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LA PORTE SAINT-MARTIJN ET LE BOULEVARD SAINT-DENIS

s'évader prouve que les dévotes remontrances n'avaient pas eu grand effet sur lui. C'est un roman, dira-t-on ; mais en est-il beaucoup de plus vraisemblables ?

Le 13 juillet 1789, le peuple de Paris, dans un beau mouvement d'enthousiasme, délivra les quarante prisonniers qui se trouvaient alors à Saint-Lazare. Quatre ans après, la Terreur allait en faire l'une des plus sinistres salles d'attente de la guillotine.

On croit généralement que le tableau de Muller, V Appel des condamnés^ représente une des salles de la Force ; il n'en est rien : l'artiste, paraît-il, a reproduit, d'après nature, la lugubre geôle, encore existante, où tant de victimes vécurent leurs dernières heures. André Ghénier fut du nombre. C'est là qu'il écrivit La Jeune Captive, et aussi ces vers admirables qui restent le dernier frisson de sa lyre :

Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyrs

Animent la fin d'un beau jour, Au pied de l'échafaud, j'essaye encore ma lyre.

Peut-être est-ce bientôt mon tour.

Peut-être, avant que l'heure en cercle promenée

Ait posé sur l'émail brillant, Dans les soixante pas où sa route est bornée,

Son pied sonore et vigilant,

Le sommeil du tombeau pressera ma paupière.

Avant que de ses deux moitiés Le vers que je commence ait atteint la dernière,

Peut-être en ces murs effrayés Le messager de mort, noir recruteur des ombres

Escorté d'infâmes soldats.

Emplissant de mon nom ces long corridors sombres.

L'infortuné poète eut le temps d'achever ces ïambes, dont la beauté se double de la solennité de l'heure à laquelle il les écrivit; ce furent ses derniers vers.

Un de ses compagnons de prison et d'échafaud, Antoine Roucher, connu surtout par son poème des Mois, avait, lui aussi, trouvé des accents touchants au moment suprême. Au bas du dernier IDortrait fait de lui pour les siens dans sa prison même, il avait inscrit ce quatrain d'une pensée si délicate :

Ne vous étonnez pas, objets charmants et doux, Si quelque air de tristesse obscurcit mon visage. Lorsqu'un savant crayon dessinait cette image, On dressait l'échafaud et je pensais à vous 1

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