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LA BIEVRE PRÈS DES GOBELINS

l'Est, change tout à coup de direction vers le Nord. Il semble qu'il y ait là une fatalité qui l'attire vers Paris, et qu'elle y cède par une résolution brusque, au lieu de continuer tout droit vers la Seine, à travers les jolis villages de Fresnes, de Ruugis, de ïhiais ; mais le plateau de Villejuif lui barre la route. La souillure va commencer pour elle : Antony, Arcueil, Gentilly lui envoient, comme à un égout, les impuretés de. leurs blanchisseries, les résidus de leurs usines, et quand elle se présente timidement à Paris, près de la poterne des Peupliers, elle est déjà si malpropre qu'on ne la laisse entrer qu'en filtrant à travers une grille, sous un long tunnel voûté, d'aspect sinistre, hanté des rats.

Lapoterne des Peupliers! Dans l'insupportable monotonie de paysage que fournit le pourtour des fortifications parisiennes, c'est une oasis rare où le pittoresque trouve son compte. Ne croyez pas que le décor soit merveilleux; il est simplement inattendu. L'entrée de Paris y est pratiquée dans le rempart même, par un passage formant voûte, audessus duquel est établi le chemin de ronde. Cette ouverture est hérissée de grilles que l'intensité de la circulation ne paraît pas tout à fait justifier. La date i890, sculptée au-dessus de la façade qui regarde Gentilly, indique que cet ouvrage n'appartient pas au plan primitif, et, en effet, des vues antérieures nous le montrent avec un aspect moins rébarbatif. C'est à cent mètres plus loin, à l'Est, que la Bièvre fait l'entrée honteuse que nous venons de dire.

Dès lors, le pauvre cours d'eau va se déshonorant toujours davantage. Par des méandres imprévus il semble chercher à mettre fm à son ignominie, à éviter la Butte-aux-Cailles, qui a l'air de vouloir s'effondrer sur lui, à se soustraire à ces mégisseries qui l'attendent au passage. Il y a quelques- années encore, ses rives bordées de saules offraient çà et là, pendant de courts espaces, un joli coin de nature; on ne retrouve plus cela aujourd'hui.

Chaque année, la ville , consciente enfin de son œuvre malfaisante, couvre d'un sépulcre de pierre un morceau de Bièvre ; la rivière deviendra bientôt un égout et personne n'y songera plus.

Rabelais a expliqué l'origine de la Bièvre d'une façon fort plaisante, mais trop

scabreuse poux

qu'il nous soit le puits artésien

possible de la de la butte-aux-cailles.

dire. On ne croirait pas aujourd'hui que ce ruisseau ait pu jadis se

déchaîner comme un fleuve, et causer des ennuis à ses riverains.

Écoutez pourtant ce que raconte un religieux de Saint- Victor, à la date

du 15 mai 1527 : « Le mercredy quinziesme jour dudict moys, environ

onze heures du matin, la rivière de Biefvre, laquelle passe par Thostel

de céans [c'est-à-dire l'abbaye de Saint-Victor], fut sy très grosse et sy

très impétueuse qu'elle

rompit plusieurs édifices

à Sainct-Marcel et estoit

grosse pitié de la veoir,

car elle venoit jusques

devant l'église Sainct-Mé-

dard, et guasta plusieurs

marchandises, et falloit

que les gens estans dans

les maisons se saulvassent

par les fenestres dedans

des bateaulx qu'on avoit

pris sur la rivière de Seine,

et portez audict lieu, qui

estoit grosse pitié à veoir.

(( L'eau couvrit tout le pré de céans et fut l'erbe fort dommagée avec les plus beaux bleds qu'oi?

pust veoir, que nous avions sur la rivière de Seine, lesquels pareillement fureni aussi en partie guastez, et ladicte rivière de Biefvre, le lendemain, diminoit fort jusques à ce que

la grande rivière de Seine fust plaine, laquelle la fist regorger et alors fut plus grosse que auparavant, l'espace de huit ou dix jours, avant que de decroistre, dont vint et fut la cause du dommaige. «

Le quartier de la Maison-Blanche a été tout entier détaché de la commune deGentilly, en 1860. C'était ce que l'on nommait le Petit-Gentilly. Il se compose aujourd'hui de deux parties, la Butte-aux-Gailles et la Glacière et, en outre, d'une artère très importante, Vavenue d'Italie ou route de Fontainebleau, c'est-à-dire la route nationale n^ 7 de Paris à Antibes. A elle seule d'abord, elle composa tout le quartier. Sur le passage des diligences, des convois de maraîchers circulant sans cesse entre Paris et la région du Sud, en dépit de la rude côte de Villejuif qui les guette, une lieue plus loin, on bâtit des guinguettes, de petites hôtelleries à l'usage des rouliers peu fortunés, des ouvriers qui, faisant leur tour de France, venaient, à pied, conquérir Paris en sabots. Peu à peu, les maisons se tassèrent, se surélevèrent, si bien qu'entre l'ancienne et la nouvelle barrière, il n'y eut plus de place, et l'avenue devint ce que nous la voyons.

Le 25 juin 1848, elle fut le théâtre d'un drame sanglant, celui du

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