L'ENCLOS DIT DES OTAGES, RUE HAXO
là jadis, comme cela se rencontre fréquemment dans les montagnes. Le nom même de la rue de la Mare en est une preuve. Si l'on s'engage dans cette rue pour prendre, à droite, 200 mètres plus loin, la rue de Savies, on ne regrettera pas cette petite excursion. La rue de Savies aboutit à celle des Cascades (un nom très significatif aussi), juste en face d'un édicule fort curieux par son objet, par sa rareté. C'est un regard des eaux de Belleville, ces eaux que les Parisiens du moyen âge avaient été si heureux de trouver et que, par des cascades ou rigoles à ciel ouvert, par des pierrées souterraines, ils amenaient jusqu'au cœur même de la ville. Celui-ci peut dater du xiv« ou du xv^ siècle; une inscription latine, gravée au-dessus de la porte, fait connaître qu'en 1633 les Templiers et les moines de Saint-Martin-des-Champs unirent leurs efforts pour rechercher les sources, qu'on avait négligées depuis trente ans, et que ces efforts furent couronnés de succès. L'inscription ajoute que les mêmes travaux durent être recommencés en 1722. De chaque côté, deux écussons contenaient les armes de Saint-Martin-des-Champs et de la maison du Temple ; le premier seul est encore à peu près visible.
C'est l'égout de Belleville qui recueille maintenant avec indifférence tous ces plëH^rs de la colline, si recherchés jadis.
Quartier Saint-Fargeau. — H y a dans le Marais un hôtel Saint- Fargeau que les amis de Paris connaissent bien puisque la Bibliothèque historique de la Ville y est installée. Ce sont ses propriétaires qui ont donné leur nom au 78^ quartier de Paris : les Lepeletier de Saint-Fargeau avaient voulu avoir, comme tout seigneur qui se respectait, maison de ville et maison des champs; pour cette dernière, ils firent choix des hauteurs de Ménilmontant, où ils achetèrent un domaine que l'on prit coutume de nommer le château de Saint-Fargeau.
La fm du dernier des Lepeletier fut tragique. Conventionnel, il avait cru devoir voter la mort de Louis XYI. Le même jour, tandis qu'il dînait dans un restaurant du Palais-Égalité (Palais- Royal), un garde du corps, nommé Paris, le poignarda. Dans l'état où étaient alors les esprits, la victime de ce guet-apens devint plus qu'un martyr, presque un dieu ; son corps fut inhumé au Panthéon; dans toutes les fêtes populaires, son buste était promené avec celui de Marat. La réaction suivit de près. Retiré du Panthéon en 1795, le cercueil de Lepeletier fut, presque en cachette, inhumé dans le parc de Saint-Fargeau. On est en peine maintenant de retrouver l'endroit précis de sa sépulture.
Le quartier a l'avantage, au moins au point de vue de la salubrité et des perspectives, d'occuper le point culminant de Paris. Il est limité par les fortifications entre les portes de Bagnolet et de Romainville, les rues de Bagnolet, Pellepor t, de Ménilmontant, Pixérécourt et de Belleville.
Cette dernière, dans la partie où elle borne le quartier Saint-Fargeau, présente encore des on-
dulations de terrain peu favorables à la circulation des voitures. Voici, un peu avant la barrière, l'hôtel-restaurant du lac Saint-Fargeau, rendez-vous bruyant des noces démocratiques, des banquets et des clubs politiques, plus bruyants encore. Il fut fondé en 1860 ou à peu près, sur une partie de l'ancien parc de Saint-Fargeau; la pièce d'eau — très factice — dont il est le filleul, était une attraction déterminante, aussi bien qu'un petit pavillon, disparu depuis, mais dont les tourelles servirent à baptiser une rue voisine et l'importante caserne d'infanterie des Tourelles, située sur le boulevard Mortier, entre les bastions 17 et 18. \
Autant les portes de Paris sont, à l'ordinaire, d'aspect maussade et peu avenant, autant de ce côté elles ouvrent sur la campagne des horizons agréables. De la porte de Romainville, en regardant vers la gauche, on aperçoit l'immense plaine de Pantin, les trains de l'Est lancés à toute vitesse, la haie de peupliers qui ombrage le canal de l'Ourcq, et, tout à fait au fond, le peu de bois qui reste de la forêt de Bondy et les riantes hauteurs du Raincy. De la porte de Ménilmontant, bien peu connue des touristes, on découvre un paysage verdoyant, des sentiers fleuris descendant vers Bagnolet. A la porte de Bagnolet, le cadre s'élargit : on domine les espaliers charmants de Montreuil, et dans le lointain, sur la droite, le donjon de Vincennes dresse sa: masse vénérable.
Le quartier Saint-Fargeau a besoin de ces charmes, un peu exté-