LE THÉÂTRE DES BATIGNOLLES
DIX-SEPTIEME ARRONDISSEMENT
nistrer eux-mêmes et à secouer le joug de Glichy. Les pourparlers furent longs. Le prologue en est fourni par une pétition adressée au préfet de la Seine, le 17 juillet 1827.
Les habitants des Batignolles et de Monceau exposaient que sur 5,453 âmes dont se composait la commune de Clictiy, ils figuraient pour 3,303, que <c déjà les Batignolles sont le siège d'un commissariat de police, d'un bureau de poste aux lettres, d'un bureau de papier timbré et de deux débits de tabac » !
Ils demandaient comme limites : au Sud, les boulevards extérieurs de Paris ; au Nord, le chemin de la Révolte.
Il va sans dire que la municipalité de Glichy s'opposa de toutes ses forces à une disjonction qui lui faisait perdrje, du moins, elle le croyait, le meilleur de son avoir et l'éloignait des portes de Paris.
Après deux ans et demi de négociations , après avoir épuisé toutes les enquêtes et toutes les juridictions, elle finit par succomber dans la lutte.
L'ordonnance royale érigeant Batignolles -Monceau en commune distincte fut signée le 10 février 1830. Unis pour le combat, les deux annexes ne tardèrent pas à se diviser après la victoire. C'est même une des rares gaîtés de l'histoire administrative. Le conflit était, déjà en 1834, devenu aigu.
C'est à propos du nom de la commune qu'il éclata. Il paraît que l'on continua de dire Batignolles ou Monceau, suivant qu'il s'agissait de parler de l'un ou de l'autre groupe, mais jamais Batignolles-Monceau : « et cette scission dans les noms en produisit une dans les choses. Une rivalité fâcheuse pour l'administration et pour les administrés se glissa dans l'esprit des deux populations... » La délibération municipale à laquelle nous empruntons ce passage, concluait en proposant de débaptiser la commune et de la nommer Antinville I
L'idée était r^éellement bouffonne d'espérer qu'un changement de nom produirait instantanément un changement d'humeur, et surtout de choisir le nom Antinville, qui ne se justifiait que par le voisinage — relatif— de la Chaussée-d'Antin. Nous avons sous les yeux la lettre par laquelle le préfet, M. de Rambuteau, repoussa cette étrange proposition. « ...Si les dissenssions qui troublent cette commune, disait-il, prennent leur source dans la contrariété des intérêts, l'autorité locale se fait une étrange illusion en s'imaginant qu'une nouvelle dénomination éteindra ces conflits... »
Batignolles-Monceau garda donc son nom jusqu'à l'annexion de 1860, qui en fit pour les trois quarts un arrondissement de Paris.
Vers 1850, la population des Batignolles était composée de petits rentiers, de commerçants ayant fait leurs affaires.
Ils y vivaient heureux, toujours en commérage avec les voisins, et ne prenaient que rarement la Batignollaise^ c'est-à-dire l'omnibus de Paris, qui, alors, n'allait pas jusqu'à rOdéon. Aujourd'hui, il n'en va plus de même ; l'élément primitif de la population est noyé dans la foule de gens occupés qui, le soir vers sept heures, remontent à grands pas la rue d'Amsterdam ou la rue de Glichy, faute de trouver place dans les Batignollaises actuelles, si nombreuses pourtant, mais toujours insuffisantes.
Deux ans avant l'annexion, le rédacteur de V Annuaire de la ville de Batignolles-