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QUARTIER : CHAILLOT

OINS de 300 mètres de rivière à franchir, et le décor a changé complètement. D'une rive à l'autre, la physionomie des deux arrondissements est aussi différente que s'ils étaient chacun à une extrémité ^de la ville. Leur seule ressemblance est d'être tous deux les plus grands de Paris ; le XV^ arrondissement a 721 hectares, le XVI% dit Passy, en a 709, alors que le plus petit, qui est le IP, n'en a que 97.

Aux cheminées des usines ont succédé les" massifs d'arbres; aux pauvres masures, de coquettes villas ou de hautes maisons, dénonçant, parleur luxe extérieur, celui du dedans; aux rues populeuses, des voies tranquilles, ou de somptueuses avenues sillonnées d'équipages. Si l'on classait les arrondissements de Paris dans l'ordre de leur

richesse foncière, le VHP aurait sans conteste la première place, le XVP disputerait la seconde au faubourg Saint-Germain, et l'emporterait bien probablement.

On ne s'étonnera pas qu'il soit parmi les moins peuplés : pour la première fois en 1896, il a dépassé le chiffre de 100,000 habitants, qui lui donne droit à deux députés. Il est formé par les deux anciennes communes d'Auteuil et de Passy et la majeure partie de l'ancien faubourg dit de la Conférence ou de Ghaillot; mais, depuis trente ans, les Parisiens du centre viennent de plus en plus s'y fixer, suivant la loi générale d'attraction vers l'Ouest. Molière et Boileau en donnaient l'exemple il y a deux cent cinquante ans, et l'exemple a été bien suivi.

Quartier d'Auteuil. — Une longue rue de province, allant de la gare à l'église en passant par le marché, et toute bordée de, boutiques ;

alentour, de nombreuses avenues, les unes droites, les autres serpentantes, avec des villas et de la verdure partout; quelques vastes domaines bien clos et dont les bâtiments se dissimulent derrière une muraille d'arbres ; à Thorizon, par quelques échappées, la Seine, le bois de Boulogne, les coteaux de Saint-Gloud, de Meudon, et plus près, celui de Passy : voilà Auteuil.

N'étaient la corne du tramway, le chapeau ciré des cochers de fiacre, on s'y croirait très loin de Paris, dans quelqu'une de ces grosses sous-préfectures où l'industrie est inconnue et dont le tranquille charme retient les commerçants qui <( se sont retirés », les officiers qui ont fait leur temps. La colonie parisienne d'Auteuil est ainsi composée de gens paisibles par profession ou par goût, écrivains, artistes, rentiers, familles riches qui peuvent ne pas mesurer à leurs enfants le terrain des joyeux ébats.

L'étymologie du nom d'Auteuil demeure indécise ; cependant les formes Altogilum, Altolium, où l'on retrouve sans peine le mot latin altus permettent de proposer cette traduction : localité sise sur une hauteur ; et l'état du sol aux abords de l'église, où fut l'origine de l'agglomération, n'y contredit pas. Gomment, au commencement du xu^ siècle, l'abbaye normande du Bec possédait-elle des terres en ce lieu, c'est ce qu'il serait difficile d'expliquer; mais il est certain qu'en 1110, l'abbaye très parisienne de Sainte-Geneviève les lui acheta et que, jusqu'à la Révolution, elle y exerça tous les privilèges de la seigneurie et de la haute, moyenne et basse justice. Vers le même temps fut fondée la paroisse, dont les bâtiments de style roman n'ont disparu qu'il y a vingt ans, au grand regret des archéologues, pour faire place à l'édifice actuel.

Il n'est pas très difficile de reconstituer le plan de l'ancien Auteuil, au temps de François P'', par exemple. Des bords de la Seine, à hauteur du pont Mirabeau, un chemin s'élevait à travers les terres jusqu'à l'église située là où elle est encore maintenant ; devant cet édifice, le cimetière ; à gauche, l'hôtel seigneurial de Sainte-Geneviève, que la maison Ghardon-Lagache représente aujourd'hui; de l'église à la porte du Bois, une rue tortueuse, la seule alors habitée, la grande rue, actuellement rue d'Auteuil. La vigne, les champs, la culture maraîchère occupaient tout le reste du territoire.

Les pièces d'archives fournissent la plupart des vieux noms que portaient ces terres : c'étaient, du côté des rues Mozart et Raffet, les Nérottes, les Fontis, la Gure ; plus à droite, les Fontaines, la Tuilerie, les Glizières, le Pré aux Ghevaux; au centre même, les Perchamps ; vers le Point-du-Jour, les Galabres, les Guêtres, Sous les Glos. Plusieurs de ces lieux-dits se sont transmis jusqu'à nous sous forme de noms de rues : les rues des Perchamps, de la Cure, des Fontis ont donc pour origine une dénomination territoriale qui date au moins du xv® siècle.

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