FAÇADE DE L'OPÉRA-COMIQUE
rue de la Lune doit sans doute le sien à une enseigne, car elle n'est pas de celles où l'astre des nuits peut le plus facilement briller; la dénomination de la rue Beaur égard est plus obscure; son tracé même, sauf à sa pointe, rend difficile d'y jouir de la belle vue que lui ont prêtée
quelques étymologistes; nous inclinons plutôt pour un nom d'homme, — et pourquoi pas celui du capitaine des gardes de Soissons dont il est question dans Tallemant des Réaux? La rue Notre -Bame-de-Recouvrance^ ancienne petite rue Poissonnière, doit avoir eu pour marraine une chapellenie, un bénéfice ecclésiastique qui possédait là du terrain.
La rue Thorel, avant de prendre le nom d'un conseiller municipal de Paris, mort en 1884, a porté successivement ceux de Portalès, ancien curé de la paroisse, — et de Sainte-Barbe ; la rue de la Villeneuve s'appelait à l'origine rue Saint - Etienne. La rue de Cléry, enfin, existait dès 1640 et devait son nom à un hôtel dit de Cléry.
Au carrefour formé en angle aigu par cette dernière et la rue Beauregard s'élève une maison de trois étages, surmontés d'un grenier de forme bizarre; c'est là qu'en' 1793 habitaient les parents d'André Ghénier — et légalement, mais par intermittence seulement — le poète lui-même. Ce n'est pas dans cette maison, mais à Passy, au sortir d'une visite, qu'il fut arrêté comme suspect, le 17 ventôse an II (7 mars 1794).
Il ne devait pas la revoir, ni embrasser ses parents éplorés; après
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LA POESIE; Par Luc-Olivier Merson (Escalier d'honneur de lOpéra-Comique).
LA FONTAIiNE GAILLON.
une longue détention, il périt sur Técliafaud de la place du Trône, le 6 thermidor, à l'âge de trente et un ans!
Rue Réaumur.
— En continuant vers rOuest, nous croisons la rue Réaumur, de récent percement.
Pendant fort longtemps, elle s'étendit seulement entre le square du Temple et la rue Saint-Denis; son prolongement à travers le I^ arrondissement jusqu'à la place de la Bourse aura été une des plus importantes opérations de voirie parisienne de la fin du siècle, par la relation directe qu'elle crée autant que par l'aération si nécessaire des quartiers qu'elle traverse.
La rue Poissonnière était celle que suivaient les marchands de poisson pour apporter leur marchandise aux Halles et, sous ce nom, elle est très ancienne. Prolongée par la rue du Faubourg-Poissonnière, elle est un des anciens chemins conduisant à Saint-Denis, où on la retrouve encore portant le nom de la rue des Poissonniers. Étroite, montueuse, mal bâtie, ce n'en est pas moins une des rues les plus vivantes, les plus parisiennes du vieux Paris. Au centre du quartier des affaires, elle constitue la ligne de démarcation entre deux genres de commerce' celui des fleurs et plumes centralisé jDlace et rue du Caire, celui de la draperie et de la passementerie, qui a son siège principal dans la rue du Sentier. Le Sentier, comme on dit couramment dans l'argot commercial, est l'un des plus gros marchés de tissus du monde entier, et il est notoire que le moindre événement politique y trouve aussitôt sa répercussion. Quand « le Sentier » est calme — c'est-à-dire profondément affairé — cela prouve que tout va bien, au dedans comme au dehors. Il ne faudrait pas croire que dans la rue des Jeûneurs les habitants aient, plus qu'ailleurs, fait profession d'observer une diète rigoureuse : on la nommait ainsi dès le xvii^ siècle, mais par erreur; son vrai nom est « rue des Jeux-Neufs », et elle le tire de l'existence de jeux de paume et de boules qui s'y étaient installés.
Parallèlement à la rue des Jeux-Neufs, les étroites rues du Croissant et Saint-Joseph relient le quartier Poissonnière à la rue Montmartre, Rien n'est plus pittoresque que l'aspect delà rue du Croissant, le matin de très bonne heure ou à partir de deux heures de l'après-midi; c'est le centre de production et de vente de la plupart des journaux, le marché des journaux, comme on l'a souvent appelé, où viennent s'appro-
visionner les crieurs, porteurs, camelots aux pieds agiles.
Les boulevards. — Les boulevards datent du temps de Henri II et Charles IX.
En 1552, une grande panique s'empara des Parisiens ; ils crurent voir les troupes de Charles -Quint à leur porte, et décidèrent en hâte de renforcer l'enceinte de Charles V par une fortification qui consista surtout en fossés assez ^ profonds, et qui, dans la région dont nous traitons, reçurent plus tard le nom de fo^^sés jaunes, en raison de leur couleur argileuse. Sous Louis XIII, en 1633, fut construite une nouvelle enceinte suivant leur tracé, et à l'abri de laquelle se bâtirent les quartiers Yivienne, Piichelieu et Caillou, mais ce n'est qu'au début du xixe siècle que les boulevards commencèrent à perdre leur aspect de vastes promenades ombrageuses à deux rangs d'allées, pour devenir ce que nous les voyons aujourd'hui. S'il revenait parmi nous, que dirait Regnard, lui qui, de sa maison, située sur le boulevard, au bout de la rue Richelieu, se félicitait d'avoir sous les yeux l'abbaye de Montmartre, sans autre intermédiaire que des marais et des jardins! Le boulevard Bonne-Nouvelle ne présente d'autre particularité que sa terrasse au-dessus de la chaussée, qui, là comme en d'autres points de la ligne des boulevards, semble disposée comme une galerie de théâtre.
A l'angle du boulevard Poissonnière et de la rue du même nom, un magasin de bonneterie a pour enseigne : « Maison des anciennes limites de la ville de Paris ; an 1726. )> La maison portait, en effet, une inscription datée de 1726, défendant de bâtir au delà de cette limite dans le faubourg, sans permission, c'est-à-dire sans avoir payé la taxe. La maison portant le numéro 23 du même boulevard est un bel hôtel construit sous Louis XIY, par François Soufflet, dit le Romain, neveu et élève de Farchitecte du Panthéon, pour le président de Montholon. Boulevard Montmartre, le théâtre des Variétés montre sa façade
un peu étriquée.
Le passage des Panoramas, dans lequel cet établissement est pour ainsi dire encastré, fut ouvert en 1800, sur les terrains de l'hôtel de Montmorency. Il doit son nom aux panoramas que Robert Fulton, le célèbre inventeur du bateau à vapeur, y avait construits et qui représentaient les principales villes du monde.
Ils furent supprimés en 183L Les jardins de ce même hôtel de Montmorency furent, sous le nom de Frascati, le rendez -vous des élégancesuu
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