‹ ParisChapitre 5 sur 12 · VV · texte numérisé non relu

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mait les surveillais de la mén^geri^ par sa férocité; on avait résplij, au nqm de |a sécurité ppblicjue, cjç le détruire; ipais, avant d'en venir à çefte extrémité, on chercha encore s'il n'y avait pas un moyen d'utiliser ce dangereux animal. En ce temps-là, vivait à la mér Hî^gerie un lion fort doux. Il fut décidé qu'on consolerait sa solitude en lui donnant ce chien pour compagnon de fers. Le lion, à sa vi^e, entra en fureur, \l (Jevinl clair que ces deux hôtes ne se convenaient pas, et l'on se hâta de les séparer. Dans une autre loge habitait au contraire un lion indomptable. On imagina de réunir ces deux naturels féroces et assorti^ par la méchanceté. L'entrée du chien dans cette se-: cpnde loge eut plus de succès que dans la première; le lion demeura paisible ; déjà mênie les Hens d'une connaissance durable paraissaient se former entre les deux individus, lorsque le chien ^ emporté par son penchant insurmontable, mordit son compagnon jusqu'au sang. Le lion l'abattit d'un coup de griffe. Ce commencement de société, si malheureusement interrompue par la rébellion du plus faible, ne semblerait-il pas nous indiquer que parmi les animaux comme parmi les hommes la conformité de caractère est la base de toutes les liaisons.

Pe tous les moyens employés par l'hopfime pour l'éducation des carnassiers, le premier est l'asservisment. Après s'être rendu maître de la liberté de ces animaux dangereux et avoir comprimé leurs forces de destruction , il commence à les civiliser. Parmi le§ agens auxquels il a recours , les uns sont tout matériels, comm^ les coups, la diète, la privation de som-

meil. On a niéme imaginé d'entrer danjs 1^ loge 4ç ces terribles apiinaux en tenant à la main une barf;^ de fer rougie par l'extrémité : le lion ou le tigre, éprpuvant la l^rûlure de cette arme , se retire effraye et groTidant devant un^ puissance au'il ignorait. Les fnpyens oui appartiennent à l'ordre moral çf dpnt l'influence n'pst pas moins grande, sont l'empire du regard, le rayonnement du visage humain sur li} nature inférieure, le magnétisn^e du geste et la dominatioQ de la volonté. Le docteur Gall était d'avis que l'jiomme soumettait les animaux au moyen des faculté^ que la nature lui avait données en plus et dont le^ prganes couronnaient le devant de la tête. Les carnassiers les plus féroces ne sont pas non plus insensibles à la beauté. La faiblesse unie à la grâce parait les toucher surtout dans les enfans. Des indnsr triels forains montraient, il y a quelques années, un lion dan§ Jacage duquel enlrait un enfant armé d'un fouet; cette petite créature, ignorante du danger et taquine comme on l'est à cet âge , frappait le lion à )a face, de ms^nière à le faire visiblement souffrir. L'animal rugiàsait et secofiait sa crinière avec transport^ sans toucher à ce frêle ennemi, qui, enhardi par sa victoire, redoublait les coups et les insultes. Cette douce bête féroce montrait une patience que n'eut certes déployée ni le cheval, ni le bœuf, ni aucun de nos aiùmaux domestiques. Mais h^ défaut de ces exemples jsolés, l'état constant du guépard, ce tigre que les Indiens ont dressé comme nos chiens de chasse à rapporter humblement sa proie, nous enseigne que toute la nature est susceptible, avec le temps et l'em-

ploî de la force morale , de se ranger aux lois de Thomme. Le mauvais emplacement de la ménagerie ne permet guère de montrer au public cet animal si doux , gardé par un simple treillage et un filet , dans un parc de verdure, comme les cerfs et les gazelles ( i ). Soit que l'organisation du guépard, la forme de son cerveau , plus élevé que celui du tigre , la position de ses griffes moins redoutables que celles des autres carnassiers , l'ait destiné par les mains de la nature à un genre de vie particulier; soit que ^éducation ait créé elle-même tous ces caractères, il est certain que l'homme a entrepris ou au moins achevé la conquête de ce précieux auxiliaire. Le premier obstacle à de grands succès qu'on rencontre ici, est dans le peu de séjour que les animaux féroces font à la ménagerie. Les ennuis de la captivité , le changement de climat , la privation d'air et de mouvement les condamne presque tous à une mort prématurée. On cite comme prodige une lionne qui vécut vingt sept ans dans son étroite loge. Les autres individus se renouvellent si fréquemment qu'on n'a vraiment pas le temps de suivre sur eux des essais complets d'éducation. On a observé que les animaux féroces , appartenant à des industriels forains, quoique enfermés dans des cages encore plus étroites et soumis à une moins bonne nourriture, vivaient plus long-temps que ceux de la ménagerie royale. A défaut de locomotion libre et personnelle , c'est déjà une raison de santé pour ces remuans captifs , que de renouveler leur milieu am-

(i) Cet enclos est occupé maintenant par une jeune lionne qui se montre aussi peu dangereuse que le guépard.

LÀ MÉNAÔBRie. soi

biant et pour ainsi dire leur colonne d*air. La figure différente des lieux et le changement d'horizon contribuent en outre à les distraire pendant le voyage. Le second obstacle réside ici dans les difficultés qui s'opposent, les conditions actuelles étant données , à la reproduction de ces sauvages espèces de carnassiers. On a obtenu, à la ménagerie, des naissances de lions : mais ces faits rares, isolés, ne constituent pas encore un progrès rendu fixe par l'habitude. Il est néanmoins déjà possible d'entrevoir, à l'aide des résultats connus, un jour où le travail de l'homme s'étanl étendu avec le temps et les moyens nécessaires sur les animaux féroces , notre vanité , satisfaite par de plus grandes conquêtes , n'ira plus visiter dans les individus de la ménagerie des esclaves, mais des sujets.

Le petit nombre de loges extérieures ne permet pas même dans l'état actuel l'exhibition publique de certains animaux auxquels se rattache un grand inté-» rét- Nous ne parlerons ni des paradoxures , ni des civettes, ni des servals, ni du chat d'Egypte, dont la comparaison avec notre chat domestique offre de curieux enseignemens* Mais il est dans cette âpre et sauvage famille des carnassiers deux individus bien remarquables par leur descendance : ce sont le loup et le chacal , d'où l'homme a tiré le chien. L'état de la science permet de regarder le chien comme notre ouvrage. Cet animal, dont une expérience suivie pendant des siècles à complètement assujetti les mœurs en les modelant sur les nôtres, est un exemple magnifique et sans cesse présent de notre action sur la

iU LE Jlftblî? DES PLANTES.

hàture. L'bomine crée dans la création. A f aidé dés élémëns de la vie qii^il modifie sans cesse pour îe^ ployer à ses caprices ou à ses besoins , il grave àvefc le temps dans les organes des animaux Sôilttiis à ^ domination les carâclèr&s de Sa volonté. Ôri regretté de iie pas voir figurer eh plus grand noiiibrë à la tnênagerié le chieii lui-même, ce mônuttieht des âgés modernes de la création, ce produit de Id maiti de rhomme. Un travail dont les bases sont iartêtées , permet d'entrevoir dans l'avenir réràblis'semëhi d^inle cour extérieure , où les chiens des nations civilisées, des peuples sauvages ou deml-sâuvages , seraient réimis sous les yeux du public. tJne telle exhibitiôii d'animaux différens par leurs formes et par ledrs ih- Istincts ne serait pas séuletnent dh speclàdle intëressàiit pour la science; se serait encore un cours d'histoire. tJn très curieux mémoire de M. Isidore Geoffroy Saint -Hilaire a démontré (Jiie Tétàt d'éducation dli èhien correspond toujours étroitement à l'êtàt dé civilisation du peuple oii de ta race humaine à laquelle cet animal appartient. La distàtice que lé loiip et le chacal on dû parcourir dans la suite des siècles potir revêtir les caractères de notre chien domestique serait par ce moyen rendue visible. On suivhàit d'un itidivîdu à l'autre la marche de cette seconde création qui a eu comme la première ses àges et ses de^rëè. L'humanité, agissant sur les animaux avec là sbtiiàle de ses moyens toujours croissans, n'a pâs dû exercer à toutes les époques les mêmes ihfliiehCës ni ôbtëtlir lés méniés conquêtes. Si lious effaçons dé nôtre éSpHt l'imagé du monde actuel ^ tel que l'ont fait àéflt eu

hiiit mille ans de travail et d'efforts coritintis, tiôus remonterons sans peine â iiiî*tehl{)s où rhbitiiriè n'étendait sur les âriiriîaiix et en |:>artictilier sur le chieti qu Une très faible dôniinàtiod. L'état sdiivagë tibtis présenté lé même Caractère. Ndus vërrîëtis de la fedrte dàhô le chien arraché aux peuplades fe^rantefe dé T Afrique par nos voyageiirs, uti sauv;ige kiiimêthë, lin deiiii-chàcal, à peitié associé aux ^reniiérs travaux dé rhbnimë.ttusiôin, hoUsràpercévriotis,sedépôuillatit par degrés dé son état briginel, sortir de la ttàtiirfe sotls l'action de son maître , et marcher d'un pas égal au sien vers ùhé dotnesticité , bu, si Ton aime iiiieux, vers uiie civilisation plus grande. Enfin, apparaîtrait ce raêtne ànittiâl dans l'état de nos sociétés tnodet'nes, le pteniierdë là maison après l'homme, l'auxiliaii^e de la puissaiii:e humaine sur les autres animaux. Dans diacun de ces états se montrerait une organisation (Conforme â ses instincts. Nous verrions les individus proviénattt de peuplades sauvages ou demi-civilisées he dessiner encore que l'ébauche du chien, settiblable dans leur configuration douteuse à ces êtres antédiluviens dotit l'image fossile ptésente comme Fessai des àïiimàux aujourd'hui vivant à lasui-facë du globe. Pëu-à-peu cette esquisse se dégagerait , et en suivant ce travail l'œil veri^ait se fbrmer par degrés, dans un espacé de temps resserré parla main de l'homUie, les progrès qîie là durée des siècles a créés très anciennëriiëtit chez tous les peuples de la terre. Ces changetBetis, cohtractés par l'habitude dans les mœur^ des àrtiibàUx sàiivagës, devîentlënt si sensibles à la Ibngtie, t][ûé le& naturalistes cdnstateiit ^ui* là tétë dli chien

SOê LE JARDIN DES PLANTES.

moderne, comparée à celle de son ancêtre, une élévation très considérable du crâne et un raccourcissement du museau. En présence de ces faits, tous deux d'un si haut intérêt physiologique, l'homme peut se considérer comme imprimant la forme de sa tête aux animaux qu'il s'adjoint dans l'œuvre de la conquête du monde : il en fait, s'il est permis de parler ainsi , des autres lui-même, des ministres de son action, comme il est à son tour , dans tout ce qui regarde la fin et le gouvernement de sa planète, l'intendant du très haut.

L'existence du chien démontre que l'homme pourrait appeler à son service d'autres individus parmi cette sauvage famille des carnassiers, sortis, l'écume et le sang à la bouche , des mains primitives de la nature. Le règne animal tout entier doit subir bien d'autres évolutions. Encore éloignée de son terme la création n'est pas plus arrêtée qu'elle ne l'était dans les âges qui ont précédé le déluge. Le progrès a été refusé aux animaux, et c'est la limite essentielle qui les sépare à jamais de l'homme , si par progrès on entend un développement libre et spontané qui naisse de leur propre impulsion. A part quelques légers changemens apportés dans leurs organes par leur position géographique à la surface du globe , les espèces sauvages n'ont guère varié depuis la dernière révolution de la nature. Leurs moeurs sont partout restées les mêmes, uniformes, immobiles. Mais si l'animal n'a pas le progrès en lui-même , il est capable de le recevoir. Son rôle est de participer sans cesse au développement de l'homme et des sociétés. Selon,

en effet, que Tétre intelligent se montre plus ou moins avancé, il imprime sur les aning^ux domestiques qui l'entourent la marque et pour ainsi dire le degré de son élévation morale. Nous voyons alors ces anciens hôtes des forets, devenus les hôtes et les compagnons de la demeure de l'homme, ajouter leurs forces auxiliaires aux forces de leur maître , jusqu'à se faire au besoin les instrumens de la captivité de leur race.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des carnassiers , mais le chien n'est pas le seul ouvrage de l'homme. Si nous élargissons le théâtre de nos observations, si de l'enceinte de la ménagerie, nous rayonnons sur les parcs de verdure qui donnent l'hospitalité à un autre genre de captifs , aux animaux doux et herbivores , nous verrons surgir bien d'autres monumens de notre industrie sur la nature animale.

L'établissement de ces pachydermes, de ces ruminans , de ces solipèdes sur le terrain du Jardin des Plantes, doit, comme la ménagerie , son origine à un acte révolutionnaire. C'est du sein des forêts confisquées au profit de l'État^ notamment du Rainci, domaine appartenant au duc d'Orléans, et saisi après sa mort , que sortirent, pour le Jardin des plantes, les premiers représentans des familles herbivores et pacifiques (i). Ces animaux, dont les uns n'ont point ou

(i) Laissons encore parler sur la fondation de cette seconde ménagerie, M. Jean Reynaud:(c Après la mort du duc d'Orléans, le Rainci avait été confisqué comme propriété nationale, et la chasse du parc avait été adjugée anx enchères à Merlin de Thionville et au marquis de Livry. Mais Cassous, qui exerçait les fonctions procdnsulaires dans le département de Seine-et-Oise, cassant le marché , décida que le district de Gonesse ferait saisir dans le parc les bêles fauves qui s'y trouveraient , pour les mettre k la disposition des

SIO LE JARDIN DES PLAlfTES.

presque point changé de caractères, tandis que d'autres se sont entièrement modifiés, mettent sous nos yeux un grand spectacle. L'homme a, pour ainsi dire, inventé la chèvre, le porc, la brebis; la nature n'avait prévu que le bouquetin, le sanglier, le mouflon. Ce progrès passif dont les animaux sont capables sous notre influence s'est étendu déjà à quarante espèces civilisées , parmi lesquelles il ne faut pas oublier le cheval, cette noble conquête; seulement les transitions nous manquent. Posséder, comme cela se réali-

adininistrateurs du Jardin des Plantes. En même temps donnant avU à ceuxci de son arrêté , il \t& invîtii à déléguer qoelqu'ud au Ralricî potfr recevoir ce tribut. Ce fut encore M. Geoffroy Saint-Uilaire qui, à raison de ses fonctioDs, fut chargé de ce soin. Nous avons un jour entendu raconter à l'illustre vieillard la visite qu'il fit & cette occasion au Rainci avec Lamarck, cette autre gloire , alors naissaute aussi « de la zoologie française. Merlin de Thiouville , qui n'avait point encore connaissance de l'arrèlé proconsulaire , était en pleine chasse quand ou vint l'avertir que deux jeunes geas arrivés au château demandaient qu'on Ifur remit les précieux babitans de la forêt. Que Ton se fasse uue idée de la surprise et de la colère du terrible couventionuel ainsi menacé dans ses plaisirs. M. Geoffroy n'était pas du tout rassuré, et ce fut bien timidement que, pour toute réponse, il présenta au furieux cbaiaeur l'arrêté dont il était porteur, et qui faisait connaître, avec sa qualité, au nom de quel pouvoir il venait. L'effet de ce nom, de cette décision prise dans Tintérét du peuple, fut comme un coup magique : l'emportement contre les importons visiteui-s fit place au désir empressé de les servir ; on se remit en cbass^ non plus pour le divertissement de tuer des animaux, mais pour uue poursuite toute philosophique, destinée à les mettre dans les file!s, et par suite à la disposition des deux délégués de la ménagerie nationale. Merlin de Tbionville conduisit lui-même le convoi, et aux animaux confisqués au Rainci, il ajouta même plus tard, en échange d'animaux empaillés, divers animaux précieux dont il était possesseur. Ainsi prirent placé au Jardin des Plantes, à côté des tigres et des ours, des cerfs et des biches, des daims fauves et blancs, des chevreoils, uir chameau. Deux dromadaires confi^^qués au château du Bel-Air, appartenant sa prince de Ligne, furent joints à cette troupe paisible ; et la seconde section de la ménagei'ie, entretenue de fourrages comme la première de débris de boucherie, fut installée, en attendant décision, sous les grands arbres qai ezis» taieht alors près de la me Ruffon, »

sera sans doute dans l'avenir, les individus intermédiaires entreles espèces sauvages etles espèces actuellesi ce serait rétablir les anneaux de cette grande chaîne d'événemens qui s'étend entre l'état de nature et l'état de domesticité , entre la première création et la créa* tion de l'homme.

Comme en géologie on compare entre eux des fosr^ siles pour déterminer les âges auxquels ces monumenif anciens se rapportent^ de même pn pourra phis tard évaluer aux degrés d'instincts ^ et aux formes des animaux privés s'éloignant toujours plus de l'état sauvage ^ l'ensemble de la civilisation qu'ils expriment. L'homme est si bien l'auteur des changemens survends dans le monde depuis son arrivée, que, s'il venait à disparaître, la nature retournerait à sa barbarie, et les animaux formés par lui, à leurs types originels* Toute cette création factice rentrerait à l'instant ménie dans le néaht. D'authentiques calculs permettent d'affirmer que le porc, par exemple, rendu aux forêts d'bù la force et la ruse l'ont violemment arraché, reprendrait par degrés les caractères du sanglier, perdus également par degrés sous notre joug. Ce nouveau monde animal est donc suspendu à la main de l'homme comme l'univers à celle de son auteur. A la vue de tels résultats, dont les preuves vivantes sont déjà devant nos regards, quoique incomplètes et détachée^ on pourrait s'élever vers de hautes destinées à venir; on verrait l'homme, avançant toujours-, entraîner dans son mouvement toute la nature. Sans admettre les êtres créés par l'imagination d'un célèbre écrivain socialiste^ il serait permis de croire loj^iqueipeQt que

des animaux inconnus maintenant se montreront plus tard à la surface de la terre : les premiers peuples sauvages ne se doutaient pas du chien , tel qu'il existe à cette heure dans nos pays civilisés. I^ mouvement fiitur des sociétés pourrait amener de même à l'existence de nouveaux habitans du globe , qui seraient les anciens transformés par la main de Thomme. \] anti-lion eXV anti-girafe àeCh. Fourier ne seraient ainsi que des images exagérées de notre puissance créatrice sur les animaux pour les soumettr à nos caprices et à nos besoins.

Un seul animal , placé tout à côté de l'homme par son instinct supérieur, semble avoir jusqu'ici résisté aux services qu'on serait en droit d'en attendre. Le singe n'a pas voulu reconnaître les titres de ce nouveau chef du règne animal, qui l'a, pour ainsi dire , dépossédé. Réduit en captivité sous notre main^ il se soumet^ mais il n'obéit pas. S'il cède à la force, c'est toujours avec l'arrière-pensée de vaincre plus tard , et de se venger alors de son t3rran. Ces mêmes individus, humbles et caressans tant qu'on les tient en laisse, reprennent leur caractère inflexible dès qu'ils sont lâchés. L'établissement des singes au Muséum d'histoire naturelle étale aux yeux du public diverti par ces scènes animées le tableau de leurs moeurs. La méchanceté , qui fait le fond de leur nature, s'étend même entre eux aux individus les plus faibles ou les plus bornés. Ce qu'il y a de plus curieux dans ce gouvernement des singes,c' est l'éducation qui précède leur entrée dans la cour. Lorsqu'un individu a été donné au Muséum, on le met pendant plusieurs jours

Là MÉNAGK&IE. â13

dans une cage isolée. Assez souvent , c'est un enfant gâté de bonne maison; le traitement provisoire auquel on le soumet a pour but de lui faire oublier les soins particuliers et les friandises dont il a été comblé chez ses anciens maîtres. Après ce noviciat, on amène dans sa cage un des plus gros singes de l'établissement, puis deux , puis trois , afin de jeter entre les anciens et le nouveau venu les bases d'une connais^ sance amicale. Ce premier essai ne réussit pas toujours; la présence du gardien comprime alors les rixes trop fréquentes qui pourraient s'élever entre ses pensionnaires mutins. Quand ils ont pris l'habitude de vivre ensemble , on ouvre la cage. Le nouveau venu fait alors son entrée dans la grande rotonde où se tient, pendant le jour, l'assemblée des singes. Malgré toutes les précautions usitées , malgré l'engagement que les trois ou quatre camarades avec lesquels il a fraternisé ont pour ainsi dire pris de le défendre, c'est toujours un moment critique et solennel. Il se fait parmi les singes un grand mouvement. I^ malheureux, ébloui, fasciné, étourdi par le nombre des condisciples au milieu desquels il se trouve subitement jeté, éprouve l'embarras commun à toas les adolescens qui entrent pour la première fois, à l'heure de la récréation, dans la cour d'un collège. Souvent ce nouveau venu est immédiatement assailli. D'autres fois, s'il s'annonce par des dehors vigoureux, on tient conseil, on parlemente. L'un des plus adroits et des plus anciens est député vers l'étranger pour le reconnaître. Il s'approche de lui avec des airs de bienveillance hypocrite et le caresse doucement sur le dos. Le

S4i LE JARDIN DES PLANTES.

pauvre diable n'y entend pas malice ; il se laisse faire avec l'ingénuité de ces écoliers naïfs que nous avons tous conn us au collège, si nous n'en avons pas été nousmêmes. Mais toute cette flatterie n'est qu'une ruse abominable. Au moment où l'innocent se prête à ces avances, l'espion du conseil , l'Omodéi de la bande ^ lui entrouvre les lèvres avec ses ongles et examine Pétat de ses dents. Ceci vu , il se retire et va faire son rapport. Les singes échangent entfe eux leurs pensées aiî moyen d'une pantomime brève et saccadée. Si l'étranger est reconnu pour un vigoureux adversaire, on temporise. Il est convenu qu'on attendra une occasion fiavorable pour l'attaquer par derrière. Cette occasion ne manque jamais. La queue, étant le côté faible de ces animaux, c'est toujours par là qu'ils se trouvent surtout en butte aux agressions. Si nous consultons nos souvenirs, nous trouverons que le sentiment auquel obéissent les singes entre eux est le même qui anime, dans les pensions, les anciens écoliers contre les nouveaux. Ils veulent, comme ils disent, par cette première leçon leur apprendre à vivre, c'est-à-dire à se soumettre.Cette épreuve, celKebieni^enue, se renouvelle trois QU quatre fois ; c'est le baptême. Quand le nouveau (style d'éco^ lier) est jugé suffisamment averti, on l'admet commi» les autres au droit de compagnonage. Cette républi* que de singes se compose du reste de plusieurs classes, t?ont les membres se fréquentent entre eux selon leur ordre de dignité. Le degré d'instinct et la force déci* dent du rang que chaque individu doit tenir d^ius cette société inégale. Les sapajous , qui sont les plus élevés par leur organisation, font la loi aux singes infé*

rieurs ; ceux-ci s'en vengent à leur tour my les coatis, les ratons, les marmottes et autres animaux qi|i vivf nt dan^la même enceinte. On remarque alors que ces p^ripsse coalisant pour réprimer les excès deleurs wf?»îtr(?$; ipais iU pnt Jjeau feire, le^ grapds du rpyaumc ne \çs réduisent: pas moini^ ^u rô)e de souffi^e-douleursi. |^ droit de la force , le privilège, l'anciepneté, l'espriJ; ^e castes, tout ce qui constitue 1^ base de Taristocr^tie et de la (|émocratie parmi l^s hommes, existe dq^c parmi les animaux à l'état de nature.

On a a^Pnsé les SJUges de copier l'homme; il ^t juste de dire que rhpmmc le leur a quelquefois rendu- On se souvient de l'acteur qui attira autrefois la fouje à la Porte^Sî^int-Martin, dans }e personnage de Jockp. Ma5?;urier avait demandé la permission d'étudief sqn rôle sur les mpdèles du Jardin des Plantes. L'ancienrje singerie était riche d'un assez grand nombre d'individus sauvages qui pouvaient servir à former son éducation ; m?i^ l'artiste s'attacha de préférence à pn singe qui dansait à faire rire. Durant les répétitipi)^, Mai^urier s'escrima pour rapporter tpus ses mouyemens à ceux de l'animal grotesque. \\ joua cette dfinse sur la scène, et toute la ville d'applaudir. On trouva qu'il jouait le singe au naturel. Mais Mazurier et le public ignoraient que ce singe avait lui-même été dressé à cette danse par des bateleurs. L'acteur imitait de la sorte, dans son modèle , une imitation de rhomme.

Il n'est pas dit pourtant que le singe, jusquMci rebelle , ne s'emploiera pas dans la suite à des services utiles. L'œuvre de la domination de l'homme

sur la nature animale, quoique ancienne, est à peine ébauchée. Sans égarer notre vue troublée dans cet avenir confus, nous pouvons déjà admirer autour de nous les commencemens de notre industrie. Non eontens de ravir à l'Afrique les libres habitans de ses forêts , nous les avons transportés dans notre étemel hiver, sous ce ciel inconnu où le beau temps n'est jamais qu'un rayon de soleil entre deux nuages. Le Muséum d'histoire naturelle possède en ce moment deux girafes (i). Comment ne pas rapprocher le succès qu'obtint en 1828 le premier de ces individus, de l'indifférence qui accueillit récemment le dernier envoi de Clot-Bey? L'ancienne girafe fit événement. La mode s'empara de ses couleurs et de son nom pour les imposer à la toilette des femmes. Le portrait de cet animal au long cou^ demeuré sur les enseignes de nos barrières , est un monument encore visible de l'effet qu'il produisit Si l'on cherche la raison de ce contraste, on voit que la nouvelle girafe a eu le tort de ne pas venir à temps. Pour les animaux comme pour l'homme, qu'est-ce donc alors que la gloire? — C'est une date.

?I. — les serres.

L'empire de l'homme s'est également étendu au règne végétal. Ici même les succès ont été d'autant

(i) Depuis que ces lignes oot été écrites, la ménagerie a perdu l'on de < deux animaux rares.

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