‹ Paris--atlasChapitre 79 sur 339 · ENTRÉE DU LYCÉE LOUIS-LE-GRAND · texte numérisé non relu

ENTRÉE DU LYCÉE LOUIS-LE-GRAND

vieillards indigents, la maison est devenue, par la suite, un simple hôpital dépendant de l'Assistance publique ; elle compte environ sept cents lits.

[.e nom de la rue du Puits-de-V Ermite pourrait donner lieu à des légendes plus ou moins tragiques si les textes ne nous faisaient formellement connaître qu'il y avait là un puits au xvi^ siècle, et à côté de ce puits la maison d'un tanneur nommé Adam l'Hermitte. Voilà donc un problème aisément résolu. Quand les historiens de Paris se trouvent embarrassés pour expliquer une dénomination, ils ont une ressource suprême, l'enseigne; c'est le cas pour la rue de la Clef, et l'explication sans doute est plausible, mais combien de rues auraient porté le même nom, où se voyait une clef servant d'enseigne à un serrurier!

En faisant ces réflexions, nous nous trouvons en face de ce qui fut Sainte-Pélag'ie. Il n'est plus temps de décrire de visu la célèbre prison, car elle n'est plus qu'un souvenir. En 1893, le Conseil général de la Seine décida la suppression des trois grandes prisons parisiennes : Mazas, Sainte-Pélagie, la Roquette ; leur démolition et leur remplacement par la prison de la Santé et par un vaste pénitencier à construire dans la banlieue, à Fresnes, près de la Croix- de -Berny. En 1898, l'évacuation de Mazas et de Sainte-Pélagie fut opérée et la démolition aussitôt entreprise.

Sainte-Pélagie était un ancien couvent, fondé en 1665, comme refuge pour les filles repenties; c'était là un euphémisme, car, en réalité, on n'y admettait, tout de même qu'aux Madelonnettes, que des femmes de mauvaise vie. Aussi, en en faisant une prison proprement dite, la Révolution ne changea pas grand'chose au régime antérieur. Aux plus mauvais jours de la Révolution, les détenus y étaient nombreux, gardés dans la plus profonde ignorance du sort qui les attendait, en proie aux angoisses que l'on devine. Un jour — c'était le 9 thermidor — ils entendirent leur geôlier invectiver brutalement son chien et le chasser en le traitant de « Robespierre ». L'esprit est toujours en éveil chez les prisonniers; ce simple mot leur fit comprendre que la Terreur avait pris fm ; ils ne s'étaient pas trompés. ]\tme Roland passa quatre mois à Sainte-Pélagie; c'est là qu'elle écrivit ses Mémoires, là, si près de ce couvent de la Congrégation où nous la voyions tout à l'heure jeune pensionnaire, insouciante alors de la vie, de l'avenir! De nos jours, Sainte-Pélagie, « Pélago )>, comme disait l'argot populaire, était devenue surtout, après avoir été prison pour dettes, prison des hommes politiques et des écrivains condamnés pour délit de presse. Nos plus violents polémistes — à quoi bon dire des noms? — y ont passé et ne s'en sont pas plus mal trouvés: bien nourris, confortablement logés, recevant amis et journaux, rédigeant chaque jour leur article, tout aussi virulent que la veille, et qu'ils se bornaient à signer d'un pseudonyme. Et combien aussi de gérants de journaux, victimes innocentes, sont venus souriants, la valise à la main, heurter au guichet qui n'avait de sinistre que l'apparence.

Après la prison et l'hôpital, voici qui est plus lugubre encore : l'amphithéâtre d'anatomie, dit de Clamart, rue du Fer-à-Moulin. En vain les habitants de la jolie commune voisine des bois de Meudon ont-ils protesté contre la persistance de ce vocable, servant à désigner l'ancien cimetière de l'Hôtel-Dîeu, puis les salles de dissection qui lui ont succédé, ils n'ont pu y réussir. Et d'où vient cette fâcheuse similitude? Tout ce que l'on sait, c'est qu'au xvi^ siècle il y avait là une croix dite de Clamart.

Vis-à-vis, de l'autre côté de la place Scipion, s'élève une vaste bâtisse : c'est la boulangerie centrale des hôpitaux et hospices

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