‹ Paris--atlasChapitre 18 sur 339 · LA COUR DU LOUVRE ET LE PAVILLON HENRI IL · texte numérisé non relu

LA COUR DU LOUVRE ET LE PAVILLON HENRI IL

royales ou impériales, depuis Henri III, lors de la journée des Barricades jusqu'à l'impératrice Eugénie, le 4 septembre 1870, sans parler de la fuite de Louis XYI à Varennes, de celle de Charles X en 1830 et de Louis-Philippe en 1848 î

Cent cinquante ans après l'édiOcation du Louvre, la construction de la Bastille s'inspirait du même caractère : elle aussi donnait issue sur la campagne et terminait, avec un appareil redoutable, la fortification de la ville. Les deux édifices servirent aussi, dès l'origine, de prison en même temps que de château. C'est au Louvre, — à peine achevé, — que fut incarcéré Ferrand, comte de Flandre, fait prisonnier à Bouvines :

Lors fu Ferrant, tout enferré, Dans la tour du Louvre enserré.

Bien sombre, bien austère, le Louvre devint pour quelque temps, sous Charles V, qui y ajouta des constructions, une brillante résidence royale. Ce prince avait pris en haine le Palais de la Cité depuis les scènes violentes dont sa jeunesse y avait été le témoin : deux de ses maréchaux massacrés sous ses yeux, sa propre personne très en danger. Devenu roi, il n'y voulut plus habiter et c'est alors qu'il fit aménager le Louvre conformément à ses goûts qui étaient ceux d'un artiste et d'un lettré. La « librairie » si riche en manuscrits précieux qui y occupait trois étages d'une tour, sous la garde vigilante de Gillos Malet', est restée célèbre. Le Louvre était devenu prt'squi; uA palais, en dépit de la sévérité de ses hautes muraillcîs de forteresse et quand en 1377, l'empereur Charles IV vint le visiter, il s'en déclara émerveillé.

Le faible Charles YI conserva au Louvre sa résidence ornc{(>lie,tout en lui préférant l'hôtel Saint-Paul, dont les vastes jardins plaisaient mieux à sa folie. Au surplus, i\\\ ne le consultait pas sur le choix de sa résidence. Voici comment s'exprime, à la date de 1413, le chroniqueur anonyme qui a rédigé le Journal d'an Bourgeois de Paris : a Et en ce temps était touzjours le roy mallade et enfermé, et ilz tenoient son aisné fîlz qui estoit duc de Guienne et avoit espousé la fille du duc de Bourgongne, dedans le Louvre de si près que homme ne pooit parler à lui, ne nuyt ne jour, que eulx... )) Eux, ce sont les Armagnacs, car notre annaliste était un Bourguignon irréductible.

Plus d'un siècle s'écoule. François I®% grand bâtisseur de châteaux, — Blois, Chambord, Fontainebleau-, Saint -Germain en sont la preuve, — et aussi grand destructeur de castels féodaux, forma le dessein de remplacer le vieux Louvre de Charles V, dont le donjon et les tourelles pointues lui offusquaient la vue, par un de ces palais qu'il

PREMIER ARRONDISSEMENT

i^m^^i^^i^^^^=SI^:^^'^^>^ ^<',^,Vwv ^ ^> ^¥-^^. î.^.^

lA PORTE JEAN GOUJON, AU

aimait tant : il en confia l'exécution au grand architecte Pierre Lescot, mais sa mort survint avant qu'il ait pu vôirmême le commencement des travaux.

Ses successeurs poursuivirent son dessein et cela nous a valu les seules vraiment belles parties du Louvre :

cette admirable façade du bord de l'eau, entre la galerie d'Apollon et le pavillon Lesdiguières (vis-à-vis de l'extrémité N.-E. du pont du Carrousel), et la partie S.-O. de la cour du Louvre, œuvre de Pierre Lescot (avec les sculptures de Jean Goujon), de Ghambiges, d'Androuet du Cerceau.

Lors de la Saint- Barthélémy , l'œuvre était en plein chantier.

Faut-il en croire les hommes de la Révolution qui marquèrent de flétrissure cette admirable fenêtre de la galerie d'Apollon, comme étant

celle « d'où Vinfâme Charles IX tirait sur le peuple »? Là-dessus, les avis sont controversés, mais l'on penche généralement pour la négative. D'abord, il n'est pas prouve que la galerie d'Apollon fût déjà achevée; puis, certain indices font supposer que cet odieux attentat aurait été plutôt commis d'une des fenêtres du vieil hôtel de Bourbon, démoli au siècle d^ernier et qui s'élevait au point où maintenant la rue du Louvre prend son origine sur le quai.

Un autre souvenir, plus digne de créance, de cette terrible nuit du 24 août 1572, est celui de l'hospitalité offerte dans sa chambre même, au Louvre, par Marguerite de Navarre, femme de Henri lY, — la reine Margot, — à un gentilhomme protestant blessé et qui fuyait, éperdu. Hospitalité, certes, un peu forcée, mais enfin qu'Alexandre Dumas n'a pas imaginée de toutes pièces.

Avec Henri IV, l'achèvement du Louvre se poursuivit activement.

Les Tuileries construites, le projet de la royauté fut de relier les deux palais grâce à de longues galeries coupées par des pavillons. Tune au bord de l'eau, l'autre du côté Nord, lui faisant face et formant- angle droit avec les bâtiments de la -cour du Louvre. On sait ce qu'il en est advenu : à peine le projet était-il réalisé par Napoléon III, que l'œuvre, si longue à édifier, fut détruite : le 23 mai 1871, les Tuileries devenaient la proie des flammes. "Les constructions qui sont restées forment encore un ensemble dont Paris a toujours le droit d'être fier.

Henri IV y est pour une bonne part^ : c'est à lui que l'on doit

le prolongement, jusqu'aux Tuileries, de la grande galerie du bord de l'eau, dont seule la façade, jusqu'au ^ pavillon de Flore, œuvre de Lefuel, appartient à notre époque.

Les trois quarts de la cour du Louvre datent de Louis XIII et de Louis XIV; elles eurent pour architectes Lemercier, puis Levau, et ne portent que trop le cachet de leur époque. Leurs façades Est et Sud sont du même temps; elles ont été conçues par Perrault, et l'une d'elles, au moins, celle de l'Est, la fameuse Colonnade, a droit, pour la noblesse de ses lignes, à notre admiration.

Les projets de ces deux façades, dessinés d'abord par Levau, n'avaient plu ni au roi, ni à Golbert. On résolut de s'adresser aux plus fameux architectes connus de France et d'Italie : les plans qu'ils envoyèrent ne satisfirent point encore. C'est alors que Louis XIV se décida à faire venir le cavalier Bei'nin, célèbre dans toute l'Italie. Il faut lire, dans les charmants Mémoires de Perrault, de quel air se présenta ce personnage et avec quelle morgue, qui mécontenta tout le monde; comment enfin il fut éconduit : « Le cavalier s'est cru un grand personnage et nous a pris pour des sots, — dit Colbert; mais il s'est trompé également en l'un et en Vautre... »

On ignore généralement les services que Fauteur de Peau d'âne a rendu aux arts et aux lettres en sa qualité de commis de Colbert à la surintendance des bâtiments royaux, la part qu'il prit à la fondation des Académies des sciences et des inscriptions, et, tout spécialement, le zèle qu'il apportait à la surveillance des travaux du Louvre. C'est ainsi qu'il eut assez de crédit pour faire agréer le dessin de la Colonnade, exécuté par son frère Claude Perrault, qui était médecin, et paraissait peu versé en architecture.

Phot. Neurdein, LOUVRt..

Phot. Neurdem.

Page 1