LK MUSÉE DE ZOOLOGIE
j'observe. Vos travaux de description sont dans la science des travaux de premier âge. Vous ressemblez à un architecte qui aurait sous la main des pierres toutes taillées et qui négligerait de les coordonner en un système d'édifice. L'hi&toire naturelle est assez riche de matériaux , le moment est venu de les utiliser : construisons !
Nous ne suivrons pas plus loin nos deux chefs de file dans ce grand duel d'idées. Toute l'école française se divise entre la double direction que nous venons de voir représentée. Peut-être cet antagonisme est-»il maintenant favorable au progrès des sciences naturelles. La description des formes est utile sans doute : par la forme l'animal exprime à lui-même et aux autres tout ce qu'il est. Il faut donc reconnaître unjC valeur très certaine aux travaux de M. Blainyllle pour déterminer les caractères de l'être sur les lois de l'organisation. Nous devons surtout applaudir aux efforts intellectuels d'un grand philosophe moderne, qui cherche à retrouver la forme divine, empreinte sur tous les êtres de la création. L'école des analogies tout en donnant moins d'attention à la forme, qu'elle regarde comme variable et secondaire, ouvre d'un autre côté l'horizon à un ordre de faits jusqu'ici négligés. Elle nous montre, avec saint Augustin, la nature amoureuse de l'unité, natura appétit unitatem. Une intention a été donnée par elle à des organes rudimentaires qu'on avait délaissés ; d'autres organes , dont l'ancienne école ne soupçonnait pas l'existence, ont paru pour la première fois à la lumière de l'anatomie. Ces deux directions opposées, à la tête des-
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ik LÉ JAkDiN DES PLANTES.
quelles se (dacént, — dans un camp, Linné ^ Daiibéntoii, Cilvifer, — dàlis l'autre, Baffon, Lamarck, Géoffrdy , représentent donc jusqu'à nouvel ordre les detix faèes nécessaires de la Science.
Nous ne pouvons quitter ces galeries où toute la Aàture animale revit, par le travail de rhomlne, jusque dans la mort, sans signaler Timportance des côitrs qui se fout au Muséum sur les diverses branches de la zoologie. M. Isidore Geoffroy 9aint-Hilaire, chargé de l'histoire naturelle des mammifères et des oiseaut^ a créé uti enseignement plein d' élévation et de clarté; M. Dutnéril décrit avec soin les mœurs des reptilds et des poissons; M. Milne Edwards a perfectionné sur une grande échelle l'étude des animaux articulés; M. Yalenciennes isait rendre irïtéressans lefe mollusques et les zoophytes , ces premiers embryons de là vie. Le concours de ces divers professeurs, hommes de patience et de talent^ doit réussir tôt ou tard à faire de la zoologie,- en Fraiiôe, une Science populaire.
TID. — Frojets d'agrandisseniens et f enMlisseiiMis éo hséin.
Nous âvotis indiqué l'état actuel du Muséutti d'histoire naturelle sans prétendre avoir épuisé ce sujet vaste comme la création. Il UôuS reste à dire ses gran > deurs dans l'avenir. Les destinées futures de rétablissement Soht fixées d'avance par Tidée^mère qui
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présida, en gS, ^ sa renaissance. Le nouveau Jardin des Plantes doit être une représentation du globé et de ses habitans. S* avancer ëans cesse vers ce but gigahtesqûé, en réunissant dans son enceinte tous les peuples d^animaux qiii habitent avec nous la terre, voilà lé moyen de répondre aux intentions du décret qiii lui donna naissance. Mais, pour recevoir ces êtres innombrables, il faut pouvoir les ïôger. Ôr, la nature se trouvé de nouveau à Tétroit dans les Datîmens actuels aestinès à lui donner l^hospitàlité. îl resté lihé partie des serres à construire , bu pôùt mieux dire, à continuer, tjd musée de zbôlogie doit àiissi recevoir des accroissemens qui mettroht à inénàé de perfectionner les collections d'animaux empaillés. Ces nouvelles dépendances sont utiles sans doute et commandées par les besoins nouveaux dé la science ; mais lé but de 1^ établissement est surtout de représenté! la création à Tétat dé vie. La nature en herbier où en momie n'eist pas la nature, il nous faut voir M animaux agir et se perpétuer sous nos yeiix pouir acquérir liné idée dé leurs mœurs. Un achat assez important de terrains vient d'être fait dernièrement par le Muséum dans l'intention d'agrandir la ménagerie. En proposant à la Convention d'établir des animaux vivans au Jardin des Mantes , le député Thibaudeau, auteur du rapport , faisait entendre le vœu qiie Ja nature n'y fut pas prisonnière. « Jusqu'à présent les pius belles ménageries, disait-il, n'étaient que des cachots où les animaux resserrés avaient la physionomie de la tristesse, perdaient une partie de leur robe, et restaient presque toujours dans une attitude
2i8 LR JARDIN DES PLANTES.
qui attestait leur langueur. Pour les rendre utiles k Tinstruction publique, les ménageries doivent être construites de manière que les animaux, de quelque espèce qu'ils soient, jouissent de toute la liberté qui s'accorde avec la sûreté des spectateurs, afin qu'on puisse étudier leurs mœurs, leurs habitudes, leur intelligence, et jouir de leur fierté naturelle dans tout son développement . . . Que tout reprenne ici une nouvelle vie par vos soins, et que les animaux destinés aux jouissances et à l'instruction du peuple ne portent pas sur leur front comme dans les ménageries construites par le faste des rois , la flétrissure de l'esclavage; que l'on puisse admirer la force majestueuse du lion^ l'agilité de la panthère, ou les élans de colère et de plaisir de tous les animaux. »
Ce programme d'une ménagerie libre, tracé le ai frimaire an m, parle génie républicain, n'avait guère été suivi d'exécution. Le lion, si majestueux dans sa démarche, ne présente encore, au fond de sa cage, que le spectacle attristant de la force enchaînée ; le tigre, le jaguar, la panthère, tous ces impétueux enfans de la sauvage nature , capables de franchir le désert en trois bonds, usent la couronne de leur noble tête contre le voile de fer qui comprime chez eux la puissance des mouvemens. La science parait aujourd'hui touchée de la dure captivité de ses sujets. On a le projet de donner plus d'étendue aux loges des carnassiers. Il est même question d'établir des loges doubles qu'on réunirait par un espace libre, et dans lesquelles on recevrait des ménages de lions. Le mâle et In femelle de ces animaux, dits féroces, pourniient
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alors se promener ensemble au soleil. De tels mariages donneraient peut-être des naissances qui fourniraient à l'industrie humaine les moyens de s'emparer de la race. Il y aurait aussi une cour pour les chiens et les loups; ces animaux qui n'existent pas maintenant à la ménagerie dans leurs variétés les plus curieuses, ou qui habitent des endroits interdits au public , se montreraient en grand nombre, maintenus par une chaîne dont le dernier anneau , glissant le long d'une barre de fer, leur permettrait de courir à volonté. Une nouvelle fosse serait creusée pour des ours , et une autre pour des sangliers ; ces pachydermes, faute d'emplacement convenable , n'ont pu être élevés jusqu'ici au Jardin des Plantes. Un terrain, voilé par un épais rideau de feuillage, serait destiné, de ce côté du jardin, à M. Flourens, pour ses expériences douloureuses de physiologie comparée.
La section des animaux doux et pacifiques serait également l'objet de nombreuses réformes domiciliaires. Un vieux bâtiment délabré où s'abritent assez mal, dans l'état actuel des choses, quelques autruches, doit être remplacé un jour par une grande oisellerie, logeant i*" autruches, casoars et autres échassiers; a" perroquets; 3"* faisans. Cette réunion d'oiseaux, curieux par la variété de leurs mœurs et de leur plumage, ferait aux yeux une peinture charmante. La faisanderie actuelle est destinée à devenir plus tard fauconnerie avec grande cage : l'étendue du local i*econstruit permettrait de faire pour les vautours ce qu'on a fait déjà pour les singes. Ces oiseaux, habitués dans l'état libre à vivre par bande , ont des in-
stincts de société tout formés par la nature. Une grande cage, treillisée en fi! de fer, permettrait de rendre visibles au public le demi-vol et les mœurs familières de ces animaux rapaces. Les aigles, r.es tyrans d§ l'espace, qui peuvent à peine étendre maintenant au Muséum, dans d'étroites cages, le volume désormais inutile et incommode de leurs ailes, recevraient des demeures plus dignes d'eux ^ où ces imposans captifs reprendraient du moins une partie de lei^r majesté. La fauconnerie actuelle deviendrait ménar gerie des reptiles.
Plusieurs années se passeront sans doute avant que ce projet, jeté en quelques heures sur le papier, j>ar le conseil des professeurs du Muséum, ne soit mis à l'étude. De tels développemens, qui semblent à cette heure hypothétiques, seront néaqipoips jug^s bien insuffisans un jour, lorsque la science aupâ étendu I^ domaine toujours croissant des collections et des faits. On déplore, en jetant les yeux sur cet avenir non éloigné, que le Jardin des Plantes se trouve maintenu, par sa position, dans des limites qui semblent à-peu-près infranchissables. Èopié à l'ouest par la rue Cuvier, à Test par la rue de BufFpn, il ne pourria guère s'étendre sans causer dans le voisinage des bouleversemens infinis. Une tielle situation emprisonnée fi^it de plus en plus naître le regret que la ville de Paris n ait point cédé, dans ces qerniers temps, âp Muséum d'histoire naturelle, le terrain de Tilè Loi|viers, pour que la science y pût élever ^ dans des bassins, quelques poissons et des animaux apphibies. Annexe de la ménagerie , cette île agréable et déjà
plantée d'^rbrjBs , se çiçr^it rejointe.au jardiii par uij^ passerelle jetée entre les d§ux rives de \a^ SeinjB. Aujourd'hui il n'y ^ guère d'jBçipérance qup cfd projpf; avorté soit jaipais rppris , le terraip de l'îte Lpuyijerç étant vendu à de§ eptreprqneuf^ qui ypiilf y bâîjr d^ maisons.
Retournons au Jar^ii^ des Planties : quelques e$^|f moins ambitieux, mais d'une exécution pluç filPÎlÇy doivent améliorer très prochainement l'ét^J; de la mé:; nagerie. La cage des singe^ va être vitrée : ces frile}i:f habitans se trpuveron}: ainsi préservés des pluies et f|e^ vents du nord qi)i leur sont mortels, surtopt pepdap^ l'hiver. Le 3ystème actuel de treillage pp bois qui 4p9|:(f inconvénient de masquer I4 vue de$ ^nim^ux renferr mes dans les parcs, sera remplacé bientôt par d^f barrières en treillis de fer , dont l'effet floit étr^ iiécessairemept ipoins lou^d et moins confus à Vç^}]' Il ne tiendra qu'^u spectateur fie prpirp les 4^ipjSf, Iç^ cerfs, les alpacai^, les chèvres ep liberté- Ces dep^icaptifs s'apercevront p^oins leux-mémes des Upiites é^p leurs domaines, en découvrant autour ^'eips. un hfjr rizon de verdure plus étendu. Si simples et si modérés que soient ces embelHssemens, l'admipistratiqu du Muséum ne pourra les réaliser que peu-à-peu : l'argent manque. Le budget annuel, qui est de 48o,oqo fr., permet bien d'entretenir l'état présent du Mpséum : mais il ne favorise guère les innovations. On pjÇfja doncobUgédes'adresserauxChambres pour les grapds travaux d'accroissement, et les Chambres épargnept fort, en pareil cas, la bourse des contribuables. Les ap^éliorations pratiques ne deyrpnt point JoMtefois se
borner aux bâtimens, ni aux loges d'animaux. Dans son rapport à la Convention j T^kanal disait : a II viendra un temps sans doute où Ton élèvera au Jardin national les espèces de quadrupèdes, d'oiseaux et d'autres animaux étrangers, qui peuvent s'acclimater sur le sol de France , et lui procurer ainsi de nouvelles richesses. » Ce temps est-il arrivé? Nous le croyons. La ménagerie du Jardin des Plantes ne devrait point être une simple exhibition d'animaux curieux envoyés par hasard des climats éloignés, qui se montrent, s'éteignent, et dont la dépouille, travaillée par les mains de l'art, s'en va orner le cabinet de zoologie , ce riche tombeau de la nature. Non, tel n'est point l'objet définitif de l'institution. I^e Muséum nous semble fait pour prendre un rôle d'initiative : il a mission de préparer à l'industrie, au commerce, à l'économie publique une source véritable de bien-être. Conformément au vœu du rapporteur, des essais de naturalisation devraient être suivis au Jardin des Plantes ou dans une succursale du Muséum, située vers le midi de la France : le but de ces essais serait de doter le pays de nouvelles espèces d'animaux domestiques. Là ne s'arrête pas encore la nature des services que pourrait rendre à la civilisation un établissement pareil dirigé par des hommes éclairés et amis du progrès. Une école de perfectionnement devrait être instituée au Muséum pour les animaux domestiques, connus et élevés depuis long-temps sur notre sol, mais qui sont susceptibles de recevoir quelques nouveaux ornemens de forme ou d'instinct. C'est là du reste un terrain à-peu-près vierge, sur lequd
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nous transporterons plus loin le théâtre de nos études (i).
Les accroissemens matériels du Jardin des Plantes ne sont rien encore auprès des grandeurs morales qui attendent cette fondation dans l'avenir. A côté, ou pour mieux dire, dans le sein même du Muséum, s'élève un autre monument non moins précieux à la science. Nous voulons parler d'une publication collective dans laquelle les professeurs de l'établissement déposent tour-à-tour le fruit de leurs recherches. Cet ouvrage périodique a reçu , depuis bientôt un demisiècle, sous le nom ai Annales du Muséum tChistoire naturelle , la consécration de tous les maîtres de la science. Cuvier y fit paraître la plupart de ses mémoires sur les ossemens fossiles, et M. Geoffroy ses divers écrits sur l'anatomie philosophique. M. Serres prépare en ce moment pour ce recueil un travail très considérable sur l'embryogénie. On peut prendre dans ces Annales une connaissance approfondie de l'état de l'histoire naturelle, au moment où nous sommes. Ce qui manque, selon nous, à des travaux si utiles et si méritoires , c'est un lien ; le corps enseignant du Muséum manque de l'éclat que jette sur une association d'hommes l'unité de doctrines. La spécialité est excellente sans doute : mais encore faudrait-il qu'elle se rattachât à un mouvement général d'idées. Ce qui s'oppose aujourd'hui au progrès des sciences naturelles, c'est leur isolement.
Dansuntelétatdechoses,nouscroyonsquunealliance
(i) Voir le chapitre intitulé : Avenir des animaux.
234 IS JAEPIM DES PLINTES.
de r histoire naturelle et de la littérature perfectionnerait à cette heure la philosophie naissante d\} Muséum, la langue n'a rien orné en science dppwi^ ÏJiîffpH- î^es poètes de leur côté aiment la nature : m^» 11$ qe la connaissent pas. Ce reproche remontp trèti haut : on regrette que M. de Chateaubriand ait consacré les plus éloquentes pages de son Génie du Christianisa^ à décrire des merveilles de la création qui p'ont J£^mai$ existé. Bernardin de Saint-Pierre habita de son temps le Jardin des Plantes; il y prit aux fleursj^ aux arbres^ aux brises parfumées, cette fraîcheur et celte anibroisie de style qu'on retrouve dans ses Études, malheureusement trop peu étudiées. Le montent e$t venu de renouer celte alliance du savant et de l'écrivain sous des conditions plus sévères. L'bi^^orien de la nature devrait unir la rigueur consciencieuse à\x géomètre à l'imagination souriante du poète. Jusqu'ici la plupart des ouvrages spéciaux sur l'histoire naturelle sont d'une sécheresse et dV^^ aridité qui rebutent. O savans ! à quoi bon avoir semé d'épines et d'arguties le champ de la science ? Pourquoi donc avoir fait des livres si maussades sur cet autre grand livre de choses qui se déploie, feuillet par feuillet, grandement et magnifiquement. Le xvi** siècle a introduit le naturalisme dans les arts et le xyiii** dans la philosophie ; le nôtre devra le porter dans la littérature. Au moyen âge, l'Église ^qui n'aimait pas les spectacles, avait jeté le voile de l'interdit jusque sur le théâtre de la création : la renaissance a soulevé ce voile ; la science l'a déchiré. Le moment est venu de voir face à face l'œuvre de Dieu: moment solennel où
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re^prit hiiiii|%in doit r^cueillip toutes |^e$ forc^^, çMç^ mettra ep cpmmun j, s'il veut pénétrer dans la raison dernjçpç clés faits , rerum co^nosçere causas. La ppésie ne i^ç inpntre pa? étrangère à cette recherche de§ causes epyelpppéps : ejle ne serait donc pas de trop j3ans |e coiicert (iç toutes l?s sciencjes réunies aq Muséum pour célébrer les grandeur^ de la nature. Uif jour Taft aura lui-n^éine dans ces Ue^x droit àfs, cité. Ce jardin n'est-jl pa^ déjà l'ouvrage des ^ucce^sfurs d^ Jjcnôtre? Çpt établis§efppi)t ingénieu^^ ou toiisi les niçnumens <îela îi^turç yipnnent se résumer^ avec les prpductiçns apcieni^es ou nouvelles du glpbe, con^picj les monMipens de l'art dan§ le ^xusée f)u Louyrg. pe ^'e^t-ij poipt élevé par l'effort de ces méine§ m^ips qui ont orné la villç de chefs-d'œuvre? Un st^tuaifj^. un ^rchitpcte, des peintres deyront donc être atfaç^s par Ig suite des temps au ^afçjiq des Plantas.
L(B§ ppètes et les artistes sopt des révélateurs. Voici l'idée (}'un mpn^lI)e^t que iipus proposons et qui s'élèvera pn jour, si nos prévisions pe nous abusent, ap miiiep à\j^ jardin. Upe colonne raconte déj^ dans 1^ villi^pp P,^''îs la grandie épopée ipi}itaire de l'Eippire; une ^utre j^it l'hérpïque victoire du pieuplfs en i83o, il en fi^pt une troisième qui célèbre les dernières conquêtes de la science. Le règne minéral, représenté par une assise de granit, formera la base de cette colonne. Sur la partie inférieure la flore et la faime primitive étendront çà el là leurs végétations puissantes. A ces plantes, aujourd'hui inconnus dans la nature , viendront se superposer d'autres plantes,
de grands madrépores, des mollusques, des crustacés, des poissons, revêtus d'écaillés solides et de formes singulières; apparaîtra ensuite l'ère des reptiles. La nature a eu, relativement à nos idées , son âge fantastique; c'est là que l'imagination de l'artiste pourra se donner carrière, tout en restant dans les limites du vrai. Les mammifères , annoncés par des animaux de transition, iront, l'un après l'autre, se succédant sur les flancs de la colonne. Pourvus d'abord de formes colossales, qui révèlent l'existence, dans ces temps anciens, d'une atmosphère favorable à l'accroissement des volumes, ces animaux, de plus en plus semblables aux noires, perdront peu-à-peu leur grande taille, à mesure qu'ils s'avanceront vers le faîte du monument. Les nouveaux pachydermes, les carnassiers, le singe, se montreront, à l'extrémité de la colonne, sous les traits des animaux aujourd'hui vivans. Enfin de toute cette nature, en voie de croissance, sortira, comme couronnement, un dernier être attendu et préparé de longue main : l'homme. — Un tel monument élevé à la création, serait, de la part du ministre qui le ferait construire, un acte scientifique et un acte religieux; ce travail revient de droit à M. Auguste Préault. Il y aura aussi à compléter, un jour, l'enseignement du Muséum (i). A mesure qu'avance l'esprit
(i) Nous ayons suivi depuis douze années les cours de l'établisserneut, et tout en i-endaot justice aux professeurs actuels, qui sont des hommes très capablesy il reste, selon nous, plus d*une lacune i combler. Citer les Cbevreul, les Gay-Liissac, les Becquerel, les Brongniart, c'est écrire avec des noms tout un âge de la science. Si la chimie, la physique, la minéralogie sont admimbûment représentées au Muséum, on peut en dire autant de la botanique el de l'histoire naturelle des animaux. Ce qui manque encore, c*est un cours où l'on
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humain, de nouvelles branches de connaissances se superposent aux anciennes; on éprouve le besoin croissant de joindre ensemble les différens ordres de faits par le lien des démonstrations philosophiques : de ce travail d'accroissement et de liaison résulte le dédoublement des anciennes parties de la science et la découverte de rapports qu'on n'entrevoyait pas. Ainsi se transformera tôt ou tard, moralement et matériellement, cette institution qui n'eut jamais de modèle dans le monde, et qui défie même l'esprit imitateur des étrangers. Accru d'un côté par les progrès de la pensée humaine et de l'enseignement, de l'autre par les constructions de plus en plus vastes, le Jardin des Plantes s'élèvera sans cesse davantage vers la hauteur philosophique d'un temple de la nature, d'un congrès où tous les êtres de la création auront leurs représentans. Cette réduction du globe, avec ses divers habitans, montrera à la postérité l'univers de l'homme, comme le ciel qui encadre le Jardin des Plantes étalera l'univers de Dieu. Il est des heures où la lune, faiblement indiquée dans le ciel bleu , élève en plein jour , au-dessus du musée de géologie, son orbe triste et décoloré ; les pâles clartés de cet astre, qu'on est libre de prendre pour un monde détruit ou pour un monde à naître, ne conviennent-elles point aux ruines des âges primitifs de notre globe? Si nous nous tour-
rattacbe renseignement du Jardin des Plantes aux leçons de la Sorbonne et du Collège de France. Une chaire est à créer pour remplir cet objet. Son pro-> {gramme serait ainsi tracé : Cours des sciences naturelles appliquées à la pbi- Intopbie de Phistoire et à l'économie politique. Notre conviction est que celle chaire se formera dans l'avenir.
il38 LE jAttDiN bks PLÀirrÉi.
nons d'un autre côté , nous voyons lé soleil vérsèr ses flots de vie et de lumière sur le cèdre du Libàh , éûr la ménagerie et ses hôtes rugissans, sur réléjphant, ia gazelle, la girafe et toute cette fauve nature d*A- 6*iquey transportée comme par miracle datis cette enceinte unique où Tunivers s* est donné rèiidez-vôus. À la vue de cet accord merveilleux de tous les ouvrages de l'homme et de son auteur, à la vue ae notre monde représenté sur un coin de là terre, et se trouvant par hasard en face des autres mondes astronoihiques, on ne saurait trop admirer ici la grande pensée qui dicta à nos pères l'établissement du Muséum d'histoire naturelle.
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L'AVEPOR DES ANIMIUX-
O0VR8 DB M. Z8IDOBB OBorraoT Saiht-Hilazrb.
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