ÉGLISE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS
doute, puisque la plupart des tanneurs ont précisément réclamé avec persistance la couverture de cette rivière.
Au sortir de ces rues passablement maussades, la sensation d'air et de lumière que donne le tracé de la rue Monge est des plus réconfortantes. Nous avons dit plus haut son utilité. Il convient de rappeler ici qu'elle fut percée de 1859 à 1864, se substituant à la voie moyenâgeuse et tortueuse que formaient les rues de la Montagne-Sainte-Geneviève, Descartes et Mouffetard. Tant qu'on l'a pu, on a nivelé; la côte, fort rude, n'en subsiste pas moins et les chevaux de tramways en savent quelque chose, sans parler de ceux, plus malheureux encore, qui remorquent des fardiers trop lourds pour leurs forces.
La place Monge est décorée d'une statue de Louis Blanc, parDelhomme, et d'une caserne de la garde républicaine, qui ne brille que par sa façade, car les bâtiments formant arrière-corps et prenant jour sur la rue Mouffetard font bien plus mauvaise figure.
Tout en bas de la rue Monge, un gentil square enveloppe de verdure l'église Saint- Médard, édifice assez médiocre, datant en grande partie du xv*^ siècle. Le cimetière du même nom est resté fameux au xviu^ siècle par le vent de folie qui y attira les convulsionnaires sur la tombe du diacre Paris, folie qui n'eut de comparable que la répression dont on la châtia. Mais où sont les neiges d'antan? Qui songe aujourd'hui au diacre Paris? On ne songe guère davantage aux origines du marché des Patriarches, tout voisin, construit sur l'emplacement de la maison dite du Patriarche, parce qu'elle appartenait, vers la fin du xiv^ siècle, à Bertrand de Chanac, patriarche de Jérusalem. Plus tard, elle devint un temple huguenot, et il s'y fit un beau sabbat, le 27 décembre 1561, lorsque les calvinistes, ennuyés par le son des cloches de Saint- Médard, en vinrent aux mains avec les paroissiens de cette église,
Phot. Neurdein.
LA PERSPECTIVE DE LA RUE SOUFFLOT ET LE PAN TPI ÉO N. (Vue prise du Luxembourg).
qui n'eurent pas le dessus, encore qu'ils eussent pris pour projectiles les statues mêmes de leurs saints. Le lendemain, le temple était détruit par un incendie dont les auteurs ne furent pas recherchés; c'était la revanche de la veille.
Il faut bien l'avouer, à la confusion des historiens de Paris, le nom de la rue Mouffetard n'est pas encore expliqué; probablement ne le sera-t-il jamais. Mons Cetarii, Mons Cetardi, disent les plus anciens documents. En ce qui concerne l'idée de montagne —, ou du moins de colline — rien de plus vraisemblable; mais qu'était ce Cetaire, ou Cetard, et par quelle corruption est-on arrivé au vocable actuel? Mystère. Telle qu'elle est, la rue est mal bâtie et pas belle du tout, mais fort pittoresque par ses habitants et ses habitués. Elle était plus longue autrefois, car elle venait aboutir aux Gobelins; l'avenue des Gobelins, en absorbant son extrémité méridionale, a fait disparaître la maison numérotée jadis 264, correspondant à l'emplacement du n^ 32 de l'avenue. L'éminent architecte Charles Garnier y était né en 1823; et c'est aussi dans le Y<^ arrondissement, boulevard Saint-Germain, 90, qu'il est mort, le 31 août 1898. L'architecte de l'Opéra fut donc bien un Parisien de Paris.
Le boulevard de r Hôpital sépare, au Sud, le quartier du Jardin des Plantes du XIIP arrondissement. H fut ouvert en 1760. Jusque-là, nous le répétons, on n'avait d'autre route que la rue Mouffetard pour gagner le chemin de Fontainebleau.
Le quartier du Val-de-Grâce occupe la partie Sud-Ouest de l'arrondissement. Il est séparé du quartier du Jardin-des-Plantes par la rue MoufPe tard, et de celui de la Sorbonne par les rues Blainville, de l'Estrapade, des Fossés-Saint-Jacques, Malebranche, LeGoff et Soufflot. Nous sommes dans la région la plus calme, monastique pour ainsi dire, du quartier latin. Nombreuses y étaient les communautés religieuses bordant l'antique voie romaine qui doit son nom de rue Saint-Jacques au couvent des jacobins, ou s'ouvrant discrètement sur les rues avoisinantes, avec de longs murs derrière lesquels s'étendaient de vastes jardins. La plupart y avaient été fondées à la même époque par la piété d'Anne d'Autriche, une piété qui confmait au fanatisme. Telles furent les Carmélites, les Feuillantines, les Ursulines, les Visitandines, les Bénédictines du Val-de-Grâce. De 1620 à 1650, la fièvre de juxtaposer des couvents de femmes régna sans interruption dans ce quartier. Tous survécurent jusqu'à la Révolution ; il n'en reste plus qu'un de ce temps, celui des Visitandines, auxquelles ont succédé les Dames de Notre-Dame de la Charité, vaste enclos que longe d'un côté la rue