LE PARC DES BUTTES-CH AUMON T
avait lieu audit endroit, lequel n'est plus ni dans nos mœurs ni dans les idées actuelles de l'état social français ». Voilà qui est bien dit : la dénomination n'en demeura pas moins en vigueur jusqu'à 1860, date de la suppression des barrières.
La rue de Meaux était au xvni^ siècle, on l'a vu plus haut, la route d'Allemagne. A sa sortie de Paris, elle traversait un territoire dont le nom seul évoque des souvenirs bien plus tragiques que ceux du Combat : Montfaucon. Le sinistre gibet a eu deux emplacements différents, quoique voisins l'un de l'autre, au Nord-Est de Paris : le plus ancien dans le X® arrondissement, non loin de la rue Vicq-d'Azyr ; le second transféré en 1761 sur les confins de La Yillette et de Belleville, où Vimpasse de Montfaucon rappelle son existence. Ce dernier fut surtout une voirie, et les fourches patibulaires ne s'y dressaient plus guère que comme l'emblème de la haute justice ; cependant, au mois de novembre 1898, des fouilles pratiquées entre les rues Secrétan et Bolivar ont mis au jour, en même temps que des objets ménagers de tout genre, plusieurs crânes humains. Avec le temps, la voirie devint le dépotoir municipal, puis, lorsque celui-ci eut été transféré près du marché aux bestiaux, elle s'est convertie en fabrique d'engrais chimiques et en dépôt de pavés. La physionomie du quartier a perdu l'empreinte de ces lugubres origines; un marché, un groupe scolaire, l'élargissement de la rue Secrétan où le tramway de Saint-Augustin au Cours de Vincennes apporte son incessante animation, tout cela a donné la vie à ce lieu de mort et de misère.
Veut-on connaître l'état civil de la rue Bouret ? Une délibération du conseil municipal de La Villette, à la date du 7 décembre 1841, porte « acceptation du don fait à la commune par les héritiers Bouret de la nouvelle rue, longue de 215 mètres et large de 12, connue sous le nom de rue Bouret ».
Avant de consacrer le souvenir d'un illustre combattant pour l'indépendance de l'Amérique du Sud, la rue Bolivar s'appela jusqu'en 1880 rue de Puebla. Elle fournit aux hauteurs de Belleville un accès aisé et côtoie des buttes où la nature est restée abandonnée à elle-même; on les nommait jadis les Grands-Chaumont et la Patte-d'Oie.
La modeste église Saint-Georg'es, qui date d'un quart de siècle, s'y adosse. Toujours montant, la rue Bolivar domine, à hauteur du passage Stemler, la belle école Diderot dont l'entrée principale s'ouvre sur le boulevard de La Villette. Fondée en 1872 par la Ville de
Paris, elle est le prototype des écoles municipales où s'enseignent les professions manuelles. Ici, ce sont les industries du bois et du fer qui sont en honneur.
Nous voici enfin devant une des principales entrées du parc des Buttes-Chaumont, dont nous dirions bien que c'est le clou de l'arrondissement, si la métaphore n'était pas quelque peu hardie.
(( En 1861, dit Haussmann dans ses Mémoires (t. III, p. 234), lors de l'annexion des communes de Belleville et de La Villette à Paris^ des ateliers d'équarrissage et un dépotoir de vidanges occupaient seuls et rendaient infects ces parages inhabités et peu sûrs.
« Je conçus l'idée, bizarre au premier aspect, d'en faire, après les avoir débarrassés de ces établissements insalubres, un lieu d'attrait pour les populations des XIX^ et XX^ arrondissements nouveaux, par la conversion en promenade publique de 25 hectares de terrain; il com-
rOiNT DU PARC DES BUTTES-CHAUMONT.