LEGENDE
Grande Route Boute forestière Chemin de fer —
Echelle
Phot. Neurdein.
LA MARE DE FRANCHARD. (Forêt de Fontainebleau.)
VINCENNES. — CHOISY-LE-ROI. — JUVISY. — FONTAINEBLEAU. — CORBEIL. - ÉTAMPES. — MONTLHÉRY. CHEVREUSE. - DAMPIERRE. — LES VAUX-DE-CERNAY. — RAMBOUILLET.
NE fois franchie la zone fertile, mais monotone, des plateaux du Nord-Est, le paysage redevient aimable dans la région orientale des environs de Paris. Il doit son charme, en grande partie, au cours de la Marne, rivière coquette et sinueuse entre toutes, s'attardant en route, charmée qu'elle est de relléter les sommets boisés des coteaux qui, sans cesse^ lui barrent le chemin et qu'elle est bien forcée de contourner, peu soucieuse, en réalité, de voir mder ses eaux à celles de sa grande sœur, la Seine.
Mx portes mêmes de la capitale viennent aboutir les avenues du bcns de Vincennes, ce bois de Boulogne des arrondissements de l'Est. Gréées et aménagées à la même époque pour le plaisir de la population parisienne, les deux promenades diffèrent cependant beaucoup d'aspect, moins par elles-mêmes que par leurs habituels visiteurs. Tel préférera l'une à l'autre; chacune a ses agréments, et c'est là une question de sentiment.
Si haut que l'on remonte dans l'histoire, on trouve des mentions de la forêt de Vincennes. Couvrant les deux rives de la Marne, elle se confondait, au Nord avec la forêt de Bondy, au Sud-Est avec celle de Sénart. Les rois de France la réduisirent aux proportions d'un vaste parc qu'ils firent, dès le xu^ siècle, entourer de murs pour y chasser plus commodément, et ils se plurent à y venir souvent. L'anecdote si connue qui nous montre saint Louis rendant la justice sous un chêne du bois de Vincennes ne saurait être mise en doute, car elle est rapportée par Joinville lui-même, contemporain très digne de foi : « Maintes fois avint que, en esté, il se alloit seoir ou bois de Vincennes
après sa messe, et se acostoient à un chesne, et nous fesoit seoir autour de lui. Et tout cil qui avoient afaire venoient parler à li sang destourbir (empêchement) d'huissier ne d'autre. » Justice expéditive, qui, sans doute, valait bien la nôtre, sans en avoir les ruineux inconvénients !
Jusqu'à la Révolution le parc resta clos. Les « gens de pied » étaient admis à y passer — à leurs risques et périls pendant les chasses — mais les voitures en étaient exclues. Nous avons sous les yeux une dépêche du ministre de la maison du roi, prescrivant, à la date du 14 février 1703, au gouverneur du château, Bernaville, d'empêcher « à l'avenir les chariots, charrettes, fourgons et autres voitures publiques de passer dans le parc, par quelques portes que ce soit, ainsy que cela se pratique dans celuy de Versailles ».
Cette rigueur disparut avec l'ancien régime. Le bois de Vincennes redevint ouvert à tous; les routes qui le traversaient passaient même pour n'être pas toujours très sûres ; ceux qui ont écrit sur les environs de Paris il y a une centaine d'années s'accordent à dire qu'il offrait des promenades solitaires et délicieuses.
Il en fut ainsi jusqu'au second Empire. Le bois de Boulogne venait d'être transformé. Soucieux de plaire aux populations des faubourgs populeux, plus encore qu'à celles des quartiers riches, Napoléon III, sur les conseils d'Haussmann, décida de faire pour le bois de Vincennes ce qui avait été fait pour celui de Boulogne. Une loi du 24 juillet 1860 le détacha du domaine de l'État pour le céder à la Ville de Paris; celle-ci s'engageait à en faire, dans le délai de quatre ans, une promenade publique. La surface concédée fut de 1,000 hectares, sans compter les terrains enclavés et retenus par le ministre de la Guerre, ou concédés à une société de courses de chevaux. Les jardiniers d'Alphand se mirent à l'œuvre et firent du bois de Vincennes ce qu'il est
aujourd'hui : un très vaste jardin anglais, qu'inicadrcnl d«^s massifs de. bois donnant l'illusion, çà et là, d'une véritable forèL On peut s\y engager sans crainte de s'y perdre : len pi un épais fourrés sont vile interrompus par une route carrossable cl un v)wm\n de piétons. L'eau manquait : on la prit dans la MariH% à Saint-Maur, et dès lors, ruisseaux, cascades <*t lacs répandirent dans presque toutes les parties de la promenade leur charme et leur fraîcheur.
Les points les plus agréables du bois de Viocenncs sont : les lacs Daumesnil (où Ton canote) et de Saint-Mandé, très pittoresquement encaissés au milieu de la verdure (les tramways de la Bastille à Gharenton et du Louvre à Vincennes y conduisent) ; le lac des Minimes, situé dans la plus belle partie de l'ancienne forêt, desservi par le tramway de Nogerit et à proximité de la gare de Fontenay; le plateau de Graveile, dominant la vallée de la Marne, et, au delà, celle de la Seine; les pelouses de Saint-Mandé, où de nombreux jouem\s de boules, constitués en société, rivalisent de coup d'œil et d'adresse à se disputer le voisinage du « cochonnet ». »
Malheureusement, le bois est partagé en deux par un vaste espace dénudé, le polygone, affecté aux manœuvres militaires, et dont la traversée, pour les promeneurs, est fort désagréable en toute saison. A l'une des extrémités de ce Sahara s'élève une pyramide consacrant — n'est-ce pas maintenant une ironie ? — le reboisement qu'avait ordonné Louis XV en 1731 de cette partie de la forêt.
Le château de Vincennes est un des plus curieux monuments de l'architecture militaire du xiv^ siècle.
Il est resté debout pour consoler les archéologues de la disparition de la Bastille, dont il était à peu près le contemporain. Il ne s'en est guère fallu, d'ailleurs, qu'il n'ait disparu avant elle. Le 19 novembre 1787, l'Assemblée provinciale de l'Ile-de-France eut à statuer sur la réclamation présentée par les habitants de Vincennes et. autres lieux voisins, au sujet des impôts que leur valait la garde et l'entretien du château. Elle y répondit en ces termes : « Les dépenses ne doivent plus avoir lieu à compter du mois d'octobre dernier, diaprés les ordres donnés par le roi pour la vente ou la démolition de ce château. » On croit rêver à lire une pareille déclaration, et il faut se rappeler que, nous avons eu occasion de le dire (p. 134), la démolition de la Bastille était une chose décidée en 1784. Quelle stupéfiante indifférence professait Louis XVI en face de ces édifices, imposants par eux-mêmes, par leur âge, par les souvenirs qu'à un roi de France plus qu'à tout autre, ils devaient rappeler! celui de Vincennes, surtout, que le chêne de saint Louis et cinq siècles de fidèles services semblaient devoir défendre contre toute