XX-ârrondisscmenf
MÉNILMONTANT. — 77« quartier : BELLEVILLE. — 78« quartier : SAINT-FARGEAU. 79« quartier : LE PÈRE-LACHAISE. — 80° quartier : CHARONNE.
ES regrets que nous exprimions au début ck'.
chapitre précédent, sur le fâcheux choix de la dénomination du XIX® arrondissement, nous les répétons avec plus de raisons encore et de force à propos de celui-ci. Couper en deux Belleville, y réunir Gharonne, pour composer un arrondissement avec ces deux localités vieilles de huit siècles, puis donner à cet ensemble hétérogène le nom du .hameau, longtemps infime, qui dépendait de l'une d'elles, tel a été le résultat des méditations de Haussmann et de ses collaborateurs. Il n'y a pas même d'excuse à cette hérésie topographique : lorsqu'elle fut commise, la mairie chef-lieu était sur le territoire de Belleville ; aujourd'hui, elle se trouve — nous le prouverons — sur celui de l'ancien Gharonne.
Le XX^ arrondissement, dit Ménilmontant, a une superficie de S2l hectares et une population de 153,347 habitants, entièrement commerciale, industrielle et ouvrière. Il dispute à Montmartre le mérite ^es sites pittoresques. A cet égard, la rue des Pyrénées, qui le traverse dans toute sa longueur (3,515 mètres) est bien nommée : les hautes Pyrénées s'étendent de la rue de Belleville à la place Gambetta; les basses Pyrénées commencent à la place Gambetta et viennent, par dégradations successives, se terminer dans la plaine, au cours de Yincennes. En poursuivant cette comparaison, les Pyrénées occidentales
seraient représentées, dans le XIX^ arrondissement, par la rue Bolivar et ses abords.
Quartier de Belleville. — Il faut remonter aux temps mérovingiens pour constater l'existence d'êtres humains habitant sur ces hauteurs, que l'on nommait alors Savies — saw signifiant, paraît-il, dans la langue des Celtes, gazon. Plusieurs établissements religieux s'en partageaient la possession : les abbayes de Saint-Maur et de Saint-Magloire, d'abord ; plus tard, l'église Saint-Merri, le prieuré de Saint-Martin-des- Ghamps, celui de Saint-Lazare, la maison du Temple. Ils y avaient un autre intérêt que d'agrandir leur domaine; l'eau a toujours été rare à Paris (elle l'est encore aujourd'hui), et la colline de Savies offrait l'avantage de contenir plusieurs sources; elles furent captées de bonne heure ; nous les retrouverons tout à l'heure.
Pourquoi, dès la fin du xnr siècle, le nom de Savies tendit-il à disparaître pour faire place à celui de Poitronville, c'est ce que nous ne pouvons expliquer que par hypothèse. Sans doute Poltron était le nom — fort roturier — d'un propriétaire du lieu. Au xvi^ siècle, commence à apparaître la dénomination actuelle : Belleville, toujours accompagnée alors du qualificatif : sur sablon, pour la distinguer des vingt-cinq ou trente localités qui se décernaient un pareil brevet de beauté. Belleville — tout court — devient le nom usuel à dater du xviu^ siècle.
Pendant dix ans, de 1790 à 1800, Belleville eut l'honneur d'être chef-lieu de canton, puis, redevint simple commune du canton de
Pantin jusqu'à l'annexion de 1860, contre l^njuclh^ t^ih^ îH' murmura pas. Nous avons dit, en traitant du XIX*^ nrrondisscîiHM]!, comment cette mesure eut pour effet d(^ diviser j)ar U iiudlié cette populeuse agglomération. Administnitivrinmlj le «|!iarHt>r de Belleville est limité aujourd'hui par l'axt^ dos vuvi^ de Helleville, Pixérécourt, de Ménilmontant et du i>nulevard de, Btdlcville. C'est un quadrilatère allongé où les niaisojis s'etilasseul comme si on avait fait une gageure d'y en meUre h* plus possible.
Sur toute sa longueur, qui n'est que de lO-^i Hiètri^s, le b(tHlevard de Belleville n'offre i-ien qui retienne, ]';i{leiition. Tj'ois barrières s'y ouvraient dans le mur d'enceinle qui {( un bu on I8()(h la barrière de Belleville, à l'entrée de la ywi du niènio nom; labarrière de rOrillon, devant la rue qui reeul eu 18(37 lu nom an Ramponneau, le fameux cabaretier de la Gourtille; enfin, la barrière des Trois- Couronnes, du nom que portait alors la section supérieure de la rue d'Angoulême.
La rue de Belleville (rue de Paris jusqu'en 1868), dont nous n'avons ici à regarder que le côté pair, s'élève en une pente fort rude que le funiculaire gravit sans peine, en narguant les infortunés chevaux de l'omnibus Louvre -Saint- Fargeau. Sur une sorte de place, à hauteur du n° 46, apparaît le théâtre, courageux survivant des édifices de Fancienne commune. Il avait été fondé, sous Charles X, par les frères Seveste, fameux dans les exploitations de ce genre. Nous n'avons trouvé, dans les registres de délibérations de Belleville, qu'une seule mention le concernant : le 7 décembre 1831^ le conseil consentit à remplacer par une représentation donnée au profit des pauvres la redevance de 1,500 francs qui était" due à la caisse municipale par MM. Seveste. Gela semble prouver que les recettes n'étaient pas brillantes. Depuis soixante-dix ans, elles ont passé par bien des fluctuations de succès et de revers; le drame et l'opérette y demeurent toujours le plus en faveur.
Tout de suite, vient la rue Julien-Lacroix, portant le nom d'un propriétaire fort inconnu — laquelle sert de trait d'union entre Belleville et Ménilmontant, et où est situé un temple protestant; on dépasse la rue Piot (M. Piot fut notaire à Belleville) ; on atteint, en montant encore, la rue des Pyrénées, et enfin, sur le plateau, le carrefour de la rue du Jourdain. Sur cet emplacement, juste en face de l'église, se trouvait jadis un cabaret avec des jardins et une pièce d'eau factice qui lui