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COUR DE LA MAIRIE DU IX« ARRONDISSEMENT

(En avant, la statue de Voltaire.)

letier; il avait, du dehors, l'aspect d'une gare de chemin de fer. De l'autre côté de la rue du Faubourg-Montmartre s'étendait un autre fief qui depuis 1261 appartenait à l'Hôtel-Dieu, pour lui avoir été donné à cette date par un certain Geoffroy Lesueur et sa femme Marie. Le fac-similé de la charte de donation existe, dans des conditions tout à fait spéciales, parmi les estampes de la Bibliothèque nationale (topographie de la France), car elle est reproduite au dos du prospectus fait pour l'adjudication, qui eut lieu le 11 février 1840, de ces terrains, dits alors de la Boule-Rouge. La charte est en latin et le donateur y est nommé Gaufridus Sutor, ce que le rédacteur du prospectus a naïvement traduit par Geoffroy, cordonnier, au lieu de Lesueur. Ce qui est plus regrettable, c'est que dans l'excellent chapitre de son Paris démoli qu'Edouard Fournier a consacré au fief de la Grange-Batelière et à ses environs il a commis la même inadvertance, presque impardonnable à un érudit. Les autres ont suivi. Donc, tout le terrain de la Boule- Rouge fut loti en 1840; tout au travers on a tracé la rue Geoffroy- Marie, dénomination faite avec les deux prénoms de Geoffroy Lesueur et de sa femme. La rue de la Boule-Rouge existait déjà, formant angle droit, entre les rues Richer et du Faubourg-Montmartre ; l'un des deux tronçons a conservé son nom primitif, dû à une enseigne ; l'autre porte, depuis 1843, le nom du célèbre philanthrope Montyon,

Le Conservatoire de musique et de déclamation est une fondation de l'ancien régime (1784), reprise parla Convention, le 16 thermidor an III ; il a été construit sur le terrain de l'hôtel des Menus-Plaisirs du roi, au faubourg Poissonnière. Remaniés en 1842, ses bâtiments n'en sont pas moins insuffisants aujourd'hui pour l'institution, et au moment où nous écrivons ces lignes, il est grandement question de les désaffecter pour les reconstruire plus haut, dans le faubourg, à la place de la caserne de la Nouvelle- France, c'est-à-dire dans le X^ arrondissement. Ce sont là projets urgents, si l'on en croit les délibérations présentées aux bureaux du Parlement, mais est-ce trop téméraire d'insinuer qu'ils pourraient bien rester longtemps encore à l'état de projet ? On en a d'autres exemples.

Sur ce même terrain des anciens Menus-Plaisirs, un espace vacant a été utilisé en 1854 pour l'édification de l'église Saint-Eugène, bâtie dans le style ogival par l'architecte Boileau. Il n'y a rien de plus à en dire.

La rue Richer (du nom d'un échevin de Paris en 1780) continue la rue de Provence, et, prolongée dans le X^ et le XI^ arrondissements par les rues des Petites-Ecuries, du Ghâteau-d'Eau et Amelot, est le chemin normal que l'on suivait il y a cent vingt ans, pour aller de la Villel'Évêque à la Bastille. On y voyait, il y a quelques années, le magasin des décors de l'Opéra; un incendie l'a détruit. On y voit encore les Folies-Bergère, temple du plaisir, des acrobaties, des exhibitions de phénomènes plus ou moins attrayants.

Gréée à la même époque que la précédente, la rue Cadet a succédé au chemin de la Voirie ; ce premier nom indique qu'elle conduisait alors à des terrains passablement abandonnés ; elle doit son nom actuel au

NEUVIEME ARRONDISSEMENT

propriétaire des terrains sur lesquels elle. a été ouverte. Le célèbre convent maçonnique du Grand-Orient y est situé.

Quant à la rue Bleue, si tout y est couleur d'azur, il ne devait pas en être de même autrefois, alors qu'elle s'appelait rue d'Enfer. Voici, sur le changement de dénomination, une lettre du ministre de la maison du roi au prévôt des marchands, qui n'a pas encore été produite :

(( 19 février 1789 : J'ai, monsieur, l'honneur de vous envoyer l'expédition de l'arrêt du Conseil du 14 de ce mois qui ordonne que la rue d'Enfer, près celle Poissonnière, quittera ce nom pour prendre celui de rue Bleue. Je vous prie de vouloir bien le faire exécuter... » (Arch. nat. 0^ 508, p. 414.)

La date de cette missive infirme l'explication du nom fournie par Ed. Fournier {Enseignes des rues de Paru) : une fabrique d'indigo fondée en ^802 et qui aurait teint en bleu les ruisseaux de la rue. Acceptons donc la version de la Nomenclature officielle qui invoque un propriétaire, M. Bleu, mais qui fera bien, dans une prochaine édition, de changer la date de 1798 qu'elle met en avant.

Des quatre quartiers qui constituent le IX® arrondissement, celui de Roche chouart, il faut bien l'avouer, est le plus déshérité en souvenirs historiques autant qu'en édifices remarquables.

Pour le passé, les plans de la seconde moitié du xviii*^ siècle n'y montrent que de vastes enclos, bordés par de rares rues. Il n'en est pas tout à fait de même aujourd'hui; les rues se sont multipliées, les clos ont disparu, mais les monuments n'ont surgi qu'en bien petit nombre, et sans attirer l'attention.

Dans ses intéressantes Notes sur Montmartre intra, citées plus haut, M. Lazard s'exprime ainsi :

« Les rues qui sont au-

jourd'hui comprises dans le périmètre du quartier Rochechouart étaient, comme on a déjà eu occasion de le dire, peuplées d'habitants assez peu connus en général ; il n'y a guère à citer que la rue Ro-

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