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FONTAINEBLEAU

Le château. — Lorsque le territoire de la Gaule était à peu près exclusivement occupé par des forêts, il y en avait une très vaste, prenant naissance sur les rives de la Seine, non loin de l'endroit où cette rivière reçoit les eaux de l'Yonne, et qui reçut le nom énigmatique de forêt de Bière. Au xii« siècle, elle s'appelait déjà forêt de Fontainebleau, dénomination dont la seconde partie n'a pas été mieux expliquée, car l'histoire d'un lévrier nommé Blaud, découvrant une source jusque-là inconnue, nous paraît à peine bonne pour masquer aux enfants un aveu d'ignorance. — Partout où il y avait une grande forêt, on peut être assuré de rencontrer une résidence royale : nos rois étaient passionnés pour la chasse. G'est Louis VII qui créa celle de Fontainebleau; il existe des chartes expédiées par lui de cette résidence, dont il fit un véritable château fort, avec une chapelle dédiée à saint Saturnin, que consacra Thomas Becket, le célèbre archevêque de Gantorbéry, chapelle encore aujourd'hui conservée, ainsi que les substructions d'un donjon élevé à la même époque. Saint Louis se plut à Fontainebleau, bien qu'un jour il ait été attaqué dans la forêt par une bande de malandrins et ait failli n'en pas revenir vivant. Philippe le Bel y naquit et tint à venir y mourir. Gharles V y installa une de ses

« librairies » ; car il aimait d'un amour égal les œuvres de la pensée et celles de l'architecture. Avec François l""^ allait commencer la gloire de Fontainebleau. Gomme à Saint-Germain, il transforma le vieux château féodal en un palais étincelant de toutes les grâces de la Renaissance. Henri II continua son œuvre et Henri IV y apporta aussi une importante contribution. Ce séjour lui plaisait fort ; il l'embellit de plusieurs constructions que nous noterons au passage et créa le parc qui s'étend vers l'Est jusqu'à Avon. Il s'y trouvait en 1603, au mois de mai, et si gravement malade qu'il adressa le billet suivant à son fidèle Sully :

« Mon amy, je me sens si mal qu'il y a apparence que Dieu veut disposer de moy. Or, estant obligé, après le soin de mon salut, de penser aux arrangemens nécessaires pour asseurer ma succession à mes enfans, et les faire régner heureusement, à l'avantage de ma femme, de mon Estât, de mes bons serviteurs et de mon pauvre peuple, que j'aime comme mes chers enfans, je désire conférer avec vous sur toutes ces choses. Venez donc me trouver en diligence, sans en rien dire à personne. Faites semblant de venir au prêche à Ablon, et, y ayant secrètement fait trouver des chevaux de poste, rendezvous ici dès aujourd'huy. )> Sully accourut : ce n'était qu'une fausse alerte.

Deux ans avant, le 27 septembre 1601, Louis XIII était né à Fontaibleau. Il lui en témoigna sa reconnaissance en faisant construire pour la ville une église que Louis XIV transforma en paroisse en 1661. Jusque-là, les habitants de Fontainebleau étaient paroissiens d'Avon. Louis XIV montra moins de tendresse pour ce séjour : Saint-Germain, Versailles, Marly le retenaient impérieusement; aussi l'abandonna-t-il à la malheureuse Henriette de France, puis à la sinistre Ghristine de Suède. Sous Louis XV, les arts y furent quelque temps en honneur : c'est dans la salle de spectacle du château que fut représenté pour la première fois le Devin de village, de J.-J. Rousseau, en 1754, Tancrède, de Voltaire, en 1760. Napoléon P»" est le dernier souverain qui ait résidé à Fontainebleau; sous son règne, le château fut le théâtre de plusieurs événements qui appartiennent à l'histoire : les deux séjours du pape Pie VU — entouré d'honneurs en 1805, lorsqu'il vint sacrer l'empereur; captif et maltraité en 1812 — enfin l'abdication et les adieux aux troupes. Au cours de sa magistrature, si tragiquement interrompue, le président Garnot séjourna pendant deux étés au château.

La richesse du monument est en rapport avec celle de ses souvenirs historiques; elle leur doit aussi sa variété et le cachet de styles d'architecture très divers, pour ne pas dire disparates. Le plan du château est tout à fait dépourvu d'homogénéité ; c'est là un défaut évident, interdisant toute description d'ensemble et ne laissant pas au visiteur la faculté de reconstituer par la pensée le plan des bâtiments successifs qu'il a parcourus. Il faut donc procéder par détail.

On entre dans le palais par la cour du Gheval-Blanc, que l'on nomme

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