LE THÉÂTRE DE LA PORTE>>SAINT-M ARTIN
asile à l'opérette, jusqu'au jour où il changea de genre et de direction, en 1893, avec M^« Sarah Bernhardt, qui, à son tour. Fa abandonné le 21 janvier 1899, pour prendre possession de l'ancien Opéra-Comique de la place du Ghâtelet, où elle est devenue la locataire de la municipalité parisienne.
Quartier de l'Hôpital-Saint-Louis. — C'était la pleine campagne, il y a trois siècles. C'est même pour cela qu'une épidémie de
peste s' étant produite à Paris en 1606, les hôpitaux parisiens étant tout à fait insuffisants, et d'ailleurs le danger de la contagion exigeant que l'on éloignât les malades, Henri IV ordonna la construction d'un asile spécial aux pestiférés et choisit cet emplacement, fort écarté. Saint Louis, mort de la peste à Tunis, en fut le patron. Tel qu'il fut construit alors par Claude Vellefaux, sur les dessins de Claude ChastiJlon, tel il se montre encore à nos yeux, et ce n'est pas un spectacle dénué de curiosité pittoresque que cette grande maison, bâtie comme une forteresse, avec ses pignons pointus et un ensemble d'architecture si caractéristique de son époque, ainsi campée au milieu d'un faubourg si moderne, si disparate, à l'exception du groupe scolaire contigu à l'hôpital et que l'architecte a heureusement traité dans le même style. La peste est, pour toujours, espérons-le, bannie de nos climats ; l'hôpital Saint-Louis a été spécialisé pour le traitement des maux qui s'en rapprochent le plus, à savoir
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les bâtiments d'un ancien couvent de moines récollets, fondé au commencement du xvii« siècle, désaffecté en 1790, et où l'on installa, en i802, l'hospice des hommes incurables. Sa façade sur la rue des Récollets est restée celle d'un monastère de province, et, de la rue du Faubourg-Saint-Martin, on ne se doute guère (car les maisons du côté pair le cachent à la vue) qu'il y a là un vaste asile ouvert à la souffrance. Il a été plusieurs fois question de démolir cet hôpital et d'ouvrir un square sur son emplacement.
Au dernier recensement, la population du quartier était de 43,392 habitants, par conséquent supérieure à celle des trois autres quartiers de l'arrondissement, et nous venons de dire qu'il y a trois cents ans on y aurait vainement cherché une maison. Cette transformation s'est effectuée au cours du xix^ siècle. Dans le travail, déjà cité, que M. Villain a consacré au X^ arrondissement, se trouvent d'intéressants renseignements sur l'aspect de la région en 1714,
le nombre de ses maisons et des lanternes qui Téclairaient la nuit : rue du Carême-Prenant — actuellement rue Bichat —
des maladies de la peau.
Une cérémonie touchante y a eu lieu le 18 décembre 1898 : l'inauguration d'un monument commémoratif de la mémoire du D^ Henri Feulard, bibliothécaire et historiographe de l'hôpital, qui trouva la mort dans l'incendie du Bazar de la Charité.
La vie industrielle du quartier se concentre aux abords des deux rives du canal Saint-Martin et — nous le disions plus haut — le fait ressembler à une ville de Hollande. Il fut créé en .vertu de la loi du 29 floréal an X (19 mai 1802) ordonnant l'ouverture d'un (( canal de navigation qui partira de la Seine au-dessous du bastion de l'Arsenal, se rendra dans les bassins de partage de la Villette et continuera par Saint-Denis, la vallée de Montmorency et aboutira à la rivière d'Oise près Pontoise... )> Nous aurons occasion de dire que cette dernière partie de l'opération ne fut pas exécutée et que le canal s'arrêta dans la Seine, au-dessous de Saint- Denis. Tel qu'il est, il n'en fournit pas moins à la grosse batellerie l'économie de la traversée de Paris et de la grande boucle que décrit le fleuve à partir d'Auteuil. Le canal Saint-Martin ne fut accessible aux bateaux qu'à la fin de l'année 1825. Son parcours dans le X« arrondissement s'effectue constamment à ciel ouvert.
L'hôpital Saint-Martin, succursale du Yal-de-Grâce, pour les militaires malades ou blessés de la garnison de Paris, occupe, depuis 1870,
aucune maison , aucune lanterne ; rue de l'Hôpital- Saint-Louis, aucune maison, aucune lanterne; de même pour les rues Saint- Maur et des Récollets. La rue du Faubourg- Saint- Martin, dans toute sa longueur, était bordée de quatre-vingt-une maisons et éclairée par dix lanternes ; celle du Faubourgdu-Temple (alors rue de la Cour tille) comptait quarante-six maisons et avait douze lanternes.
Par ce simple exposé, il est facile d'apprécier les progrès accomplis. Il va sans dire que ces rues n'étaient que de simples chemins, pourvus de quelques bornes servant aux piétons à se garer des voitures. Aujourd'hui, le seul quartier de l'Hôpital Saint-Louis a 90,400 mètres carrés de chaussées, et 57,800 mètres de trottoirs.
Veut-on maintenant se placer au point de vue de l'instruction? Jusqu'à la Révolution, les enfants allaient, suivant le bon vouloir de leurs parents, à l'école de charité de la paroisse Saint-Laurent, oii on leur apprenait tant bien que mal à lire et à signer leur nom. Aujourd'hui des écoles de garçons existent : rue Claude-Vellefaux, rue Grange-aux- Belles et rue de Sambre-et-Meuse ; des écoles de filles, rue Vicq-d'Azir, rue de Sambre-et-Meuse, rue du Terrage, avenue Parmentier. La plupart d'entre elles sont pourvues de classes de garde qui fonctionnent : les jours de classe, de quatre à sept heures du soir, les jours de congé qui ne sont pas jours de fête, de huit heures du matin à six heures du soir.