VUE GÉNÉRALE DE LA SALPÊTRIÈRE
XIII ° ai»p©i^dis§êiiiêi^t
LES GOBELINS. — 49« quartier : lA SALPÊTRIÈRE. — 50° quartier : LA GARE. 51« QUARTIER : LA MAISON-BLANCHE. — 52« quartier : CROULEBARBE.
E XIII« arrondissement est sous le vocable des GoBELiNs; le plus pittoresque de Paris par ce que sa physionomie a de personnel, d'introuvable ailleurs que là, celui aussi qui a le triste privilège d'être le plus pauvre — non — le moins riche de la ville. Riche d'argent, car, pour l'étendue, avec ses 625 hectares, il ne se laisse battre que par les XV^ et XVP arrondissements. Sa population n'est que de 115,000 habitants, ce qui prouve qu'il y a encore beaucoup à bâtir par là. On s'y emploie, du reste. Nombre de vieilles masures, qui dataient d'avant l'annexion, ont fait place à des maisons bâties à cinq étages avec le confort qu'exige le progrès. Aussi de jour en jour perd-il son surnom pénible de faubourg souffrant, qui n'était que trop vrai il y a quelque quarante ans. Toute grande ville doit avoir des quartiers pauvres : le but à atteindre, c'est d'en diminuer autant que possible l'aspect sordide; notre démocratique municipalité a fait largement son devoir à cet égard et elle continue à ne pas s'en désintéresser. Il n'en était pas ainsi en 1859 : un fait caractéristique et peu connu le prouve. Lorsque l'édilité se préoccupa de préparer la loi d'annexion et de porter à vingt les douze arrondissements existants, elle donna à ces arrondissements une numérotation, assez mal justifiée, d'ailleurs. Celui des Gobelins portait le n<^ 20 et Passy le n° 13. Ce furent de beaux cris à Passy; ce chiffre 13 horripilait, épouvantait les proprié-
taire s de la région ; il les empêcherait de vendre leurs terrains, de louer leurs immeubles. Des pétitions furent rédigées, et l'administration s'inclina devant des superstitions d'un autre âge. C'est ainsi que fut doté du terrible chiffre 13 notre faubourg souffrant, qui n'eut sans doute pas la sottise de protester, ayant bien d'autres soucis en tête.
Trois éléments sont entrés dans sa constitution: l*^ l'antique faubourg Saint-Marceau, au pied de la montagne Sainte-Geneviève, comprenant les Gobelins et la Salpêtrière, ancien XIP arrondissement ; 2° les terrains distraits de la commune d'Ivry, entre le boulevard de la Gare et les fortifications ; 3*^ les terrains distraits de la commune de Gentilly, entre le boulevard d'Italie et les fortifications.
Ses limites sont formées par le milieu du cours de la Seine, du pont National au pont d'Austerlitz, qui le sépare du XII® arrondissement, l'enceinte fortifiée, l'axe des rues de l'Amiral-Mouchez et de la Santé, qui le sépare du XIV® arrondissement, l'axe des boulevards de Port- Royal, Saint-Marcel et de l'Hôpital, qui le sépare du V®.
Le quartier de la Salpêtrière est placé sous les auspices de la maison si utile, mais si lugubre que l'administration nomme officiellement hospice de la vieillesse (femmes). Cet établissement doit son nom à une fabrique de salpêtre qui y existait au xvi« siècle, et son origine à ce grand mouvement d'hospitalisation des malades, des pauvres et des mendiants que Henri IV avait conçu généreusement,que ses successeurs réglementèrent avec rigueur. Un édit de 1656 désigna d'abord la Pitié pour recevoir les mendiants, mais peu après on lui
préféra remplacement de la Salpêtrière et le, vhi\U'/<\n àv Bicêtre, qui furent tous deux affectés à ce que Vvd)i /ippclail l'Hôpital général des pauvres. La Salpêtrière fut xv^wsvv uns femmes. Aussitôt, d'importantes constructions s\v élnvt'^'cnl sous la conduite de l'architecte Libéral Bruant; rjirs sont encore debout, ainsi que la chapelle, dont le dùuw niimt l'attention des voyageurs qui entrent à Paris par la Wiiiw. d'Orléans — chapelle circulaire elle-même, d'une dispnsilinn assez ingénieuse.
Au xviii« siècle, la Salpêtrière avait perdu son ruracièro d'asile ouvert aux femmes pauvres; on y recevait bien cnt-oro les malheureuses infirmes ou folles, mais ctHaii surtout un lieu de correction, une véritable prison pour les filles du peuple coupables d'un délit, pour toutes les femmes qui méritant la détention n'avaient pas le moyen de la subir dans les couvents placés à cet effet sous la surveillance du lieutenant de police.
Aujourd'hui, les 4,410 lits de la maison sont réservés à des femmes septuagénaires, indigentes ou aliénées — et aussi aux infortunées de tout âge qui souffrent de cette maladie bizarre et terrible qu'on nomme l'hystérie. A en décrire merveilleusement les manifestations, à la combattre et souvent à la vaincre, le D"^ Gharcot avait acquis une renommée universelle. Son enseignement de la Salpêtrière était suivi par les savants du monde entier. On ne s'étonnera donc pas de trouver devant la façade de l'hospice sa statue, œuvre de Falguière.
Elle y a été inaugurée le 4 décembre 1898 avec la solennité que justifiait une si illustre mémoire. Plus en avant, sur le terre-plein, est la statue, sculptée par Ludovic Durand, de Pinel, le fondateur de la médecine alié-
niste. Signalons enfin, dans l'amphithéâtre de Gharcot, la présence d'un bas-relief, ciselé par M"^^ Élisa Bloch, en l'honneur des frères Lionnet, les deux artistes qui avec tant de dévouement prêtaient leur concours aux concerts organisés pour distraire les pensionnaires de l'hôpital.
La gare d'Orléans vient de perdre et de faire perdre au quartier une bonne part de son importance. Dépossédée par sa fastueuse rivale du quai d'Orsay du privilège d'être le point de départ do, ce grand réseau, elle tombe au rang de gare secondaire, encore que plusieurs services de l'exploitation y aient été maintenus.
L'édifice que nous avons sous les yeux est de proportions grandioses; il a été construit en 1867 par l'architecte Renault, pour remplacer un embarcadère bien plus modeste, datant de la création de la ligne. Gette création date du mois de septembre 1840. On ignore généralement que ce fut d'abord la ligne de Paris à Gorbeil ; au mois de mai 1843, fut ouverte la section de Juvisy à Orléans, mais la Gompagnie continua