'hostie et qu'on les lavât avec une liqueur préparée à cet efi'et.

La cérémonie de la dégradation terminée, l'évéque remit les deux coupables au sergent du prévôt de Paris qui les promena ignominieusement par les rues, en s'arrétant à chaque carrefour pour y faire la lecture publique des crimes mentionnés dans l'acte d'accusation.

On les ramena ensuite aux Halles où ils furent décapités et écartelés. Leurs têtes furent mises au bout de deux lances.

On sépara leurs corps en plusieurs quartiers; les bras et les jambes furent attachés aux principales portes de Paris, tandis que le tronc était porté au gibet.

En i 399, la Seine, qui depuis longtemps n'avait pas fait parler d'elle, grossit à vue d'œil depuis la fin de mars jusqu'à la mi-avril, et, comme d'habitude, la grande abondance d'eau démolit les maisons, pourrit les semences et fit périr quantité d'hommes et de bestiaux, en attendant qu'une maladie épidémique exerçât ses ravages dans plusieurs provinces.

A Paris, elle sévissait surtout sur les femmes nouvellement accouchées et les décès devinrent si nombreux qu'afin de ne pas effrayer la population on supprima toute cérémonie funèbre.

En même temps, l'évéque de Paris ordonna des processions publiques et nombre de ceux qui y prirent part les faisaient pieds nus.

En 1401, le dauphin Charles, fils aine du roi, mourut âgé de dix ans.

Le 3 juin de la même année, l'empereur Manuel , fils de Jean Paléologue, empereur de Gonstantinople, vint à Paris aQn d'y solliciter de nouveaux secours contre les infidèles; et le roi ordonna que- Ton fit choi^c de 2,000 bourgeois « lestes et bien montez » pour le recevoir et faire la haie sur son chemin jusqu'au pont de Charenton.

Le chancelier de France, le parlement en corps et trois cardinaux lui présentèrent les compliments d'usage. Peu après, le roi s'avança à la tète des ducs, des comtes et des barons au son des trompettes, des clairons et de toute sorte d'instruments de musique.

Aussitôt qu'ils furent en présence, les deux souverains s'embrassèrent et l'empereur monta sur un cheval blanc que lui offrit le roi et alla de^

meurer au château du Louvre, où un appartement avait été disposé pour le recevoir.

Pendant qu'il demeura à Paris, on lui fît visiter les églises et les diverses curiosités de la ville. Ce fut pendant son séjour qu'eut lieu un événement scandaleux dû aux cordeliers; ces religieux, ou plutôt leur provincial s'avisa de faire construire des écuries dans le monastère, et les cordeliers étrangers qui y résidaient blâmèrent hautement cette construction contraire aux statuts. Dans la nuit du 1 7 août, ils s'assemblèrent et la démolirent.

Le bruit réveilla les religieux français, qui accoururent armés de bâtons.

— A mort tous les Français I s'écrièrent les premiers.

Et, fondant les uns sur les autres, ils se livrèrent une bataille en règle, dans laquelle nombre de moines s'&ssommèrent et se blessèrent. Plusieurs même furent tués.

Il résulta de cette lutte meurtrière un tapage qui alarma tout le voisinage.

Le roi, averti de ce qui se passait, envoya des soldats pour rétablir la paix, mais on leur refusa l'entrée, les portes furent fermées et ils durent les enfoncer.

Mais en face de la force armée les gens des deux partis qui étaient en présence s'unirent pour résister aux troupes du roi ; malgré leurs efforts, ils furent obligés de se soumettre et quelques-uns, se voyant vaincus, franchirent le mur d'enceinte qui servait en partie de clôture à leur jardin, pour tâcher de s'enfuir.

Quatorze d'entre eux furent pris dans les fossés et vingt-six autres dans l'intérieur du couvent; le parlement les renvoya devant les juges criminels, par arrêt de la chambre du conseil du 26 août; l'un d'eux, frère Martin de Rosselles, prisonnier à la Conciergerie, pour commotions, rébellion et désobéissance aux ordres des officiers du roi, fut élargi, à la charge par le gardien de le représenter.

Mais d'autres préoccupations vinrent bientôt se répandre sur la ville; elles étaient causées par la mésintelligence qui divisait les princes de la maison de France, Orléans et Bourgogne, mésintelligence peu apparente d'abord, puis vivement accusée et qui finit par dégénérer en une haine funeste pour tous.

En 1401, le duc d'Orléans alla à la tète de 1,500 hommes au-devant du duc de Gueldres qui en amenait 500, et tous deux entrèrent dans Paris avec ces troupes, ce qui déplut fort au duc de Bourgogne qui, à son tour, fit revenir de Flandres 7,000 gens d'armes qu'il logea à l'hôtel d'A^ tois où il demeurait ; mais alors le duc d'Orléans, pour ne pas rester en arrière, ramassa 5,000 hommes en Normandie, en Bretagne et dans diverses autres provinces ; il en posta une partie aux environs de son hôtel, près la porte Saint-Antoine, et le reï>te dans les villages des environs de Paris.

Lorsque les habitants virent arriver ces bandes qu'on appelait alors des grandes compagnies et qui étaient composées de malandrins, de routiers, d'écorcheurs, en un mot, de gens de sac et de corde,. ne vivant que de vols et de rapines, et offrant plutôt Faspect d'une troupe de bandits que celui d'une assemblée d'honnêtes gens, ils tremblèrent pour leurs biens et leurs personnes; et les ducs durent mander les principaux bourgeois pour les rassurer et leur promettre que leurs soldats se soumettraient à la plus sévère discipline.

C'était beaucoup s'engager, et il est probable qu'ils eussent eu grand'poine à atteindre ce but si le roi, la reine et les ducs de Berry et de Bourbon, qui craignaient fort les suites dangereuses de la désunion des deux princes, ne fussent intervenus pour amener un rapprochement. Le duc de Berry les convia à dîner à l'hôtel de Nesle le 14 janvier 1402 et, là, ils finirent par s'embrasser et se jurer une amitié inaltérable. Gela ne devait pas durer longtemps.

Dès que les bourgeois de Paris en connurent la nouvelle, ils en témoignèrent toute leur satisfaction et se montrèrent surtout ravis du départ des soldats qui retournèrent en leurs pays.

Le roi se trouva malheureusement dans un état qui inspira de grandes inquiétudes pour l'avenir. On ne pouvait obtenir de lui qu'il se déshabillât, bien qu'il fût couvert d'ordures et rongé par la vermine. Il fallait qu'une douzaine d'hommes déguisés en diables et la figure noircie fissent tout à coup irruption dans sa chambre et profitassent de sa surprise pour se jeter sur lui et le changer de vêtements.

Le duc d'Orléans en profita pour se faire nommer lieutenant général et gouverneur du royaume, et son premier soin fut de décréter de nouveaux impôts, ce qui indisposa fort les Parisiens contre lui.

Le duc de Bourgogne bénéficia de ces mauvaises dispositions et mit tout en œuvre pour se rendre populaire.

Nous verrons bientôt ce qui devait résulter de cet état d'antagonisme qui, bien que latent, ne cessait pas d'exister et ne faisait au contraire que s'accroître, chacun des deux princes travaillant sourdement à amener la catastrophe qui devait tout entraîner.

En attendant, occupons-nous des événements qui se passèrent à Paris en dehors de l'action po- Ulique : ce fut d'abord une affaire d'empoisonnement dont on s'entretint beaucoup.

Maître Jean Le Charton, procureur au parlement, avait épousé une jolie femme. Or, un jour de Carême, le procureur mangea pour son dîner une sole dont le goût lui parut singulier, car il ne l'eut pas plutôt achevée qu'il s'écria :

— Il me semble que j'ai mangé un mauvais morceau.

Et en parlant de la sorte il ne se trompait pas^ car quatre jours plus tard il était mort

Sa femme, pour se consoler, épousa son clerc, mais des contestations s'élevèrent entre les deux époux et les héritiers du défunt, et ceux-ci les accusèrent hautement d'avoir empoisonné maître Le Charton.

La justice s'en mêla; ils furent arrêtés et jetés en prison.

Ils n'avouèrent rien et se défendirent très habilement, mais le lieutenant du prévôt de Paris, se servant d'un moyen qui réussit souvent, fit venir la femme et lui dit que son mari s'étant décidé à tout avouer elle ne pouvait plus nier et que le plus sage pour elle était d'implorer la clémence de ses juges.

Mise en présence de son mari, elle lui fit de vifs reproches sur la couardise qui l'avait poussé à avouer. Celui-ci se récria et elle comprit qu'elle s'était laissée prendre au piège , mais il était trop tard pour revenir sur ses aveux.

Le mari et la femme furent pendus, en 1402, an gibet de Montfaucon.

Ce fut en cette année 1402 que l'on vit pour la première fois l'autorité royale protéger les histrions, et c'est à cette date qu'il faut faire remonter le commencement de l'existence réelle du théâtre en France. ï

Lorscpi'oii songe aux combinaisons multiples qu'exige de nos jours la représentation d'une œuvre dramatique et que l'on considère l'enfance d'un art qui n'a cessé de se développ^m on est étonné des progrès que le temps, la civilisation et le goût public ont imprimés à ces conceptions de l'esprit qui demandent une si large application des facultés intellectuelles.

Sous la domination romaine, Paris eut un cirque ou amphithéâtre pour la représentation des jeux scéniques; les vestiges des arènes de la rue Monge l'ont démontré ; l'invasion des Francs ne fut pas propice à ces spectacles; la barbarie qui régna pendant les monarchies mérovingienne et carlovingienne était trop complète pour que l'idée du théâtre pût s'y faire jour, et les premières ordonnances qui font mention des farceurs, bouffons, danseurs, bateleurs, désignés sous le nom générique d'histrions, les considèrent comme des êtres vils et méprisables. Charlemagne , par son ordonnance de 789, les rangea au nombre des personnes infâmes, dont le témoignage n'est pas admis en justice.

Au reste, ils occupèrent peu de place dans la vie parisienne, jusqu'au xii® siècle.

Ce fut alors que se produisirent les trouvères (inventeurs), qui, aidés des bouffons, des danseurs et des joueurs d'instruments, firent interpréter des scènes chantées. "^

« A peine le roman a-t-il tracé un faible sentier dans le champ de l'imagination, à peine la poésie a-t-elle bégayé ses premières paroles rhytmées.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DBS PARISIENS

à peine la musique a-t-elle échelonné sa gamme imparfaite î ' que l'esprit impatient de ' l'homme ; devançant la marche tardive ' de l'art, s'empare d'une intrigue décousue, traduit les' peiisées par des vers boiteux, accompagne l'entrée et la sortie des personnages par une musique criarde , et dé trois parties incomplètes fait un tout: »

Philippe-Auguste prétendait que donner aux histrions, c'était faire sacrifice aux démons.

Saint Louis' préférait le chant des psaumes et la lecture des saintes Écritures aux chansons profanes des jongleurs. '

On a vu cependant les ménétriers érigés en corporation.

En Îâ95; une ordonnamce du prévôt de Paris régla, qu'il était défendu aux jongleurs et jongleressés de rien dire, représenter ou ch'ïhter qui pût causer quelque scandale , à peine d'amendé arbitraire et de deux mois de prison, au pain et à l'eau.

Le séjour des papes à Avignon attira des mimes et pantoioQtimes italiens qui s'associèrent aux trouvères, et Ainrent avec eux à Paris ou ils se rencontrèrent avec des histrions qui popularisaient de nouveaux exercices ; ils dansaient sur la corde et avalaient des épées.

Déjà, sur la fin du règne de Charles V, quelques nouveaux poètes, Froissard en tète, composèrent dés pièces de poésie appelées pastorales, ballades et chants royaux.

Mais, bien avant cette époque, l'usage s'était introduit dé représenter des scènes empruntées généralement à l'histoire sainte et qu'on appelait des mystères.

En 1398, une troupe d'histrions donna, au bourg Saint-Maur, une représentation de la passion de Notre -Seigneur, sur un théâtre qu'ils avaient fait élever et qui ne difi'érait pas sensiblement de ceux qu'on fit depuis.

Il était, comme les théâtres modernes, fermé sur le devant par une toile qui ne se levait pas, mais qui se tirait, ainsi que les rideaux d'une alcôve; en accomplissant cette opération, elle laissait apercevoir au fond plusieurs échafauds superposés, à la manière de ceux dont on se sert pour la bâtisse d'un monument; le plus élevé représentait le paradis , celui de dessous la terre , un autre , en descendant encore , les maisons d'Hérode et de Pilate, ou toute autre décoration nécessaire à l'ouvrage qu'on allait représenter; enfin, au rez-de-chaussée, les maisons des parents de la Vierge, son oratoire et la crèche aux bœufs.

Sur le devant et du côté gauche des spectateurs , des rideaux formaient une espèce de niche où l'acteur ou l'actrice entrait lorsque devait s'accomplir une scène que l'on ne voulait pas exposer à la vue des spectateurs, telle que l'incarnation de Notre-Seigneur, l'accouchement de la Vierge ou la décollation de saint Jean-Baptiste , tandis

qu'en face de cette niche, à droite, l*ènfer éiait figuré par la gueule d'un dragon qui s'ouvniii«t se refèrm'ait chaque fois qu'un ou plusieurs db* blés avaient besoin de faire, par elle, leur èiMi ou leur sortie. - ' ' / '

Enfin,' derrière cette niche et cette guei]le,'tt lieu de coulisses, de côté, s'élevaient des gn» dins sur lesquels les acteurs s'asseyaient aiaÎM qu'ils avaient fini leur scène. ' **•

^ Une fois qu'ils étaient assis, on les soppfiil absents et, dès lors, ils étaient censés ne yoÎT'it n'entendre rien de ce qui se passait, quôiqueselî* tant constamment sous les yeux des spectatâi

La représentation du bourg Sain trMaur mkéà admirablement. • . i •

La pièce se composait d'un prologue et de fH* tre journées; le prologue était une paraplrae des mots : « Le Verbe a été fait chair. »

La première journée montrait saint JeaQj[iÉl^ chant dans le désert, et les Juifs s'assemblanâi conseil et disputant sur la venue du iM[essie;|iÉ Jésus était baptisé. Deux grands diables veiMll se plaindre à Lucifer. On voyait Pilate,' iSk jouant aux échecs avec le fils du Vol de ScaniÉftl le tuant, la tentation de Jésus par le diâble^ii noces de Gana, les vendeurs chassés du Tèoill et la résurrection de Thalite. • .. j'I

La secondé journée commençait par une^Éfe chez Hérode suivie de l'apparition de Hadelëiie) de la multiplication des pains, de là trânsfigtnttion sur lé mont Thabôr, etc. - ^

La troisième montrait l'entrée de Jésus à Jénisalem, la trahison de Judas, et enfin la quatrième représentait la suite historique de la Passion; la mort du Christ la terminait.

Quatre-vingt-sept acteurs jouaient dans la première journée, cent dans la seconde, quatre-vingti dans la troisième et cent cinq dans la dernière.

Le bruit que fit cette représentation parvint aox oreilles du prévôt de Paris qui, le 3 juin 1398, rendit une ordonnance portant défense â tous les habitants de Paris, à ceux de Saint-Maur et des autres villes de sa juridiction, de représenter ancuns jeux de personnages soit des vies des saints ou autrement, sans la permission du roi, à peine d'encourir son indignation et de forfaire envers lui.

Ce fut cette ordonnance qui obligea les acteois à se pourvoir â la cour en faisant ériger leur société en confrérie de la Passion de Notre-Seigneur Jésus- Christ.

Le roi assista à quelques-unes des représentations données par les confrères et en fut si satisfait qu'il autorisa quelque temps après leur établissement sous le titre de maîtres, gouverneurs et confrères de la confrérie de la Passion et Résurrection de Notre-Seigneur fondée dans l'église de la Sainte- Trinité â Paris (lettres patentes du 4 décembre 1402, enregistrées au Châtelet le 42 mars 4403).

Il parait même qu'il voulut faire partie de la

PARIS A THAVERS LES SIECLEà

Un Kcond coup de bacbe atteignit le duc d'OrléanB an tiont. (Page S36, col. S.)

onfrérie et engagea plusieurs personnages & s'en sire recevoir. Il appelait ses confrères : « mes rères. »

Laconfrérie fit de grands frais pour représenter es mystères ; malbeureusement le roi ne se trouva las toujours en état d'y assister et les frais en nrent perdus ; ils sollicitèrent alors te roi do leur •ennettre de jouer en public, ce qui leur fut ac- '■oTié et ils furent même autorisés à joindre & la 'eprésentation des mystères toutes celles qu'il leur plairait de choisir, à la seule condition qu'un jfficier du roi, désigné par eux, y assisterait.

« Permis à eux d'aller et de venir paisiblement par la ville, habillez selon le personnage qu'ils devront faire au mystère qu'ils auront entrepris, wns qu'on leur puisse apporter aucun empeschement. Et pour les mettre à couvert de touleinsulte, le roi les prend sous sa protection durant le cours (ie leurs jeux. »

Les confrères, qui n'avment pas eu jusqu'alors

de lieu fixe pour représenter leurs mystères, éta-

bUrent leur théâtre dans l'hôpital de la Trinité.

I«8 religieux d'Hermières, qui y étaient installés,

Liv. 30

leur cédèrent la principale pièce de la maison, une grande salle de quatre-vingts mètres de longueur sur vingt-quatre de largeur.

Ce fut là que ces initiateurs de l'art dramatique en France donnèrent au public, les jours de fête, divers spectacles de piété, empruntés & l'histoire de l'ancien et du nouveau Testament.

Ces pièces, qu'on appelaitdes moralités, plurent tellementan peuple que les jours de représentation on avança les vêpres dans quelques églises, de façon à ne pas priver les fidèles du plaisir d'aller ensuite an tbé&tre.

François I", par ses lettres patentes du mois de janvier 1518, confirma les privilèges de la confrérie de la Passion.

La représentation d'un même mystère durait des années entières, et lorsque les chefo de la confrérie jugeaient qu'il y avait lieu de le remplacer par un autre, il fallait qu'ils demandassent des lettres patentes les y autorisant.

Ce fut ainsi qu'en i54t Charles Le [loyer demanda au nom des confrères l'autorisation de représenter les scènes de l'Ancien Testament pen*

HISTOIRE NATIONALE DB PARIS ET UEE PARISIENS

dant le cours de Tannée et reçut des lettres patentes dul le retivoyaieht àu parlement afin d*ètre fixé suf la conduite qu'il avait à tenir en cette ctrcon^ stance ; le parlement, par son arrêt du El Janvier 15Bi, permit à Royer et aux confrères « de faire leur jeu» leur deffend d\v commettre aucuns abus, surtout d^y mesler aucunes choses profanes, lasci» ves ou ridicules. Us ne prendront que deniL soud pour chaque personne et, pour le louage des loges, ils ne prendront que trente escus nu plus pour chacune. Us ne joueront que les jours de festes, excepte les solemnellcs, La représentation com^ mencera précisément à une heure après mtdt et durera Jusqu'à cinq heures sans intervalle. Et, pour compenser en quelque sorte la distraction du peuple de Tofilce divin et la diminution des aumosnes, les entrepreneurs donneront la ^omrne de mille livres au trésorier des pauvreë de la ville de Parts, comme il avoll esté ordonné au siUet de ceux qui avolent représenté auparavant les Actei des apostresi »

Bn !84t, les confrères de la Passion furent dé» logés de la salle de la Trinité par rétablissement des enfants mendiants dam leur local, et Us allèrent sHnstaller à Thôtel de Bourgogne

Lo plaisir que les Parisiens goûtaient aux re« présentations des conft'ères ne les empêchait pas d'être très inquiets de la tournure que prenaient les affaires publiques ; les accès de folie du roi devenaient de plus en plus (ï^quents et Tanimosite qui divisait les ducs d^Orléans et de fiourgo» gne n'attendait qu'une occasion favorable pour éclater ; aussi les gens sensés appréhendaientnlsde grandes révolutions.

Le roi qui, lorsqu'il jouissait ée sa raison, né s'illusionnait pas sur la gravité des événements, ordonna, par ses lettres du 21 avril 1403, que la reine, les princes'et les gens de son Conseil lui pré* teraient Serment de fidélité et que le même serment serait fait, entre les mains du connétable Charles d'Albret, par tous les prélats, barons, chevaliers, écuyers, bourgeois.

Mais l'année suivante une maladie contagieuse fit des ravages terribles et commença par enlever le duc de Bourgogne; le duc de Berry fut aussi atteint dans son château de Wincestre (Bicôtre) ; il se recommanda à la Yierge et lui fit cadeau d'une croix d'or et de pierreries sur lesquelles se trouvaient représentées toutes les scènes de la Passion et qu*il donna à la cathédrale ; en reconnaissance de ce pi^ésent, le clergé ordonna des processions générales en faveur du prince, qui re* vint à la santé.

Or on avait ordonné aussi des prières publiques dans toutes les églises pour l'extirpation d'un schisme et Tuniversité de Paris alla en procession \ Sainte-Gatherine-du-Val-de»-Écolier8 le 14 juillet; les écoliers se trouvaient près de la rue Saint-Antoine, lorsque des pages de Charles de Savoisy, chambellan du roi, piquèrent de Té*

peron leurs chevaux et les lancèrent à traveri IM rangs des écoliers qui ripostèrent par queldtiil pierres qu'Us jetèrent aux pages; un de cas w nlers reçut même un soufflet.

Alors les pages s'en retournèrent en toute hàtl à Thôlel de leur maiire et, se plaignant deriaflultl qui leur avait été faite, demandèrent à être aulô^ risés à employer la force pour se venger, ce qui leur fut accordé.

Us prirent des épées, des arcs et des fléchas et remontant à cheval, Us coururent après les écoliers, happèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent, les poursuivirent jusque dans Tégltse oa, mxa respect pour la sainteté du lieu, ils brisèrent tout, et percèrent 4 coups d'épée les orneme&ti du diacre et du sous-diacre»

L'abbé qui officiait fut il épouvanté qu^il se hâta d^achever à voix basse la fin de la messe et de s*enfulr.

L'université se plaignit au prévôt de Paris, puis à la reine, aux ducs, au parlement, et TaOkire ne tarda pas à prendre des proportions eonildérables»

Le duc d'Orléans protégeait Bavoisy.

Les docteurs firent afficher aux portes des églises des placards injurieux pour tous deux»

Enfin, le 19 juillet, un arrêt du parlement ordonna Tarrestallon provisoire do Bavoisy ; Taffaire fut plaldée le 16 aoôt et une sentence rendue le 33 ordonna que la maison de Qharles de Bavoisy serait démolie et les matériaux vendus au profil de l'église Sainte^athcrine, que Savolsy conilituerait cent livres de rentes pour la fondalioitde cinq chapelienies dont l'université aurait le patronage-et payerait mille livrée aux écoliers blessés par ses pages et pareille somme à l'université.

La condition de la démolition de rhôtél parut sévère, niais l'université tint ferme à son exécution, malgré le roi lui-même qui ne put sauver que les galeries ornées de peintures qiii se trouvaient bâties sur les murailles de la ville.

Cette démolition s'opéra aoleUhellemenl, au son des trompettes.

Trois des gens de Bavoisy, en chbmisS, une torche en main, flrehtiamende honorable devant les églises de Sainte-Qeneviève, de Sainte-Gatt^ rine et de Sain t-8é vérin.

Après quoi, ils furent fouettés par le» carrefours et bannis pour trois ans.

En 1406, Savoisy obtint dU roi la faveur de faire rebâtir son hôtel , mais l'université ne le permitpaset ce ne fut que cent douze ans plus lard que la famille Savoisy put enfin faire reconstrou^ son immeubie, et encore l'université n'y consentit qu'à la condition qu'au-dessus de la porte du nouvel hôtel serait placée Une table de pierre portant une inscription gravée qui relaterait 1 arrêt de 1404.

£n 140d> c'était le duo d'Orléans qui gouver-

nait & peu prèsseul, ei les Parisiens seplaignaient liautement des nouveaux iinpôts que ce prince exigeait d'eux et du mauvais emploi qu'on faisait de leur produit ; on ne se gênait pas pour dire s{t ftiçon de penser à cet égard.

Un reli^eux augustin, du nom de Jacques Le Srand, alla plus loin.

Ce moine, prêchant le jour de l'Ascension devant la reine, fit un tableau de l'état de la cour peu flatté, mais si vrai, si ressemblant, que chacun des personnages visés put s'y reconnaître; — la reine ne fut pas plus épargnée que les autres.

Au sortir du sermon, quelques dames lui manifestèrent leur surprise qu'il eût osé parler si publiquement des désordres des grands.

— Et moi, répondit-il, je suis bien plus surpris que vous ayez l'effronterie de les commettre.

Les dames baissèrent la tête et se turent,

A son tour, le roi voulut l'entendre, et le hardi prédicateur prêcha avec la même liberté contre les gouvernants. Charles VI, loin de se montrer cho^ que de cette franchise, dit qu'il ferait en sorte d*en profiter ; malheureusement, l'état de son esprit ne le lui permit pas. Lorsqu'il se sentit mieux, il convoqua lous les princes de la maison de France, afin de s'entendre avec eux à l'effet de remédier à la misère du peuple.

Le duc de Bourgogne (Jean sans Peur, fils de Philippe) se rendit à cette convocation, mais il amena avec lui une grande suite de gentilshommes et six mille gens d'armes.

Cette démonstration armée effraya la reine et le duc d'Orléans qui se retirèrent à Melun, laissant au duc de Bavière l'ordre d'enlever secrètement le dauphin et ses frères.

Malgré un orage terrible, qui fondit sur Paris ce jour-là, le duc fit mettre les fils du roi dans un bateau qu'on dirigea sur Vitry ; là on les transporta dans un chariot pour les conduire à Juvisy où les attendait le duc d'Orléans.

-Le duc de Bourgogne était au Louvre lorsqu'il fut informé de cet enlèvement.

11 monta à cheval et, suivi de ses troupes, il traversa Paris à la hâte et gagna Juvisy où il atteignit le dauphin qu'il enleva à ses ravisseurs et ramena à Paris. Là il le fit mettre au château du Louvre où il espérait qu'il serait plus en sûreté qu'à l'hôtel Saint-Paul.

Le lendemain, Jean sans Peur assembla les princes, les prélats, le recteur et les docteurs de rUniversité, et en forma un conseil qu'il fitprésider par le dauphin (âgé de neuf ans et fiancé depuis Tannée précédente à Marguerite, fille du duc de Bourgogne).

Le dauphin déclara que c'était avec son consentement que le due l'avsdt ramené à Paris.

Le conseil mit les enfants royaux sous la garde du duc deBerry, qui fut déclaré capitaine et gouverneur de la ville de Paris, et dont le premier soin fut de fortifier l'hôtel de Nesle où il demeu-

rait, de fermer les portes de la ville et de rendre aux bourgeois leurs arm^ et les chaînes qu'ils tendaient dans les rues.

De son côté, le duc de Bourgogne mit des corps de garde d'arbalétriers à toutes les avenues de son hôtel d'Artois et commanda cinq cents hommes pour faire le guet de jour et autant pour la nuit:

Le duc d'Orléans, instruit de tout ce qui se pas* sait dans Paris, rassembla des troupes.

Chacun crut qu'on allait en venir aux mains.

Cependant on parlementa pour amener la reine et le duc d'Orléans à consentir à revenir à Paris, mais tout fut inutile ; et quelques partisans de ce dernier commencèrent à assiéger l'hôtel du due de Berry, mais les arbalétriers les repoussèrent.

Le peuple s'émut et crut qu'on voulait enlever le roi de l'hôtel SaintrPaul; le duc de Bourgogne y accourut à la hâte à la tète de 5Q0 cavaliers.

Sa présence calma Teffiervescence.

Le lendejfnain il fit tendre les chaînes à travers la rivière, au-dessus de Tile de Notre-Dame, pour empêcher la circulation des bateaux.

Il ordonna aussi de boucher les soupiraux des caves, dans la crainte qu'on ne mit le feu aux maisons.

La guerre civile paraissait imminente; le 28 août, l'évêque de Liège entra dans Paris à la tête de 2,500 hommes qu'il amenait au duc de Bourgogne; les jours suivants, il en arriva du duché de Bourgogne, d'Autriche, de Savoie, de Hainaut, de Brabant et de Flandre.

On compta jusqu'à 20,000 cavaliers dans l'en*

ceinte de Paris.

Toutefois un arrangement intervint encore une fois : les bourgeois avaient fait connaître qu'ils ne prendraient les armes contre le duc d'Orléans que si le roi ou le dauphin se mettait à leur tête, et le 16 octobre la réconciliation des ducs de Bourgogne et d'Orléans se fit ; et les trou* pes mercenaires s'en, retournèrent chez elles.

Les Parisiens avaient^ provisoirement^ échappé à la guerre civile, mais ces tiraillements n'étaient guère favorables au développement de la prospérité publique.

Quelques jours après le prétendu raccommodement des ducs, il se passa un fait singulier.

Le prévôt de Paris, Guillaume de Tignonville, avait fait arrêter deux écoliers de l'université convaincus de crime : Léger de Montilhier, un Normand, et Olivier Bourgeois, un Breton.

Mais le recteur de l'université prétendit que les condamnés devaient être renvoyés à l'évêque et jouir des droits de la cléricature.

Le prévôt refusa de les rendre, et il les fit pendre le 26 octobre, en plein jour, devant une affluence considérable qui n'était pas fâchée de voir des écoliers à la potence.

L'évêque n'était pas homme à laisser les choses se passer de la sorte; il commença par charger le

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

prévôt de censures et d'excommunications^ et fit afficher sa sentence aux portes de la cathédrale.

De son côté, l'université cita le prévôt devant le roi, qui autorisa Tuniversité à dépendre les corps des deux suppliciés et k les inhumer comme elle Tentendrait.

. Mais cela ne suffit pas au recteur^ qui fit immédiatement fermer les classes et cesser les prédications.

L'université alla en corps trouver le roi, se plaignit qu'on ruinait ses privilèges, qu'on lui déniait toute justice et qu'elle allait quitter Paris et le royaume pour s'établir à l'étranger.

Le roi convoqua son conseil, et un arrêt fut rendu, portant que le prévôt avait imprudemment et trop précipitamment condamné les écoliers.

Aux termes de cet arrêt, Tignon ville fut privé de tout office royal; il fut condamné à élever une pyramide sur le chemin conduisant au gibet, et sur laquelle il dut faire sculpter le portrait des deux clercs.

En outre, le 17 mai i408, ilalla en grande pompe dépendre les corps, les baisa sur la bouche et les amena au parvis Notre-Dame dans une charrette recouverte d'un drap noir, et conduite par uh charretier vêtu d'un surplis de prêtre. De là ils furent menés à l'église Saint-Mathurin et enterrés honorablement dans le cloître (c et fut de rechef fait une épitaphe à leur semblance pour perpétuelle mémoire ».

Depuis que les ducs d'Orléans et de Bourgogne s'étaient réconciliés, il ne se passait pas de jour sans que des difiiérends, toujours sur le point de dégénérer en querelles, éclatassent entre eux, et le duc de Berry entreprit de rendre cette réconciliation complète ; il imagina pour cela de les faire communier ensemble, le dimanche 20 novembre 1407, et de les faire se jurer réciproquement <c bonne amour et fraternité ».

Gela eut lieu et chacun s'en félicitait. Or, le mercredi suivant, le duc d'Orléans soupait chez la reine lorsqu'un gentilhomme nommé Siaz de Gourteheuse vint le prévenir que le roi le priait de venir lui parler de suite à l'hôtel Saint-Paul.

Or la reine habitait alors une maison qu'elle avait achetée de Jean de Montaigu, grand maître d'hôtel, et qui était située près la porte Barbette.

Le duc d'Orléans commanda immédiatement sa mule et, prenant congé de la reine, il se disposa à se rendre aux ordres du roi.

La mule amenée devant le perron, il monta dessus, salua la reine et partit précédé par trois pages qui portaient des torches allumées pour éclairer le chemin et suivi par deux écuyers à cheval.

11 n'était pas encore sorti de la rue Barbette qu'il se vit tout à coup assailli par une quinzaine de gens armés qui, l'épée à la main, fondirent sur lui; l'un d'eux, Raoul d'Ocqueton ville, gentilhomme normand, à qui le duc avait retiré un em-

ploi qu'il occupait chez le roi, lui portA un coap de hache qui lui abattit le poignet gauche.

^— Je suis le duc d'Orléans 1 s'écria l'infortuné prince.

— Nous le savons bien ; c'est lui que nous voulons, répondirent les assassins.

Un second coup de hache atteignit le duc d'Orléans au front

Il tomba de dessus sa mule.

Au même instant, d'Ocquetonville lui asséna un troisième coup derrière la tête, qui fit jaillir la cervelle sur le pavé.

Un des écuyers du duc, Allemand de naissance, s'étantjeté de cheval pour essayer de couvrir le corps de son maître, fut tué ; les quatre autres personnes de son escorte prirent la fuite.

Les assassins, qui étaient aux gages* du duc de Bourgogne,étaîent demeurés cachés, au nombre de dix-huit, dans une maison de la rue Barbette portant pour enseigne l'image de Notre-Dame, et cela pendant dix-sept jours, guettant le moment favorable pour agir ; et Tun d'eux, resté dans cette maison, y mettait le feu alors que ses complices assassinaient le duc, de façon que tandis que les gens du duc criaient au meurtre, de l'autre côté de la rue on criait au feu, ce qui produisit un remue-ménage et une confusion propres à favoriser la fuite des meurtriers.

D'Ocquetonville traîna le corps de sa victime auprès d'un tas de boue, et s'étant assuré, à la lueur d'une torche de paille, qu'il était bien mort, il gagna au plus vite avec ses compagnons l'hôtel d'Artois, où l'attendait le duc de Bourgogne.

Le bruit de cet assassinat se répandit vite dans Paris, et, de tous côtés, on accourut voirie cadavre, rendu méconnaissable par les terribles coups qu^il avait reçus.

Un attentat de cette nature, commis contre le frère unique du roi, jeta la consternation dans la famille royale ; la reine, craignant pour elle même, se fit aussitôt transporter à l'hôtel Saint- Paul où plusieurs seigneurs s'assemblèrent en armes pour la défendre en cas d'attaque.

Aucun incident ne survint.

Les funérailles du duc eurent lieu le vendredi aux Gélestins, et Jean sans Peur y assista.

Par son testament, daté du 19 octobre 1403, le duc avait ordonné que, lorsqu'il mourrait, il serait dit autant de cent messes qu'il avait d'années.

Il avait trente-six ans lorsqu'il fut assassiné. Ce fut donc 3,600 messes qui durent être dites à son intention.

Aussitôt après le meurtre, on fit toutes les perquisitions nécessaires pour en découvrir les auteurs; on ferma plusieurs portes de la ville, on garda soigneusement les autres, le prévôt \îsita les maisons et jusqu'aux hôtels des princes, mais on ne trouva rien.

Les soupçons se portèrent sur Robert de Gauny dont le duc d'Orléans avait enlevé la femme et

Le pont fut abattu pur les glanons et renveisé dans la HTière, t (Page 237, col. 2.)

ic lea malions qui étai«nt deBiua,

dont il avait eu Jean de Dunois, dit le bâtard d'Orléans ; ce que voyant, le duc de Bourgogne confessaauducdeBerryetauroideSicilequ'ilétait l'auteur du crime; il quitta Paris le 26 novembre 1407, et publia un manifeste pour justifier sa conduite, en prétendant qu'il avait délivré l'État d'un pernicieux prince.

La saison d'hiver commençait mal; ce meurtre impressionna péniblement lea Parisiens ; langueur de la saison augmenta leur tristesse.

Jamais on n'avait vu, depuis cinq siècles, hiver pareil.

Il fut si long qu'il dura depuis la Saint-Martin (11 novembre) jusqu'à la iln de janvier, et il se montra si âpre que les racines des vignes et des arbres fruitiers furent gelées.

La Seine était prise, et les voitures passaient dessus.

Le bois et le pain manquèrent; on brûla tout ce qu'on put trouver, mais les moulins construits tout le long de la rivière étant arrêtés, on fût mort de faim dans la ville, si quelques voitures de farine n'avaient été envoyées des environs &:> secours de la population.

Le temps commença à devenir plus doux le â7 janvier, mais alors le dégel amena de graves accidents.

« Des glaçons, d'une grandeur énorme, se détachant tout à coup le 30 du mois, allèrent heurter avec impétuosité les deux petits ponts, l'un de bois, joignant le petit Gh&telet, l'autre de pierre, appelé le Pont-Neuf, aujourd'hui le pont Saint- Michel, qui avait été fait depma plusieurs années. Tous deux furent abattus par les glaçons le 31 et renversés dans la rivière avec les maisons qui étaient dessus, où logeaient quantité de marchands et d'ouvriers de toute sorte, comme teinturiers, écrivains, barbiers, couturiers, éperonniers, fourbisseurs, fripiers, tapissiers, brodeurs, luthiers, libraires, chaussetiers. Mais il n'y périt personue, parce que l'accident arriva de jour, depuis sept & huit heures du matin jusqu'à une heure ou deux après midi. Ce fut un bonheur pour ces habitants que le premier effort des glaces fût reçu la nuit par les piliers qu'on avait commencés entre le petit Ghatelat et l'Hûtel-Dieu, depuis la condamnaUon des juifs. Car sans cela les ponts eussent été emportés la nuit même. Au-dessus da

HISTOIRE NXTIONALB DE PARIS BT DES PARISIENS

grand pont il y avait des moulina qui appartenaient à révèque de Paris : iU fùrant brisés et abîmés par les glaçons et le grand pont même fut si ébranlé qu*on vit trébucher quelques maisons de obangeurs qui étaient dessus, s

On s*oecupa bien vite de rétablir les ponts, mais les travaux oomttienoés furent abandonnés faute d'argent, les habitants souillaient beaucoup de cette interruption qui rendait fort diflloiles les communications; enfin, le 88 novembre, le par* lemant consacra une partie des amendes 4 la dépense nécessalrai les avocats et les ofQciers du palais y contribuèrent et la chambre des comptes fit la reste.

La duchesse d'Orléans, qui était à Blois lors de Tassassinat de son époux, revint à Paris avec son fils afin d'implorer la justice du roi, mais le duc de Bourgogne étant de son côté en marche pour y rentrer à la tête de i,000 hommes d'armes, elle repartit & Blois et le duo de Bourgogne fut reçu avec des acclamations populaires qui déplurent fort & la cour.

U alla descendre à son hôtel d'AHoIs et ses mille hommes furent logés dans les environs, de façon à pouvoir le protéger en cas d^événement.

Le roi lui permit de Justifier sa conduite en audîenoe publique,

Il en profita pour outrager la mémoire du duc d'Orléans qu'il chargea des crimes les plus énor* mes et conclut en affirmant que le meurtre qu'il avait commis était une action louable et un ser« vice rendu à TÉtat,

Les bourgeois indignés de cette harangue nV sèrent pourtant souffler mot, mais la reine prit ses enfants et se sauva à Melun avec le duc de Berry, le roi de Sicile et plusieurs grands personnages.

Alors le duo de Bourgogne s*en alla en Flandre.

Aussitôt tous les autres revinrent; la reine se fit remettre les clefs de Paris, elle mit des corps de garde aux portes, dans les places publiques et aux ponts 4les environs de la capitale.

Puis ce fut la duchesse d'Orléans qui arriva le S8 août avec la reine d'Angleterre, femme du duc d'Orléans son fils aioé; le jeune duc n'arriva que neuf jours après dans un équipage funèbre, destiné à émouvoir la compassion des Parisiens.

Avec l'assentiment du roi, le parti d'Orléans déclara la doc do Bourgogne ennemi de TÉtat et on prit des mesures pour l'empêcher de rentrer à Paris. On assembla des troupes, on fit garder les portes de la ville, les ponts, les rivières ; bref^ Paria prit encore une fois toute la physionomie d'une place de guerre ; on n'y voyait dans les rues que des gens armés qui regardaient les bourgeois de travers et ceux-^si^ tout à la crainte, maudissaient ce temps troublé pendant lequel tout commerce était arrêté, toute confiance disparue, et où régnait, au-dessus du roi en démence et des duos ambitieux, la miserai

On fit courir le bruit qu'on voulait enlever les

chaînes que le duo de Bourgogne avait fait rendre aux habitants ; le prévôt des marchanda, effrayé, n'osa plus se montrer dans les rues qu'accompagné d*une bonne escorte; les troupes campées aux environs de Paris pillaient et ravageiûent tout et demandaient de l'argent.

La reine s'adressa aux plus riches bourgeois de Paris pour en avoir, mais ceux-ci firent la sourde oreille, ce que voyant, elle partit avec le roi et le dauphin uour Tours,

Naturellement, le duo de Bourgogne arriva dès quMl sut que la cour avait quitté Paris et le seul changement que sa présence amena fut que la campagne se trouva dévastée par ses troupes, au lieu de l'être par celles de la duchesse d'Orléans.

Ce ohasséHsroisé menaçait de durer longtem]» et de ruiner le pays.

On s'arrangea encore; le fWre du duo d'Orléans épousa la fille du duc de Bourgogne» on s*embrassa, et la cour et la ville passèrent plusieurs jours & festoyer pour célébrer cette heureuse paix,

Quant à ceux qui n'avaient pas de pain, ila regardèrent manger les autres.

Nous verrons bientôt les événements qui suivirent la paix qu'on nomma la paix fourrée; son premier efl*et fut la perte du ministre Montaigu, qui fut résolue par le duc de Bourgogne.

Jean de Montaigu, d'une famille parisienne, s'était élevé par son mérite jusqu'au poste de grand maître de la maison du roi, surintendant de ses finances.

Il était fort attaché au duc d'Orléans et se rendit par là odieux au duc de Bourgogne, qui le fit arrêter en pleine rue, le 7 octobre, par Pierre des Essarts, prévôt de Paris, qui, à l'aide de ses archers, s'empara de sa personne et le conduisit ao Gh&telet.

On emprisonna en même temps Martin GougCj évèque de Chartres, Pierre de l'Ësclat, conseiller du duc de Berry, et plusieurs autres personnages.

Ces arrestations firent grand bruit et peu s*en fallut qu'elles n'amenassent une sédition ; le prévôt fut obligé de monter à cheval et de s'en aller par les rues, suivi de sa milice, pour haranguer le peuple et l'exhorter au calme.

Montaigu fut mis à la question et la douleur lui arracha tous les aveux qu'on exigea de lui.

Il fut, dès le 17, condamné à mort.

On le conduisit aux Halles, revêtu d'une robe mi partie blanc et rouge, au son des trompettes qui marchaient devant lui.

Toute la bourgeoisie était sous les armes.

Lorsqu'il fut arrivé au lieu du supplice, il s'écria que les tourments de la question lui avaient fai avouer des crimes dont ilétaitinnocent, à l'exception de quelques malversations dans les finances qu'il reconnaissait avoir commises.

Mais l'exécuteur ne lui laissa pas le temps d*ea

PARIS A tRAVEa& LES SIÈCLES

dire plu» long; il lui trÀndhA Ift tète qu'il mit au bout d*une lance et alla pendre le corps au gibet.

Trois ans après, sa famille obtint du roi la permission de décrocher son squelette du gibet, ce qui fut fait avec une grande solennité.

Le prévôt de Paris assista à la cérémonie aveu doute personnes qui portaient des flambeaux et conduisirent le corps à Thôtel Montalgu, près l*église Saint-PauL

La tête» qui était demeurée au bout d^une lance aux Halles, fut rapprochée du corps, un superbe service funèbre eut lieu dans Téglise Saint-Paul^ et ses restes mortels furent portés à Marooussi oi les Gélestins les inhumèrent.

On ne sut pas plus pourquoi on Tavait mis à mort qu'on n*apprit po\irquoi on l*avait pour ainsi dire réhabilité»

Le traité de Ôicètre. — Les arbalétriers. — Armagnacs et Bourguignons. — Les collèges de Reims et Goquerel. ^ L^ cabochieUB. — Le pont Notre-Dame. — Led châtiments. — La coqueluche. — La paix du Quesnoy. -^ Led bOU<* chéries. — Perrinet Leclerc. -^ La guerre civile. -* Nicolas flamei. — Notre<^t)ame'de-la-GaroUe. — Mort dtt dilC de Bourgogne. — Lés modes. -^ Les prévéts dei marchands et les échevins»

Bi fttinalistes de Tépoqioe parlent sasid d^u&e proceisioa qui eut lieu en oelle année 1409, et à laquelle prirent part tous les membres de runiversité.

Elle partit de Sainte-Geneviève pour aller à Saint-Denis, et elle était si longue que, lorsque les premiers entrèrent à Saint-Denis, le recteur était encore auprès des Mathurins.

Nous rapportons le fait tel que Thistoire de l*abbaye de Sainte-Geneviève le consigne, mais il est bon de se rappeler que Texagération est le côté faible des écrivains du temps passé.

Les ducs de Berry et de Bourgogne tenaient beaucoup à conquérir la fkveur des Parisiens; oe fut probablement dans ce but qu*iis jugèrent utile de rendre à la capitale ses anciens privilèges; ils ordonnèrent donc que les Parisiens éliraient comme précédemment le prévôt des marohands^ des échevins, des oentenierê, des soixanteniers et des cinquanteniers;

Qu*il serait permis aux habitants d*armer pour la garde de la ville et pour le service du roi ;

Qu'ils pourraient tenir des flefe, comme les nobles, à condition qu*ils seraient bien nés à Paris.

Les bourgeois, pleins de reconnaissance pour Tobtention de tant de privilèges, députèrent Jean Guldoé, prévôt des marchands, auprès des princes, pour les remercier au nom de toute la ville^ mais il les pria de laisser les choses en l'état à l'égard des centeniers et des autres chefs de quartiers, dont on s'était volontiers passé depuis plu** sieurs années.

De plus, à la prière du duc de Berry, gouver*

neur de Paris, le roi, par lettres patentes du 10 septembre, fit don aux Parisiens de la propriété du Petit-Pont (dont ils avaient payé de leurs de<* niers la reconstruction)»

Plusieurs autres revenus furent même igoutés à ceux de ce pont.

Tout -cela, en considération des aides et bons services que le roi avait reçus des habitants dé Paris.

Une bulle malencontreuse, lancée par le pape^ Alexandre V, le IS octobre, vint encore troubler les esprits; cette bulle, non seulement confirmait les privilèges accordés aux religieux des quatre ordres mendlanlS) mais encore elle leur en accordait de nouveaux; et ceux-ci voulurent s'en prévaloir pour percevoir la dtme; ils prétendirent être les principaux pasteurs des peuples, et qu'en conséquence pouvoir leur était donné de pr^he^ et confesser en tous lieuXt

Grand émoi parmi le clergé; la faculté de théo* logie s'assembla et décida que la bulle était un piège tendu aux évèques et aux curés. — Heureusement que, le pape Alexandre V étant moH le 5 mai 1410 » son successeur consentit à la révô^ quer.

La politique repamt plus brûlante que Jamais.

Une ligue fut formée entre les ducs d'Orl<$ans,' de Berry; de Bourbon, de Bretagne et les comtes* d'Armagnac, d'Alençon et de Glermont> contrede duc de Bourgogne.

Gelui-ci assembla en toute hâte des Brabançons^ des Lorrains ; des Allemands et des Flamands; le royaume tout entier étaitsous les armes, n'ayant d'autre ennemi à combattre que lui-même.

Le roi ordonna aux princes ligués de désarmer^

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Le duc de Berry répondit pour les autres qu'ils n'en feraient rien tant que le duc de Bourgogne aurait des soldats.

Or, comme celui-ci était maître de la personne du roi et de la capitale , il se garda bien de corn* mencer à mettre bas les armes ; au contraire : il fit approcher des troupes de Paris, se saisit des ponts et de tous les passages de la rivière de Seine, fît enfoncer les bacs et murer les portes de la ville, à Texception de trois, auxquelles il plaça des corps de garde avec des sentinelles partout.

Il proposa aux bourgeois de se choisir un nouveau gouverneur à la place du duc de Berry, mais les bourgeois refusèrent; quant à la noblesse, elle déclara qu'elle ne voulait pas être commandée par le prévôt de Paris.

Cependant les gens d'armes emplissaient la ville ; on en avait logé partout ; à peine en put-on dispenser les maisons des présidents et conseillers au parlement; le Palais même en était si plein que le greffier, pour mettre ses registres à couvert, ' fut obligé de faire murer la tour où ils étaient déposés, dans la crainte qu'on ne s'en emparât pour y mettre des soldats.

Le duc de Berry s'était logé en son château de Bicétre, et le duc d'Orléans s'était établi à Gentilly, et, avec leurs forces réunies, ils poussèrent des reconnaissances jusqu'aux faubourgs Saint- Marceau et Saint-Jacques.

Les Parisiens levèrent des milices à leurs frais pour faire la garde de la ville et la défendre contre les princes; toutes les nuits, pour éviter une surprise, on allumait des feux sur les remparts et dans les rues , et la garnison du pont de Gharenton fut renforcée de 200 hommes.

Saint-Cloud fut dévasté par l'armée des princes, tandis que celle d'Antoine, duc de Brabant, frère de Jean sans Peur, entra dans Saint-Denis, où elle vécut à discrétion, menaçant chaque jour de piller l'abbaye royale.

Il se livrait sous les murs de Paris, surtout du côté de l'université, des escarmouches journalières.

Ces petits combats partiels n'amenaient aucun résultat décisif, et la guerre civile menaçait de traîner en longueur , si le manque de fourrages et la mauvaise saison n'avaient engagé les deux partis à conclure un accommodement proposé par le roi de Navarre et qu'on nomma le traité de Bicètre.

Aux termes de cet arrangement, le roi devait se choisir un conseil, et les princes devaient s'en retourner chacun sur ses terres.

Un des articles du traité exigeait la destitution de Pierre des Essarts, prévôt de Paris. Ce fut Bruneau de Saint-Cler qui fut investi de cette fonction.

C'est à ce prévôt qu'est dû l'établissement de la compagnie d'arbalétriers qui fut instituée par lettrès royales du 14 août 1410.

Ce fut sous le règne de Louis le Gros, vers 1130, que l'on vit pour la première fois des arbalétriers figurer dans les armées françaises , et le concile de Latran, considérant l'arbalète comme une arme déloyale et traîtresse , l'anathématisa et nen permit Tusage que contre les hérétiques.

Néanmoins les arbalétriers n'avaient jamais cessé d'exister, et à Bouvines ils rendirent de grands services ; à Crécy, Philippe de Valois avait 10,000 arbalétriers génois.

Il y avait des compagnies d'arbalétriers à pied et à cheval.

La plupart des grandes villes de France en possédèrent.

A Paris , une confrérie de bourgeois s'était formée depuis longtemps, afin de s'exercer au tir de l'arbalète, et elle se composait d'un roi, d'un connétable et de maîtres.

Le lieu de leur réunion et exercices était situé rue Saint-Denis, près de la Porte-aux-Peintres, et hors l'enceinte de Philippe- Auguste.

Ces confrères reçurent, par les lettres de 1410, Tautorisation de contribuer à la défense de la ville.

Par ces lettres, il fut fait un choix de soixante des plus habiles d'entre eux qui s'engagèrent à s'habiller et à s'armer à leurs fi'ais. Us formèrent la compagnie des soixante arbalétriers de Paris, et, comme tels, furent dispensés de payer certains impôts. Aussitôt après leur nomination^ ils étaient présentés aux deux prévôts et leur prêtaient serment d'obéissance et de fidélité. Ils élisaient euxmêmes leur capitaine chaque année et touchaient, lorsqu'ils servaient hors de Paris, une paie de trois sous par jour, le capitaine cinq, sans compter la dépense de bouche pour l'homme et le cheval, — car ils étaient montés.

Leurs statuts et privilèges furent confirmés par les successeurs de Charles YI, et le corps des arbalétriers se maintint jusque sous Louis XIY.

L'année suivante, les archers sollicitèrent la même faveur; eux aussi avaient un roi et un connétable; par lettres de 1411, ils furent réunis au nombre de 120 en confrérie en l'honneur de Dieu, de la Vierge et de saint Sébastien; leurs statuts furent exactement les mêmes que ceux des arbalétriers, avec cette seule différence qu^ils ne louchaient que deux sous par jour au lieu de trois lorsqu'ils servaient hors la ville.

Au mois de février 1411, Jean sans Peur avertit les ministres qu*un complot, formé par les ducs d'Orléans et de Berry, et le comte d'Armagnac, devait éclater à Paris ; les conjurés se proposaient d'arrêter plusieurs bourgeois notables et d^enlever le roi, la reine et le dauphin.

Défense fut immédiatement faite de prendre les armes sans un ordre du conseil du roi qui s^occupa vivement de pourvoir à la sécurité de Paris ; les bourgeois réclamèrent et obtinrent Thonneur de garder la ville, mais des compagnies d'avento-

Premières reprètentationB tbÉStrales dei mytlèreg au mofea Age. (Page 233, col. I.)

liers français, eepagnolB et italiens, pillaient les environs ; on leur donna la chasse , on en srrâta Dne centaine.

Leur chef, Polifer, fiit pendu avec trente de ses compagnons.

On jeta les antres & l'eau, & l'exception de ceux qui avaient moins de quinze ans, qu'on se contenta de faire fouetter dane les carrefours et de bannir ensuite du royaume.

Le parlement , par arrit dn 19 août , ordonna ijue les prévôts de Paris et des marchands téviraient contre ceux qui tenaient des discours contre la tranquillité publique.

Alors on fouilla ceux qui entraient & Paris ou en sortaient.

On tendit des chaînes au travers de la rivière et le comte de SaintrPaul fut nommé gouverneur de Paris ; c'était l'ami de Jean sans Peur ; il appela liï. M

à lui un boucher nommé Le Ooix , qui avait trois fila, gens déterminés comme lui, et les chargea d'organiser une milice bourgeoise, avec le concours d'autres maîtres bouchers, établis à la porte de Paris et à celle du cimetière Saint- Jean.

11 leur fit expédier des lettres patentes pour le commandement d'un corps de 500 hommes , uniquement composé de bouchers, écorcheurs, chirurgiens et pelletiers, qui prit le titre de milice royale et eut pour mission d'arrêter tous ceux qui tenaient pour le duc d'Orléans, qu'on désignait BOUS le nom d'Armagnacs, du nom du comte d'Armagnac, Leau-père du duc d'Orléans.

« Pour perdre quelqu'un, il surfîsait de l'appeler Armagnac ; il était assommé sur l'heure, ou jeté à la rivière, ou du moins traîné en prison et sa maison abandonnée au pillage, ce. qui causa la

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

ruine d'un grand nombre de familles datis Paris. Charles Culdoé, prévôt des marchands, et avec lui plus de 300 des plus notables bourgeois quittèrent Paris pour n'être pas témoins des excès dont la ville était menacée. »

En effet, la population était partagée entre deux factions, les Armagnacs et les Bourguignons, c'est-à-dire les partisans du duc d'Orléans et les partisans de Jean sans Peur, duc de Bourgogne.

On ne peut se figurer jusqu'à quel point la haine divisait les uns et les autres.

Le roi et le duc de Guyenne, son fils, ne se sentant pas en sûreté à Thôtel Saint-Paul, allèrent demeurer au Louvre mis en état de défense ; le conseil fit abattre les murs de Thôtel de Nesle du c6té de la ville, et boucher la porte qui donnait sur la campagne.

Pierre Gentien fut nommé prévôt des marchands à la place de Ch. Culdoé.

La cour et la ville étaient en pleine anarchie.

Le conseil permit aux gens des environs de Paris de s'armer; ils arborèrent la croix de Bourgogne (croix de saint André, brisée d'une fleur de lis, qu'on portait sur l'épaule) et se battirent au cri de : « Vive lo roi I » Mais cette milice indisciplinée ne fit qu'augmenter le désordre.

Le duc de Guienne, fils du roi, soutint ouvertement le duc de Bourgogne.

Ce fut le signal d'une chasse à l'homme exercée contre tous ceux qu'on soupçonnait d'être Armagnacs; on dénonça aux prônes, comme excommuniés, les ducs d'Orléans, de Berry et de Bourbon, Jean d'Alençon, «Bernard d'Armagnac et Charles d'Albret, « avec leurs alliés, complices, aidants et favorisants » .

Au milieu de cette désolation, les- chanoines et chapelains de la Sainte-Chapelle, les bernardins, les mathurins, les carmes, firent le 9 septembre une procession nu-pieds à Saint-Germain-l'Auxerrois, suivis des présidents et conseillers au parlement, pour implorer le secours du ciel et demander la paix entre les princes.

Ceux-ci n'étaient nullement disposés à la conclure.

Ce fut le parti du duc de Bourgogne qui commença par triompher dans Paris, mais lo duc d'Orléans assiégea Saint-Denis et s'en empara.

Cette nouvelle et celle de la perte du pont de Saint Cloud consternèrent les Parisiens ; ils demandèrent à grands cris au comte de Saint-Paul d'être menés au combat.

Quatre cents bourgeois lui arrachèrent l'autorisation qu'ils sollicitaient et marchèrent contre les Armagnacs ; mais à peine furent-ils sortis de Paris qu'ils tombèrent dans une embuscade où ils furent taillés en pièces.

Furieux de cet insuccès, on en rejeta la faute sur le comte de Saint-Paul; son étendard flottait sur la porte Saint-Denis : le peuple s'en saisit et le déchira en lambeaux.

Le prévôt de Paris avait une maison à Bagnolet; les Armagnacs la brûlèrent.

En revanche, les Parisiens mirent le feu au château de Bicêtre.

Paris bloqué depuis trois semaines se trouva libre par l'arrivée de Jean sans Peur qui y entra par la porte Saint-Jacques, le 30 octobre, à la tète de 3,000 Parisiens qui étaient allés au-devant de lui, et des troupes anglaises qu'il n'avait pas craint d'introduire dans le royaume.

Dès le lendemain, il attaqua les postes de la Chapelle et de Montmartre. Les Bretons, à la garde desquels ils étaient confiés, les défendirent avec courage, mais ils furent vaincus par le nombre, et les Parisiens victorieux rentrèrent par la porte Saint Denis, traînant avec eux plusieurs prisonniers.

Ce succès avait exalté l'orgueil et la confiance des milices.

Pour en profiter, le duc de Bourgogne tenta de reprendre Saint-Cloud; en prépara secrètement des bateaux qu'on remplit d'artifices pour faire sauter le pont. Au milieu de la nuit, le duc sortit par la porte Saint-Honoré et traversa la forêt du Bouvre (bois de Boulogne); les brûlots descendirent la Seine avec tant de rapidité qu'ils ne firent rien sauter, mais l'attaque par terre fut si rapide et si vigoureuse que les retranchements furent emportés d'assaut et la garnison massacrée.

Le duc d'Orléans découragé quitta Saint- Denis avec l'argenterie de la reine qui y était en dépôt et qu'il vola, et Paris appartint tout entier au duc de Bourgogne.

On exécuta aux Halles Colin de Puisieux qui avait livré la tour de Saint-Cloud aux Armagnacs. On lui trancha la tète le 11 novembre; son corps fut mis en quatre quartiers que l'on pendit aui quatre principales portes de la ville.

Tous ceux qui tenaient pour le duc d'Orléans furent chassés du royaume, on s'empara de leurs biens et, pour fournir aux frais de la guerre , Jean sans Peur ordonna de se saisir de toutes les sommes consignées au parlement par les plaideurs et le parlement lui-même fut imposé à mille livres tournois :1e premier président en paya quarante, les autres vingt, les conseillers, clercs cent sous parisis; greffiers, notaires, huissiers, tous durent payer. Les troupes anglaises furent « régalées», bien payées de leurs services et remerciées provisoirement.

Le 17 janvier 1412, il se tint un grand conseU dans lequel les services rendus par le duc de Bou^ gogne furent exaltés ; on y résolut de taxer toutes les villes de France pour faire face aux frais de la guerre. Paris se racheta par la levée et lentretien d'un corps de mille hommes d'armes et cinq cents arbalétriers qu'on tira de toutes les dizaines de la ville et auxquels on joignit cinq cents pionniers commandés par un bourgeois, André Roussel, «QU entendait parfaitement la sape ».

J6 roi, en récompense de la belle conduite des

risiens à Saint-Gloud, rétablît les bourgeois dans

r ancien droit de prévôté et d'échevinagè, par

res du 20 janvier.

jSl ville reprit par les iriêmes lettres tous ses

^its, franchises, libertés et privilèges.

>s bourgeois s'empressèrent alors de procéder

élection de quatre échevins qui furent Jean de

)ye, Jean de L'Olive, Jean deSaint-YonetRo-

'i de Belloy.

Iprès les fêtes de Pâques, le roi, se trouvant en

une santé, résolut de marcher en personne

itre le duc d'Orléans et les siens.

11 commença par faire ses dévotions à Notre-

me, et il alla ensuite à Saint-Denis chercher

riflamme.

Onfit alors, par toutes les églises, des processions

ids nus, pour demander à Dieu la paix dans la

lisoQ royale ; elles continuèrent après le départ

iroi.

La paix fût conclue devant Bourges, à la fin de

illet, et jurée à Auxerre, le 2â août.

Le dauphin et les princes, étant revenus à Paris^

irent une conférence pour régler les affaires de

ïtat etla paix fut publiée à Paris, le 12 septembre^

rec défense, sous peine de mort, d'appeler per-

tnne Armagnac ou Bourguignon.

Enfin, dans la dernière semaine de septembre,

. reine Isabeau et le dauphin firent leur entrée

^iennelle dans Paris, et les acclamations, les cris

B joie, qu^on n'avait pas entendus depuis bien

»Dgtemps, vinrent enfin remplacer — pour bien

BU de temps, hélas I — les clameurs de la guerre.

Le duc de Berry rentra aussi à Paris et les ourgeoiS; allant au-devant de lui, l'escortèrent en rande ponape jusqu'à son hôtel de Nesle ; à eine y eut-il passé huit jours qu'un de ses gens oulut tuer un Parisien. Le corps de ville renouela l'ordre de faire le guet la nuit. Et, de par le oi, défense fut faite à toutes personnes, excepté * ,QX seuls bourgeois de Paris, de sortir la nuit en innés par les rues.

Oo commença un peu à respirer.

En 1412 fut fondé le collège de Reims par Guy le Roye, archevêque de Reims, qui ayant acheté .'hètel de Bourgogne au mont Saint-Hiiaire (rue les Sept-Yoies, rue Ghartière) y établit aussitôt une maison pour les écoliers nés sur les terres aflectées i la mense archiépiscopale de Reims et dans le territoire de Roye ou dans celui de Murel ; en 1418, il fut complètement ruiné par les Anglais, mais il fut rétabli en 1443, par ordre de Charles VII qui onit à ce collège celui de Rethel, qui en était proche et avait été fondé par Gauthier de Lannoy pour de pauvres écoliers du Réthelois.

Celte union soutint pendant quelque temps le <^o'lège de Reims, mais il était tombé dans Tétatle plus précaire, lorsque, en 1720, le cardinal de Mailly, archevêque de Reims, lui donna de nouveaux statuts et y fonda huit bourses.

11 fut en 1763 uni à l'université.

Supprimé en 1790, il devint propriété nationale ; les bâtiments^ vendus les 8 messidor an lY, 2 mai et 8 août 1807; ont été réunis au collège Sainte- Barbe.

Tout à côté, dans la basse-cour du même hôtel de Bourgogne, fut fondé, à peu près à la même époque, un autre collège dit de Coquerel, du nom de son fondateur natif de Montreuil-sur-Mer, et ce collège fut vendu par lui à Simon du Gast, qui le fit prospérer; toutefois, au commencement du xvui* siècle, le bâtiment seul existait; 'depuis longtemps principal et boursiers avaient disparu.

Le 30 janvier 1413, le roi convoqua une assemblée des notables à Tbôtel Saint-Paul, afin de travailler à la réformation de certaines lois ; on en profita pour critiquer vertement la conduite des membres du conseil et le roi dut, peu de temps après, destituer le prévôt de Paris, Pierre des Essarts, et plusieurs autres fonctionnaires en titre. Us jugèrent prudent de quitter Paris au plus vite. Ce fut Leborgne de La Heuse qui succéda à Pierre des Essarts.

Le 28 avril, Pierre des Essarts revint tout à coup, accompagné d'unetroupe de chevaliers et d'écuyers armés, et s'empara de la Bastille au nom du dauphin.

Cet audacieux coup de main fit un bruit épouvantable par la ville ; et le groupe des bouchers Le Goix excita un tumulte considérable. Leurs amis avaient à leur tète un écorcheur nommé Caboche et un chirurgien, Jean de Troye. Ces deux hommes crièrent partout qu'on voulait enlever le roi et le dauphin.

La populace s'attroupa et exigea sur l'heure la destitution de Pierre Gentien, prévôt des marchands. Les échevins lui substituèrent André d'Épernon.

Le peuple accourut en foule sur la place de Grève et força le nouveau prévôt à lui remettre l'étendard de la ville ; on voulut aussi le contraindre à donner l'ordre de faire assembler en armes les cinquanteniers et les dizeniers avec toute leur suite, mais Tordre fut donné verbalement, et le greffier refusa de s'y conformer, exigeant la signature de son chef; de plus, il rappela que le prévôt, les échevins et le gouverneur de Paris avaient promis par serment au dauphin de ne pas faire prendre les armes aux habitants sans l'en avertir deux jours auparavant.

La journée se passa en pourparlers ; les rues étaient couvertes de monde, depuis la Bastille jusqu'aux Célestins; on attendait la réponse du dauphin à qui on avait demandé de livrer Pierre des Essarts.

Le soir, le dauphin fit connaître que l'ex-prévôt demeurerait à la Bastille conuae prisonnier.

Cela ne suffit pas à Timpatience générale, et le lendemain, bien que le prévôt des marchands, les

HISTOIRE NATIONALE DB PARIS ET DES PARISIENS

cinquanteniers et leséchevins se fussent assemblés à THÔtel de Ville pour essayer de calmer Teffervescence populaire, trois mille hommes coururent investir la Bastille; en poussant des cris de mort.

Deux partisans du duc de Bourgogne, Hélion de Jacqueville et Robert de Mailly^ les conduisaient.

Bientôt le nombre des séditieux augmenta et ce ne plus seulement trois mille hommes, mais vingt mille qui se répandirent par la ville, les uns pour forcer la Bastille, les autres pour se diriger vers Thôtel du dauphin.

Ces derniers étaient guidés par Jean de Troye.

Us commencèrent par fermer toutes les avenues de rhôtel et plantèrent devant la porte Tétendard de la ville.

Le dauphin se montra à Tune des fenêtres et demanda ce qu'on lui voulait.

— Arrêter les gens de votre cour, complices de vos débauches, répondit Jean de Troye.

Le dauphin ne discuta pas à propos de cette violence de langage ; il se borna à faire en sorte d'apaiser la colère de la multitude et exhorta les émeutiers à rentrer chez eux et à se remettre au travail.

Le chancelier, qui n*y était nullement forcé, prit alors la parole et demanda quels étaient ceux qui corrompaient le dauphin.

Jean de Troye tirade son haut-de-chausses une liste contenant les noms de plus de cinquante seigneurs et Tobligea à la lire deux fois à haute voix ; — son nom était le premier cité.

Il ne sut que répondre; d'ailleurs on ne lui en laissa pas le temps ; les plus furieux enfoncèrent les portes de Thôtel, la masse les suivit et en un clin d'oeil on pénétra partout; les mutins se saisirent du duc de Bar, du chancelier Jean de Yailly et de plusieurs autres gentilshommes qu'ils conduisirent à l'hôtel d'Artois (séjour du duc de Bourgogne).

En chemin, ils tuèrent un valet du duc de Berry, le canonnier du dauphin, un dés domestiques du duc d'Orléans, et le soir même ils jetèrent à la rivière un des secrétaires du roi, Raoul de Brisac.

Puis, le lendemain, ils sommèrent le duc de Bourgogne de leur livrer le prévôt des Essarts.

Le duc, qui ne demandait pas mieux (des Essarts avait accusé le duc d'avoir dilapidé deux millions en or), alla droit à la Bastille et fit comprendre au prévôt que le plus sage était de se rendre, lui donnant sa parole qu'il le sauverait des mains des émeutiers.

Sur cette promesse, il se livra et fut conduit sous bonne garde au Ghâtelet.

Tout ce qu'il avait laissé à la Bastille en argent, meubles et chevaux fut pillé.

Les bourgeois regrettaient ces excès, mais ils n'osaient l'exprimer tout haut, tant leur peur était

grande des amis de Jean de Troye et de Caboche, qui, du nom de ce dernier, étaient appelés cabochiens.

Au commencement de mai, ceux-ci se coiffèreDt de chaperons blancs et en présentèrent de semblables au dauphin et au duc de Bourgogne en les priant de les porter comme une marque de Taffection qu'ils avaient pour la ville de Paris.

Ces princes obéirent et le dauphin eut en outre à subir le harangue d'Eustache de Pavilly qui, portant la parole au nom du peuple, reprocha au jeune prmce sa vie déréglée, ses excès de jeu, de vin et de libertinage, et finit par demander qu'on fit le procès aux financiers et aux gens récemment emprisonnés.

Le dauphin promit tout ce qu'on voulut et nomma douze commissaires, chargés de s'occuper des afi'airés de la ville.

L'émeute continua, mais comme le parti des chaperons blancs était pour le moment le plus fort, le prévôt des marchands, les bourgeois, tout le monde s'en couvrit et Jean de Troye le présenta au roi, lorsque celui-ci allait à Notre-Dame pour remercier Dieu de lui avoir 'rendu une lueur de raison.

Le roi l'accepta, le recteur de l'aniversité, les présidents du parlement l'imitèrent; « n'en avait pas qui vouloit, » dit Juvénal des Ursins.

Il est vrai que ceux à qui on le refusait couraient grand risque d'être massacrés, comme appartenant au parti des Armagnacs.

Eustache de Pavilly entreprit de justifier devant le roi tout ce qui s'était passé jusqu'alors, et à son tour Jean de Troye, suivi de dix mille hommes armés, alla à l'hôtel Saint-Paul haranguer le dauphin, le 22 mai.

Hélion de Jacqueville, que le peuple avait nommé capitaine de Paris, pénétra dans les appartements à la tète de seize Gabochiens déterminés et arrêta Louis de Bavière, beau-firère du roi (qui fut mené au Louvre avec d'autres seigneure), et Renaud d*Angennes, gouverneur du dauphin, Jean de Nielles, chancelier, Jean de Nantooillet, les dames de Montauban, de Ghasteaux, de Romans, duQuesnoy, d'Anclus, des Barres, etc., qui furent écroués à la conciergerie du Palais.

Le 26 mai, le roi se rendit au parlement accompagné du dauphin, des ducs de Bourgogne et de Berry et des principaux personnages de l'Etat et fit donner lecture des nouvelles ordonnances et des lettres patentes approuvant tout ce qui avait été fait jusqu'à ce jour.

On cria Noèlt en signe de réjouissance, et le roi fut invité par le prévôt des marchands et les échevins à poser le premier pieu d'un nouveau pont de bois que la ville avait entrepris de construire sur la Seine depuis la planche mi-bray jusque devant Saint-Denis-de-la-Ghartre. A cet endroit existait déjà, avant 1313, un petit pont de bois qui avait remplacé le grand pont rebâti par

Periuet Leclerc mal reça par les gêna du prètAt.

le dauphin tira sa dague et en pAiU trois coups à Jacqaeville. (Page 3i6, col. I.)

Charles le Chauve en face la rue de la Baiîllerîe ; ce pont volant servait de communication entre la GÎLé et les moulina construits sur la Seine; des moulins à l'autre rive, on passait sur des planches mobiles que l'on plaçait et retirait h volonté ; c'est ce qu'on appelait les planches mi-Jray, e'est-àdire planches à mi-bras, (à moitié du bras de la Seine).

A cette époque, les eaux de la Seine, surtout pendant l'hiver, venaient battre les murailles des premières maisons de la rue Planche-Mlbray (qui existait encore en 1854 et qui disparut lors du décret du 39 juillet, ordonnant l'ouverture de l'avenue Victoria).

Le roi accepta l'invilation et le 31 mai 1413, à dix heures du malin, armé d'une trie, il enTonça le premier pieu et passa la trie au duc de Guyenne son flla ; celni-ci fit de même, ainsi que les ducs de Berry et de Bourgogne et le sire de La Trémoille.

11 fut nommé pont Notre-Dame, en l'honneur de l'église cathédrale qui se trouve proche, et comme il ne pouvait être construit qu'4 grands frais, en raison de la profondeur qu'avait la Seine

à cet endroit et de la rapidité du courant, le roi accorda au prév6t des marchands et auxéchevins la propriété de tous les édifices qui seraient bâtis sur ce pont, k la condition qu'ils l'entreliendraient en bon état, qu'il n'y pourrait demeurer aucun orfèvre ni changeur et que le roi aurait la justice et un denier de cens, entre deux palées du pont.

Il accorda de plus à la ville, pour en accélérer et faciliter la construction, la jouissance pendant un certain nombre d'années de la troisième partie des subsides de la ville, qui montait par an à plus de trente-six mille francs d'or.

On mit sept années à la construction du pont Notre-Dame qui avait 106 mètres de long et 30 de large. U était supporté par 17 travées de ptles de bois; chacune de ces travées se composait de 30 pièces de bois. Trente maisons de chaque c6té le bordaient. Ces maisons, qui étaient en bois, se faisaient remarquer par leur élévation et l'uniformité de leur construction. Lorsqu'on se promenait sur ce pont, d'où l'on ne voyait pas la rivière, on se fdt cru au milieu d'une foire, en raison du grand

nombre et de la variété des marchandises qui s'y trouvaient étalées aux regards des passants.

L'historien Robert Gaguin estime qu'il passait alors pour un des plus beaux ouvrages qu'il y eût en France.

Au-dessous, des moulins étaient établis, selon U coutume, sur des bateaux.

U s'écroula le 25 octobre 1499; nous dirons la cause de cet événement.

Bien que tout le monde parût d'accord après la tenue du lit de justice faite au parlement par le roi, le 26 mai, les partisans de Caboche n'en poursuivirent pas moins avec ardeur le procès des prisonniers qu'ils avaient faits quelques jours auparavant, et ils parvinrent à faire condamner à mort Jacques de La Rivière et Jean du Mesnil, deux jeunes gentilshommes, favoris du dauphin.

La Rivière se tua dans sa prison,' mais son cadavre fut placé sur la charrette qui conduisait du Mesnil aux Halles, et, tous deux, le mort et le vivant, eurent la tète tranchée.

Fiers de ce succès, les Gabochiens emprisonnèrent plusieurs autres personnes et pillèrent nombre de particuliers ; Jean Juvénal des Ursins fut conduit au Ghâtelet d'où il ne sortit qu'en payant S,000 écus. Jean Gerson, chancelier de l'Église de Paris, et curé de Saint-Jean-en-Grève, s'étant avisé de blâmer les taxes qu'on imposait pour l'entretien des troupes, n'eut que le temps de se sauver sur la toiture des voûtes de Notre-Dame ; sa maison fut pillée.

Mais tout cela n'était que le prélude de scènes beaucoup plus tragiques.

Pierre des Essarts, prévôt de Paris, accusé de tous les crimes imaginables, trahison, concussion etc., fut condamné à mort le i*' juillet; on le tira de la grosse tour du Palais où on l'avait emprisonné, on le traîna sur une claie attachée à une charrette, jusqu'à l'hôtel de la Coquille, dans la rue Saint-Denis, et là on le fit monter dans la charrette pour être conduit aux Halles, où une foule énorme l'attendait pour insulter à ses derniers moments.

11 monta sans pâlir sur l'échafaud, et tendit luimême son cou au bourreau.

Sa tète fut mise au bout d'une lance et son corps porté au gibet.

Le 9 du même mois, le capitaine gouverneur de Paris, Hélion de Jacqueville, passant avec le guet, à onze heures du soir, devant les portes de l'hôtel SaintrPaul, monta brusquement jusqu'aux appartements du dauphin, qui donnait un bal.

Il lui reprocha en termes très vifs de mener ainsi une vie de dissolutions et de plaisirs ; puis, s'adressant à Georges de La Trémoille, il lui reprocha d'être l'instigateur de ces divertissements inconvenants.

Celui-ci répondit par un démenti qui fut suivi d'une repartie des plus outrageantes.

Furieux, le dauphin tira sa dague et en porta

trois coups à Jacqueville qui, heureusement pour lui, portait un haubergeon, c'est-à-dire une chemise de mailles sous ses vêtements.

Mais alors les gens du guet prirent le parti de leur chef, et fondirent sur le sire de La Trémoille, qui eût été infailliblement tué, si le duc de Bourgogne n'était accouru pour le retirer de leurs mains.

Le dauphin reçut une telle commotion de cette scène qu'il en cracha le sang pendant trois jours.

Tandis que ceci se passait à l'hôtel Saint-Paul, le feu dévorait le collège de Saint-Denis, et plusieurs autres maisons de Paris fuijcnt aussi la proie des flammes pend«^nt les jours suivants.

Le 13, un ordre du roi commanda au prévôt des marchands, et. aux échevins, de se réunir à l'Hôtel de Ville, aûn d'entendre la communication d'un traité de paix générale.

Mais on avait compté sans Hélion de Jacqueville, Denis de Chaumont, et Simon Le GousteÛer, dit Caboche, qui firent irruption dans la salle des délibérations , à la tête de cent honunes, et qui empêchèrent toute discussion.

Enfin le projet fut lu le 2 août, en présence d'environ mille personnes, et en reçut l'approbation à peu près générale.

Malheureusement un écheviq, Robert de Belloy, s'avisa de dire que tous ceux qui n'approuvaient pas ce traité devaient être regardés comme des traîtres. '

A peine le mot fut-il lâché qu'Henri de Troye, fils de Jean, l'un des chefs cabochiens, lui envoya un démenti à haute voix; et il -ajouta que la paix qu'on voulait faire était une paix fourrée de peau de renard.

Un tumulte inexprimable suivit ces paroles.

Henri de Troye, qui ne se laissait pas facilement intimider, reprit :

— Il y en a ici qui ont ti'op de sang; ils ont besoin qu'on leur en tire ; il en faudra venir aux couteaux.

Et il sortit tout bouillant de colère.

Ses partisans réclamèrent la remise de la discussion au samedi suivant, mais la majorité demanda qu'on prît l'avis des quarteniers.

— Oui! oui! par les quartiers! cria-t-on.

Cela signifiait qu'on voulait faire voter les quarteniers.

Les bouchers se retirèrent, mais Jean de Troye assembla les quarteniers et leur lut un mémoire dirigé contre le parti d'Orléans pour les empêcher de voter dans le sens de la paix ; alors Juvénal des Ursins lui arracha le mémoire des mains, aux acclamations de la foule qui cria :

— La paix I la paix I

Les bourgeois s'armèrent et se répandirent dans les diverses rues de Paris, en criant de nouveau qu'ils voulaient la paix.

Les cabochiens tentèrent un coup désespéré; ils réunirent 400 hommes armés et une nombreuse

snite d'arbalétriers et se portèrent sur THôtel de Ville, dont ils se rendirent maîtres.

Mais le lendemain matin, vendredi, 30,000 hommes en armes, commandés par le dauphin, fie moO' trèrent et commencèrent par délivrer les prisonniers qui se trouvaient encore au Louvre et an Palais^ la garde du liouvre fut confiée à Louis de Bavière, celle de la BastiUe au due de Bar, le gouvernement de Paris au duc de Beny, la prévôté à Taimeguy Ducfaàtri, le prévôt des marchands Afidré d'Épemon garda ses fonctions, mais les deux éehevins Jean de Troye et de Belloy furent destitués.

Les cabochiens, Simon Caboche en tète, se hâtèrent de fuir pour éviter la potence.

La paix était désormais assurée.

Le dimanche suivant, le clergé de la ville s'assembla à la cathédrale.

Un Te Deum d'actions de grâces fut chanté.

Tout le monde s'embrassa.

Seul, le duc de Bourgogne n'était pas satisfait, et il imagina de profiter d'une partie de chasse qui eut lieu aux environs de Vincennes pour essayer d'enlever le roi.

Mais il manqua son coup, et le 23 août il partit secrètement de Paris pour se retirer en Flandre.

Alors commencèrent les châtiments.

On arrêta un bourgeois, accusé d'avoir assassiné Gourtebotte, violon du duc de Guyenne, et deux frères bouchers du nom de Gaille, qu'on accusa d'avoir noyé Raoul de Brisac, et ils furent pendus tous trois.

Mais l'arrivée des princes à Paris fit abandonner les poursuites dirigées contre les autres.

Ils entrèrent au son des trompettes et des acclamations du peuple.

La bourgeoisie était sous les armes, dans tous les quartiers, pour leur faire honneur, et sur leur passage on jeta des pièces de monnaie en criant : Large%%el

Ils arrivèrent ainsi au Palais où les fêtes les accueillirent.

Mais, ce premier moment d'allégresse passé, le sentiment de la vengeance reprit le dessus et une ordonnance royale prescrivit l'arrestation de tous ceux qui s'étaient compromis dans la compagnie de Caboche, et ils étaient nombreux.

La plupart avaient.eu soin de prendre la fuite.

En attendant qu'on pût s'emparer d'eux, il y eut une grande fête à Thûtel Saint-Paul le 1"' octobre, pour célébrer le mariage de Louis de Bavière avec Catherine d'Aleniçon, veuve de Pierre de Navarre; il y eut un tournoi qui dura trois jours.

Vers la fin de décembre, le duc de Bourgogne écrivit à la ville de Paris qu'il avait dessein de se rendre au Louvre pour y donner la liberté au duc de Guyenne qui s'y trouvait détenu.

Il n'en fallut pas davantage pour qu'une nouvelle panique se déclarât; tous les habitants des

ianbourgs et des eavirons se réfugièrent avec leufs J»6tthi8s dans Paris, et ce qui augmenta encore l'épouvante, ce fut l'ordre donné par la cour aux jBeligieux de Saint-Denis d'apporter à Paris le trésor des saintes reliques et les chartes de l'abbaye, précaution qu'on n'avait pas encore prise dans les guerres précédentes.

Le 9 janvier 1414, la reine assembla les princes au Louvre pour tenir conseil; il fut résolu qu'on enverrait des députés au duc de Bourgogne pour lui signifier de la part du roi la défense de venir à Paris, s'il ne voulait y être traité comme rebelle.

Le duc brava la défense et se mit en campagne : Noyon, Soissons, Compiègne lui ouvrirent leurs portes; le 8 février, il se présenta à la tête de son armée entre Ghaillot et Montmartre, et ses coureurs s'avancèrent jusqu'au marché aux Pourceaux, mais les Parisiens firent bonne contenance et le duc se vit dans la nécessité de battre en retraite.

Le roi, qui se trouvait justement alors en bonne santé, résolut de le poursuivre à main armée; il alla faire ses dévotions à Notre-Dame, ensuite â Saint-Denis, où il prit l'oriflamme le dimanche de Pâques-Fleuries, et il partit alors que tout Paris toussait sous TinQuence d*un vent de bise si contagieux qu'il donna la coqueluche à la généralité des habitants.

La toux était tellement universelle que le Ghâtelet et le parlement durent interrompre leurs séances; les présidents et les avocats ne pouvaient plus parler, et les vieilles gens qui étaient atteints de cette terrible coqueluche mouraient presque tous.

Le duc de Bourgogne fut vaincu ; une amnistie fut donnée en faveur des cabochiens, et, pour la troisième fois, la paix fut signée au Quesnoy, le 16 octobre 4414.

Cette paix fut, suivant la belle expression d'Henri Mariin, le crépuscule précédent la nuit d'horreur et de chaos où allait s'abîmer la France.

Et cette nuit funèbre devait durer trente-cinq ans!

Au mois de février 1415, Paris fut en fête pour recevoir les ambassadeurs d'Angleterre qui venaient demander la main de la princesse Catherine pour le roi Henri V.

Le samedi 9, ces ambassadeurs firent leur entrée solennelle dans la capitale ; c'étaient le comte de Dorset, lord Grey, Philippe Morgan, Richard de Holmes, les évoques de Norwich et de Durham, etc. 600 hommes d'armes leur servaient d'escorte.

Les comtes de Vertus, d'Eu et de Vendôme allèrent recevoir les étrangers aux portes de la ville, et les conduisirent an Temple où leur 1 >gement étail préparé.

Charles VI et ses oncles rivalisèrent d^empressement pour les fêter pendant leur séjour. On donna pour eux un tournoi où assistait toute la cour, et où le duc de Guyenne jouta contre le

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

comte d'Alençon, et le duc d'Orléans contre le duc de firabant.

On commença par signer une trêve de quatre mois avec les Anglais, et le duc de Berry offrit la restitution de la Guyenne, le don du Limousin et la main de Catherine avec une dot de 600,000 couronnes^ qu'il porta à 800, sans compter le trous-seau et les joyaux.

Les Anglais refusèrent (14 mars) et repartirent pour Londres.

Pendant ce temps, les Parisiens inquiets interrogeaient Tavenir; des placards séditieux étaient afGchés aux portes des égUses. Les cabochiens s'agitaient dans Tombre; un d'eux courut à l'église Saint-Eustaciie et, détachant de la statue du saint l'écharpe blanche qui était l'emblème de la faction d'Orléans^ il la mit en pièces.

On l'arrêta et on lui coupa le poing.

Les projets de mariage n'ayant pas abouti, à la suite de la rupture des négociations, le roi d'Angleterre déclara la guerre à la France.

Pour la dernière fois, le roi alla prendre l'oriflamme à Saint-Denis, les Parisiens offrirent de renforcer son armée de 6,000 hommes de milice entretenus aux frais de la ville, mais les princes répondirent que les milices bourgeoises embarrassaient plus qu'elles ne servaient, et refusèrent ce renfort.

Ce furent les présidents du parlement qui furent chargés de veiller aux fortifications, de Paris, et d'y faire faire les réparations nécessaires.

Charles YI avait, en réponse d'une lettre qu'il avait reçue de Henri Y, le 28 juillet, écrit que, si le roi débarquait en France, il saurait bien l'en chasser.

De plus , le dauphin avait cru devoir, par malice, joindre à la lettre de son père une caisse remplie de balles, de raquettes et de tamis, en disant que c'était pour le roi d'Angleterre et pour ses lords , attendu qu'il leur conviendrait mieux de s'en servir que de venir tenter de conquérir son héritage, car ils étaient trop jeunes pour cela.

Le roi d'Angleterre, piqué au vif en recevant des mains de son envoyé le cadeau du dauphin, s'écria qu'il acceptait les balles que le jeune prince lui offrait, mais qu'il en lancerait à son tour de si pesantes que les portes de Paris ne seraient pas assez fortes pour les renvoyer.

Or ce propos, colporté par la ville, excitait fort la crainte des habitants, et quand, des côtes de Normandie, le bruit se répandit à Paris que les Anglais s'étaient emparés d*Harfleur , ce fut une consternation générale,

La bannière de Saint-Georges et celle du roi, écarteléo des armes de France et d'Angleterre , flottaient sur la cité normande.

Mais ce fut bien autre chose après la terrible défaite d'Azincourt (vendredi 25 octobre 1415)1

Charles YI était à Rouen lorsqu'il apprit la perte de cette bataille désastreuse.

On le ramena en toute hâte à Paris, où le dae de Bourgogne, à la tète de bandes de Savoyards, de Lorrains et d'Allemands qui ravageaient les environs, demanda la permission d'entrer.

Que venait-il faire à Paris?

On convoqua le parlement le il décembre, et on apprit que dans la nuit on avait arrêté un pâtissier nommé Robin Gopil, qui était en correspondance avec le duc et qui lui assurait qu'il trouverait à Paris 5,000 hommes prêts à lui ouvrir la porte Montmartre ou celle Saint-Honoré.

On décapita aux Halles le pâtissier et on refusa l'entrée au duc de Bourgogne qui s'en retourna après être demeuré six semaines inactif à Lag^y, ce qui lui valut d'être appelé par les Parisiens moqueurs a Jean de Lagny qui n'a pas hAte ».

Le dimanche 1*' mars, dimanche gras, Tempereur Sigismond vint à Paris avec un cortège de 800 cavaliers; il fut lo^é au Louvre et traité avec toute la magnificence due à son rang; « ie.roy et les princes marquèrent leur joie dé cette visite de l'empereur par des festins réitérés et toutes sortes de divertissements h .

Le temps cependant ne semblait guère propice aux divertissements ! .

. Les Anglais se rendaient maîtres de toute la Normandie, et le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, ne craignait pas de faire cause commune avec eux!

Enfin l'empereur Sigismond se montra tellement satisfait de Taccueil qui lui était fait qu*ii voulut à son tour « régaler les dames de Paris ».

Environ 120 dames de la noblesse et de Téchevinage furent invitées par lui, au Louvre, le 10 mars, et un dînera la mode allemande, « c*està dire avec force espices dans tous les mets, m leur fut offert.

Après le festin, il y eut bal, concert, et chacune des invitées retint de l'empereur, à titre de souvenir, un anneau d'or a de peu de valeur ».

Sigismond eut aussi la curiosité de voir plaider une cause; il alla au parlement, et les avocats « en beaux manteaux et chaperons fourrés commencèrent à plaider; il s'agissait de l'office de sénéchal qu'on disputait à un sieur Guillaume Signet, sous prétexte qu'il n'était pas chevalier ».

Soudain l'empereur, qui était assis sur le siège du roi , se leva et fit signe qu'il voulait parler.

Les avocats s'interrompirent.

Sigismond fit alors mettre Guillaume Signet à genoux, tira son épée et le frappa du plat.

Puis s'adressant aux juges :

— Yoici la cause terminée, dit -il; la raison qu'on alléguait contre cet homme cesse, car je le fais chevalier.

Et l'office fut adjugé à Signet.

Toutefois la façon dont l'empereur était intervenu dans une séance de la cour déplut au roi, qui s'étonna quelque peu de ce sans-gène; mais il n'osa pas le laisser voir, et le mercredi avant

Pcrriaet Leclerc ouvrit )a porte Stint-Garmaîu au aire de ViUien-de-L'lle-Adam, dus U Quit do 21 (Page 231, coL 1.)

iques-Fleuries, Charles VI accompagna Tempear jusqu'à Saint-Denis, celui-ci s'en allant en

Les impôts étaient plus lourds que jamais à iris depuis la guerre , et les Parisiens tournent leurs regards vers le duc de Bourgogne, pour quel ils s'étaient toujours sentis entraînés. Quellej-uns lui envoyèrent des messagers afin de înlendre avec lui à l'effet d'enlever le roiet de tuer reine, le duc de Berry, le roi de Sicile et le prévôt 1 Paris, s'il refusait d'entrer dans le complot; duc de Bourgogne accepta avec empressement fiïa le jour de Piques pour l'exécution de ces isassinats que l'on considérait comme la chose plus naturelle du monde.

La conspiration fut découveite par la femme i lAÎIlier, changeur, demeurant sur le Pont-auhange, et par un gentilhomme du duc de Berry, Ommé de Montigny, qui passant le soir, par la le aux Fèves, aperçut dans la maison de Colin "pont, riche bourgeois, des hommes armés. Le prOvôt de Paris averti par l'un et par l'autre lonla ii cheval, et, k la tète de 50 hommes

d'armes, s'empara des Halles, força la maison de quelques conjurés qui lui avaient été signalés et fit plusieurs arrestations.

Robert de fielloy, riche drapier, fut décapité, le 21 avril, en même temps que Renaud Maillet.

Dans la charrette qui les conduisait au supplice, on avait fait monter Nicolas d'Orgemont dit le Boiteux, diacre et fils du chancelier de France, afin qu'il assistât à leur supplice ; ensuite il fut mené au Chàlelet , et dans la soirée livré à l'évêque de Paris. 11 fut privé de tous ses bénéfices, condamné à la prison perpétuelle, au pain et à l'eau. Tiré de la Bastille où on l'avait emprisonné, il fut rasé publiquement, coiffé d'une mitre de papier et conduit au parvis Notre-Dame, où il fut hissé sur un échafaud et prêché en présence du chapitre et d'une multitude de peuple, dont une grand partie était sous les armes.

Pour plus de sûreté et dans la crainte qu'il ne fût délivré, on le transféra à la prison de Meungsur-Lioire, où il mourut.

Les autres conjurés furent punis de mort ou d'exil.

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

Le 7 mai, on publia dans Paris une ordonnance qui défendait de faire aucune noce ou assemblée sans la permission du prévôt.

Le lendemain, on enleva les chaînes des rues et on les transporta à la Bastille.

Puis on obligea les bourgeois à aller y déposer toutes leurs armes.

Le 13, le roi ordonna que la grande boucherie serait abattue et Técorcherie déplacée du voisinage du grand Châtelet.

Quatre autres boucheries furent bâties, Tune à la halle de Beauvais^ la seconde auprès du Châtelet, à Topposite de Saint-Leufroy, sur le bord de la Seine, la troisième joignant le petit Châtelet à rissue de Tancien Petit-Pont, et enfin la quatrième autour des murs du cimetière de Saint- Gervais.

Ces boucheries prirent le nom de Boucheriesdu-Roî; elles avaient quarante étaux qui furent unis au domaine de la couronne. Quant aux tueries et écorcheries, elles devaient être hors et au-dessous de la ville. La communauté des bouchers fut dissoute.

Les bouchers se plaignirent au parlement et plaidèrent, mais ils furent déboutés de leur appel par lettres patentes du 3 septembre.

Le 15 juin, le duc de Berry, oncle du roi, étant mort, sa charge de capitaine-gouverneur de Paris fut donnée au comte de Ponthieu , second fils du roi.

Tout cela n*empècha pas Jean scms Peur de conserver l'espoir de s'emparer de nouveau du pouvoir et les Bourguignons se rassemblèrent le 14 août 1416, en Picardie et en Champagne, et ils arrivèrent de nuit aux portes de Paris, pour tâcher d'y entrer; ils ne purent y réussir et s'en retournèrent à Beaumont-sur-Oise qu'ils ravagèrent.

La reine Isabeau, au milieu de tous ces troubles, ne négligeait pas l'occasion de s'amuser, et sa conduite était des plus déréglées.

Le roi revenant un jour de la visiter au château de Vincennes se croisa avec le chevalier Louis de Bois-Bourdon, avec lequel elle entretenait des relations coupables.

Il le fit arrêter sur l'heure et conduire au Châtelet.

On lui donna la question, puis on le jeta cousu dans un sac à la rivière, en même temps que la reine était exilée à Tours et gardée â vue.

Le comte de Ponthieu, devenu dauphin par la mort de son frère, profita de l'occasion, lui et quelques-uns de ses gentilshommes, pour s'emparer de toute l'argenterie et des joyaux de sa mère, puis il partit pour Angers et Rouen, d'où il revint lorsqu'il sut que l'armée du duc de Bourgogne était venue camper à Vanves et à Bourg-la-Reine et saccageait tout le pays environnant Paris.

Les Bourguignons brûlaient tout; ce fut ainsi

qu'ils détruisirent le château que Juvénal des Ursins possédait à Rueil et nombre d'autres habitations.

La reine, furieuse d'avoir été envoyée à Tours, s'allia avec le duc de Bourgogne contre le roi et un nouveau corps d'armée bourguignonne, sous la conduite de Hector de Saveuse, s'approcha de la porte Bourdelle, qu'un certain nombre de bourgeois devaient lui livrer ; mais, la veille du jour fixé pour cette trahison, un pelletier de la rue Saint- Jacques, qui était dans la conspiration, eut des remords et alla tout révéler au prévôt de Paris, Tanneguy Duchâtel. Sur cet avis, le prévôt se rendit lui-même à la maison dans laquelle se trouvaient les conjurés et les prit d'un seul coup de filet.

Lorsque les Bourguignons se présentèrent à la porte qu'ils pensaient voir s'ouvrir, ils furent accueillis par une grêle de flèches et se sauvèrent en toute hâte. Hector de Saveuse fut dangereusement blessé ; le duc s'en retourna trouver la reine ; les conspirateurs eurent la tête tranchée. Quant au pelletier, non seulement il eut la vie sauve, mais encore il reçut une bonne somme d'argent et il fut appelé par le peuple le Sauveur de Paris.

Le 10 décembre, Jean Le Bugle, procureur de la ville de Paris, vint au parlement déclarer que la veille les sceaux de la ville avaient été volés, qu'on allait en faire de nouveaux dissemblables et qu'aucune foi ne devait être ajoutée aux actes scellés des anciens sceaux depuis le 9.

Chaque jour on arrêtait quelque personne accusée d'être du parti des Bourguignons ; bn n'osait plus parler devant quelqu'un ; chacun se défiait de son voisin, la terreur était à son comble, on savait que Jean sans Peur favorisait les desseins des Anglais.

Le roi comprit qu'il fallait à tout prix faire cesser cet état de choses.

On négocia pour une quatrième paix.

Cette fois on prit un moyen radical ; il fut convenu que le gouvernement serait confié au dauphin Charles et au duc de Bourgogne pendant la vie du roi.

Le traité fut signé à Montereau le 17 de mai 1417, et publié à Paris le samedi 27.

Un événement singulier allait encore tout bouleverser.

Perrinet Leclerc, fils de Pierre Leclerc, marchand de fer sur le Petit-Pont, qui avait la garde de la porte SaintrGermain, allant un jour poster le guet pour son père, fut assez mal reçu; il alla se plaindre au prévôt qui ne l'écouta pas ; il résolut de se venger et forma un groupe de mécontents qui se mit en rapport avec les émissaires du duc de Bourgogne.

Perrinet Leclerc s'engagea à s'emparer des clefs de la porte Saint-Germain qui étaient aux mains de son père, et à l'ouvrir aux partisans du duc de Bourgogne, sous la conduite de Jean de Yilliers*

de-L'Ile-Adam qui commandait à Pontoise pour Jean sans Peur.

Dans la nuit du 28 au 29 mai, Perrinet prit les olefs qui se trouvaient derrière le chevet du lit de son père endormi et, ainsi qu'il en était convenu, il alla ouvrir la porte à Villiers-de-Llle-Adam, €iux seigneurs de Ghevreuse,^de Mailly, de Vargines, de Bournonville et de Goury, suivis par liuit cents cavaliers conduits par les capitaines Claude de Beauvoir, de Ghastelus et Gui de Bar. Tous les hommes d'armes entrés, Perrinet referma la porte dont il jeta les clefs en dehors pardessus li^ muraille.

Llle-Adam et les siens marchèrent droit au Châtelet où se trouvaient environ 400 bourgeois en armes qui les attendaient.

Quelques jours plus tard, on trouvait le cadavre de Perrinet Leclerc percé de plusieurs coups de poignard.

Ils se divisèrent en divers corps ; les uns allèrent à rhôtel Saint-Paul, les autres aux différents hôtels du duc d'Orléans en criant par les rues à haute voix :

— La paix! la paix! vive Bourgogne!

Ceux qui pénétrèrent à l'hôtel Saint-Paul trouvèrent le roi endormi; ils le réveillèrent et Tobligèrent à monter à cheval et à parcourir la ville, pour montrer qu'il autorisait tout ce qui se faisait au nom du duc.

Tanneguy Duchâtel avait bien vite couru à rhôtel du dauphin qui était au lit; il Tenveloppa dans sa robe de chambre et l'emporta à la Bastille et de là à Melun.

La populace, déjà en mouvement, se répandit partout, portant sur ses vêtements la croix rouge de Saint-André, symbole de la maison de Bourgogne, et cria : «Vive le roi et le duc de Bourgogne!» Malheureusement, les bandits et les pillards se mirent de la partie.

On se battait de tous côtés, on arrêtait les gens sans savoir pourquoi, et quiconque était désigné comme Armagnac était aussitôt massacré.

Toutes les prisons furent remplies des ennemis du duc de Bourgogne.

Et, pour réfréner la fiireur populaire, il fut défendu, sous peine de la hart, d'emporter violemment ce qui était dans les maisons et d'arrêter pei*sonne sans autorité de justice.

Mais, une fois l'élan donné, il était bien difficile de le modérer; les Bourguignons faisaient les cent coups, pillant tout ce qui tombait sous leurs mains et se livrant à tous les excès.

Le lendemain, le roi nomma Gui de Bar prévôt et fit publier à son de trompe un ordre qui obligeait tous les bourgeois à révéler les noms de tous les Armagnacs qu'ils connaissaient, ce qui fit que tous ceux qui s'étaient cachés chez des amis se virent dans la nécessité de se livrer ; le connétable s'était blotti chez un maçon ; il fut dénoncé par lui; le nouveau prévôt vint

l'arrêter et le mena lui-même au petit Châtelet,

La Bastille tenait encore pour le parti du roi.

Tanneguy Duchâtel, après avoir mis le dauphin en sûreté, revint le !•' juin avec le maréchal de Rieux et des hommes d'armes pour chasser les Bourguignons ; il avait avec lui seize cents gendarmes qull fit entrer par la porte Saint-Antoine et bientôt un groupe considérable se forma aux cris de : «Vive le roi, le dauphin et le comte d'Armagnac I »

Mais aussitôt le prévôt Gui de Bar et Villiers-de- L'Ile-Adam ramassèrent tout ce qu'il y avait d'hommes d'armes dans Paris et marchèrent contre ceux de Tanneguy.

On se battit ferme, mais les Bourguignons devenaient sans cesse plus nombreux; trois à quatre cents Armagnacs demeurèrent sur le carreau ; les Bourguignons n'eurent qu'une quarantaine d'hommes tués.

Ceux-ci furent enterrés honorablement; les autres furent conduits dans des tombereaux par le bourreau hors de la ville et jetés au milieu des champs.

La Bastille se rendit.

Cani-Yarennes, que le comte d'Armagnac y avait tenu comme prisonnier, en devint le gouverneur.

Les Bourguignons étaient enfin maîtres de Paris.

Tout n'était pas fini.

Les bouchers et les écorchenrs bannis étaient rentrés dans la ville la rage et le désir de la vengeance au cœur ; ils animèrent le peuple et mirent tout en œuvre pour le soulever, en répandant le bruit qu'il était venu des troupes pour délivrer le comte d'Armagnac et mettre à mort les partisans du duc de Bourgogne ; il n'en fallut pas plus pour exciter la colère populaire.

Tandis que les Bourguignons couraient aux armes, les cabochiens, commandés par un potier d'étainde la cité nommé Lambort, coururent à la Gonciergerie,entirèrentleconnétabled'Armagnac, le chancelier de Marie, l'évèqtie de Coutances et les massacrèrent, puis ils les dépouillèrent de leurs vêtements, et laissèrent leurs corps nus sur la voie publique ; l'un d'eux, après avoir coupé la tête au chancelier de Marie, alla la présenter au bourreau Gapeluche comme témoignage de sa vaillance.

Us coururent ensuite à la prison Saint-Éloi et fendirent à coups de hache la tête à tous les prisonniers. Seul, l'abbé Saint-Denis qui y était enfermé se sauva dans l'église Baint-Paul, dont la prison était voisine, et se jeta à genoux devant l'autel, tenant en ses mains une hostie ; les assassins s'arrêtèrent et n'osèrent le frapper; il fut sauvé.

De Saint-Éloi, ces furieux se transportèrent au petit Châtelet, où l'entrée leur fut refusée, maison fit sortir les prisonniers un à un.

Et au fur et à mesure qu'ils paraissaient et

baissaient la tète pour sortir, ils étaient percés de coups d'épée, assominéB à coups de hache et leurs corps traînés dans la boue.

Ces excès durèrent une partie de la journée; le sang ruisselait de tous c6tés et avecune telle abondance qu'aux environs du Gh&telet il montait jusqu'à la cheville du pied.

Le grand Cbàtelet, les prisons de Saint-Martindes-Champs, de Saint-Magloire et du Temple furent vidés de leurs prisonniers; ceux même qui étaient enrermÔB pour délies ne furentpas mieux traités; on les jeta par les fenêtres.

La nuit se passa en tueries.

Les cabochiens descendirent jusqu'au fond du plus sombres cachots pour y chercher des prijuj. niers i massacrer.

Huit cents personnes environ périrent de «tu façon ; hommes, femmes, jeunes ou vieux tuM mis en pièces, puis traînés dans les rues; quelque féroces massacreurs tailladaient les corps norti de façon à ce que la chair fût enlevée sur le ventre et la poitrine de manière à former une insiii rouge.

C'était l'écharpe des d'Orléans

<e croiia avM I* elMvalier de Boii-Bourdaa st le fit arrêter si

Tous ces corps étaient ensuite jetés à la voirie, pour servir de pâture aux chiens.

On refusa la sépulture à tous ceux qui avaient été mis à mort.

Les historiens ne tarissent pas sur les excès épouvantables qui furent commis dans Mb journées de guerre civile ; naturellement, des temps aussi troublés avaient suscité nombre de vengeances personnelles qui s'accomplirent sous le manteau de la politique.

Soit affectation, soit prudence. la reine et le duc de Bourgogne ne rentrèrent à Paris que le 14 juillet; ils y furent reçus au bruit des acclamations populaires.

On jeta des (leurs par les fenêtres sur le char de la reine.

Ce n'était que danses, concerts et marqnei publiques d'allégresse.

Ils descendirent à l'hfitel Saint-Paul où \t m leur témoigna toute sorte d'affection (il ne e« souvenait probablement pas que c'était lui quiaciil chassé sa femme).

Le duc de Bourgogne fut nommé gouverneur de Paris.

Chacun de ses partisans eut l'emploi qu'il désirait.

Encore one fois tout le monde étAit satisraiL

Le peuple n'eât pas mieux demandé que de l'être aussi ; malheureusement il manquait de pain, et la faim dispose mal à l'allégresse.

La cherté des vivres était telle que les pauvrei gens ne pouvaient plus manger.

JACQUES DE HOLAY, chef des Tcmpliei

Page 1