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ASPECT DES QUAIS DE BERCT

de la même famille que les expressions bastion ou bastide, employées au moyen âge, signifiant ouvrage de défense militaire. A l'origine, la Bastille fut, en effet, sous le nom de porte ou bastide Saint-Antoine, un élément de la fortification parisienne élevée en hâte de 1356 à 13o8 pendant la prévôté d'Etienne Marcel, et que Charles Y transforma de façon plus résistante, quand il fut lui-même solidement assis sur son trône. La première pierre du monument définitif fut posée, le 22 avril 1370, par le prévôt de Paris, Hugues Aubriot. Il est prouvé qu'il servit d'abord de porte de ville; on le traversait donc, de part en part, pour passer de la rue dans le faubourg Saint-Antoine. Dès la première moitié du xv^ siècle, cette disposition fut changée ; les passages correspondant à ces deux voies furent murés ; la porte devint château fort et l'on n'y pénétra plus, après avoir franchi un pont dormant et deux ponts -levis, qu'en le contournant du côté du sud. L'entrée se trouva alors entre les deux tours qui regardaient la Seine. En conséquence, l'accès de la ville dans la campagne fut reportée vers le nord (côté du boulevard Richard-Lenoir) ; une porte pratiquée à cet endroit dans la muraille prit naturellement le nom de porte Saint-Antoine ; le château s'appela dès lors tout simplement la Bastille.

A Texception d'un bâtiment transversal (de TOuest à l'Est) construit au xvu® siècle, réédifié en 1761, et qui divisa la cour intérieure en

droit de se promener librement dans la forteresse. Le nom de la Bertaudière vient certainement d'un Bertaut quelconque.

Du côté du Nord étaient les tour du Coin et du Puits, dénomination qui s'expliquent d'elles-mêmes.

A l'Est, faisant face au faubourg, les tours de la Chapelle et du Trésor.

Au Sud, enfin, les tours de la Comté et de la Bazinière, entre lesquelles était pratiquée l'entrée du château. Yis-à-vis, était l'hôtel du gouverneur, séparé de la forteresse par un pont-levis ; son emplacement correspond assez exactement au terre-plein devant lequel évoluent maintenant les tramways de Montparnasse et de Charenton.

La Bastille est restée debout un peu plus de quatre siècles. Il faudrait bien mal connaître l'évolution historique pour croire que le régime des détenus y fut le même durant cette longue période. En réalité, il varia avec l'humeur des rois ou de leurs premiers ministres, et aussi avec les événements qui fournirent à la prison des prisonniers plus ou moins dignes d'elle. Car, ce qu'il faut remarquer, c'est qu'elle fut toujours, pendant ces quatre cents ans,jomo?z d'État. Autant le régime fut rigoureux sous Louis XI et durant une partie du règne de Louis XIV, autant il s'était adouci vers la fin, au point qu'un séjour à la Bastille pouvait, aux yeux de bien des gens, passer pour une villégiature. On y apportait sa garde-robe, on y trouvait une bibliothèque bien garnie, on avait le droit — limité, il est vrai, à deux heures — de se promener, soit dans la cour, soit sur le bastion. Le service de la table, iixQ par un règlement de 1750, était aussi des plus paternels. Voici le tableau pour chaque jour de la semaine, du principal plat quotidien :

Dimanche. — Le Diatin : Petit pâté. Le soir : Langue de bœuf en ragoût ou foie de veau piqué ou lardé.

Lundi. — Le matin : Collet de mouton. Le soir : Ragoût de veau ou de mouton. Mardi. — Le matin : Petit salé. Le soir : Ragoût de mouton ou de veau.

Mercredi. — Le matin : Tourte. Le soir : Bœuf à la mode.

Jeudi. — Le matin : Collet de veau ou de mouton. Le soir : Poulet, volaille, gibier, pigeon ou ragoût.

Vendredi. — Le matin : Maigre ordinairement. Le soir : Maigre ordinairement.

Samedi. — Le matin : Quand on fait gras, des saucisses. Le soir : Ragoût de veau ou de mouton.

Si la liberté n'était pas ce qui paraît être le plus cher aux hommes, la Bastille, dans ces, conditions, eût été un hôtel fort agréable; mais lorsqu'on en avait franchi le dernier pont-levis, on ignorait absolument la durée du séjour, et il faut convenir qu'une pareille incertitude est fort désagréable.

Le mystère y était aussi de règle. On n'est pas forcé de croire Linguet lorsqu'il déclare que le gouverneur avait, sur sa parole d'honneur, nié, devant plusieurs de ses amis, qu'il l'eût pour prisonnier. Mais comment expliquer qu'à la mère d'un détenu s'informant auprès du lieutenant de police où était son fils, il ait été répondu par le silence, ainsi que l'atteste la note du magistrat :

(( Se garder de dire même si ce prisonnier existe ou non. »

M. Frantz Funck-Brentano a fait justice de Latude ; il a démontré que « ses trente-cinq ans de captivité » étaient purement volontaires; que Latude, qui, d'ailleurs, se nommait Danry, était, comme on dit aujourd'hui, un simple fumiste , .indigne d'intérêt. Il a établi aussi, et d'une façon presque irréfutable, que le fameux homme au masque de fer était bien réellement Mattioli, l'ambassadeur du duc de Mantoue, perfide à la fois à son maître et à Louis XIV qui l'avait accrédité. Ainsi se trouvent éclaircis les deux plus grands mystères de l'histoire de la Bastille ; le reste est, en comparaison, assez banal.

Au matin du 14 juillet 1789, la Bastille gardait sept prisonniers ; le seul sérieux — si on peut ainsi parler — était un nommé Tavernier, complice de Damiens ou prétendu tel, détenu conséquemment depuis trente ans ; un fou, le comte de Malleville ; un érotomane, M. de Solages, et quatre faussaires. Peut-on bonnement imaj^iner que le peuple assiégea le château pour délivrer ces sept individus dont l'existence était certainement ignorée ? On croit plutôt qu'il voulut, en s'emparant de la Bastille, détruire le symhole du despotisme?

Il faut pourtant que l'on sache que depuis cinq ou six ans au moins la démolition de la Bastille était projetée par le gouvernement lui-

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