LA MANUFACTURE DES TABACS DE REUILLT
le 16 juillet 18o9, l'Entrepôt se trouvait incorporé dans les limites de l'octroi et les négociants se virent ruinés. La Ville prorogea pour dix ans leur privilège. Ce régime provisoire est devenu définitif. Le territoire de l'Entrepôt est considéré comme en dehors de Paris, dont il . est isolé par un réseau continu de grilles dont les employés d'octroi gardent les issues. Les pavillons, les caves, toute la distribution actuelle, en un mot, ne date que de 1880 et est l'œuvre de la Ville de Paris qui s'y détermina après la terrible inondation de 1875 durant laquelle Bercy eut une déplorable ressemblance avec Venise. Les travaux coûtèrent vingt-cinq millions. On peut évaluera deux millions la recette fournie annuellement à l'octroi par l'Entrepôt.
Les autres curiosités du quartier sont de bien moindre intérêt. L'église Notre-Dame-de-la-Nativité date de 1874. M. Hénard, qui a aussi construit la mairie, en fut l'architecte. Elle remplaçait un édifice élevé sur le même emplacement, en 1824, et détruit pendant la guerre civile de 1871 — succédant luimême à une chapelle sise rue de Bercy, près celle de Nicolaï, dédiée à Notre - Dame de Bon- Secours, construite en 1654 et qui fut la première paroisse de la commune de Bercy, en 1790. — L'ancien cimetière ne reçoit plus depuis longtemps que les concessions perpétuel-:
les; il est situé au bout de la rue de Char enton, tout près de la barrière. magasins militaires (rue de bercy).
A côté, s'élève la Manufacture des tabacs dite de Reuilly. Topographiquement, ces deux établissements appartiennent au quartier de Picpus.
A Textrémité opposée, la rue de Rambouillet fait la limite des quartiers de Bercy et des Quinze-Vingts. Elle tient son nom d'un financier du xvn^ siècle, Nicolas de Rambouillet, dont la «Folie )) était renommée pour la beauté de ses arbres fruitiers.
Située dans la petite rue de Reuilly, qui, en 1864, a pris le nom du célèbre facteur de pianos Erard, on l'appelait aussi,, dit Jaillot, maison des Quatre-Pavillons. Les ambassadeurs des États non catholiques s'y rendaient le jour de leur entrée. Nous avons dit plus haut que les ambassadeurs catholiques étaient reçus au couvent de Picpus.
Quartier des Quinze-Vingts. — C'est le plus rapproché du vieux Paris, conséquemment le plus riche en souvenirs et en monuments.
L'hôpital Saint-Antoine a succédé, en vertu d'un décret de la Convention du 28 nivôse an RI (17 janvier 1795), à l'antique abbaye de femmes, fondée à la fin du xii^ siècle. Dans leur état actuel, les bâtiments les plus anciens ne datent que de 1767, époque à laquelle M°^® de Beauvéau-Craon, abbesse, en confia la reconstruction à Lenoir, dit le Romain ; mais ils sont noyés en quelque sorte au milieu des pavillons créés de notre temps, et qui en font le plus grand hôpital de Paris après Tenon {XX« arrondissement).
Les rues Crozatier et de Chaligny rappellent la mémoire de fondeurs parisiens des siècles passés.
Dans la vue de C/iarenton (longue de 3,150 mètres) était naguère l'ancien hôpital Sainte-Eugénie, hôpital Trousseau depuis 1880, destiné aux enfants malades. Il avait été fondé par le bureau de l'Hôpital général, en 1674, pour recueillir les enfants trouvés. Signalons, au n° 87 bis, une fontaine publique construite en 1846. Elle offre les plus grandes analogies avec celle du n° 68 de la rue de la Roquette,
précédemment décrite (p. 122).
Non loin de là, de l'autre côté de !la rue, s'ouvre la façade des Quinze- Vingts, hospice national d'aveu gles. Nous n'apprendrons à personne que cette fondation remonte à saint Louis. F^i 1260, le pieux roi acheta un terrain hors de la porte Saint- Honoré et y fit construire un hôpital pour héberger trois cents aveugles « de la cité de Paris ».
L'institution traversa les siècles.
Peu avant la Révolution, elle avait pour administrateur le prince-cardinal, de Rohan, le scandaleux héros de l'aventure du collier de la reine. Les immenses besoins d'argent qu'exigeaient ses passions lui suggérèrent une idée bien digne de LA COLONNE DE JUILLET son caractère. Les
L'ÉaLISE DE BERCY.
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bâtiments et jardins de l'hôpital des Quinze- Vingts s'étaient accrus depuis le xiii« siècle; ils occupaient un vaste espace compris entre la rue.de l'Échelle, la rue de Rivoli, la place du Théâtre-Français. C'est dire quelle valeur ils avaient acquise. Le cardinal jeta les yeux sur une ancienne caserne de mousquetaires noirs bâtie en 1699, déserte depuis 1775. Il l'acheta, en 1780, au prix de 450 000 livres et y transféra ses aveugles qui n'en pouvaient mais, sous prétexte de leur procurer un air plus salubre. C'est la maison actuelle de la rue de Gharenton. La vente des terrains de la rue Saint-Honoré lui procura six millions, au moins.
Nous venons de croiser le boulevard Diderot, n ne porte que depuis 1879 le nom du grand philosophe; auparavant, c'était, le boulevard Mazas. La prison de Mazas ne changea pas de vocable par ce fait; il eût été piquant de voir Diderot parrain d'une maison cellulaire. Mazas lui-même n'en aurait pas été plus satisfait : colonel du premier Empire, tué à Austerlitz, il n'avait rien à voir avec les geôles. La fatalité voulut que l'intention louable d'honorer sa mémoire tournât à son préjudice ; la place Mazas donna son nom au boulevard, puis à la prison. En vain les descendants du colonel protestèrent-ils véhémentement ; ils obtinrent que l'administration inscrivît au fronton de la façade : Maison d'arrêt cellulaire ; le langage courant ne la désigna jamais que sous le nom de Mazas, pendant un demi-siècle. Quarante-huit ans, exactement, car évacuée, fermée, démolie dans le courant de l'année 1898, elle avait reçu son premier envoi de détenus (841, provenant de la Force), dans la nuit du 19 au 20 mai 1830. C'était la première prison parisienne construite pour le régime cellulaire ; on protesta, d'abord, puis on en reconnut les avantages. Les protestations eurent pour effet, cependant, de n'y envoyer en détention que des prévenus. Les élégantes prisons de Fresnes les hébergent aujourd'hui. Sur les ruines de Mazas, avant que ne s'y bâtissent des maisons, un Comité du quartier organisa, du 26 février au 12 mars 1899, une fête populaire qui eut beaucoup de succès. Les journaux n'ont pas dit si l'on y avait remarqué d'anciens hôtes de la maison, buvant et dansant...
A côté, la g-are de Lyon montre les magnificences à peine achevées de sa façade et de son hall monumentaux. Déjà, on ne se rappelle plus l'ancienne, qui datait de l'origine et n'était que médiocrement d'équerre avec la rue de Lyon : seul, le porche, surmonté d'une grosse horloge, formait la perspective, mais le hall se présentait obliquement d'une façon fâcheuse pour l'œil, comme aujourd'hui. Disons que la hgne dut d'abord, en 1842, être exploitée par l'État, qu'une loi du 16 juillet 1845 la concéda à une Compagnie privée, qu'elle fit retour à l'État en 1848 et que l'exploitation commença entre Paris et Tonnerre le 12 août 1849. Le 10 juillet 1854, la ligne était prolongée jusqu'à l'entrée de Lyon. Entre temps, par traité du 1«^' mars 1832, l'Etat
VUE DE L'HÔPITAL TROUSSEAU ( avant la démolition )
DOUZIEME ARRONDISSEMENT
s'était dessaisi entre les mains d'une nouvelle Compagnie. Mais dans la traversée de Paris, sans même parler de la gare, quelle différence, quels accroissements en moins de cinquante ans î Au lieu du double ruban argenté de jadis, c'est un faisceau de voies qui s'enchevêtrent, s'entre-croisent, contournent les bâtiments des gares de Rambouillet et de Nicolaï. Les trains descendants passent à 300 mètres de ceux qui montent et jusqu'à Yilleneuve-Saint-Georges, les lignes sont distinctes dans chaque sens pour les express et les omnibus.
La rue de Lyon, ouverte en 1847, élargie en 1859, longue de 700 mètres, est la relation directe entre la gare et la place de la Bastille.
Nous voici enfin arrivés sur cette place fameuse, trait d'union entre le vieux et le nouveau Paris, comme elle le fut, le 14 juillet 1789, entre le vieux et le nouveau régime, la place la plus populaire et la plus populeuse de la ville, la place qui, sans avoir été témoin d'autant de révolutions que celle de rHôtel-de-Yille, n'en a eu besoin que d'une pour être à jamais célèbre. Il est vrai que c'était la Révolution.
On n'attend pas de nous ici une histoire, même succincte, de la Bastille. Quelques traits précis suffiront à remémorer des faits déjà bien connus, et à en signaler d'autres sur lesquels de récentes recherches ont fixé définitivement l'historien.
Le mot de bastille est sans doute
deux parties de dimensions inégales, la forteresse resta dès lors, jusqu'en 1789, ce qu'elle était : un carré long flanqué de huit tours, se prolongeant par un bastion en forme d'éperon vers le faubourg, et, du côté de la Seine, par un large et profond fossé.
Deux tours regardaient FOuest, c'est-à-dire la rue Saint-Antoine : la tour de la Liberté et celle de la Bertaudière. M. Frantz Funck-Brentano, à qui l'on doit tant de découvertes intéressantes sur les légendes et archives de la Bastille — le faux et le vrai — a établi que la tour de la Liberté avait été affectée à la résidence des prisonniers jouissant du
L'ENTREPOT DE BERCY.