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TOUR DU PRIEURÉ ET FONTAINE DE

Le colonel Laussedat rappelle encore les noms illustres de Becquerel, du général Morin, de Le Verrier, de Boussingault. Hâtons-nous de dire que leurs successeurs-marchent avec gloire et dévouement sur la trace des aînés.

A l'angle nord de la façade du Conservatoire, sur la rue Saint-Martin, se voient une tour et une fontaine qui ont leur histoire, et même assez piquante. La fontaine ne date que de 1712, mais la tour faisait partie de l'enceinte du prieuré, et, sous réserve de quelques restaurations, elle appartenait au xiu^ siècle. Au moment oii la fontaine fut édifiée, le prieuré abandonna à la Ville la tour, qui se transforma ainsi en château d'eau. Leur décrépitude était extrême, il faut l'avouer, vers 1876, .

et c'est alors que l'architecte du Conservatoire, soucieux de mieux arrondir les angles de sa façade, conçut le dessein de renverser ces vestiges du passé. Heureusement, garde; ils protestèrent, et obtinrent ce premier résultat de gagner du temps. Mais il n'y avait pas alors comme aujourd'hui de commission administrative du vieux Paris et leur protestation aurait bien pu être classée sans l'intervention inattendue de Victor Hugo, aui écrivit : « Démolir la tour^ non; démolir F architecte, oui... )> L'architecte ne fut pas démoli, mais la tour était sauvée ; une inscription consacre la déférence que l'on eut enfin pour le a vœu des antiquaires parisiens». Le nom du grand poète y manque ; il est permis de le regretter.

Entre le Conservatoire et le boulevard Saint-Martin, trois voies à peu près de même longueur s'alignent parallèlement de la rue Saint-Martin à celle du Temple. Toutes trois sont anciennes, mais, comme les peuples heureux, elles n'ont pas. d'histoire. La rue du Vertbois existiiit déjà au xvi^ siècle; son nom lui vient-il, comme le répètent tous les étymologistes, d'un bois vert qui, de ce côté, terminait l'enclos du prieuré? Gela est possible; nous croirions plutôt, cependant, à une enseigne. De la rue Volta à la rue du Temple, elle se nommait rue Neuve-Saint-Laurent, vocable inexpliqué. D'un bout à l'autre, rue populeuse de braves artisans, dont les maisons gagneraient à être moins hautes et plus larges. La rue Notre- Dame-de-Nazareth ne doit pas son nom, comme on pourrait le croire, à la synagogue qui s'y trouve située, mais bien à un couvent des Pères de Notre-Dame-de-Nazareth, dont elle occupe à peu près l'emplacement. Cette maison monastique avait été fondée en 1630 et disparut en 1790. Quant à la synagogue.

elle est un des quatre temples que les israélites ont à Paris; dans son état actuel, elle date de 1852. La rue Meslay est la plus calme des trois voies, sans doute à cause de son dos d'âne très marqué, qui éloigne les voitures et par conséquent l'industrie. Cet accident de terrain, bien que très réel, est factice; il est dû à l'amoncellement des terres que produisit la construction de l'enceinte du xvi« siècle, aujourd'hui représentée par le boulevard. La rue s'appelait, d'ailleurs, rue des Remparts. L'une des principales demeures qui s'y construisirent, dans le cours du xvii« siècle, appartenait à M. de Meslay, d'où son nom.

La rue Volta a absorbé, depuis 1851, sous le patronage de l'inventeur de la pile électrique, trois dénominations de rues qui créaient une relation perpendiculaire avec les voies dont nous venons de parler : les rues Fripillon, de la Croix et du Pont-aux-Biches. Cette dernière s'est conservée sous la forme d'un passage dont le nom n'est pas la seule particularité : c'est un escalier, un simple escalier d'une quarantaine de marches, pratiqué sous les fondations d'une maison d'école de filles, entre les rues de Meslay et Notre-Dame-de-Nazareth. Les biches étaient peintes sur une enseigne, laquelle était voisine d'un ponceau jeté sur un égout.

La rue Volta aboutit derrière Saint-Martin-des-Champs; presqu'à son croisement avec la rue de Turbigo, voici l'École centrale des arts et manufactures, jadis rue de Thorigny, c'est-à-dire déjà dans le

HP arrondissement, installée ici en 1884 sur une partie de l'ancien marché Saint-Martin. Elle est fort avantageusement connue par le mérite des ingénieurs brevetés qu'elle fournit à la science industrielle

Turbigo, on le sait, est un village d'Italie, au bord du Tessin, où nos troupes vainquirent les Autrichiens, le 3 juin 1859. Cette victoire vint à propos pour permettre de baptiser la voie projetée depuis l'année précédente entre les Halles et la place du Château-d'Eau, aujourd'hui place de la RépubHque ; la rue de Turbigo et sa voisine, la rue Réaumur, pratiquèrent le plus heureux débouché entre le centre de Paris et les faubourgs de l'est, d'autant plus qu'elles n'ont renversé sur leur passage rien qui fût regrettable pour l'art. La rue de Turbigo a jeté bas les Madelonnettes, mais on ne regrette pas une prison; elle était précisément à l'angle de la rue Volta, côté oppo-

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