MAISON DE RETRAITE POUR LES ISRAÉLITES
avenues qui aboutissent à la place de la Nation. Certes, on y vend du pain d'épice, surtout pour justifier son nom; en réalité, c'est l'exhibition la plus curieuse, la plus complète, de l'industrie foraine, au son
ménageries, théâtres, chevaux de bois, le tout machiné de façon à faire pâmer
d'une musique infernale montagnes russes, etc., etc.
d'aise les enfants... et leurs parents. Au centre de ce brouhaha, qui,^^heureusement pour elle,^ n'est pas permanent , l'École Arago, fondée par la Ville en 1880, fournit ce qu'on appelle maintenant d'un terme assez baroque l'enseignement primaire supérieur. Elle est la sœur cadette des écoles ïurgot, Golbert, Lavoisier, Jean- Baptiste Say.
Quartier de Bercy.
— Pour nous aujourd'hui, le nom de Bercy n'éveille plus que l'idée de tonneaux rangés en bataillons épais, d'un champ clos immense où la Bourgogne et le Bordelais se jettent un perpétuel défi, tandis que les robustes vins du Midi leur proposent, sous le nom de coupage, un traité d'alliance
souvent accepté. Il n'en fut pas toujours ainsi. Avant d'être le port vinicole le plus important du monde entier, Bercy fut un simple et paisible hameau qui dépendait de la paroisse de Gonflans, dont le cheflieu, quand les communes furent créées, devint Gharenton-le-Pont. Son nom doit lui venir d'un gentilice romain Bersius, d'où Berciacwn, et, en français, Bercy; mais les plus anciennes mentions ne remontent pas au delà du xvn« siècle, et c'est d'une île de Bercy qu'il y est question pour la première fois en 1134, comme appartenant à l'abbaye de Montmartre. En 1172 apparaît la grange de Bercy, ce qui fait supposer à l'abbé Lebeuf, non sans vraisemblance, que, par corruption, cette grange de Bercy est devenue Grange aux Merciers, lieu-dit fréquemment nommé dans les chroniques du xiv« siècle, lors des guerres qui désolèrent la banlieue de Paris pendant la minorité de Gharles Y. A la même époque, c'était un séjour royal, plusieurs fois cité dans Vllinéraire de Philippe le Hardi qu'di publié M. Ernest Petit dans la collection des Documents inédits de l'histoire de France (voyez la note de la page 279). Quant à l'île, elle n'a été atterrie qu'il y a soixante ans environ.
La gloire de Bercy commença avec le xvii^ siècle, et, pour préciser, dans la dernière partie de ce siècle, lorsque Mansard, puis FrançoisLe Vau édifièrent pour le président de Bercy deux châteaux opulents, le grand et le petit Bercy, avec un parc dessiné par Le Nôtre, dont la superficie
COLONNES DE PHILIPPE AUGUSTE ET DE LOUIS IX (place de la nation)
totale correspondait au vaste territoire compris entre la Seine, la rue de Rambouillet, la rue de Gharenton et les dernières maisons de Gonflans, pénétrant donc d'un côté dans le Paris de Louis XV, et, de l'autre, franchissant celui que limitent maintenant les fortifications. La famille de Malon-Bercy en jouit jusqu'à la Révolution, qui ne l'en
déposséda pas. En 1891, l'héritière du nom l'apporta en mariage à M. de Nicolaï, dont le fils mourut en 1839, après avoir été maire de Bercy de 1821 à 1830. Il était dans la destinée de ce beau domaine de disparaître. Ge fut d'abord la construction de renceinte fortifiée (1842) qui vint le couper en deux dans le sens de la longueur; puis, également par voie d'expropriation, la ligne du chemin de fer de Lyon, dans le sens de la largeur (1847). Enfin, lors de l'annexion de Bercy à Paris, en 1860, ce qui restait de la propriété fut acquis tant par la Société de l'Entrepôt que par le chemin de fer de Lyon qui y épanouit ses voies et créa une gare de marchandises très considérable.
Avant la Révolution, cependant, Bercy ne se composait pas que d'un domaine. Le 28 août 1790, les habitants « de 'la Grande-Pinte de Bercy, du Ponceau, de la vallée de Fécamp, de la Râpée, de la Grange aux Merciers, du Petit-Bercy hors murs, et aussi la majeure partie des habitants du haut de la Grande-Pinte » poursuivirent l'Assemblée nationale de leurs doléances afin qu'elle les constituât en commune distincte de Gonflans ; ils invoquèrent leur nombre : 1 358, la distance du chef-lieu et les inconvénients qui en résultaient au point de vue de la religion, de la police, de l'état civil. Ils obtinrent assez promptement gain de cause, et un décret du 19 octobre 1790 créa la commune de Bercy qui eut donc soixante-dix ans d'existence, car elle fut réunie à Paris à dater du 1^^' janvier 1860.
Parmi les localités énumérées ci-dessus, il en est plusieurs dont le nom ou le souvenir ont subsisté. La Grande-Pinte désignait le groupe de maisons que traverse la rue de Gharenton au delà du boulevard de Bercy. Elle tenait son nom de l'enseigne d'un cabaret fameux jadis, chanté dans une pièce de vers d'Auguste de Ghâtillon.
Déjà nous avons parlé de la Grange aux Merciers. La rue Nicolaï en porta le nom jusqu'en 1865 et il est fâcheux qu'on ne l'ait pas perpétué. G'est au coin de cette rue et de celle de Gharenton qu'était la résidence de Gartouche en 1720 et le puits célèbre grâce auquel il savait si bien tromper la vigilance de la maréchaussée; du moins,