ABSIDE DE L'ÉGLISE DE BELLEVILLE
nomie laplus pittoresque :
cabarets et restaurants sont débordants de la clientèle toute spéciale que lui font les marchands et conducteurs d'animaux, mêlés aux bouchers, avec qui ils concluent affaire le verre en main. Les longues blouses bleues des premiers font apparaître plus blancs les tabliers de ceux-ci. Parfois les piles d'écus s'empilent et disparaissent dans la ceinture des vendeurs, mais le plus souvent, le chiffre d'affaires est trop élevé, et se règle commercialement en écritures.
Un pont sur le canal de rOurcq relie le marché aux abattoirs. Du royaume de l'argent, on passe dans le royaume du sang. Le spectacle n'en serait pas réjouissant si les bâtiments n'étaient tenus très propres, aérés, disposés avec symétrie. Les étables où les malheureux animaux attendent le coup de massue ou le coup de couteau final y alternent avec les échaudoirs, nom bizarre donne aux salles où se donne la mort. On y tue pendant la nuit, on y prépare et débite les viandes dans la journée. Les ouvriers employés à ce dernier travail sont, non moins étrangement, nommés chevillards, parce qu'ils disposent les bêtes dépecées sur des crocs en fer nommés chevilles. Il parait que ce rude métier, qui exige beaucoup de force et d'adresse, ne porte pas à la mélancolie: les bouchers de La Villette sont d'humeur joyeuse, de santé robuste comme il convient à des gens qui, par métier, font des cures de sang ordonnées aux personnes débiles. Il leur arrive, pour se distraire, de s'occuper de politique. Un procès célèbre nous les a présentés, qui l'aurait cru! sous le jour de conspirateurs soucieux du rétablissement de la royauté, et un poète facétieux, s'adressant à leur leader, lui disait :
Oui, vous présenterez les bouchers h la reine...
N'oublions pas de rappeler que le marche aux bestiaux a hérité du premier château d'eau de la place de la République.
Viînpasse du Dépotoir a au moins le mérite d'avoir un nom précis, et n'est-ce pas dans l'ordre que l'intestin de Paris soit contigu à son estomac? Chaque nuit, trois ou quatre cents voitures de vidanges — administrativement, on les appelle des tonnes — viennent là déverser leur lamentable cargaison dans des réservoirs d'où elle est entraînée par une pompe aspirante, à 8 kilomètres, à l'usine sise entre Bondy et Aulnay pour y subir les préparations chimiques qui la rendent propre à féconder le sol.
Tout près de là, prend naissance le canal Saint- Denis qui se greffe sur le canal de l'Ourcq et limite au Sud-Ouest les abattoirs. Il doit son existence à la loi du 29 floréal an X, qui prescrivait en même temps l'ouverture du canal Saint-Martin. L'utilité était évidente d'épargner à la navigation marchande la traversée de Paris et la longue boucle que fait le fleuve en aval d'Auteuil.