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LA PLACE DE LA NATION

DOUZIÈME ARRONDISSEMENT

Alfred Sabatier l'a-t-il affirmé dans ses Chroniques de Bercy ^ parues il y a trente ans. La vallée de Fécamp a des origines aussi mystérieuses que le puits de Cartouche. Que vient faire en ces parages le nom de la ville normande ou de son abbaye? On se l'est vainement demandé.

Jaillot, que ces questions d'étymologie préoccupent toujours, s'en tire par le silence; il se borne à nous dire que le lieu existait au xv^ siècle sous le nom de (( bas de Fécant )>. Nous sera-t-il permis de rappeler que, cent ans avant, les abbés de Fécamp possédaient une maison à Paris, rue Serpente? Peut-être de cette maison dépendait-il un domaine censitaire situé à gauche du chemin de Gonflans. Cette explication, du moins, n'a rien d'incroyable.

La Râpée était le nom d'un commissaire général des guerres qui, sous Louis XV, s'était fait bâtir au bord de la Seine, hors les murs, une jolie maison, joignant par derrière à la rue de Bercy. Sur son emplacement se trouvent maintenant l'ancien pavillon d'octroi de Ledoux et le magasin de fourrages militaires.

La population de Bercy a passé par de singulières phases; nous l'avons vue de 1 358 habitants en 1790; elle en comptait 15 000 en 1860; aujourd'hui elle est tombée à 9C00, alors que toutes les communes annexées se sont décuplées. Chose singulière : ici, l'abaissement de population est en raison directe de la prospérité

générale, car elle est due à l'extension toujours plus grande que l'Entrepôt et la Compagnie de Lyon ont prise depuis quarante ans. Si, par impossible, les grandes entreprises n'avaient pas eu le développement qu'elles ont atteint, et qui est loin d'être définitif, la propriété bâtie s'y serait multipliée dans les proportions normales alors qu'au contraire elle est de plus en plus absorbée.

L'Entrepôt. — C'est au commencement du siècle qu'un groupe de négociants en vins et spiritueux créa, plusieurs années avant l'établissement de la Halle aux Vins du quai Saint-Bernard, un entrepôt hors des barrières de la Râpée et de Bercy, afin de soustraire leurs marchandises non encore vendues aux taxes d'octroi. Tout de suite l'idée fructifia. Dans le savant travail qu'il a écrit sur la seigneurie de Bercy [Mémoires de la Société de V Histoire de Paris, t. VIII), M. de Boislisle nous apprend même qu'en 1809 on avait songé à acheter le parc de

M. de Nicolaï, et cjue l'Empereur s'intéressait à cette affaire. Si les pourparlers avaient réussi, la Halle aux Vins n'eût, sans doute, jamais existé. La création des voies ferrées de Lyon et d'Orléans donna naturellement à Bercy une recrudescence considérable de transit; c'est alors, c m me nous l'avons vu, que commença le morcellement du domaine, parcelles par parcelles, jusqu'à sa disparition complète. Quand fut promulguée la loi d'annexion,

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