VUE GÉNÉRALE DE SAINT-CLOUD
que. — Louis XIII aimait la chasse, les forêts profondes où se plaisait sa mélancolie; il acheta, sans doute à très bon compte, ces terres, et y fit construire un pavillon de chasse. G'était un castel carré, de proportions modiques, dont rien ne subsista plus tard, rien qu'un petit escalier de pierre en vis, dont la rusticité même atteste tout à la fois qu'il n'est pas l'œuvre des architectes du palais actuel, et que Louis XIV, on le sait d'ailleurs d'autre part, avait tenu à conserver quelque chose du pavillon primitif, à « l'envelopper )), tout simple qu'il était, dans sa fastueuse résidence. « Le roi, dit Perrault, voulut toujours conserverie petit château. On prétexta qu'il menaçoit ruine et qu'il boudoit en plusieurs endroits; il se douta du complot et dit d'un ton fort et où il paraissoit de colère : Faites ce qu'il vous plaira, mais si vous l'abattez, je le ferai rebâtir tel qu'il est. Ges paroles raffermirent tout le château et rendirent ses fondements inébranlables. »
Les travaux furent commencés en 1661 sous la conduite de Levau. Mansard ne vint qu'après les achever par la construction de la chapelle, qui ne fut terminée qu'en 1710; mais, pendant cette période de près de cinquante ans, on peut dire que le roi tint à en rester l'architecte en chef. Les preuves en abondent dans sa correspondance, dans celle de Golbert, dans les mémoires de Perrault que nous venons de citer, dans Saint-Simon, etc. Dans une des salles du musée, on a mis sous verre un autographe de Louis XIV critiquant ce qui se fait, marquant ce qu'il voudrait voir : « Il me paroit, écrit-il en marge d'un projet de Mansard, qu'il y a quelque chose à changer, que les sujets sont trop sérieux et qu'il faut qu'il y ait de la jeunesse mêlée dans ce que l'on fera. »
Avant de décrire le palais, qui est ouvert au public tous les jours sauf le lundi, disons tout de suite qu'il fut transformé sous Louis-Philippe en musée « à toutes les gloires de la France )> et inauguré en 1837.
Le plan de l'édifice, si vaste qu'il soit, a le mérite d'être très simple : un bâtiment central encadré de deux ailes formant avant-corps, et, perpendiculairement à ces deux ailes, deux immenses galeries, un peu trop longues, peut-être, pour être en harmonie avec le corps de logis du centre, s'étendant l'une vers le Midi, l'autre vers le Nord.
On traverse la vaste place d'Armes, on franchit la grille surmontée d'un écusson aux armes de France — accosté, nous ne saurions dire pourquoi, de deux H couronnés — et l'on est dans la cour d'honneur. Le centre en est occupé par une statue équestre de Louis XIV, par Petitot ; les côtés sont bordés de seize hautes statues portées sur des piédestaux massifs, et qui représentent, à gauche : Suger, Du Guesclin, Sully, Lannes, Mortier, Suffren, Du Quesne et Gondé; à droite : Richelieu, Bayard, Golbert, Jourdan, Masséna, Tourville, Duguay-Trouin, Turenne. Les condi-
rhot. Neurdeiu.
ENVIRONS DE PARIS
tions dans lesquelles ces seize œuvres sculpturales se voient maintenant à Versailles sont plaisantes, uniques à coup sûr dans l'histoire de Fart. Douze d'entre elles ornaient ou avaient la prétention d'orner le pont de la Concorde ; c'étaient : Condé, par David; Duguay-Trouin, par Dupasquier; Du Guesclin^^çiv Bridan; Turenne, par Gois; Sully, par Espercieux; Colhert, par Millehomme; Suffren, par Lesueur; Richelieu, par Ramey père; Bayard , par Moutonny ; Du Qaesne, par Roguier; Suger, par Stouf; Tourville, par Morin.
Quant aux quatre autres, celles des maréchaux Lannes, Mortier, Massénaet Jourdan, elles avaient été faites à la suite d'un décret de 1810, ordonnant, pour la décoration de ce même pont de la Concorde, la commande de douze
statues de généraux de l'Empire. Seules, celles des généraux d'Espagne, Colbert, Roussel et Walhubert étaient achevées quand survint la Restauration. Reléguées dans quelque dépôt, elles furent choisies en 1835 pour représenter les maréchaux en question dans la cour de Versailles. A cet effet, elles furent décapitées, et le sculpteur Laitié fut chargé de figurer la tête de Lannes sur le corps de d'Espagne, celle de Mortier sur les épaules de Colbert, celle de Masséna sur Roussel et celle de Jourdan sur Walhubert. Cette mesquine supercherie fut accomplie; elle méritait d'être rappelée.
Par la cour de marbre, qui s'ouvre en arrière de la cour d'honneur, on pénètre à gauche dans le palais. C'est par là déjà qu'y entrait Louis XIV. Faisons comme lui, sans imiter la plupart des visiteurs, qui préfèrent l'entrée placée dans l'aile droite. Au pied de l'escalier de marbre, si beau, si majestueux, et qui prépare si bien l'œil aux merveilles prochaines, on aplacé le buste de LouisXIV par Warin. Les salles voisines du rez-de-chaussée, connues sous le nom d'appartements du dauphin, ont été récemment restaurées et décorées d'œuvres d'art par les soins de M. de Nolhac, conservateur dumusée.Defortbellesœuvresysontexposées : voici la statue de Napoléon P^ l'une des statues, pour mieux dire, qui surmontèrent la colonne Vendôme ; puis les salles dites des résidences royales, dont les murs sont couverts de toiles du xvn« et du xvni« siècle représentant les châteaux royaux ; l'attention est retenue devant le tableau n<^ 765 : le château de Versailles en 1668, c'est-à-dire tout à fait à l'origine des grands travaux. Plus loin, des salles décorées dans le meilleur s tyl e contiennent les admirables portraits des filles de Louis XV par Nattier, le beau portrait de Dangeau par Rigaud , la superbe tapisserie des Gobelins représentant les traits de Louis XV d'après Van ILoo, les bustes en marbre de Diderot par Houdon, de Voltaire par Pigalle, d'autres portraits encore, signés Largillière et Michel Van Loo. Ces salles