LE THÉÂTRE DES VARIÉTÉS
remment à des objets bien divers.
Eli 1353, ses administrateurs vendaient au prévôt des marchands et aux éclievins une partie de l'enclos pour en faire un cimetière. L'acte de cession porte que les bourgeois et habitants de la ville de Paris auront droit d'y entrer a toutes fois et toutes heures que il leur plaira» ; que le prix d'inhumation pour une fosse particulière sera de dix-huit deniiers, pour une fosse en commun huit deniers, et pour une fosse d'enfant six deniers.
Ce voisinage n'avait pour des malades rien de salubre ni de réjouissant, et c'est pour cela sans doute que, peu de temps après la création de ce cimetière, l'hôpital fut déserté. Vers 1380, existait à Paris une association de « bourgeois et
autres bonnes gens d'icelle ville » qui se donnaient pour mission, chaque année, lors des fêtes de Pâques, de représenter en public ce que l'on appelait alors des jeux ou mystères: celui de la Passion, de la Résurrection, d'autres encore. Nomades alors, ils donnaient leurs spectacles où ils pouvaient, au Palais, dans la grand'salle, voire même à Saint- Maur-des-Fossés. L'église et les salles spacieuses de la Trinité les tentèrent, ils obtinrent de s'y installer et, en 1402, Charles VI leur accorda des lettres patentes reconnaissant officielle ment leur confrérie sous le nom de « maîtres et gouverneurs de la confrairie de la Passion et résurrection Nostre Seigneur, fondée en l'église de la Trinité à Paris )).
Le premier théâtre parisien était créé ; il prospéra là pendant un siècle et demi, jusqu'au moment où, en 1548, il fut transféré à l'hôtel de Bourgogne, où nous le retrouverons tout à l'heure. La maison de la Trinité reprit sa destination hospitalière et la garda jusqu'à la Révolution; il donnait asile à des orphelins qu'à cause de leur costume on nommait les Enfants bleus et qui faisaient
CHAPELLE DÉSAFFECTÉE DU COUVENT DES DAMES DE SAINT- CHAUMOxNT , SUR l'emplacement de laquelle naquit l'historien michblet.
cortège à tous les enterrements de marque : la Cour des Bleus, ouvrant sur le n° 146 de la rue Saint-Denis rappelle encore aujourd'hui leur souvenir. Nous souhaitons qu'au-dessus de son entrée une inscription soit apposée rappelant que, sur V emplacement compris entre les n°s 140 et 16i, s'élevait l' hôpital de la Trinité où, vers iS90^ fut fondée la première salle de théâtre parisienne, qui y subsista jusqu'en 4548.
Un peu plus haut, et de l'autre côté de la rue, était situé le couvent des Filles-Dieu. Tous les historiens s'accordent à dire que sous le règne de saint Louis, un monastère avait été fondé par les soins de l'évoque de Paris, Guillaume d'Auvergne, au-dessous de l'endroit où est aujourd'hui la maison de Saint-Lazare pour recevoir, des femmes qui, dit Joinville, « par povreté, s'estoient mises en péchié de luxure ». Une des obligations imposées aux Filles-Dieu était d'offrir le pain et
le vin aux condamnés que l'on menait « supplicier » au gibet de Montfaucon. Lugubre étape qui peint bien la férocité des mœurs d'autrefois.
Semblaîiçay, le surintendant des finances, est un des plus illustres parmi ceux qui reçurent ainsi des Filles-Dieu leur dernier repas ; pour lui, par un raffinement de cruauté, c'est là qu'on lui mit en main une croix peinte en rouge et qu'on le poussa, tête nue, jusqu'au gibet.
Ce dernier confinait, à la Cour des Miracles, devenue populaire depuis que, dans Notre-Dame-de-Paris, Victor Hugo en a fait une si pittoresque peinture. Comme son nom l'indique, c'est là que tous les faux paralytiques, aveugles, culs-de-jatte, manchots, avaient leur asile et retrouvaient, chaque soir, l'usage de leurs organes. Le percement de la rue Réaumur a, de ce côté aussi, donné de l'air. Administrativement, la Cour des Miracles existe encore, mais il ne s'y fabrique plus de faux infirmes ; elle s'ouvre rue de Damiette et rue des Forges, et est voie privée; sa longueur est d'une quarantaine de mètres, sa largeur d'une dizaine.
Revenons à la rue Saint-Denis où abondent les souvenirs du vieux Paris.
Presque en face de la maison des Filles-Dieu, s'élevait un autre couvent, celui des dames de Saint-Chauînond venues là en 1685, où elles succédèrent aux héritiers du duc de La Feuillade, et c'est là que fut construite la première statue de la place des Victoires; elles se consacraient à l'instruction des jeunes filles et des nouvelles converties. Le
couvent fut supprimé en 1790, mais ses bâtiments ne furent pas entièrement détruits et l'on peut voir, à l'angle des rues de Tracy et Saint- Denis, la partie supérieure de la façade de leur chapelle.
Dans cette maison naquit, le 7 fructidor an VI (22 août 1798), Jules Michelet dont Paris et la France entière, ont le 14 juillet 1898, célébré le glorieux centenaire.
Le Quartier Bonne- Nouvelle. — Le décret du 16 juin 1859 a donné à l'ensemble de la région que nous quittons et à celle où nous allons entrer le nom de quartier Bonne -Nouvelle. Historiquement, il eût mieux valu lui laisser son nom primitif de Villeneuve.
C'est ainsi, en efl'et,
DEUXIÈME ARRONDISSEMENT
lÔ
Phot. Neurdcia.
LE BOULEVARD DES ITALIENS LIMITANT LE II« ARRONDISSEMENT A GAUCHE ET LE IX" A DROITE.
qu'on désignait au xvi^ siècle les constructions qui s'étaient élevées sur les déblais de l'enceinte de Charles V, entre le rempart (représenté, nous l'avons dit, par la rue d'Aboukir) et le boulevard qui, sur ce point, ne date que de Charles IX. La population y était devenue assez dense pour qu'en 1551 une chapelle y eût été instituée sous le vocable de saint Louis et de sainte Barbe. La Villeneuve et sa chapelle furent entièrement rasées pendant le siège de Paris en 1593. On la reconstruisit non sans peine sur ses propres ruines, au temps de Louis XIII, qui accorda à cet effet des privilèges spéciaux, et on la surnomma à ce moment Yilleneuve-sur-Gravois. La chapehe fat, de même, réédifiée, mais sous le nom de Notre-Damede-Bonne-Nouvelle, titre qui se rapporte à l'Annonciation, bien que les anciens documents l'appellent Bonnes -Nouvelles. La première pierre en fut posée en 1625, celle du chœur au mois d'avril 1628 par Anne d'Autriche; enfm, le 22 juillet 1673, de simple chapelle, elle devenait paroisse. Mais ce n'est pas l'édifice du xvii'' siècle que nous avons sous les yeux, car il fut démoU en l'an V. Il ne devait pas être beau, vu le style du temps.
L'ancienne Villeneuve a gardé laspect montueux, tortueux, étroit de son origine sur gravois II est bien pittoresque, cependant, bien « vieux Paris )) avec ses rues tracées géométriquement comme celles de toute vraie ville neuve. Certains de leurs noms veulent une explication : la