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PONT DES BELLES-FONTAINES, A JUVISY

(Vue prise de la rivière.)

des plus gracieuses, prenant naissance à Joinville-le-Pont, et formant une boucle si complète qu'après un circuit de 3 lieues, elle revient presque au point de départ, en face deJoinvillemême.

C'est ce que l'on appelle le tour de Marne. Il y a vingt ans encore, avant que le sport de la locomotion sur route eût détrôné le canotage, on n'aurait pas rencontré, de Gournay à Mantes, de Gompiègne à la F in- d'Oise, une yole, un yacht, une norvégienne, un bateau à voile, une périssoire qui n'eût accompli, et bien des fois, son tour de Marne. Où trouver plus riants paysages, promenade plus facile, malgré les deux écluses de Joinville et de Créteil, puisqu'il suffit de se laisser glisser au fil de l'eau, parmi des îles pleines d'ombre, au pied des coteaux boisés de Gbampigny, de Ghennevières, de Bonneuil, de Gréteil, sur la rive gauche, tandis qu'à sa droite on longe la presqu'île dont Saint- Maur est le chef-lieu, avec ses annexes : Ghampignolles, La Varenne, Adamville, localités chères entre toutes aux amoureux de la villégiature, de la natation, de la pêche et aux derniers fervents de l'aviron. Quelque agréable que soit le tour de Marne aux promeneurs, il constituerait pour la navigation un fâcheux retard — les péniches sont insensibles aux beautés de la nature — si l'on n'y avait pourvu, dès le premier empire, en reliant les deux bras de la rivière par un canal, en partie souterrain (600 mètres), en partie à ciel ouvert (515 mètres), qui a son origine à 200 mètres en aval du pont de Joinville, et son embouchure au hameau de Gravelle, où il aboutit à un autre canal latéral à la Marne qui conduit les bateaux jusqu'aux eaux mêmes de la Seine. Parallèlement au canal de Joinville, en a été creusé un autre, aux frais de la Ville de Paris, en 18(j4 et 1865, pour alimenter les usines de Saint-Maur, d'où un jeu de turbines élève la Marne et la refoule jusqu'aux réservoirs de Ménilmontant, en fournissant au bois de Vincennes, comme nous l'avons dit, ce qui est nécessaire à son alimentation.

Au delà de la Marne, la banlieue Sud-Est constitue une vaste plaine jusqu'à Choisy-le-Roi, petite ville plus célèbre dans le passé, par les souvenirs qu'y ont laissés la Grande -Mademoiselle et plus tard Louis XV, qu'intéressante dans le présent, partagée qu'elle est entre l'industrie et la bourgeoisie parisiennes.

Il faut remonter la Seine jusqu'à Ablon et Athis- Mons, deux charmants villages de la rive gauche, jusqu'à Villeneuve-Saint-Georges, au confluent de la jolie rivière d'Yerres, dominé par les coteaux de Grosbois, pour retrouver des sites agréables.

Plus en amont encore, voici Juvisy, où un bras de rOrge se réunit à la Seine après avoir passé sous le pont des Belles-Fontaines. Les amis de l'art connaissent trop peu ce bel édifice, qui n'a pas d'équivalent. Jusqu'en 1728, la grande route de Fontainebleau rencontrait, dans la traversée de Juvisy, une pente escarpée, parfois inaccessible, formée par le lit de la Seine et de l'Orge. On y remédia par la construction, au-dessus de la vallée, du pont en question. Il dut son appellation aux deux fontaines élégantes, sculptées par Goustou, alimentées d'eau de FOrge, qu'on baptisa plaisamment

du nom d'orgeat de Juvisy. Mais là n'est pas le vrai mérite du pont : c'est d'en bas, du bord de la rivière qu'il doit être vu. Au-dessous de la baie cintrée sur laquelle passe la route, l'architecte, trop modeste pour signer son œuvre — on suppose que ce fut Gabriel — a imaginé d'opposer à la poussée des terres une série de sept arcades successives, d'une structure très ferme et très légère à la fois, donnant à l'œil une sensation tout à fait inattendue.

L'une des fontaines du pont porte une inscription ainsi conçue : « Ge monument a été restauré sous le règne de Napoléon le Grand, en 1818. » L'année suivante, le 30 mars, dans la soirée, l'empereur passait sur le pont des Belles-Fontaines, marchant sur Paris que les Alliés bloquaient. Deux kilomètres plus loin, au hameau de la Gourde-France, entre Juvisy et Athis, il s'arrêta et n'alla pas plus avant : on venait de lui apprendre la capitulation de la capitale...

G'est à Juvisy que se termine, dans une molle inflexion vers la plaine, le haut plateau de Longboyau, qui, du côté de Paris, commence à Villejuif et sépare la vallée de la Seine de celle de la Bièvre. La grande culture y est seule en honneur; déjà l'on s'y croirait dans la Beauce; çà et là, quelques clochers de villages coupent l'uniformité de l'horizon : Orly, Rungis, Fresnes, WissouSj Paray. En descendant la vallée de la Bièvre par la belle route nationale de Ghoisy-le-Roi à Versailles, au bord même du tranquille cours d'eau, un groupe de bâtiments attire l'attention.

Ge n'est pas un château, comme on s'attendrait pourtant à en voir dans ces aimables campagnes, où le nom de Berny évoque à l'esprit tant de gracieuses images : les fêtes qu'y donnait le comte de Glermont, sous l'ancien régime, les courses au clocher, à une époque moins lointaine. A les regarder de plus près, ces constructions ont l'air peu engageant et, en effet, ce sont des prisons, les prisons de Fresnes, que le département de la Seine a fait ériger dans ce joli cadre de verdure pour remplacer celles de Mazas et de Sainte-Pélagie, dont Paris ne voulait plus.

Perpendiculairement à celle de la Bièvre, une vallée fraîche entre toutes s'ouvre en face de Bourg-la-Reine; elle est desservie par le chemin de fer de Sceaux qui la gravit en serpentant. Nulle part, la banlieue de Paris n'est plus charmante ; c'est le pays des roses, des fruits, des arbustes vivaces. Sceaux en est la capitale ; les félibres du Midi y viennent chaque été communier littérairement avec les félibres du Nord, devant la tombe de Florian, devant les bustes d'Aubanel et de Paul Arène.

Moins éthérées, sans doute, sont les aspirations des bandes joyeuses qui viennent prendre leurs ébats non loin de là, à Robinson : les gais repas au sommet des arbres, les promenades à cheval ou à âne sur la route montante et ensoleillée qui mène aux bois de Verrières, la balançoire lancée à toute volée, voilà les plaisirs qu'elles y viennent prendre, et même ils sont le petit nombre ceux qui songent à descendre dans les profondeurs de l'adorable vallée aux Loups pour chercher à y retrouver le souvenir de l'hôte illustre qui longtemps y vécut : François-René de Ghateaubriand.

Il faut cependant dépasser de quelques lieues la zone immédiate de

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