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L'ÉGLISE RUSSE DE LA RUE DARU

pierre le 21 janvier 1815. Fontaine en fut l'architecte. On s'accorde à n'avoir qu'une admiration médiocre pour son œuvre. Deux galeries parallèles- dans le style des charniers, et où ont été recueillis les ossements de l'ancien cimetière, relient un vestibule carré à la chapelle proprement dite, décorée de bas-reliefs et de groupes de sculpture de Bosio et de Gortot, consacrés à la mémoire des deux victimes. Depuis 1865, un square — que l'administration nomme square Louis XVI — enveloppe de sa verdure et soustrait au tumulte du boulevard Haussmann la mélancolie du monument, dont la passion politique a bien souvent déjà réclamé la destruction, mais jusqu'ici sans succès.

Le souvenir de Louis XVI est encore conservé dans ce quartier, où le roi n'était guère venu que pour mourir, par le nom de deux de ses défenseurs devant la Convention, Tronchet et Malesherbes (le troisième, de Sèze, a donné son nom à une rue toute voisine, mais située dans le IX^ arrondissement). La rue Tronchet, au chevet de la Madeleine, date de 1808; sous le second Empire elle a été soudée au boulevard Haussmann ; jusque-là, elle se terminait à la rue des Mathurins. Le boulevard Malesherbes, projeté de même en 1808, n'a été ouvert qu'en 1854; c'est, avec le boulevard Haussmann, l'une des voies les plus luxueuses du Paris moderne. Nous venons de parler de la rue des Mathurins : son nom est un exemple frappant du danger qu'il y a pour le bon sens à mutiler les anciennes dénominations; le couvent des Mathurins, voisin de la Sorbonne, possédait une ferme à la Ville-l'Évêque ; le chemin qui y conduisait reçut tout naturellement le nom de chemin, puis de rue

HUITIEME ARRONDISSEMENT

Fhot. jSeurdein.

PERSPECTIVE DE LA RUE ROYALE; à gauche, l'hôtel Grillon; à droite, le ministère de la Marine; au fond, la Madeleine.

de la Ferme-des-Mathurins ; en en faisant la rue Vignon, on a supprimé bien inutilement dans ce quartier un souvenir pittoresque et instructif.

La rue d'Anjou date du xvn® siècle; un arrêt du conseil d'État, en 1778, prescrivit son prolongement «depuis le canal du grand égout de la ville jusqu'à la rue de la Roche [rue du Rocher] allant à Monceaux». Cette partie devait s'appeler rue Quatremère (Arch. nat., Q4102^); mais l'opération de voirie s'arrêta à la rue de la Pépinière. Benjamin Constant est mort au n<^ 29 de la rue d'Anjou, le 8 décembre 1830; quatre ans plus tard, le 20 mai 1834, La Fayette mourait au n° 6 de la même rue.

L'hôtel de Gontades, au n^ll, est devenu la mairie de l'arrondisment, après avoir rempli le même office avant 1860 comme mairie du P'^ arrondissement; mais les bâtiments ont vieilli, les services municipaux ont augmenté : il n'est que temps de doter le quartier d'un édifice en rapport avec son importance.

La n^e (VAstorg aussi bien que celle de Roquépine ont été ouvertes, au commencement du règne de Louis XVI, sur des terres appartenant à (( haut et puissant seignem\ Louis d'Astorg d'Aubarède, marquis de Roquépine ». Dans cette dernière est situé un majestueux temple protestant.

La rue de Penthièvre, autrefois rue Verte, et la rue des Saussaies n'étaient, il y a deux cents ans, que des chemins ruraux. Vers 1770, le duc de

Beauvau, maréchal de France, se fit construire dans ces parages un hôtel par Le Camus de Mézières ; c'est aujourd'hui, et depuis 18o7, l'hôtel du ministère de l'Intérieur.

Presque en face, de l'autre côté de la chaussée du Roule, était l'hôtel d'Évreux bâti en 1718 pour le comte d'Évreux, Henri-Louis de la Tour d'Auvergne. Cette demeure était appelée à connaître de brillantes destinées. Tour à tour habitée par M^^^ de Pompadour, par son frère le marquis de Marigny, par Beaujon, elle fut achetée pour le compte du roi en 1785, et devint l'hôtel des souverains étrangers. Cinq ans après, la duchesse de Bourbon en devenait propriétaire, et lui donnait pour la première fois le nom de palais de l'Elysée. Après être devenu à l'époque du Directoire un simple jardin de danses et de fêtes publiques, l'Elysée redevint palais: Murât, Napoléon P^ le duc de Berri y habitèrent. Puis il fut affecté, en 1848, à la résidence du président de la République. Après la proclamation du second Empire, Napoléon III le quitta pour les Tuileries et en fit de nouveau le palais des souverains étrangers. Enfin, la troisième République l'a rendu à sa destination de 1848 : tous nos présidents y ont leur demeure officielle, et quand ils s'en absentent, le drapeau tricolore cesse de flotter sur le palais. Un seul y devait mourir : M. Félix Faure, le 16 février 1899.

11 va sans dire qu'après tant de fortunes diverses, l'ancien hôtel

ENTRÉE DU PALAIS DE L'ELYSÉE (rue saint-honoré)

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