LA GARE DU CHEMIN DE FER DE VINCENNES
C'est ce sentiment que synthétise la statue de Baudin, élevée à l'angle de l'avenue Ledru-RoUin, en décembre 1901.
Quant à cette avenue, ouverte par percements successifs, et non encore achevée, puisqu'elle doit rejoindre la rue de la Roquette, elle arrive presque maintenant à balancer l'importance de la vieille rue du faubourg. Les arbres dont elle est bordée en partie font d'elle un boulevard, le boulevard des Italiens de ces quartiers de labeur, — et à certains jours elle prend un aspect bien pittoresque et bien spécial, lorsque sur ses trottoirs s'installe la traule, c'est-à-dire la vente directe par le fabricant des meubles qu'il a lui-même confectionnés. Le chemin de fer de Vincennes fut inauguré le 22 septembre 1859. On admira beaucoup alors son « embarcadère » et le viaduc, long d'un kilomètre, qui domine l'avenue Daumesnil. Nous sommes blasés maintenant sur ce genre de merveilles, mais il n'en faut pas moins reconnaître les services immenses que cette ligne rend à la population de Paris et de la banlieue de l'Est.
Construite d'abord entre Paris et La Varenne-Saint- Maur, elle allait être prolongée au delà de la Marne quand survint la guerre de 1870, et ce n'est qu'en 1875 qu'elle atteignit Brie-Gomte-Robert. Aujourd'hui elle va jusqu'à Verneuil-l'Étang se souder à la grande ligne de Belfort-Mulhouse, avec un parcours total de 54 kilomètres. Le service des trains, surtout entre Paris et Joinville-le-Pont, y est organisé avec une fréquence que l'on souhaiterait voir appliquer à certaines
de nos lignes d'omnibus.
^„ Rien n'est plus amusant que d'assister, un dimanche d'été, le matin, au départ; le soir, au retour de l'un de ces trains. Tant d'attraits favorisent de ce côté l'exode parisien : Vincennes et son bois, le canotage, la pêche à la ligne, voire même la pleine eau à Nogent, à Joinville, à Ghampigny, à La Varenne et Ghennevières. Et plus loin, pour ceux qui fuient les gaietés un peu bruyantes de la banlieue trop voisine de Paris, c'est Boissy-Saint-Léger elles bois charmants qui l'entourent. Les vingt-quatre voitures de chaque train sont prises d'assaut, partent complètes, reviennent bondées. Gette foule, c'est en grande partie le laborieux faubourg Saint-Antoine qui la compose; la ligne de Vincennes, c'est sa ligne à lui, et de la Bastille à la porte Dorée, du pont de Bercy à la rue de Montreuil, il n'est pas une maison, croyez-le, oii l'on ne se demande, durant toute la semaine, pour quelle station de cette ligne si chère on s'embarquera le dimanche suivant.
PARIS
DOUZIEME ARRONDISSEMENT
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