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ASPECT DE LA COURBE DE LA RUE BOLIVAR

coin de pays (où il vint mourir en 1871), pour se rendre compte des mœurs bourgeoises et même patriarcales du lieu. Si les tendances n'ont pas beaucoup changé depuis, tout autour de la place des Fêtes, les habitants y mènent maintenant une vie plus active : pour la plupart, ce sont des artisans, des travailleurs manuels; l'annexion a fait reculer les rentiers dans la banlieue; les maisons avec jardin, qui étaient de règle, se font de plus en plus rares. Même avant 1860, la municipalité bellevilloise assistait à cette évolution avec une mélancolie des moins démocratiques; les «propriétaires)) qui la composaient constatent dans une délibération du 4 août 1852 que, « depuis la transformation splendide )) des quartiers industriels et populeux de la capitale, Belleville est devenu le refuge d'une foule de gens qui ne savent où habiter dans Paris et y viennent ainsi « avec la pensée secrète de ne pas payer leurs loyers )). Et le conseil demandait la simplification des formalités en usage pour l'expulsion de ces gens-là. On voit que M. Vautour a de qui tenir.

La place des Fêtes, dont il vient d'être parlé, est, depuis 1881, pourvue d'un vaste square, de 12,000 mètres carrés ou environ ; si l'on en croit les documents officiels, il n'en a pas coûté plus de 200,000 francs pour la revêtir ainsi d'une aimable robe de verdure. Elle est bordée à l'Est par la rue du Pré-Saint-Gervais qui conduit à la commune du même nom. Il

nous souvient qu'un petit omnibus jaune et fermé, comme il n'en existe plus maintenant à Paris, la parcourait, venant de l'ancienne barrière de Belleville et descendant ainsi au Pré-Saint-Gervais après l'ascension la plus rude que l'on puisse concevoir. Le trajet était aussi pénible aux chevaux qu'aux voyageurs; aujourd'hui, pour se rendre au Pré, l'on a des tramways électriques qui partent de la porte de Pantin, c'est-à-dire de la plaine vers la colline, ce qui est infiniment plus logique.

Et maintenant, delà place des Fêtes, que l'on se dirige, par la rue des Solitaires ou celle des Annelets, vers la rue à laquelle Botzaris, un héros de la guerre de l'indépendance grecque , a donné son nom, que l'on fasse le tour, au contraire, par les rues des Lilas et de Bellevue (un nom bien porté), on est assuré d'une excursion fort pittoresque, à travers un Paris très inédit, pourrait-on dire, car il a dans ces régions un aspect tout particulier, qui ne se retrouve pas ailleurs.

Quartier du Combat. — Le boulevard de La Villette, au point d'intersection des rues de la Grange-aux-Belles (X« arrondissement) et de Meaux, a une légère inflexion du Nord vers l'Est, et dans cette concavité forme une place dont on a fait une sorte de square. Là s'élevait une des barrières du Paris d'autrefois, dénommée barrière du Combat. Il s'agit du combat d'animaux, d'un spectacle forain dont nos aïeux étaient, paraît-il, très avides et qui, espérons-le pour l'honneur de l'humanité, n'inspirerait que de l'horreur aujourd'hui. Il consistait à faire battre entre eux des animaux, chiens ou coqs, ou de mettre aux prises contre un vieux cheval, ou un ours, ou parfois un taureau é tique, une meute de chiens qui finissait par avoir raison de la malheureuse bête, non sans avoir reçu maints horions. Dès le 9 juin 1792, le procureur général du département, indigné de ces atrocités, avait écrit la lettre suivante au Directoire du district de Saint-Denis :

« On vient de me dénoncer, messieurs, un spectacle déchirant qui se donne à Belleville à certains jours de l'année, et où l'on fait périr un taureau dans les tourments les plus cruels. Je ne doute pas que la lecture de cette lettre, dont copie est ci-jointe, ne vous détermine à prendre des mesures pour que ce spectacle n'ait plus lieu. )>

Si cette injonction fut obéie, ce ne fut que pour un temps. Le Con~ ducteur des étrangers à Paris, à la date de 1815, signale le « combat des animaux )) en le réprouvant, il est vrai. D'autre part, le conseil municipal de Belleville avait, par délibération du 1«^ février 1840, autorisé le bureau de bienfaisance de la commune à percevoir un droit pour les pauvres. Une nouvelle délibération du 23 mai 1853, en nous apprenant que le spectacle du Combat avait été définitivement aboli, témoigne d'un état d'esprit du conseil tout autre que celui dont il faisait preuve en 1840, car elle a pour objet de demander le changement du nom de la barrière du Combat, qui rappelle « un spectacle sanguinaire qui

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